LIVRE TI
La presse républicaine encourageait les insurgés par son langage, autant que les bourgeois les encourageaient par leur attitude. La mauvaise foi des journaux démocrates égala leur immoralité. Les uns, comme VEpoca , poussaient Teifronlerie jusqu'à feindre d'ignorer les termes du décret pontifical ; d'autres, comme le Contemporaneo, prenaient hypocritement un ton larmoyant, et s'écriaient, après avoir vanté la sagesse^ la modération, V héroïsme et les vertm civiques du peuple romain ; — € Nous demandons aux hommes et au ciel si nous avons mérité d'être retranchés de la société chrétienne et de la loi d'amour et de liberté , pour avoir voulu être indépendants et libres! »
Ce que le peuple romain avait mérité, c'était de tomber au pins bas de la servitude et de la misère ; c'était d'être accablé de la phis odieuse tyrannie, et il y marchait à grands pas. Nous rayons dit : on avait déjà la République de fait, on n'allait pas tarder à l'avoir de nom.
La liberté dont parlait le Contemporaneo avait glissé dans le sang de M* Rossi et de toutes les autres victimes. Les
journaux impies, qui avaient approuvé ces crimes, osaient qualifier la protestation de Pie IX de haute provocation. Leur fureur augmenta lorsque fut afficiié, un matin, sur les murs de la ville éternelle, à la honte de la police républicaine, un ordre du jour, adressé de Gaëte aux troupes pontificales par le général Zucchi^ membre de la persévérante commission du gouvernement. Cette pièce, qui rappelait à l'armée ses devoirs et se terminait par ces mots : c La devise du soldat est honneur et fidélité ! > cette pièce contenait une lettre du souverain Pontife au général Zuccbi, ainsi conçue :
« Quand vous avez été appelé par nous au service du Saint- Si^e avec la haute mission de diriger et d'organiser les troupes pontificales , nous avons été très^atisfait de vos loyales paroles et de vos sentiments d'attachement profond à Tordre et à notre personne. En mettant aussitôt la main à l^œuvre , vous avez confirmé par vos actes les expressions de vos lèvres. Mais la tempête, suscitée par les ennemis de la société, a suspendu vos opérations et vos espérances. La conduite tenue par les troupes en garnison à Rome, dans le mois de novembre dernier, tandis que vous étiez retenu à Bologne par une mis* sion importante que nous vou^ avions confiée, a été pour nous une immense affliction. L'honneur militaire honteusement souillé, les devoirs de l'obéissance odieusement trahis^ le méprb encouru dans FÊtat, dans ritalie, dans le monde, ont été et sont .les fruits qu'a recueillis cette troupe dans la funeste journée du 16 novembre, en quittant la place du Quirinal, couverte du honteux manteau de la trahison. Toutefois, nous savons distinguer les militaires traîtres des militaires séduits, et, en conséquence, nous vous chargeons de faire connaître à toutes les troupes sans exception, mais spécialement à celles qui ont conservé l'honneur et la loi militaire, que nous atten«^ dons d'elles un acte d'obéissance et de dévouement, en coopérant à maintenir dans la fidélité à leur souverain les provinces
qui sont encore tranqoittes; en soutenant les représentants légitimes du gouvernement, librement choisis parmi vous» et en reftisant de prêter obéissance aux ordres du soi-disant gou* ▼ernement de Rome ; en s'appliquant à conserver partout Tordre et la tranquillité, les rétablissant là oh ils sont troublés, «t se tenant disposées à recevoir et à exécuter ce qui leur sera commandé par Tautorité légitime. Que s*il nous est agréable d'accorder le tribut d^éloges mérités à cette portion des troupes, spécialement à celles qui sont en garnison à Bologne, et qui ont garanti la tranquillité à ses pacifiques citoyens, nous exhortons en même temps, par votre entremise, les troupes qui ont été séduites, à réparer la grave faute qu'elles ont commise, et nous prions le Seigneur de daigner opérer ce grand mirade , de ramener les traîtres au repentir.
€ Recevez, monsieur le lieutenant-général, la bénédiction apostolique que nous vous donnons de tout notre cœur.
€ Gaëte, le 7 janvier 1849.
« Pius. P. P. IX. V
Quand cette lettre et Tordre du jour du général Zucehi furent connus des usurpateurs, ils firent tous leurs efforts pour que ces documents ne parvinssent pas à la connaissance de Tarmée, et leurs journaux ne connurent plus de bornes dans la grossièrete, dans Tinjure, dans la rage. Ces hommes qui, naguère encore, demandaient à la papauté d'excommunier la nation autrichienne et se plaignaient, après tant de forfaits, d'être sous la menace de cette sévérité, ces apologistes du 16 novembre» s'écrièrent que les paroles du souverain Pontife au général fidèle, et celles de ce dernieraux soldats, n'avaient d'autre but que de fomenter la guerre civile.
Le ministère et les deux membres de la Junte, répondirent en décrétant l'organisation d'un bataillon universitaire, et en instituant , comme les réptiblicains de 05, un comité i$ sahu
piMitf eomposé du préfet de pdice et des dtoyens Maggtore» Mattia, Montecchi et Cartani, auxquels on ii^TalepoIaû Ma- (Anna.
Cette dernière mesure, qui indiquait clairement le but oit marchait la révolution, épouvanta tellement la population , que la garde civique profita, deux jours aprës^ de roccasion qui 86 présenta, pour protester indirectejnent, mais d'une fa^on néanmMM qui n'était pas douteuse, contre les modernes monta^ gnards. Il s'agissait de la nomination d'un général en chef des gardes nationaux. Le duc Cesarini fut élu» malgré les efforts des radicaux. Ne pouvant pas ne pas reconnaître la validité de l'élection, le parti républicain eut recours à la violence, nouvelle façon de montrer comment il respectait la liberté. Plu« sieurs députations se rendirent chez le duc Cesarini, pour l'engager, au nom de sa conservation, à donner sa démission. Ce personnage hésita quelque temps, mais la crainte du poi** gnard républicain le décida à répudier l'autorité dont la garde civique Tavait investi. Cette conduite doit être sévèrement qualifiée. Avec des hommes d'ordre et des honnêtes gens de ce courage , les hommes de désordre et les fripons sont toujours sûrs deréussir*
Le parti républicain était de la sorte vainqueur sur toute la ligne. Dès lors r horizon politique devient encore plus noir et plus agité. Les reptiles du socialisme serpentent à Taise dans les routes tortueuses de la révolution, et leur bave infecte tout ce qu'elle pénètre; c'est en vain que la commission gouverne* iMUtde» nommée par Sa Sainteté, proteste de Gaëte, où elle a été contrainte de se retirer, contre tous les actes des rebelles, cile n'est pas secondée à Rome par le parti de l'ordre. Le droit tremble devant l'usurpation, la liberté devant la tyrannie.
Les élections approchaient. Voici comment procédèrent les républicains. D'abord, pour effrayer le peuple, ils créèrent une commission militaire» copie du tribunal révolutionnaire de la Terreur, chargée de juger immédiatement tout complot,
I MU cooMitimé, dirigé contre ie gouvamement usiiriMh teur. Les setitencee de ce tribunal de mort éteknt ftans appd et devaient être exécutées dans les Ting(**quatre heures. Pour abuser le peuple, après Tavoir menacé^ et afin de détruire TefTetde la protestation pontiieale qui interdisait aux sujets des Etats Romains de prendre part au vote arbitraire» les repubfieains «igagèrent les fenctiomaires puUics à se rendre ffokmia^rement au scrutin, it va sans dire cpie leurs places en dépendaient. Cétait, disait-on, donner un exemple de vertu et d'intelligence patriotique. Ce n*est pas tout. Recruter des auxiliaires dans les bagnes, appeler à leur aide pour le sac de la société tes flétris et les bannis de la civilisation, c'est la perpétuelle tactique de la démocratie. Les usurpateurs allèrent diereher dans les prisons pour les faire voter tous les <u>ndani* nés : les voleurs^ les escrocs, les filons, les scélérats convaincus d'attentats & la pudeur, de viob, enfin tous les hommee frap<* pés par la justice, frétaient exceptés que ceux qui, en volant, avaient assassiné et les détenus condamnés pour faux. H éSt évident que ces honnêtes électeurs devaient voter en masse pour la république démocratique et sociale.
Le »inia(j« de rintérieiir qui connaissait le peuple auquel il avait affaire, et qui , comme Maezini, dont œ fut Ui la gnÂde manœuvre, savait qu'il kit fmt des spectacles, de la musiqM, du bruit, décréta que le jour des élections serait ime lâte générale. Les lecteurs devaient être accompagnés de muai*» eiens, et marcher au scrutin comme k la noce, violons en tète et avec des bouquets à la boutonnière. Jamais autant qu'à Rome le ridicule démocratique ne le dispi^ ei fortement à Fatroce. Les autorités furent invitées à organiser b joie offi«> cielle sur la ploa grande échelle ; les Etats pentificanx de*vaient ressembler à une immense foire. L'usurpateur de Tintérieur ordonna encore par une circulaire que, ce jour-là, toutes les gardes civiques fussent sur pieds, en grande te&ue, et pour stimuler leur zèle, il promit de leur payer cette journée*
La garde civique , couduite par les meneurs * radicaux, qu'elle contenait dans ses rangs, devait se rendre en armes aux élections, officiellement pour les surveiller, en réalité pour peser sur elles par la peur.
Enfin, les Républicains s'étaient emparés des fonctious de présidents, secrétaires et scrutateurs des sections; ils avaienlété nommés par le gouvernement et choisis, biep entendu, parmi les révolutionnaires les plus acharnés» Un comité électoral, composé des mêmes éléments, s'était réuni sous la présidence de Gabussi, avocat et athée, candidat lui-même^ qui publiait des instructions sur les opérations électorales. De plus, des réunions préparatoires avaient lieu, toujours organisées et dirigées par les meneurs, qui seuls y pouvaient obtenir la parole, cequi ne les empêcha pas de se dbputer entr'eux et de prodamer que les citoyens étaient libres* L'une de ces réunions eut lieu au théâtre d'Apollon. Par un excès de ridicule, les femmes furent invitées à y assister par la circulaire suivante : .
ft Madame,
« Le comité électoral nommé par le peuple, l'ayant ccmvoque au théâtre d'ÀpoUon, et lui présentant ce soir, à six heures et demie précises, le nom des candidats pour l'assem* blée générale de l'Etat, se fait un plaisir de vous envoyer la clef d'une loge au deuxième rang, afin que, s'il vous est agréable d'assister, avec votre respectable famille, à une assemblée politique aussi grave, vous puissiez y arriver libre* ment et sans obstacles. S'il ne vous plaisait point d'y venir, ayez la bonté de faire remettre la clef de la loge, au palais Borromée, à la salle du comité, aujourd'hui même, avant cinq heures et demie.
c Le comité espère que, vous accueillerez avec plaisir la pensée qui a dicté cette lettre et l'acte qui vous réfère cette dii^incti<m pî^rticulière. »
Cette grotesque circulaire était datée du palais Borromée, dont les révolutiounaires s'étaient emparés. Avec eux s'y étaient installés le cynisme et Torgie. C'est là qu'ils se livraient à ces saturnales dégradantes par lesquelles les démagogues ont coutume de célébrer leur triomphe ; c'est de là que partaient les ordres de sang et de spoliation pour la canaille jacobine ; c'est là que furent rédigés, sur des papiers tachés de vin, et par des hommes d'État ayant la pipe à la bouche et la cJiique entre les gencives, des proclamations furibondes et incendiaires.
Un très-petit nombre de femmes, encore dignes de ce nom, répondirent à l'invitation des meneurs du comité électoral ; les mégères socialistes, les compagnes de débauche des républicains, étaient en nombre. Cette réunion ne ressemblait guère à la préparation, chez un peuple^ à un acte important de son existence politique. Les orateurs s'efforçaient, de tout leur pouvoir, de réveiller l'envie, la haine, la méchanceté.
Ce fut une anarchie, un chaos épouvantables. Les frèra se dirent force injures et faillirent même se battre. Ce spectacle eût donné une bien misérable idée de la sagesse, de la modération, de l'intégrité, de l'intelligence et de l'honneur de ce peuple. Aucun jugement éclairé, aucune délicatesse, aucune bonne foi ne présidèrent au choix des candidats. Ce furent les plus impurs et les plus violents qui eurent la majorité dans cette réunion; aussi furent-ils nommés plus tard.
Les bureaux électoraux s'ouvrirent par une salve de vingtun coups de canon , tirés au fort Saint-Ange, annonçant le commencement de la fête des ennemis de la société chrétienne.
C'était le 21 janvier, jour anniversaire de l'ûssassinat du vertueux Louis XVL Ce jour sinistre, dans lequel les honnêtes gens sont en deuil, avait été choisi exprès, ce qu'on ne manqua pas de rappeler à la population épouvantée. C'était également une galanterie des républicains de Rome aux républicains de
Franoei qui eélëbrent cette draloareuse époque par des fêtes impies.
Auprès de chaque section^ où des affiches immenses étaient placardées» avec le nom des candidats et des invitations à venir voter, se tenaient, sur des tréteaux, des musiciens gagés qui jouaient la MarBBtUaise et d'autres refrains révolutionnaires, lois que riiymne de Maggazzari, ancien chantre de Pie IX, et dont voici les paroles :
Sur le sol de Tltalic Plus de papes, plus de rois !
Qu'il n'y ait plus d'esclavage, Guerre! Guerre!
Les Alpes et les mers, aigourd'hui ne oeigneitt Qu'une Ême , un seul vouloir ; Poussons le cri des intrépides :
Guerre! Guerre!
Vil et impie qui hésite à se saisir D'un fusil et d'un poignard , Et l'ennemi n'ose assaUlir.
Guerre! Guerre!
Sol italien , notre patrie, A toi , notre dernier soupir !
Pour toi , nous voulons vaincre ou mourir ! Guerre! Guerre!
D'un grand peuple qui jadis fut, Sous terre , les ossements frémissent* Hélas ! ce peuple n'est plus.
Guerre! Guerre!
Mais le souvenir des héros Ne peut tromper, ne peut périr ; Italie ! relève-toi , et prends un nouvel essor ! Guerre! Guerre!
Suarlesolderitalie»
Plus de papes, plus de rois!
Qui! n*y ait plus d'esclavage , Guerre ! Guerre !
Ce obant était dans la bouche de tous les révolutionnaires ; Il devait retentir dans les airs jusqu'à la dernière heure de U République romaine. En attendant, il était répété, menace pour les bona, encouragement pour les méchants, devant chacime des sections électorales.
Cette débauche politique, cette souveraineté en goguette de la populace impie, qui envoyait les éclaboussures de sa gaité sacrilège par toute la ville, c'était ce que les démocrates ap« pellent une nation qui se donne un gouvernement. Ces chants, ces cris , ces vociférations, ces sifflets aigus, ces hourras formidables, ces grognements de bétes féroces, cette boue jetée sur le talent et la vertu, ces ovations à la médiocrité et à i^inh trigue, tout cela, c'était la politique modèle, la politique de la science nouvelle^ qui devait guérir toutes les plaies sociales !
