CHAPITRE XXÎ
de ce monde. Et ce père commun s'adressait encore, les yeux pleins de larmes, à la plus grande image matérielle de la puissance de Dieu.
Dans cette détresse, dans ce deuil universel. Innocent I" comprend toute l'immensité des obligations et de la responsabilité qu'il a reçues du ciel même. Il proportionne l'énergie de l'action à la grandeur du devoir; il parle, il prie, il conjure ; il somme au nom de Jésus-Christ l'empereur Honorius, qui tient en ses mains les destinées humaines de l'univers, de rompre encore une fois le silence, de faire encore entendre sa voix.
Honorius, ainsi mis en demeure d'intervenir une troisième fois en faveur de l'innocence et de l'Église, voulut s'entourer des lumières des évêques de l'Occident. Il ordonne la convocation immédiate d'un concile; il veut que les résolutions prises par les pères, réunis en synode, puissent servir de motifs et de base à son intervention.
Sur ses ordres, les évêques d'Italie, d'Afrique, d'Espagne, des Gaules et de toutes les autres parties de l'empire s'assemblent en grand nombre. Tous ces évêques, dont plusieurs étaient couronnés de l'auréole des confesseurs, conviennent d'une voix unanime qu'il est urgent d'adresser à l'empereur d'Occident les plus vives instances, à l'effet d'obtenir qu'il daigne écrire au plus tôt à son frère l'empereur d'Orient, pour le déterminer à convoquer à Thessalonique un concile, auquel puissent se rendre les évêques des deux empires. Ils veulent ainsi former une représentation complète de l'Eglise universelle, sinon par le nombre, du moins par la qualité des suffrages requis. Ils se flattent de l'espérance que ce concile pourra porter une sentence définitive. Ils comptent sur ce jugement sans appel pour mettre un terme à la captivité de saint Chrysostome, opposer une barrière aux ravages du schisme et briser pour toujours les eflbrts impies de la persécution.
L'empereni^ reçut avec faveur leur supplique ; il mani-
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festa, dans cette circonstance, les sentiments d'un prince qui sait comprendre l'importance et la limite de ses devoirs.
Sans plus tardei% il demande au chef de TÉglise de mettre à sa disposition cinq évoques et deux prêtres, avec un diacre de Rome, pour porter son message à son frère Arcadius. Dans ses lettres, il s'efforce de remonter le courage du faillie empereur dont il connaît la pusillanimili' désespérante ; il l'exhorte avec force à prendre au plus toi d'énergiques mesures, pour réparer les malheurs et le scandale de la persécution.
« C'est la troisième fois, lui dit-il, que je m'adrese <\ « votre clémence, pour la prier d'arrêter et de réparer les » désastres de la cabale qui s'est élevée contre Jean , « évéque de Constantinople. Il me semble que mes récla- « mations et mes prières n'ont jioint trouvé d'écho dans « votre âme et sont tombées dans l'oubli, sans aucun ré- « sultat heureux. Je viens encore faire appel à votre *< droiture, en faveur de la paix de l'Egiise, sur laquelle « reposent et la paix et la prospérité de notre empire.
« Je vous écris par l'entremise de prêtres et d'évêques, « qui viennent prêter leur coopération à notre sollicitude, a pour demander qu'il vous plaise de donner des ordres, « pour la convocation à Thessalonique des évèques de « l'Orient.
a Les Églises de notre Occident ont choisi des hommes c< au cœur inébranlable, à l'âme inaccessible aux séduc • 0 lions de l'imposture et de la perversité. Cinq évoques et « deux prêtres vous sont envoyés en leur nom, avec un « diacre de la grande Eglise romaine. Veuillez les ac- « cueillir avec le plus grand honneur; et, s'il leur est dé- « montré que c'est avec justice que l'évêque Jean a subi « l'arrêt de proscription dont il demeure frappé, j'accepte « leur témoignage, et je renonce à la communion d'un « homme indigne ; Mais aussi vous devez repousser toute « communication avec les évêques d'Orient, si l'examen des i< faits leur donne à tous la conviction que Jean est tombé
CiIAPITRE XXI. 219
« viclimo dt's inliijiiu's el de lu ^irclt'-ialessf de sr-s eii- <( nemis.
