‹ Histoire de sa sainteté Pie IXChapitre 11 sur 27 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

amour, qui lui avait fait la vie si lieureuse et si douce qu'il ne s'était point aperçu que la patrie lui manquât. D'où vient cette conduite plus qu'indigne? Du républicanisme, de Tambition, du mal que donne la démocratie, cet écueil de la vertu qui déprave et fait naufrager les âmes surprises.

Le rassemblement grossissait à chaque instant autour du palais. Les rebelles se serraient les uns contre les autres» pour écouter les orateurs qui les excitaient. Au milieu de ce bruit sourd et confus de voix discordantes, ce qui dominait, c'était une rage impatiente. Ces hommes ressemblaient à des chiens affamés attendant l'heure de la curée. Les bras, les mains armés s'agitaient convulsivement ; des cris rauques, des imprécations odieuses, des hurlements farouches s'échappaient de ces poitrines sans cœur. C'était bien le mélange le plus corrompu, le plus immonde, rebut des prisons, restes souillés et rongés d'hommes dévorés par le vice, rognures de chrétiens !... Sur ces groupes irrités planait le génie du mal, leur soufflant l'ingratitude, la vengeance et la fureur. Leurs hurlements ressemblaient au grondement de la tempête sur l'Océan, au déchaînement du vent dans une forêt de chênes. Des femmes de mauyaise vie, qui se trouvaient à ce rendez-vous de l'enfer, paraissaient les plus exaltées*

Cette masse vivante s'avançant doucement, puis se refoulant sur elle-même, représentait les ondulations de la vague. La colère de cette foule, sourde et contenue, mais implacable et persévérante, était effrayante à voir. L'émeute s'était avancée vers le palais, semblable à ces trombes qui fondent sur la terre, rapides comme la pensée. Toutes ces brunes figures, aux yeux étineelants, jetaient partout comme des éclairs farouches ; ces lèvres, répandant le blasphème, laissaient voir des dents impatientes comme celles du tigre. Et contre qui en a cette multitude? contre son souverain spirituel et temporel, contre l'excellent Pie IX, bien véritable image de Dieu sur la terre. Dans ce palais qu'elle assiège, le Saint-Père, dès son élévation, a

reçu don peuple de la façon la plus noble, la plus paternelle. Celui qui souffrait d'une exaction ou d'un malheur n'avait qu'à se présenter, sa plainte n'était point éloufiee par la cruauté d'une bureaucratie implacable ; il n'avait point à subir les injustices et rinsolente morgue des subalternes éerivassiers ; car Pie IX était le souverain pour tout le monde. Le plaignant n'avait pas à redouter Tagonîe des longues et incertaines attentes.

C'était ce souverain juste et bon qu'on assiégeait dans son palais ! Quel crime reprochaient-ils à ce modfele de toutes les vertus? à ce Pontife qui les avait reçus et réchauffés dans son sein, à la chaleur vivifiante de son ardent amour, de sa charité divine? Quoi! parmi ceux que tant d'ingratitude indignait, parmi les sujets restes fidèles à r£glise et à leur souverain, pas un n'eut l'idée de se présenter au peuple,, et de lui dire à haute voix : — Que fais-tu, peuple égaré! tu veux la mort du juste! il nous a nourris quand nous avions faim; il nous a consolés quand nous pleurions , il a apaisé nos différents et ramené la paix dans nos familles ; il est la gloire et le bonheur deritalie! —

Non ! la peur abrutissait la plupart des conservateurs. La bourgeoisie, la classe moyenne, qui agite toujours la première la bannière des révolutions , les espérances et les couleurs de la démocratie, et toujours finit par être sacrifiée, ensanglantée, ruinée, décimée par elle, portait déjà sur son front la triste empreinte des servitudes consenties. Et l'amertume des avanies que lui allaient infliger les républicains devait être bue par elle goutte segoutte, sans qu'elle y puisât Ténergie de s'affranchir, de se sauver elle-même. Cette énergie, on l'eût plutôt trouvée chez les ouvriers, dans le Transtévère,che2 les hommes du peuple, courages et désespoirs des nations opprimées par la révolution. Dès le commencement de l'émeute, ces honnêtes travailleurs, pleins d'amour pour la papauté et de mépris pour la mort, ayant l'audace tranquille des forts, attendaient qu'on leur fit

p&fVênir des ordres; mais personne ne vint se mettre à leur tPli?. Les hommes de Monli, autres chrétiens dévoués, attendirent également îeurs chefs, pour voler au secours de la papauté ; mais les uns s'abstinrent par lâcheté, les autres, plus lâches encore, avaient fait causé commune avec l'insurrection. Il n'y eut que quelques gardes-nobles qui purent se frayer un passage à travers les flots de la populace et pénétrer dans le palais pour faire leur devoir.

Aux élèves de la Sapience, conduits par Canino, se sont joints des gardes nationaux et des soldats de la ligne ; derrière ces ingrats, viennent encore les carabiniers, traînant un canon appelé le Saint^Pierre. Il est braqué sur le palais assiégé.

Quelques officiers de la garde civique, qui se sont introduits dans le Qnirinal avec de mauvais desseins, sont priés de sortir, |>ar les défenseurs de Tordre.

Ils y consentent, mais à la condition qu'un officier des gardes suisses les accompagnera, pour les protéger, disent-ils, contre ces troupes»

— « Je réponds de mes soldats, dit l'intrépide Meyer de Schanensée, capitaine des gardes, et je m'offre de vous accompagner, si vous me jurez votre parole d'honneur que vous ne m abandonnerez pas, et qu'il ne me sera rien fait à moi-même» car ma vie et ma présence sont utiles ici. »

Les officiers lui en donnent leur parole d'honneur; mais, comme Us arrivent sur la place de Monte-Cavallo, les traîtres l'abandonnent lâchement aux fureurs de la populace. Les révolutionnaires procèdent constamment par la trahison. Meyer est entouré, couché en joue, menacé de poignards.

— «Pour qui es*tu? lui demandent les brigands; es-tu pour le Peuple ou pour le Pape?

— «f Je suis pour mon devoir! »

Telle fut la noble réponse de ce vaillant soldat.

•^a A mort! A mort ! > crient les bandits.

-*• « Tirez, si vous l'osez! réplique froidement le capitaine

avec le calme du dédain ; tirez sur un soldat qui a combattu à Vicence pour l'indépendance de l'Italie et qui est prêt aujourd'hui à mourir pour la défense du souverain qui lui a donné sa confiance. »

Les assassins hésitent et reculent devant la majesté de ce serviteur dévoué ; mais une autre bande armée qui débouclie» s'empare de sa personne, et, le plaçant devant le canon, s'apprête à l'immoler : — a Je reconnais cette pièce, dit l'officier suisse, elle se nomme le Saint^Pierre; si vous y mettez le feu, l'histoire dira que, le 16 novembre, les Romains ont mis à mort un brave officier qui, avec vingt-cinq grenadiers, a repris, à Vicence, cette pièce aux Autrichiens, et l'histoire ajoutera que les Romains en ont fait l'instrument de son supplice! >

Par une déviation à ses habitudes, la révolution n'immola pas cet honnête homme; mais elle le retint prisonnier jus- (lu'au soir.

Tout le monde n'avait pas le même courage que le capitaine Meyer. Les hommes d'ordre, et parmi eux les princes romains, qui auraient dû donner l'exemple, se cachaient lâchement. I^ vérité pour tous! Point de ménagements pour les timides pas plus que pour les traîtres ; car celui qui, quand l'ordre est en péril, s'abstient de le défendre, est par cela seul complice de ceux qui l'attaquent.

L'histoire n'a d'autorité qu'autant qu'elle est impartiale, et le juge qui ménage ses amis, le publiciste qui cache leurs fautes, manque à sa mission. A l'exception donc des gardes suisses^ des ambassadeurs étrangers, du clergé qui, partout, à de très-rares exceptions prés, déploya le plus grand courage, tous les habitants de Rome ce jour-là furent coupables. Les fonctionnaires du gouvernement, les employés militaires pactisèrent avec l'émeute et lui obéirent; pas un seul n'eût l'audace de donner sa démission. Ils exécutèrent, tous, les ordres d'un gouvernement démocratique qui s'était installé au café

(les Beaux- Arts et de là dirigeait rinsurrectien. Parmi les

rebelles qui composaient ce comité, il y avait Sterbini, Galeili, Spioi, rédacteur de VEpoca^ Pinto» son collaborateur, Yinciguerrai et Vex-^nce de Ganino, — car il s'est amoindri luimême.

Ik envoyaient de nombreux émissaires par la ville et donnaient des instructions pour l'attaque du palais. Dans ce café, où ils se livraient à des consommations incroyables, ces tristes personnages étaient affreux à voir, affreux de débauche, de colère, d'envie, de joie atroce. La certitude de la victoire invprimait aux traits de leurs faces un rayonuement infernaK

Ils se réjouissaient dans leur triomphe impie comme Ye^-prit des ténèbres lorsqu'une âme pure tombe entre ses mains. Ce fut ce comité dirigeant qui donna Vordre de mettre le feu a la porte du palais donnant sur la voie Pia. Horrible spectacle ! les incendiaires étaient protégés par la fusillade impie de leurs complices, ayant pour but d*empêeher ainsi le travail des pompiers et des gardes suisses, impassibles et laborieux sous la mitraille. Les défenseurs du palais parvinrent pourtant, sous une grêle de balles, à se rendre maîtres du feu. Des maisons de la rue Scanderbecq, des insurgés faisaient feu sur les appartements de Pie IX, du père du peuple^ on peut bien le dire. Sur d'autres points, l'attaque était la même. Les Suisses ripostaient avec leur intrépidité ordinaire. De part et d'autre le sang coula à flots, et la nuit seule put mettre fin à cette lutte fratricide. Parmi les nombreuses victimes se trouvait monseigneur Palma, secrétaire des lettres latines. Un coup de fusil, tiré par l'un des assaillants, l'avait abattu raide mort dans sa chambre.

La force d'âme de Pie IX ne l'avait point abandonné pen» dant ces exécrables événements. Le courage de cet homme de Dieu était au&si énergique que résigné. Ainsi sont tous les hommes supérieurs. Il avait prêché aux autres la résignation, il ne murmura pas contre l'adversité, : il savait que l'irritation T. 1, 20

de rftme n& remédie pas à Ia douleur, qu'elle rend m eontnlre les maux plus lourds* Comment s'empêcher d^admirer sa profonde sagesse î Persévérant et calme dans faction, car c'est ainsi qu'on régénère un peuple» il se montrait patient dans los revers, et ne se repentait pas du bien qu'il avait fait. Ah I quand on songe à ce saint Pontife, qui portait avec tant de courage cette lourde croix, on se trouve bien petit et bien misérable!...

Les ambassadeurs étrangers le secondèrent de tous leurs efforts, et prouvèrent qu'ils étaient des hommes de cœur et d'âme; exténués de fatigue, n'ayant, comme le saint Pontife, rien pris de la journée, inquiets pour sa personne auguste, inquiets pour leurs familles qu'ils avaient quittées dès le matin, et qui n'avaient pu apprendre ce qu'ils étaient devenus, ils tinrent une conduite admirable. L'un d'eux ayant fait remarquer que les ambassadeurs représentant les autres Etats de la Péninsule ne s'étaient point rendus au palais et s'associaient ainsi aux crimes des Romains insurgés, le Saint-Père, qui avait fait la même observation, dit douloureusement: — « Vous le voyez, Messieurs, tout le*monde m'a abandonné ! Si vous n'étiez pas autour de moi, je serais seul avec la poignée de braves qui me protègent. »

Ce fut ia seule parole amère qu'il prononça dans tout le cours de cette journée néfaste.

A huit heures, les émeutiers, après avoir bu et mangé dans les rues, aux frais des bourgeois imbéciles qui les applaudissaient et s'associaient à leur coupable conduite, décidèrent qu'une dernière députation serait envoyée à Pie IX, auquel on donnerait jusqu'à neuf heures pour céder.

Galetti fut nommé chef de cette députation^ et chargé, en cette qualité, de prendre la parole. Ce misérable, sans cœur et sans pudeur, remplit cette mission dégoûtante qu'il avait bri^ guée. Ce traître ignoble, ce Judas qui avait poursuivi son bien* faiteur dans l'ombre, en l'accablant publiquement de ses ado-

ntimii servUes, de ses aoclamaiions importunes, fut reçu m QuiriuaL En passant devant lo eorps diplomatiquef ce misé* nble suait la honte et n'osait lever le front sous son mépris mérité. Il fut introduit auprès du souverain Pontife, dont il ne put supporter le regard, comme autrefois Judas n'avait pu supporter celui de Notre Seigneur. Devant la majesté de cette vertu» le parjure dut baisser sa vile prunelle, dilatée comme celle d'une bête fauve.

La contenance de Pie IX, sans être hautaine, avait une in* finie majesté. Un calme évangélique se lisait sur son noble visage, que la souffrance n'avait point altéré. Il portait sur son front la gravité douce mais énergique du pasteur de TEvangile. Il s'avança vers le parjure avec Témofion d'une sainteté profanée, avec la simplicité de l'innocence et de la force, portant «es chaînes comme un autre aurait porté un sceptre. Son regard était toujours paternel et serein, comme lorsqu'il visitait les pauvres, qui l'avaient snrnommé leur pire. II l'arrêta sur le ^conspirateur que le pardon n'avait pu changer, et rougit pour lui. Galetti se troubla, subjugué par la vertu.

L'audience dura longtemps. Enfin Galetti sortit, le front pâle et la tête hypocritement baissée.

Quand il se fut retiré, le souverain Pontife apprit aux am-< bassadeurs de l'Europe que, pour éviter une collision san^^ glante et les malheurs qui en seraient les conséquences, il avait remis à la sagesse des chambres la décision des exigences de l'émeute, et que, en attendant, il avait subi, mais non formé, un ministère démocratique, composé de Galetti, à l'intérieur; Mamiani, à l'extérieur; Sterbini, au commerce; Campello, à la guerre ; Lunati, aux finances; Sereni, à la jus* tioe; Tabbé Rosmini avait l'instruction publique et de nom la présidence du conseil, car^ de fait, c'était Galetti qui était chef de ce cabinet.

— « Messieurs^ ajouta Pie IX, je suis ici comme un prisonnier t On a voulu m'enlever ma prie et me mettre entre

— sosies mains d'autres personnes. Ma conduite» en ce moment ou tout appui matériel me fait défaut, est basée sur ma dé» terminatioa d'éviter à tout prix qu'une seule goutte de sang fraternel soit versée pour ma cause. Je cède tout à ce principe; mais je veux en même temps que vous sachiez, Messieurs, et que l'Europe entière sache que je ne prends, même de nom, aucune part au gouvernement, auquel je prétends rester complètement étranger. J'ai défendu qu'on abusât de mon nom, et qu'on eût même recours désormais aux formules ordinaires. »

Les ambassadeurs s'inclinèrent et renouvelèrent à Pie IX leur assurance de dévouement et d'amour.

La journée était finie; la révolution avait triomphé. Les insurgés fraternisèrent aux acclamations d'un peuple coupable qui osait encore crier : « Vive l'Italie ! i> Les bourgeois illu* minèrent en ce jour qui commençait pour eux une ère de mi* sères, de souffrances, d^oppressions implacables. Us devaient cruellement expier cette complicité, et plus d'une fois regretter l'autorité protectrice, intelligente et paternelle de Pie IX, compae la France avait tant regretté Louis XVL Le peuple de Rome avait été ingrat et lâche ; il avait appelé sur sa tête un châtiment; il allait ne pas se faire attendre. La République était au bout de toutes ces violences. Ce fléau, Rome l'avait mérité.

Avions-nous tort d'affirmer que le salut de l'Italie devint impossible, grâce à la stupide fureur des révolutionnaires? C'est en vain qu'on essaya maintes fois de leur faire entendre la voix de la raison. Ils ne répondirent que par des violences, des grossièretés et des crimes. La dégradation du parti révolution* naire n'est égalée que par son manque de patriotisme. La dé^ mocratie^ c'est le mensonge de la liberté ; c'est le triomphe des méchants et la ruine des bons ; c'est la perte des nationalités ; c'est l'oppression; c'est le carnage. Le premier mot de la démocratie, c'est: philosophie, libéralisme; I9 dernier mot;

athéisme, républicanisme. La monarchie constitutionnirile est la première étape» la république démocratique et sociale fai démise.

Ainsi, les démocrates de Tltalie Tavaient perdue* Ils parlaient d'une patrie commune; mais était-ce avec des crimes qu'ils auraient pu cimenter Tunion désirable? Et puis, il n'y avait pas un seul peuple, une seule nation, dans cette Italie mutilée, souillée comme une courtisane et foyeusement impure dans ses amours avec la Révolution. L'Autrichien n'est pas le plus grand ennemi de Tltalie. C'est son alliance avec la démocratie, ce sont aussi ses vices qui la condamnent et l'ont perdue pour jamais, s'il ne lui vient enfin, du côté de la papauté, quelque nouvelle inspiration de ^uti EtMrlas champs de bataille, qu'avaient fait ces révolutionnahres si vantards, qui devaient, non-seulement affranchir la patrie, mais conquérir le monde? Ah! ils avaient prouvé que les lauriers des anciens Romains avaient eu le temps de se ûétrir, entre la couardise et la peur, sur le front des Romains modernes!

Qu'allaient-ils faire de Rome, cette ville d'où partait jadis la loi du monde ? — Une grande cour de justice démocratique, un tribunal de peur et de sang, ou nous verrons la canaille, vassale des sociétés secrètes, poursuivre à leur ordre et égor* ger les citoyens paisibles*

Galetti, ce ver que la papauté avait trouvé sur son chemin^ d'abord pour ramp^ à ses pieds, puis pour la mordre, était

aitivé au but de flou ambition : le fils du barbier était ministre ! Son eœur souillé n'était plus qu'une citerne fermée ne gar-» dant que la vase. Pour qu'un pareil homme, personnification de la démocratie! parvint au pouvoir^ il avait fallu que les sauvages de la révolution triomphassent» que l'autorité légi«« time fût abattue i^omme une gerbe par l'orage.

Gdetti contempbit le champ de bataille dans une muette e&tase. Il se souvint alors des défenseurs fid^es de la papauté et résolut de les éloigner, de les humilier, de priver le Saint* Père de leur couragOé La même pensée était venue à Sterbini et à Canino. Ce raffinement de barbarie avait été salué par leâ bandits des sociétés secrètes de ces hourras terribles, impurs, immenses, qui s'élèvent comme la voix de la tempête du sein d-une ville en révolte.

Le souverain Pontife, toujours pour éviter l'effusion du sang, se résigna à. cette nouvelle violence : le renvoi des gardes suisses fut décidé.

— « Rs doivent s'estimer fort heureux qu'on les désarme et qu'on se contente de les congédier, « avait dit Sterbini^ > heureux qu'on leur fasse grâce de la vie I »

Mais les Suisses n'étaient pas hommes à se laisser facilement désarmer, et s'il n'y avait eu pour cela que des gail-* lards comme Sterbini et Galetti, en nombre égal, ils eussent bientôt mordu la poussière. Ces braves soldats refusèrent de rendre leurs armes et d'abandonner leurs postes. Ils s'écrièrent :

— « Nous sommes ici par la volonté du Pape, nous y resterons. Quant à nos armes, si la canaille les veut, qu'elle es* saie de venir nous les prendre ! Si nous ne pouvons nous en servir pour défendre ou sauver notre souverain, nous sommes décidés à mourir plutôt que de les remettre en des mains autres que les siennes, et, dans ce dernier cas, si Pie IX nous les redemaiMle, nous ne les rendrons pas, car nous sommes soldats, mais nous les déposerons à ses[>ieds augustea^ »

Ito se rësignërettt^ qnmà Us eurent acquis la conviction que telle était la volonté de leur souverain. Voici les noms de ces braves, dignes de leurs frères du Sunderbund, dignes de la cause qu'ils défendaient :

GAntAiNE-GOHaANDANT : Meyer de Schauensée (Léopold), Luceme. PuHiER UEUTBif ART : Gebistorff (Jacques), Luceme. Gaissibr : Pfifler d'AlCishofen (Alexandre), Luceme. Juge : Herzog (Pierre), Lucerne.

Sergent-majok : Gmtter (Félix-Martin), Lucerne. Skroents : Stumi (Jacques), Fribourg; — Schmid (Pierre), Luceme;—' Burkert (Ghiétien); Soleure;— Tosetli (Augustin), Tessin* Caporaux : Jeker (Benoît), Soleure); — Neuhaus (Joseph), Fribourg;

— Widmer (Jacques), Lucerne; — Hartmann (Joseph), Luceme; — Meier (Joseph), Argovie.

Baubbardibrs : Gimdin (Joseph'^Antoine), Grisons;-^ Marfort (An« toine), Luceme; — Stadelin (Martin), Schwits; — Inecken (Gaspard), Lucerne; — Herzog-Junior (Joseph), Lu* cerne; — Zimmermann (Joseph), Lucerne; — Marfort (Jean), Luceme; — Zehnder (Pierre), Zug; — Neuhaus (Jacques), Fribourg; — Schiltnecht, Saint-Gall; — Ka«* mer (Baptiste), Schwitz ; — Weillisbach (Jacques), Argovie; — Guntren (Valentin), Valais; — Brundier (Jean), Luceme; — Weimann (Craspard), Unterwalden; — Borke (Joseph), Soleure ; — Sdienid (Joseph), Luceme ; — An« dereg (Maurice), Valais; — Burkart (Jacques), Soleure; Camenisch (Antoine), Grisons;— Marfort (Félix), Luceme; — Hunkeler (Antoine), Luceme; Belmund (Rémi), Sch^wito*

Takbours : Kosi (Christophe), Zug; — Ferari (François), Te»in.

IJallkbardisrs : Maiesole (Joseph), Tessin ; — Odermatt (Félix), Unterwalden ; — Uttinger (Chrétien), Zug ; — Hûrseler (Jérôme), Soleure; — Schmid (Antoine), Luceme; — Butschard (Nicolas), Fribourg; -— Karli (Martin), Argoyie; — Scbnopp (Joseph), Argovie); — Frey (Jacques)^ Luceme;

— Stierli (Jean), Argovie; — Studer (Jean), Soleure; — Studer (Amand), Soleure; — Kaeser (Joseph), Fribourg; -^Marîmat (Pierre), Luceme; — Sigrist (Alouis), Luceme;

— Boufet (Guillaume), Fribourg; — Wisg (Urse), Soleure;

— Bmnner (Victor), Soleure; — Marimat (Jacques), Luceme;— Pflfler (Vincent), Lucerne; — Kost (Pierre), Zug;

— Koch (Jacques)^ Argovie; — Strîm (Xavier), Thurgovie ; — Klausen (Antoine), Valais ; — Klausm (Ferdinand), Valais; — Albî (Jean), Fribourg; — Betschart(François), Schviritz; — Brunncr (Gabriel)» Soleure; — Hubscher

(Jacques), SainUGall ; — Egger (J^an), Fribourg ; — Grcder (Jean), Soleure ; — Marfurt (Alouîs), Luceme ; — Marfurt (Joseph), Luceme; — Wider (Nicolas), Fribourg; — Kolliker (Victor), Soleure.

Ces braves se retirèrent la mort dans Tâme. Lieurs postes furent occupés par la garde nationale qui, sous prétexte d'établir un poste d'honneur, gardait Pie IX dans son palais, afin qu'il n'entreprit pas un voyage de Varentie^ comme avait fait Louis XYI, dans une situation semblable. * Chaque jour, le saint Pontife sentait qu'il était prisonnier de l'émeute, et cette conviction, justifiée par l'évidence, était partagée par les membres du corps diplomatique, qui ne quittaient presque plus Sa Sainteté depuis la journée du 16 no* vembre. De fait, Pie IX ne gouvernait plus. L'autorité était tombée entre les mains des clubs , parmi lesquels les plus acharnés étaient celui du café des Beaux-Arts et celui du cercle dit Populaire. Ce pouvoir usurpé destituait les fonctionnaires publics y faisait afficher dans les rues les noms de ceux qui lui paraissaient suspects. Au surplus, tous les employés du gouvernement s'étaient empressés de le reconnaître, et les autorités militaires avaient égalé en bassesse les autorités civiles.

