‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 88 sur 214 · CHAPITRE XX. is · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. is

laiont leur descendre des cimes incultes et sauvages du mont Taurus. Le saint, en effet, avait les yeux fixés avec anxiété sur sa patrie; au fort de sa détresse, il s'apprêtait à voler h son secours.

Dans les tourments de sa sollicitude apostolique et filiale, il parle, il écrit, il demande partout des apôtres, il s'adresse à tous les vents. Les proportions que prenait partout la révolte, et l'empire que s'efforçait d'exercer l'élément corrupteur qui serpentait jusque dans les rangs du sacerdoce, étaient loin d'égaler et la sollicitude et l'action réparatrice qu'il ne cessait de déployer au sein de son exil.

A Cucuse, il était l'ange consolateur de toutes les infortunes. xVux ravages des Isaures, il opposait l'action incessante d'un zèle infatigable et réparateur. Il rachetait les captifs et les renvoyait au sein de leur famille. Témoin de toutes les souffrances et de toutes les privations du peuple, il le soulageait, le consolait, et faisait face à tous ses besoins.

Au milieu des désoitlres de Tanarchie, la famine vient fondre sur la ville de Cucuse. Aia vue de ce fléau terrible le saint ne se donne aucun repos ; il est partout, il pourvoit à tout, il instruit, il ranime, il remonte le courage, et parsient à faire naître la résignation et la confiance au fond des cœurs. Il devient ainsi le sauveur de ces populations affamées. De la Syrie, d'Antioche, de la Cilicic, o)i accourt sur les montagnes ; on vient s'édifier de ses paroles et du spectacle de ses vertus. De toutes parts les secours arrivent ; et malgré le surcroît de population et la famine, l'abondance vient réparer et faire oublier les ravages de la faim.

L'affluence des ressources est telle, que le saint en est réduit à s'excuser auprès de Diogène et de Cartérie de ce qu'il n'a pu recevoir leurs largesses. Il leur promet de faire appel à leur cœur pour les premiers besoins.

« Quant aux libéralités dont vous avez bien voulu nous « favoriser, écrit-il à Diogène , qu'elles ne deviennent

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« point entre nous une cause de froideur; car après avoir « recueilli l'honneur et savouré tous les avantages de votre « généreux secours, je me suis vu dans la nécessité de c( vous restituer avec reconnaissance l'objet même de vos « largesses. Mais n'allez point vous imaginer que votre « cœur ait rencontré parmi nous l'humiliante répulsion de « l'indifférence, ou l'absence de toute confiance, à l'en- « ilroit de la délicatesse et de la pureté de vos sentiments ; « non, non, l'unique motif de notre refus c'est l'alion- « dance ; l'abondance sur nos rochers inaccessibles, nous « a mis pour longtemps h l'abri de toutes les privations (( du besoin. Nous avons fait le même accueil à beaucoup « d'autres générosités non moins sincères. Un grand « nombre de nobles cœurs dont l'afTection nous est chère, « et dont les noms vous sont connus, nous ont prodigU('' c( leurs dons avec une admirable munificence ; ils ont c( agréé mes excuses, celles-là mêmes que j'ose vous prier « de vouloir bien accueillir aujourd'hui. Cette condescen- « dance que je sollicite, me |)crmettra, si le besoin nous « presse, de faire encore -un jour appel h \oiiQ cœur, « avec plus do confiance que si je réclamais un bien qui « lut ma propriété personnelle. »

Assurément une telle requête devait être entendue. Elle le fut sans doute aussi dans une certaine mesure ; mais la charité, la charité vraie ne saurait se laisser \aiucre, même par le scrupule d'un saint. Diogène en est un exemple ; il ne veut point accepter le refus de saint Chrysostome. 11 cn^•oie à Gueuse Aphraate avec des sommes d'argent. Aphraate a pris l'engagement de faire des instances victorieuses et de lasser la réserve et la discrétion du saint évêque. Force est donc à saint Chrysostome d'accepter les présents. Mais il n'accepte qu'à la condition d'élargir le champ de la charité de Diogène. 11 exige que ces trésors soient affectés au secours des Eglises de TMiénicie, au service desquelles l'instrument de ces bienfaits, Aphraate va désormais lui-même se consacrer.

