‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 82 sur 214 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

M VOUS Ibiil, a\ec grand fracas, des menaces de mort ; « mais la mort est l'objet de vos méditations et de vos « pensées, Kt s'ils vous font violence, pour vous entraîner « au gibet comme une victime qui n'attend que sa der- « nicre heure, que feront-ils les insensés? Ils n'entraîne- « ront qu'un cadavre , qu'un temple ruiné d'une âme « qui depuis longtemps a pris congé de la terre, pour « fixer à jamais son séjour et son bonheur au ciel. Que « dire enfin ! Il leur est impossible d'inventer pour vous « un genre de supplice que vous n'ayez enduré depuis « longtemps dans l'héroïsme de votre cœur.

« Livrez-vous donc à la joie, à l'aspect des rayons de « gloire qui vous couronnent, » et qui couronnent le front des martyrs, dont le dernier soupir s'est exhalé dans les prisons , dans les fers , sur les chevalets et dans les tortures.

C'est ainsi que le saint exalte le courage surhumain des évèques, des prêtres et de tous les membres de son troupeau qui lui sont restés fidèles au milieu des tourments. Il ne peut faire davantage, car il ne lui reste plus, pour honorer leurs combats, que ses chants de triomphe, accompagnés de ses regrets, de ses prières et de ses larmes.

Il raconte encore à sainte Olympiade ses longues souffrances, dans son voyage à travers les routes impraticables de la Bithynie, les montagnes et les aspérités dg la Galatie, et les plaines humides que parcourent lentement les eaux paresseuses et stagnantes du fleuve Halys. La guerre fratricide qu'il a rencontrée à Cœsarée de Cappadoce ne pouvait être cachée à sainte Olympiade ; mais le saint, en lui luisant le récit émouvant de cette nouvelle recrudescence de la haine de ses ennemis, la conjure de garder sur ce point le plus profond silence, dans la crainte sans doute de fournir un nouvel aliment au feu de la persécution.

« A Cœsarée aussi, lui dit-il, nous avons eu le bonheur « de conquérir de magnifiques couronnes. Toutes les (( bouches célèbrent nos malheurs, tous les cœurs portent

« l'admiration jusqu'aux transports, à la vue des afflic- « tions et des injures qui nous ont accompagné dans « notre expulsion violente et dans notre fuite. Mais gar- « dez ces choses dans le secret du silence, bien qu'un « grand nombre de langues indiscrètes osent les publier « et les jeter à tous les vents. Pseanius notre seigneur et « notre ami, nous annonce que des prêtres de Pharé- « trius se font honneur de demeurer en communion avec « nous, et de rompre toute communication, tout com- « merce avec nos ennemis; gardons nous bien de les « troubler par des récits contraires ; et que nul ne puisse « soupçonner les événements malheureux qui se sont ac- « complis à Ceesarée ; car tous ces faits ont un caractère « affligeant d'amertume et de gravité. »

Dans une lettre à Peeanius, son ami fidèle, il recommande la même discrétion et la même prudence : « Ce « qui s'est passé, lui dit-il, à Csesarée de Cappadace, l'at- « titude menaçante et les manœuvres clandestines de « Pharétrius sont choses dures, affligeantes, intolérables. « Mais puisque les prêtres avec lesquels vous conservez « des relations intimes, n'ont point prêté la main aux « complots de nos ennemis, puisqu'ils ont réprouvé toute « connivence avec la révolte ; qu'ils sont demeurés iné- <( branlables dans notre communion, et que d'ailleurs « l'hostilité, gratuite de Pharétrius, leur évêque, n'est « susceptible d'aucune excuse, gardez-vous de leur faire « d'une manière quelconque la révélation de tous ses mé- « faits. Que Dieu seul soit son juge. Tous les prêtres et « tous ses clercs partageaient mon affliction, déploraient « ses rigueurs, et m'apportaient, dans mon malheur, la « consolation d'une constante union et d'un attachement « sincère.

« Ne vous exposez donc point à les décourager par le « récit des maux que j'ai soufferts, de peur de les aigrir « contre nous et de les porter h déserter notre cause. « Quand donc vous aurez tout appris des soldats du pré-

Page 1