Quant au peuple, toujours dupe, il justifiait l'exclamation de Léon X : -^ Populus vtdt deeipi : deeipehtr !
Les républicains avaient tout fait pour attirer la foule aux élections. Malgré cela, les anarchistes se présentèrent seuls en nombre. Quelque bourgeois timides, honteux du rôle que la orainte leur faisait jouer, vinrent également déposer leurs votes. Â sept heures du soir, les scrutins furent fermés, et les boites portées en triomphe au Capitole, à la lueur des torches, escortées de voitures, où se tenaient les paillasses de ce carnaval, vociférant des chansons de sang, escortées aussi de tambours et de soldats de la garde civique.
Malgré cet appareil théâtral, la population était triste, morne, abattue : elle sentait qu'un grand crime se consommait contre le droit, contre la liberté, contre l'autorité^ contre Tordre, contre elle-même. Les compères applaudissaient et riaient d'un rire sans franchise. D'autres personnes applaudis*
saient aussi à ces tristes masparades, mais avec ce zële suspect qui avoisine la moquerie. C'était le seul acte de courage que les citoyens tranquilles osassent se permettre. Ces facéties peu divertissantes n'étaient pas capables de conjurer la tempête. Ce n'est pas avec des platitudes qu'on combat le mal, c'est avec de l'audace.
Malgré tant d'iniquités, le nombre de citoyens ayant pris part au scrutin était partout inférieur à celui exigé par l'ordonnance électorale. Le gouvernement remit le second acte de la comédie au lendemain, et eut l'impudence de déclarer que Vimmense concours des électeurs avait empêché le dépouillement du scrutin. Cette déclaration mensongère se trouva dévoilée par les républicains eu)L-mémes, qui firent afficher sur la place trèspassagère de Monte-Citorio, un transparent d'une immense dimension, éclaàiré l'intérieur comme les lanternes des marionnettes, sur lequel on lisait ces choses :
c Électeurs !
€ Celui-là qui aime véritablement la souveraineté du peuple est forcé d'accourir aux urnes électorales pour y déposer son vote. Celui-là seul ne doit pas s'en approcher qui s'est déshonoré par l'infamie. Celui-là qui ne remplira pas ce devoir sacré, déclarera lui-même qu'il n'a plus ni honneur» ni patrie ! >
Les manœuvres les plus frauduleuses furent employées le lendemain pour réunir le nombre de votes exigé par l'ordonnance. Il y eut des gens qui votèrent plusieurs fois sous difféi*ents noms; des enfants furent admis à déposer des bulletins dans les urnes. Des meneurs allèrent dans les hôpitaux arracher des votes démocratiques aux malades, à des mourants pour lesquels ils recueillirent des bulletins par eux préparés à l'avance. Jamais élections ne présentèrent, même en Angle-
terre et aux Etats-Unis, un pareil caractère (rillégalité, de corruption et de violence. La menace, la promesse, Tastuce^ la force, tout fut mis en jeu. Le gouvernement publia une proclamation dans laquelle il menaçait les abstentions de la colère du peuple des clubs ; tous les noms des votants seraient glorieusement conservés dans les archives de la patrie reconnaissante ; ceux des amis des abuSf se démasquant eux* mêmes en s'abstenant» seraient voués aux malédicUans d$ la poslériié et, en attendant, leur personne et leur fortune se« raient livrées aux hommes de Vère nouveUe, aux ennemis des abus, aux amants de la liberté.
Les employés supérieurs du gouvernement reçurent l'ordre de communiquer à leurs subalternes une circulaire ministérielle, disant que ceux qui ne voteraient pas seraient immédiatement destitués et que, de plus, les pensions auxquelles ils avaient droit, seraient enlevées aux récalcitrants. Les républi» cains comprennent la liberté des suffrages» comme ils comprennent toutes les autres libertés, ce qui ne les empêche pas de proclamer qu'ils sont les ennemis des tyrans, et qu'ils veulent rendre les nations indépendantes et libres. Comme cela ne suffisait pas encore, les étrangers furent accostés dans les rues par des hommes portant des bulletins préparés, et furent entraînés dans les sections pour y exercer, de gré ou de force, leur droit de citoyen romain.
Voilà, ce que Ton vit à ces élections! Elles offrirent une scène dans laquelle tout ce qu'il y avait de bas dans le caractère humain semblait avoir été mis en lumière. Les détails de cette scène étaient de nature à faire rougir les Romains d'euxmêmes et de leurs pays. C'était la fête de toutes les passions basses et mauvaises de l'humanité, c'était la fête de quelques centaines d'hommes, parmi lesquels un grand nombre étrangers au pays, ivres de folie honteuse et de T ignoble ivresse du vin. Les électeurs qui se présentèrent pour protester par des votes en faveur de Pie IX furent maltraités.
Afec cette façon de procéder si inique , sm sale, si basse» si hoateuse, avec ces moyens coupables» il était impossible que l'Assemblée sortie de ce scrutin fut bonnêlo, qu'elles eût de kt religion, du patriotisme et de l'honneur.
Ces élections furent une époque de débauche et de licence ; elles étaient dirigées par les chefs jacobins qui ne reculaient pas pour se plonger dans les monstruosités les plus criminelles et k» plus grotesques. I^ profonde démoralisation qui régnait à Rome allait être, d'après ces élections» légiforée; le vol allait devenir loi de l'État» ainsi que f athéisme.
Sans aucun doute» les noms qui devaient sortir de o^ élections étaient ceux imposée par le gouvernement usurpateur et par ses complices. Plusieurs députés forent nommés sans mémel être connus des pays qui étaient censés leur avoir <M>Dfié le mandat représentatif : les uns se trouvaient alors à Paris» où ils fraternisaient avec les républicains, alors an pou« voir; les autres étaient à Londres^ où ils intriguaient avec lord Palmerston ; d'autres étaient en Suisse» d'autres encore en Amérique. Dans certains pays de l'Italie, en dehors des Etats pontificaux» les sociétés secrètes envoyèrent» en qualité de délégués de la population entière, leurs chefs principaux, qui furent acceptés à Rome comme députés des Etats romains !
Le 28» la place du Capitole fut splendidement décorée comme un théâtre dans une représentation extraordinaire; parmi les drapeaux qui flottaient» de distance en distance» il y avait celui du Cercle Populaire» ceux des clubs, ceux des quatorze quartiers de la ville» les bannières des différentes villes des Etata pontificaux» et une foule d'autres. La troupe et la garde civique gardaient la place. Les fanfares et Tartil*ierte annoncèrent le commencement de la fête patriotique et les noms des douze constituants élus par la canaille de Rome furent proclamés. Cétaient : Sturbinetti » Armeliini» Sterbiniy Galetti» Campello, Scifoni» Mozarelli» GalaodeiU» Mariant» Derossi» Gabnssi et Bonaparte-€anino« Ces hommes
éUîent les chefs du parti républicain soebliste; Vétateot tes révolu lionnaires les plus violents qu'on ait pu trouver; il ne manquait que Ciceruacchio, certes bien digne de figurer dans leur compagnie. Pour les voir pâlir, malgré leur endurcisse-^ ment» il eût sufli de prononcer à leur oreiUa le nom du conile Rossi.
La République n'avait pu réunir à Rome que vingt mille votes, malgré toute son activité et ses criminelles manesuvrei» Encore» parmi ces vingt mille bulletins» quelquesHuis conte^ naient-ils de simples zéros; d'autres portaient les n<Mtt de Sa Sainteté Pie IX, du Révérend Père Roothan, général de la compagnie de Jésus, d'autres celui de saint Pierre et eei» des apôtres. Un capucin mît sur son bulletin : Sterbini» Pie II, Galetti, — vote qui fut ainsi expliqué ;
— « Il a voulu donner au Saint-Père une resBemUame de plus avec Notre-Seigneur en le plaçant entre deux larroM, s Malheureusement ce n'est pas avec des jeux de mots^ si juste que soit la pensée qu'ils expriment , qu'on peut s'opposer aux fléaux de la révolution.
Kn réalité* la majorité du peuple s*était prononcée, par son abstention^ pour la papauté et contre la révolution. Le gouvernement usurpateur avait beau crier bruyamment vietove, et décréter des joies officielles, il était moralement vaineu. Dans les provinces^ sa dé&ite avait été plus significative et plus complète encore. Dans certaines contrées, comoie i Citta di Castello, par exemple, comme à Corneto, aucun électeur ne se présenta pour votor; on remporta les uraes éiectondet absolument vides, A Sinigaglia, patrie de Pie IX, deux cents personnes votèrent seules, encore la plupart pour le souverain Pontife; la population était de vingt-sept mille cinq cent cinquante-deux âmes! Les mêmes résultats furent obtenus dans les Légations.
Le ministère s'empressa » pendant le temps qui lui restait à exercer la dielaUire jusqu'à Touvertiire de l'AssemMée ron-
stituante , de continuer à jeter l'administration dans cette anarchie d'où M. le comte Rossi l'aTait tirée en quelques joura. Une multitude de décirets plus iniques et plus insensés, plus spoliateurs et plus arbitraires les uns que les autres, furent publiés, ayant pour but de tout désorganiser. C'est ainsi que le ministère ordonna l'émission d'une énorme quantité de bons du Trésor ; abolit la contrainte par corps à l'égard des débiteurs non commerçants ; promulgua un nouveau code militaire; changea la compétence des tribunaux de commerce ; régla à sa façon lé personnel des ministères; interdit aux testateurs de confier Texécution de leurs dernières volontés à des fidéi-commissaires; bouleversa la législation sur l'impôt foncier; établit un corps de marine partagé en trois départements : la Méditerranée, l'Adriatique et le Tibre. La plupart de ces mesures étaient imitées de celles prises par les républicains français du Gouvernement provisoire ; elles trahissaient les préoccupations des Louis Blanc, des Ledru-Rollin, des Crémieux, des Marie.
Le ministère avait encore décrété d'accusation le brave général Zucehi. Ordre était donné, non*seulement à tous les fonctionnaires publics civils et militaires, mais encore a tous les citoyens, de l'arrêter, sous peine d'être traduits comme complices du crime de trahison dont les traîtres Taccusaient, et de le conduire à Rome devant le tribunal révolutionnaire.
Il n'était pas douteux que la nouvelle Chambre, composée de tout ce qu'on avait pu raccoler de candidats violents et sans honneur, ne proclamât la République comme nouvelle forme du gouvernement. Néanmoins^ les clubs crurent devoir se réunir pour préparer la population à cette honte funeste, à oette dégradation religieuse, politique et sociale. Leur but aussi était d'indiquer aux députés qu'en cas d'hésitation, ils avaient tout à craindre des républicains de tous pays, écume de toutes les nations, qui s'étaient abattus sur Rome. Dans cette réunion, qui eut lieu le 2 février, au théâtre d'Apollon,
parurent^ outre les démagogues de Rome, des délégués de ceux des provinces. Après avoir bu, on parla. Des hommes d'État de cabaret abordèrent les questions dont la Constituante allait être saisie d'abord, telles que le pouvoir temporel des papes. Républicains et athées, les orateurs de la plèbe tombèrent d'accord sur tous ces graves sujets^ qu'ils résolurent de la façon la plus démocratique. On parla longtemps contre la pa* pauté, contre la monarchie, contre les jésuites, contre la noblesse, et pas mal contre la propriété^ déjà flétrie du nom de vol par les voleurs de Rome, comme par ceux de Paris. L'orateur qui se fit le plus remarquer par sa fureur de destruction et ses extravagances sacrilèges fut un jeune abbé du nom d'Ârduini, prêtre à la façon de Lamennais, de Gavazzi, de Muzzarelli, deGioberti, etc.. Il termina sa harangue^ qui ne fut qu'un long blasphème, par ces abominables paroles :
— c La souveraineté des papes est un mensonge en histoire, une imposture en politique et une immoralité en religion ! »
Cette sacrilège démence fut accueillie par les cris de :
— a Vive la République ! » qui résume toutes les hontes, toutes les folies, toutes les hérésies, tous les crimes.
L'Assemblée constituante, qui devait compléter la ruine de Rome, fut ouverte le 5 février 1849. Les députés, unis entre eux par la solidarité du crime, parcoururent la ville avec un sérieux qui eût été comique si la situation n'eût point été aussi profondément triste et honteuse.
La tribune fut abordée tout d'abord par Armellinî, ce type
T. Il, '2
dd parjure, qui, sans la rougeur au fronU sourd k la toix du devoir et aux exigences des intérêts de la patrie, lut aux re-* belles le discours d'ouverture. Écrite avec une màlc énergie^ cette pièce était un tissu de mensonges» d*bérésies ; la pompe et Taudace de la forme n'en rendaient que plus hideux les principes subversifs de toute autorité divine et humaine. La force du style ne pouvait dissimuler la faiblesse de l'argumen* tation ; la richesse du langage fait ressortir la pauvreté des idées. Ce discours, c'était un malfaiteur bien vêtu.
Cette séance n'offrit point d'autre intérêt.
Cependant les républicains étaient impatients d'en finir, im« patients de sceller la tombe creusée par leurs mains sous les pas de M. Rossi, par le mausolée de la RépubliquCi — cette pierre funéraire de l'honneur et de la liberté des peuples*
Un aventurier, chef de brigands ^ condottiere intrépide et sanguinaire, que les écrivains démocrates ont posé en héros, comme tant d^autres, Garibaldi, était, ainsi que l'exprince de Canino qui ne se faisait plus appeler que le ciioyen Bonaparte^ du nombre des plus empressés à voir proclamer la République par la nouvelle Assemblée. Ils en firent l'un et l'autre la pro«* position à leurs chers et dignes collègues.
Le jugement que nous avons porté sur le prince de Canino, est sévère. Nous avons accompli un devoir; il était douloureux.
C'était justice, et nous n'avons pas dû reculer devant la vérité. Plus. un homme est haut placé, plus grands les devoirs qui lui incombent, plus aussi doit-il donner Texemple aux autres : noblesse oblige. Un prince qui s'abaisse à pactiser avec la Révolution doit avoir une plus grande responsabilité que tout autre*
Cela dit, nous éprouvons le besoin d'ajouter, parce que c'est vrai, et en n'obéissant qu'à notre conscience et à aucune autre considération y que le prince de Canino a repris, depuis la chute de la République romaine, un titre qu'il n'aurait jamais dû quitter, et qu'il ne s'est nullement trouvé mêlé aux nou'-
velles conjurations, aux eriminelies menées» fomentées par les autres révolutionnaires réfugiés en Suisse, en Amérique, ea Belgique et Ircs-partieulièrement ù Londres.
Nous voudrions pouvoir affirmer, comme nous l'espérons, que c'est moins par prudence personnelle que par un heureux retour à la vérité et à Tordre moral. Ce nous serait une joie vive de le proclamer hautement et d'applaudir de tout cœur, comme nous avons blâmé de tout cœur. Sans haine contre les personnes, emporté et sans merci seulement contre le mal qui est en elles, tout prêt à les accueillir avec amour dans leur conversion, c'est là l'historien catholique^
Aucune considération ne doit retenir la vérité sur ses lèvres, aucune embarrasser son crayon sincère et vigoureux.