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« Après le départ de ma lettre et de mon relus, écrit-il « au généreux Diogène, l'attachement et la fermeté d'A- « phraate, de cet homme vénérable, la menace qu'il m'a « iaitc de ne point prendre congé de moi ni de recevoir « mes lettres, si je n'accueillais moi-même vos présents, « m'a fait prendre une résolution que je sais de nature à « vous aller droit à l'âme, à vous toucher le cœur. J'ose « même vous prier de vous associer généreusement à ma « pensée ; j'ose me reposer sur vous pour l'accomplisse- « ment de mes desseins. Veuillez déterminer Aphraale « lui-même à se faire l'instrument d'un projet si précieux « pour l'Église. Vous ne sauriez douter dp l'avantage que « peuvent offrir, dans ces temps malheureux, à l'Eglise « de Phénicie, et l'importance des dons que vous m'avez « faits et la présence dans ces contrées du représentant « lui-même de votre charité. Yeuillez donc user do toute « votre influence, au besoin même de votre autorité, pour « le déterminer à se charger d'une mission si glorieuse « et si belle; vous aurez à recueillir le double mérite de « votre coopération efficace à l'édification de ces Églises, « et de vos efforts généreux pour leur procurer un si digne « et si puissant consolateur. Ne considérez dans une « telle circonstance que la grandeur de cette œuvre apos- « tolique, et ne permettez point h votre ami, même un « seul instant d'hésitation. Qu'il parle sans délai pour ces « provinces désolées, n

Ces ÉgUscs des heux sanctifiés par la présence et les travaux du Sauveur étaient, aussi bien que celles de Syrie, un objet continuel de sollicitude de la part de saint Chrysostome. Il avait appris que la Phénicie était entrée dans une phase de luttes et de désolation. Dans cette contrée malheureuse, le paganisme relevait la tête ; la persécution commençait à sévir avec fureur. Les païens se comptaient et se remuaient partout pour raviver le feu mal éteint de la haine qu'ils portaient au christianisme. Des moines avaient été massacrés, d'autres avaient été soumis

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à des mutilations cruelles. Le ciel de l'Êgiise paraissait «'assombrir ; l'œuvre de Jésus-Christ semblait menacée de ruine. Saint Chrysostome en eut le cœur navré. Ses premiers soins furent de chercher des apôtres qui pussent y rétablir la paix et mettre un frein puissant h ces tentatives de recrudescence païenne.

Pour atteindre ce but, il jette les yeux sur le prêtre Rufin. Rutin était un homme grave, sérieux, d'nn ascendant de caractère et d'une capacité remarquables. Le saint le conjure de partir pour la Palestine, et d'aller porter à cette Église abandonnée le secours de son zèle et l'appui de son autorité. Dans une lettre empreinte de son amour pour l'Epouse de Jésus-Christ, et qu'on dirait écrite avcr des larmes, il le supplie de hâter son départ, et de lui donner sans cesse de ses nouvelles, même pendant le long parcours du voyage. Il est profondément convaincu que par sa seule présence, Rutin peut éteindre l'incendie, conjurer les malheurs à venir, arrêter les meurtres et rétablir la paix. Il lui promet de lui prodiguer tous les secours que réclame sa mission pacifique ; il fera sans cesse appel à la générosité de ses amis; il écrira, s'il le faut, jusqu'à Constantinople ; il ira même frapper à la porte du palais d'ArcaUius.

« Hâtez-vous, lui dit-il, cher et ^"énéré frère; n'hésitez « pas un instant ; partez au plus tôt. Que mes paroles « vous animent. Si vous aviez sous les yeux votre maison « en flammes, vous n'auriez point assurément la lâcheté c< de vous enfuir. Vous chercheriez avec empressement , « parvous-même ou par vos amis, les moyens les plus « efficaces et les plus prompts d'éteindre l'incendie.

« Eh bien ! l'incendie, le feu dévore les Eglises autour (( du berceau du Sauveur; partez donc, allez aux lieux où « le fléau vous appelle.

