‹ Histoire de S. Thomas de Villeneuve, dit l'aumonierChapitre 27 sur 37 · QUI FUT FAIT · texte numérisé non relu

QUI FUT FAIT

en l'église de saint-pierre a rome

ET LA RELATION DES CÉRÉMONIES OBSERVÉES EN LA CANONISATION DE SAINT THOMAS DE VILLENEUVE (1).

Les PP. FF., religieux ermite de Saint-Augustin, du grand couvent de Rome, sachant assurément que Sa Sainteté avait conclu de faire la canonisation du B. Thomas de Villeneuve , allèrent se prosterner avec singulière humilité aux pieds de Sa Sainteté , la suppliant

(1) S. Martin, chap. xvn.

très-affectueusement qu'il lui plût de déterminer le temps auquel elle voudrait procéder à faire ladite canonisation : de quoi rendus certains, assistés des sieurs Servio Servij , bénéficier, et d'Ange Marcazetti , sacristain de la basilique de Saint-Pierre , n'oublièrent rien de tout ce qui pouvait être désiré pour l'ornement de cet auguste temple , et pour signaler le grand zèle qu'ils avaient pour le service de Dieu , la gloire du Saint et honneur de leur ordre : commencement par le porche de la grande entrée du dit temple.

Avant que d'entrer, on voyait au frontispice de l'église la figure de saint Thomas , dépeinte dans divers tableaux, avec les armes du pape, du roi d'Espagne, du royaume de Valence , et celles de l'ordre de Saint- Augustin.

Par-dedans le portique , le tout était orné des plus riches tapisseries de l'Europe , à savoir de haute lisse et d'or, les figures ayant été autrefois désignées de la main du plus fameux peintre d'Italie, Raphaël d'Urbin, étaient si vivement représentées , qu'encore qu'elles fussent toutes figurées de soie relevée en or, elles n'avaient rien en elles qui fut moindre que l'or qui s'y voyait, tant l'excellence de l'art avec laquelle elles étaient dépeintes surpassait celle de la lumière dont elles étaient faites.

Les figures et les images de saint Thomas étaient aussi dépeintes sur chacune des portes par où l'on entrait dans l'église , avec les armes du pape , du roi d'Espagne , du royaume de Valence , et celles de l'ordre de Saint- Augustin ; mais disposées avec un si bel ordre,

qu'elles rehaussaient et embellissaient à merveille celui de l'architecture avec lequel elles étaient ajustées. Les mêmes images étaient aussi sur les portes également bien disposées au-dedans de l'église ; mais de plus enrichies de festons tous semblables aux autres parements de l'église.

A l'entrée de laquelle église l'on demeurait surpris par la magnificence de l'appareil aussi bien que de la quantité innombrable de lumières qui éclataient de toutes parts, de la multitude du peuple, de la mélodie des musiciens , y étant tout-à-fait angélique. Mais l'on admirait principalement la majesté et grandeur de l'Église en celle de son Chef, qui était dans un trône un peu plus élevé , mais extraordinairement paré , au milieu du collège des cardinaux , évêques et prélats de la cour : ce qui incitait un chacun au mépris de la gloire et des honneurs du monde , qui périssent en un moment, pour se pouvoir rendre digne, aussi bien que ce glorieux saint, de ceux de l'éternité, qui ne changent jamais et durent pour toujours.

La tenture de l'église était presque toute de damas ou de velours cramoisi , avec de grands luisants d'or qui couvraient tous les pilastres de la grande nef , qui ont 75 palmes de hauteur, depuis la base jusqu'aux chapiteaux , sur chacun desquels étaient les armes du Pape , du roi d'Espagne , de Valence et des Augustins , d'une extraordinaire grandeur, qui relevaient merveilleusement le lustre et l'éclat des parements des pilastres susdits. L'on voyait aussi le long des voûtes les principaux miracles du saint représentés en des tableaux relevés en

or, en forme de médailles rondes , avec l'inscription de chaque miracle dans des cartouches de même peinture et dorure que les tableaux , qui avaient chacun trente coudées de circonférence , ainsi que s'ensuit :

Celui de la chapelle du Saint-Crucifix était le tableau d'un malade qui priait assis sur son lit, et de saint Thomas qui paraissait dans une nuée , et marquait par sa posture à ce pauvre homme que sa prière était exaucée.

