‹ Histoire de S. Vincent-de-PaulChapitre 16 sur 50 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Vincent-dc-Paul détruit la meudicité dans la ville de Mâcon.

Dans le cours de cette même année 1628, Vincent-de-Paul qui passait par la ville de Mâcon, la trouva rongée d’une plaie aussi incommode et beaucoup plus hideuse que celle des sauterelles d’Égypte : c’était un nombre effroyable de mendians , qui , pour les mœurs , la probité , la religion , la sobriété et les habitudes errantes, étaient cent fois pires que des bohémiens. Vincent-de- Paul eut une telle compassion de ces misérables, qu’il ne put se résoudre à passer outre, quoiqu’en arrivant dans la ville il n’eùt aucun dessein de s’y arrêter. « Il considéra, dit Abelly, ces pauvres « abandonnés comme autant de voyageurs qui « avaient été dépouillés et dangereusement na- « vrés par les ennemis de leur salut ; et , imi-

tt tant la charité du bon Samaritain, il interrompit « son voyage afin de bander leurs plaies et de a pourvoir tout ensemble au salut de leur âme et « au soulagement de leur corps. »

En effet , il vint heureusement à bout de Vun et de Fautre par rétablissement d’une confrérie de charité où les hommes assistaient les pauvres , tandis que les femmes soignaient les malades. Voici ce que le P. Desmoulins , qui était alors supérieur de l’Oratoire de Mâcon, a témoigné par écrit de cette charitable entreprise :

« Je n’ai appris de personne, dit-il, l’état de « ces pauvres, je Fai reconnu moi-méme; car lors a de l’institution de cette charité, comme il fut « ordonné que tous les pauvres qui recevaient « Faumône se confesseraient les premiers jours <c de chaque mois , les autres confesseurs et moi <c trouvions des vieillards âgés de soixante ans H et plus, qui nous avouaient franchement qu’ils « ne s’étaient jamais confessés ; et lorsqu’on leur ti parlait de la très sainte Trinité, de la Nativité, de li la Passion et de la mort de Jésus-Çhrist, et des « autres mystères, c’était un langage qu’ils n’en* « tendaient point. Or, par le moyen de cette « confrérie , on pourvut à ces désordres , et les « pauvres furent en peu de temps délivrés de « leurs misères de corps et d’esprit. M. Févéque « de Mâcon, qui était alors messire Louis Dinet, « approuva ce dessein de M. Vincent; Mes- « sieurs du chapitre de la cathédrale et Mes-

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€ sieurs du chapitre de Saint-Pierre , qui sont des IC chanoines nobles de quatre races , lappuyèrent U aussi; M. Chamdon, doyen de la cathédrale , et « M. de Belets , prévôt de Saint-Pierre , furent ti priés d’étre les directeurs, avec M. Fallart, « lieutenant général. Ils suivirent le règlement U que donna M. Vincent; c’est à savoir: qu’on «r ferait un catalogue de tous les pauvres de la « ville qui s’y voudraient arrêter; qu’à ceux-là « on donnerait l’aumône à certains jours, et que « si on les prenait à mendier dans les églises ou a par les maisons , ils seraient punis de quelque U peine , avec défense aux habitans de leur rien « donner; que les passans seraient logés pour « une nuit et renvoyés le lendemain avec deux U sols; que les pauvres honteux de la ville se- « raient assistés en leurs maladies, et pourvus « d’alimens et de remèdes convenables , comme « dans les autres lieux où la Charité était établie. « Cet ordre commença à être exécuté sans qu’il y « eût aucuns deniers communs ; mais M. Vincent «c sut si bienménager les grands etles petits , qu’un A chacun contribua volontiers à une si bonne « œuvre , les uns en argent et les autres en blé « ou en d’autres denrées selon leur pouvoir; de « sorte que près de trois cents pauvres étaient « logés , nourris et entretenus fort raisonnable- « ment. M. Vincent donna la première aumône et « ensuite se retira. »

Mais comment se retira-t-il? Il se retira au mUieu

des bénédictions des gens de bien , des larmes des pauvres et des félicitations des autorités. Il avoue lui-même dans une lettre écrite à mademoiselle le Gras , que les écbevins de Mâcon lui rendirent tant d'actions de grâces et de témoignages d'honneur que , ne les pouvant supporter, il fut contraint de se dérober par la fuite à cet applaudissement général qui le menaçait d’un triomphe.

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