« Lorsque la renonmiée m'apprendia que vous avez « mis le pied sur la terre de Palestine, j'aurai l'âme et le « cœur en paix; car je sais que votre voix comme celle

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« duji géiiéi-al Imbilf , purcouira le vaste cliainp de la (( lutte, tlonnant la force et la vie à ceux qui sont tombi''s, M soutenant ceux qui tiennent encore, ramenant au coni- « bat les lâches qui désertent le drapeau, cherchant et ré- « parant toutes'les défections et toutes les pertes, et met- (( tant en fuite les cohortes épouvantées du prince des « enfers.

« S'il m'est donné de voir le succès accompagner votre « zèle et couronner vos efforts, j'aurai le cœur pénétré « d'une douce et vive jouissance ; mais si des obstacles « malheureux viennent arrêter ou seulement ralentir le « cours de votre mission évangélique, je mettrai tout en « œuvre pour les aplanir devant vous. Je ne me don- « nerai point de repos ; j'irai fatiguer de mes sollicitations, « amis, étrangers, fonctionnaires. .J'irai mille fois réveil- « 1er la torpeur des grands et des princes de Constanti- « noplc. Quant aux reliques des saints martyrs, ajoute-t- il, M n'en prenez nul souci. Je viens d'envoyer le prêtre (( Térence au pieux Otrée , évêque d'Arabisse. Je sais « qu'Otrée en possède un grand nombre d'authentiques, et « dans peu de jours je vous les ferai parvenir en Phéni- « cie. Hàtez-vous d'achever les églises qui n'ont point « encore de toiture, afin, qu'elles puissent au moins ga- « rantir les fidèles contre les rigueurs de l'hiver. » A cette époque toutes les églises devaient être munies de reliques, parce que les chrétiens, depuis qu'ils avaient des temples, n'allaient plus offrir le sacrifice de Jésus-Christ sur les tombeaux des martyrs, comme aux premiers jours du christianisme. Les restes sacrés de ces témoins du Sauveur étaient emportés dans les églises, et placés sur les autels ; c'est ainsi qu'ils ne cessaient point de servir d'autels à la victime sans tache.

La présence de Rufin en Palestine était une garantie pour saint Chrysostome ; mais il fallait à cet apôtre des instruments éprouvés et de puissants moyens d'action. Le saint évêque l'a compris ; il écrit au prêtre Nicolas, et

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lui iait lt;S plus vives instances poui- qu'il envoie au plulôL en Palestine le prêtre Géronce. Géronce était aussi lui l'homme de la situation présente ; il était merveilleusement apte h prêter un secours efficace au zèle de Rutin. Le saint évèque supplie Nicolas d'accélérer le départ de cet homme de Dieu, dont la maladie avait alttn-é les lorces, et de le faire accompagner du prèti-e Jean, ufin de multiplier les ouvriers de la foi dans ces églises désolées.

« Les malheurs de ces églises , dit-il à Nicolas, ré- « clament un prompt secours, une vigilance active. Ilàtez- « vous, je vous en conjure, abrégez par tous les moyens « possibles les délais et les longueurs ; écartez les diffi- « cultes du voyage. Les premières atteintes de la saison « rigoureuse nous font appréhender des obstacles in surce montables, et semblent devoir nous fermer poui- long- « temps rentrée de ce pays. J'ose donc insister avec plus « de force que jamais; faites dibgence. Si Géronce est ré- « tabli de ses infirmités, faites-le partir sans délai ; don- « nez-lui pour compagnon de voyage le prêtre Jean, notre « ami bien-aimé, dont l'afiection nous est si douce. » De si pressantes recommandations ne pouvaient manquer de trouver un écho dans ces cœurs généreux ; le saint parlait au nom des sentiments les plus chers aux vrais amis de l'Église. Le prêtre Jean s'empresse de r('pondrc à son appel.

Saint Chrysoslome écrit ensuite au prêtre Géronce luimême. « Je vous croyais, lui dit-il, au milieu de vos trace vaux apostoliques de Phénicic ; c'est là que vous parte viendra la première lettre que j'adresse à votre piété. « Je ne puis aujourd'hui que vous répéter mes premières « paroles. Oui, l'heure est arrivée de tout entrepi'endreet « de tout souffrir jusqu'à la dernière extrémité, pour « qu'aucun des travaux entrepris dans les églises ne pé- « riclite, pour qu'aucune des œuvres commencées ne soit « anéantie ; j'ose donc vous en conjurer, ô mon frère. « plus la tempête est menaçante, l'abime incommensu-

