‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 94 sur 214 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

invilalion d'Innocent I" pour flétrir les attentats et les sacrilèges consommés dans la seconde capitale de l'empire.

« Nous avons appris, avait-il écrit à son frère Arcadius, « que, dans votre ville impériale, le jour de la solennité « pascale, à l'heure même où toutes les populations des tf cités voisines étaient assemblées sous les yeux de leurs « évêques et de leurs magistrats, vous avez fait fermer « les portes du temple, et plongé dans les prisons les mi- « nistres des autels.

« Quoi! le jour même de Tmdulgence céleste et du « pardon des crimes de l'humanité, vous n'avez pas craint « de fermer les portes d'un noir cachot sur les ministres « sacrés de la paix et de la miséricorde divine ! Le temple « saint a retenti de cris de guerre et de menaces de mort. « On a vu les mystères redoutables de notre foi troublés « par le bruit des armes. On les a vus interrompus et 0 souillés par les horreurs d'un combat sanglant. Des « morts et des blessés sont tombés dans le sanctuaire ; les a autels sont devenus des théâtres de barbarie et d'assas- « sinat. Les évêques ont été chassés de leurs sièges, et le « sang humain, par un horrible mélange, est allé souiller « la matière bénie et préparée pour les sacrements divins.

« Une telle nouvelle nous a plongé dans la consterna- « lion la plus profonde. Qui de nous, en elTet, à l'aspect n d'un si grand crime, pourrait s'empêcher de frémir à la « pensée que le Dieu tout-puissant peut faire éclater sur « nous les fléaux vengeurs de son honneur outragé?

« Si vous avez vu s'élever entre les ministres sacrés « des questions indécises sur le culte divin, il fallait les « livrer au jugement des évêques. Aux évêques seuls ap- « partient l'interprétation des choses divines; à nous inn combe le devoir de l'obéissance et du respect.

« Mais quand même il se serait élevé des nuages sur « des questions touchant les mystères chrétiens ou la dis- « cipline de l'Église, fallait-il donc déployer la force, et (( faire régner la violence, jusqu'à la dépoi'tation des prê-

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a ti't'S, la pt'1-lui-Jjcilion du culte et le nieurtrc des fidèles « pieux? Quoi ! le sanctuaire inviolable de la prière, des (( vœux les plus purs du cœur et du sacrifice redoutable « de Jésus-Christ, a vu briller la lame de Tépée, tirée du 0 fourreau, pour égorger d'innocentes victimes !

« Il existe une voix vengeresse et menaçante qui s'élève « du théâtre même d'un si grand Ibi'Iait; cette voix vous «-avertit de l'indignation de la majesté divine. Puis, « écoutez les frémissements des peuples épouvantés. Ils «nous avertissent qu'après les épreuves qui nous acca- « blent ici-bas, nous avons h redouter des châtiments plus « terribles encore.

« J'apprends que la basilique auguste, embellie jiar la « munificence de tant d'empereurs, illustrée par tant d'in- « comparables solennités, et confidente fidèle des prières f( et des vœux secrets des majest(^s impériales, vient d'être (( dévorée par les flammes. Cet unique flambeau de l'Eglise « patriarcale de Constantinople vient donc de se consumer G en tourbillon de cendres, de flammes et de fumée, sous « le regard insouciant du ciel ! Ah ! c'est que le ciel était « encore saisi d'horreur à la vue de ses prêtres procrits « et de ses mystères avilis dans l'opprobre et la souillure. cf II a détourné les yeux de ce sanctuaire si beau, mais « désormais souillé de sang humain. Il a laissé paître l'in- « ccndie; il a laissé tout dévorer, afin qu'aucune âme in- « nocente ne fût plus exposée à venir déposer l'offrande (( de son cœur sur des autels ensanglantés.

« La flamme s'est étendue, elle a déployé ses anneaux (( comme un dragon à la gueule béante ; elle a consommé « tous les édifices sacrés, élevés avec tant de splendeur. Cf Tous ces ornements si majestueux, fruit de la piété de « nos ancêtres', ne présentent plus aujourd'hui que les ot cendres d'une immense urne funèbre.

« ^Malgré des prières, accompagnées de larmes et des « provocations incessantes, j'ai cru devoir jusqu'à ce jour « garder le silence sur toutes ces calamités. Je ne voulais

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