CHAPITRE XX
« source intarissable de chap^rin ce serait me créer pour « la vie, et de quelle intolérable amertume ce serait em- « poisonner le reste de mes jours. »
Celte crainte du danger, que peuvent courir les envoyés d'Olympiade et de ses amis de Constantinople , est un tourment dont il se plaint dans plusieurs de ses lettres et qui trouble souvent son repos. Il en écrit au diacre Théodote, auprès duquel il s'épanche avec toute l'effusion d'un cœur en peine. «C'était pour moi, dans cette solitude, « lui dit-il, une consolation bien douce que celle de pou- « voir vous écrire et d'épancher dans votre âme affec- « tueuse le trop plein de mon cœur. Mais nous sommes « cernés par les courses et les ravag-es des Isaures. Ar- « river jusqu'à vous et vous parler sont choses impossi- « blés; les barbares m'ont ravi pour longtemps cet inap- « préciable bonheur. Car avec le printemps leurs hordes (' sauvages ont reparu dans nos contrées ; elles se sont ré- « pandues partout, elles occupent toutes les voies, toutes « les issues ; elles rendent tous les passages inaccessibles. « Déjà des femmes nobles sont tombées entre leurs mains « et des hommes ont été cruellement égorgés.
« Quant à ce qui concerne ma personne , après les « cruelles souffrances que m'a causées le dernier hiver, « ma santé s'est un peu rétablie. Mais bien que je sois « sorti de mes infirmités, il ne me reste pas moins en- « core beaucoup à souffrir des variations de la tempé- « rature ; car ici nous allons bientôt nous voir encore « au fort d'un nouvel hiver. Ne vous effrayez point ce- « pendant de catte triste perspective ; je conserve l'espi'" « rance de voir disparaître le reste de mes infirmités à « la première approche des chaleurs. Si rien n'exerce une (( plus pernicieuse influence sur ma santé, si rien n'est « plus capable de briser mes forces que la rigueur du « froid, rien aussi ne peut m'apporter un remède plus sa- (( lutaire que la chaude température des beaux jours. »
Dans une autre lettre à Théodote, il lui dit encore :
0 Je n'ùse plus vous appeler auprès de moi lanl sont al'- « freux les désastres et les malheurs qui désolent l"Ar- « ménie. Dans ces malheureuses contrées, quelque parl, « que vous portiez vos pas, vous heurtez des cadavres, et « vous êtes arrêté dans votre marche par des ruisseaux « de sang. Vous ne contemplez partout que des villages « déserts, des maisons renversées et des villes en ruines. « Nous avions pensé pouvoir vivre avec sécurité derrière « les épaisses murailles de notre forteresse , où nous « sommes renfermés comme dans un cachol affreux; mais « nous n'y pouvons respirer sans de continuelles alarmes; « car leslsaures s'attaquent même à ces places fortes, qui « ne sont point à l'épreuve de leurs assauts. »
Cette place forte qui ne peut les garantir contre les déprédations des Isaures, c'est celle d'Arabisse, dans laquelle les habitants et la milice de Cucuse allaient se mettre ;-i couvert, à l'époque de l'invasion de ces barbares. Fixée sur des roches inaccessibles, à quelque distance au nord de Cucuse, Arabisse était réputée imprenable. Elle devenait de temps en temps le refuge de ces jjopulations mallieureuses qui fuyaient à la fois les tortures de la faim et la rapacité des voleurs. « Nous avons saisi l'occasion de qucl- « ques instants de tranciuillité, dit saint Chrysostome, « pour nous sauver dans Arabisse, dont la citadelle nous « offrait une sécurité plus complète. Car il ne nous était « plus possible de tenir dans la ville, ni dans cette partie « du Taurus. Nous avions tous les jours la mort à notre « porte. Les Isaures y portent partout le fer et le feu, sacx( cagent les villes et- les hameaux, en immolent les ha])i- « tants et ravagent les campagnes.
(( Mais ici d'autres fléaux non moins destructeurs vien- « nent nous assaillir; la misère et la faim menacent de « décimer la multitude des malheureux resserrée avec « nous dans cette étroite forteresse. »
Rien n'égale les souffrances de saint Chrysostome au milieu de ce sauve qui peut de tous ces peuples affamés;