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« rahlf, li;s ennemis nombreux, el les obstacles insur- « monlables, plus il faut vous armer de constance et de « courage, vous aguerrir aux combats, et ranimer l'ar- « dem^ chancelante de vos frères, pour qu'ils viennent au « plus lot se ranger à vos côtés, soutenir avec vous Teffort « de la lutte, affronter les mêmes périls, et se livrer sans a réserve aux mêmes travaux. »

A ces encouragements qu'il adresse au prêtre Géronce, le saint ajoute l'assurance qu'il sera pourvu de tous les secours que réclament et le délabrement des églises et la triste situation des fidèles. Il lui dit qu'il a chargé de ce soin le prêtre Constantius. «Partez donc aussitôt que vous « aurez vu vos inlirniités s'évanouir ; partez, et n'ayez « nul souci des ressources les plus essentielles aux besoins c( de la vie ; car j'ai chargé de ce soin important le pieux « et vénéré prêtre Constantius. Quelles que soient les né- « cessités qui se déclarent dans raccomplissement de « votre mission ; qu'il s'agisse d'élever des édifices sa • « crés ou de subvenir à la détresse de vos frères, vous « trouverez en ses mains des ressources abondantes, et « plus que jamais vous pourrez faire face à toutes les « éventualités. »

^Malgré toutes ces mesures et toutes ces instances, le saint semble redouter encore l'inefficacité des moyens qu'il a mis en œuvre. Il écrit partout pour chercher à Géronce de dignes coopérateurs ; il conjure Siméon et Maris, prêtres et moines d'Apamée, de faire choix de quelques hommes de Dieu, pour aller avec Géronce et Jean porter secours à leur frères persécutés de Phcnicie.

a Notre pieux et bien-aimé frère, le prêtre Jean, leur « écrit-il, nous a comblé de bonheur par son courage « évangélique. Il s'est arraché, malgré la difficulté des « temps, h son pays, à son Église, à sa demeure, pour « voler au secours de nos frères de Palestine. J'ose vous « prier, bien-aimés frères, de vous laisser toucher par la

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« considéralion de Timportance et de la grandcLii- de celte « mission. Si vous rencontrez quelques âmes vraiment « apostoliques qui puissent aller unir leur dévouement à « celui des hommes généreux engagés dans cette lutte, « empressez -vous de les accueillir et de les envoyer « comme auxiliaires dans ces lieux qui réclament leurs « secours, »

Saint Chrysosiome se sentait donc le cœur battu de crainte et d'espérance à la vue des difficultés, de la pénurie d'apôtres et des dangers des communautés chrétiennes qui peuplaient la Palestine. Il leur adresse des lettres admirables pour ranimer le courage de leurs pasteurs ; il fait appel à toutes les influences pour apporter un terme aux tourments de la persécution, pour raviver la foi des martyrs et soutenir leur constance,

« Ce n'est point au fort de la tmpête, leur dit-il, que « le pilote abandonne son vaisseau, ni dans le feu de la (f douleur que l'homme de la science laisse le malade en « proie à ses souffrances. De même ce n'est point au fort « des calamités présentes qu'il vous serait pardonné d'a- « bandonner le champ de la lutte. Oui, plus les difficultés « sont nombreuses, plus la tempête a de fureur, plus « la perturbation est victorieuse; plus il vous faut rester a au poste d'honneur, multiplier vos efforts, activer votre « vigilance et donner une impulsion féconde à vos tra- « vaux. Craignez surtout la honte de voir un jour croulei' « l'édifice de votre apostolat, s'évanouir le fruit de tant « de labeur et de veilles, et disparaître enfin la moisson « qui devait récompenser et couronner vos fatigues, »

Saint Chrysostome était souvent affligé par une pensée amère. Il ne pouvait se défendre d'un sentiment de crainte à la vue de tant de désastres; il appréhendait de voir tous ces hommes généreux tomber dans le découragement, faillir à la tâche et s'enfuir.

Il leur prodigue ses exhortations et ses éloges ; il leur promet la nourriture et le vêtement ; mais il n'a même pas

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la pensée d'ajouter autre chose; car ce sont là les seules richesses matérielles des apôtres de la foi chrétienne.

