CHAPITRE XX
les malheurs des temps ne lui permettaient plus de remplir ; qu'il ne lui restait plus que ce moyen d'acquérir une liberté qu'il devait consacrer tout entière à la prospérité do l'Église.
I.a situation indécise de saint Maruthas appelait aussi son intervention. Cet homme juste, en arrivant à Conslantinople, pour répondre à l'appel des conspirateurs, avait mesuré, d'un coup d'oeil rapide, toute la profondeur des mystères d'iniquité dont on préparait le triomphe. Il en fut saisi d'horreur : il recula tout d'abord devant cet abîme. La conjuration fut effrayée de cette attitude ; elle tenait infiniment à s'assurer l'appui moral de son influence et de la vénération qu'inspirait sa sainteté dans les Églises d'Orient et d'Occident. Elle l'entoura de ses pièges; elle ne cessa de multiplier autour de lui ses moyens de séduction. Mais saint Chrysostome, aussi lui, ne cessait de le suivre des yeux, et d'écarter devant lui les obstacles qui pouvaient lui faire prendre fausse route.
« Empressez-vous, écrivait-il à sainte Olympiade, de « rendre à l'évêque Maruthas tous les services que ré- « clame le danger de sa situation présente. N'épargnez « aucun effort pour l'éloigner promptement de l'abîme « dans lequel on s'efforce de le faire tomber. Sa coopéra- « tion m'est d'une absolue nécessité pour les affaires et les « difficultés de l'Église de Perse. Apprenez de lui, s'il est « possible, et les motifs de son séjour à Constantinople, « et le résultat de ses travaux au milieu des peuples con- « fiés à ses soins. Ne me laissez point ignorer toutes ces « choses. Faites en sorte aussi de me donner l'assurance « que mes deux lettres sont parvenues jusqu'à lui. S'il « désire conserver notre correspondance, je continuerai « d'écrire encore ; mais s'il a résolu de ne plus communi- « quer avec moi , qu'il vous informe au moins du bien « qu'il a fait dans ces contrées, et des nouveaux travaux « qui l'attendent à son retour. Ce sont là les motifs du « désir que j'avais formé de le voir à son passage, et de
« conlercr avec lui sur des intérêts d'une aussi grande « importance. »
Saint Maruthas était, de la part de saint Chrysostome , un objet de crainte et d'inquiétude sérieuses. Malgré sa foi vive et son sens droit, il n'avait jamais rompu ses liaisons avec les conspirateurs. Membre du conciliabule du Chêne, et de presque toutes les réunions tumultueuses de Chalcédoine, il avait toujours un pied sur le bord de cet abîme qu'il avait entrevu lui-même, et qui pouvait, à chaque instant, l'engloutir.
Mais ces quelques instants de faiblesse, dans la vie des saints, c'est la tache d'omlire que projette la nature sur le tableau divin de la perfection chrétienne. D'ailleurs, saint Maruthas a purifié dans son sang ces légères imperfections de son pèlerinage terrestre. 11 a couronné sa vie de l'auréole des martyrs.
Des forêts et des déserts de la Perse, le zèl& de saint Chrysostome s'envolait au delà des Palus méotides, dans les plaines humides de la Sarmatie, où de pauvres communautés chrétiennes tendaient sans cesse les mains, dans leur détresse, aux riches et puissantes Églises de l'Orient. Lorsqu'il éprouvait le besoin d^aller à leur secours , il faisait un appel , et là son ange providentiel , Olympiade se présentait encore. «Portez, écrivait-il à « cette sainte femme, une religieuse attention et le plus « vif intérêt aux choses que je vais confier à la pieuse « sensibilité de votre âme. Les moines des Marses et des « Goths, chez lesquels Sérapion trouvait toujours un asile « assuré contre le fer des barbares ses persécuteurs, m'ont « appris que leur Église vient d'être plongée dans le deuil « par un événement douloureux. Le diacre Moduairc est « venu leur apporter la nouvelle de la mort de leur pas- « leur, de l'évêque Ounilas, à qui j'ai conféré moi-même 0 le caractère de l'épiscopat. Ce grand homme, devenu le « pasteur de la nation des Goths au delà de l'Ister et tie « la Scythie, a succombé sous le poids de ses immenses