Le duc de Rignano ayant donné sa démission de général de la garde civique, fut remplacé par le colonel Joseph Galieno : ce dernier fut conduit comme en triomphe à l'état-major par les troupes, la garde civique et les émeuliers. Ce fut une fête nouvelle avec musique, drapeaux, banderoUes, fleurs, etc. — Le soir de ce jour, une aurore boréale du rouge le plus vif fut visible à Rome. Les yeux pieux y virent les présages de la colore divine; les révolutionnaires disaient aux groupes de cu- FÎeux réunis dans les rues : — a Ce phénomène indique clairement que l'âme du lyran Rossi est condamnée aux flammes éternelles. » Et ces esprits déchus célébraient à cette occasion des feux de réjouissance.

En ce moment, le citoyen Canino se trouvait, pour affaires.

chez M. l'attibassâdeur de France. Il s'écria, en se frottut ies mains :

— c ÀV6Z-T0US vu le cieU Messieurs, c'est la pourpre des cardinaux qui s'envole.

— « Vous vous trompez» Monsieur, lui dit sévèrement M. d'Harcourt, c^est Findice des jours sanglants qui se préparent! »

Ce n'était que trop exact; cette prophétie devait se réaliser cruellement.

En attendant, M. l'abbé Rosmini, savant et publiciste distingué/dont la révolution avait pris le nom pour tromper TEurope, refusa le portefeuille couvert de sang qu'elle lui of* frait. Il fat remplacé par monseigneur Muzzarelli, traître odieux qui accepta.

On attendait le programme du nouveau cabinet. Il le donna ra ces termes .

« Appelés au ministère au milieu de circonstances extra* ordinaires et alors que le refus serait de notre part vouloir mettre en péril la forme constitutionnelle actuelle du gouver« nement de notre Etat, nous serions épouvantés de la gravité des choses et des temps si nous n'étions soutenus par la pen* sée que notre programme politique est en harmonie parfaite, non^seulement avec les principes proclamés par le peuple, mais encore avec ceux qui, après mûre délibération, ont été acceptés par nos chambres législatives, principes qui serviront de règle à toutes nos actions tant que nous resterons au pouvoir.

« Parmi ces principes, il en est un qui a eu, par acte $o^ lennel, Vas$enlimeni du prince, et quant à l'autre principe, prwMise a été faiU dé $e eoncerimr aoee le nouveau minière, afin qu'il fût rédigé des propositions analogues à présenter à l'ac** ceptatîon des chambres délibérantes.

« Le principe de la nationalité italienne, proclamé par no* tre peuple et par les chambres, cent fois, et par nous accepté* a été eanoiwni eoM rétene par le prince, alors qu'avec un

M mupaumd^ il le rappelait à rempereitr d'Autridhe dm» sa lettre à ce prince.

€ Attendu que pour réaliser ce bien» nous oroyons indispensable d'exécuter les délibérations adoptées psur la Chambre des Députés concernant Findépendanoe italienne» notre ferme résolution de mettre en pratique ces déllbérationB n'est autre chose qu'une franche adhésion aux yœux des représentants do peuplé. Nul ne doutera de notre pleine adhésion au programme du 5 juin, accueilli avec tant d'enthousiasme par les chambres délibérantes. La convocation d'une Constituante à Rome et la rédaction d'un acte £6dératif sont des principes et des maximes que nous trouvons formulés datis le vœu d'uûé diète à Roine» destinée à discuter les intérêts généraux de la patrie commune.

€ Aujourd'hui qu'à ce vœu, à cette maxime fondamentale, vient se joindre Y assentiment du prince^ qui désire aussi en sou«* mettre la décision aux Chambres, du souverain que l'Italie en* tîère a salué comme l'initiateur de sa liberté et de son indépea« dance, notre cœur palpite à l'idée de la proximité du moment oil il est donné d'espérer voir naître enfin ce pacte fédéral qui« respectant l'existence des £tats isolés et hdssant intaote leur forme de gouvernement, servira à assurer la liberté, l'union et l'indépendance de l'Italie. Cette œuvre aura sa perfection, à notre avis, alors que s'y associeront la gloire de Rome et U nom révéré du Pontife.

« Nous nous présentons avec oe programme devant lé peu* pie et les Chambres. Si le peuple nous accorde sa confiance, nous ferons tous nos efforts pour continuer de la mériter. Les Chambres vont être appelées à nous prouver n elles nous ac* cordent leur confiance; et il nous est permis de l'espérer si leurs principes politiques c<mtinuent d'être aujourd'hui ee qu'ils ont été par le passé.

c Signé : C.-Ë. Mt^zzAHÊLti , président , GalKtti, StËiiteini LeNAtf«t»

On remarquera d'abohl avec quelle perfidie les ministres imposés à Pie IX cherchaient à se couvrir de son autorité et de son nom, comme s'ils eussent été nommés par lui. Quand ils disent hypocritement que c'est par dévouement qu'ils ont accepté leurs portefeuilles, ils mentent ; c'est eux qui se sont imposés au souverain, qu'ils retiennent prisonnier. Ils parlent de la Constitution ; mais ils Tout violée les premiers, elle n'existe plus, car la liberté du chef de l'Ëtat en est là base. Ils ne sont nullement épouvantée de la gravité des choses qui est leur œuvre, ni de celle des temps qu'eux-mêmes ont rendus mauvais. Cette terreur est feinte, comme leur amour dii bien public*

Ils n'avaient pas le droit de convoquer une constituante et une diète à Rome, et l'affectation qu'ils mettent à se couvrir du nom vénéré du Pontife qu'ils oppriment^ est une lâcheté de plus»

Et pourtant, ce programme fut mal accueilli par les démo* crates; ils le trouvèrent mou, indécis; les journaux de la dé-*, magogie n'entonnèrent pas leurs trompettes de louanges ; il y en eut même qui déclarèrent que les ministres étaient des ré» volutionnàires à courte vue, manquant de vigueur. Ils auraient souhaité quelque chose de plus tranché^ de plus énergique, de plus démocratique, de plus furieux. La ruse leur paraissait ' désormais inutile, il fallait couper dam le vif; il n'était plus h^ soin» d'après eux, de s'étajer plus longtemps de l'autorité de Pie IX ; les masques étaient superflus.

Ce programme était beaucoup plus modéré qu'on ne s'y était attendu de la part de pareils hommes* Ceci s'explique parfaitement. Les révolutionnaires, une fois parvenus au pou* vehr, se montrent toujours modérés, par rapport à ceux qui les ont aidés à eo gravir te» marches ; car ils sentent qu'il faut un peu d'ordre pour rétablir la confiance et rester aux a^ faires. C'est ainsi que ceux qui ont été les plus exigeants dans l'opposition^ ne tiennent aucune des promesses qu'ile ont faites

avant leur triomphe* Le ministère voulait ménager Pie IX, afin de l'opprimer plus à son aise : il tenait surtout à ce qu'il ne cherchât pas à recouvrer sa liberté par la fuite, car il prévoyait alors une anarchie terrible, au milieu de laquelle le pouvoir lui serait arraché.

Parmi les révolutionnaires mécontents du ministère et lui reprochant avec aigreur sa modération, Ganino se faisait surtout remarquer; désolé d'avoir été écarté des affaires» il s'en vengeait en traitant les ministres de modérés et en se jetant à corps perdu, pour mendier la popularité des clubs, dans les exagérations les plus extravagantes de la démocratie. Il fit partager ses haines aux autres chefs des sociétés secrètes, également furieux de n'être pas tous au pouvoir. Ces dissentiments existent toujours entre les meneurs de révolutions. Robespierre exécrait fraternellement Marat, qui le lui rendait d'une façon non moins démocratique. L'exil même ne peut éteindre la jalousie qu'ont les unes pour les autres ces natures orgueilleuses, ces esprits infatué d'eux-mêmes, parfaitement d'accord quand il s'agit de détruire la société, divisés profondément dès le lendemain de leurs précaires triomphes. Ils ne procèdent pas par insinuations les uns contre les autres, ils s'insultent de la façon la plus brutale, rendant ainsi un im* mense service à la cause de Tordre. Ils n'ont jamais traité la société, leur ennemie commune, comme ils se traitent euxmêmes. C'est ainsi, entre autres, que Sterbini et ses amis en étaient venus à se détester plus cordialement qu'ils ne haïssaient la papauté et la société. Pour l'instruction et l'enseignement de l'Italie, ils lui donnaient des représentations quotidiennes de ces bacchanales. Ces pantalonnades auraient dû n'inspirer que pitié et dégoût. Au plus fort de la lutte fraternelle que se livraient ces réfamuUeurs de Vhunumté, ils s' efforçaient, chacun de leur côté, àla honte et au grand désespoirde leurs familles, d'€ixagérerrùi^6r^2u(tonnair0jusqu'àses dernières conséquences. Sterbini porta un rude coup à ses adversaires

et à tous ceux qui le qualifiaient de modéri, en déclarant qu*H était iocMisle, socialiste radical. On n'attend pas de nous que nous relevions tous les blasphèmes , toutes les impiétés qui furent vomis de part et d'autre. Ce qui donna un avantage marqué à Sterbini, c'est la proposition qu'il fit d'organiser le travail, de créer des ateliers nationaux, à l'exemple des répu* blicains de Paris. De plus, pour parer les coups qu'on lui portait encore, il reconnut l'autorité du Cerde populaire et du dûb du café des Beaux^Arts, et les pria de désigner deux citoyens par chaque quartier de la ville, afin de former pne cùmmissiùn du (raicail, semblable à celle qui siégeait à Paris, au palais du Luxembourg, sous la direction des citoyens Louis Blanc et Albert.

 ce prix, le ministère fut toléré par la démagogie, et les adversaires de Sterbini ne purent l'aflaiblir en le surpassant en violence ; c'était impossible.

Pie IX, pendant que cette œuvre d'iniquité et de désorga« nisation se consommait, était toujours prisonnier au Quirinal. Mlle vexations, qui se révélaient même dans les prétendus hommages qu'on affectait de lui rendre, ce qui était la déri« flion et L'insulte après l'oppression, lui prouvaient assez que la révolution ne revient jamais à de meilleurs sentiments, et qu'il avait trop présumé de la sagesse et de l'honnêteté de ses sujets.

Le pasteur, qui ne voulait que la paix pour ses brebis, qui n'avait qu'un but, empêcher que le sang fîraternel ne futVersé, comme il l'avait dit, priait pour ses oppresseurs. Il répétait après son maitre : — Seigneur, mon père, ils m'ont abreuvé d'outrages et d'amertumes; ils m'ont conduit en dérisions comme un triomphateur, ayant au front la couronne d'épines; ils m'ont jugé, condamné puis traîné jusqu'au Golgotha. Ils ont vu ma mère pleurer au pied de ma croix sanglante , et ils m'ont fait boire le fiel et percé le flanc. Mais pardonnez-leur, mon père, car ils ne gavent ce qu'ils font ! pardonnez-leur,

car fi %mm envoyé de Fâinour» je rais le prêtre dea maéri** cordes et je ne suis pas venu sur la terre pour TcBUvre farouche du sang ! —

Ainai priait Pie IX» coiqme autrefois la grande Victime ; ^insi priait-il pour son peuple ingrat, cruel et sacrilège.

Mai? le juste n'avait pu désarmer les colères de ceux qui trompaieot et poussaient la foule qui, les croyant sur parole de grands citoyens et des libérateurs, tombait devant eux en extase d'hébétement.

I^e cœur de ces intrigants était plein de haine et de crime^ celui de Pie IX était plein de justice, et sa parole était selon Pieu. Mais la plus grande sagesse est impuissante à arrêter la révolution déchaînée.

La rapine, la luxure, la cruauté, devaient avoir un plus long triomphe; la république devait frappar sans pitié les pauvres qui crieraient miséricorde; elle devrait écraser le peuple dans son orgueil, éventrer les bourgeois comme un troupeau d'esclaves, violer leurs maisons, boire leurs sueurs, déflorer leurs filles I Pourquoi avaient-ils applaudi à la révolution? Pourquoi avaient-ils laissé assassiner le comte Rossi? Pourquoi avaientf> ils assiégé et laissé assiéger Pie IX dans son palais ?.«• Malheur, malheur à qui ne comprend pas ces enseigne^ mentsl...

II était impossible que le chef de l'Ëglise restât dans cette aituation. Sa vie même n'était-elle pas en danger? En vain se berçait*il de l'espoir que son nom arrêterait les criminels, donnerait du courage aux bons, et que les choses repren* draient insensiblement leur état normal; cette dernière ilf lusion ne lui fut bientôt plus permise.

Pie IX n'avait pas bu le calice jusqu'à la lie. Le représen^* tant de Dieu sur la terre devait porter plus longtemps encore la couronne d'épines; comme son maître, il devait être mé« çwnu du peuple, attaché à la croix de douleur. Pour qu'il ressuscitât dans le repentir de son peuple, il fallait que celuit

d eût été kit^flnéniê àttâohé M gibet, qiPii e6t été ckmé dam le sépulere de la rëvolutiotié

Les serviteurs dévouéy au Pape se joignirent aux membres du corps diplomatique pour le conjurer de chercher son salut dans la fuite. Cette extrémité répugnait à son cieur. Il ne pouvait se familiariser avec cette idée douloureuse d'abandon* ner Rome à la merci d'un pouvoir usurpateur, à la Tiolance des factions furieuses. Il lui semblait que» lui parti , les révolutionnaires ne garderaient plus aucune mesure dans leurs sauvages exoës, et il se reprochait de laisser ainsi les brebis sous fa dent des loups. On lui représenta qu'il était impuissant à conjurer le déchaînement de la tempête, qu'il s'exposait à des périls sans profit, que la dignité de la religion exigeait qu'il se retirât, jusqu'à ce que l'Europe catholique eût pris des m^ sures de justice contre la révolution de l'athéisme qui ravageait ses États.

Le Saint-Père hésitait encore, n'osant céder aux prières de ses amis, qui voyaient les vagues de la démocratie monter, monter toujours et prêtes à engloutir la chaire de saint Pierre. Pie IX se demandait, dans sa conscience, si son devoir était de rester ou de fuir, et il ne savait à quel parti s'arrêter, lorsqu'un événement inattendu vint, comme une voix d'en haut, chasser ses scrupules et fixer ses résolutions. Le soir du 22 novembre, il venait de prier avec ferveur pour ce peuple coupable qu'il avait tant aimé et qui l'avait accablé d'amertumes^ qui avait payé son ardente tendresse d'une ingratitude si Iftcbe et avait brisé son cœur. Tout à coup, on lui remit une boite myslérieuset et celte lettre qu'il parcoumt avec la plus vive émotion.

« Trës-Saint-Père,

a Pendant les pérégrinations de son exil en France et surstout à Valence, où il est mort et ob repoiient son cœur et sea entrailles , le grand Pie VI portait la ti*ès*sainte Euchariatie

sur sa pottrine ou sur celle des prélats domestiques qui étaient dans sa voiture. Il puisait dans cet auguste sacrement une lumière pour sa conduite, une force pour ses souffrapces, une consolation pour ses douleurs, en attendant qju'il y trouvât le Viatique pour son éternité. Je suis possesseur, d'une manière certaine et authentique, de la petite pyxide qui servait à un si religieux, si touchant, si mémorable usage. Xose en faire hommage à Votre Sainteté! Héritier du nom, du siège, des vertus, du courage et presque des tribulations du grand Pie VI, TOUS attacherez peut-être quelque prix à cette modeste, mais intéressante relique, qui, je l'espère bien, ne recevra plus la même destination. Cependant, qui connaît les desseins de Dieu dans les épreuves que sa providence ménage à Votre Sainteté? Je prie pour elle avec amour et foi. Je laisse la pyxide dans le petit sac de soie qui la contenait et qui servait à Pie VI ; il est absolument dans le même état que lorsqu'il était suspendu à la poitrine de l'immortel Pontife.

« Je garde un précieux souvenir et une profonde reconnaissance des bontés de Votre Sainteté, à l'époque de mon voyage à Rome, l'année dernière. Daignez encore y ajouter votre bénédiction apostolique; je l'attends, prosterné à vos pieds.

« Pierre, évêque de Valence, i

La lecture de cette lettre délicate, la vue du présent précieux •qui l'accompagnait , décidèrent Pie IX à prendre la route si rude et si douloureuse de l'exil.

Dieu multiplie parfois les épreuves sur la vertu. De toutes ces épreuves, la mort du comte Rossi et l'obligation de quitter Rome furent peut-être les plus douloureuses pour Pie IX. Mais plus il souffrait et plus il se montrait grand. Sa résignation dans l'infortune égala sa charité dans l'opulence. Sous ce nouvel aspect , il se montre , comme dans des circonstances différentes, à la hauteur de sa mission. Il conserva la même majesté, la même foi, le même cœur. 11 avait traversé le front

— Ml —

liauti en toute sérénité d'âme, le flot des populations misérables et troublées auxquelles on apprenait à maudire leur souverain, leur père; il se façonna à l'idée de quitter la vie éternelle. 11 avait la résignation, ce courage de la vertu , et cette patience qui est la prudence de la force.

Quand Sa Sainteté fit part de sa résolution à ses amis« ils furent soulagés d'un grand poids sur le cœur. On sVcupa alors des moyens d'exécution* Il élait très-difficile que le Pape put sortir du palais, car il était gardé à vue par la garde civique ; il fallait pi^endre une foule de précautions afin J'éciiapper à cette surveillance active et sacrilège, et, en tout cas, ne se confier qu'à très-peu de personnes, sur la discrétion et le dévouement absolus desquelles on pût compter sans réserve. Ou était également fort irrésolu sur la terre que le Saint-Père devait choisir pour aller demander l'hospitalité. La France et l'Espagne étaient également dignes de cet honneui' par leur, respect pour l'Église, mais celle-ci était bien éloignée, celle-ià était agitée par la révolution, et la forme de son gouvernement s'appelait la République! On avait opté pour Civita-VeccWa, car alors le Pape ne fût pas sorti de ses jétats, et déjà M. le duc d'Harcourt avait envoyé des ordres au navire de guerre français le Ténare, qui était mouillé dans ce port, lorsque le cardinal Antoneili, homme de sage conseil et de juste visée, fit une objection sérieuse, et qui fut prise en considération : la route de Rome à Civita-Vecchia n'était pas sûre ;.ie Saint-Père pourrait tomber entre les mains des bandes révolutionnaires qui infestaient la campagne. Les choses en étaient là, et rien n'avait pu être encore décidé , lorsque la Providence suscita une femme pour aplanir les difficultés. Un jour que le comte de Spaur, ministre du roi de Bavière , rentrait à son hôtel^ triste de voir les jours s'écouler et la situation de Pie IX toujours la même : — « Je ne suis qu'une simple femme , dît la coiptesse de Spaur à son mari, cependant je voudrais conduire celte affaire à bonne fin. »

^ L'antbasftaiWur soui it anièrement. La comtesse lui expliqua

Madame la comtesse de Spaiir , francise d'origine ^ olatt l'une des femmes les plus cl>armautes de Ronie. Elle joignait la plus exquise distinction à la plus grande charité. Bonne^ douce» pieuse» spirituelle, elle était susceptible de ces nobleâ aclious qui excitent les enthousiasmes sincères et font palpiter les grands cœurs. C'était une âme sérieuse et délicate, une âme élevée et tendre que saisissait le malheur. Rien ne fut plus touchant que le courage et le dévouement de cette cbrétie&iie.

Le soir même du jour où madame de Spaur avait laisMr échapper cette exclamation, le comte lui dit :

^^ « Vous rappelez-vous ce que vous m'avez dit ce matin? . -* € Certainement, réponditrelle, et je persiste.

— « Eh bien, il peut se faire que la Providence ait jeté le» yeux sur vous pour concourir à h délivrance du Pape.

-«^ « Je suis prête» »

Cette forte et fidèle chrétienne se dévoua sans efforts, heu*^ reuse et pressée de se sacrifier pour le Saint-Père. Dans sa touchante piété, elle reg;irda cette occasion de se montrer liéroïque comme une faveur du ciel. Cette blanche et douce figure^ se mit aux pieds du calvaire de Pie IX y ccMiime la mère du Christ sous la croix du Sauveur des hommes.

Dans ce désastre, elle se précipita au devant des calamités de la papauté avec un dévouement et un courage admirables; En le cherchant, elle mérita cet honneur de servir de guide au settveraiu Pontife*

Cette grande et heureuse fortune, ces nobles périls ne poiH valent échoir qu'à une âme digne de les obtenir. Cet événement fit éclater, dans madame de Spaur, non-seulement la brillante générosité d'une nature d'élite, mais la plus pure piété. Et autant d'intelligence et de finesse se déploya dans son e^rit que de fidélité et d'élévation dans son âme. Cette noblesse morale et cette adresse honnête ne se démentirent pa»

un seul instant. II n*y a point de paroles pour mconier de pjireils sentiments, pour dire le courage et l'énergie de ces serviteurs magnanimea deè grandenrs dcehues.

Madame la comtesse de Spaur avait, comme toutes lés fanmes, même les plus humbles, le charmant instinct des choses délicates, CT était nue de ces femmes vertueuses dont on ne saura jamais tout le dévoMment, toute la bonté. On ne la eennaissait pas beaucoup avant les malheurs du souverain Pbntilir, car, renfermée dans les devoirs et dans les saintes joies de la famiHe, elle ne se réi^ëlaît guère an monde que par ses /bonnes œuvres et son inépuisable charité.

n fut convenu qu'elle partirait pour Âlbano avec son fils et le gouverneur de ce dernier. Elle prépara tout pour le vo^^e avec une intelligente activité. Pour justifier celte subite réso« Intion, eHe dit à ses subalternes et h ses gens qn'elte était ap*' pelée immédiatement à Naples, pour la eonclœion d'un nw« riage entre une princesse de Bavière et l'un des fils du roi dm Deui-9icîles. Les malles prêtes, la comtesse eacbe sùt eHe te portefeuille de Pie IX, remplit ses poches d'or, met hb dia^ mants dans la doublure de ses robes et charge une pafire ée pistolets; car cette femme bévorque est résolue à défendre le Sftin^Père jusqif i h mort. Elle n'ooblie pas de brûler, en cm de perquisition, tous les papiers qui ne doivent pas tonlMr entre les mains des conjurés, pnis elle se jette aux pieds du crucifix qu'elle prie avec ferveur jusqu^au mathi. À six heures, elle écrit à la hâte quelques lignes à sa famitte pour calmer ses alarmes, après quoi elle part dans une berUne de voyage, trai^ née par quatre chevaux.

La révolution, maîtresse de la ville, empêchait déjà la eircur làtion libre.

La voiture de la comtesse se trouve arrêtée à la porte de kr vilie, ou elle se présente pour sortir. Interrogée^ elle répond avec une simplicité délicieuse à cette question :

— f Qui êteS'VOUB?

— « La eomb'ssc de Spaur.

— « Ou allez-vous ?

— « A Albano d'abord, à Naples ensuite. •— « Oii sont vos passeports?

— « Les voici.

— a Pourquoi le comte, votre mari, n' est-il pas avec vous? «-«* a Parée que les affaires de son gouvernement le retiennent à Rome.

— « Quand vous rejoindra-t-il?