On voyait , en celui de la chapelle de Saint-Sébastien , une jeune femme de vingt-six ans , que la douleur d'une horrible plaie faisait déjà agoniser, laquelle guérit à même qu'on lui eut fait toucher les reliques de saint Thomas.

Sur la porte du chœur de messieurs les chanoines , était le tableau d'un bonhomme qui priait ayec larmes , et demandait à Dieu la santé , devant l'autel du saint.

Devant l'autel de Très-Saint Sacrement , était représentée une femme , avec un visage extraordinairement triste , son petit entre les bras , laquelle demandait à chaudes larmes qu'il plût au saint de lui obtenir de Dieu le lait qu'elle avait perdu, et dont elle avait besoin pour nourrir son petit.

A l'entrée de la chapelle grégorienne , on représentait la chute d'une petite fille de sept ans, dans un puits, d'où elle fut tirée trois heures après y être tombée , par la faveur du saint , que le père de cette innocente créature avait réclamé à la première nouvelle qu'il avait eue de sa perte.

Au médaillon de la chapelle clémentine, vous eussiez vu une femme de vingt-cinq ans se pâmer entre les bras

de ses parents, de douleur que lui causait une jambe à demi pourrie , dont le saint la guérit.

A celui de Saint-Michel , on avait encore dépeint une jeune fille de vingt-un ans dans son lit , prête à rendre l'àme, à qui la mère obtint la vie et la santé , par l'intercession du saint.

Sur le passage , vers la chapelle de la Sainte-Colonne, était le tableau d'un homme vieux , endormi , qui , étant touché du saint , obtint sa guérison autant entière qu'elle fut prompte, comme on le lisait dans l'inscription qu'on avait mise au bas du tableau.

D'un côté de la chapelle des saints Processe et Martinien , étaient peints un boiteux, avec un paralytique , tous deux guéris à même temps par le B. Thomas.

De l'autre côté, on voyait un jeune homme se lever du sépulcre, ressuscité par les prières du saint.

Tout de même façon d'un côté de la chapelle des apôtres saint Simon et saint Jude , un tableau représentait un chirurgien de Valence assis sur sa chaise , et saint Thomas auprès de lui , qui lui tendait sa main secourable , avec laquelle il le guérit d'une goutte qui l'avait tenu au lit durant six ans entiers.

De l'autre côté de la chapelle était le tableau d'une bonne veuve de condition , priant le maître d'hôtel du saint archevêque de l'assister de quelque peu de blé, auquel les valets donnant entendre qu'ils avaient vidé et baillé les greniers ; et le saint leur faisant signe de la main qu'ils y retournassent , et qu'ils y trouveraient du grain , comme en eifet ils le trouvèrent plein de froment.

Tous les autels étaient parés chacun d'un devant d'autel de drap d'or sans couture , et tous également couverts d'un drap de même étoffe, avec les armes de Sa Sainteté, de Sa Majesté Catholique , du royaume de Valence et des Pères Augustins, avec six gros flambeaux dans six chandeliers de vermeil doré , dont la lumière donnant un merveilleux surcroit, faisait un éclat non pareil. Du haut des quatre niches qui sont dans les piliers qui soutiennent le dôme de l'église , pendaient quatre étendards de satin cramoisi à fleurons d'or, dans lesquels l'image de saint Thomas y était dépeinte , en état d'être élevé et porté dans le ciel par la main des anges.

Toute la partie convexe du dôme était remplie de flambeaux de cire blanche allumés, qui étaient au nombre de mille , posés sur mille flambeaux de vermeil doré , et toute la corniche qui fait le tour de l'église était chargée de semblables lumières , qui rendaient une splendeur si éclatante qu'il ne s'en peut imaginer de plus grande.

Mais surtout le grand autel de l'église resplendissait à merveille , aussi bien que le lieu où sont conservés les corps des glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul, qui était tout environné de lampes allumées et de flambeaux ardents posés sur des chandeliers de vermeil doré, qui faisaient une dernière magnificence.

Le tour du chœur où le Pape faisait la cérémonie et tenait la chapelle, était fermé d'un double balustre de bois , pour le préserver de la foule du peuple qui s'y trouva présent , et sa garde était renforcée et soutenue de celle des Suisses.

On avait dressé diverses tribunes couvertes de trèsbeaux parements, avec des jalousies, pour la reine de Suède, la belle-sœur et la nièce du Pape, ses parents, la femme de monsieur de Sobremont, et autres dames de condition : en sorte qu'elles voyaient toutes les cérémonies sans néanmoins être vues.

