CHAPITRE XX. lU'J
son c'iiliLiuco L'I pendant toute sa jeunesse que les tièdes hivers de la Syrie, ne cessa d'endurer un supplice atroce pendant toute la durée des frimats. Sa faiblesse et ses inlirniités lui rendirent la température intolérable. Pendant quelques Jours il fut sur le point de succomber à ses douleurs. Il crut enfin apercevoir le terme si désiré de sa carrière ; mais il n'en apercevait qu'un signe avant-coureur.
A peine sorti de cette cruelle épreuve, il racontait à sainte Olympiade par quelle série de souffrances il avait passé ses jours d'hiver : « .Je vous écris, lui dit-il, au sortir des « portes de la mort. Je suis ravi de joie de ce que vos « envoyés ne sont point arrivés quelques jours plus tôt à « Cucuse, car c'est au fort de mes souffrances que j'aurais 0 eu la consolation de les recevoir. Comment oser alors « vous nourrir d'illusions, en vous donnant de consolantes « nouvelles? C'eût été chose impossible assurément. L'hi- « ver a sévi parmi nous avec une rigueur inaccoutumée. « Accablé par des douleurs intolérables d'intestins, j'ai « vu s'écouler ces deux mois avec une noire tristesse ; ils « m'ont laissé dans une situation plus effrayante que la « mort. Toute ma vie se résumait dans le sentiment de « mes souffrances. Mes yeux étaient insensibles aux rayons « de la lumière. Le jour, la nuit, le matin et l'éclat du c( midi, tout était ténèbres pour moi. Je passais sur un « lit de douleur presque toutes mes journées. Pour me «garantir contre la rigueur du froid, j'avais recours à « mille procédés divers. Je m'exposais à des feux ardents, « malgré l'incommodité d'une épaisse fumée. Je me tenais « enfermé dans un appartement dont je n'osais franchir le « seuil ; je m'abritais vainement sous les épais tissus do «cent couvertures. Efforts stériles, soins superflus! Le « froid me pénétrait et m'agitait les membres d'un frisson « fiévreux qui me faisait endurer d'atroces et pei-pétuelles « tortures.
« Pendant ces nuits immenses, de continuels vomisse- M mcnts. d'horribles douleurs de tète, une privation près •
200 SAINT CllKYSOSTUMl-:.
« que lutale de nourriture empêchaient le sommeil de « lermer mes paupières. Mais ne vâus laissez point aller w à l'affliction, et ne vous découragez point au triste récit « de toutes ces souffrances. Elles ne sont plus aujourd'hui « que le souvenir du passé; j'ai repris une existence non- « velle. Au premier changement de la température, dès « la première apparition des chaleurs du printemps, tous « mes maux se sont évanouis. Ils n'ont laissé d'autre trace « qu'une faiblesse qui réclame encore un régime sévère, <( mais qui ne m'impose plus qu'une prudente rései-ve « dans le choix et la quantité de mes aliments. »
Dans une autre lettre à la même sainte, il expose la situation lamentable dans laquelle ce long hiver et les ravages des barbares ont plongé la ville de Cucuse et toute la contrée.
« Puisque vous n'clamez des renseignements sur ma si- « tuation présente, lui dit-il, je m'empresse de satislain; «votre désir. Sachez donc que je suis délivré de mes « grandes épreuves. Je suis sauvé de tout danger; mais « j'ai le regret d'avoir à vous dire que le mal a laissé des « traces profondes qui m'accablent encore. Des médecins « habiles m'ont prodigué leurs soins. Us ont mis en œuvre <f })our me soulager toutes les lumières de la science ; i< mais nous ne possédons dans notre désert ni les médi- « caments, ni les ressources nécessaires pour le rétablis- « sèment d'un corps exténué par de longues privations et « brisé par d'inexprimables douleurs.
« Toute la contrée est sans ressources, et déjà môme « nous ressentons les atteintes de la peste et de la famine. « Pour comble de malheur, des hordes d'Isaures et des « bandes de voleurs occupent tous les passages et rendent « inaccessibles tous les centres de population. Souvenez- « vous, je vous en prie, qu'il est prudent de ne plus m"en- « voyer d'émissaires, car je ne me consolerais jamais de « la pensée que l'on ait pu s'exposer à faire égorger un M homme à cause de moi. Vous pouvez comprendre quelle