Donc, princes ou roturiers, riches ou pauvres, tous ceux qui ont travaillé à la République romaine ont dû être condamnés par l'histoire. Elle a dû les flétrir ; contre eux, l'Europe catholique, et la France à sa tête, a dû se lever frémissante d*indignation. A cette fureur sans nom, à cet athéisme féroce qui poussait les républicains, maîtres de Rome^ au sacrilège, au pillage et au meurire, — éternel travail des révolutions, — que fallait-il opposer? la force, La force était nécessaire pour terrifier des passions sans frein intérieur, pour faire rentrer dans l'ordre ce pauvre peuple ignorant, toujours jouet des plus viles impostures, depuis l'heure où Dieu lui-même, livré au fanatisme de la foule par l'aveuglement et le matérialisme, a absous^ avant de mourir, ses bourreaux égarés : « Mon Père! pardonmz'leur, car ils ne savent ce gw'/Zs font! »
Garibaldi et Charles Bonaparte proposèrent donc à leurs collaborateurs en révolution d'abolir le pouvoir temporel du Saint- Siège et de proclamer la République. Ce jour-là, la majorité repoussa celte ouverture, pour ne pas trop précipiter les choses.
pour avoir Tair de peser mûrement ses résolutions. Mais le lendemain, dès que les pouvoirs eurent été vérifiés et Galetti nommé président de l'Assemblée , Canîno revint à la charge. Il interpella vivement le président sur la question de la souveraineté. L'avocat Galetti répondit que l'Assemblée constituante était Tunique souveraine et qu'elle était maîtresse de régler les destinées du pays comme elle l'entendait. La légalité était morte depuis longtemps à Rome, égorgée par le poignard qui avait tué M. Rossi; pas n'est donc besoin de rappeler ici que, même au point de vue des élections dernières, le mandat con« féré aux députés ne comportait pas le droit d'infliger la République aux Ëtats romains et de régler leurs destinées selon leur bon plaisir. Mais passons. Raconter simplement les faits révolutionnaires, cela suffit pour en flétrir les auteurs.
A peine Galetti venait-il d'interpréter dans ce sens absolu le vote des électeurs, qu'un autre député, Audinot, reprenant en sous-œuvre l'interpellation de Canino, déclara qu'il n'était pas satisfait.
— c Cette déclaration n'est pas suffisante, dit-il; nous voulons un vote. Je demande que l'Assemblée déclare elle-même reconnaître en soi la plénitude des pouvoirs souverains. >
L'Assemblée ne fit aucune difficulté pour s'attribuer à ellemême la souveraineté absolue par un vote.
Après quoi, elle remit au lendemain le soin de délibérer sur la forme du gouvernement des Ëtats romains.
' Le 8 février, la séance s'ouvrit à midi. Les tribunes étaient remplies de monde, et quel monde! les guenilles et les luxures, les fanges et les vices de la démocratie. Les mêmes lèpres, les mêmes ordures, les mêmes reptiles grouillaient aux portes du palais.
Cent quarante-quatrç représentants étaient présents, ainsi que tous les ministres. Armellini monta à la tribune pour dédarer que la commission gouvernementale remettait ses pouvoirs entre les mains de l'Assemblée constituante, seule sou-
veraine et seule apte à pourvoir aux besoins de TÉtat. Canino le remplaça. Sentant que la situation était violente et violente r Assemblée y il était résolu à se distinguer en prenant l-ini* tiative des mesures excentriques. Il savait qu'on ne se fait pas accepter par la Révolution avec une honorable modération, mais bien par l'exagération même de ses odieux principes. Dans un discours véhément et rempli des plus flagrantes contradictions, Canino commença par dire que les ministres démissionnaires avaient bien mérité de la patrie et que leurs noms passeraient à la postérité la plus reculée, après quoi il leur adressa l'amer reproche de s'être montrés trop modérés. L'accusation de modérantisme est la plus grave qu'un révolutionnaire puisse porter contre un autre. D'après Canino, les ministres avaient manqué à leur devoir dans la question d'argent, dans la question des armées et dans celle de l'épuration des départements. Ces critiques ne s'adressant à aucun des ministres en particulier» Sterbini^ qui avait eu le portefeuille des travaux publics, — lequel, entre parenthèse, ne l'avait pas plus appauvri que les leurs n'avaient appauvri ses honorables collègues, — Sterbini répondit que chaque ministre ayant déclaré qu'il était prêt à répondre personnellement de ses actes, le citoyen Bonaparte aurait dû se contenter de prendre note de cette parole et re« mettre à un autre moment ses critiques intempestives.
A cette aigre réponse, Armellini, plus fln que ses collègues, ajouta hypocritement :
— « Si nous avons fait quelque bien, la louange en revient au peuple ! »
Cette basse et démocratique flagornerie fut fort applaudie, et ce qu'il ajouta n'eut pas moins de succès :
— « Si nous avons fait quelque mal, nous sommes prêts à en répondre I »
Cet incideat terminé, les ministres démissionnaires reçurent de la chambre les portefeuilles qu'ils venaient de déposer avec une fausse humilité sur le bureau.
La grande question fut abordée. Mamiani prit le premier la parole. Il parla bien» mais avec la plus idsigne mauvaise foi et surtout sans la moindre logique* Il eût été difficile d'être à la fois plus éloquent et plus faux. Il ne fut clair que quand il attaqua la forme républicaine. Mais que Voulait-il donc, puisqu'il répudiait également la souveraineté temporelle des papes et la République? Libéral, il voulait un milieu, une politique mixte.
Comme Gioberti, ministre de Sardaîgne, ce révolutionnaire illogique reculait devant les conséquences de ses prémisses ; il espérait, l'insensé, pouvoir arrêter, sur la pente, la machine quMl y avait lancée. Le temps de la politique mixte est fini. Dieu merci; comme l'Europe, l'Italie, sera socialiste ou catholique, elle ne sera pas libérale. Mamiani avait commencé par déclarer que la domination temporelle des papes avait toujours été le fléau de l'Italie, ce qui est un mensonge historique» ajoutant que Rome n^ivait pu avoir que le gouvernement des pape^ ou de Rienzi. Cette première partie de son discours avait été d'une faiblesse extrême, car les mauvaises causes ne trouvent pas de bons arguments et, en histoire, il faut des preuves, il faut des faits, non des mots. L'orateur se releva dans la seconde partie, celle dans laquelle, traçant d^une main vigoureuse le tableau de la situation actuelle de FEurope, il démontra, sans réplique , et avec une argumentation accablante pour ceux qui Fécoutaient, qu'il serait difficile, impossible sans doute, de maintenir à Home la forme républicaine. Mais il ne put convertir des hommes décidés à tout sacrifier au triomphe, même momentané, de leur utopie.
Mamiani conclut à ce que la question fût renvoyée à la décision de la Constituante italienne , qui devait ne jamais exister.
Plusieurs orateurs le combattirent, parmi lesquels Agostini» révolutionnaire républicain et socialiste, et par conséquent logique, qui foudroya le libéral avec ses hésitations et ses
scrupules par le souvenir de sa longue complicité à tout ce qui avait préparé la République. Quoi donc ! Mamiani reculait! Mais pourquoi avait-il donné, l'un des premiers, le signal de la lutte contre la papauté? puisqu'il ne voulait pasdu pouvoir temporel des papes, il devait vouloir de la République, de même, ceux qui ne veulent pas du pouvoir temporel de la papauté répudient tout aussi bien son pouvoir spirituel. Encore une fois, le mal comme le bien a sa logique, et c'est parce qu'on ne s'y conforme pas absolument qu'il y a tant de partis, tant de divisions, que Ton commet tant d'erreurs^ tant de fautes. Certes, il y aurait beaucoup moins de libéraux et de philosophes, s'ils voyaient où conduit la route dans laquelle ils s'engagent : à la République, au communisme et à l'athéisme.
Mamiani remonta à la tribune pour soutenir de nouveau son opinion, qui peut se résumer ainsi : faire du Pape un roi citoyen, un prince constitutionnel, c'est-à-dire un prince torturé, avili, attaqué, humilié, outragé, et, dans un délai plus ou moins long, renversé par les libéraux imprudents et les radicaux audacieux.
La séance fut suspendue et reprise le soir à huit heures. La démocratie, comme les malfaiteurs, préfère l'ombre de la nuit. C'est dans les ténèbres que se font les mauvais coups.
Pour en finir, et encouragé par l'obscurité, le député Aiidinot proposa que, réservant la question de la forme du gouvernement pour la constituante italienne ou pour une autre occasion , l'Assemblée votât au moins, séance tenante, la déchéance du Pape de ses pouvoirs temporels.
Mais plus encouragée encore qu'Âudinot par les ténèbres, P Assemblée, pour en finir, jeta dans un même décret, un double défi à l'Europe chrétienne et monarchique. Elle adopta à la presque unanimité un décret proclamant à la fois la déchéance du souverain Pontife et l'adoption de la forme démocratique pure sous le nom de République romaine.
Les forcenés des tribunes applaudirent avec rage. Ce mot de République renfermait toutes leurs espérances. Us couvri* rent de leur honteux bravos Monseigneur HuzzareHi, sousdoyen de la S. Rote^ lorscfue ce traître ignominieux, qui devait tout à la papauté, déposa son vote contre elle. Le citoyen Charles Bonaparte eut le même succès. Mais de tous ces lâches ingrats y celui qui fut Fobjet des démonstrations les plus ardentes, ce fut Tavocat Galetli quand il prononça la déchéance de son Souverain et lut ce décret impie :
a Art. !*■*. — La papauté est déchue de fait et de droit du gouvernement des Etats romains.
« ART. 2. — Le Pontife romain aura toutes les garanties nécessaires d'indépendance dans Texercice de son pouvoir spirituel.
« ART. 3. — La forme du gouvernement de l'Ëtat romain est la démocratique pure, et prendra le nom glorieux de République romaine.
€ Art. 4. — • La République romaine entretiendra avec les autres parties de Fltalie les relations qu'exige la nationalité commune.
« Rome, 9 février 1849.
<c Le président y Joseph Galetti;
« Lt$ secrétaires, GiovANMi Peneacghi» Ariodakte Fabretti, Antonio Zambianchi »
QuiRiGO Filopanti, Barilli. >
Tel ce décret infâme et sacrilège, le plus grand et le plus impie des attentats. L'article 2 de ce décret de rebelles, insurgés contre ledroit, avait été rédigé pour donner le change à l'Europe. Vaine tactique ! en dehors même de la question de principes qui ne permettait même pas de supposer un moment que le souverain Pontife pût être privé de son pouvoir temporel» garantie de sa liberté, on savait que penser de rin<lopendance promise au Saint-Père...
Parmi les quelques députés qui cherchèrent à s'opposer à la proclamation de la République, Antonio Tranquilli, député d'Àscoli, fut celui qui mit le plus de persévérance dans ses protestations. Sifflé par ses collègues et par la plèbe qui encombrait les tribunes, outragé, couvert de sottises, interrompu par les injures, il lui fut impossible de se faire entendre. Il publia, d'après le conseil de ses amis, les notes du discours que les hommes de la liberté l'avaient empêché de prononcer. Voici cet écrit, qui fut tiré à un grand nombre d'exemplaires, et avidement dévoré par le peuple :
c Facile à vous. Messieurs, facile à vous de prononcer ici la déchéance des papes comme souverains temporels dans cet Etat; mais cette monarchie des Souverains Pontifes, comment la remplacerez-vous ? par une monarchie laïque. Mais quel est le souverain qui voudra se charger de nous? C'est en appuyant sur ce point que le député de Pesaro vous a montré que vous n'avez d'autre alternative que de rentrer sous le gouvernement des papes ou d'aller droit à la République. Eh bien ! va pour la République; seulement réQéchissez-y bien, cette forme de gouvernement convient-elle à nos mœurs, à l'état des intelligences, aux conditions présentes de l'Italie? Avouons^ Messieurs, relativement à la France, que c'est une poignée d'artisans qui, à Paris, décide des destinées de ce beau pays. Quant aux départements, c'est au bon sens des populations que l'on doit de rentrer dans les voies de l'ordre ; c'est beaucoup de rentrer dans l'ordre, mais il arrive souvent qu'en même temps la réaction mène droit au despotisme. Dironsnous que les peuples d'Italie soient plus mûrs que les Français pour le gouvernement républicain? Pour admettre cette forme de gouvernement parmi nous, il faut qu'elle s'étende à toute ritalie, et alors, au moment ou il s'agit de combattre contre l'étranger, nous indisposons fortement les princes régnants à l'heure qu'il est. Charles-Albert, par exemple, embrassera-t-il volontiers cette cause, quand il verra que, s'il est vainqueur, la
pdrte dti trône doit élre la conséquence inévitable de sa vietoire? Mais, dit-on déjà de divers côtés» Charles-Albert est un traître ; je ne le crois pas, car je ne puis admettre un délit avant d'en avoir les preuves. Mais le fùl-il, à qui serait la faute de son égarement? A nous-mêmes» Messieurs, qui aurions voulu qu'il mit à combattre cette ardeur, cette confiance qui gagnent les victoires, alors qu'il se voyait perdu s'il était vainqueur...
c En un mot, nous nous séparons de nos princes légitimes, nous blessons le clergé et les hautes classes; si nous avons pour nous les masses, c'est à force de sacrifices et des vides faits dans les caisses du Trésor, et c'est dans cet état de choses que nous pensons à tenter de nouveau le sort de la guerre avec l'étranger ! Au dehors, les dangers me paraissent plus grands; oii sont les ambassadeurs et ministres des puissances étrangères? Y en a-t4I un seul à Rome? Non, pas un; ils sont tous à Gaëtc, tous, sans exception, et celui de la République française et ceux des cabinets démocratiques de Toscane et de Piémont. Un orateur vous a exposé qu'il ne faut pas vous attendre à ce que votre exemple soit suivi dans les Etats du roi deSardaigne; à cela, j'ajoute qu'à Naples l'espoir de réussir est encore plus faible, le roi ayant une armée bien disciplinée et forte. Que peuvent quelques tètes ardentes comprimées et par l'hostilité des grands propriétaires, et par l'inertie chez la masse du peuple ; je dis inertie, là ou il n'y a pas eu de mouvement, car là où il y a eu mouvement, j*ignorc s'il était en faveur de la République. Lorsque la première révolution française éclata, l'abolition des privilèges et des droits féodaux poussait le peuple à se joindre au mouvement ; mais nous, qu avons-nous à offrir au peuple pour l'intéressera notre cause ? R y a longtemps qu'il n'y a plus ni corvées ni droits seigneuriaux parmi nous. Abolirons-nous les taxes? Mais cela appauvrirait nos finances, qui sont déjà en si mau-^ vais état, sans émouvoir les masses. Se Sont-elles émues jusqu'à
présent? Il y a longtemps que les cadres de l'armée sont préparés, maïs ils sont loin d'être remplis. On est allé combattre en Lombardie et dans la Vénitie : honneur à ces braves qui ne craignirent point de verser leur sang pour leur patrie, mais qu'ils nous disent combien d'habitants de la campagne les sui* virent au champ de gloire?., le demanderais donc qu'on envoyât un message au Pape, pour le prier de nommer une commissîon avec laquelle l'Assemblée puisse s'entendre pour rédiger une constitution qui concilie , avec les intérêts du souverain Pontife, les intérêts du pays et ceux de la nationalité italienne.. • Messieurs, je suis Italien autant que qui que ce soit, et c'est le sentiment italien qui m'a dicté ce que je viens de vous exposer. Pensez à notre Italie, pensez à TEurope qui a les yeux sur nous, à l'étranger spectateur des efforts et qui les regarde avec pitié comme des jeux d'enfants. Leurs Sarcasmes sont autant de blessures pour mon cceur et m'arrachent des larmes. Ne pourrions-nous pas répondre à ces sarcasmes par des œuvres fruits de la sagesse, et que nous donnerons si, abandonnant le champ des abstractions^ nous nous renfermons dans les limi« tes du positif et du possible? »
Ces paroles patriotiques étaient dans le cœur de tous les bons Italiens, malheureusement aveuglés et paralysés par la peur. Elles ne pouvaient faire aucune sensation sur une assem* blée d'hommes perdus, de jacobins, d'athées.