Tout ce qui pouvait être souhaité pour l'embellissement et ornement de ce lieu tant auguste, étant fait par le soin, diligence et prudence desdits Augustins : le vendredi premier jour de novembre 1658, notre saint Père le Pape Alexandre VII, accompagné seulement de ses domestiques, alla au point du jour du Quirinal au Vatican, où étant arrivé, il alla droit dans la chambre de la sacristie, qui est contiguë à la chapelle de Sixte V, dans laquelle Sa Sainteté se revêtit des ornements pontificaux de couleur blanche, avec son regnum mundi, ou sa thiare. Cependant qu'on l'habillait, quantité de cierges furent allumés à l'ordinaire par les clercs de ladite chapelle, et distribués par les maîtres des cérémonies du Pape à messieurs les Eminentissimes cardinaux, prélats et officiers de la chapelle et domestiques de Sa Sainteté.

Le Pape étant ainsi revêtu de ces sacrés ornements, reçut trois cierges de la main du cardinal Colomne, en qualité de procureur député de Philippe IV, roi d'Espagne; pour supplier Sa Sainteté d'avoir agréable de

faire la canonisation du Bienheureux Thomas de Villeneuve.

Deux desquels cierges étaient d'une grandeur extraordinaire, dans lesquels l'image du saint était parfaitement bien représentée en relief, aussi bien que les armes de Sa Sainteté, du roi d'Espagne, et celles du royaume de Valence, qui y étaient aussi dépeintes. Le maître des cérémonies présenta ces deux cierges aux personnes du plus grand mérite de l'assemblée, savoir à l'ambassadeur de Venise et au prince Dom Mario Chisi, frère du Pape, et le troisième fut présenté au maître de la chambre de Sa Sainteté, laquelle ayant adoré la croix, devant laquelle ses thuriféraires marchaient avec ses acolytes ou porte-chandeliers, qui l'accompagnaient ; monseigneur Albergat, sous-diace apostolique et auditeur de la Rote, portait la croix, et les deux princes avec les deux cierges susdits : le Pape allant à pied après la croix, jusqu'à la chapelle de Sixte, au milieu des deux cardinaux assistants, qui étaient le cardinal Ursin et le cardinal Costagusti ; deux auditeurs levaient son aube et le bord de sa robe par-devant, et ses camériers par-derrière.

Incontinent que le Pape fut arrivé à son prie-dieu, il s'agenouilla, et ayant fait sa prière, le seigneur Bambinelli, patriarche de Constantinople, et le seigneur Colomne, archevêque de Damasie, ses deux premiers assistants, lui ayant apporté le livre avec une chandelle, le cardinal Barberin, le premier des cardinaux évèques, soutenant ledit livre, Sa Sainteté s'étant levée, commença à chanter l'hymne Ave maris siella, puis s'agenouilla pendant toute la première strophe, se mit dans

sa chaire portative et pontificale, la mitre sur la tète, bénissant le peuple de la main droite, tenant dans la gauche un petit cierge allumé, il fut porté dans ladite chaire, dessous un dais, en 1 "église du Vatican, puis par la place du Vatican jusqu'à la pyramide, qui est au milieu de la place de Saint-Pierre.

Sa Sainteté était précédée de tout le clergé séculier et régulier, avec tous les chanoines, tant des trois basiliques que des églises collégiales, moines et réguliers sans aucune exception commençant par les enfants de l'hôpital et les enfants orphelins, jusqu'aux chanoines des églises collégiales. Les plus signalés étaient disposés en haie à la grande porte du Vatican, et allèrent de là jusqu'à la grande porte de Saint-Pierre, sous le frontispice ou portail de laquelle le Chapitre de ladite église s'était mis en rang ; et dedans l'église de Saint-Pierre tous les chanoines des principales églises de Rome, avec un pareil ordre, attendant tous l'arrivée de Sa Sainteté, au milieu desquels passèrent tous les officiers de la chapelle et les domestiques du Pape , les pénitenciers, les évèques, archevêques, cardinaux, et les deux susdits princes, avec les deux grands cierges sus-mentionnés, suivaient la croix.

