INTRODUCTION. XVII
» ceux-là prêchent une morale qu'ils ne pratiquent » pas; et le peuple qui les écoute, avec son sens simple » et droit, répond aux premiers : 0 prédicateurs ! votre » doctrine est trop relevée pour nous, et nous ne vous » comprenons pas ; et il répond aux seconds : 0 prédi- » cateurs ! pourquoi nous dire : soyez sobres, lorsque » vous nous donnez l'exemple de l'intempérance ? » Pourquoi nous défendre de prendre le nom de Dieu » en vain, lorsque tout à l'heure nous avons surpris le » blasphème sur vos lèvres (1) ?»
C'était en concurrence de tels rivaux que saint Thomas prenait possession de la chaire évangélique. Il y portait avec lui tous les dons qui font le parfait missionuaire : une vie pénitente et austère, un langage simple, véhément et plein d'images, une doctrine lumineuse, puisée aux sources pures de l'Ecriture, des Pères et de la saine théologie, enfin, un amour ardent pour Dieu et un dévouement sans bornes au salut des âmes. D'aussi éminentes qualités formaient avec les défauts des prédicateurs du temps un contraste qui devait saisir vivement les esprits. Nous avons la preuve de ce contraste dans l'ébranlement général qui se produisit parmi les habitants de Salamanque lorsque la voix du religieux s'y fit entendre pour la première fois (2) ; nous en avons la preuve encore dans cette
(1) Conc. I. feria III. post. dom. II, quadrag. tom. II, pag. 18.
(2) Cœpit, cum sese dare in publicum potuit, de verbo Dei verba facere, eà quidem commotione Salmaticensis populi, ut tanquam ad apostolum vitae redditum, angelumve in terris apparentem, ab omni sexu et œtate concurreret.ur, D. Nie. Antonius, Bibliotheca hisp. nora. tom. II, p. 317.