CHAPITRE XXI
« pas ajouter à la douleur d'un frère qui partage ma « pourpre et mes sollicitudes impériales, par des avertis- « sements même empreints du caractère le plus doux et le « plus fraternel.
« Mais aujourd'hui la voix du sang s'élève et couvre de « ses cris les gémissements de la douleur elle-même. Je « ne puis plus fermer l'oreille à cet appel. Je vous exhorte « donc, je vous conjure de réparer au plus tôt les désas- « très et les malheurs de ces crimes. Hàtez-vous de cher- « cher, par vos supplications et vos vœux, ù conjurer la « colère et la justice de Dieu.
« Ma conscience me pi'csse de vous adresser, dans la « simplicité de mon cœur, cet avertissement d'une amitié « toute fraternelle; car j'aurais surtout à redouter que « mon silence prolongé ne fût, aux yeux des peuples, une « approbation tacite de toutes les énormités que nous ap- « porte la renommée. Il ne m'est pas permis de laisser « penser qu'après et malgré tous les avertissements « donnés par moi, pour nous sauver de ces crimes, je « puisse, par une temporisation silencieuse et comptai- « santé, laisser planer sur ma couronne l'inlame soupçon « d'une complicité tacite et d'une solidarité coupable dans « la perpétration des faits accomplis...
« Une question était en litige entre des évèques; elle a n'avait de solution possible que dans la décision d'un « concile régulièrement assemblé. Des députés des deuK « i^artis engagés dans la querelle étaient envoyés aux «pontifes de la ville éternelle; il fallait attendre qu'un « arrêt, émané de l'autorité générale, fixât pour tous le « sens des lois et les règles de la discipline de l'Église. 0 La question restait intacte, et n'avait à subir aucune « interprétation avant la définition du tribunal sans appel « du corps universel des pasteurs.
« Mais, par une précipitation criminelle, sans attendre c( la réponse des prêtres des deux partis, di'putés auprès a du cheC tles évéquos, sans proc(''der en aucune manière
âlC SAIMT CHRYSOSTOME.
« à l'examen consciencieux de la question, on a porté la « main sur des évêques ; on les a frappés d'une sentence « d'exil; ils se sont vus terrassés par la violence, plutôt (( que régulièrement soumis au jugement de leurs frères.
« La précipitation d'un tel arrêt est mise en lumière « par l'exécution elle-même ; car l'autorité suprême, dont « on attendait la parole, s'empressa d'accorder à l'évêque « Jean le bienfait de la communion et de la paix. Elle oro donna le rétablissement de la concorde, et décréta que u l'union serait maintenue jusqu'à l'arrêt irrévocable d'un « jugement synodal...
« Mais aujourd'hui, que reste-t-il encore à faire au désce ordre, si ce n'est de lacérer par le schisme le sein de « l'Église et de le réduire en lambeaux? de faire germer « partout l'hérésie, cette ennemie mortelle de la commu- » nion catholique ?
« Faudra-t-il maintenant accuser encore les peuples, « s'ils se divisent et se morcellent en sectes discordantes? « lorsque l'autorité divinement établie vient présenter « elle-même le foyer de la dissolution?...
« Prions donc le Dieu patient d'arrêter ce torrent dé- « vastateur du genre humain, et d'opposer une barrière à « l'envahissement du fléau qui tend à la dislocation de la « société chrétienne. Les crimes consommés sous nos « yeux nous remplissent les yeux de larmes et le cœur «d'épouvante. Mais prions ; car Dieu, qui s'incline tou- « jours vers la piété sincère, se laissera toucher, non par « la justice d'un châtiment mérité, mais par la douceur « de l'indulgence et du pardon. »
Après une telle lettre, un tel avertissement, Honorius avait-il donc besoin de parler encore ? Hélas ! ce besoin était devenu plus pressant qu'autrefois ; car c'est après cette intervention, si chrétienne et si fraternelle, que les malheurs de l'Eglise avaient atteint lem^s dernières limites. L'univers entier tenait les yeux fixés sur le vicaire du Sauveur, sur le père commun des évêques et des rois