Les RR. PP. Pierre Lanfrançon, vicaire-général de l'Ordre de Saint- Augustin, Hierosme Valuasole, assistant d'Italie, et André Aznal, assistant d'Espagne, accompagnés de trois provinciaux, savoir : de celui de la province de Rome, de celui de la province de la Marche d'Ancône, et de celui de Portugal, avec le Père prieur des Augustins de Rome, portaient un étendard ou ban-

nière, où l'image du glorieux saint Thomas, qui y était merveilleusement bien dépeinte, s'envolait dans le ciel.

Le Pape étant arrivé dans 1 "église, descendit de sa chaire pontificale, et fit sa prière à l'ordinaire devant le grand autel, où le Très-Saint Sacrement était exposé au public, dessous lequel sont les tombeaux des apôtres saint Pierre et saint Paul. Jamais on n'avait vu paraître ni célébrer le service divin, avec plus d'éclat, de majesté, de splendeur, de lustre et d'appareil qu'il fut fait ce jour-là dans le plus auguste temple du monde, où étaient toutes les richesses des premiers de la ville, afin d'orner cette église, en laquelle la symétrie et l'ordre des parements était si beau, qu'on n'admirait pas moins l'uniformité et la magnificence de l'artifice, que les pompes et la richesse des ornements de saint Pierre.

Sa Sainteté, après avoir fait sa prière devant les corps des bienheureux apôtres, alla s'asseoir dans son trône, et reçut là l'obéissance de tous les cardinaux, qui lui allèrent baiser la main deux à deux ; les évoques, abbés et pénitenciers revêtus de leurs habits sacerdotaux, lui rendirent le même devoir, avec cette distinction, que les évêques et prélats lui baisaient les genoux, et les abbés et pénitenciers les pieds ou la pantoufle.

Après cela, le maître des cérémonies du Pape alla prendre le cardinal Colomne, procureur de la canonisation du saint, et le conduisit jusqu'aux marches du trône de Sa Sainteté, où son Eminence demeurant debout, et à sa main droite le sieur Marc-Antoine Burat, avocat consistorial, et le maître des cérémonies à sa gauche, tous deux à genoux, adora Sa Sainteté avec une

profonde inclination : alors l'avocat, au nom du cardinal Colomne, fit la première instance au Pape de la part de sa majesté catholique, roi d'Espagne, avec cette parole ins teinter, à ce qu'il plût à Sa Sainteté de déclarer saint le bienheureux Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence, afin qu'il pût être vénéré comme tel par toute la chrétienté.

Alors le seigneur Nerly, secrétaire des brefs de Sa Sainteté aux princes, répondit quelques paroles au nom du Pape à la louange du saint, et enfin exhorta tout le monde à implorer l'aide de Dieu pour pouvoir achever un ouvrage de si grande importance ; et N. S. P. le Pape étant descendu de son trône, alla jusqu'à son accoudoir, où s'étant agenouillé, la mitre en tête, la musique chanta les litanies des saints , lesquelles étant finies , Sa Sainteté retourna dans son trône.

Et l'avocat, en présence du cardinal Colomne et du maître des cérémonies, alla faire la seconde instance au Pape, avec les paroles instanter, instantiùs .

Et le seigneur Nerly répondit aussi, au nom du Pape, qui alla de nouveau invoquer le secours du Saint-Esprit pour une affaire d'une telle importance.

Alors Sa Sainteté retourna à son accoudoir, où s'étant agenouillée, le cardinal Ursin, son premier assistant, qui était à sa droite, cria à haute voix orate ; et après qu'on eut fait une courte prière, le cardinal Costagusti, cardinal-diacre, assistant à la gauche, cria à haute voix Icrate ; et les premiers évêques assistants ayant apporté le livre et la chandelle à Sa Sainteté, le cardinal Barberin, premier cardinal-évèque, entonna l'hymne Veni

creator spiritus, demeurant tous à genoux pendant la première strophe, jusqu'à ce qu'étant finie, le Pape s'en retourna à son trône la mitre en tète, qu'il déposa. Le premier cardinal assistant ayant chanté Emitte spiritwn tuum, et creabuntur. Les musiciens répondirent : Et renovabis faciem terrœ : Sa Sainteté chanta l'oraison Deus qui corda, etc. Laquelle étant finie, le Pape se remit dans son trône, la mître en tête, et l'avocat susdit s'étant mis à genoux à la droite du cardinal Colomne, fit la troisième instance, avec les paroles instanter, instantiùs, instantissrmè. Instamment, plus instamment, très-instamment.

