INTRODUCTION . XI
nautés ferventes, des monastères qui languissaient dans un déplorable relâchement. Ils étaient peuplés d'hommes animés d'un esprit auquel nous ne trouvons pas de nom dans le langage. Ce n'était proprement ni l'esprit religieux, ni l'esprit séculier, mais un mélange de l'un et de l'autre. Ces moines dégénérés ne s'étaient pas entièrement affranchis du joug de la vie commune, mais ils avaient trouvé le secret d'en adoucir la rigueur par les habitudes d'une vie oisive, molle et indépendante ; ils alliaient dans une môme conduite les mœurs du siècle aux pratiques du cloître.
C'était là un premier champ ouvert au zèle de notre saint religieux. Car, comment supposer qu'il consentira à rester au milieu de ses frères spectateur indifférent des abus qui se sont introduits parmi eux? Evidemment cette position ne saurait lui convenir. Il entreprendra donc, sous la direction de l'obéissance, l'œuvre de la réforme, et il la poursuivra avec une inébranlable fermeté.
On ne lira pas sans attendrissement le récit des fatigues, des épreuves, des persécutions même que saint Thomas eut à souffrir dans l'accomplissement de sa mission. Il voyage à pied par toutes les saisons, et sans se dispenser d'aucune des austérités prescrites par les règles. A peine est-il arrivé dans un monastère que vous le voyez s'assujettir, comme le dernier des frères, à toutes les pratiques de la communauté. S'il procède aux opérations de la visite, c'est pour recueillir peu de consolations, beaucoup de peines et de contradictions. Il corrige les fautes, abolit les abus, prend toutes les