-r < Lorsque ses affaires seront terminées; du reste, vous le verrez, puisqu'il doit passer par cette porte. »

La précision avec laquelle la comtesse s'était exprimée avait éloigné tout soupçon, mais le triste interrogatoire qu'on lui avait fait subir ne la laissait pâs sans inquiétude pour le Saint- Père. Pourrait*il aussi facilement échapper aux investigations de ces mercenaires obéissant à la farouche consigne des usurpateurs?. • 11 y a loin de la théorie à la pratique. On se met énergiquement en route, décidé à une grande aventure» et puis les petits faits, qui n'en sont que l'enveloppe, s'embusqueiU derrière les buissons et vous font une guerre de partisans qui, souvent» vous force à rebrousser chemin. Le Saint-Père serait-il ainsi arrêté? Troublée par cette appréhension, madame de Spaur reprit sa course rapide et arriva en deux heures et demie à Albano, ayant fait ajouter eu route deux nouveaux cjievaux qui l'attendaient à quelques minutes hors la ville. A Alba* no, madame de Spaur descendit» comme cela avait été con-* venu, à Thôlel de Paris, et attendit le moment d'agir.

Cette première évasion avait réussi, mais restait la principale, celle du Saint-Père, et la difficulté était grande. MM. d'Hprcourt et de Spaur se mirent résolument à l'œuvre. Le 24 novembre au soir, l'ambassadeur de France se présenta au Quirinal dans une riche voiture précédée de coureurs et de postillons portant des torches. Quoiqu'il fût muni d'une lettre d'audience de Sa Sainteté parfaitement en règle, on le conçoit,

la garde d'honneur^ disons les geôliers de Pie IX, firent de grandes diflScultés pour laisser entrer le duc d'Harcourt, qui dut leur parier haut et ferme et leur imposer par son énergie. Dès qu'il est introduit auprès du Saint-Père, celui-ci s'enipresse d*endosser on déguisement : pantalon, gilet, cravate, redingote, le tout noir, chapeau rond et large de bords, lunettes bleues; il est méconnaissable. Après s'être agenouillé devant son prie-Dieu, il sort par une porte dérobée, accompagné d'un serviteur à toute épreuve, Philipani. Le Sàint-Père s'avance d'un pas lent et grave, comme l'homme courageux qui demande à sa puissance morale le privilège de marcher dans sa dignité et dans sa force.

Pendant la fuite de Pie IX, M. d'Harcourt lit à haute voix, afin que ceux qui gardent le souverain Pontife ne conçoivent aucun soupçon. Tout à coup, il entend un grand bruit dans le corridor secret par où s'est évadé le Saint-Père ; il tremble, il le croit découvert.... mais non, c'est une clef qui a été oubliée et que Philipani va chercher ; mais pour cela, il est forcé de faire de longs détours afin d'éviter les sentinelles, et ce n'est qu'au bout de dix longues minutes qu'il revient ouvrir à Sa Sainteté, qui attendait devant la porte, une bougie à la main. Le pape alors se jette dans une voiture toute prête.... Les chevaux partent à fond de train, faisant trembler les vitres des maisons et couvrant Tespace de gerbes d'étincelles»

Leduc d'Harcourt resta deux heures dans les appartements du souverain Pontife ; quand il en sortit, il dit à ceux qui en gardaient insolemment les portes, que Sa Sainteté était indisposée , et s'était mise au lit, après quoi il s'élança à son tour dans une chaise de poste, qui roula rapidement vers Civita- Vecchia; à minuit, il s'embarqua à bord du Ténare; il était sauvé.

Près de l'église de Saint-Pierre et Saint-Marcelin la voiture qui portait Pie IX fut accostée par celle dans laquelle Tattendait le comte de Spaur avec son chasseur. Ils étaient tous

deux armés de pistolets et de poignafdfi;. Le Saint-Père pat 4pittter Rome sans difficulté, mais nonsâns ^proater une poH ^ttante douleur. U sortit plu* la porte de Saiat-Je»i-de-Latran. Au milieu de la nuit sa voiture rejoignit, la berline de voyage dans laquelle la comtesse de Spaur l'attendait. Céflait près d'Albano» dans la vallée de TAricia. Mais tout-à-coup paraiaaeat 4|iiatre carabiniers: c'est une patrouille. Gomment faire? ^pj» dire? vont-'ils reconnaître le souverain Pontife? sersHt-iU comme autrefois Louis XYL auquel il r^semble par sa bonté ^ par ses malheurs, reconduit dans la capitale de ses Ëtats, au miÛeu dea outrages d'une population en déiMnee? En cet instant suprême, l'ingénieuse comtesse ne perdit pas la tête, jians descendre de sa berline, ce qui était un chef-4*<BUvre de sang-^Troid, elle s'écria vivement d'un ton de reprodie, en s*adressant au Saint*^Père :

-~ a Allons donc, monsieur le docteur, vous vous faîtiss toujours sAtendre ! c'est fort mal ! Je ne pourrai donc jamais vous corriger de vos lenteurs?... t

Le Saint-Père, sans proférer une parole, descendit lentement de la ^ture, aidé par les earabiniers eux-mêmes, qui loi ofirkrent leur bras pour monter dans œfie de madame de Spaur. Les soldats souhaitèrent un bon voyage aux fugitifs, après arvoîr pris la peine de relever le marche-pied. La beriine partit tu galop: Le Saint-Père était dans le fond, auprès de la comtesse de Spaur ; en face d'eux se trouvait son fils, Maximilîen de Spaur, avec 6on gouverneur, H. Liebel. Le siège de dairant était occupé par une femme de ebambre, celui de der^ rière, par l'ambassadeur de Bavière et son chasseur dévoué.

Plutèt que de laisser tomber la personne de Pie IX ealte les mains des carabiniers, au cas oii il aurait été reconnu par eux, ces serviteurs fidèles auraient certainement engagé un combat sanglant, et ils eussent sans doute triomphé.

Ils remercièrent le ciel de n'avoir {)oint été réduits à celte extrémité. Peut-étre bien aussi , les carabiniers auraient^ls

laissé pAfiser leur souverain, tout en pénétrant son incognito, car il n'y a pas de scélérats au monde ; malgré cela, on ne pou?ait guère s'y fier, et mieux vaut que les choses se soient ainsi passées.

La comtesse de Spaur, après le départ des soldats, dit au souverain Pontife :

— € Pardonnez-moi, très*Sainl-Père, pardonnez à votre indigne servante si la nécessité lui procure à vos côtés une place <|u'elle ne mérite point.

— * c Vous êtes aujourd'hui, lui répondit doucement Pie IX, vous êtes aujourd'hui un des instruments dont la Providence a voulu se servir pour accomplir un de ses mystérieux desseins. »

Et comme la comtesse ne pouvait maîtriser son émotion :

— € Ne craignez rien, ma fille, reprit le Saint-Père; Dieu est avec nous!... i»

Cependant 9 à Fondi, le Pape courut un grand danger. Comme on relayait, un des postillons Payant aperçu, dit à l'un de ses compagnons :

— a Regarde donc cet abbé ; il ressemble au portrait du pape que nous avons chez nous !.., »

La berline fut emportée à ce moment par les coursiers fortement pressés par les postillons, dont le comte de Spaur excitait l'ardeur à force d'or.

Enfin les Ëtats romains furent franchis !... Pie IX ne courait plus aucun péril. Le Pontife fugitif récita le cantique du Te Deum^ et ses compagnons, transportés de bonheur, rendi* rent avec lui grâces à Dieu.

Le souverain Pontife était pensif et recueilli ; son cceur était calme, son esprit agité.

Vers neuf heures et demie du matin, la berline dans laquelle se trouvait le Saint-Père rejoignit celle qui portait le cardinal AotODelK et le chevalier d'Arnao , partis en avant. On était arrivé au môle de Gaëte. Les illustres fugitifs deso^irmt à

riiôtel de Ciccron, où ils déjeunèrent. Le Saint-Père ne piit quelque nourriture qu'après s'être retiré dans une chambre . où il se mit en prières, remerciant Dieu de sa protection et fimplorant encore pour son peuple.

Là ^ on tint conseil. Où le Pape devnit-il définitivement chercher un asile? Il fut arrêté que c'était à Ferdinand H» roi des Deux-Sicilesy qu'il demanderait l'hospitalité. Ce prince éiait digne de cet honneur. Le Saint^Përe chargea le comtt; de Spaur de se rendre à Naples, auprès de Sa Majesté, de lui ex- |>oscr les tristes événements qui l'avaient contraint de quitter home, et de lui remettre la lettre suivante :

« Sire,

« Le triomphe momentané des ennemis du Saint Siège ei de la religion, compromettant la personne du chef de l'Église catholique, l'a forcé malgré lui à quitter Rome. Je ne sais sur quel point du globe la volonté du Seigneur, à laquelle je me soumets dans toute l'humilité de mon âme, conduira mes pas errants ; en attendant, je me suis réfugié dans les États de Votre Majesté, avec quelques personnes fidèles et dévouées. J'ignore quelles seront vos intentions à mon égard ; dans le doute, je crois devoir vous mander, par l'entremise du comte de Spaur, ministre de Bavière auprès du Saint Siège, que je suis prêt à quitter le territoire napolitain, si ma présence dans les Étals de Votre Majesté pouvait devenir un sujet de craintes ou de différends politiques.

« Signé : Pie IX. »

Nul doute que ces lignes si touchantes et si résignées, bien faites pour arracher des larmes d'admiration, ne fissent la plus profonde impression sur un cœur aussi chevaleresque que celui du Bourbon de Naples.

M. le comte de Spaur ^ infatigable dans son dévouement, échangea son passejwrt contre celui du chevalier d'Arnao, se-

crétaire et ami de Tambassadeur d'Espagne, M. Martinez de la Rosa, dont nous avons rapporté la belle conduite, et se mit en route aussitôt, La petite troupe se dirigea vers la ville de Gaëte.

Ils ne tardèrent pas d'y arriver, et ils n'y purent entrer sans peine. Ils eurent besoin de toute leur présence d'esprit pour répondre aux autorités; ils se rendirent tout d'abord chez monseigneur Parîsîo , évêque de Gaête. Le Saint-Pfere devait se foire connaître de ce digne prélat, et lui demander une hospitalité provisoire pour lui et pour ses compagnons de voyage. Mais monseigneur Parisio se trouvait absent de son siège épi^ eopal. Son frère, ancien ministre du roi de Naples, sentant la mort s'avancer vers lui pour l'emporter, l'avait fait appeler pour recevoir son dernier soupir et fermer ses yeux éteints. 1^ pieux prélat s'éfait empressé de partir. Les étrangers furent reçus par son fidèle serviteur Danielo ; esclave énergique de sa consigne, il repoussa les nouveaux venus, leur répondant qu'il ne les connaissait pas, et que son maître n'étant point là, ils devaient renoncer à leur projet. Le cardinal Antonelli eut beau assurer que l'évêque de Gaète serait extrêmement désolé que ses amis eussent été repoussés ainsi de son logis. Danielo fut inflexible.

— c<Âh!si vous nous connaissiez, lui dit Pie IX, vous nous recevriez avec empressement !

— « C'est justement parce que je ne vous connais pas, répondit Danielo avec défiance, que je ne puis vous recevoir. »

Et il ajouta avec un ton de mauvaise humeur :

— € D'ailleurs, le palais d'un évêque n'est pas une auberge !»

— a Mais je suis parfaitement connu de Monseigneur Parisio, » répliqua le Saint*Père.

— « C'est possible ! répondit l'intraitable gardien du palais épiscopah mais pas de moi^ qui ne vous ai jamais vu : il vous liiut chercher un gite ailleurs I »

£û leur fermaiU, comme on dit vulgairement» la {M>rte m naZf rhoQûête serviteur rentra dam le palais en murmaraBt contre le sans-gêne de ces étrangers, qu'il soupçonnait bien un peu n'être que des intrigants , ennemis de TÉglise et de âm maitre.

Les fugitif ainsi rebutés allèrent chercher un refiige dans une modeste hôtellerie, située sur la place de Canca, et connue sous le nom d'auberge du Jardin. Les chrétiens fie pou vent la visiter, depuis^ sans une profonde émotion : c'est là, dans une misérable chambre, à peu près semblable à une celhjde de prison, que Pie IX repo^ ses vertus» admiration de l'univers entier. Voici le lit où se penclia cette tête si obère* C^est dans ce cfaétif réduit que le représentant de Dieu qui naquit dans une étable, veilla sa première nuit d'exil. C'est dans celte humble pièce que le chef du catholicisme dicta à M* Liébel , gouverneur de Haximilien de Spaur , la protestation suivante contre ce qui s'était passé à Rome :

« Pie (X, Pape, à ses sujets bien aimés :

« Les violences exercées contre nous , ces jours derniers , et la volonté manifestée de se précipiter dans d'autres excès (Dieu veuille ék»gner ces malheurs en inspirant des sentiments d'humanité et de modération daœ les âmes !) nous ont contramt à nous séparer momentanément de nos sujets et de nos enfants que nous avons toujours aimés et que nous aimerons toujours.

« Parmi les motifs qui nous ont déterminé à oette sépara^ tion, et Dieu sait combien elle est doulourwse a notre triste cœur, celui dont l'importance est la plus grande, c'est d'avoir 'a pleine liberté dans l'exercice de la puissance suprême du Saint-Siè^, exercice que TUni^rs Catholique pourrait a bon droit, dans les circonstances actuelies, sufqposer n'être plus libre entre nos mains.

< Que si une telle vielenoe est pour nous le sujet d'une grande amertume, cette amertume s'accroît outre mesure

^3Sl —

quand nous pensons à la tache d'ingratitude dont «'est couverte à la face de l'Europe et du monde* une «lasse d'hommes pervers, et bien ph» enoore à la tache qu'a nnpriioéc sur leurs âmes ta colère de Dieu qui, tôt ou tard» exécute les châtiments prononcés par l'Église.

a Dans Tingratitude de nos enfants, nous reconnaissons la Biain du Seigneur qui nous ffappe, et qui veut que nous expions nos péchés et ceux des peuples. Mats nous m pouvona, aaos trahir nos devoirs; nous abstenir de proteater adenadUcment en présence de tous, comme dans la funeste soirée du 16 novembre et dans la matinée du 17, nous avons protesté vefbalement devant le corps diplomatique, qui nous avait bonorablement entouré et qui a tant contribué à fortifier notre eoeur. Non, nous ne povvons nous empêcher de protester contre la violenoe inouïe et eacrilége dont nous avons été l'objet. La«qudle ftfotestation noue entendons renouveler sotenneUeiasot «fi la drconstance présente, ii aavoîr que noua avons été opprioié par la violimee, et, en conséquence^ nous dédarons tous les actes qui en ont été 4a suite, nuls et de nuUe valeur, ni de Ibrce légale*

€ Les dures vérités et les protestations que noua venons d'exposer ont été arrachées a nos lèvres par la méekaneetédes hommes et par notre conscience, laquelle, dans les |circonstances présentes, nous a excité avec force à l'accomplissement de nos devoirs. Toutefois^ en présence même de Dieu, et tandis que nous le prions et supplions d'apaiser sa colère, nous avons la confiance qu'il ne nous sera pas défendu de commraeer notre prière par les paroles d'un saint roi et prophète :

m Seign$ur, $ouvenez*v(m$ de Dacid et de toute sa momsuéiudê !

€ Cependant, ayant à coeur de ne pas laisser sans chef, & Borne, te gouvernement de notre Etat, nous nommons une cammùeion de gouvernement, composée des personnes«uivantes : ii Le cardinal Castracane, c Monseigneur Roberto-Roberii,

« Le prince de Raviaiio^

€ Le prince Barberini,

c( Le marqais Bevilacqua de Bologne,

V( Le marquis Ricci de Macerata,

« Le lieutenant-général Zucchi.

<K En confiant à ladite commission de gouvernement la direction temporaire des affaires publiques» nous recommandons à tous nos sujets et fils le calme et la conservation de l'ordre.

« Enfin ndus voulons et ordonnons que de ferventes prières s'élèvent chaque jour vers Dieu pour Notre humble personne et pour le rétablissement de la paix dans le monde et spéciale»ment dans notre Etat et à Rome, où sera toujours notre cœur, quelle que soit la partie du bercail qui nous abrite. Et nous, comme c'est le devoir du suprême sacerdoce, et avant tout, Nous invoquons très-dévotement la souveraine Mère de miséricorde, la Vierge immaculée et les Sainjs apôtres Pierre et PauK afin que, comme nous le désirons ardemment, l'indignation du Dieu tout puissant soit éloignée de la ville de Rome et de tous nos Etats.

€ Donné à Gaête, le 27 novembre 1846.

€ Plus, P. P. IX. »

Pie IX, en protestant de la sorte contre les violences qui l'avaient obligé à quitter Rome, accomplissait un devoir rigou- Teux. Ses paroles sont empremtes de la plus grande dignité, mais la bonté de son cœur s'y trahit encore, comme toujours. Ses sujets sont coupables. Eh bien ! il ne peut s'empêcher de les appeler ses bien-aimés! Rs l'ont abandonné et trahi ; ils ont assassiné son premier ministre, l'homme d'Etat qui avait sa confiance; ils l'ont assiégé lui-même dans son palais pour lui dicter des conditions incompatibles avec ses droits, avec ses devoirs, avec la double majesté dont il est revêtu; ils l'ont

retenu captif et Tont privé de ses meilleurs serviteurs» — et il prie pour eux le Dieu juste de détourner ses foudres de leurs froQts coupables! Il proteste contre les pervers, contre les en» Demis de la sainte Eglise, il les dénonce à l'Europe,, il n'entend pas cacher à l'univers l'oppression sacrilège dont il a été victime; mais quand il a accompli ce devoir douloureux, quand il a dit les rudes vérité^ arrachées à ses lèvres par la méchanceté des hommes et par sa conscience, il supplie le Tout-Puis* sant d'apaiser sa colère : «c Seigneur gomenez^vaus de Dimd ei de tauu $a manmilude ! »

Voilà le chrétien ; voilà le chef et le père du catholicisme ! Mais le souverain de Rome ne peut laisser ses Etats entre les mains des révolutionnaires^ des hommes faits poignards : il nomme une commission pour les gouverner. El de nouveau,t I ame de celui qui peut excommunier s'élève à son Père pour prier, pour implorer !•*. Ahl il n'y a que la méchanceté des eonemis de l'Eglise qui puisse égaler l'inlioie bonté de cet admirable Pontife !

Cependant quelques autres tribulations, bien qu'insigm-* fiantes au fond , attendaient les réfugiés de Gaéte. Il était impossible que l'arrivée, dans une petite ville, d'étrangers venus dans de telles conditions, ne produisit pas une certaine sensation, d'autant qu'il était fort possible que Danielo,, le cerbère du palais épiscopal, eût raconté comment ces personnages mystérieux avaient tenté de s'installer sans façon chez son maître absent. Il fut décidé que le cardinal Antonelli et le chevalier d'Arnao iraient, pour sonder le terrain, faire une visite au gouverneur de la place. Le premier secrétaire de l'ambassade d'Espagne, qui avait échangé, comme nous l'avons dît, son passeport contre celui du comte de,Spaur, se présenta en son nom au général Gross. Le cardinal Antonelli passait pour son secrétaire.

Le général Gross, vieux et loyal soldat, bon cœur, caractère brusque, esprit défiant, car il connaissait les hommes et était

M garde contre leurs riisés, donnn cKafeofil (huis le pii'^\ Il ilernsnàst son passeport M prétendu m'misire i>léi>ipotenlbire (lu roi do Bavière, et, le trouvant en règle, le lui remît avec les marques de la pins entière confiance.

Le elievalier d'Aroao, interrogé sur l'objet de son voyage dam co pdja, répon^Iit que le désir de visiter la viHe Vy avait wmA flttiné avec ses compagnons. Mais le gouverneur lui ayant admssé la parole en ajiemaiid, le dipto^iate espagnol, qui iff ncraifr aiMoioment cette iMgm^ garda te silence le p}as^ sua-** pect. Contraint pourtant de prendre b parole, il dit au général qu'il avait complètement oublié la lai^^ de son pays, l'ayant qiHtté depuis sa plus tendre enfonce ; ee qui parut inouï au gouverneur; mais ses soupçons prirent des porportions colos-* sales lorsque, s^adressant de nouveau en aHemand au cardinal AntoneUîr celui-ci donna les mêmes raisons de son ignorance de la langue tudesque. La scène tournait au comique.

— « < le vous srroue, Messieurs, leur dit alors le gouvemew, que je suis étonné de trouver un ministre bavarois et son se* eréCaire hors d'état de comprendre la langue de leur pays. »

Cependant les étrangers, qu'il était bien permis de prendre pour des aventuriers, et dont Tarrkée subite avait passablement Pair d'une invasion, ayant des pa{uers en règle, le gouverneur ne prit en ee moment aucune mesure de rigueur contre eux, mais il se promit de feire exercer une surveillance active sur l'auberge où ils étaient descendus. À cet efièt, après les avoir congédiés, non sans laisser paraître les soupçons que lui inspiraient les deux diplomates bavarois, il fit appeler le juge de paix et l'un des officiers de police, et les chargea de la mission de pénétrer à rhôteHerie du Jardin, de chercher à savoir au juste ce qu'étaient les voyageirrs et dans quel but ils s'étaient d^attus à Gaëte. Ces deux magistrats se présentèrent à rhdtel, où ils prétextèrent le soin de viser les passeports. On les leur montra ; ils étaient toue scrupuleusement en règle. Les deux agents furent reçus dHme charmante façon par les voyageurs,

H h comtesse (fe Spaup les eliarma particiiliercnienl par la p'ili^e de sa conversation. Le général Gross ne fut pas rassuré parle bon rapport qu'on lui fil; il voulut voir par lui*-mëfno, e( il se présenta à raubcrgo du Jardin, accompagné d*nn de »*3 officiers d'ordonnance.

Immédiatement admis auprès des illustres voyaycurs, il leur dit:

— a Vous devez être fort mal dans cette locande; voudriez^ vous me f^ire la grâce de m'accompagner au palais et d^ac« crpler qiiefques rafraîchissements ? >

Quoique très-polie, Tinvitation semblait cacher un ptége. iNc pas l'accepter, c'eût été imprudent ; les nobles fugitifs se mirent donc en route. C'était d'une saine politique. Le Sainte Père seul demeura à Tauberge, donnant pour excuse qu'il était malade.

Le gouverneur fit les honneurs de son palais aux proscrits et essaya d^ apprendre d^eux quelque chose ; tout ce qu'if put obtenir, c'est que le chevalier n*élait point te comte de Spaur* qui, parti lu veille pour Naples, f avait autorisé à prendre son nom et lui avait laissé son passeport.

N'eût été le respect que lui inspirait madame de Spaur, le général eût fait arrêter tous les voyageurs. Il les reconduisit lui-même à l'auberge» oh ik restèrent» sans qu'ils s'en doutassent, ses prisonniers. H passèrent la nuit tranquillement» étroi* lemeni campés dans un cabinet et trois pièces : l'une pour te Souverain Pontife^ Fautre pour tfaximilien dé Spaur et son gouverneur» la dernière pour la comtesse et ça femme de chambre. Dans te cabinet contigu à la pièce où s'était installé le Pape, le cardinal Antonelli se casa te moins mat possible.

Tandis qu^ils reposaient tranquillement, comme des justes» te comte de Spaur, qui avait mis ta plus grande diligence, arrivait à Naples. Sans changer son costume de voyage, il se fit condaire immédiatement chez Monseigneur Garibaldi» nonce en Pape. Onze heures de ta nuit sonnaient aux églises. L'am-

bassâdenr de Bavière eut toutes les peines du monde à |>énétrer auprès de Son Éminence à pareille heure et en semblal)le équipage.

— « Monseigneur, lui dit-il vivement, le roi esl-il à Naples?

— « Oui, monsieur le comte ; il est arrivé dans la journée ; mais il part demain malin pour Caser te.

— « 11 faut, Monseigneur, que Je voie Sa Majesté.

— € Demain*

— € Tout de suite...* ce soir... à Tinstant même. » C'était à faire croire au nonce que l'ambassadeur de Bavière

avait perdu la raison.