« Souvenez-vous, leur dit-il, frères bien-aimés, de vos « œuvres accomplies^ de vos fatigues passées, de vos suc- « ces dans l'accomplissement de votre mission et dans les « travaux de votre apostolat. Souvenez-vous que vous « avez fait disparaître les ténèbres de l'impiété tlevant le o soleil de la grâce divine, et que vous avez fait rentrer « rœuvre sainte de la diffusion de TEvangile dans une « voie de progrys et de prospérité. Voici bientôt l'heure « de la moisson et de la récompense. Bientôt Dieu \a « chasser devant vous tous les obstacles ; il va vous piv- « senter le prix ineffable de votre patience, de votre cou- « rage et de votre dévouement. Courage donc, levez les « yeux au ciel , et demeurez inébranlables dans votre « constance. Ne vous arrêtez point à la préoccupation des « nécessités de la vie ; vous recevrez avec abondance les « aliments que vous partagerez avec vos frères ; et, poiu- « vous-mêmes, vous n'aurez point à désirer ni le pain de « chaque jour, ni la chaussure, ni le vêlement. Que rien « donc ne vous épouvante ; votre œuvre est à la veille du « triomphe ; et nos motifs d'espérance vous les puise rjz, » comme nous-mêmes, dans les lettres du vénérablr « prêtre Constanlius, dont je m'empresse de vous donner « communication. »

A ces paroles il ajoute un touchant tableau de la constauce et de l'héroïsme des apôtres. Il leur présente poiu' modèle l'apostolat de saint Paul , dont les tourments, les cachots, ni les lers ne pouvaient étouffer la voix. Cet ajwtre incomparable ne connaissait à son zèle aucune entrave. Il prêchait partout ; sa parole franchissait lasoml)ri' enceinte des prisons les plus impénétrables. Elle allait porter la lumière et la foi jusqu'aux cœurs endurcis des geôliers et des bourreaux. Il les adjure d'imiter cet exemple, et de demeurer inébranlables dans l'accomplissement de leur mission et dans la douleur de leurs

lOi SAl.NT ('}lHV.SO,ST(».Mi:.

épreuves. Enfin, ilkaii- annonce qu'il leuf envoie le prôti-e Jean, pour leup porter des consolations et pour les engager à lui donner des nou^'el]es de leurs travaux apostoliques et lui présenter un exposé fidèle de leurs besoins.

Ainsi, saint Chrysostome, banni, ])ersécuté, maudit, et relégué siu- la cime inhospitalière du mont Taui'us comme une victime dévouée à la mort, Taisait planer son influence et son zèle sur presque toutes les Eglises de l'empire. 8a sollicitude s'étendait du Tanaïs au .Tourdain, des rivages de la Grèce aux plaines de l'Assyrie.

Pendant qu'il soutenait et ramenait à la foi les comnninautés chrétiennes de la Palestine, il ne cessait d'encourager et de ranimer l'Eglise agitée et chancelante de la nation des Goths. « La lempête vous ébi*anle, écrivait-il « au diacre Théodule, homme puissant en œuvres. Les « ennemis qui portent la sape contre l'Eglise des (loths « ont pour soutenir leurs attaques la ténacité, le nombre « et la puissance ; mais quelque furieux que soit l'orage, « et quelque formidables que puissent être vos ennemis, « demeurez toujours inébranlables et poursuivez avec une « âme impassible l'accomplissement paisible et régulier « de vos devoirs. Quand même -ici bas votre ambition « sainte et vos désirs seraient frappés, ce que je ne puis « croire, d'mic stérilité désolante, ayez néanmoins force « et courage. La récompense de votre bonne volonté vous « est toujours préparée et vous attend au ciel. Ne vous (( laissez donc point tenter ni défaillir à la vue d'un insuc- « ces de quelques heures. Mais priez, frères bien-aimés, « ranimez votre ardeur , augmentez votre sollicitude , «multipliez vos démarches, activez votre dévouement, (( agissez par vous-mêmes et par vos coopérateurs, laites « tous les efforts possibles; mais surtout demandez arec demment et toujours au Seigneur la paix et la prospé- (( rite de son Église. Il est un point important sur lequel (( il faut porter tous vos soins, c'est la temporisation néce cessairc au bien de votre communauté dans la négocia-