La République ne discute pas, elle tue.
Ce discours prend place, dans l'histoire, à côté de celui que M. Rossi devait prononcer, car le député Antonio TranquiHi fut; pour ce fait, menacé par les républicains, du poignard, leur éternelle ressource ; il mourut trois jours après , empoisonné par eux. 11 était dans la force de l'âge et plein de santé.
L'assassinat ! c'est toujours l'argument suprême, le moyen suprême des républicains. Le souvenir de leurs crimes se perpétue par l'horreur générale qu'ils inspirent. Il faudrait n'avoir plus rien d'humain pour rester insensible au récit de tant de
cruautés. Encore est-il impossible de connaître tous les attentats exécrables que les républicains commirent à Rome; beaucoup restèrent ignorés.
En présence seulement de ceux qu'on connaît, et dont les preuves sont établies, il n^est plus permis de taxer les écrivains catholiques d'exagération dans les détails par eux publiés sur les monstruosités qui ont souillé la ville éternelle. Ce ne fut pas seulement la guerre civile avec ses excès,, que les républicains y apportèrent, ce fut l'assassinat organisé d'après les statuts des sociétés secrètes, l'assassinat avec tous ses raffinements et toutes ses lâchetés; ce fut l'inextinguible soif de sang humain. Ce fut l'insulte après la cruauté» l'obscénité après le meurtre. Le peuple romain se trouvait ainsi opprimé par une armée d'assassins et de cannibales, démocrates de toute l'Europe, venus les uns du Nord, les autres du Midi, la plupart de la France et de l'Allemagne. Une fois Rome au pouvoir de ces monstres, qui avaient perdu les derniers sentiments qui subsistent encore dans les cœurs les plus dépravés, toutes les mauvaises passions, tous les instincts de férocité , tous les projets de vengeance , de destruction, de ruine furent déchaînés, et ils étaient piteux à voir, ces bourgeois patelins, accueillant la République qu'ils exécraient, comme ils eussent fait d'une opulente pratique dans leurs magasins.
Maudire tout bas, et même tout haut, la révolution, ne suffit pas ; il faut la combattre ; il y a deux manières : la vaincre par la force, dans la rue, et la vaincre dans les cœurs par ses vertus. La justice des gouvernements est le plus sûr paratonnerre contre la foudre des révolutions.
Les vingt -un coups de canon de rigueur vinrent apprendre aux Romains leur malheur et leur honte.
Le 9, la République» votée dans la nuit précédente à l'unanimité, moins onze voix courageuses, fut proclamée au Capitule en présence des fainéants des ateliers nationaux, de quelques compagnies de la garde nationale et du personnel des dubs.
La masse laborieuse et honnête de la population en fut consternée. Ce nom rappelait des souvenirs sinistres, que les partisans de ce régime s'empressèrent d'évoquer afin qu'on ne pût se méprendre sur leurs intentions. Les élèves de Funiversite, jeunes et étourdis tapageurs, .en compagnie de la bande de Ciceruacchio et des anarchistes étrangers, se répandirent dans la ville stupéfaite, et continuèrent avec plus d'audace et de brutalité que jamais leurs saturnales démocratiques. Le hideux bonnet rouge , d'exécrable et sanglante mémoire, fut arboré sans vergogne, ainsi que le drapeau du socialisme. A côté figurait bien encore le drapeau de l'indépendance italienne, mais ce n'était plus que pour la forme. Les impies osèrent même mettre le bonnet de la démagogie, le bonnet de la guillotine, sur la croix du divin Sauveur ! Pour eux notre Seigneur n'était qu'un philosophe républicain, un communiste, le premier des sans-culottes 1 Ils allaient par la ville étemelle, dans la capitale du monde chrétien, vomissant des blasphèmes et dansant la Carmagnole. Ils prodamaient la République le gouvernement de tous par toug , tandis que c'est le gouvernement de quelques-uns contre tous. Ils avaient
écrit sur les murailles : liberté, égalité, fraternité, trois mots avec lesquels on a dupé ces peuples ; la RépUbUq^ue une fois décrétée, ils ajoutèrent les autres mots , leur pensée dernière : ou la mort. De petites guillotinés furent dessinées sur les murs, comme une menace ; le tutoiement fut mis en usage ; on s'appela Citoyen, le mot de monsieur étant proscrit comme un terme aristocratique ; enfin ce fut la parodie la plus triste de la république de 93^ qui, dans sa sombre et sanguinaire logique révolutionnaire, avait fait de la France un cimetière immetise, des place» publiques une boucherie*
Dès4ors» les anarchistes ne crièrent plus seulement contre i6S prêtres, ils déclarèrent ouvertement la guerre aux. riches, à la grande propriété, en attendant que vint le tour de la pe* tite. Les Romains n'étaient pas républicains, et ce spectac le n'était certes pas fait pour les engager a le devenir, et pourtant ils subissaient ce joug le front bas, le cœur navré» 1 ame et les bras découragés. Us gémissaient tout bas entr'eux, à Tombre de leur foyer; ils priaient secrètement le Dieu de miséricorde de leur rendre leuf Souverain, qu'Us se repentaient d'avoiroutragé, de n'avoir pas défendu. Et c'était tout. Quand, tnsurte» ils sô risquaient dans les rues, ils faiàaient bonne mine aux démagogues qu'ils maudissaient intérieurement; ils obéis* saient à leurs impérieuses injonctions d'illuminer leurs mai- 30Q8 en signe de réjouissance et de paraître satisfaits» Les républicains connaissaient cette bassesse et spéculaient sur elle i coup sûr.
Ceux qui subissent servilement les révolutions et ceux qui en profitent scmt aussi haïssables que ceux qui les ont faites.
L*armée et les fonctionnaires publics, se sentant déjà trop compromis, continuèrent à être complices de TusiurpatioUt quoiqu'ils ne pussent guère s'illusionner sur la durée de son règne. L'empire du mal n'est point éternel; était-il possible de croire que l'Europe caiboUque souffrirait cette débauche?
Dès que la République eut été (^oclamée, Mamiani, pris
d'un tardif scrupule» donna sa démission de député, déclarant qu'il n'était pas partisan de cette forme de gouvernement^ mais seulement de la forme constitutionnelle. Ce révolution^ naire illogique, en s*arrè(ant en route, reculait devant les conséquences de ses actes. N'avait-il pas creusé ce gouffre?.,,,. Est-ce que ce ne sont pas les libéraux de la Restauration et ceux de la monarchie sans légitimité qui la suivit, qui prépa* rërent, en France» la République? De même» en faisant de l'opposition au Saint-Père, Mamiani s'était ligué avec les républicains et, croyant les dominer, les avait subis. Il avait déblayé le terrain pour eux. Son ambition l'avait aveuglé en le détachant de la politique conservatrice. Pour régner sur les autres» il faut commencer par régner sur soi-même. L'ennemi le plus difficile à vaincre, c'est le moi humain. Mamiani» en vrai libéral^ n'en put triompher. Pourquoi ? Parce qu'il avait cessé d'être vrai catholique ! Parce que la religion le trou va parmi ces censeurs bilieux» ces aigres imposteurs, ces esprits étroits qui, tout en se proclamant catholiques, lancent des épigrammes contre le clergé, le couvrent de dédains impertinents. Ces taquineries du libéralisme aboutissent aux calomnies et aux persécutions. Plus consciencieux et plus grave est l'honnête homme. Il repousse ces dénigrements et ces fraudes. Mamiani manqua de cette sagesse; la modération et la modestie lui firent défaut. Par respact humain^ pour être applaudi des voltairiens» il trahit la religion, le pape. Dieu ; il trahit les hommes et lui-même. Il fut ainsi une monstruosité ; il ne parvint pas même à dominer la révolution, qui le trouva trop modéré, et qu'il jugea enfin trop violente; il réalisa ce type hésitant» gauche, qui se tient au milieu de l'erreur et de la vérité, et reçoit les mépris de tous. De là, ses intrigues, ses indécisions, sa stérilité. Il faut être catholique ou ne l'être pas. Avoir une position mixte» c'est ne contenter personne ; c'est être tour à tour le jouet et le courtisan de tous* Vilain rôle pour un homme intelligent,
Pour ne s'être pas franchement rangé du côté de TEglise, Mamiani fut contraint de faire à la révolution des sacrifices immenses, honteux, qu'il n'aurait pu réparer, Teût-il voulu, et qu'il regretta sans doute, mais trop tard. Il n'était pas pour le Saint^Père; il n'était pas non plus pour la République. Ce compromis ne pouvait durer longtemps ; le jour vint où il lui fallut montrer son drapeau : le malheureux n'en avait pas ! Â quoi lui avaient servi ses révérences et ses embrassades à la révolution? N'eût-il pas été plus profitable et plus glorieux pour lui, de repousser cette hyène enragée, de la combattre, de se dépouiller des préjugés de la philosophie, et de marcher dans la route droite avec le flambeau de la foi pour conducteur? Il ne le voulut pas; aussi s'enfonça-t-il dans les brouillards ; il glissa dans cette fondrière où disparaissent également tous ceux qui ont quitté l'Église, les philosophes aussi bien que les matérialistes, les libéraux comme les républicains. Le catholique seul peut braver les tempêtes; il ne s'égarera pas, il a sa boussole ; il ne se trompera pas, il a le critérium dé certitude. Les autres, malgré leurs phrases, leur orgueil, leur talent même, courent tout éperdus vers l'abîme. Ils peuvent obtenir des bravos en route, leur bel esprit fera rire; ils ne choqueront pas les préjugés du monde; ils réussiront à ne pas passer pour dévots ; les journaux philosophes et même lesjournaux communistes ouvriront leurs colonnes à leurs élucubrations, à tout ce qu'ils auront dit et écrit contre l'Église* contre les jésuites ; mais ils n'en tomberont pas moins dans le gouffre.
Ainsi cet homme sacrifia son repos, son honneur, son salut, au plaisir d'humilier la papauté, à la joie de recevoir les compliments des libres penseurs. Et pourtant , il pouvait , sans imiter le martyre de ces jésuites qu'il diffamait , sans risquer sa vie, sans même se montrer téméraire , il pouvait se ménager une place honorable dans Thistoire. Si, dans son orgueil, il a cm éteindre le flambeau de la vérité dans les mains de
rËglise^ il B^est trompé : les ténèbres et le sang des révolutions ne l'ont pas pu I ... .
De tout ceci» les peuples doivent tirer cette moralité, à savoir que la cause principale des révolutions qui les ruinent est dans rindiflfêrence religieuse, dans le mépris des doctrines du catholicisme, qui prêche l'obéissance et la résignation, et en même temps, hâtons-nous de le dire, pour répondre en passant aux calomnies des méchants, la charité et la justice.
n n'y aurait pas de révolutions si les lois de la religion étaient fidèlement , strictement observées ,' si les uns étaient obéissants, les autres justes, ceux-là résignés, ceux-ci charitables.
Sans la Religion , les sociétés s'abîmeraient dans la fange , dans la corruption, dans le sang, dans ranarehie.
Du jour où Mamiani divorça avec cette religion divine , il ne s'appartînt plus. Dès-lors, comme le voyageur qui s'égare, il marcha à tâtons dans les ténèbres du mensonge. Il s'arrêta au bout du gouffre et ne voulut pas commettre le dernier crime : imposer la République à son pays. Que ne retourna-t-il au chemin déjà parcouru, que ne se débarrassa-t-il des misérables jongleries du libéralisme, dont les odieux forfaits du radicalisme ne sont que la conséquence?...
En somme, il fut à plaindre, car il n'est qu'un bonheur au monde, c'est celui des cœurs purs et dévoués, des cœurs religieux.
Puisse son exemple servir à ceux qui se sont imprudemment engagés dans la voie révolutionnaire! Elle conduit aux décep* lions, aux crimes, aux remords, souvent même à Téchafaud, à l'échafaud sans le martvre, sans l'éternité bienheureuse!...
T. fl« S
ÎV.
Si la cause de rindépendance italienne n eut point été perdue déjà par l'assassinat de M. Rossi et d'une foule d'autre infortunés, tombés martyrs de la sauvage démocratie^ perdues par tous les crimes et toutes les folies que noua avons racontés, sans compter ceux qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous, elle l'eût été à tout jamais par l'adoption de cette forme nouvelle de gouvernement que les tyrans de Rome valaient de lui donner. I^s démocrates italiens avaient perdu la cause delà patrie en déchirant le sein de leur mère. En faisant de la république là où il fallait faire du patriotisme^ ils avaient ruiné la cause de l'indépendance nationale.
L'Assemblée constituante organisa ainsi provisoirement le gouvernement de la République : elle décréta que, jusqu'à ce que la Constitution fut votée, le {)Ouvoir exécutif serait confié à un comité composé de trois personnes, nommées par elle, révocables à volonté et responsables* Cette commission devait diriger la politique générale.
Les ministères furent confiés à des directeurs généraux. L'Assemblée choisit pour triumvirs Armellini, Montecchi et Salicetti. En réalité, le pouvoir exécutif se trouva concentré entre les mains du premier. Ses collègues étaient des hommes obscurs et médiocres. Montecchi devait $on élévation à ses relations actives avec les sociétés secrètes. Tour à tour carbonaro, membre de la Jeune-Italie^ il avait pris part à toutes leurs ténébreuses manœuvres, et entre autres à une conjuration ayant pour but d'assassiner le pape Grégoire XVL 11 avait été condamné pour crime politique. Gracié par Pie IX, il s'é-
tait empressé, lui aussi, de montrer sa gratitude et son repentir en conspirant de nouveau et en attaquant avec une frénétique violence son souverain et son bienfaiteur. C'était assurément plus qu'il n'en fallait pour se faire admettre dans le parti républicain ; par ses crimes et par ses vices, il lai avait donné des gages suffisants» Ce procureur sans conscience, — car tel était son litre avant d'être appelé à ces baules fonctions, — s'était distingué par ses excès et n'avait pas dédaigné de descendre dans les rues et dans les mauvais lieux pour exciter la canaille et pour fraterniser, c'est-à-dire trinquer et faire débauche avec elle.