— « Il le faut. Monseigneur, et je compte sur vous pour être présenté.

— « Vous ne savez donc pas l'heure qu'il est?

— «Onze heures et cinq minutes. Monseigneur, dif le comte de Spaur en tirant sa montre.

— « Mais il sera minuit quand nous serons au palais !

— «Il serait une heure qu'il faudrait que je visse le roi !

— « Mais, encore une fois, comte, »éfléchissez donc; d'aiU leurs Sa Majesté sera couchée.

— « Nous la ferons lever ! » répondit le comte avec fermeté.

Le nonce, au comble de la surprise, et de plus en plus convaincu que le ministre était en démence, s'écria en levant ses mains au ciel en signe de pitié :

— « Ah ! monsieur de Spaur 1 faire relever le roi I

— « Oui, Monseigneur, s'il était couché », reprit le messager de Pie IX avec le plus grand flegme. Monseigneur Garibaldi ne bougeait pas ; il plaignait du plus profond de son cœur l'infortuné diplomate et le contemplait avec une commisération charitable. Le temps s'écoulait ; le comte de Spaur^ afin de décider le nonce, tout en se conformant aux instructions du souverain Pontife, qui désirait que ce fût le roi de Naples qui apprît le premier son arrivée dans ses États, le comte

de Spàlir lui montra une dépêche cachetée aux armes pontificales et adressée à Sa Majesté Ferdinand IL . — « Reconnaissez*vous cette écriture et ce sceau? dif^l.

«— « Cest l'écriture et le sceau de Sa Sainteté ! s^écria Monseigneur Garibaldi.

— « Oui, Monseigneur. Vous voyez donc bien que je dois être immédiatement présenté au roi !

— <« Mais, monsieur le comte. ..

— «Monseigneur, en ce moment les minutes sont des heures, et au nom de SaSainteté, je vous rends responsable de celles que nous perdons ; voulez-vous, oui ou non, Monsei^ gneur, me conduire chez Sa Majesté?

— c Permettez, au moins, monsieur le comte, que j'aille la prévenir.

Il était près de minuit lorsqu'ils arrivèrent au palais; le nonce de Sa Sainteté fut introduit auprès de Sa Majesté le roi de Naples, auquel il Ht part de la subite arrivée de l'ambassadeur de Bavière et de la conversation qu'ils avaient eue ensemble. Le roi» soupçonnant sans doute déjà une partie de la vérité, admit le comte de Spaur auprès de lui. Monseigneur Garibaldi se retira. Le comte de Spaur étant resté seul avec le roi, lui remit la lettre de Pie IX en disant : « Sire, pardonnez-moi de me présenter à cette heure devant Votre Majesté ; je vous apporte la nouvelle d'événements très-graves : vous la trouverez dans cette lettre de Sa Sainteté. »

Le roi la parcourut dans la plus grande émotion, et une larme brilla dans ses yeux et roula , perle précieuse éeiiappée de l'écrin d'un cœur d'or, sur son noble et pâle vi-

— c Revenez dans six heures, monsieur le comte, dit-il à l'intrépide ambassadeur ; ma réponse sera prête. »

Il tardait au comte de Spaur de décharger sa conscience dans rfime du respectable nonce ; quand il le rejoignit, il lui dit toute la vérité.

*^ « Dien soit loué ! s*écria le pféiat en embrassant le m^ nistre plénipotentiaire, Pie IX est sauvé ! »

Une telle gerbe de joie s^épanouit à cet instant dans la poitrine de ces deux chrétiens, qu'ils en forent un moment suffoqués.

Le matin, à six heures, le comte de Spaur, exact au rendezvous, trouva le roi levé, prêt à partir, et, comme il lui demandait la réponse promise : — « Nous la porterons ensembh, » ini répondit le roi avec une grâce adorable.

Le monarque catholique avait passé toute la nuit à ordonner les préparatifs du voyage. Il avait prévenu la reine et toute la famille royale des événements qui avaient engagé le chef 6u«* préme de la religion à venir lui demander un asile, et de son désir de se rendre immédiatement à Gaëte. 11 était bon qu'une tête couronnée allât s'incliner au pied de cette majesté apostolique devant laquelle la révoliilion se tenait debout et cou^ verte. C'était d'un enseighement utile. Ceux-là qui ont le droit de commander et d'être obéis doivent donner l'exemple du respect pour les ministres de Dieu. C'est beau et c'est bien. Et pnis, le trône et l'autel sont solidaires, les princes constituationnels Tout souvent trop oublié. Quand l'autel est menacé, le trône est en péril immense ; car les hommes qui ne respectent plus l'autorité de Dieu, respecteront bien moins encore celle de leurs semblables. Les princes philosophes, les rois ennemis de l'Église, travaillent contre eux-mêmes. C'est à Rome qu'est le foyer de toute puissance et de toute autorité.

Dans sa pieuse activité, le roi des Deux-Sicîles avait fait préparer deux frégates à vapeur, le Tancrède et le Robert^ et il y avait fait transporter, avec un soin minutieux, tout ce qui pouvait être utile aux fugitifs, dont il devinait le dénûment. Dans sa sollicitude, il entra jusque dans ces moindres détails qui révèlent une âme délicate, prévenante et empressée. H n'omit f\en de ce dont )ses hôtes pouvaient avoir besoin : linge,

chpmisps, effets, tous nos petits objets dont U privation est une des odieuses tyrannies de la misère.

Le roi s'embarqua sur le Taim^êdc avec la reine, le comte d'Aquila, le comte Trapani, Tinfant don Sébastien^ le comte de Spaur et un nombreux et brillant état-major. Les deux frégates se mirent en marche. Elles contenaient en outre uo bataillon du i" régiment des grenadiers de la garde et un bataillon du 9* régiment de ligne. C'étaient de ces excellentes troupes qui avaient vaincu Tinsurrection, et dont les républicains de rilalie avaient, dans leur folle jactance, repoussé la précieuse coopération.

C'était un spectacle à la fois consolant et splendide, que celui de ce roi chrétien, quittant sa capitale, accourant avec ses soldats fidèl4»s au-devant de la papauté fugitive.

Rien n'est délicat comme de louanger une tête couronnée. L'historien catholique doit être aussi sévère, et peut-être plus encore, pour les rois que pour les autres personnages et pour les peuples, car leurs devoirs sont en raison de leurs droits. Mais il faut aussi leur rendre justice. Libre de tout engagement mercenaire avec les partis, toute plume indépendante des factions ne pourra faire autrement que de glorifier le roi de Naples en cette solennelle occasion.

Pendant que la flottille royale fendait les flots de la mer, le gouverneur de Gaèle avait de nouveaux sujets d'intrigue. On vint lui apprendre que le navire de guerre français le Ténare venait d'arriver tout à coup, et avait débarqué plusieurs personnes, avec de nombreux bagages. Les bagages, c*étaient les malles de Sa Sainteté, que M. de Sessia, neveu de M. de Lamartine et attaché à l'ambassade de Francis, avait lui-même transportées à Qvita-Vecchia ; les voyageurs, c'étaient le duc d'Harcourt, M^ Stella, et Francesco, valet de chambre dii souverain Pontife.

Le général Gross, de plus en plus intrigué, ne savait compaent pénétrer tous ces mystères» lorsque, pour comble d«

complications, Tun de ses aides-de-camp vint lui annoncer qu'une frégate napolitaine était en vue.

— «Cest extraordinaire! s*écria le gouverneur; je n'ai reçu aucun avis a ce sujet! »

Mais son étonnement fut bien plus grand encore lorsqu'on lui annonça qu'un second vapeur, portant le pavillon royal, s'approchait de la rade. Il fut revêtir à la hâte son uniforme.

Le roi ne tarda pas à paraître.

— € Général, lui dit-il avec émotion, où est Sa Sainteté?

— <x Mais, Sire^ Sa Sainteté est à Rome, répondit le gouverneur.

— € Comment, général, le Pape est à Gaëte depuis vingtquatre heures, et vous l'ignorez ! p s'écria le roi.

Le fait est que le brave gouverneur mystifié, n'avait guère pu faire autrement. Tout s'expliqua par la présence du cardinal Antonelli et du duc d'Harcourt, qui arrivèrent en ce moment.

Le Saint-Père se rendit incognito au palais du gouverneur, cil le roi l'attendait respectueusement avec sa famille et sa suite. Ils se jetèrent tous aux pieds du représentant de Dieu sur la terre, qui les bénit du fond de son âme.

Le Pape reçut à sa table ce jour-là Leurs Majestés ; le cardinal Antonelli fit les honneurs de la sienne aux ambassadeurs et à cette pieuse comtesse qui avait fait preuve de tant de dé^ vouement et de tant d'intelligence. Le capitaine Poultier et ses officiers eurent le même honneur.

Le soir, le Pape parut au balcon du palais; il bénit de ses mains vénérables les équipages des frégates et le peuple de Gaëte, qui, sachant enfin qu'il avait le bonheur de posséder le saint Pontife, protestait contre la conduite des Romains par ses acclamations de tendresse et de respect.

En dehors même de la question religieuse, au point de vue seulement humain et politique, la cause du Pape devait exciter la sympathie universelle, car c'était la cause de l'ordre

européen. Aussi son malheur fut-il par tous honoré» excepté par les révolutionnaires. II ne fut pas délaissé ; l'abandon fut la seule chose qui manqua à son infortune.

Plus heureux que d'autres exilés, le Saint-Père ne rencontra pas sur la terre étrangère l'injustice, la persécution, la calomnie; il ne fut point atteint par la misère, cette maladie des classes humbles, que sa grande âme savait si bien soulager : ses jeûnes furent volontaires. Le pauvre écrivain de ces lignes, proscrit aussi, proscrit pour sa foi catholique et monarchique, errant, vagabond et pauvre, a connu, lui, ces affreuses dé* tresses

On eut pour Pie IX la vénération qu'il méritait; on s'appli^ qua à lui faire oublier l'ingratitude et la lâcheté de son peuple; on l'entoura de soins ; on le respecta comme ce qu'il y a de plus saint sur la terre, comme ce qu'il y a de meilleur. C'était justice.

Ne représentait-il pas le principe le plus élevé de l'ordre moral?».» En lui s'incarnait le principe de la foi, toute la grandeur, toute l'indépendance, toute la virilité du christianisme.

Pour lui, il demeurait calme et majestueux dans l'infortune, héroïque et supérieur devant l'injustice. Plus nous avons conscience de la grandeur de Dieu, et moins nous sommes troublés par la petitesse et la cruauté des hommes.

Pendant que ces choses se passaient, Rome était plongée dans la stupeur. La nouvelle du départ de Pie IX avait décourage un grand nombre des auxiliaires de l'anarchie. Dans le premier moment, ils éprouvèrent un ahurissement complet, un désarroi général. Ils ne savaient plus où ils en étaient, ces bourgeois qui avaient tant outragé la soutane. Ils n'^avaient pas le courage de supporter les conséquences de leur complicité avec la révolution. Ils auraient bien voulu reculer, mais ils ne l'osèrent pas : les bourreaux devaient être victimes à leur tour. Leurs yeux fixes, leur air abruti ne pouvaient les

sauver de la siludûoo qu'ils s'étaient faite. D*ua autre coté» le ministère qui pesait sur la bourgeoisie par la peur des sociétés secrèteSyla sachant sans principes, disposée toujours à accepter les faits accomplis, cherchait à cacher son dépit et à parer de son mieux ce coup formidable. L'un des dévoués serviteurs de la Papauté lui en fournit le moyen.

Le marquis Sachetti, maître du palais, avait reçu de la part de Sa Sainteté la lettre autographe suivante, avec ordre de la communiquer à Joseph Galetti :

a Marquis Sachetti, nous vous prions de prévenir le ministre Galetti de notre départ, le chargeant, ainsi que ses collègues du ministère, de faire respecter les personnes qui nous étaient attachées, car elles ont complètement ignoré notre intention. Nous vous recommandons de tâcher de maintenir Tordre et la paix dans la ville.

€ 24 novembre 1848.

« Pas, P. P. IX. »

Le marquis Sachetti se rendit auprès de Galetti. Ce renie- Dieu connaissait déjà Tévasion du Saint-Père ; ses traits étaient bwleversés, son nez plus mince» ses narines plus échancrées, «es yeux plus enfoncés, ses lèvres plus livides et plus étroites, son teint plus jaune que d'habitude. Mais quand il eut pris connaissance de la lettre de Sa Sainteté, sa figure devint radieuse. U espéra a'en couvrir comme d'une égide contre les coups de ses rivaux. Il s'en empara, et, malgré les protestations du marquis Sachetti, qui n'avait ordre que de la communiqutr, il refusa républicainement de la lui rendre. Le jour même, il la fit afficher dans toute la ville, en la faisant précé* der des lignes suivantes :

< Romains !

€ Je crois de mon dooir de |)orler à voire connaissance une

iettre de Sa Sftialeté> adressée au luarquis Gerolamo Sadi«ttit et que œhii^ci m'a eommuniquée. »

Cette publication avait pour but, dans Tesprît de Galettt» de 86 &ire coosidérer comme délégué do souverain Pontife, n voulait &ire croire au peuple des États pontificaux qu'3 n'agissait que du consentement et d'après les ordres du souve^ rain. C'était toujours la même comédie. Cette perfidie fut eom^ plétée par le Cerde popidcdrê, auquel Galetti montra l'original de la lettre de Pie IX, et qui fit placarder la proclamation suivante:

c Romains !

c Le Pontife est parti en confirmant le nouveau minùiire et m lui recommandant de conserver l'ordre et de protéger la pro«jNriété de toutes les classes et conditions.

€ Le ministère I régulièrement constitué, ne reculera pas devant la tache qu'il a entreprise ; il a la ferme confiance que le peuple romain y qui a pardonné si généreusement à ceux qui vou" laient Ventrainer dans la guerre civile, saura éviter tout ce qui pourrait causer du désordre.

« Que toutes les autorités civiles» militaires et législatives réunissent donc leurs efforts pour prouver à nos ennemis que Rome a su conserver l'ordre et la tranquillité la plus profonde au milieu de si grands événements.

« Vivent -l'Italie, le ministère démocratique et l'union !

« Le Directeur : PounoRi. »

Autant de mots, autant d'impostures. Le Saint-Père n'avait nullement confirmé le ministère démocratique, et ce ministère n'était pas régulièrement constitué. Quant au pardon du peuple romain pour les fauteurs de la guerre civile, c'était une impudence sans exemple. Ce n'étaient pas les défenseurs de la Papauté qui avaient levé le drapeau de la guerre eiv&,

c'étaient les révolutionnaires , et il est superflu d*appuyer sur ce point. Ces hommes sont plus à craindre par leurs faussetés que les serpents par leurs dents envenimées.

Mais si les révolutionnaires, maîtres de Rome^ purent, grâce à la lettre de Pie EX au marquis Sachetti, donner un moment le change aux populations^ la protestation du Saint- Père, ar« rivée de Gaête, que nous lui avons vu dictera M. LiébeU ne put plus laisser le moindre doute dans les esprits. Les bourgeois en furent abasourdis, stupéfiés, comme au bruit de la foudre éclatante un poltron qui blasphème. Mais que devien* nent les devoirs et les vertus devant les passions des hommes quand les devoirs et les vertus leur font obstacle? C'est ainsi qu'on trompe un ami qu'on aime, qu'on se révolte contre un prince qu'on estime, pour lequel on eût donné tout son sang. Il n'est pas de travestissement que l'intérêt des passions n'endosse, pas de comédies qu'il ne joue, pas de prestiges qu'il n'évoque. Il est ingénieux, cauteleux, subtil ; il ruse et finasse ; il se résigne à la honte, au mensonge, aux détours. Or, de toutes les mauvaises passions dont le déchaînement dégrade l'homme, la passion démocratique, qui les résume toutes, est la plus terrible, et les Romains en étaient atteints. Les désordres, les violences et les crimes qui venaient de se passer sous leurs yeux les avaient abruUs de peur, et ils n'osaient dire hautement les impressions qu'ils ressentaient. Ils souffrirent en silence, n'osant se lever pour combattre l'oppression des ariarchistes. Us se contentèrent de gémir entre eux, à hyis clos, tout bas, sans être entendus. Rome était par terre, humiliée, brisée, captive. Le plus grand malheur qui puisse frapper une nation, c'est le manque de courage pour s'affranchir du joug des révolutionnaires.

La protestation de Pie IX était arrivée à Rome le 7 décembre ; le minisière démocratique essaya de l'étouffer, de la tenir secrète; car il sentait bien qu'elle le frappait dans sa base, et que toutes ses ruses se trouvaient dévoilées. U n'était plus pus-

sibic de se dire délégué par le Saint-Père, de déclarer qu'on marchait d'accord avec lui. Les révolutionnaires poussèrent cette fois encore la mauvaise foi jusqu'à une effronterie qui tenait de rimbécillité.

Dans le cœur du ministère grandissaient les passions les plus furibondes, et dans son esprit prenaient naissance les projets les plus insensés, parmi lesquels celui de révoquer en doute la proclamation du Saint-Père. Ne pouvant, malgré ses efforts, empêcher la circulation de cet acte important, le ministère chercha à le faire passer pour apocryphe. C'était puéril, en vérité. En même temps, ii s'efforça de discuter sa valeur constitutionnelle. C'était là le seul moyen trouvé par le ministère et le Cercle Populaire pour combattre l'effet produit par la majestueuse parole du Pontife. Un autre moyen, qui tranchait tout, avait bien été proposé, c'était de proclamer la république et la dictature, d'instituer un comité de salut public, de déclarer la patrie en danger, d'ouvrir les prisons aux coupables et d'y enfermer les honnêtes gens. Cette contrefaçon de la terreur française était du goût des radicaux, mais l'exécution en fut ajournée pour un autre moment. D'accord wr h principe, les démocrates se divisèrent quant à l'opportunité de 1 application. La majorité décida qu'il était trop tôt. Alors on se contenta d'adresser au peuple romain cette contreprotestation :

c Un écrit a été publié et signé, dit'^an, par le souverain Pontife à Gaëte, le 27 novembre, contenant une protestation de nullité relativement aux actes de son gouvernement et nommant une commission administrative, dont quelques membres se sont déjà Soignés du pays.

€ Cet écrit a éveillé l'attention des députés chargés de pourvoir à la protection Àes droits constitutionnels et de l'ordre publie.

a Dans ce but, la Chambre a adopté, dans la séance publique de la nuit dernière, les résolutions suivantes *

« 1* La Chambre des Députés, reconnaissant que Taete signé) dit-on, par le souverain Pontife n'a aucun caractère d*ûu* ihênticilé ni de publicité régulière, et que, même dans le cas contraire, n'ayant aucun des caractères constitutionnels auxquels le souverain est soumis, ainsi que la nation, on ne pourrait l'exécuter ; et la Chambre, devant d'ailleurs obéir k la nécessité d'avoir un gouvernement, déclare que les ministres actuels devront continuer d'exercer leurs fcHietions jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné;

c 2^ Une députation de la Chambre sera iannédiatement envoyée auprès de Sa Sainteté pour Finviter à revenir à Rome;

a 3* La Chambre haute sera invitée à faire une déclaration «oalogue, et à joindre quelques-uns de ses membres à la d^ putation qui sera envoyée à Sa Sainteté; .

a Â-^ Une proclamation sera adressée aux peuples de Rome et des États pontificaux pour les informer des mesures prises par la Chambre des Députés, et une antre aux gardes civiques pour les inviter à proléger l'ordre public»

« La Chambre des Députés, en publiant les résolutions qu'elle a cru devoir prendre dans l'intérêt général, au milieu de circonstances si graves, espère avec confiance que tes peur pies conserveront cette altitude ferme, vêrmeuse et calme pnr laquelle ils ont démenti jusqu'à présent les cabmnies, brisé les armes de la haine et bien mérité de la patrie, etc. »

Cette Chambre des Députés, composée en grande majorité d'usurpateurs et de factieux, avait manqué à tous ses devoirs. Comme hommes politiques et comme dir^ens, ils avûeat trahi leur souverain et Dieu. Leur impudence n'étftit*eUo pas inouïe? Quoi ! ils trouvent la conduite du peujde calmer ver^ tueuse et ferme! Est-ce au 16 novembre ou bien Iws de l'assa»» sinat de M. Rossi? Les hommes déchus qui tenaient ce langage hypocrite flattaient la canaille par peur et pour pouvoir la dominer. Jamais assemblée, en réablé, ne fut plus cynique

et plus viie» comme jamais peuple ne s'était montré plus dégradé, car ceux-là qui avaient subi lâchement l'apothéose de I^assassinat de M. Rossi, ceux qui avaient laissé attaquer Pie IX à main armée, étaient aussi coupables que les auteurs mêmes de ces crimes.

La mauvaise foi la plus évidente, la plus ignominieuse éclate à chaque ligne de ce manifeste radical. Les députés osent parler ainsi de la protestation du Saint«Père r « L'acte signé dit*an. » Ce Dit-on est le née plus ultra de l'effronterie. Ils nient l'authenticité d'un document qui est leur condamnation, alors qu'ils savent parfaitement qu'il émane de la main véné^ rable de Pie IX. Et quelle est cette misérable argutie de lé* giste démagogue à propos de la ptMtcité réguliers ? Est*ce que Sa Sainteté, absente de Rome qu'on Ta forcée de quitter, peut procéder à une publicité régulière? Il sied bien k ces rebelles d'afficher des scrupules constitutionnels, eux qui ont violé leu^ serment, usurpé l'autorité du souverain, avec la complicité des bandits des tapis francs !

Ils sentaient néanmoins ce que leur situation avait de dé* gradant; entre eux, ils ne se faisaient aucune illusion à ce sujet. Le ministère, les chambres et le Cercle Populaire nommèrent plusieurs délégués chargés d'aller prier Pie IX de re* venir se livrer à ses ennemis ; c^étaient : le sénateur prince Corsini, qu'il est triste de voir mêlé à toutes ces infamies; l'abbé Nizi, député ; Fusconi, vice-président du conseil des députés, et deux membres du haut^-conseil, IMeri et Arrighi. Il était impossible que les députés de la révolution fussent reçus par le souverain Pontife. Comme ils se présentaient â la frontière napolitaine, un inspecteur de police, qui y avait été envoyé tout exprès, leur enjoignit Tordre de ne point pénétrer dans le royaume. Ils en parurent surpris, absolument comme s'ils n'auraient pas dû s'y attendre. Le cardinal Antonelli venait d'être nommé pro-secrétaire d'État par Sa Sainteté; c'est â lui qu'ils écrivirent pour lui faire part de la mission qu'ils

avaient acceptée des éiueutiers. La réponse du cardinal Antcw nelli ne se fit pas attendre; elle fut digne comme il convenait. Elle portait que, par le ^noiu proprio du 27 novembre, Sa Sainteté avait manifesté suffisamment les motifs de son départ de Rome ; que ces motifs existant toujours, le Saint*Père persistait dans ses intentions, et ne pouvait, par conséquent, recevoir les députés d'un pouvoir qu'U ne reconnadssail point ei qui n'avait aucune autorité.

 cette réponse, le parti ultra-démocratique ne se sentit pas de fureur. Gomme le docteur Pantaleoni, homme modéré, mais faible , proposait qu'une commission de cinq membres fut nommée, en attendant que le souverain Pontife put rentrer à Rome , Canino demanda un gouvernement provisoire, afin de procéder à la déchéance de Pie IX et à la proclamation de la République. Cette motion sacrilège était appuyée par le Cercle Populaire, qui, dans une adresse à la chambre des députés, l'engageait à nommer elle-même des dictateurs » pour remplacer le souverain Pontife : -:- « Vous êtes le pouvoir constitué et légal de la nation, disait cette adresse; vous avez le mandat du peuple, et vous ne pouvez ni ne devez abandonner ses destinées. Si la réponse négative du prince à notre adresse pouvait ébranler l'existence du pouvoir exécutif, il vous ap-» partiendrait, attendu qu'aucun pays ne peut subsister sans gouvernement, de confier immédiatement des pouvoirs extraor* dinaires à des hommes honnêtes, généreux, expérimentés, capables de se mettre à la hauteur des circonstances. Ce serait chose urgente. »

Une fois sur la pente de l'usurpation, les rebelles ne s'arrêtent plus; pris de vertige, ils roulent vers l'abime, emportés par l'impitoyable logique de leurs fautes. Le ministère, le haut-conseil et la chambre des députés nommèrent, le 11 décembre, une junte d'État gouvernementale, afin^ dirent-ils, de remplacer le troisième pouvoir. Cette junte ne devait rien faire que servir de jouet aux passions démagogiques ; l'un des per^^

sonnages désignés pour en faire partie, le sénateur Zucchinii dévoué à la papauté , repoussa avee mépris cette complicité. 1/s députés avaient voterons la pression de la peur, sous la menace des poignards. Ces malheureux commençaient à s'a** percevoir que le meurtre de M. Rossi , Témeute du 16 novembre, tous ces crimes et tous ces désordres qui avaient forcé le Saint-Père à s'éloigner, ne les avaient nullement sauvés , eomme on l'avait dit, mais les avaient jetés, eux et la patrie, ms le farouche despotisme des républicains. Ils votaient pu- Miquement, mais leurs votes leur étaient dictés, sous peine de raort, par les membres des sociétés secrètes, qui, le fer à la main, suivaient les discussions avec une attention farouche. Les chambres, le ministère, toutes les autorités étaient courfiées sous la tyrannie des sinistres tribuns de la rue et de leurs acolytes, qui suspendaient sur leurs têtes coupables des menaces de mort* Ils avaient, de plus, en perspective, la Répu- Mique, qu'ils étaient prêts à acclamer par peur, à proclamer en la détestant.

