CHAPITRE XX. 48rt
lure dans les rues soliluires d'Aiilioehe, et se 'précipite dans l'église métropolitaine, suivi d'Acace, de Sévérien et d'Antiochus. La précipitation, la clandestinité, la solitude, tout annonce qu'ils avaient la conscience de leur crime. Ils s'étaient fait précéder de quelques clercs.
On ferme immédiatement les portes de la basilique; puis l'on ordonne, en toute hâte et sans prière, l'indigne Porphyre, et l'on s'enfuit ; de peur que le peuple n'arrive avant la consommation du sacrilège, et ne fasse éclater ses justes sentiments d"indignation.
Tel est, dit Pallade, le crime de l'adultère qui se cache dans les ténèbres, pour couvrir du voile de la nuit ses fruits impurs et clandestins.
Mais ce crime infâme consommé, les coupables ne devaient point tarder à voir commencer leur supplice. Ils en étaient à l'heure des angoisses de la terreur et du remoixls ; aussi, saisissant avec frénésie leur salaire, se hâtent-ils de s'échapper pai^une fuite honteuse. Sévérien lui, l'instigateur de tout ce désordre, n'ose pas même se sauver par les voies publiques. II se précipite aveuglément à travers les montagnes; il fuit les vengeances humaines par des sentiers inconnus aux hommes, comme s'il pouvait se soustraire en même temps à la justice divine, à la main vengeresse de Dieu, qui le soutient elle conduit.
Tel est l'attentat dont le récit vient porter le deuil à Cucuse, et plonger dans la tristesse l'àme de saint Chrysostome.
Ce sacrilège fut le signal d'un schisme scandaleux que l'on vit successivement embraser la Syrie , FEgypte et la plupart des Eglises de l'Orient.
Porphyre de son côté travaillait merveilleusement à donner au mouvement des catholiques le caractère et les proportions d'une insurrection générale et légitime. A peine assis sur le siège patriarcal d'Antioche, il songe à confisquer les trésors de l'Église au profit de son ambition ; il rè'unit les vases précieux destinés aux saints mys-
tèi'es; ii les fait transformer en linguts; puis il les donne en présents, selon le besoin, aux principaux magistrats cleTempire, Il peut ainsi tenir sous la main leur influence, et disposer à son gré du glaive et de la sévérité des lois. C'est derrière ce rempart qu'il espère abriter la dignité redoutable qu'il a si brutalement usurpée.
Il lui fallait en effet la force armée pour lui garantir quelque sécurité; car le peuple en colère était à sa porte; il avait apporté des torches et des fascines pour le brûler dans son palais. Porphyre avait beau recourir à la force matérielle; le préfet et ses cohortes ne pouvaient rien contre des consciences soulevées d'indignation. Malgré leurs démonstrations et leurs efforts, la sédition s'étendait au loin et devenait de plus en plus formidable.
Pendant qu'à la faveur de ces divisions intestines on laissait un libre champ aux ravages des Isaures, Porphyre et les siens poursuivaient leur plan de corruption dans le camp de l'épiscopat et du clergé. Ils \eulent à tout prix obtenir une éclatante victoire ; ils entrent de force dans l'Église à la tête d'une troupe de soldats. Ces hommes forcenés chassent du lieu saint les catholiques ; ils foulent aux pieds le signe vénéré de la croix que les chrétiens ont coutume de porter sur leurs épaules, pour obtenir les bénédictions du ciel sur les biens de la terre, et pour figurer le triomphe du Sauveur. Le temps de la désolation semblait être arrivé pour l'Eglise d'Antioche ; la cilé^ tout entière était plongée dans le deuil, et faisait entendre des gémissements et des cris de terreur. Les auteurs de toute cette perturbation paraissaient être en proie au paroxisme de la rage. Leur activité, leur ardeur infatigable dans cette œuvre de destruction seraient choses incompréhensibles, si l'inslinct de la conservation, même au milieu du crime, ne venait en donner la raison.
Mais pendant que la vieille cité d'Antioche, la Syrie et tous les lieux évangélisés autrefois par saint Chrysostome versaient des larmes amères, de douces consolations al-