Le Iroisième membre du comité exécutif n'avait d'autre titre à la confiance des démagogues de Rome que d'être réfugié napolitain. Sa nomination était une marque d'affection et de sympathie que la Constituante voulait donner aux autres révolutionnaires de l'Italie. Salicelli, conjuré expérimenté, passait pour un homme rusé, habile dans l'exéculTon des rnauvais desseins.
Les trois dictateurs publièrent un programme dans lequel ils commencèrent par dire que la glorieuse, Yimpérissable République romaine avait enfin son gouvernement, et ils osaient ajouter, dans leur orgueil effronté et leur incommensurable impudence :
« La politique de cette République, sortie vierge el non sanglunte du milieu des ruines d'un régime que la puissance de la civilisation moderne a suffi pour détruire, ne sera de notre part qu'une politique franche, digne, concilialrice, telle que l'exigent les lois éternelles de cette démocratie à laquelle nous empruntons nos inspirations les plus chères, telle que la veulent les besoins de notre siècle et le bien suprême de Tltalie. Loin de nous une Idthe hypocrisie el la dissimulation trompeuse! Nous adorons la république; mais, tout en l'adorant, nous ne la voulons pas envahissante, mais comme elle est gravée daqs nos âmes, c'est-à-dire pieuse el civilisatrice, Nous la voidons
avec la Constiiuante italienne. Avec cette dernière, nous favoriserons la guerre, et jusqu'à ce que nos armes aient été couronnées de succès, nous ne donnerons aucun repos à nos âmes ! »
Avoir sans cesse à la bouche les grands mots de liberté, de fraternité, de vertu, en commettant les plus grands forfaits; flétrir l'assassinat les pieds sur le cadavre des victimes par leurs mains égorgées, et encore chaudes et palpitantes ; se vanter d'avoir une politique vierge et nonsanglante^ quand les martyrs de cette politique sont à peine descendus dans la tombe, clandestinement ensevelis par des mains pieuses craignant les profanations; crier bien haut que l'hypocrisie est lâche et la dissimulation trompeuse, en les pratiquant avec une effronterie révoltante, — c'est là l'éternelle tactique des républicains vainqueurs, à laquelle furent fidèles, on le voit, ceux qui dominaient par la terreur dans la ville de paix et de miséricorde.
Les triumvirs promettaient, en outre, dans cette proclamation, d'organiser les milices, d'armer d'invincibles et redoutables phalanges, et de les envoyer tailler en pièces les Autrichiens. Cette phraséologie, dont ils abusaient tous les jours, était tout le courage des républicains de Rome. Ces hommes présomptueux et bornés furent très-forts en paroles, et nul doute qu'ils n'eussent vaincu les Autrichiens, si des bravades eussent suffi. Mais ils ne se présentèrent même pas pour les combattre. Ils ne leur firent la guerre qu'avec la langue et la plume.
Les promesses ne coûtent rien. Les triumvirs dirent en* core qu'ils feraient marcher de pair l'instruction et la religion; seulement ils annoncèrent leur intention de dégager celle-ci de toute influence cléricale. Ils voulaient sans doute, comme les li* béraux de la Belgique, du Piémont et d'autres pays constitutionnels, que les prêtres fussent remplacés par des professeurs de religion, admis dans les collèges comme les professeurs de danse, d'escrime, de boxe et de gymnastique.
Cette mauvaise foi et cette hypocrisie font pitié, et les révolutionnaires qui avouent franchement qu'ils ne veulent pas de religion et qu'ils sont matérialistes, sont préférables à ces imposteurs.
Les triumvirs promettaient encore d'étendre leurs soins vigilants aux finances, ce que les révolutionnaires ne manquent jamais de faire, on sait comment. — « Sous peu, disaient-ils, la commission executive vous proposera des projets de lois tendant à faire reparaître le numéraire et à enrichir le pays de ce qui est le nerf de toute entreprise, de toute guerre, et sans lequel nous ne pourrions porter aucun secours aux douleurs de nos amis qui se trouvent au delà du Pô. »
Ils promettent encore un code nouveau; puis, abordant les questions dites par eux sociales, ils flattent le peuple et gémissent sur ses misères ; ils jurent d'étudier ses souffrances, de les soulager; ils font entendre contre les riches des menaces agréables aux escrocs et aux vagabonds qui composent leur peuple souverain. Que les riches qui s'engraissent aux dépens de l'État et des prolétaires, et leur rongent les entrailles, tremblent dans leur iniquité ; la vertu des républicains les poursuivra de ses implacîJbles châtiments ! Car ils passeront leur vie à tendre la main au faible et à l'affligé; c'est pourquoi ils ont chassé le représentant du Dieu des affligés et des faibles ! Ils le déclarent eux-mêmes sans difficulté, et avec la modestie inhérente à leur parti, ils ont les âmes fortes et les mâles vertus que demande la République; aussi tous leurs efforts tendront-ils à inspirer à l'âme un sentiment sacré, à mettre ces vertus en honneur et à bannir les délits qui senties fruits de la concussion et de Tégoïsme !
Ce pathos n'est pas tout. Après ces réminiscences burlesques visant au sublime et n'atteignant simplement que le ridicule, vient le morceau suivant , composé pour rassurer la propriété qu'on vient d'attaquer si brutalement.
€ La Ré[ ublique deviendra la providence visible du peuple,
-sala bienfaisance se changera en devoir» Qt la charité en institution. •.. La liberté des cultes» le respect des opinions, la tolé'» rance, cette sainte tolérance mère de toutes les vertus, seront les principaux objets de nos études. Nous aurons soin de pro-* téger et les personnes et les biens de ceux qui ne pensant point comme nous, car, surgis de la plus pure ies révolutions, nous ne pourrions suivre une autre voie, sans renier ou fausser notre origine. »
Les faits que le lecteur connaît, et ceux qui vont suivre montrent combien les républicains, sortis de la plus pure des ré' mlutions, ne démentaient pas leur origine, conunent ils protégeaient et les personnes et les biens de ceux qui ne pensaient pas comme eux.
Enfin cette proclamation, modèle d'effronterie, se terminait par ces lignes qui dépassent tout le reste :
f L'Europe nous contemple , l'Italie a les yeux sur nous ! que rilalie et l'Europe voient et apprennent ce qu'est la République romaine ! »
L'Europe et l'Italie voyaient, en effet, Rome livrée au despotisme des agents du mal, couchée à leurs pieds, privée de toutes ses libertés, de toutes les garanties de sécurité, de repos, de bien-être, dont elle jouissait sous les souverains pontifes. Elles voyaient la ville éternelle accablée de désastres, couverte de ruines, plongée dans l'anarchie, menacée de la guerre étrangère où l'attendent de honteuses défaites, car ses tyrans n'ont à opposer à l'ennemi que le cynisme de leurs attentats et la jactance de leurs paroles.
Déjà les Autrichiens ont passé le Pô de nouveau; ils marchent sur Ferrare, dont ils ne vont pas tarder à s'emparer, et le général actuel qui demande réparation pour trois de ses soldats assassinés, pour les insultes faites au consul de son souverain, pour l'interception qui a eu lieu des communications de la citadelle, sans compter la proclamation de la République en violation des traités et des droits de l'univers catholique, le
général Autrichien exigera la livraison des postes de la ?ille $t des assassins de ses soldats , la démolition des barricades , Téta* blissements d'hôpitaux militaires pour ses blessés, un million de francs d'indemnité, ainsi que trente mille francs pour le consul maltraité et volé ; il exigera en outre la restauration des armes pontificales, et enfin six otages pour la garantie de Texécution de ces conditions de guerre ; de plus, il jettera dix mille h(Hnmes dans la place, qui seront entretenus par les habitants pendant un temps indéterminé, et il donnera vingt-quatre heures à la ville pour se soumettre à ces conditions.
Et qu'opposeront tes républicains de Rome à ces exigences justifiées par les crimes de leurs complices? — Des discours, des proclamations, d'impuissantes et ridicules menaces. Us se laissent çheoir dans les plus brutales inconséquences. Dans ces exercices de haute école révolutionnaire auxquels ils se livrent, avec les procédés de cette 9eienee moderne et leur prétention d'être sérieux, ils tombent dans le grotesque et dans Todieux^ et n'excitent qu'un rire amer. Us foulent aux pieds les institutions consacrées par Texpérience des siècles et la conscience de rhumanitë. Au nom de la vertu et de la science, ces igno* ranta sans moralité offrent au monde le spectacle de la débauche politique la plus radicale et n'opposent à leurs ennemis que ces refrains de crânerie civique qui font pitié.
Voilà ce que l'Europe contemple indignée, la main sur son epee*
C'est à cette époque que, sur l'injonction de Mazzini, les révolutionnaires de la Toscane fraternisèrent avec ceux de Rome. Voici ce qui s'était passé dans ce paya : quelque temps avant la réunion de l'Assemblée constituante, à Rome, le ministère démocratique qui, à Ftorence, s'était emparé du pouvoir, avait faîl nommer par les clubs des dépotés à cette Assemblée, chargée d'aller à Rome représenter la démagogie de Florence, et surtout ceKe de Livoume • Les éleetioDS illégales s'étaient faites comme celles de la vWe étemelle. Les hon-
nètes g^nS) en très-grande majorité, avaient laissé aux anarebistes le droit d'opprimer la patrie et de s'approcher des urnes électorales. Quand les bandits de tous pays qui, à Florence comme à Rome» s*étaient violemment imposés à la population royaliste et catholique» quand ces brigands eurent nom* mé les députés qu'ils envoyaient à la Constituante romaine» ils se portèrent à la cathédrale pour forcer l'archevêque de chanter un Te Deum en leur honneur. Le digne prélat s'y étant refusé» ils se livrèrent aux plus sauvages excès. Ils ravagèrent la cathédrale» et pillèrent le palais épiscopal» cassant ce qu'ils ne purent emporter. Plusieurs citoyens paisibles» surtout parmi les prêtres» furent maltraités» quelques-uns même assassinés.
Le grand duc Léopold» l'un des princes les meilleurs et les plus chrétiens de l'Europe» avait été obligé de fuir sa capitale devant l'émeute pour ne pas lui céder. Cette conduite était conforme aux prescriptions du Saint-Père» qui avait envoyé au prince catholique une lettre autographe sur ce sujet.
Les crimes qui avaient suivi à Rome la retraite de Pie IX» désolèrent Florence après le départ du grand duc. Le CercUP(h pulaire de la Toscane, succursale du Cerde Populaire de Rome» s'était» à son exemple» emparé du pouvoir. Les fêtes sacrilèges de la révolution avaient commencé dans ce pays» naguère encore si heureux et si paisible.
D'immenses drapeaux avaient été promenés dans la ville par les clubistes» et plantés sous le portique de FOrgaguaavec cette inscription :
c Vive le gouvernement provisoire !
€ Vive le peuple souverain !
« A Tunion du peuple toscan !
« Au triomphe de la démocratie ! »
Le Cercle Populaire avait fait afficher cette prodamation :
« Le peuple de Florence considérant que la fuite de Léopold d'Autriche est une violation de la constitution et laisse l'Etat szn^ gouvernement ;
c Considérant que, le premier devoir du peuple, seul souveraiot est de pourvoir à l'urgence des circonstances, se rendant, en outre, Tinterprète des provinces sœurs, nomme un gouyeraement provisoire dans les personnes des citoyens Joseph Montanelli, F. D. Guerrazzi, J. Mazzini, qui exerceront (oar à tour la présidence, et leur confie la haute direction des affaires politiques et, au nom de l'Italie, l'honneur toscan, à condition que la forme définitive du gouvernement pour la Toscane devra être établie par la Constituante italienne , à Rome, et qu'en attendant, le gouvernement provisoire s'unira et s'attachera à celui de Rome, afin que les deux Etats, aux jreox de l'Italie et du monde, n'en forment plus qu'un seul, c De la Place du Peuple, le 8 février 1849.
< Signé pour le peuple, le bureau du Cercle Populaire :
A. ÂBORDiNi, président ; G. B. NiccoLiNi, G. B. CioNi, vice-présidents; Dhàcomanni, secrétaire. »
Or, €6 que ces citoyens nommés au nom du peuple, par leurs compères, firent de l'honneur toscan» le voici : Us établirent la terreur dans le pays ; ils persécutèrent les meilleurs citoyens et particulièrement le clergé ; ils volèrent les deniers pablics avec une avidité dont des chiffres éloquents rendent témoignage. Ils chargèrent un certain colonel Frapolli, de ▼enir à Paris recruter des soldats pour l'indépendance italienne ; quelques bandits des sociétés secrètes partirent en efiet; arrivés à Florence le jour de la restauration du grand-duc par le peuple, ils s'acheminèrent vers Rome, dernier rempart de la République, et ce furent eux qui stimulèrent dans la ville éter« "eue les résistances qu'y rencontra l'armée française. Auparavant, ces aventuriers, Français, Polonais, Allemands^ s'étaient frouvés au stége de Gènes et avaient donné un coup de main
aux veteUes de cetta cité« FrafioUî, ainsi que Peiaantîni^ son ami, député romain venu à Paria pour easayer de faire recon* naître la république romaine par la France» gaapillèreot ainsi plusieurs millions, volés aux contribuables de la Toscane et des Gtat$ flomainSr I^s révolutions^ qui ruinent les peuplas, enrichiaaent toujours quelques fripons.
I^ea révolutionnaires de la Toscane avaient imité dans tous leurs excès, dans tous leurs ridicules, leurs dignes frères, les révolutionnaires de Rome. Les fonctionnaires honnêtes furent destitués et remplacés par des malfaiteurs, dont quelques-uns plusieurs fois flétris par la justice. Des commissaires généraux, calqués sur ceux de Ledru-RoUin, parcoururent les provinces aux frais de l'Ëlat, faisant orgie, bouleversant l'administration, ouvrant les prisons aux fripons, y jetant la probité. Us propageaient dans la population les doctrines de la république et du socialisme, aidés dans ce travail de dissolution sociale par les agents des sociétés secrètes, clubs et cercles, et surtout par ceux de Livourne, les plus sanguinaires de tous. Cette dernière ville ressemblait à la tour de Babel. Des révolutionnaires de tous pays, parlant toutes les langues, diversement vêtus, mais la plupart coiffés du bonnet rouge^ étaient les tyrans de cette ville. Ils volaient effrontément au grand' jour dans les magasins; ils logeaient, mangeaient, buvaient, buvaient surtout, faisaient orgie dans lesliôtelleries, les cafés et les cabarets, le tout sans solder jamais leurs dépenses, et répondant ironiquement aux malheureux bourgeois, leurs victimes : — « Cest le peuple qui paie ! »
Us portaient des armes apparentes dont ils se servaient contre ceux qui faisaient mine de leur résister, de ne pas dire comme eux, ou de ne pas les approuver. Cette abjecte tyrannie était encouragée par le consul anglais et par les officiers de la marine britannique dont les navires de guerre se trouvaient dans le port.