Rome était ainsi plongée dans l'anarchie ; depuis le départ de Pie IX, le désordre allait chaque jour en croissant, et les crimes se multipliaient dans une proportion effrayante. Les â.'^soriatîons clandestines, les sociétés dites secrètes étaient devenues publiques; les conjurés ne prenaient plus la peine de se cacher; ils tenaient publiquement leurs conciliabules dans l^s cercles et dans les clubs , et faisaient trembler la cité. A toute heure, c'étaient des outrages à la propriété, des meurtres, des désordres sans nom, et les députés étaient contraints de voter des adresses aux brigands maîtres de la rue^ dans lesquelles ils les félicitaient de leur altitude ferme , vertueuse ei ^^me! Leur supplice commençait; le châtiment qu'ils avaient provoqué appesantissait sur eux sa lourde main de fer ; le sang ie M. Rosst leur montait à la gorge et les étouffait.

I^es honnêtes gens abandonnaient la ville maudite sous des léguisenients; les étrangers parlaient, à l'exception des juift

qui fuetlnieût les objets volés dans 1^5^ lomples et chez les |)er8onndgcs de ia h^ute société; à l'exceplion aussi des Anglais hérétiques qui, à Tombre de leur pavillon naltonni, coii«> templaient les humiliations du chriFtianisme avec une joie de damnés.

Quelques démissions éclatantes vinrent augmenter l'embar^ ras des usurpateurs ; parmi elles», il y avait celles des dépu^tés de Bologne: Marco Minghetti, Carlo Bevilacqua, AnnibaJ Banzi, Giorannardi et Pizzoli. Le général Zucchi avait également refusé de s'associer aux usurpateurs. D'un autre côté, les provinces ne semblaient pas accepter avec sympathie le joug des autorités démocratiques. Bologne et les légations murmuraient. Plusieurs citoyens appelaient de leurs vœu^ rintervcntion de l'Europe catholique qui, ils le sentaient hieUf ne tolérerait pas longtemps cette situation; plusieurs aussi ré-pandaient le bruit d'une prochaine réaction en faveur de l'excellent Pie IX.

Le courage déployé par les membres de la commission du gouvernement nomnoéepar le Saint-Père^ à Gaëte , donnait de la consistance à ces bruits, et rendait l'espérance aux opprimés. Dès que le eardinalCastracane, monseigneur Eoberti, le prince Barberini» et les autres personnages désignés se trouvant [à Rome , eurent reçu leur nomination, ils écrivirent im* médiatement au souverain Pontife pour le remercier d'avoir compté sur leur dévouement, et ils déclarèrent publiquement qu'ils acceptaient ce périlleux mandat. Cette commission ne put matériellement rien faire pour le salut de Rome , mais elle fut une courageuse et vivante protestation contre les usur* pateurs et contre leurs actes. Elle ne laissa pas échapper une seule oceasion d'élever sa voix, importune aux traîtres, en faveur du droit violé, contre les violences de la force. C'est ainsi qu'elle publia, malgré les menaces des factieux, l'ordonnance suivante que le souverain Pontife avait envoyée au cardinal Castracane :

c Ayant égard à la gravité des eiroonstarices pré«enies, et vu Tarticle XIV d« statut fondamental, nous prorogeons la smion a<;liieUedu baat-coDseil et du eonseil des députés» no4is résenkût dedéteraûner plus tard^ le jour de leur nouvelle con* vocatiofi, et nous ordonnons au cardinal Castracane» procu* reur de la commission par nous instituée le 27 novembre dernier, de feire connaître aux deu}Lconseilâ cette décision soulefaine.

€ Donné a Gaëte, le 7 décembre 1848. »

< Pius. P. P. IX. »

Ainsi Ja papauté» qui» dans son éternelle justice, avait» en dau/res temps^ résisté aux violences et aux iniquités de cer- Uias souverains puissants» résistait également à celles de la révolution. Tant il est vrai que rien ne peut faire pencher du mauvais côté la balance qu'elle tient dans sa main sûre et loyale. U forée ae peut rien coatre son infaillible justice» et c'est ià 1 e!m)el espoir, rétemelle et suprême consolation des

Le gouvernement usurpateur se livrait à de minutieuses in- ^lig^ons pour savoir comment les actes émanés du souve* ï^io Pontife parvenaieilt de Gaête à la commission nommée f^ lai» et ae trouvaient imprimés» distribués» affichés» comme par endiantement, dans toute 1^ ville. Les recherches furent ÎQutiies, et il demeura dans cette ignorance» aucun traître ne s étant trouvé parmi les serviteurs mystérieux de la papauté (Kmr loi dénoncer ee dévouement. Voici ce qui en était. Quelques personnes» restées fidèles à la papauté, s'étaient installées dans une cave de la rue des Boutiques obscures, et là, composaiimt et tiraient à un irès-grand nombre d'exemplaires, les proelaroatiens et les déaets pontificaux. Parmi ces serviteurs (tmrageuY, se trouvait ub certain Vincent Lumaca» deGen^ ano. Au physique, c'était un homme d'une quarantaine d'an*

nées, petit, brun, à rœil perçant, à la physionomie intelligente et résolue. Au moral, il avait dans Tâme ces beaux instincts qui dorment dans le peuple comme les perles au fond de la mer. Il était de la brave espèce des gens dévoués. Soldat dans sa jeunesse, puis frère dans un couvent de moines, ce chrétien s'était fait ensuite l'avocat des pauvres gens. Il plaidait de petits procès, n'acceptant que les causes qui paraissaient justes à^sa conscience, répudiant inflexiblement celles de ceux qui avaient tort. En ceci^ aussi honnête que l'était peu l'avocat Armellini que nous verrons plus tard en scène, il était placé à Tautre )jout de l'échelle sociale ; mais plus heureux que le riche avocat des juifs, il s'endormait chaque soir du sommeil des consciences sans trouble, après avoir élevé son âme à Dieu. Il ne se plaignait pas de son sort; il vivait dans une médiocrité honorable qui suffisait à la médiocrité de ses goûts et à une vie consacrée à la prière, à l'étude et aux bonnes œuvres. La religion, la pratique de la fraternité catholique, la seule sincère, la seule vraie, envers ses semblables, c'était ce qui charmait son présent et lui dorait l'avenir. Vincent Lumaea avait suivi toutes les intrigues de la révolution avec une douloureuse tristesse, désolé d'être impuissant à sauver la papauté dont il prévoyait les souilrances. Lorsque éclata Tinsurrection du 16 novembre, il se rendit sur la place du Quirinal et eut le courage insigne, quand tant de princes romains se cachaient honteusement, d'interpeller vivement la foule ameutée :

— « Les lâches ! s'écriait-il avec une sainte indignation ; les lâches ! qui vont avec des canons combattre soixante-dix hommes! Cent contre un! et ils se disent les descendants des Romains ! Oh ! si parmi la masse inerte qui regarde faire, il se trouvait cent hommes comme moi ! »

Ne pouvant combattre pour la cause du pape, il avait juré de la servir de toutes ses forces, à toute heure, au milieu des périls les plus éminents, des fatigues les plus dures. Il tint loyalement parole. H se mit à la disposition du Souverain

Pontife et de la commission qu'il avait nommée, et fut leur messager, leur courrier, leur confident, leur soldat* Il partait de Rome pour Gaëte et de Gaëte pour Rome, tantôt par une route, tantôt par une autre, et déguisé de toutes sortes de manières, aujourd'hui à cheval, demain en voiture, une autre fois à pied. Il déploya, dans ces missions délicates, autant d*esprit que de courage; il fut aussi ingénieux qu'infatigable» aussi prudent que dévoué. Quand il rapportait à Rome les dé* crets, ordonnances ou proclamations, il aidait ses amis à les imprimer, et allait, la nuit, les afficher sur les murs. Il échappait habilement à la police des factieux, qui redoublait cependant de vigilance pour saisir le mystérieux afficheur.

n lui arrivait, pour mieux la tromper, de se travestir, même en carabinier, et jamais ce précieux auxiliaire de la commission ne se laissa surprendre, ni dans les rues de Rome, ni dans ses périlleux voyage à Gaëte.

Cette prompte et éclatante publicité donnée à tous les actes émanés du Saint-Père rendait ridicule et insoutenable la position des usurpateurs. Us ne pouvaient se dissimuler leur impuissance radicale ; aussi faisaient-ils des efforts désespérés pour engager le Saint-Père à revenir à Rome. Mais comme ces efforts étaient pleins de ruses et n'étaient accompagnés d'aucune marque de repentir ; comme c'était un piège grossier, il était convenable que le souverain Pontife restât dans la situation qu'on lui avait faite. C'était son devoir, et il l'avait com- , pris à merveille.

A bout d'expédients, les usurpateurs prièrent M. le marquis Sachetti, intendant général des palais pontificaux, d'être leur intermédiaire auprès du Saint^Père, et de partir pour Gaëte, afin d'obtenir de Sa Sainteté qu'elle vint se remettre entre leurs mains. C'était, disaient-ils, pour le mlut de Rame et ie VliaUe. Pie IX avait compris tout autrement qu'eux le salut de la patrie ; le marquis Sachetti ne leur cacha pas qu'il était convaincu que sa démarche serait aussi inutile que les préoé« T. 1. 23

éentM; il partit néanmoins, et leur rapporta une copie de Tordonnance qu'on vient de lire, plus une eopie du mofti prafrio, par lequel Pie IX avait dénoneé à l'Europe la conduite des révolutionnaires et frappé de nullité tous leurs actes. Ce fut là la seule réponse qu'ils obtinrent. Elle était équitable et digne. Rome devait demeurer livrée aux horreurs de l'anarchie jusqu'à ce qu'elle se fût soumise, comme c'était son devoir et son intérêt moral et matériel. Si le peuple avait eu alors quelque énergie, si les révolutionnaires avaient eu une seule étincelle de ce feu patriotique dont ils faisaient si bruyamment parade, que de maux, que d'humiliations, que de misères eussent été conjurés! Etait-il donc si difficile d'implorer le pardon du généreux Pontife, pardon que son cœur paternel eut été heureux d'accorder, de désavouer un passé lamentable et de revenir à ces sentiments de respect, d'obéissance, de tendresse, de confiance, dont on avait fait tant de bruit et dont la sincérité pouvait seule sauver Rome et l'Italie?... Hélas! l'orgueil et la méchanceté empêchèrent qu'il en fût ainsi.

Les usurpateurs formaient les yeux à la lumière pour ne pas voir le précipice vers lequel ils couraient éperdus. Ils w sentaient infimes et ridicules, ils se sentaient petits; et cependant, an lieu de revenir sur leurs pas, ils continuèrent leur course infernale. Ils ressemblaient à un équipage qui, après s'être révolté et avoir tné ses ottîciers, se voyant incapable de conduire le vaisseau, au lieu d'appeler un pilote quand il en esl temps encore, persiste dans son crime, et par entêtement et orgueil, trouve la mort au milieu des écueils.

Les révoltés avaient le sentiment de leur impuissance, et leur fureur s'en augmentait. Ils résohu'ent de préparer l'avénementde laRépuhliquopar In convocation d'une Conslituut\le, ou plutôt d'une Convention ; car il élait écrit que ces tristes et serviles copistes ne feraient que parodier de la façon la plus grotesque les républicains de France, honte et fléau de leur patrie, épouvante du genre humain.

AuK démocràteft itaKent réunis à Romt, ded auxifiaipos itaient arrÎYés de Paris pour proclamer la hideuse république éêfiB h ville éternelle; conspirateurs de tous pays, rugissant le blasphème, hyènes avides de proies ; car il faut oser dire le aom qui leur convient : Nomina mni cùnseqmnJiia rerum.

Un grand nombre de ces bandits s'étaient trouvéa, le 27 et le ^ mars 1648, sur la place de rSôtel-de-YilIe, à Paris. Mszsini était à leur tète, portant un étendard sur lequel étMt écrit : — CM des réfugiée italiens.

D'antres clubs, également composés d'étrangers de tous pajs, les accompagnaient. Ces bandes féroces^ avides de carnage, altérées de sang, furent reçues avec des embrassements démocratiques par un membre du Gouvernement provisoire, le cit^en Flocon, du café Saint-Agnès, qui leur distribua, dans la même journée^ la somme ronde de soixante mille francs. Le (m est positif : dans Texamen des étranges comptes du Gouvernement provisoire y le citoyen Flocon, interpellé sur l'emploi de cette somme et prié de déclarer à qui il l'avait remise, répondit que ne pouvant livrer à la publicité les noms des étrangers auxquels il avait donné cet argent, il fallait purement et simplement s'en rapporter à sa parole. D'ailleurs, les documents irrécusables que la liberté illimitée de la presse de cette époque nous a laissés, attestent d'une manière irréfragable que le fait s'est ainsi passé, très-certainement du consentement des membres du Gouvernement provisoire, qui en demeurent responsables devant l'histoire. Mais que leur importe unepec* cadille é% plus ou de moins i*.,

Mazzini partit de suite et dirigea ses complices sur Tltaiie, les uns par Marseille, pour la Toscane et la Romagne, les autres par la Savoie, pour entrer en Piémont. Le même jour où il quittait Paris, le Gouvernement provisoire (assez couard pour ne pas oser travailler au grand jour et briser ouvertement ces traités de 1815 contre lesquels ses membres avaient tant crié, qui pendant quinze ans, qui pendant trente ans), envoya comme ambassadeur à Turin le citoyen Bixio, libraire» républicain de la veille, ami, à la fois, et du marchand de livres Pagnerre et de Monsieur Decazes, et à Florence le ciun/en Adrien Benoit, dit Benoit-Champy.

Or, il advint que, dès l'époque où ces personnages furent

arrivés dans ces pays, par une coïncidence étrange, la révolu-

. tion y prit un développement à chaque heure plus scandaleux :

Charles*Albert fut accablé d'embarras et abreuvé de douleurs,

et le grand-duc de Toscane obligé de quitter ses Etats.

La franc-maçonnerie, jointe aux autres sociétés secrètes, précipitait déjà l'Italie dans le gouffre où elle devait tomber.

A ce propos, un des chefs de la franc-maçonnerie, le ciloygn Clavel, avait été emmené à Turin par le citoyen Bixio en qua-* lité de secrétaire d'ambassade. Eh bien ! si puissante est en* core la franc-maçonnerie, qu'à cette heure le citoyen Clavel a conservé son poste, quand tous ceux qui ont été, comme lui, nommés par la révolution, ont perdu le leur.

Il faut dévoiler tous ceux qui, de près où de loin, tiennent à la grande conspiration organisée contre le catholicisme et la

civitiâatioD. 11 faut dire le nom de ces liommes sans liomieur et sans frein ; il faut dire aux peuples les noms de ces conjurés funestes, pour qu'ils s'en préservent, comme aux navigateurs on dit le nom des écueils pour qu'ils les évitent.

Nous plaignons ces méchants ; c'est le vice et le crime que nous exécrons en eux, ce n'est pas leur personne. Mais notre devoir est de les combattre à outrance, tant qu'ils sont debout, tant qu'ils n'ont pas désarmé. Au prêtre à chercher à les ramener, à panser leurs plaies, à tenter leur conversion; à nous, soldat, de flétrir leurs forfaits, d'opposer le fer au fer, le canon au poignard, la plume chrétienne à la plume athée. De là, la vigueur de nos allures, la sévérité de nos jugements, parfois la violence de notre indignation; c'est que, en pré« sence de certains crimes empreints d'une cruauté si atroce, nous ne pouvons toujours être maître de notre cœur soulevé par les saintes colères. C'est que, en présence de barbares forcenés qui égorgent sans pitié l'innocence et la vertu» nous nous disons qu'épargner les méchants, c'est désespérer les bons, c'est livrer lâchement aux méchants ceux que nous nous sommes donné mission de défendre.

Si donc ici l'énergie du mot a souvent servi Ténergie de notre pensée, si nous avons parfois appelé le vice par son nom, c'est que nous nous sentions emporté comme malgré nous par le sentiment d^humanité qui se révolte en présence des actes féroces, commis par les fils affamés de la démocratie, cette louve inassouvie.

Le conjuré y cet être malfaisant, est d'ailleurs un type à part dans l'humanité, et c'est fort heureux. Je veux parler du meneur des sociétés secrètes, non des malheureux, quelques instants entrâmes. Celui qui fait métier de conspirateur, pour lequel l'émeute est une profession, est un être carnassier. Il a Tinstinct de la proie comme les animaux malfaisants ; il a du tigre la griffe, du serpent l'enlacement, de la chouette la vue daps les ténèbres. Il n'a plus dç religion, il n a plus d'âme ; il

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ik*a pk» de patrie ; il est révolté de tous les pays où il y a autorité à renverser, le désordre à semer» le pillage à espérer, la vertu à hurmlier et à torturer, la religion à maariTriser àma Tauguste personne de ses ministres , un commandement à exercer sur une population surprise et violentée.

Le conjuré est Tennemi de cette société chrétienne dont u dégradation est le tléau et la honte» dont son opprobre lui a ravi Testîme.

' Le conjuré semble un outrage de la nature à elleHnèoie, comme pour s*insulter dans le déshonneur de ce qu'elle « produit de plus grand : Thomme.

Son âme est un égout où croupit Tenvio» cet ignoble m<h bile des révolutions.

Yoilà ce type sombre et dégradé» voilà ce modèle sur lequcd s'étaient façonnés ces brigands venus de Paris» de Suisse» d» Londres et d'Italie» pour imposer la République aux Ramaios et s'emparer de la ville éternelle.

Nous les verrons bientôt à l'œuvre.

L'assassinat de M. Rossi et Tinsurrection du 16 novembre avaient provoqué le départ de Pie IX ; Tanarcfaie» qui suivit» conduisait tout droit dans le gouffre de la République. Des^tors» Rome marche dans le sang et la fange» à cette conséquence implacable» à cette funeste logique des révolutions.

Le mot ne fut pas d'abord prononcé. Mais si on n'avait point encore la République de nom» on l'avait déjà de fait Aprbi avoir persécuté Pie IX, après avoir percé ce plus saint et ce

plus grand daseooars» ta révolatton n'avait plus de scruptitoA à garder; d'ailkur», la République, avec sa terreur et sot^ eoeialîsme, c'est sa logique.

Pour procéder à Tentr'acte de la République qui devait donJ ner le bonbei^r et la liberté à tous les Romains, disait-on, les meneurs des dubs firent distribuer au peuple un petit papier annonçant que Ht amis avaient l'intention, le lendemain^ 18 décembre^ de se litrei* à une manifestation démocratique, ayant pour objet de provoquer de la part du ministère la oon* yecation à Rome d'une assemblée constituante. Les conjurée avaient l'intentûm d'attirer le peuple derrière eux, et de compter sa curiosité pour une adhésion. La nuts^ inerte, comme disait tvès-bien l'intrépide Lumaca , sert ainsi de compère à tous les révolutionnaires dans leurs démonstrations; Quelques meneurs donnent rendez-vous à des niais, à des dupeSi dont les passants curieux grossissent le cortège; et ils en imposent ainsi aux autorités, et leur arrachent des con« cessions sous le prétexte que tous les gens qui sont là sont de leur opinion. Bien peu cependant répondraient affirmativement si on ks consultait ; mais on s'en garde bien, et c la f<xrc0 uijmtée, » selon la cynique expression de Ledra-Rollin.

Il en ftit tout de même ce jour-là.

Dans cette foule, beaucoup ignoraient ce dont il s'agissait ; un grand nombre ne savaient même pas ce que c'était qu'une Ck>n« etitiiante, ce qui ne les empêchait pas tous de crier aussi fort qoo les patrioiêtj quand ce n'eût été que pour le plaisir de f^ir e du tapage. La place dû Peuple avait élé assignée comme lieu de réunion. C'était le soir, car la nuit est propice aux hommes de désordre, et puis cela permet une mise en scène plus frappante; il y a des torches, le bruit est plus retentissant et les citoyens paisibles plus alarmés. Augmentée de tous les gens friands de spectacle , la bande anarehique se rendit au Quirinal où le ministère l'attendait. Une députation lui fut envoyée pour exprimer aux Excellences de la démocratie le désir du

jMtfpItf souverain. Les ministres révolutionnaires ont pour éternelle tactique de promettre aux manifestations tout ce qu'elles leur demandent , fut-ce même les choses les plus insensées. Les ministres romains accueillirent avec tendresse les délégués et leur assurèrent que , dès le lendemain , ils feraient droit aux « justes désirs du peuple, » Ce peu de mots résume toute cette époque de folie. Les émeutiers, ravis de la réponse, crièrent : «t Vive le ministère démocratique ! Vive la Constituante! » et ils regagnèrent leurs bouges, caisses battantes. Les tambours qui faisaient cet office appartenaient au corps de carabiniers. Il y avait aussi, dans cette écume impure, plusieurs de ces douaniers qui , dans cette révolution, se distinguèrent par leurs violences démagogiques et allèrent, plus tard, assassiner plusieurs personnes, sur Tordre de Zambianci, de Mazzini et tutti quanti.

Le lendemain , dès le matin , les tambours de la garde nationale battent le rappel ; les portes se ferment; le palais de la chancellerie , où se réunissent les députés, est occupé par de forts détachements de la milice bourgeoise. L'enbrée même des tribunes est gardée militairement. Des patrouilles sillon* nent la ville en tous sens. Sur les murs , les groupes avides lisent deux proclamations : l'une du ministère, par laquelle il recommande le bon ordre, disant que le peuple a incontestablement le droit de faire des adresses, mais qu'il doit les présenter aux chambres et non au ministère ; l'autre affiche émane du Cercle Populaire , devenu bien réellement maître de la rue; on y lit :

« Romains!

c Toute démonstration est suspendue. Le Cercle Populaire national a déjà pris toutes les mesures dans le but de pourvoir au bien du pays» Une députation régulière se rendra au« )ourd'hui même auprès du ministère et des chambres , pour

qu-îl soit pris une prompte décision sur l'adresse formulée et unanimement approuvée à Forii, par les divers cercles de la Roroagne et des Marches.

