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CHAPITRE XXX

Fondation de l'hospice des galériens à Marseille.

Nous avons vu, dans un chapitre précédent, la fondation du premier hospice des galériens dans la rue Saint-Honoré. Au milieu des soins divers qui se disputaient son esprit, Vincent-de-Paul n'oubliait pas ses misérables protégés et veillait de loin à ce que rien ne leur manquât, spit pour Famé , soit pour le corps ; mais comme la maison qu'ils occupaient ne leur appartenait pas en propre, et qu’elle n’avait point de revenu assuré, il prévoyait que cette œuvre charitable ne pourrait pas subsister long-temps avec ces deux désavantages. 11 s’occupa donc sérieusement d’y ra* médier.

Pour cet effet, il pria le roi Louis XIII de consentir à ce qu’une ancienne tour, située entre la

rivière et la porte Saint-Bernard, fût destinée à servir d’asile à ces pauvres enchaînés^ ce qui lui fut accordé en i632. Il leur procura ensuite des aumônes, entre autres celles de mademoiselle le Gras , qui leur rendit toute sorte de bons offices. Le soin et la charge du spirituel et du temporel de cet établissement roulèrent presque entièrement sur lui pendant plusieurs années; mais enfin Dieu inspira à une personne riche, qui mourut lan iGSg, de léguer par son testament six mille livres de rente à cette maison. La dame qui était chargée d’acquitter ce legs , désira qu’il y eût des filles de la Charité consacrées au service des forçats malades, et leur fit assurer leur entretien sur la même rente de six mille livres. Et comme ces pauvres gens se trouvaient les paroissiens du curé de Sain t-Nicolas-du-Chardon net, on assigna aux ecclésiastiques de cette paroisse une somme de trois cents livres , à condition qu’ils leur diraient la messe, leur feraient des exhortations i des catéchismes, enterreraient leurs morts, et leur rendraient enfin tous les services spirituels que les Lazaristes leur avaient si long-temps rendus eux-mêmes gratuitement. Vincent-de-Paul , nonobstant cela, faisait faire des missions de temps en temps dans cet hospice qu’il avait mis en voie de prospérité, surtout lorsque les galériens s’y trouvaient en grand nombre et qu’ils étaient prés d’être envoyés aux galères , afin de les consoler et de les disposer à faire un bon

usage de leurs souffrances et de leurs ignominies.

Et ses soins ne se bornèrent pas à la fondation de rétablissement de Paris , ils accompagnèrent les pauvres forçats jusqu’à Marseille. Il avait re-* marqué, pendant la mission quil y avait faite, que les malades y étaient dans le dernier abandon, demeurant toujours atmebés à la chaîne , même pendant les fièvres les plus dangereuses; rongés de vermine d ailleurs, et presque consumés de pourriture et d’infection. Son coeur charitable avait été profondément affecté de tant de misère , et il avait déterminé le comte Emmanuel de Gondi à fonder un hôpital pour ces malheureux; mais la mort était venue arrêter cette oeuvre , et le cardinal de Richelieu , qui s’était fait porter au généralat des galères, ne songeait pas à continuer les bàtimens commencés par son pieux prédécesseur.

C’est pure distraction de la part de son émi-* nence, pensa notre saint; car il a l’àme trop généreuse pour ne pas s’attendrir au récit des horribles souffrances de ces malheureux, dont le sort dépend maintenant de lui; si je lui en parlais?... Madame d’ Aiguillon, dont l’âme est si bonne, si charitable, et dont l’influence n’est pas médiocre sur l’esprit de son oncle, m’appuierait

sans doute essayons toujours. Il attendit que

le cardinal et sa nièce fussent ensemble pour entamer cette conversation , et il n’eut pas plus tôt

repTésentë Tëtat de détresse des pauvres forçats de Marseille et Textréme néce>sité d’achever Fhôpital commencé par M. de Gondi, que la duchesse et le cardinal s’écrièrent ensemble : Ah ! mon Dieu ! mais cela devrait êtrQ fait déjà ! Et un mois n’était pas passé , que les murs de l’hospice s’élevaient de terre comme par magie !

Richelieu fit bâtir l’hôpital , et la duchesse d’ Aiguillon y joignit un don de quatorze mille livres qu’elle envoya aux prêtres de Saint-Lazare, à condition que quatre d’entre eux se chargeraient de l’instruction des forçats , et qu’ils leur feraient des missions tous les cinq ans, lorsque les galères seraient à Marseille ou dans les autres ports du royaume. On eût dit que le temps des magnifiques charités , le splendide et dévotieux moyen âge , était revenu sur ses pas à la voix du pauvre prêtre gascon gui avait gardé des troupeaux pen^dant son enfance !

L’hôpital était bâti, mais non doté ; carie pieux roi Louis Xlll et son ministre étaient allés, à peu de distance l’un de l’autre , rendre compte de leur gestion à celui qui est le roi des rois et le seigneur des seigneurs ; cependant Vincent-de* Paul, pour lequel Anne d’Autriche avait une estime toute particulière , ayant été appelé au com seil de régence pour y donner son avis dans les affaires ecclésiastiques et les œuvres de piété ^ profita de sa position influente pour obtenir que le jeune roi assignât à cet hôpital douze mille H-

vres de revenu annuel, sur les gabelles de Pro^ vence. Cette maison si entravée dans le principe, devint alors , en peu de temps , une des plus commodes et des plus florissantes du royaume. On y comptait jusqu’à trois cents lits y et les malades étaient servis par d’autres forçats sur lesquels veillaient des infirmiers. L’intendant de la province en dirigeait le temporel, et les prêtres de la Mission le spirituel. L’évêque de Marseille, messire Jean-Baptiste Gault et M. Gaspar de Simiane, deux hommes d’une rare vertu, prirent à coeur cette entreprise et prodiguèrent leurs soins et leur fortune pour l’avancer , avant que les libéralités de Louis XIV en eussent assuré la durée. M. de Simiane vint exprès de Marseille à Paris pour solliciter l’expédition des lettres patentes du roi, qu’il obtint par le crédit de Vincent-de-Paul. Voici en quels termes il lui racontait , dès l’an 1645, les premiers fruits de cet hôpital :

« Je vous écris pour vous faire savoir le pro- « grès de l’hôpital à l’établissement duquel vous « avez tant contribué. Vous aurez a^^pris par ma <c dernière comment après beaucoup de résistance, « par l’aide de Notre-Seigneur , on nous a donné H les malades des galères. Certes, je ne vous « saurais exprimer la joie quê reçoivent ces pau- « vres forçats , lorsqu’ils se voient transporter de <( cet enfer dans l’hôpital qu’ils appellent un pa- « radis. A l’entrée seulement on les voit guérir ff de la moitié de leur mal, parce qu’on les dé-

et charge de la vermine dont ils viennent couverts; « on leur lave les pieds, puis on les porte dans cc un lit un peu plus mol que le bois sur lequel ils a ont accoutumé de coucher; et ils sont tout ravis « de se voir couchés, servis et traités avec un peu « plus de charité que sur les galères, où nous « avons renvoyé grand nombre de convalescens « qui y fussent morts. Certes, Monsieur, nous « pouvons dire que Dieu a béni cette œuvre ; ce <t qui paraît non seulement en la conversion des « mauvais chrétiens , mais même des Turcs qui 0 demandent le saint baptême. >

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