Avec un pareil système de brigandage et d'atbéisme, génc«
ralisé sur toU8 les points de Tltalie où dominait la réreluiioni il était impossible que les peuples, traînés à la remorque par de semblables criminels, ne tombassent pas dans les plus pro« fonds abîmes.
Sur rinvitation de Mazzini, les démagogues de la Toscane proclamèrent la République et s'allièrent à Rome, qu'Us recoih* Durent pour la capitale de la République italienne. Cette opé« ration eut lieu le 18 février» après un banquet monstre que les frères de Florence donnèrent aux frères de Livourne. llaszini fait arborer à ses amis le drapeau rouge et la cocarde rouge; il leur fait planter des arbres de liberté arrosés du sang de quel** ques riae^ontMMrei, après quoi il part pour Rome^ oh ses lieu<» tenants Tattendaîent pour prendre la dictature.
Quand il va venir, il trouvera de la besogne faite, il aura des compliments à adresser à ses amis ; ses instructions ont été suivies» Ce n'était pas tout d'avoir prononcé la déeliéance du souverain Pontife, l'Assemblée tenta de rendre le clergé lui-» raéop^e complice de son sacrilège. Elle se rendit en grande cérémonie à Saint-Pierre, et somma les chanoines du Vatican de cbantor un Te Jkum^ en les menaçant de s emparer de leurs personnes et de ce qu'ils possédaient, s'ils refusaient d'obtem* pérer à cette injonction impie. Ils refusèrent énergiquemtnt de se prêter à cette indigne comédie. Pour les y contraindre, les triumvirs et l'assemblée firent occuper militairement la oha^ pelle où se trouvaient les chanoines, afin de les empêcher de sortir de l'église ; mais ils s'évadèrent par la sacriatie. Cobh* ment auraientrils pu, prêtres de b sainte Eglise, rendre à Dien; des actions de grâce pour l'attentat qui frappait leur chef au** guste? Us pouvaient mourir, mais non se déshonorer. La dé^ mocratie n'avait que faire au surplus dans l'église qu'elle avait opprimée, décimée, dont elle avait frappé le pasteur. Les boiu^ reaux tuent les victimes, ils ne le^ obligent pas de chanter leurs louanges.
Aucun membre du clergé n/ayant consenti^ malgré les vio«^
Silences et les menaces, à consacrer les crimes commis contre Tautorité de TEglise, les triumvirs furent réduits à requérir les aumôniers des volontaires de Vicence. Un seul accéda à se prêter à cette parodie sacrilège : on chanta le Te Deum en faveur des persécuteurs du catholicisme, mais comme aucun des clercs de la basilique ne voulut l'assister, il dut les remplacer par des officiers de la garde nationale. Ce scandale indigna le peuple, qui s'empressa d'en propager la nouvelle, afin de déshonora la République et de provoquer l'intervention de PEurope catholique. Les journaux de France, de Belgique, d'Espagne, connus pour défendre la cause de la religion, reçurent à cette occasion une foule de lettres leur racontant les détails de cette abominable cérémonie.
En sortant de la basilique, un représentantdit à ses collègues :
-*« Nous devions nous attendre à ce qui nous est arrivé, au refus du dei^é. Il fallait nous passer de Te Deum. Est-ce que les montagnards allaient à la messe?
— c Tu seras damné, dit en riant atrocement Vun des athées qui se trouvaient là.
«— a Mon cher coHègue, reprit l'autre député, mieux vaut être le premier des damnés que le dernier des ^ints! »
Et ils sortirent en riant pour haranguer la populace à l'angle des carrefours, pour tendre les traquenards démocratiques sous les pas du public.
Les républicains orateurs et organisateurs de manifestations, poètes, sophistes, déclamateurs, gens très-avides de louanges, en leur qualité de partisans de Tégalité, tâchaient, à Rome quand ils ne pouvaient s'en attirer par leur mérite, d'en obtenir à prix d'argent ou de telle autre manière. Ils étaient suivra d'une bande de fainéants, spécialement destinés à les applaudir. Les citoyens qui se prêtaient à cet avilissant métier étaient les claqueurs de ces tristes comédiens (1). C'était, au
(1) Un certain prince donnait des ^aioche$ {des sous) aux gamins de Rome pour crier, sur son jiassage, lanlôl : — « Vive U prine$ "^^ î » tanlôl :
surplus, un vieil usage à Rome, et Pline s'en ex[^ique ainsi en parlant d'avocats sans vergogne : « A leur suite marchent des auditeurs tout à fait dignes d'eux^ que l'on achète à beaux deniers comptants. Cette foule mercenaire se presse autour du chef de Moque de nos avocats, au milieu même du palais, et là, comme dans une salle à manger, il leur distribue des vivres. Aussi les a-t-on nommés plaisamment, en grec iophodeis (qui savent s'écrier à propos), en latin toudicœm (louangeurs pour un repas). Cette manœuvre honteuse, flétrie dans les deux langues, ne gagne pas moins de jour en jour; je l'ai éprouvé : Deux de mes domestiques, à peine sortis de l'en&iice, furent entraînés et forcés d'aller applaudir, pour trois deniers (environ vingt-quatre sous). Voilà ce qu'il en coûte pour être grand orateur; à ce prix, il n'y a pas de banc que vous ne remplissiez, pas de cris d'enthousiasme que vous n'arrachiez, quand il plait à celui qui règle ce beau concert d'en donner le signal; car il faut bien un signal pour des gens qui ne comprennent rien^ ou qui même n'écoutent pas. »
Cette vigoureuse sortie peut s'appliquer non moins exactement aux députés qui proclamèrent la République à Rome, et aux claqueurs qui applaudirent dans les tribunes et dans la rue à cette amputation de la liberté et de la morale.
Ces députés, unis par la solidarité du crime^ n'eurent-îls pas l'audace de déclarer, par un décret, que l'Europe les admirait? C'était l'orgueil, l'impudence, l'effronterie et le ridicule poussés jusqu'à leur suprême limite, élevés jusqu'à leur plus haut degré. L'Europe se préparait à faire la guerre de l'ordre contre l'anarchie à ces petits-fils de Brutus. En attendant, ces factieux se vautraient dans l'ignominie de leur immoral triomphe. Us abusaient du pouvoir comme s'ils eussent cherché
— « Vive le citoyen *** ! » suivant les circonstances. Il arrivait quelquefois que les petits polissons prenaient l'argent de ce prioce révolutionnaire et se sauvaient en lui faisant la grimace, en accompagnant cette mystification déloyale de sa vanité puérile et misérable de ce geste moqueur commun aux enfants mal élevés.
à «'étourdir sur les périls qui les menaçaient, tts faisaient servir leur autorité usurpée à la satisfaction de leurs vices et de leurs fantaisies, comme ceux qui sentent qu'elle va leur échapper; ils se hâtaient de jouir tant que Theure du châtiment et de la diute n'était pas encore sonnée ; ils ressemblaient aux hérétiques anabaptistes, lorsque ces communistes se furent emparés de Mûnseret Teurent accablé de leur despotisme sanguinaire, d'où TEurope catholique les chassa également. C'étaient les mêmes passions, les mêmes brigandages, le même athéisme* la même guerre. Mais, au moins, les sectaires du seizième siëcle ne parlaient pas de leur vertu! Au reste, la reproduction de ces faits, quand on remonte dans la tradition révolutionnaire, est l'éternel enseignement de l'humanité.
C'était à l'unanimité que la Constituante votait tous les dé^ crets par lesquels elle ruinait et démolissait l'ordre social. Les quelques députés qui auraient été tentés de faire de l'opposition à la démagogie, avaient été obligés de donner leur démission, sous la menace du poignard, cet uliima ratio des républicains.
Cette unanimité prouvait que la liberté parlementaire n'existait plus. Ces hommes, enchaînés aux mêmes crimes, ces deux cent cinquante rebelles étaient tous montagnards, quoique les unssiégeassent à gauche, d'autres à droite et le reste au centre, fts n'avaient qu'un cœur et qu'une âme, âme et coeur gangrenés d'athéisme, de luxure, d'ingratitude, d'égoïsme et d'orgueil. Liés étroitement par les mêmes instincts, par les mêmes vices, rivés à la même infamie, compromis au même degré dans les mêmes crimes, ils votaient, ainsi qu'ils avaient conspiré, comme un seul homme. Ils n'avaient rien de sacré, ils ne respectaient plus rien, ni la vie, ni la propriété, ni la liberté des citoyens.
Les ministres usurpateurs violaient jusqu'au secret des lettres particulières. Ils se dégradaient par toutes les bassesses, ))on contents de se livrer aux prévarications les plus incrovables.
La R^publiqm ftvait organisé la délation. Les eitoycns les phàs purs étaient à la merci des traîtres. Les haines particuîtèns se dénouaient en drames sanglants, à la faveur du fanatisme démocratique. La rapine, le vol et le meurtre s'abattaient sur Rome comme des oiseaux de proie ; un deuil immense s'était étendu sur la ville éternelle. Ce peuple, naturellement gai etcauseur» portait empreinte sur son front la tristesse de la servitude et le sombre ennui de la peur. L'expiation était dure, comme tenace et folle avait été Terreur. On ne pouvait faire un pas dans la rue sans être coudoyé par des affiliés aux sociétés secrètes, et chaque affilié était un espion et un assassin. Rome apparaissait alors comme une belle femme qui aurait changé sa parure de fête contre un cilice, ses nuits de repos contre des nuits de lamentations et de larmes; sur son morne et pâle visage^ déjà livide comme celui des mourants, le linceul funèbre qui sépare de la vie semblait étendu.
La grande voix du souverain Pontife vint troubler, comhie un remords, les usurpateurs dans leurs voluptés.
En apprenant la proclamation de la République et le déci*et sacrilège imposé à son malheureux peuple, le Saint-Père avait été plus douloureusement affecté que surpris. Comme on lui disait que la République , semblable à une trombe épouvairtable, s'était jetée sur Rome et y avait commis déjà de grands ravages, il s'écria : -^ « La série des malheurs qui menacent Rome n'est point encore achevée ! > car son grand esprit voyait se dérouler l'avenir démocratique sur ses pauvres Ëtats ; il a\'ait la prévision des intelligences élevées : qui voit de haut voit loin. En politique, l'homme d'Ëtat supérieur est celui dont r horizon est le moins borné. Pie IX pressentit de suite, à ce seul mot de République^ tous les malheurs qui allaient fondre sur la ville éternelle. Il se résigna néanmoins, et son courage fut à la hauteur de son chagrin. Dieu avait mesuré ses forces à ses épreuves. I! pleura sur les calamités de son peuple, sur Tincomparable endurcissement i^es uns, sur rindlfférence des
autres, sur la démence de ceux qui se îaissaîent entraîner par la tyrannie de leurs passions. Puis il pria pour eux, pour ceux4à même dont aucune expiation puisse être assez grande pour racheter les crimes.
Le Saint-Père réunit ensuite ceux des cardinaux qui étaient venus le rejoindre à Gaëte, ainsi que les membres du corps diplomatiquCy et prononça devant eux une nouvelle protestation contre ce qui venait de se passer dans la ville éternelle.
C'était le 14 février.
Cette quatrième protestation arriva à Rome comme les précédentes. Lue à la tribune de la Constituante, elle donna Toccasion aux hommes sans dignité qui en faisaient partie, de montrer ce. qu'ils étaient en réalité. Ils accueillirent les paroles de leur souverain, du chef de la religion de leurs mères, avec les cris furieux de : « Vive la République! » Il y en eut qui proférèrent même des cris plus immondes encore et dont la pudeur interdit la publicité. Il fallait que leurs cœurs fussent bien morts à toute noble sensation, à tout sentiment humain. Ils cherchaient à dissimuler leur trouble par Tinsulte, arme des êtres grossiers. Le gouvernement ne pouvait rester en arrière. Le ministre de la guerre, Pompeo di Campello, parut à la tribune et dit : — « Puisque vous avez permis, ô représentants, que cette enceinte s(urie fût bouillie par la lecture d'un pareil document, je vous propose, en réponse, de formuler un décret par lequel les chevaux des gardes-nobles et tous ceux des palais pontificaux seront confisqués pour être appliqués au service de Tartillerie. »
Ce décret fut le prélude de la spoliation du clergé, qui devait précéder celle des autres citoyens. Sterbini proposa à TAssemblée de décréter la contiscation de tous les biens des congrégations religieuses au profit de TÉtat; or, l'État c'était lui et ses complices. Et , pour empêcher que des ventes simulées ne pussent sauver quelques débris du naufrage , le projet du décret portait que toute aliénation était nulle, qui aurait eu
lieu depuis le départ du souverain Pontife. L'inventaire de tous les biens, propriétés^ immeubles, revenus, eflets mobi-* tiers de tous les couvents ^ églises, congrégations, évêcbés, presbytères, même des hospices et de tous les établissements de charité, fut dressé par des commissions dites populaires, par Ciceruacchio et les autres hommes de carnage. Les républicains avaient enfin mis les mains sur les richesses que leur avidité couvait depuis tant d'années! Sterbini, nommé bientôt au ministère des travaux publics, s'empressa de mettre à exécution ces décrets, et vola pour son propre compte des sommes énormes. Quand le Moniteur eut appris sa nomination au peuple, celui-ci dit qu'on s'était trompé, que ce n'était pas aux travaux publics qu'il méritait d'être, mais bien aux travaux forcés. Il fallait l'y mettre. Encore une fois, les nations opprimées se sauvent par du courage, non par des paroles, et il n'est pas de joli calembour qui vaille une vigoureuse action.
De son côte, Galetti fit voter une loi abolissant toute juridiction ecclésiastique, quant aux biens et aux personnes. De plus, le chapitre de Saint-Pierre fut condamné à une amende considérable, pour n'avoir pas voulu célébrer la fête en l'honneur de la République.
Le Moniteur et les murs de Rome étaient couverts de dé^ crets semblables. Les démolisseurs abattaient avec une activité pleine de rage. Depuis que la fortune publique était tombée dans les mains de ces fripons, le peuple refusait les bons du Trésor; l'Assemblée établit des boutiques officielles de changeurs. En même temps elle faisait changer les couleurs pontificales et faisait accrocher des aigles aux drapeaux de la patrie.
La Constituante marchait rapidement chaque jour dans ce régime de confiscation et de spoliation qu'elle avait inauguré. Elle mettait la main sur tout ce qui était à sa convenance. Elle frappait le peuple de contributions énormes, selon sa commodité et son caprice. La vieille jalousie des philosophes
contre le clergé, des libéraux contre Tes conservateurs du principe d'autorité dans f.oute sa force, amenait Toppression de la partie saine et morale de la population, qui recevait une sanglante leçon pour sa faiblesse.