« Quant aux sentiments particuliers des Occidentaux « en faveur du proscrit, vous pouvez les apprécier par les « doux lettres que j'ai choisies entre toutes celles qu'ils « m'ont l'criles; elles renferment l'expost' fidèle et com- « plet des sentiments exprimés dans toutes les autres : ce « sont celles des éNèques de Rome et d'Aquilée.
« Mais sur toutes choses, je vous conjure d'obliger. (' même par l'emploi de la force, Théophile d'Alexandrie « à se lendre au concile de Thessalonique ; car il est re- (' présenté comme le provocateur de la cabale et le prini< cipal auteur de toutes ces calamités. Par ces mesures, le <( concile, proté'p'- dans son indéiiendance, rendra libre- (( ment un ari-èt sans appel, pour assurer la paix et Tu- « nion aux Églises de l'univers entier. »
Telle est la troisième tentative faite en faveur de saint Chrysostome. Celte fois le monde entier semblait pouv<jir ispérerle triomphe de la justice elle rétablissement de la paix; mais, hélas! le torrent avait rompu ses digues. Lairèter, lui résister seulement, était chose impossible; et les représentants de Rome eux-mêmes allaient être emportés.
Honorius annonce à l'empereur d'Orient cinq évèques; mais il en est un dont l'histoire ne nous a point transmis le nom. Quatre seulement nous sont connus ; quati-e noms seuls ont pu recueilir, et recueilleront à jamais le témoignage de la reconnaissance des siècles. Ce sont ceux de Cythégius, de Marien, d'Émilien de Bénévent et de Gaudence de Bresce ; ils étaient accompagnés des deux prêtres Boniface et Yalentinien.
Outre le message de l'empereur Honorius, ils portaient encore des lettres du souverain pontife Innocent 1", de Chromace d'Aquilée, de Vénérius de Milan, et de plusieurs autres évêques d'Italie. Ils étaient aussi députés d'une manière sw'ciale ijar le concile d'Occident. Les
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Pères les avaient char2;és d'une instruclion particulier? pour l'empereur d'Orient et pour les éveques du futur concile de Thessalonique.
Cette députatiqn s'accrut, avant son départ, de quatre évêc[ues orientaux, qui résidaient en Italie depuis la déposition de" saint Chrysostome et les troubles de Constanlinople. C'étaient Eulysius d'Apamée, Cyriaque de Synnade, Pallade d'Hélénople et Démétrius de Pessinonte. Ces neufs évoques se mirent en route pour Constantinople, et traversèrent l'Italie dans des chars impériaux mis à leur disposition par les soins d'Honorius.
Les ambassadeurs de la paix vont remplir leur mandat; quel sera le succès de ce message? L'Occident s'avance avec franchise et droiture; mais l'Orient, mais l'antique duplicité des nations helléniques, voudront-ils lui serrer la main ?
De tristes symptômes vinrent à cet égard assombrir quelque peu les lueurs d'espérance cpie l'on avait trop tôt saluées comme une aurore de paix. L'instruction ellemême du concile d'Occident allait devenir, par trop de droiture et d'('quité, le principal obstacle contre lequel allaient se heurter les dé-pulés; elle allait rendre impossible tout bon rc'sultat pdur leur mission pacifique. Cette instruction poi'tait, en effet, que l'évèque Jean ne pouvait être cité devant les Pères ni paraître en jugement avant d'avoir été rétabli dans son Église, admis à la communion et mis en possession des prérogatives de son siège, afin de ne lui laisser aucun prétexte d'accueillir par un i*efus sa convocation an nouveau concile.
Cette mesure était pleine de sagesse ; mais c'était trop de Justice aux yeux des Gi-ecs.
Aucun esprit impartial cependant ne pouvait révoquer en doute la convenance et la nécessité d'une telle résolu • tion. Le concile futur avait à juger la cause du saint patriarche; il ne pouvait donc pas admettre implicitement, avant tout examen, la lé-gitimité de la sentence dont il