Et la réponse ayant été faite en peu de paroles par le seigneur Nerly, qui dit que Sa Sainteté jugeait que le temps était venu auquel il était à propos de mettre le bienheureux Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence, au catalogue des saints, le Pape assis dans son trône, les susdits évêques assistants ayant apporté le livre et la chandelle, prononça la sentence de la canonisation du bienheureux Thomas, et l'avocat susdit ayant reçu et accepté ladite canonisation au nom du cardinal Colomne, rendit grâces très-humbles à Sa Sainteté de la part de Sa Majesté catholique, de la sentence prononcée, et supplia Sa Sainteté d'agréer que les bulles fussent expédiées de ladite canonisation ; à quoi le Pape répondit decernimus. Nous l'ordonnons.

Alors le susdit avocat s' adressant aux protonotaires les supplia de rapporter fidèlement les actes de la susdite canonisation , et qu'ils en fissent autant d'actes qu'ils jugeraient nécessaires pour en éterniser la mémoire.

Le cardinal Colomne étant jusqu'à la première marche du trône de Sa Sainteté, lui alla baiser les mains et les genoux, et lui rendit des actions de grâces immortelles de la part de Sa Majesté catholique.

Alors le Pape assisté des évèques susdits, ayant ôté sa mitre, entonna l'hymne Te Deum taudamus : au même instant on entendit le bruit des tambours et le son des trompettes ; des bombes et des canons joinxs au son des cloches, retentir dans toute la ville, avec une générale acclamation et applaudissement du peuple, qui se sentait comblé de joie et d'allégresse. Les musiciens ayant achevé l'hymne , le cardinal diacre assistant à la droite, chanta le verset ora pro noMs, béate Tlioma ; et les mêmes musiciens répondirent ut digni effieiamur, etc. N. S. -P. le Pape, assisté des évêques sus-nommés, chanta l'oraison propre de saint Thomas , laquelle étant finie, le cardinal Charles Barberin , cardinal-diacre, qui devait chanter l'Evangile, étant debout au côté droit du trône pontifical, chanta au nom de tout le peuple le Confiteor, joignant aux paroles Petro et Paulo, Petmmi et Paulum, B. Tliomœ et B. Thomam : et le Pape, dans l'oraison ordinaire de la bénédiction ajouta aux paroles Pétri et Pauli, ces paroles B. Thomœ, donna solennellement la bénédiction au peuple ; et étant assj^ dans son petit trône , commença tierce, pendantfle^u^ office il prit les habits et ornements du s^^t^acijifi^e d§ la messe, qu'il di,^ ay^ IffèyfâVf^pi^iffi^cçfflfyrnf^ ayant ajouté solennellement les trois oraisons pçq$ç§§ de saint [Thorna^,;-; $. ^yqir ,1a préfère, Ja^ $£jçrè;tejet

Sa Sainteté ayant lu le verset de l'offertoire, s'assit la mitre en tête, et les trois premiers cardinaux de chaque ordre de la congrégation des rits, c'est à savoir le cardinal Sachetti, premier évêque, le cardinal Colomne , premier prêtre, et le cardinal Costagusti, premier diacre, suivis par un chanoine de l'église cathédrale de Valence, et du Père vicaire-général de l'Ordre de saint Augustin et du Père assistant d'Espagne, procureur de la canonisation de saint Thomas, avec l'ordre que je décrirai, portèrent à N. S. P. le Pape les oblations suivantes, toutes enrichies des armes de Sa Sainteté, et du roi d'Espagne.

Le cardinal Sachetti offrit deux grands cierges dorés, portés par deux de ses domestiques. Le chanoine de l'église cathédrale de Valence, un petit cierge doré, avec un petit panier aussi doré, dans lequel il y avait deux tourterelles.

Le cardinal Colomme, deux grands pains, un couvert d'or, et l'autre d'argent, portés par deux des domestiques de son Eminence. Le Père Vicaire-général, un petit cierge et un panier argenté, dans lequel il y avait deux colombes.

Le cardinal Costagusti, deux petits barils, l'un doré et plein de vin, l'autre argenté et plein d'eau, portés par deux de ses domestiques. Le Père assistant d'Espagne, un petit cierge et un petit panier couvert d'or et d'argent, dans lequel il y avait deux oiseaux de diverse espèce.

Les susdites oblations présentées à l'offerte, Messieurs les cardinaux allèrent baiser les mains, et les autres la

pantoufle de Sa Sainteté, qui donna la bénédiction solennelle à la fin de la messe, et concéda l'indulgence qui fut publiée par le cardinal Barberin, premier évèque, à savoir la plénière à ceux qui se trouveraient là présents, et de quarante jours à ceux qui visiteraient le tombeau de saint Thomas le 18 de septembre.