Le Gouvernement s'était fait faux-monnayeur en altérant les monnaies d'or, d'argent et de cuivre. Il continuait à chercher à s'attacher la lie du peuple par des concessions et par la flat* terie.
Tout se faisait au nom du peuple*
Les anarchistes entassaient ainsi ruines sur ruines^ édiGant sur les débris, avec du sang et de la boue^ l'édifice démocratique et social qu^un souffle devait faire crouler au milieu des applaudissements de tous les peuples civiUsés. Les usurpateurs étaient maîtres absolus; ils avaient promis au peuple la liberté, voilà comment ils la leur donnaient. Nulle opposition ne leur fut faite cependant. Us pouvaient tout. Qu'on juge de la valeur de leurs utopies par Tapplication qu'ils en firent, sans contestation, sans opposition, sans autres protestations que celles du Saint-Père ! Or, ces courageuses protestations ne les arrêtaient pas ; on a vu le cas qu'ils en faisaient. Dire tous les abus d'autorité qu'ils se permirent, impossible. C'était un système général de bouleversements, de spoliations, de fraudes. Qu'on se figure des flétris sortis du bagne, investis tout à coup du pouvoir, et Ton se fera une idée des législateurs delà République romaine; encore des forçats auraient-ils plus de pudeur. Les démocrates étaient tombés plus bas encore. Jamais semblable débauche politique n'avait été donnée en scandale à l'univers.
Pas un de leurs actes qui ne soit marqué au coin de la plus monstrueuse infamie. M. P.-L Proudhou lui même, Yennemi personnel de Dieu et le pourfendeur de la propriété, comme il s'appelle, n'aurait peut-être pas tant osé. Dieu préserve pour«« tant les nations de la dictature de M. Proudbon et de son AfHirehie, ce dernier mot de la science moderne !.n,*,
Le Comité eiécuttf, abundonnanl le système administratif des c^iefs de division, revint à celui des ministères ^ comme pouvant satisfaire plus d'avidités. Forent nommés, avec Sterbini anx travaux publics, comme nous l'avons dit, Safli à Tintérieur, Guiccioli aux finances, Muzznrelti à l'instruction publique, Lazzarini à la justice ; Campello fut maintenu au ministère de la guerre, et, pour faire croire que les préoccupations des tyrans étaient grandes au sujet des moyens de résister aux Autrichiens et de soutenir les combats de Tindépendanoe italimine, on adjoignit deux collaborateurs à Campello ; ce furent Mezzacapa et Calandrelli , qui , n'ayant pas eu leur part dans la curée, s'étaient plaints avec amertume.
L'occasion vint pour eux de se distinguer, de montrer leur savoir-faire. Rome était en carnaval; elle cherchait à oublier son ignominie dans les fausses joies de ces fêtes tristes toujours, cette fois infâmes. Rome oubliait ses douleurs ; ell« cichait ses larmes sous le fard, sous les mouches et sous le masque; elle riait, elle chantait, elle dansait sur son cratère. Elle se couronnait de fleurs, fanées hélas t comme sa pauvre Am^, flétries comme son honneur. Elle cherchait dané l'orgie perfide l'oubli de ses souffrances ; elle couvrait ses plaies saignantes du domino des voluptueuses intrigues, des mystérieuses luxures. Les croisées des palais et des maisons étaient encombrées de femmes rieuses et parées ; du bas de leurs boutiques, les marchands, oubliant la banqueroute (pii menaçait Rome, regardaient passer les masques insolents , cheminant follement, les uns en voiture, les autres à pied, d'autres à eheval. Tout à coup, une nouvelle, qai se répand rapide comme l'éclair et tombe au milieude ces amusements misérables oornse une averse, disperse tous ces fanfarons de débauehe : Le$ Au^ tridnem $ant à Ferrarê!
RéveiIle4oi» Rome! il s'agit bien vraiment d'oublier 1 il t'iH git bien de rire rt de faite wgiel Jette cet coupes pUma, jistte ces fleurs lâM ptrfomf DépoutlMoi do ces firiperiM tu-*
«dignes et ceins tes reins de Tarmure des batailles ! Descen* dants des vainqueurs du monde» fils de César, aux armes! Tes CatHina vont te conduire aux combats , sans doute, aux cornbats où triompheront tes légions invincibles! Fiers républicains, rheure des paroles a fui, celle de l'action vient de sonner : aux armes !
Mais quoi! que sont devenus ces intrépides traineurs de sabre, qui paradent si vaillamment dans les rues, ces officiers si bien parés, à la martiale allure, aux moustaches menaçantes, aux éperons retentissants? Usent été seller leur cheval de bataille, et ils vont revenir, pleins d'une mâle ardeur, pour te conduire à la grande guerre de Tindépendance italienne ! Pas
du tout. Ils ont été changer de costume et se cacher!
Mais au moins les tueurs des sociétés secrètes, ceux qui portent la rouge cocarde , ceux qui sont si braves pour assassiner de pauvres prêtres, des vieillards sans autre défense que leurs vertus , tu peux compter sur ceux-là ? — Pas d'avantage. Us ont déchiré la cocarde de la Terreur ; ils ont mis dans leur poche le bonnet phrygien ; ils ont fait comme les autres, ces intrépides, ils ont eu peur des Autrichiens !... Le Cercle Populaire» les habitués du café des Beaux-Arts, les sociétés secrètes, les clubs, les cercles^ ceux qui, depuis plusieurs mois, ne cessaient d'exciter à la lutte, ils paraîtront peut-être? — Non!
Mais la Chambre, la Chambre, au moins, va prendre des mesures promptes, énergiques, car elle est active, implacable, sans pitié ; elle Ta bien prouvé ! et elle déploiera la même ardeur contre les Autrichiens, ces ennemis de l'indépendance, qu'elle a déployée contre les prêtres, citoyens de Rome, Italiens comme vous tous? — Non encore!
L'Assemblée eut des séances de nuit. La tribune craqua sous les orateurs. Us furent très^véhéments, il faut l'avouer ; ilft maudirent les Autrichiens en fort bons termes ; ils dirent combien ils aimaient la patrie ; ils furent éloquents; et si cha-
que parole eût Talu un coup de sabre, c'en était fait de Tarmée autrichienne. Ils firent un pressant appel au patriotisme, au courage, au civisme, au désespoir, non-seulement des Romains^ mais de tous les peuples de la Péninsulç ; mais ils n'envoyèrent pas un seul homme à Ferrare, que gardèrent les Autrichiens.
n y eut une foule d'ordres du jour belliqueux, retentissants, mais. ridicules. Hs peuvent se résumer tous ainsi : — « Marchons, courons, volons au secours de nos frères ! Aux armes! Vive la République! vive Tltalie ! vive l'indépendance ! Mort aux Autrichiens ! Nous sommes vaillants et forts ! Nous n'avons pas«peur ! Nous vaincrons I Que l'ennemi tremble! Nous descendons de Rrutus ! Vive la liberté ! à bas les prêtres ! Marchons, courons, volons aux combats ! Aux armes ! »
Et personne ne bougeait. C'était toujours, et toujours, la même jactance méridionale et la même lâcheté en actions.
— € Citoyens ! s'écriait le ministre de la guerre, ce mata* more^ans courage^ l'un des plus plats poltrons entre tous ces lâches, — c( citoyens ! si dans le passé nous paraissons moins que des femmes, c'est que le soldat romain n'a de cœur que sous la^République ! Mais l'avenir trouvera en nous plus que des hommes! vous redeviendrez les Romains de l'antiquité! Là oii flottera votre drapeau, l'ombre de Brutus frémira de joie, et la prunelle de Marins lancera des écla'uns ! »
Efforts inutiles autant que risibles ! la démocratie romaine n'avait pas de fibre militaire. Le soldat romain qui n'a de ecmr que sous la République, laissa ce cœur héroïque exhaler son courage dans des cris de victoire, mais rien de plus. Les Ro^ mains de l'antiquité ne surgirent pas de leur tombe ; ceux de la 9Cienee nouvelle ne se montrèrent pâs plus que des honrnes; l'ombre de Brutus put se dispenser de frémir de satisfaction , et la prunelle de Marias ne lança rien, pas le plus petit éclair: seulement neuf mille bandits nommèrent Mazzini député romain.
Les fréoocopaUoM de la guerre fureot un prétexte nooTeM p<Nir les républicains au pouvoir, pour se litrer à de nouvelles escroqueries et pour s'enrii^fair révoluttonnaîrement. Ub atta* quèrent la [propriété par un emprunt forcé de dix-eept nul-* lions de francs qu'ils décrétèrent et qui, leté sur U9$ang$ues du peuple, sur les exploiteurs du pauvre peuple^ frappait les riches* les capitalistes, les négociants, les sociétés industriell es et les propriétaires^ Quant aux congrégations relieuses, elles étaient complètement dépouillées au nom de la firtttfnilé*
Cet emprunt fnrciy voté par tes hommes de la liberté, était un impôt progressif: aux uns, on prenait le quart de Jeur fortune* aux autres le tiers, à d'autres la moitié ; il y en avait qu'on spoliait des deux tiers de ce qu'ils possédaient. Ce sodalisme était logique. Un peuple qui a laissé des usurpateurs violer la légitimité du pouvoir, doit s'attendre à voir violer également la légitimité de la propriété. Là où la religion est méoonnue, la propriété, la liberté, la famille, Thumanité ne sanndent être respectées.
Ce n'était pas assez de destruction, pas assez de ruines, pas assez d^atbéisnie ; les républicains de l'assemblée n^ étaient point encore gorgés. Surla demande de l'ex-prince de Canine, qu'on était certain de trouver inventif en propositions violentes et impies, ils décidèrent que les cloches des églises qui appelaient le peuple des fidèles à la consolante prière, seraient arrachées des temples et fondues pour faire des canons. C'était encore un plagiat misérable de 93. Ils organisèrent en* nuîte une fôte^ pour célébrer l'avilissant anniversaire de la République française de février; à ce sujet, ils illuminèrent le Capitole, et les bandes anarchistes parcoururent la ville avec des flambeaux en hurlant leurs refrains obscènes et sanglants.
En môme temps, l'Assemblée votait les décrets nouveaux qu'elle entassait les uns sur les autres pour la régénération de
Vlttik : '^ nouyet emprunt forcé sur les riches ; -^ eaurs forcé des billets de la banque; — prohibition de Texportation des chevaux et mulets; — autorisation à la banque d'émettre pour un million trois cent miile écus romains de billets, avec obligation de donner aux gouverneurs de la République cinq cent mille écus romains ; -^ versement forcé dans les caisses Je la République, peur les beêoins de la patrie^ de tous les dépôts d'argent appartenant aux institutions de main-morte» se trouvant, soit dans les caisses publiques, soit chez les particuliers; — (1) autorisation au ministre des finances de disposer de tous les biens ecclésiastiques, ainsi que de ceux des pères jésuites; — émission, pour la somme d'un million d'écus, d'une fausse monnaie, dite^rosa^ dont personne ne voudra ; — perte pour las évâques de leurs droits de juridictioti sur les universités et les collèges, afin de livrer la jeunesse à Tensei* gnement athée du soôiaKsme ; — suppression des tribunaux relevant de la juridiction ecclésiastique et de ceux composés de dignitaires appartenant à la cour romaine; — abolition de la censure, des douanes, et autres obstacles créés contre la libre circulation des livres > gravures et images obscènes, impies et immoraux ; — envoi décent raille écus aux insurgés de Venise; — vente de tous les biens ecclésiastiques, à la« quelle les juifs et les anglais hérétiques sont conviés; — privation de leurs emplois , de leurs traitements et des re^ traites auxquelles ils ont droit, pour tout fonctionnaire public qui ne ferait pas acte d'adhésion à la République et ne dénoncerait pas ses ennemis; «~ création d'une direction de police générale sur les bases de celle de la Terreur ;-^mission d'une monnaie de cuivre de la valeur de trois baîoques; --^ abobtioh de la taxe aux frontières des États limitrophes; -^privation
(i) Ce décret permit au Gonvememenl de 6'eoip«rer dH épargnes des travailleurs, qui prétendit les remplacer en déposant dans les caisses des mont&de-piété la même somme, mais en|billets qui, en attendant qu ils ne valussent plus rien du tout, éprouvaient déjà une baisse de trente pour cent^
pour les ecclésiastiques de l'administration des biens appartenant aux hôpitaux et autres maisons de charité ; — incapacité pour les églises, les corporations religieuses et autres établissements de main-morte, d'acquérir des biens à quelque prix que ce soit.
La République rendit encore bien d'autres décrets arbitraires. C'était l'iniquité poussée jusqu'au délire; c'était le communisme matérialiste avec ses farouches et sanguinaires conséquences pratiqué par TEtat; c'était le vol, le brigandage exploités au grand jour, au détriment et à la honte des bon* nêtes gens recevant chaque coup sans les rendre.
C'est par ces dilapidations de la fortune publique et de la fortune privée, que les amis du peuple travaillent à son bienêtre et à l'indépendance de l'Italie T C'est en foulant aux pieds tout droit, c'est en abusant de la façon la plus indigne de la force brutale, qu'ils régénèrent la pairie! C'est en volant toutes les richesses données aux églises par l'univers catholique tout entier, en pillant même les établissements de bienfaisance fondés par la piété des particuliers et en prenant même les propriétés leur appartenant; c'est en s'adjugeant la bibliothèque du Vatican, des Archives et celle du Saint-Office, qu'ils édifient la science nouvelle!
Et puis , à l'imitation des gouvernants, les forbans qui les ont mis là à la condition qu'ils pourront voler et tuer aussi, se livrent à tous les débordements. Ici, ce sont des citoyens dépouillés par des bandes de brigands; là, des paysans qui refusent de donner leur argent, qui, sous le prétexte qu'ils sont des jésuites déguisés, sont massacrés et jetés palpitantsdans le Tibre ; ailleurs, ce sont des boutiques pillées, des femmes enlevées et violées. Et pendant ce temps, des proclamations sont affichées, dans lesquelles la République, forte de son courage, de sa vertu, de sa modération, défie TEurope coalisée. L'appel suivant est adressé à tous les peuples :
« A tous tes peuples!
€ Un peuple nouveau se présente à vous, pour vous demander et vous offrir un échange réciproque de bienveillance, de respect et de fraternité! Ce peuple qui se présente à vous comme nouveau, était jadis le plus illustre de la terre, mais entre son antique grandeur et sa résurrection actuelle, la papauté est intervenue pendant mille ans.
