‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 89 sur 214 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

« L'orage gronde sans doute ; mais le temps de la tour- « mente, c'est le temps d'amasser d'incomparables ri- « chesses pour le ciel.

« Ne tardez point, dit-il à Théophile, de me délivrer « des inquiétudes qui m'accablent. Mettez-vous en devoir « de me faire connaître les travaux auxquels vous vous « serez livrés pour l'instruction, le soutien et la consola- « tion du peuple, au milieu d'une si grande tempête. Cette « consolation de mon troupeau bien-aimé, c'est la jouis- « sance la plus douce à laquelle puisse aspirer mon cœur. « Dieu lui-même s'incline avec amour vers cette belle « portion du bercail de Jésus-Christ que chaque jour la « grâce du ciel soutient et console. Vous ne sauriez rigno- « rer, car vous en êtes chaque jour les iiistrumcnls et les u témoins. »

Ces paroles furent une rosée céleste ton^Jjant sur une terre féconde ; elles produisirent dans le champ abandonné de l'Eglise de Constantinople une fertile moisson. Le saint, en effet, eut le bonheur de ramener au devoir les deux prêtres un instant égarés. C'est ainsi que cet homme vraiment providentiel imprimait une marche simultanée à tous ses travaux, et pourvoyait avec une égale sollicitude aux besoins de toutes les églises.

Admirables desseins de la Providence divine ! Les pertui'bateurs d'Alexandrie et de Constantinople., aveugles agents du génie du mal, chassent indignement le saint docteur de son église pour l'envoyer mourir dans un dései't inaccessible; et Jésus - Christ , qui veille avec amour sur les jours de son serviteur, l'élève comme une sentinelle de Dieu sur la cime du mont Taurus, entre les plages méridionales de l'Arabie, et les régions glacées du nord. De là, comme d'un siège de création céleste, il étend une main sur les Églises de l'Asie, de la Palestine et de la Syrie, tandis que de l'autre main il soutient et conduit les Eglises septentrionales des Sarmutcs et des Goths, de la Thrace et de Constantinople.

198 SALNT CIlUYSOîSTOME.

Mais 'lui apôli'e n'est pas seulement apôtre; il est aussi martyr. Il ne reçoit pas seulement du Sauveur robligation de consacrer son existence à la diflusion de l'Évangile; il reçoit aussi la mission plus dinicile el plus dure de souffrir avec lui , de monter son calvaire el de ])rendre une large part de la lie de son calice.

Saint Chrysostome avait d(^jà plus d'une Ibis ap[)roché les lèvres de la coupe amère des souffrances. 11 était chassé de son troupeau , traciué par la haine , jeté comme un bouc émissaire dans un réduit lointain dont on voulait lui l'aire un tombeau ; n'était-ce pas assez de privations et de douleurs? c'eût été sans doute assez, et trop peut-être, pour une autre âme que la sienne; UKiis le saint devait i-eccvoir en partage un calice plus amer. Il avait entendu les mêmes paroles que son homonyme du collège apostolique. Lorsqu'il arriva sur le siège de Constantinoplc , Dieu lui dit par l'opposition de Théophile, qui renfermait alors tout le secret de l'avenir : Pouvez-vous accepter le baptême d'humiliations et de tortures dont je serai baplis('' moi - même? A cette question le prêtre d'Antioche avait t'ait la même réponse ciue le fils de Zébédée : Je le puis. Et dès ce moment, l'imposition des mains qui lui l'ut conlérée, devint la garantie solennelle et sacrée de l'accomplissement de cette double promesse.

Dieu promit les tribulations : vous boirez à mim calice. Le saint promit la patience et la résolution : j'espère le pouvoir. Et voici que dans son exil , les éléments euxmêmes, obéissant au double appel du saint et de Dieu, vinrent apporter leur contingent à la scélératesse des hommes, et donner l'appoint de l'amertume à la lie de son calice.

L'hiver sévit toujours avec rigueur sur les sommets inhabitables de l'ArnK'nie. Mais cette aimée, la 405" de l'ère chrétienne, ces pics désolés furent enveloppés pan les glaces, ensevelis sous les neiges et dépeuplés par un froid mortel. Saint (^'hrysostome qui n'a^■ait connu dans

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