‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 9 sur 214 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

puyer surTépée de l'empereur. Et la circonstance leur faisait sentir plus que jamais la nécessité de cette puissante coopération. Aussi les évêques s'empressent-ils de mettre de côté toute discussion stérile. Ils réclament brutalement une sentence de déposition. Sans s'apercevoir que l'arme dont ils frappent saint Chrysostome est la même que celle dont les ariens ont voulu frapper saint Athanase, le défenseur de la foi catholique; car ils invoquent contre lui les mêmes canons.

Cette iniquité consommée, les évoques Léonce d'Ancyre, Ammonius de Laodicée, Acace de Bérœe, Antiochus de Ptolémaïde, Sévérien de Gabales, et Cyrinus de Chalcédoine, justement convaincus, même après la solennité de leur sentence synodale, que leur conspiration est impuissante, et qu'elle ne peut l'emporter sur la raison, le bon droit et la justice, si l'on ne s'empresse d'apporter dans la balance tout le poids de la puissance impériale, s'arrêtent ù ce parti manifestement contraire à l'esprit comme à la lettre des canons sur lesquels ils s'appuient. Ils vont, en effet, exposer leur situation désespérée au faible Arcadius. Ils sollicitent l'intervention de son autorité souveraine. Ils demandent que dix évêques du parti de l'évêque Jean soient amenés à la cour, pour reconnaître, en présence de sa majesté, l'autorité contestée des canons d'Antioche; car dans l'Epflise, les uns affirmaient que ces canons étaient émanés de l'orthodoxie la plus pure, et les autres les rejetaient comme une œuvre maudite de la faction des ariens.

Arcadius n'avait rien à refuser aux complices de la vengeance d'Eudoxie. Sans plus tarder, les évêques désignés reçoivent, au nom de l'empereur, l'ordre de se rendre immédiatement au palais impérial. Ils s'empressent d'obtempérer aux ordres de leur souverain. Parmi les dix ('•vêques réunis se présente Elpide, évêque de Laodicée en Syrie; il est accompagné d'un autre évêque, nommé Tranquille. Ces deux Pères étaient ;i la tête de la députation.

Elpide, vieillard en cheveux blancs, dont l'attitude et la vertu commandent la vénénilion et le respect, s'adresse à l'empereur lui-même. « Seigneur, lui dit-il, il n'est pas (( ,juste que l'évoque Jean soit témérairement et sans raison « déposé de son siège ; car il est de notoriété dans l'Église « qu'il n'a point été frappé d'une déposition juridique et « légale, mais seulement chassé de son Eglise par un « comte à la tête d'une troupe de soldats. Il n'est donc « point soumis aux censures des canons d'Antioche. Mais « quand même il eût été frappé d'une déposition cano- « nique, il n'y serait pas soumis davantage; car il n'est « point rentré spontanément dans la métropole ; il ne s'est « i^oint de lui-même rétabli sur son siège et dans sesfonc- « tions sacrées. C'est vous. Seigneur, qui l'avez forcé, par a l'un de vos notaires, au nom vénéré de votre majesté, « de rentrer dans votre capitale et de se rendre aux vœux « ardents du peuple. Quand aux canons d'Antioche d'après « lesquels on prétend le condamner, nous avons démontré « qu'ils sont l'œuvre de l'hérésie, et que jamais l'Eglise « de Jésus-Christ ne saurait en invoquer l'autorité. »

Ces arguments étaient péremptoires, et les conjurés demeurèrent un instant confondus. Mais le reptile mortellement frappé, n'expire point en se tordant sans exhaler sa colère. Les conjurés battus se replient sur eux-mêmes ; ils élèvent la voix, mais une voix pleine de fiel et d'irritation. Ils s'efforcent de répondre aux arguments du vieillard Elpide ; ils s'agitent, ils parlent tous à la fois, et la confusion ne permet plus de rien entendre. Pendant ce tapage, les amis de saint Chrysostome conservaient le calme et la sérénité que donne le bon droit. Elpide , leur chei", saisit un intervalle de silence pour placer c{uelques paroles à demi-voix h l'oreille de l'empereur. « Seigneur, lui M dit-il, nous avons déjà par notre importunité trop abusé (( de votre clémence ; arrêtons-nous à ceci : Que nos frères « Sévérien, Acace,-Antiochus consentent à souscrire ces fc canons, qu'ils nous opposent comme une œuvre d'ortho-

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