« Romayosi Union et concorde! Le moment est solennel; donnons à Tltalie el à l'Europe entière un nouvel exemple de vertu cifoique. »

On n'est pas plus impudent. Cette emphase eût été goguenarde^ si elle n'eût été d'un orgueil suprême. Toutes les proclamations révolutionnaires se ressemblent; ce sont toujours ces lazzis démocratiques qu'on trouve dans tous les almanadis du parti rouge.

Le Cerde Papulaù^e qui dominait la situation, fit nommer Joseph Galetti membre de la junte gouvernementale en remplacernent dusénateur bolonais, démissionnaire. C'était B<maparte Canino qui avait été chargé d'appuyer cette candidature. La Chambre des Députés fit ce que commandait le Cercle, et les membres du Haut-Conseil, comme de serviles laquais, donnèrent leur adhésion à cette nomination. Enhardi par ce sueces, le Cercle Populaire réunit tous les présidents, vice-présidents, secrétaires et principaux orateurs des autres cercles et ctobs de Rome, pour délibérer sur les mesures à preadrepour profiter de la victoire que les modérés leur laissent remporter, et pour faire marcher rapidement la révolution. Les chefs de la démocratie, dans ce conciliabule, sont d'accord sur ce point : le but suprême est une République modale , mais il faut procéder progressivement ; n'a-t-on pas gagné déjà beaucoup de terrain de la sorte? L'autorité du Saint-3iége est détruite, ils le croient du moins; la religion est humiliée; la propriété a déjà reçu de profondes atteintes; quanta la famille, elle se désorganise pièce à pièce. On est loin déjà du temps où Ion se contentait d'une Constituante italienne^ d'une Assemblée fédérative, on peut ai^ourd'hui demander un Gouvernement provisoire et une Constituante romaine.

On s'arrêta à ces deux exigences pour le moment. Une

$Areme fut rédigée séance tenante, dans laquelle les clubisles demandaient aux chambres de choisir trois membres d'un Gouvernement provisoire, parmi les noms suivants : Galetli, Sturbinetti, Campello , Guiccioli, Galieno et Caregoata, chargés de convoquer de suite une Constituante. Les chefs déma** gogues ajoutaient que, si les Chambres ne se soumettaient pas à ces injonctions, les clubs atiserment. C'était la menace d'une insurrection. Ainsi, la Chambre, qui avah abondonné Pie IX, qui Tavait laissé assiéger par l'émeute, subissait à son tour le oième sort! Ces bourgeois s'étaient préparé des regrets cuisants, mais superflus. La garde civique « qui commençait à être #wt dégoûtée de tout ce désordre, leur restait ; mais elle était incapable d'aucune résistance intrépide, et Taudace des radi* eaux égalait sa faiblesse. D'ailleurs, par un tour de main ba« bile, les républicains escamotèrent son adhésion à leurs ma« nœuvres. Ce fut à l'occasion d'une convocation de la garde nationale , à propos des pirates étrangers qui infestaient la ville éternelle. Depuis que les radicaux dominaient à Rome la situation, l'écume démocratique de toute l'Europe y était accourue. Ces démocrates , semblables aux barbares dans une ville vouée au pillage, ces conspirateurs cosmopolites, dontplu^ sieurs échappés des bagnes de leur pays, Français, Polonais, Suisses , Allemands , Siciliens , Génois , avaient été envoyés par les sociétés secrètes de l'Europe, pour donner an coup de main aux frères de Rome.

Ces êtres impurs étaient de toutes les manifestations, de tous les vols, de tous les meurtres; pas une expédition cou» pable qui ne trouvât leurs poignards prêts à frapper, leurs bras prêts à agir. Livourne, l'un des quartiers-généraux des forbans de l'univers entier, avait envoyé sa part de brigands. Ces bandits, p^rmi lesquels Garibaldi recruta plus tard ses partisans, exerçaient déjà sur les Romains une oppression ab* jecte. Ou les rencontrait ivres, dans les rues, avec leurs compagneS) leurs associées, des harpies sans pudeur^ puant la

loxore et redu-de^vte. Ils insultaient les passants tranquilles, outrageaient les femmes honnêtes, maltraitaient et dépouilhmt souvent même les citoyens. Ces coupe^jarrets marchaient p bandes» déguenillés, coiffés de bonnets phrygiens, portant des armes apparentes. Il leur arrivait d'entrer dans les boutiques, de s'emparer, sans payer, de ce qui était à leur conve^ oanee, au nez du bourgeois désolé, bien heureux encore qu'o» ne le dévalisât pas complètement, et surtout qu'on voulût bien loi hisser la vie. Pourquoi aussi les bourgeois avaient-ils aban« donné Pie IX? Pourquoi avaient-ils applaudi au pillage du eouYent deGesb, à la lâche persécution contre les Pères Jésoites? Pourquoi avaient-ils laissé assassiner M. Rossî et sraffert h journée du 16 novembre ?«.. Il fallait bien que les démo* crates, socialistes pratiques, leur montrassent ce que c'est que b foUdariti égaHiàm et frcOemelU! Il fallait bien que la science ^^9derne et Vire nùuvdk^ qu'ils avaient bêtement acdankéea» s'affirmassent à leurs dépens ! C'était la peine du talion^ Avaientpjls droit de se plaindre? Ils avaient répudié eette reli» gioQ divine qui leur avait dit : — « Ne fais pas aux autres ee <p0 tu ne voudrais pas qu'il te fut fait I »

Ils se plaignaient néanmoins , et murmuraient contre la ty^ noaie féroce de ces impurs scélérats^ contre œs industriels de cour d'assises, bonnets verts devenus rouges. Les gardes iMionaux se réunirent donc sur la place des Saints^Apôbres, ^ de faire, à leur tour, leur manifestation. Ils demandaient ^ b étrangers suspects, qui commettaient des turpitudes et <i»erimes dans là ville, Aissent expulsés par mesui^e d'ordm* ^t de séeorîté publique. Mais parmi la garde nationale il y avait nn certain parti dévoué aux clubs. Ces conjurés, *«► ^^ que les officiers supérieurs demandaient aux gardes civl^ ?aes ce qu'ils voulaient et que ceux*ci répondaient . •**- < L'éloignement immédiat des perturbateurs , >» ces conjurés se fflii^ût à crier : -— c Nous voulons la proclamation de la Co»» ^titaante! >

Sterbini parut alors à un balcon, et fit un discours pour engager les soldats-citoyens à signer l'adresse que les meneurs faisaient circuler dans leurs rangs. La plupart des gardes civiques la signèrent par peur, quelques-uns refusèrent courageusement. Le général et plusieurs colonels donnèrent leur démission pour protester contre cette supercherie ; quelques grands seigneurs, tels que le prince Torlooia» le duc Gesarini, le prince de Yiano, le marquis Longhi, refusèrent de faire désormais partie de la garde nationale. Qu'importait aux républicains, ils avaient réussi, c'était tout.

Quant à la Chambre des Députés, elle n^intervint pas en cette occasion, possédée de la crainte des agitateurs^ dont chaque jour la farouche audace augmentait en raison de la faiblesse du parti de Tordre.

Cette Chambre donnait un triste échantillon des vices et des excès du parlementarisme, qui, sans cesse, tend à usurper l'autorité royale, l'autorité souveraine. Au surplus, seules, la populace des clubs et la partie ambitieuse de la bourgeoisie, avocats, poètes, journalistes, médecins, prenaient intérêt à ces discussions, à ces représentations théâtrales, dans les*quelles la prétention des mots cache la nullité des idées et l'absence de patriotisme et de sagesse. Les préoccupations parlementaires étaient loin d'être bien sérieuses dans les Ëtats Pontificaux ; c'est pourquoi, plus tard, lors de leur disparition, elles laissèrent une médiocre place et un regret mince. La vie parlementaire se trouvait à la surface du pays, elle n'avait pu pénétrer, et ne l'eût jamais pu, au cœur de la nation. Les masses, le peuple, ne s'intéressaient pas à ces luttes de tribune, à ces violentes discussions des publiques affaires. L'intérêt n'existait, en réalité, que pour une bande d'agitateurs et un petit nombre de bourgeois orgueilleux et égoïstes. Les préoccupations constitutionnelles se rencon- • traient dans ce cerde impur et restreint. La j^us grande partie de la population, le pays en un mot, dont les démagogues

usurpaient le nom, restait étranger au mouvement parlementaire. Ce fétichisme n'avait point séduit la masse de la nation, qui préfère, aux usurpateurs qui parlent, les souverains légitimes qui agissent, et la politique d'ordre, qui protège ses intérêts moraux et matériels et]leur donne la sécurité, à la politique démocratique, qui nous dégrade et nous ruine.

Rien donc n'eût été plus facile que de toutarrèter, quederefou- 1er dans son lit la vase socialiste qui montait à la surface de Rome. n suffisait de proposer le seul moyen de sauver le pays : la soumission au souverain Pontife, et de franches et sérieuses démarches pour qu'il voulût bien rentrer dans sa capitale. Mais ceux qui avaient usurpé le pouvoir ne l'entendaient pas ainsi : les uns étaient trop corrompus, trop ambitieux, trop orgueilleux et trop avides pour se soumettre ; les autres tremblaient devant les perturbateurs, les sacrilèges. Personne, ni dans la presse, ni à la tribune, n'osa prendre l'initiative de cette solution libératrice^ en dehors de laquelle tous les efforts seraient infructueux, et stériles toutes les mesures pour régulariser la situation, pour la rendre normale et s'opposer au torrent envahisseur du socialisme. On avait abusé contre le souverain Pontife des libertés qu'il avait si généreusement octroyées dans sa magnanime bonté, et il ne restait pas même aux Romains celle de se repentir, de revenir sur leurs pas. Pie IX avait donné la liberté politique, et déjà elle n'existait pins. Les Chambres étaient, à leur tour, opprimées par ces Ëictieux, dont les poignards guettaient les députés soupçonnés d'indépendance.

Au surplus, le parlement ne tardera pas à être brisé par le ministère et la junte suprême, qui prononcera, le 28 décembre, sa dissolution, usurpant ainsi tous les pouvoirs.

Vî-

Pendant que lâ révolution marchait k Rome ver» rabime infect de la république, poussée par les bras maudits d'une minorité criminelle et hardie, le souverain Pontife était entouréy à Gaëte^ des hommages et des vénérations de Funivers.

Son visage offrait la plus sublime expression de la résignation, cette touchante vertu du malheur, que les matérialisles calomnient, étant incapables de s'élever jusqu'à elle. Dieu envoie à ses élus des malheurs aussi grands que leurs vertus.

Tous les jours, Sa Sainteté Pie IX recevait dans son exil des adresses imprégnées de respect, de soumission et de tendresse, émanées de toute la chrétienté. Par leur amour, les souyenûns et les peuples, les hommes de paix et de bonne volonté, protestaient contre les révolutionnaires qui avaient manqué à la majesté du chef du catholicisme et méconnu son autorité*

Le sénat de Naples s'était empressé, le premier, de déposer fhommage de son respect et de son amour aux pieds de Pie IX ; le Conseil d'État desDeux'-Siciles, qui vint en personne et of-* flciellement lui faire agréer ses vœux et son dévouement, fbt accueilli par le saint Pontife avec les marques de la plus insigne bienveillance, et, à son discours, il répondit par quelques paroles qui méritent de ne point tomber en oubli.

€ C'est avec beaucoup de gratitude que je reçois les témoignages d'affectueux dévouement du Conseil d'État du seul royaume en Italie qui donne encore Texemple de l'ordre et de la légalité, — choses qui sont, pour ainsi dire, identiques et qui marchent toujours ensemblct Je prie Dieu qu'au milieu de

VéK^rvMcence des passiont, vous oonftorviez ee8 d€ux prtn« eipes» sans lesquels il n'y a pas d'espoir.

« Nous bénissons» dans toute Teffusion de notre coeur, ainsi qu'ils nous en prient, les membres du Conseil d'État. Puissent-ils sans cesse assister de leur énergie et de leur courage un roi bon et pieux, qui i^esl mot^fré $i plein de zèlepmr le bien du poffs.

« iSons avons reçu ici l'hospitalité, et nous y avons tous nos souhaits prévenus, lorsqu'il était si loin de notre pensée d'avoir besoin d'un asile. Aujourd'hui que les passions sont déchaînées ei attisées par toute l'Italie, qui peut prévoir le terme de pareilles convulsions?...

<f beaucoup de gens^ il est vrai , parlent d'indépendance; mais, fi»sent-ils dix millions d'hommes ayant celte même pensée, nous sommes sûr que nous n en trouverions pas deux d'accord sur les moyens d'acquérir cette indépendance. Nous pouvons comparer, avec vérité, litalie à un malade accablé par la fièvre, se retournant sans cesse d'un côté sur l'autre pour trouver un soulagement qui le fuit sans cesse.

a Dieu seul peut^ dans sa clémence, porter remède à tant de maux ! Mons-le donc humblement de dissiper les ténèbres qui enveloppent l'humanité, et de faire briller sa lumière dans Ipntes ses clartés.

« Vous faites maintenant de nouvelles lois, et, de notre côté^ nous en méditons aussi pour le bien de ces bonnes populations. Avec l'aide de Dieu, leur exécution exacte suffira, car il faut seulement de prudentes modifications et non des changements fondamentaux. »

Ces paroles étaient une grande leçon donnée aux souverains et aux peuples de l'Italie, et en môme temps une réponse majestueuse et délicate aux ignobles calomnies répandues, par les journaux de la Révolution, contre Sa Majesté le roi des DeuK- Siciles.

\Jf\e antre fois, le Pape eut le bonheur de recevoir quelques

carabiniers romains, commandés par un brigadier. Les soldais de ce détachement fidèle venaient supplier Pie IX de les garder pour serviteurs. Ëmu de ce dévouement, le Saint-Pcare y consentit, et, relevant avec bonté ces militaires pleins d'honneur et de religion :

— «c Braves soldats, leur dit-il, je vous bénis ! Et, quoique vous soyez en petit nombre, je me trouve extrêmement heureux de vous voir près de moi , parce que vous donnez une preuve d'attachement à votre souverain et de fidélité à la cause de la religion.... »

Pie IX n'avait point oublié les personnes dévouées qui avaient avec lui monté le Calvaire. Il s'était empressé d'écrire de sa propre main à monseigneur l'évéque de Valence ;

« I^es desseins de Dieu, dont vous Nous parliez dans la lettre qui accompagnait le précieux objet que vous Nous avez envoyé, et qui nous rappelle la mémoire de Pie VI, se sont accomplis dans Notre personne.

« Dans Notre court voyage de Rome à Gaëte, où Nous Nous trouvons temporairement. Nous avons fait usage de la petite Pyxide, et Nous avons ressenti beaucoup de consolation et de force à placer la très-sainte Hostie sur Notre poitrine.

« Recevez Nos remerciements et l'assurance de Notre résignation à la volonté du Seigneur. Nous y joignons Notre bénédiction apostolique, que Nous vous donnons de tout Notre cœur.

€ Pie IX, •

Le Pape écrivit également au comte de Spaur, pour lui exprimer sa gratitude du dévouement qu'il avait déployé lors de son évasion ; de plus, il lui envoyait la grande croix de son Ordre, — la plus honorable distinction qu'un homme au monde puisse obtenir.

Le Saint-Père avait fait offrir de l'aident à Raphaël Arezzo, propriétaire de Tauberge du Jardin, pour Thospitalité qu'il y

avait reçue, ainsi que ses serviteurs ; mais Ârezzo refusa, disant que désormais sa maison était à ses yeux plus précieuse qu'un palais, depuis que le Saint-Père avait bien voulu y chercher un abri. Ce jour étant, ajoutait*t-il, le plus heureux de sa vie, il se trouvait assez récompensé. Pie IX lui fit remettre deux étuis de maroquin à ses armes, quatre médailles d'or et six d'argent, ayant d'un côté Teffigie du Saint-Père, de l'autre le Christ lavant les pieds de ses apôires.

Le Saint-Père était chaque jour visité par d'illustres per« sonnages, parmi lesquels des ambassadeurs, des militaires, des diplomates étrangers, accourus de tous les points du globe pour adorer son calvaire et être les nobles courtisans de son malheur. Une vingtaine de cardinaux, qui avaient pu s'échapper de Rome, étaient venus se grouper autour de leur chef, comme jadis les disciples autour du Sauveur. Parmi ces membres du Saeré-Collége se trouvait le vénérable cardinal Lambruschini, sauvé comme par miracle. Assiégé dans son palais par les égorgeursr des sociétés secrètes, il n'était parvenu à leur échapper qu'à l'aide d'un déguisement, en revêtant un uniforme de dragon, et en se sauvant par les écuries d'une caserne. Le cardinal Orioli, ce cœur si évangélique, avait également couru de gnmds dangers. Dangereusement malade, il avait été contraint de rester à Fondi , sous les soins du duc de Cador et du Père Vaures, cette charité vivante et infatigable.

Le Saint*Père habitait un palais auprès duquel le roi des Deux« Siciles et sa faqoille s'étaient modestement ftxés, dans une

humble maison. Les princes ne se présentaient devant &i Sainteté, et ne dînaient à sa table, qu'après en avoir reçu Vlor yîtation. On ne saurait, sans une injustice révoltante, méconnaître chez Ferdinand II le sentiment des grandes choses. Ce monarque, comme catholique et comme souverain, mérite une belle page dans l'histoire de l'Italie. Son respect pour Pie IX contrastait honorablement avec rirrévéreuce de tant d'auirw personnages. Quand ce petit-fils de Saint-Louîs pari^issait de* vant le descendant de saint Pierre, il mettait un genou en terre et inclinait la majesté royale devant la majesté de la tiare» 11 ne se présentait jamais devant Sa Sainteté qu'en grande tenue et avec le hau$se-coI, qui indique que l'officier qui le porte wt de service. Un jour que le souverain Pontife lui disait :

— « Pourquoi, Sire, portez-vous toujours un hausse-eoU comme le dernier de vos lieutenants?

— « Parce que je suis le premier lieutenant de Votre S^îih teté, > répondit le roi.

Vu tel prince avait bien mérité l'honneur de donner Thoe* pitalilé à un pareil hôte. Comme souverain, il aimait ses e^iet8 autant que Pie IX aimait les siens. Il avait tout fait pour eux, dans la bonté infinie de sou cœur; il eût fait davantage» sans les intrigues de la Révolution. Il eut, au reste, le ooaj*age Û9 la combattre énergiquement quand elle vint lui livrer balaUle, à Naples et en Sicile, et il la vainquit, parce qu'il était bcavt et résolu. Les calomniateurs du principe d'autorité ont cherché à flétrir ces répressions salutaires, et les outrages des Anglais hérétiques, des amis de lord Palmerston, n'ont pas manqué à la gloire de Ferdinand II. Mais ce dont les ennemis de ce généreux roi se sont bien gardés de parler, c'est la générosité de ce prince chrétien après sa victoire. Il épargna les vaincus et fit l'aumône de sa clémence aux plus acharnés. Comme Pie IX encore, il a introduit dans ses États des réformes équitables; il s'e9t occupé de tous les détails avec une inteUig«nee de premier ordre; il a tout fait pour <iot^r se9 peuples d'une aÂni*

niflti^lion imègrc^ habite; il à consacré toutes les liëttl^es (le 9â vie au bonheur de ses sujets, répondait à de« détraetéufi méprisés par ses actes, par le modèle de la justice et des vertus sur le trôoe. Capitaine expérimenté, homme d'État habite et loyal, aimant et protégeant tes sciences et les arts, seuveram bboriifux à étonner te vulgaire , qui se (bit dn pouvoir une idée d'oisiveté et de repos chèrement rétribué ; prince ajant te sentiment de ses devoirs autant que celui dé ses droits, tel est ce mcmiirque, dont tes méchants ont essayé de dénaturer te belle figure, et qu'ils ont cru pouvoir un moment représente^ comme un tyran brutal^ inintelligent et farotiche. L'honneur nous ordonne de reconnaître que sa conduite fut constatnmetif admirable.

L'auguste exilé de Gaëte avait donc bien choisi ce nobte cœur et cette noble épée pour chercher te protection à laquelte il avait droit. Dans son exil, te souverain Pontife passait son temps dans la prière, à répandre aux adresses qui étaient apportées à ses pieds, et à protestet* contre te joug auquel tes radicaux condamnaient Rome. C'est ainsi qu'après avoir opposé aux ennemis du Saint-Siège le silence^ cette poésie du malheur^ il protesta à plusieurs reprises contre les usurpateurs et tes athées qui avaient fait viotence à son droit divin.

Ces documents constituent l'ade d'acensatiori des ii^Mts, des traîtres qm s'étaient fait des bontés de Pie IX une âtmt lâehe pour lui percer te coeur. Pas un reproche adressé par lé Saint-^èt^ à ces révoltés, qui n'ait été largement mérité. C'est précte et c'est accablant.

Et cependant^ c'est toujours l'émonon de la voix d'un père; dans ces accents désolés, il y a encore de l'amour; dans cette dénonciation du mal, on sent le chagrin, non la colère^ Sévé* rkésans emportement*

H pourrait, d'un mot» tes excommunier; eh bien! ce moi^ jes lèvres, fidèles à son cœur, ne l'ont pas prononcé* Sublioif vertu ^i se défend par sa douceur même, mats hnpiiîisante

à désarmer la démocratie. Autres nos devoirs à nous, soldats de l'Église, tendre mère qui se défend par le martyre, et que nous défendons, nous^ par la forée appuyée sur la religion, sur le droit , sur le vrai , sur le bien , — ces sanctions de la force!...

Le ministère radical, sous' la pression des bandits carnas* siers que Todeur du sang avait fait s'abattre sur Rome, comme les vautours sur les cadavres , le ministère déclara que la Constituante romaine serait proclamée sans remise le 29 décembre.

' Le 26, Tun des ministres, Armellini, se présenta devant la Chambre des Députés, et lui enjoignit d'avoir à voter sur-lechamp le décret de convocation d'une Constituante.

Vffl.

Cet Armellini, qui joua un grand rôle dans cette révolution, était peut-être l'homme le plus remarquable de tous les révo* hitionnaires italiens, y compris Mazzini, qui n'est qu'un mé* lodramaturge prétentieux et sans portée. Armellini était le phis habile, le plus perfide et le plus redoutable de tous ces sacrilèges. Il procédait lentement et avec une précision mathématique. Il faisait le mal comme on résout un problème de géométrie. Il ne bondissait pas comme l'hyène , il rampait comme le serpent. Cet homme, que nous verrons plus tard devenir, comme Mazzini, l'un des trois dictateurs de laRépubHque athée et socialiste de Rome, était alors un vieillard de MMxante^uinze ans, bien {dus abîmé par les excès que par

Tâge; car les passions ardentes sont la source la plus féconde des maladies. Ce châtiment n'est pas toujours prompt; mais il est rare qu'on y échappe entièrement ; d'où il est sage de conclure qu'un traité de morale serait encore un bon traité d'hygiène.

Armellini, un de ces hommes de proie toujours en quête d'une innocence à dépraver, était un personnage petit de taille, d'une laideur excessive, combattue par l'éclair de ses yeux intelligents^ Élève distingué du Collège romain, il s'était primitivement voué au sacerdoce. Il avait ensuite abandonné la théologie pour le barreau, dont il était devenu l'une des lumières. Orateur habile et lucide, écrivain facile, poète brillant, il avait d'abord pris le masque de la religion, sous lequel il avait hypocritement abrité une immoralité déplorable. Débau* ché raffiné, il cachait ses vices sous les apparences de l'austérité. Dur pour les fautes d'autrui, ce libertin offrait à l'observateur un front où bourgeonnaient la vanité et l'amour dé la domination. 11 aimait aussi fortement Targent. Son teint, jaune de convoitise, de bile et de procédure, se colorait au son de l'or. Sourd à la voix des pauvres, qu^il humiliait par ses grossiers dédains, il était d'une avarice sordide dans sa maison, d'une prodigalité effrénée pour ses débauches. Implacable et sans indulgence, comme tous ceux qui en ont le plus besoin, il était sévère pour son prochain. Avec sa bouche souriante, mais d'un sourire officiel et faux, cet homme de méchante humeur, obséquieux des pieds à la tête avec ses supérieurs, insolent et sans pitié pour ses inférieurs, était un esprit très-renaré.