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« lion qui m ms occupe. Du reste, teiiez-iiuus conslainmont « informé de vos dillicullés et de vos succès, pendant tout « le temps que vous vous consacrez h l'édification de ces « églises. »

Saint Chrysoslomc avait sérieusement à cœur de difT(''rer l'élection d'un évèque pour la nalion des Goths, dans la crainte que le schisme et la division ne vinssent envahir celte belle portion de l'Eglise chrétienne. Il écrivit à ce sujet à quelques moines de Gothie, qui vivaient à Conslanlinople dans le monastère de Promotus. « Rece^•cz, « leur dit-il, le témoignage sincère de ma gratitude, pour « le zèle que ^•ous avez mis à fermer tout accès à la pero turbation dans l'église des Goths, par les délais apportés « à l'élection de leui- évèque. ]N*on-seulement je ne m'ai-- « rote point contre vous, à cet égard, à la pensée d'un « blâme, mais je ne puis même vous adresser pour ce lait « que l'expression de mes louanges et de mon admira - « lion. Continuez donc ou par vous-mêmes ou par une « intervention étrangère à temporiser encore. »

Cette préoccupation pour la paix des chrétiens de la Sarmatie, ne l'absorbaient point tellement qu'il ne s'occupât encore simultanément à d'autres soins importants, dans l'intérêt de son propre troupeau de Constanlinople. Il ap[)rit que la portion des fidèles de la capitale qui s'était préservée du schisme et de l'influence des conjurés restait abandonnée de tous, et comme un troupeau sans pasteur. En quittant son siège il avait cru pourvoir suffisamment h la garde du bercail, en déléguant à deux prêtres éprouvés ses droits et sa sollicitude; il avait laissé près de ses brebis abandonnées les deux prêtres Salluste et Théophile, pour les instruire, les encourager et les soutenir. Mais loin de leur guide, ces deux représentants du pasteur avaient laissé leur bonne volonté s'éteindre, et leur vigilance s'était évanouie. Ils s'étaient habitués aux douceui'S d'une honteuse nonchalance. La prédication de l'Evangile était sacrifiée à la jouissance d'un indigne repos. On les

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voyait rarenieiil apparaître aux assemblées. Depuis le dcpai'l de saint Chrysostoine jusqu'au mois d'octobre, Salluste ne s'était t'ait entendre que cinq fois, pour annoncer au peuple la parole de Dieu; tandis que Théophile n'aMiit pas même une seule l'ois daigni^ rompre le silence.

Saint Chrysostome en éprouvidt une affliction profonde ; il écrit h ces deux prêtres une lettre énergique pour les rappeler au sentiment de leur devoir pastoral. Il écrit en même temps à Théodore, ami de Salluste , pour le prier de secouer l'apathique insouciance de son ami. Théodore, était un dos officiers du préfet de Constantinople. ("était un homme d'une foi sincère et d'une piété digne d'éloge; il méritait par sa vertu toute la confiance d"un saint.

Dans sa lettrt- aux deux prêtres, saint Chrysostome met en usage le précepte de saint Paul à Timothée. Il adresse à ces deux pasteurs indolents les reproches les plus sévères sur l'inexcusable oubli de leurs devoirs, « Je « succombe sous le poids d'une douleur mortelle, dit-il à « Salluste, à la vue des accusations de tiédeur et de négli- « gence que la rumeur publique fait peser sur vous et sur « le prêtre Théophile. On m'assure que depuis mon départ « jusqu'au mois d'octobre, l'un de vous n"a daigné donm-r K au peuple que cini[ homélies, et que l'autre est resté' « dans un mutisme complet et criminel. Si ces méfaits « qui sont l'objet de mes reproches, ne reposent que sur (f des rapports injustes et calomnieux, mettez-vous en « mesure de mienvoyer au plus ti'it ime justification com- « plète; mais s'ils ne sont qu'une triste n'-alité, s'ils ne « doivent être qu'une tache honteuse à votre mémoire, (i hâtez-vous de faire pénitence et de revenir de votre ei-- « reur. Vous m'avez abreuvé d'amertume; vous avez flétri « dans mon cœur la douce consolation de l'amitié. Sonet gez donc aux châtiments terribles que la justice divine « doit entasser sur votre tête. Songez à la rétribution qui « vous attend pour votre négligence et votre lâcheté.

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