Ainsi se termina la cérémonie de la canonisation de saint Thomas de Villeneuve, mais non pas les prodiges et miracles qu'il a faits depuis , et qu'il continue de faire tous les jours : c'est pourquoi, cher lecteur, en ayant reçu quelques-uns depuis peu par personnes dignes de foi et de mérite, j'ai désiré t'en rendre participant, avec quelques cérémonies qui s'y sont observées, non-seulement pour satisfaire à ta curiosité, mais encore pour t'exciter à la dévotion de ce grand serviteur de Dieu, père des pauvres, et l'ornement des Ermites de Saint- Augustin.

Le jour de la canonisation, un jeune garçon ayant été renversé dans la foule du peuple par terre, un carrosse lui passa par-dessus le corps sans aucune lésion.

Le lendemain , un ouvrier travaillant dans Saint- Pierre au sommet d'une haute échelle, l'échelle coula et devait tomber par terre avec l'ouvrier ; mais ayant imploré l'aide du saint, l'échelle resta en son penchant, sans qu'il parut rien qui la pût arrêter.

La jour que partit de Rome le messager qui portait en Espagne la nouvelle de la conclusion prise le douzième jour de juin en la Congrégation des rites par le Pape de canoniserle saint, fut entendu un grand bruit dans son tombeau, comme si on eut frappé trois grands coups ; et

cela fut vérifié s'être passé à l'heure que partit le messager de Rome.

Le 23 septembre fut prise encore une plus solennelle conclusion, s'étant tenu consistoire public et général, auquel le Pape, après avoir fait un éloquent discours en l'honneur de saint Augustin et du Bienheureux Thomas, reçut les vœux de tous les cardinaux et évèques présents. Le mardi précédent, 17 septembre, auquel commençaient les premières vêpres du bienheureux, Sa Sainteté fut en l'église de saint Augustin gagner l'indulgence qu'elle y avait accordée; et le lendemain, le cardinal Paulucci, assistant aux secondes vêpres avec les religieux dans le chœur, prenant place au plus bas et dernier siège d'enhaut.

Le tombeau du saint ayant été ouvert pour en tirer et porter une relique au Pape, le saint permit bien qu'on la prit ; mais comme on en voulut encore prendre pour d'autres, le tombeau se ferma, le saint ne voulant per mettre que d'autres eussent de reliques de son corps saint que celui qui le déclarait saint.

Le Chef du saint ayant été appliqué sur la tête d'une femme démoniaque, elle fut délivrée aussitôt, et le démon en sortant éteignit toutes les lampes de l'église.

Par ordre de Sa Sainteté , il s'est fait en l'honneur du saint, une très-célèbre solennité à Rome, dans l'église de saint Augustin, avec octave de l'office du saint, Sa Sainteté ayant voulu que pour ne les pas empêcher, les fêtes de sainte Catherine et saint André, qui se trouvaient dans l'octave , fussent transférées après icelles , et

accordé indulgence plénière pendant toute l'octave à ceux qui visiteraient l'église.

L'église fut ornée le plus richement et avantageusement qu'il se puisse dire, il y eut tous les jours de l'octave, à la grande messe et à vêpres, la plus excellente musique de Rome, et par chacun jour d'eux panégyriques à l'honneur du saint, un le matin, l'autre le soir, faits par les plus célèbres prédicateurs. Son image au tableau était dans un grand cadre doré au maitre-autel, et au-dessus du tabernacle, cachant l'image qui est de la sainte Vierge, dépeinte par saint Luc. Le concours du peuple et des personnes de toutes conditions, même les plus illustres et relevées , durant toute l'octave, y fut si grand, qu'à peine le peut- on exprimer, l'église ne se désemplissant point depuis le matin jusqu'au soir.

L'office de l'octave commença le samedi 23 novembre, aux premières vêpres d'un confesseur pontife , avec commémoration seulement du dimanche. Le lendemain, à la grande messe, il y eut chapelle des cardinaux, où assistèrent tous les Eminentissimes , avec grand nombre de prélats et autres des premiers et des plus grands de Rome.