Cet avocat endurci n'était pas le défenseur de la veuve et de Torphelin : il était leur sangsue. Peu scrupuleux dans le choix des causes, il était le second de tous ceux qui pouvaient payer ses paroles. U plaidait volontiers pour les juifs, pour les usuriers, pour ces natures astucieuses et intéressées qui tiennent de ta fourmi, du renard et du vampire, qui s'enrichissent

de» vices et de la misère d'autrui et passent leur vie tout en? tière dans la pratique défi choses illicites et clandestines.

Depuis sa jeunesse , Àrmellini marchait, trahison vivante» derrière la papauté, chapeau bas, l'échiné courbée, le sourire aux lèvres, mais la haine dans le cœur. Car les âmes vîlee haïssent ceux qui leur font du bien.

Ce misérable traitre, cœur impur et bas» poète chantant toujours le succès, toujours crachant sur le malheur, était de ces serviteurs lâches qui ne sont fidèles qu'à la fortune, qui reculent devant le danger, qui préfèrent plier la tète que de la perdre.

Il avait commencé à se faire connaître par un sonnet en Vhonneur de la papauté, qu'il devait aider un jour à renver*ser. Voici la traduction de celte pièce, qu'il publiait alors que la lèpre de l'ambition ne lui avait pas encore mangé la con* s»cience :

a Je rencontrai le Temps et lui demandai compte de tant d'empires, de ces royaumes d'Ârgos, de Thèbes et de l^on, et de tant d'autres qui les avaient précédés ou suivis. Pour toute réponse, le Temps secoua sur son passage des lambeaux de pourpre et de manteaux de rois, des armures en pièces, des débris de couronnes, et lança à mes pieds mille sceptres en morceaux.

« Alors, je lui demandai ce que deviendraient les trônes aujourd'hui debout. — € Ce que furent les premiers, » me répondit-il en agitant cette faux qui nivelle tout sous ses coups impitoyables, c les autres le deviendront ! »

« Je lui demandai si le sort de toutes ces choses était réservé au trône de Pierre Il se tut, et, au lieu du Temps,

ce fut l'Eternité qui se chargea de repondre ! »

Beau style, langage honnête, n'est-ce pas?... Ce n'est pas tout ! Armellini était parvenu à être avocat consistorial, et, comme tel, il assistait, cinq fois par an, à la messe ponlificalc, couvert d'ime robe de drap d'or. Dans ces cérémonies, il

affrétait la plus grande piété, il prenait des attitudes édifiante, il s'agenouillait avec les démonstrations de la plus humble rénération aux pieds de ce trône de Pierre qu'il avait défié aa Temps d'emporter, et qu'il devait, lui, le parjure, essayer de pousser dans l'abîme. C'était en cette qualité d'avocat consislorial quMl avait prêté le serment suivant, serment solen* oel, serment sacré s'il en fût :

« J.-G. Armellini, avocat de Id haute Cour consistoriale, serai, dès à présent et à l'avenir, fidèle et soumis au bienheufeux apôtre Pierre, à la sainte Eglise romaine, à monseigneur le Pape et à ses successeurs, dûment et canoniquement élus. Je ne ferai et ne conseillerai aucun acte ; je ne consentirai à ancQn projet qui aurait pour but leur mort, la perte d'aucun de leurs membres, ou l'inique privation de leur liberté.

< Quelle que soit l'affaire que, de bouche, ou par écrit, ou par intermédiaire, ils seront dans le cas de me confier, je ne m'en ouvrirai sciemment, à leur dommage ou préjudice, à personne, ni verbalement, ni par écrit et aucuns autres signes ; de même, quant à leurs secrets que je saurais véritablement être tels, je les garderai en moi, de manière à n'en faire de mon plein gré part à aucune personne, au risque de leur déplaire.

c S j^apprenais qu'il se préparât contre eux quelque trame, f empftcherais de tout mon pouvoir qu^elle ne soit mise à exé-* ention; et si j^y étais insuffisant, j'aurais soin de les en instmire par message, ou par lettre, ou par l'entremise de toute persomid dans le cas de leur en donner avis, le plus prompte- Mnt possible.

c Je m^appliquerai, de toutes mes forces et en tout, à maintenir, garder et défendre la papauté, les droits de saint Pierre et font ce qui appartient à la sainte Eglise romaine. Autant que cela dépendra de mes forces, j'exécuterai tout ce qu'ils commanderont à notre corporation, ou à moi, pour le bien fEf^ises qoelconques ou celui des pauvres.

€ Pour les souverains Pontifes et le Saint^iége, je conserverai une incessante vénération, et je m'acquitterai fidèlement de tout ce qu'il sied et appartient de faire à un avocat çonsistorial. J'aurai égards en tout ou partie, à tous les décrets qui sont émanés ou qui émaneront de notre, corporation ou collège.

« Je promets et je jure d'observer sans fraude et sans équivoque toutes ces promesses. Ainsi, Dieu me soit en aidé et ses saints Evangiles !»

Mettez ce serment, et bien d'autres semblables, prêtés librement par Ârmellini, mettez-les en présence de ses actes, et jugez l'homme! C'est le même qui, plus tard, par la plus atroce violation de ces promesses, devint l'un des rebelles, l'un des factieux les plus hostiles à cette papauté, à cette Eglise qu'il avait tant encensées. — Il semble, en politique, que les serments n'aient été inventés que pour les fourbes.

Les révolutions sont des coups de foudre pour tout le monde et surtout pour les têtes les plus hautes. Ceux-là seuls échappent qui se font petits, petits jusqu'à passer sous le mépris public. Tel avait fait Armellini. Cet homme était de ceux qui suivent les révolutions comme les bêtes féroces les caravanes, pour dévorer les voyageurs qui tombent : malheur à celui qui fait un faux pas !

Ârmellini était de ces gens auxquels la reconnaissance fait peur. Tant que la papauté avait été puissante et debout, elle Tavait vu rampant à ses pieds comme il rampait aux pieds de la révolution. Il tournait alors des sonnets en son honneur, en mangeant son pain; il jonchait sa cour de fleurs et de douces flatteries ; il marchait dans son ombre comme un valet, puisant à pleines mains dans sa bourse et dans son cœur. Maintenant qu'elle lui semblait tombée, maintenant que la révolution livrait les trésors de l'Eglise aux laquais, aux mendiants, aux coupe-jarrets de la démocratie , cette domesticité ne se souve^ nait pas de ceux qui , jadis, lui avaient jeté tant d'aumônes.

L'ambition du pouvoir, tel était le poison qui lui avmt

troublé la tête et le cœur, qui Tavait poussé dans le crime et jusqu'au plus bas de la honte. Cette fièvre terrible lui avait brûlé le sang et les chairs; son désir effréné était satisfait, enfin , il tenait sa proie» le rêve de ses convoitises.

Eh bien ! malgré tout son talent, ce pauvre criminel n'était point heureux. Il est souverainement habile d'être honnête; le mal est un piètre calcul, et celui qui le pratique finit toujours par en être la dupe. Fidèle à ses serments, Ârmellini aurait pu, avec les qualités de son intelligence, avec les ressources de son esprit, être l'un des hommes les plus grands, les plus honorables de son pays et de son époque, et laisser après lui un nom respecté. Il préféra se flétrir luinnême» déshonorer ses enfants, être l'opprobre de sa famille et le fléau de sa patrie. Il fit le désespoir des siens, quand il aurait pu si facilement être, pour eux, un objet de légitime orgueil. Au fond, il était malheureux, car il ne pouvait se rendre à lui-même le témoignage de l'homme de bien, et c'est en vain qu'il cherchait à chasser de son sein le remords rongeur.

Il ne priait phis. En lui les sources de la piété avaient été taries par de vils plaisirs et de criminelles ambitions.

II avait le mérite navrant et détestable d'exceller dans la raillerie des choses honnêtes; il jetait avec esprit d'amers sarcasmes à la vertu.

Ajoutons qu'Ârmellini avait pour épouse Tune des femmes les plus accomplies qu'il y ait au monde, une chrétienne sincère et dévouée, qui avait le courage de dire aux révolutionnaires tout le mépris que, dans la droiture de son âme, elle ressentait pour eux. Elle luttait pied à pied, quoique sans succès, contre le génie du mal qui s'était emparé de celui auquel elle avait uni sa destinée. Elle était une vivante protestation contre ses actes ; comme son remords, elle s'attachait à lui pour lui montrer ses fautes, pour lui dire combien belle et calme est la route de la vertu, combien dégradante et funeste celle qu'il avait choisie.

QùmA un méchant rencontre une pareille femme dans le commerce de la vie, il éprouve une sorte de rage à se sentir inférieur à elle. Sa vertu pèse sur lui comme une atmosphère qui Tétoufie. Ses regards jettent des courants électriques, semblaUes à des pointes d'acier qui le pénètrent, le traversent de part en part, le clouent à son déshonneur. Le remords de diaque heure tord les entrailles du criminel et lui travaille la oem^le comme s'il était trépané avec un fer rouge.

Un jom*, quelque temps après Tévasion de Pie IX, Ârmel'^ fini ayant donné chez lui un grand dîn^ aux autres chefs de la révolution, madame Armellini refusa d^y paraître, en disant qu'elle ne voulait pas souiller ses regards de la vue des Sterbîni, Galetti, Mamiani et autres. Comme les invités deman« dent pourquoi la femme de leur complice n'est pas présente, la porte de la salle à manger s'ouvre et elle parait, la ooura« geuse chrétienne, comme une messagère de Vengeance. EHe s'avance au milieu de la salle, tremblante d'une sainte colère» et mesurant ces bandits de aén fier regard, ette leur dit tû étendant vers eux sa main pleine de lumi^ea qui leur trace leur arrêt, sa pure main, dans laquelle elle tient, comme un glaive, le décret de Pie IX du l®*^ janvier 1840, renfermant la menace de l'excommunication :

— « Vous êtes tous des maudits ! s'écrie-t-elle d'une voix haute en fixant les sacrilèges ; craignez les châtiments de Dieu, ô vous qui, au mépris de vos serments, ne pouvant lé tuer^ avez chassé son ministre ! Redoutez la eblère (Hvine ! Pie IX, du fond de l'exil, en appelle à Dieu contre vous. Ecoutez see arrêts!.,. »

Et elle lut le décret du pape aux traîtres qui Técoutaient, honteux, le fi'ont penché, courbés sous son mépris comme le condamné sous son arrêt. Quand elle eut fini, elle reprit vivement :

— flc Avez-vous compris, messieurs? Le bras vengeur auquel nul ne saurait échapper est suspendu sur vea têtes, prêt i

frapper; mais il en e$t temps encore^ la voix de Dieu, par celle de son vicaire, n'a point encore fulminé contre vous la sentence terrible. Au nom de votre bonheur en ce monde et de votre salut dans Tautre, jetez- vous au devant de sa misé« rioordel La coupe des iniquités se remplit dans vos mains; brisez^la avant qu'elle ne déborde! >

En prononçant ces derniers mots, elle s'approcha d' Armelfini et jeta devant lui le décret de Pie IX ; après quoi elle sortit, digne et majestueuse, et grande comme elle était entrée.

Mais ses avertissements furent dédaignés, dédaignés ses con« s^s de suprême sagesse. Les maudits cherchèrent au fond des coupes heurtées à la santé de la démocratie et de Satan Foubli des remords.

Madame ArmelHni est une pieuse chrétienne dont la pure figure s'encadre bien avec celle de la comtesse de Spaur. Comment cette femme n'eùt-elle pas été dévouée ; elle aimait IKeu, source de tout amour. Qui a la foi sait mourir. Elle eûA donné sa vie pour le triomphe de la religion, mince sacrifice après tout, car cette vie est périssable et grossâère,

Ce fut donc le traître Armellini qui se chargea de signifier à la Cbafnbre des députés YtdiinuUiêfn du jacobinisme triom» l^nt. Il s'élança à la tribune avec une outrecuidance théâtrale ; ses lèvres minces, son teint blême et Texpression de ses jeux lui donnaimt un air ironique et dur.

Cétait le 96 décembre ; la Constituante romaine avait été promise pour le 99 aqx émeutiers, prêts à miMr. Ariàenini

donna d'abord lecture à la Chambre d'un message de la Junte d'État au cabinet, déclarant que si les Chambres ne décré* taient pas immédiatement la convocation d'une nouvelle assemblée, la Junte passerait outre et ordonnerait elle-même cette mesure. Puis, Armellini fit un discours dans lequel il menaçait d'une insurrection colossale en cas de refiis.

Jamais assemblée politique n'avait été traitée de la sorte. Dans les tribunes vociféraient les clubistes et leurs compagnes, créatures tombées dans la fange, ayant perdu la pudeur, ce sentiment délicat qui se développe chez les femmes par l'idée du devoir. Elles rappelaient les fanieuses tricoteuses de la Convention française. ÂrmelIini fut applaudi par ces êtres impurs et par les députés, menacés par leurs couteaux et leurs pistolets.

Cette triste séance fut des plus orageuses. La majorité de la Chambre se trouvait entre la nécessité de déchirer complément la loi fondamentale et la menace d'une émeute. La majorité cette fois eut quelque courage ; elle résista à la minorité violente, et quelques orateurs eurent la hardiesse de protester sous les injures et les menaces des tribunes et de leurs collègues. Ils signifièrent qu'ils ne se résoudraient pas à voter ua coup d'État; que leur mandat ne leur donnait pas le droit de détruire les lois. Empêchés de parler par les tapageurs , ils déclarèrent que, la tribune n'étant plus libre, ils se retiraient. Ceux qui restèrent, profitant de ce que la Chambre n'était plus en nombre légal pour voter, ajournèrent la discussion.

Ils sortirent au milieu des huées, des sifflets et des menaces des républicains, —juste punition de leur passé coupable. Ainsi voilà ce que les Romains avaient fait de la charte constitutionnelle que leur avait octroyée Pie IX! Ne leur avait-il pas donné un aliment trop lourd pour leur estomac politique et qu'ils étaient incapables de digérer ?

Si les députés eussent été de bons citoyens, ils ne se fussent pas séparés de la politique de Pie IX, de ce souverain animé de l'ardent amour du bien général, et possédant le noble ins^

tinct des besoins et des progrès de rhumanité. Ils avaient rné* connu les pures et sereines aspirations de ce Pontife magnanime; ils avaient encouragé les athées qui, dans leur rage effrénée et dans leur insatiable ambition, soutenaient contre lui une lutte acharnée. Qu'en résultait-il ? Châtiés par où ils avaient péché» ces bourgeois imprudents étaient à leur tour devenus le point de mire des haines formidables dont ils avaient appelé le déchaînement contre la papauté, croyant travailler par là à leur fortune politique, tandis qu'en réalité ils n'étaient que les instruments aveugles de leur propre ruine.

Pouvaient-ils se plaindre de l'usurpation des sicaires des sociétés secrètes, eux qui avaient usurpé le pouvoir de leur Souverain, et laissé usurper toutes les autorités par des intrigants ? Ils avaient appuyé les prétentions des clubs contre le pouvoir suprême ; ils devaient subir ces mêmes prétentions retournées contre eux-mêmes.

Il en était résulté un désordre qui s'^augmentait chaque jour. Us avaient enseigné au peuple à ne pas respecter l'autorité du souverain Pontife; le peuple, au nom du même principe, ne respectait plus la leur.

£n un mot, abandon du devoir; désorganisation sociale; ruine du commerce ; rapines des communistes ; invasion de la patrie par les Autrichiens d'une part, auxquels la République ne devait opposer que des discours ; d'autre part, invasion de Rome par des bandes d'anarchistes de tous pays, terreur des populations; tel était l'aflOigeant tableau que présentait les Ëtats Romains, qui, opprimés, par les pirates de la démocratie, étaient le théâtre de faits incroyables, qui semblent plutôt appartenir à la barbarie des temps anciens qu'au dix-neuvième siècle. Telle l'efiVoyable situation faite à Rome par les libéraux , à cette heure victimes de leurs anciens alliés , les radicaux^ dont ils avaient espéré se servir pour escalader le pouvoir et qui avaient interverti les rôles à leur profit. Le libéralisme, qui n'a aucune raison d'être, et qui n'est qu'un

~ 3êï —

jaste^miUra bâtard entre re&trême bien et rextrèrtiê tnà\i q condtammènt joué le même rôle de dupe sur tous les théâtres politique^. Le libéralisme conduit à la République^ qui rettd les hommes égaux, eomme la tempête rend égaux tous ceux qui wat fait naufrage.

Après la retraite des députés, les ministres , restés miiired du champ de bataille, annoncèrent à leurs amis des tribufted qu'Us agiraient par eux-^mêmee, et que le projet de loi qoe la Chambre avait refusé de voter allait être immédiatement pti*^ blié# Il iut imprimé et affichée Voici cette pièce :

« Vu les adresses et les manifestations de la Cûpiudê et des Pr0>inees; vu la note présentée par la Junte suprême d'fitflt au ministère et communiquée par celle-ci à la Chambre ded Députés; considérant qu'attendu le danger d'une s^issioia entre les provinces et d'une dissolnlton sociale ^ et aussi te be** soin impérieux de remédier à la détresM des financés^ la loi suprême du salut public commande de convoquer la natii^n, pour que» au moyen d'une représentation universelle» et tmaxê de tous les pouvoirs» elle manifeste sa volonté et prenne lim mesures nécessaires ;

c Sur la proposition des ministres ^ la Chambre des Députés décrète :

c Une Assemblée nationale, qui représentera avec pleiiM pouvoirs FËtat romain, est convoquée à Rome^ etc. »

On sait à quoi s'en tenir sur les prétendues adresses et ma* nifestatians de la capitale et des provinces; cette agitation n'a^ vait été fomentée que par une minorité factieuse. Quant à la dis» solution sociale» elle était malheureusement imminente» maii ceux-là qui l'avaient provoquée parleurs tendances révolutionnaires étaient impuissants à la conjurer par les mêmes moyens.

Une nouvelle Chambre» plus démocrate encore que l'autre# ne pouvait changer la situation; il d'y a^^it qifune reslautt^ tion papale qui eût cette vertu» et ce fut précieémeut cet unique remède qni fut repoussé par ces malades eil démence*

hfi ministère s'était enga^ dans une vote d'illégalité et d'ar* bitratre dont la pente est rapide ; il s'empara de la diclature^ de complicité avec la Junte suprême, et pronoDça la dissohir lion des Chambres.

Le lendemaint le 29 novembre, les usurpateurs décrétèrent la convocation de la Canstituante« Ces tristes plagiaires de« yaient imiter^ dans toutes leurs folies, dans toutes leurs tur-* pitudes, leurs chefs de file de Paris, les républicains du ffaiionat et de la Réforme qui s'étaient, après le 24 février, emparés par surprise du pouvoir, d*oii ils devaient bientôt tomber enrichis et déshonorés.

L'aberration et la mauvaise foi des démocrates de Rome égalèrent celles de leurs amis de Paris.

Ce fut alors seulement que le prince Corsint, sénateur, se 4écida enfin à donner sa (émission de membre de la Junte d'État, situation qu'il avait eu le tort insigne d'accepter. On a dit que ee fut par pur dévouement à la chose publique et pour essayer d'arrêter le flot révolutionnaire par la puisifânce de son nom^ que ee patricien avait cru devoir rester si longtemps aux affaires en semblable compagnie. Cette résolution n'avait» en tous cas, point produit les résultats qu'il en atten^ dait. N'a-t«elle pas au contraire compromis la pohtique conser« vâArîee et religieuse, en servant les intérêts de la révolution? En présence des affirmations contradictoires produites par ses partisans et par ses ennemis, en présence des arguments «dilués des deux côtés i l'appui de l'attaque et de la défense^ il y aurait imprudeaee à se prononcer d'une manière absolue à ce sujet. Hais ce qui est constant, c'est que les partisans de 1* démocratie tirèrent bon parti de l'attitude du sénateur de Rome; il a'estpas moins positif que cchii^ci reconnut Tauto* rite et la légitimité des faits déplorables accomplis. Nous avons indiqué la part qu'il a prise à la révolution. Pour cela, il dut rompre avec les hommes de son parti, braver les criti« i)ues dont on l'accabla » et il ne se mamtint au pouvoir cpi'ait

prit de grands sacrifices. Qu'en s'exposant ainsi au reproche d'inconséquence et à de plus vifs encore, il ait pu trouver une excuse dans le désir de s'opposer à Tanarcbie» c'est ce qui parut à plusieurs bien diUGicile de croire.

Prise d'un tardif scrupule^ à l'exemple du prince Corsini» la municipalité romaine se retira en publiant un ordres du jour motivé. Après s'être associée à tant d'attentats» elle quittait la scène politique pour ne paç suivre plus avant les républicains dans la route du crime.

Une illégalité en amène d'autres à sa suite, et c'est ainsi que ceux qui ont violé les lois fondamentales d'un pays roulent vers l'anarchie. La démission du prince Gorsint donnait lieu à la nomination d'un membre de la Junte. Or, les Chambres qui devaient le désigner étaient dissoutes. Les deux membres restant de la Junte proposèrent de se passer tout simplement d'un troisième collègue, et d'exercer la dictature, conjointement avec le ministère. Il en fut ainsi. Pour explication, ils dirent à la nation^ dans une proclamation effrontée, que la loi suprême de salut public justifiant tout, suppléait à toute %alùé qui pourrait manquer dans leurs actes. Ces jongleurs furent applaudis. En temps de révolution quelles audaces n'a-t-onpas subies et saluées? H suffit d'oser pour réussir. De tous temps même, les peuples applaudissent aux spectacles les plus contraires, aux infamies comme aux réactions, aux renversements comme aux restaurations.

Le servilisme, qui est le fait des hommes sans principes, rampe aux pieds du succès. Il se courbe devant les trônes et devant la guillotine, devant le despotisme comme devant i'anarcbie. La splendeur royale et l'échafaud républicain reçoivent également ses vils hommages. Il acclame tour à tour Louis XYI et Robespierre, Pie IX et Mazzini.

Lescharlafans politiques, qui opprimaientRome, caressaient le peuple pour le mieux enchaîner ; ils le trompaient avec les mots de Liberté, de Fraternité, d'Egalité, d'Indépendancei

avec ce jargon menteur au moyen duquel les exploiteurs de» nations cachent leurs calculs perfides et leur nullité.

Dans leurs proclamations, ces intrigants, courtisans de h populace, déclaraient que le Pape n'était plu$ rien, que le peuple était tmt. Hélas! on ne devait pas tarder à s'apercevoir que, dans les révolutions, c'est toujours le bétail peuple qui tombe et est opprimé ! C'est au nom de sa souveraineté qu'on (e charge de chaînes, qu'on le pille, qu'on l'égorgé. On le ruine, on le déshonore, on le décime au nom de son bonheur. Les Rdmainsr regrettaient déjà Pie IX au fond de leur cœur ; mais ils n'o*saient le dire. De nouveaux vautours s'étaient encore abattus dur leur ville, sous prétexte d'organiser une Constitution italienne, de travailler à l'indépendance italienne; une foule d'étrangers, délégués des clubs de la péninsule, étaient arrivés pour s'emparer des places et piller le trésor public. Ces perturbateurs avaient inauguré leur entrée à Rome par un banquet, dans la salle du théâtre d'Apollon, ou les toasts les plus extravagants avaient été portés. Un montagnard, arrivé de Paris» y montra une relique républicaine : un morceau de bois de la vraie guillotine, de la guillotine de 93.

