CHAPITRE XX. I7l
M languissez clans les angoisses do la faim. A l'expression « de tous ces regrets, que répondre et que vous dire? « N'avez-vous pas sous les yeux mes écrits qui vous expo- « sent les vérités de l'Évangile? Mais si cela ne vous suffit « point encore, je m'efTorcerai d'étancher votre soif et M de répondre à votre louable avidité. Vous pourrez fré- « quemment lire mes lettres ; je saisirai pour vous écrire « toutes les occasions qu'il me sera donné de rencontrer.
« Mais ce ne sont peut-être pas nos écrits que vous « voulez avoir sous les yeux ; c'est notre voix que vous M voulez entendre encore. Eh bien ! comptez sur la bonté « divine ; il nous sera peut-être donné de vous revoir. (( Nous ne devons même pas à ce sujet nous arrêter à la « pensée d'un doute. Soyez-en assurée, nous nous rever- « rons un jour. » Le juste ne peut laisser son esprit se reposer en ce monde que sur la pensée du bien ; et le bien pour saint Chrysostome, dans cette circonstance, c'était la réparation du mal accompli, c'était son rappel sur son siège et dans son Église ; il devait donc en quelque sorte s'arrêter à cet espoir ; il était bien permis du resle au pauvre proscrit de se délecter dans une si consolante pensée.
Dans une autre de ses lettres, il félicite la même sainte et l'estime bien heureuse, des maux qu'elle a soufferts, à l'occasion de l'embrasement de Constantinople ; il approuve et comble d'éloges sa détermination généreuse de se vouer à toutes les privations, en se condamnant elle-même à l'exil. « Vos tribulations ont pris des proportions démc- « surées; vos tortures sont devenues atroces ; vous avez « été poussée à vous engager dans des pérégrinations acte câblantes. Les embûches et la rage de vos ennemis vous « cernent de toutes parts. Vous êtes comprimée comme « dans une ceinture de flammes dévorantes. Mais gardez- « vous bien de vous en affecter et de vous en émouvoir ; « gardez-vous de laisser ternir, ne l'ùt-co qu'un instant, « la sérénité de voîre âme. J'aime mieux vous voir vous
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« livrer à la joie, et tressaillir de bonheur, car vous de- « vez vous couronner de l'auréole de l'héroïsme et faire « entendre le chant glorieux de la victoire. Oui, je vous « en conjure, âme forte et pieuse, chantez vos combats et « les efforts suprêmes de ceux qui combattent avec vous ; « i^animez leur courage, rangez votre armée en bataille, « et vous remporterez une double et trible couronne, plus « jjrillante et plus belle encore par- l'éclat des vertus de « ceux que vous aurez fait triompher sous vos yeux, M que par le mérite et la splendeur de vos propres souf- (( frances. »
Il revient ensuite aux excès de cruauté, conniiis dans lout l'Orient à l'instigation des conjurés ; il se soulage du chagrin qui l'oppresse au souvenir de ses frères qui sont morts dans les cachots ou qu'on à vus expirer au milieu des tortures. «Oh! bien heureuse, s'écrie-t-il, en s'adres- « sant à la sainte, mille fois bien heureuse êles-vous des « couronnes que vous avez conquises, ou plutôt des nom- « breux combats que vous avez livrés. Vos ennemis ont « cru pouvoir vous frapper d'épouvante ; mais quelle terce reur pouvaient-ils espérer vous causer, quand ils faite saient retomber sur leur tête tous les malheurs qu'ils « s'efforçaient d'entasser contre vous? Comment pouce vaient-ils vous terrasser dans ce monde ? Est-ce par ce l'enlèvement ou l'anéantissement de vos richesses? mais te vous les estimez, je le. sais bien, juste à l'égal delà « poussière et de la fange que vous foulez auz pieds, ce Est-ce en vous arrachant du seuil de votre maison, en ce vous ravissant la vue et la jouissance de votre patrie? ce Mais pour vous, les cités les plus florissantes ne sont ce que des solitudes ; vous avez appris dès votre enfance « à marcher avec indifférence au milieu de toutes les ce pompes des sociétés mondaines, pour arriver sans ence traves à la jouissance du repos, du silence et de la ce paix.
ce II vous étalent aux yeux l'yppareil du supplice, ils