L'après-dinée commença une très-solennelle procession y assistant les religieux Mendiants avec les Servites, de l'église de saint Augustin à celle de saint Pierre , où elle fut reçue solennellement. Comme aussi la procession de saint Pierre étant venue à l'église de saint Augustin, elle y fut très-honorablement reçue par le cardinal Savelli , titulaire de l'église , revêtu pontificalement.

En la procession furent portés sept étendards du saint,

dont quatre, après la procession, furent suspendus à la voûte de l'église de Saint- Augustin durant l'octave, après laquelle il n'en doit demeurer qu'un, les autres étant destinés pour l'Espagne, un autre pour l'église cathédrale de Valence, et l'autre pour celle du couvent de l'Ordre en la même ville où repose son saint corps ; des autres trois, l'un fut pour les religieux de l'Ordre du couvent del popolo , l'autre pour les PP. Augustins Déchaux, et le troisième pour les Pères Soccolenti, de l'Ordre de Saint-François, qu'ils désirèrent avoir pour mémoire perpétuelle du saint , lequel vivant, leur procura une chaire qu'ils possèdent en Espagne.

Le lundi assistèrent aux vêpres , dans le chœur des religieux, quatorze cardinaux. Le mardi y assista l'ambassadeur d'Espagne avec grand nombre de seigneurs. Le mercredi le Pape y vint en personne, et y célébra une messe basse au grand autel,. après laquelle, selon sa coutume, il en entendit une autre pour action de grâce. Après celles-ci, le R. P. procureur et vicaire général, et l'assistant d'Espagne, firent présent à Sa Sainteté d'une lettre écrite de la main du saint au général de l'Ordre Séripandus, depuis cardinal et légat, présidant au concile de Trente, laquelle Sa Sainteté reçut avec grand respect et dévotion.

Arrivant à l'église, elle fut accueillie par le cardinal Savelli comme titulaire, et le cardinal Colomne, comme ayant, au nom du roi d'Espagne, poursuivi et obtenu la canonisation du saint. Toutes les fois que Sa Sainteté se lava ses mains , devant, durant et après la Messe , le cardinal Savelli lui présenta la serviette.

Le jeudi assistèrent au panégyrique douze cardinaux avec quantité de prélats , seigneurs et autres personnes de condition; et généralement chaque jour il s'y en trouva grand nombre , tant aux panégyriques qu'à la grande messe et à vêpres. Plusieurs cardinaux, prélats , et toutes sortes de prêtres séculiers et réguliers , y vinrent ainsi dire la sainte messe.

Mais le samedi on ne put dire la grande messe au maitre-autel , pour le grand nombre des cardinaux qui y vinrent, et qui y voulurent célébrer.

Le dimanche, jour de l'octave , la reine de Suède y fut entendre la messe et y gagner les indulgences , donnant un rare exemple à toute la ville. Bref, la solennité a été telle qu'on n'y pouvait rien ajouter.

Quiconque prêchera publiquement l'ardente charité de saint Thomas pour l'empreindre dans.les cœurs des fidèles (ce que Notre-Seigneur exhorte tout prédicateur de faire pour le moins une fois l'année), confez et communié, gagnera l'indulgence plénière, et l'auditeur qui l'écoutera, sept ans et autant de quarantaines d'indulgences.

Quiconque repentant et confez, ou au moins ayant un acte de contrition sur le point de la mort , invoquera dévotement le nom de Jésus et intercession de saint Thomas, de bouche s'il peut, ou pour le moins du cœur, gagnera indulgence plénière.

Quiconque priera sa divine Majesté qu'il lui plaise d'enflammer le cœur de pareille charité qu'il donna à saint Thomas, et départira quelqu' aumône aux pauvres de Jésus-Christ, il gagnera chaque fois quarante jours d'indulgences.

Quiconque visitera l'église ou autel dédié à Dieu à l'honneur de saint Thomas de Villeneuve , gagnera cinquante jours d'indulgences.

Toute personne de l'un et l'autre sexe , qui combat sous la règle de saint Augustin, laquelle saint Thomas professa , chaque fois qu'elle s'exercera en quelqu'une des œuvres spirituelles portées en la même règle, et invoquant le saint, dira trois fois le Salve Regina ou priera pour la prospérité de la sainte Eglise , ou de Sa Sainteté, ou quelqu'autre fin sus-mentionnée, s'acquerra quarante jours d'indulgences.

Voulant Sa même Sainteté que toutes lesdites grâces puissent être appliquées aux âmes des trépassés , par forme ou manière de suffrage.

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