Ces Jacobins se joignirent aux membres du Cercle Populaire et se rendirent auprès du cardinal Tosti, préfet de l'hospice de Saint-Michel, pour le féliciter de n'avoir point quitté Rome, comme ses collègues. Le vénérable prélat était resté par devoir, non par sympathie pour les révolutionnaires, et ils le savaient bien ; ils croyaient aller humilier un pauvre vieillard par leurs compliments ironiques ; mais ils trouvèrent un prêtre intrépide, qui leur parla le langage du courage. — <( Je refuse vos éloges, leur dit-il, en les regardant du haut de sa vertu. Sachez que je n'ai pas plus peur de vous que n'ont eu peur mes vénérables collègues. S'ils ont quitté Rome, s'ils ont suivi le Saint-Père dans son exil, ce n'est que par amour et obéissance. De même, si je suis resté dans cet établissement, c'est par obéissance et amour envers la personne de notre Saint-Père,

i{ui a Uéâiité que je n'abandonnasse poiat cet établissement m sont abritée tant d'iD{brlimé9> l'une de portions les plus chères 9u eœur du Pointife parnî tous ses sujets. •• Du reste, Mes- »ettffs> je &\\\& Romain, et vous ne l'êtes point. Je resterai à Rame sw» a^ laisser épouvanter ! Vous pouvez, il est vrai, m» fra^pfier d'ua coup de poignard ; niais» en cela, que fereavous ? Vous ne ferez que m'enlever deux ou trois années d'existeiice, car je suis un vieillard : j'ai soixante-douze ans, et je ne vivrai guère plus que peu d'années. »

Il y avait tant de majesté dans l'attitude ferme du cardinal, que les insuUeurs se retirèrent honteux, et que l'un d'eux, fi*appé de la grandeur de la vertu, divorça avec la République et rentra dans le giron maternel de l'Église. Malheureusement, ces exemples de courage furent trop rares; il faut dire, toutefoiftt que l'attitude générale du clergé fut admirable.

Ainsi se termina à Rome la funeste année 1848.

Le plus grand événement de l'année nouvelle fut une troifàkïoe protestation de Pie IX. Ce décret, daté du 1*' janvier \9A9^ quoique contenant la menace de Fexcommunication , respire la miséricorde la plus infinie* On sent que le successeur des Apôtre», qui doit transmettre intacts les droits qu'il a reçus, aeeomplit douloureusement un devoir impérieux. Il a soufièrt, il a été méconnu, il a été torturé par les uns, renié par les au- Uies> outragé, abandonné, sans que son adorable bonté ait été altérée en rien. Il use de son autorité pour encourager, pour Mmtwir, pour défencire les bons, pour ramener les ég«ré»|

~ sa? —

et quand il est cooti^âitit d'acctiser, de eoalofidrd, d^épeiHvdnt^ ks mécliaiits, il le fait d'une voix douce et triste, inh dulgente encore, qui trahit les douleurs d'un père Uen plus que la sévérité d'un juge. Ce n'est pas le souverain oMragéqui parle, c'est l'apôtve du Sauveur. Il espère que les méehaiite tomberont dans Timpuissance à force de erines, et pour que les boas, timides, soient bien édifiés sur lemr eompte» U oppose une protestation de vérité à ehacan de leurs crimes. Les fidèles sont avertis ; ce bon pasteur a dit aux brebis oàétuieiil les loups ; il appelle fes égarés, et, plus taré, s'il» per sîslem dans une sorte de oemplicité avec les mneoM de rÈgtts», 'A ne poaivont se réfugier dans l'exense de leur i^ranee ; on leur a BU>Qtré la roule du bien et ceUe d« mal ; o» leur a ou^ vert les yeux.

Le droit du pape est^ incontestable ; il peut excoimmiaier les usinrpateurs; il peut les frapper de cette arme formidaUe que seul il tient dans ses mains ; maïs aoo cœur s'y refuse* fians sa mansuétude infinie, il ne menace même pa»dtreoteiiieiU les impies du terrible arrêt, il se contente de rappeler quis^ dans certaines oecasions> il a été proinoncé par d'autrae PonlMaSb

Cet acie était bien fait pour exciter les repentiink ' Mais non ! ce peuple, accablé par la peur, ne retiendnn paa de lui-même au saint bercail oi» votre Fève à lois PatCsnd' kft iHras et rame ouv^s. Il £iut fu'il sufcîsae Vimplaealrie, TOÈtoeb logique de la révolution ; il faut qu'il ait, per ses donfemy, raeheté ses foutes ; encore n'aura-4-il pas Fénergie de s(^<M«barrasser lui-même de la tyvaBBie (fes athées; dee frères armés pour les saintes luttes, les fils aines de TË^ise, devront tra^ verser les mers. p<HW venir le délivrer.

Comme dans tous les pays où le jacobinisme a planté scn drapeau rouge, il y avait deux peuples à Rome : Vnti faible, lâche, remuant, ardent et audacieux pour le mal ; Tautrepui^sant^ laborieux^ pieux, mais paseif et sait» énergie dims Ib bien. Le premier menait l'autre* Le peuple trayaîllMf (RuH

insouciant, te peuple de paresseux agitateurs était actif. Le premier faisait tout, mais ne disait rien; le second parlait toujours, ne faisait rien et n'avait rien.

Depuis la retraite de Pie IX, la politique se faisait exclusivement sur les places publiques et dans les cabarets, où régqait la populaee, qui n'a d'autre état que de troubler l'ordre, sous prétexte queses membres sont tous hommes d'État. N'ayant nea à perdre et aucun ménagement à garder, cette plèbe était aventureuse, dévouée pour le mal, dans l'espoir de la curée, son ignoble profit. Son activité était merveilleuse ; on la voyait partout, dans tous les rassemblements dont elle formait le noyau; dans toutes les manifestations dont elle était la tête. Ces vagabonds, missionnaires en calomnies, propageaient les fausses nouvelles, fabriquaient des histoires scandaleuses contre les citoyens recommandables , passaient leur vie aux cafés, à jouer au billard et à culotter des pipes, en médisant de ceux qui travaillent. Dans les provinces, ou domine le bon sens, ils n'avaient qu'un médiocre crédit ; mais à Rome, où fourmillsdent les intrigants et les envieux, ils avaient des chances.de succès. lÀ où les ambitions sont excitées, les paresseux agitateurs sont tout puissants. Moins nombreux que leurs adversaires, mais infiniment plus hardis, ils l'emportent sur eux, à force d'audace, de paroles et de mouvement. Certes, si les travailleurs voulaient s'entendre, slls se réveillaient de leur sommeil léthargique, s'ils se lassaient de voir leur ouvrage détruit, leur place usurpée ; si les abeilles chassaient les frelons, les révolutions seraient bientôt domptées ; mais les honnêtes gens sont la plupart du temps indolents ; ils n'ont pas de vigueur pour défendre leurs droits qu'on usurpe, leurs intérêts qu'on foule aux pieds, leur repos qu'on compromet.

Si les honnêtes gens avaient rivalisé d'activité avec les mé« créants et les soudards conduits par Ciceruacchio, ceux-ci n'auraient pas impunément commis les attentats que nous allons raconter. La troisième protestation de Pie IX ^ apportée de

Gaête par Vincent Lumaca, le 6 janvier, avait été imprimée dans la nuit, rw des Boutiques obscures^ et affichée» dès le lendemain, dans les rues de Rome , par cet intrépide serviteur. Ce jour-là même , la démagogie donnait une fête pour celé* brer l'arrivée d*un drapeau qu'on disait être venu de Venise, et envoyé aux Romains, par les Vénitiens, tandis que ce chiffon avait été fabriqué à Rome même. Les perturbateurs se réunirent, comme d'habitude, sur la place du Peuple. L'éten* dard des Vénitiens était porté par un officier, entouré d'autres militaires; en tète de la foule marchaient triomphalement, et avec un orgueil dérisoire , le général Zamboni et le prince de Piombino, — un princei Six pièces de canons fermaient la marche. Des choristes chantaient à tue-tête une hymne composée par un prêtre renégat, Dali Ongaro, et dont la musique était dé Magazzari. Les maisons de la ville étaient tendues et pavoisées comme au beau jour de la Fête-Dieu ; sur la place du Capitole, un orateur de l'émeute, autre prêtre renégat, Rambaldi, grimpa sur le cheval de la statue de Marc-Aurèle, qui servait souvent à cet office , et prononça un discours véfaé* ment. Le soir, Ciceruacchio, à la tête des flibustiers républicains, organisa une manifestation contre la troisième i»^testa« tion du Saint-Père , qui avait été lue courageusement dans la chaire de vérité par plusieurs curés de Rome, et avait vivement impressionné la population, dont la majorité se décida dès-lors à ne pas prendre part aux élections ill^ales auxquelles on allait procéder. Les brigands , obéissant à Ciceruacchio , volèrent tous les chapeaux de tùle rouge accrochés aux portes des chapeliers et les mirent au bout de bâtons; ils portaient également) en dérision et en blasphémant, la croix du Sauveur. Alors commença l'une de ces scènes sacrilèges, une de ces saturnales effrénées qui, de temps en temps, déshonorent l'hérétique Angleterre. Ce carnaval hideux, imité de la Terreur, ce mardi gras impie se prolongea fort avant dans la nuit ; ces cardinaux de l'enfer, ces forcenés ivres d'athéisme et de vin,

aWMDffo^Bt leur exécrable procession en psalmodiant avec des hurlements moqueurs les chante sacrés d« catholicisme. J^^mds la Révolutkm n'avait poussé silœn la profanation. Les impies se rendirent, en criant : « Â bas les prêtres ! Vive la Constituante romaine! > jusqu'à des lieux d*aisance publics et y jetèrent une copie du décret pontifical. Là, ils s'agenouillèrent et parodièrent les cérémonies les plus augustes du culte. C'était la mise en pratique des publications athées dont nous avons parié et cité quelques monstrueux extraits au commeneement de eet ouvrage. Quand ils eurent bien insulté cette religion divine, si eonsolante, si subUme et si douce, quand ils eurent obanté, avec des voix de damnés qui se tordent dans lews bb^èmes, le D$ profmndM et le Miserere , ces scélérats attftunèrent d'une voix goguenarde, le Libéra nos. Domine, puis ils allèrent jeter les chapeaux volés dans le Tibre en criant : «-^ a Mari mux cardinaux! À bas la Religion! )»

lis voulurent obliger les habitants à illuminer ; mais celte fois ce fut inutUe. Les honnêtes gens n'osaient pas s'opposer à ces infômes outrages à IMeu, mais ils refusèrent de s'y assooiar. hn hommes qui portaient les torches éclairant cette fête d'athées, proposèrent de mettre le feu à la ville. Les plus avides s'y opposèrent, préférant la piller, et ils se dirigèrent chez monseigneur Ganali, patriarche de Constantinople et vicegérant de Rome. Ce noble vieillard , adoré par les pauvres pour ses; vertus, était absent alors; Ciceruaochiô ne put donc lui sîgniiier en personne qu^il serait assassiné s'il osait publier de nouveau la protestation papale. Ce grossier animal, parodkmt le mot qu'on a prêté à Mirabeau , ce triste marquis de la révolution de 89, dit au domestique du vénérable prélat : ^^^ Va dire à ton maître que s'il ne fait point déchirer les exemplaires du décret du Pape, nous viendrons le déchirer lui-même I >

Monseigneur Canali avait déjà reçu la visite de Sterbini , qui lui avait intimé l'ordre de Mre porter au ministère Var-

gentme ettons les objete de valeiir que possédât «on église . Lorsque le monstre s'était présenté devant monseigneur Gdnali, celuMÎ, malgré ses infirmités et de récentes attaques tf apoplexie, s'était levé à la vue d'un des assassins du tomte Kossi, et trouvant la force de s'avancer, il s'hait écrié avec mépris : — a Ainsi donc, c'est moi que tu viens chercher pour me rendre complice de tes odieux projets ! <f est à moi que tu viens donner un ordre que je ne peux exécuter ! ttiais, maihenreux! comment oses-tu souiller ma demeure par de semblable)} propositions! »

Le misérable assassin^ furieux de sentir le mépHs de la vertu s'appesantir sur son front de réprouvé, répondit en affectant une hauteur qui n'était que grotesque :

— « Savez-vous bien , monsieur , que vous parler à un * ministre^ et que ce ministre a le titre à'excéRenee!

— « Excellence, toi ! s'écria le digne prélat* Ëxceflence^ toi ! ministre illégitime, qui veux profite^ d'une place volée pour t' enrichir en dépouillant les autres, en dépouillant h maison de Dieu ! Ce titre ne te sera donné que dans l'enfer, dont tu es véritablement le digne ministre... Va-t-en! >

Dompté par l'intrépidité du saint vieillard, le scélérat sortit en proférant d'atroces menaces.

Partout )e clergé se montra, de la sorte, à la hauteur des circonstances, et son courage fut au niveau des périls. L'athéisme et le brigandage républicains le trouvèrent protestant et résistant avec une noble hardiesse. Par ses soins , la protestation du 4* janvier avait été affichée aut portes dé toutes les églises de Rome, et en grand nombre surtout à celles des quatre grandes basiliques : Saint-Jean-de-Latran, Saint- Pierre-du-Vatican, Saînte-Marie-Majeure, et Saint-PanUhorsles-Murs. Les républicains les avaient arrachées avec des imprécations et des blasphèmes. Quelques gardes nationaux, indignés des scènes infômes qui se passaient et appelant de tous leurs vœux le retour du souverain Pontife, formèrent,

une nuit» une patrouille volontaire, et pkcardëi'ent plusieurs exemplaires de la protestation papale à la porte de toutes les églises, dans toutes les rues, sur tous les édifices. La parole du Saint-Père fut ainsi entendue par tout le monde. Mais ces actes de courage étaient isolés; la masse du peuple, ployée sous la terreur, oppressée et tremblante, était plongée dans la torpeur. De nouveau, les affiches papales furent arrachées, souillées de boue, de dessins obscènes et impies, des plus sales ordures. M. Massari, curé de Sainte-Marie-Majeure, ne se lassait pas de faire connaître au peuple la protestation que les athées avaient tant intérêt à lui cacher; à mesure qu'on déchirait une affiche^ ce prêtre courageux en apposait une autre sur son église, au mépris des menaces de la canaille. Ciceruacchio s'abattit chez lui avec une bande de tueurs ; ils accablèrent d'outrages et d'injures ce pauvre et digne prêtre , sans autre défense que ses vertus. Us se préparaient à l'égor* ger quand il dit, en présentant sa poitrine, où battait un cœur sans faiblesse, à l'assassin désigné :

*— € Frappe donc, malheureux! frappe! et repais-toi de mon sang; je ne redoute point la mort; mais toi, crains les jugements de Oieu ! »

Le disciple de Jésus-Christ était si majestueux dans sa faiblesse matérielle, si terrible dans sa force morale, que les meurtriers n'osèrent le massacrer. lisse vengèrent de cette déviation aux principes républicains en leur rendant un autre hommage : ils brisèrent une foule de choses dans le presbytère et volèrent les objets qui leur parurent les plus précieux. Tel était l'ordre qui régnait à Rome; telle était la façon dont le ministère protégeait les personnes et les propriétés.

De Sainte-Marie-Majeure, qu'ils quittèrent après avoir déchiré toutes les affiches du décret pontifical, les pillards coururent chez le curé de Saint-Gelse. Ce vieillard, d'une admirable charité, avait, le premier, lu au peuple des fidèles la menace d'excommunication de Pie IX. Ne le trouvant pas, les

brigands, furieui, exaspérés» ravagèrent et pillèrent complètement la pauvre demeure de cet humble et saint ecclésiastique.

Ou ferait un bien gros livre de tous les récits de ce genre. Un jour, par exemple, un prêtre, entraîné par des assassins, se montre moins pressé qu'eux; leur demandant quelques minutes de répit, il leur dit ces magnifiques paroles : — c Avant de me tuer, laissez-moi donc au moins le temps de prier pour vous ! »

Aux plus sauvages violences de forcenés sans foi ni loi, le clergé opposa constamment, et sur tous les points, une attitude héroïque. Il fut ce qu'il devait être, ce qu'il est toujours et par toute la terre, intrépide et calme.

n n'en fut pas de même dans les autres classes de la société, à commencer par la noblesse, qui aurait dû, après le clergé, donner l'exemple. La noblesse est au peuple ce que la lame est à la poignée. Celle de Rome aurait dû protéger le peuple contre les révolutionnaires, elle n'en fit rien. La bourgeoisie, ventre de la nation, dont la noblesse est la tête et les ouvriers les bras, manqua également d'indépendance. Il eût été possible encore, avec de la bravoure, de sauver la position. lies méchants étaient en minorité; c'était la faiblesse générale qui leur donnait tant d'audace. Lâches devant la résistance, ils eussent reculé en face d'une opposition énergique. On pouvait tout réparer. La multitude se laisse facilement entraîner par . les charlatans qui l'égarent et lui mentent. On finit aussi par la détromper ; de là ces brusques revirements si communs dans les émotions populaires. L'esprit public, hostile au souverain qu'on avait calomnié, lui devient ainsi subitement favorable.

Faute de répression, ces scènes horribles continuèrent, en* couragées par la complicité des autorités. L'homme sans re* ligion est le plus cruel et le plus féroce des animaux. Les mains qui renversent les trônes sont ardentes aux larcins. Les démocrates, vainqueurs au nom du peuple, jettent des regards

àe convoitise «ur los trésors et s'emparent des dépouilles fa« ciles. Le cœur bumaiii ne s'épure pas dans les révolirtions» Elles y amassent des passions sales, comme le grand vent amasse la boue et les feuilles mortes sur les routes. Il y a place, dans l'âme des insurgés, pour tous les instincts bas, pour toutes les cupidités ignobles. Le meurtre et le vol s'incarnent dans les révolutions : c'est leur moyen et leur but. Il faut à la populace soulevée d'ignobles curées.

Flétrir ces débordements est un impérieux devoir, trop négligé. Certains écrivains, envieux de p<^lartté, ont écrit les Crimêi éês rms. Raconter les crimes des peuples est un devoir. Les plumes qui se proclament elles-mêmes indépendantes s'appliquent à flagorner les peuples, comme s'ih étaient infaillibles. Leurs vrais amis doivent se montrer plus justes et plus sévères. On ne rend pas service à quelqu'un en flattant ses vices, mais en lui montrant combien ils sont odieux, combien ils sont contraires à la loi morale qui prend sa source dans la religion, contraires par conséquent k son bonheur et à Bon salut étemel.

Assez d'autres ont loué les peuples dans leurs excës, dans leurs violences, dans leurs crimes; il est bon, il est sage, il est utile de leur dire la vérité sur eux-mêmes.

Ce n'était pas seulement chez les ecclésiastiques que Ciccruaccbio et les autres voleurs-assassins commirent leurs crimes. L'annonce de l'arrivée prochaine de Mazzini à Rome les avait excités à répandre plus loin leurs ravages. Stimulés par une ardente émulation, ils s'appliquaient à se distinguer dans le crime, afin d'être plus particulièrement recommandés au chef de la Jeune-Italie. Ces forbans entraient dans les maisons, au nom du peuple souverain ^ et prenaient par la force tout ce qui était à leur convenance. Ces hommes, (pie leur paresse avait sevré de tout plaisir, se sentaient pris d'un appétit féroce de jouissance. Dans leurs transports, les yeux pleins d'une horrible luxure, ils attentaient à la pudeur des femmes.

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II n^j avait phis à ftome, surtout le soir, ée aëeurité pour peraùiuie. Dans letir rage qui tient du délire, prk ée cette bxNmr envieuse que la vue de For allume en certaines natures, les bandits plongent leurs mains frémissantes dans les trésors des rtcbes et sentent tressaillir en eux mille convmtîaes.

Les bourgeois ainsi dépouillés courbaieiit lâchement la têtei trep heureux quand la révolution voulait Um la laisser swr leurs épaides. Quelques-uns pourtant avaient tout perdu, leur argent, leurs «larchaiidises , leurs femmes et leurs filles, souillées par les caresses brutales des sauvages. Mais leurs maisons dépouillées, kurs enfants sans mèret leur vie et leur lit déshonorés, rien ne pouvait les foire sorlir-de leur apathie. Us voyaient, sans -courir aux armes, sans se consulter entre eux pour la résistance, ils voyaient ceux qu'ils aimaient tomber sous les poignards des mercenaires, limiers aux gages dos sociétés secrètes, tueurs qu'on achète pour quelqpiès pièces d'argent* En vain la patrie leur criait vengeraoe dam toutes leurs douleurs I En vain Rome pleurait à chaque fleur souillée, à chaque tête firappée, ils ne se relevaient pas pour venger les morte, pour purifier Tair et Jes coeurs de Titelie, en clias^ sant ses tyrans.

Il n'y avait pas encore deux mois que Pie IX avait quitté Rome, et la population était devenue sombre et silencieuse sous le joug des républicains. En vain , Rome étalait, aux rayons d'un soleil splendide, ses merveilleuses beautés; on n'entendait plus, le soir, sous les fenêtres, sous les bakons, dans les jardins, ces suaves cantiques qui expriment les plus doux sentiments de l'âme. Les femmes ne venaient plus aux heures délicieuses de la nuit respirer l'air parfumé. Elles ne riaient frfus; les enfants eux-mêmes ne jouaient plus. Toutes ces pauvres Âmes passaient dans la vie, silencieuses comme la mort, graves comme des ombres, et de leurs lèvres sans sourires ne sortaient que des soupirs et des sanglots étouffés. La terreur étendait son sinistre manteau de plomb sur la cité étcr-

nelle; la défiance et la peur paralysaient les plus tendres élans du cœur. Le père redoutait son fils, le frère son frère, Tami son ami ; chacun tremblait de trouver un délateur, un espion dans Tétre qu'il chérissait le plus. Nul n'était assuré de sa fortune, de sa liberté, de sa vie ; on vivait au jour le jour ; et Ton n'osait pas même invoquer Dieu dans la liberté de sa conscience, de peur que l'expression d'une simple prière n'offensât les athées triomphants. La démocratie s'était mise à la place de Dieu et prétendait être adorée sans partage. Elle s'arrogeait toute puissance sur les corps et sur les âmes. Tyran impi-toyabie, elle ne reculait devant aucun moyen pour arriver à son but : la domination absolue.

En silence gémissaient les bons citoyens.

Et le soir, à la veillée, quand les amis seuls étaient réunis autour du foyer, on se plaisait à parler du Saint-Père. On rappelait les incidents de sa vie, ses actions toutes empreintes de charité et de grandeur; ses moindres paroles étaient comiQentées. Toujours ainsi, au fond de leur cœur, pensaient à lui les honnêtes gens. C'est que c'était de ces natures qui défient l'oubli. On se rappelait la délicatesse de sa parole, la justesse de son esprit, l'ardeur de sa foi, l'activité de sa charité. On se rappelait avec affection, avec une sérieuse piété, ce Pontife doux et simple comme un enfant, courageux comme un soldat, résigné, plus grand que le plus grand malheur. On se rappelait la bonté infinie de son âme et son attirante beauté : sa bouche fine, bonne et rêveuse à la fois, ses yeux avec leur inflexion vers le ciel, et son front si intelligent, foyer d'une pensée grave.

Il y a des êtres rayonnants qui entraînent tout dans leur s|)hère d'attraction. Comme les astres, ils font graviter autour d'eux leurs satellites : les âmes, les regards et les pensées de leurs semblables. Cette fascination est due à leur beauté morale et à leur beauté physique ; la vertu est leur puissance, l'amour de l'humanité leur éuianatioji. Le vulgaire subit la

chaîne de ces êtres supérieurs sans s* en rendre compte. Sans tes comprendre, il les admire ; les hommes ordinaires en sont éblouis eux-mêmes, malgré leurs yeux éteints ; ils en sont pénétrés comme des rayons du soleil.

Pie IX, absent, était la pensée, l'entretien, le respect, l'admiration de chacun.

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