« Peuples de l'Europe! nous nous sommes connus quand le nom du peuple romain répandait la terreur ; nous nous sommes connus quand notre nom faisait pitié! Vous pouvez avoir en horreur cette époque de domination et de violence, mais vous ne pouvez nous condamner à mériter la pitié du monde!
c L'histoire de ritalie était pleine de larmes et on en attribuait une grande partie à la papauté ; néanmoins, lorsque la papauté prit l'initiative, le monde vit que les Italiens étaient prêts à oublier des fautes, et^ au nom d'un pape, la révolution éclata; mais ici fut l'épi^uve de ce que pouvait la papauté et de ce qu'elle était incapable de faire. Les prédécesseurs du Pontife régnant étaient trop prudents pour se lancer dans une semblable épreuve, et par les malheurs du peuple on put mesurer leur puissance. Le dernier pape s'aventura le premier et se mit à l'œuvre, mais il s'en retira quand il vit qu'il avait manifesté l'impuissance de la papauté à rendre la nation italienne libre, indépendante, glorieuse. 11 voulut s'en retirer, mais trop tard ; voilà pourquoi la décadence de la papauté a suivi de si près son triomphe. C'était une aurore boréale qui précédait les ténèbres. Néanmoins nous espérâmes, mais la papauté nous renvoya une réponse de réaction. La réaction fut vaincue. La papauté avait dissimulé, et, voyant le calme du peuple^ elle s'enfuit. En fuyant, elle viola la constitution, nous laissa sans gouvernement, fomenta les discordes, se jeta dans les bras du
plus féroce ennemi de Tltalie et lança reieommnukatioo côirtre le peuple.
« Prùvùqué$ et abandonnés i nous-mêmes, nousatoDs accom* jrfi notre résolution mnt foerser une gauue d$ $(mg : nous a?oni réédifié êOM quê VéerùiUement de la desiruetian se fii emmiré; nous avons aboli la souveraineté des papes après tant de sièdes dft douleur^ non par hainêfcurlaftfautéy mais par amour pour la patrie. Quand un peuple a su mener à fin uae révolution avec une mùroHii auni remarquable doM son but que dans k$ îMigens emfloyéSy il a montré qu'il était digne» non de servir la papauté, mais de se gouverner lui-même. U a prouvé qu'il était digne de se constituer en République, digne par conséquent de tkire partie de la grande famille des nations et d'obtenir votre amitié et votre estime.
c Pour TÂssemblée constituante ;
« Signé: Galetti, président ; Filopàtiti ,
pABRETTI,PeNNOCHI, ZaM-
BiANcm , secrétaires. »
Cette adresse, votée è runanimitéi avait été rédigée par le député Âgostini.
D'avance les faits ont répondu à ce manifeste menteur dans toutes ses lignes. Au point de vue historique, il trabit la plus insigne mauvaise foi^ car nul ne peut nier le grand rôle joué par la papauté sans être infAme. Et au point de vue moderne, qu'en dire? Quoi ! ils ne méritent pas la pitié du monde? Mais non-seulement FEurope a pitié , mais ils Ini font horreur. C« n'est pas devant le peuple qu'a fui la papauté, c'est devant l'ingratitude et la violence de la populace et de ses meneurs. Ce sont eux qui ont violé la constitution et fomenté les désordres. La papauté pouvait lancer l'excommunication contre le
peapie, die ne r« pis &!(, oomme ils le prétendent. Ils osent déclarer qu'ils ont été provoqués, ces sanguinaires provocateurs! Ils osent dire qu^ils ont accompli leur révolution sans verser une goutte de sang, quand le poignard qui a frappé M. Rossi n*a pas cessé de fonction ner depuis! On ne peut compter toutes ks victimes ! L'écroulement de la desiructton ne s*est pas fait entendre ! croient->ils donc s'adresser è des sourds et à des aveugles? Qui donc espèr^t^ls tromper? Ils n'ont pas de haine contre la papauté ! Us n'ont agi que par tendresse pour la patrie! Et leur révolution a été menée avec une moralité aussi remarquable dans son but que dans les moyens employés ! Us réclament l'amitié et l'estime des nations ! L'estime et Famitié pour leurs assassinats, pour leurs vols organisés, pour le pillage et la ruine de Rome !...
Comment se fait-il donc qu'aucun peuple ne répondit à ce manifeste?...
Mais void que parait sur la scène le grand acteur de cette sanglante tragédie. Mazzini arrive à Rome au milieu de Tova^» tîaii de tous les brigands impurs qui l'infestent. Âh ! le nom de ce monstre doit être maudit, comme ceux de ses complices, maudits et exécrés dans toute l'Italie, et rien n'efiacera le sang et la boue qui les souillent. Fanfaron dépourvu de tout courage personnel, d'un orgueil qui n'était égalé que par sa mauvaise foi, arrogant batailleur, mais en paroles seulement, U était regardé alors comme le centre de la démocratie italienne. Le nombre d'honnêtes gens qu'il avait fait assassiner comme l'un des principaux chefs des sociétés secrètes lui avait valu une certaine influence, bien tombée depuis, parmi les démagogues européens.
Porté, le 6 mars, en triomphe à l'Assemblée, il y fut ac-* cueilli avec des bravos frénétiques, et son nom flétri fut salué d'acdamations bruyantes. Tous les députés se levèrent, comme un état-major quand parait le général en chef. Le président lui ofl'rit respectueusement place à ses cAtés.
II prononça d'un air d'importance un emphatique discours, dans lequel il s'arracha à lui-même le masque hypocrite qu'il avait pris. Voici un passage de ce discours, qui commence par les accents d'une fausse modestie et finit par ceux d'une cynique franchise :
— « Si j'ai fait quelque bien, c'est Rome qui m'en a inspîi'é ridée. Lorsque, tout petit enfant, je lisais les annales de l'Italie, j'admirais d'abord la Rome des Césars, qui a conquis le monde par la force des armes; puis la Rome des papes, qui a conquis à son tour le monde par la force de l'idée. Il me semble qu^une ville qui a réuni deux si grandes destinées, qui a eu ses deux époques si mémorables, pendant que tous les autres peuples s'éclipsaient pour ne plus reparaître ; il me semble, dis^je, que cette ville doit avoir encore une troisième époque, une troisième destinée. Salut donc à la Rome du peuple, succédant à la Rome des Césars et des papes ! »
 la populace pressée sous ses pas, il avait dit : — - « Nous avons jusqu'^à présent traversé une époque de mensonge, dans laquelle les uns criaient viva à celui pour lequel ils n'avaient aucune sympathie, et parce qu'ils croyaient pouvoir s'en servir; une époque de dissimulation pendant laquelle les autres ca^ chaient leurs desseins, parce qu'ils pensaient que l'heure de les révéler n'était pas encore venue ! »
Devant la Chambre, Mazzini reproduisit la même pensée. Ainsi, il avouait que la révolution avait effrontément menti, qu'elle avait trompé Pie IX, qu'elle s'était jouée de sa bonté, de sa clémence. C'était la justification des protestations de Gaète et de l'indignation de l'Europe.
Un hourra d'applaudissements rompit le profond silence avec lequel les députés avaient écouté les paroles du grandmailre des sociétés secrètes. ^
La vie de Mazzini est connue. Il a conspiré depuis son enfance. C'est l'homme des conjurations souterraines. Ses armes bont la parole doucereuse, le poignard implacable, la pompe
— Blet la poésie de la forme pour cacher le meurtre, comme se cache le serpent sous les feuilles. Intelligence remarquable, mais esprit faux et cœur sans chaleur et sans amour, il fut te fléau de l'Italie. 11 tient à la fois de Robespierre et de Gracchus Babeuf. Conspirateur implacable et farouche comme celui-ci, il esi, comme celui-là, de l'école jacobine pure. Il se dit déiste, et, la religion détruite, il aurait volontiers reconnu par un décret l'existence de rÊtre-Supréme. Le mot Dieu, le mot Peuple et le mot vertu, voilà le fond da sa phraséologie. Au nom de Dieu, il brise le catholicisme ; au nom du peuple, il organise la dictature et la terreur; au nom de la vertu, il pratique le crime et le vice. Quoi qu'il en dise, il est athée et communiste. Athée, car le Dieu qu'il adore, c'est la nature, qu'il déclare vouloir mettre à la place du pape ; communiste, car son but, dit-il encore, est de faire parvenir le prolétariat à la domination , d'abroger l'autorité et l'ancienne société civile, et de fonder une nouvelle société sans classes et sont rapports ctv^ de propriété. Il n'étend pas seulement son système de République démocratique et sociale à l'Italie; il organise des sociétés secrètes par toute l'Europe, ayant pour objet c d'organiser des dépôts d'armes et de munitions de guerre ; de former sous main des tribunaux révolutionnaires énergiquement composés, et d'établir en même temps des listes d'ennemis des peuples, qui, aussitôt la révolution éclatée, doivent être arrêtés et mis à mort. »
Cet homme de rapine, ce matamore qui prétend faire trembler l'univers, se sauve toujours lâchement au jour des dangers. 11 flatte, il dupe, il aveugle les peuples, et se joue de leur enthousiasme et de leur crédulité.
De tout temps, il s'est allié aux protestants de la Grande- Bretagne, qui l'ont encouragé de toutes les manières.
Les membres des sociétés secrètes peuvent fonctionner publiquement en Angleterre ; ils peuvent impunément achever, compléter l'œuvre de perdition, d'athéisme et de misère com*-
iMiicée par le pnHestântisme dus ee malheureux pays. Non« seulement ik sont tolérés, mais encore ils sont applaudis et encouragés. Cette politique est conforme aux traditions diplo* matiques de la Grande-Bretagne*
Quel est, en effet, Facte révolutionnaire qui n'ait toujours, et tout de suite, obtenu Tadliésion du cabinet de Saint-James ? Il 3erait difficile, je pense, d'en citer un seul, à moins qu'il ae a'agisse de tentatives d'indépendance faites contre l'Angleterre même.
C'est là une des règles éternelles de sa politique, et quels que soient les hommes placés à la direction des affaires, on peut tenir pour certain que tous suivront cette ligne de con* duite.
Le gouvernement anglais pousse aux révolutions parce qu'il croit trouver son profit dans le malaise et raflaiblissementdes autres. Et il dit en même temps : — € Vous le voyez; je n'empêche pas les autres pays de faire chez eux tout ce que bon leur semble, fût«*ce même des folies ou des atrocités. Cela ne me regarde pas. Je ne suis pas la terre pratique, mais la terre hospitalière des révolutions. » BtUe Briianma.
La conduite impie de rAngleterre mérite les flétrissures de l'histoire.
En Italie, et dans les Etats*Romains principalement, lecabi* net de SaintrJames, dirigé alors par lord Palmerston, ami et collaborateur de Mazzini, se déshonora par ses intrigues hi foveur des révolutionnaires, contre le principe d'autorité religieuse et le principe d'autorité civile.
Depuis^ lord Palmerston est enfin tombé du pouvoir qu'il avait taut souillé.
Le parti de la révolution en Europe en a reçu un coup mortel. L'histoire racontera ce que cet homme d'Etat a fait contre TËurope et contre son pays. La nature a isolé l'Angleterre au milieu des mers; lord Palmerston Ta isolée, en politîqoe» des foaymiMMati du continent. L'Angleterre avait été, par la
déloyauté de aon ministre, réduito à se (l'ouver seole» tm» alliés, sans amis, sans autres alliés que les barricadeura» sans autres amis que les athées, et elle aurait pu ae voir entourée du plus grave danger tant au dehors qu'au dedans, si rabandon ae fût changé en hostilité ouverte.
Intolérant» indiscret, perfide, imprévoyant, lord Palmeratoo entourait et lui-même et sa patrie d'ennemis puissants, et cela sens nécessité comme sans profit. U s'était fait non-seulement le perturbateur des Etats étrangers, au moyen de principes erronnés, comme on Ta vu pour les gouvernements de Grèce et de Naples, mais les mauvaises dispositions de son esprit paralysaient et faisaient oublier celles qui étaient bonnes*
Sa chute a été un acte nécessaire et pour le gouvernement anglais, et pour le Royaume-Uni, et pour la paix du monde. Il est seulement à déplorer qu'elle n'ait pas eu lieu six ans plus tdt; sa réputation, l'Angleterre et l'Europe n*y auraient pas peu gagné.
Les catholiques de toutes les parties du monde ont eu particulièrement à s'en féliciter. 11 n'est pas de méchant bigot, de brute in£klèle (et ce sont les plus méchants persécuteurs), qui ne soit, au contraire, à déplorer la chute de cet homme d'Etat qui, plus que tous les autres en ce sièéle, a su persécuter les prêtres catholiques et spolier leurs églises. Dieu merci! il est tombé celui qui , sous les prétextes les plus insidieux, a provoqué ces guerres civiles qui ont abreuvé de sang le sol de l'Europe, ces guerres souillées de crimes, et doBt \» terme a été l'enrichissement des fripons par les terres de l'Eglise.
Quand lord Palmerston est tombé, il venait d'adresser une note aux gouvernements protestants d'Allemagne pour per^é* euter le catholicisme. Ce dernier attentat ne fut pas permis par la Providence, et dans cette chute, on voit sa main toutepuissante.
Ce n'était pas seulement on agitateur politique que cet aveugle ennemi des peuples, ce n'était pas aeulemtnl un
pseudo-Hbérâl, c'était surtout, avant tout et par dessus tout» un sectaire fanatique. En révolutionnant ritalie, il avait pour but principal de frapper la papauté; en favorisant Kossuth et la Hongrie révoltée» il se préoccupait spécialement de frapper un Etat catholique et de le protestantiser. Il est tombé, comme tombera lui-même un jour le protestantisme. L'hérésie se dissout dans la pourriture; l'anglicanisme se lézarde partout, et partout menace ruine. La lumière de la vraie foi pénèlre en Angleterre, cette fille des prières, qui jadis a produit tant de saints et de martyrs.
Le protestantisme, c'est la révolution religieuse, de même que le républicanisme est la révolution politique.
Le protestantisme, c'est le socialisme et le radicalisme religieux, de même que le républicanisme est le socialisme et le radicalisme politique.
Le protestantisme» c'est la révolution , c'est la révolte, c'est l'anarchie; c'est l'étouffement de la liberté par la licence; c'est surtout, qu'on ne s'y trompe pas, c'est l'intolérance.
Ce qui est résulté de cette déformation du christianisme est connu; on en voit les conséquences : des scandales odieux, et jusqu'à la négation des vérités chrétiennes; certains prolestants, décidés à revenir à Rome, l'ont avoué.
Le protestantisme, ce fut la luxure et l'iniquité de quelques moines, de quelques princes et de quelques bourgeois déchainés contre l'Eglise, dont les vertus, la morale et le joug salutaire gênaient les passions charnelles.
C'est le protestantisme qui est la cause primordiale de toutes les ruines que nous voyons autour de nous. Les révoltes de Luther, de Calvin et des autres sectaires contre l'autorité du Saint*Përe, ont logiquement amené les révoltes des révolutionnaires politiques contre les autorités temporelles. Cela devait être.
Aujourd'hui la Providence contemple avec compassion ces peuples infortunés qui roulent depuis trois siècles dans le tour*
billon de l'hérésie. Elle a pitié de leur misère, qui est si grande, si grande» elles ténèbres amoncelées de Luther à Hegel et de Calvin à Strauss sur ces peuples se dissipent insensiblement.
Uesprit de révolte a épuisé tous les genres de folies, d'absurdités, de crimes; les nations qu'il a grisées retrouvent leur raison et se préparent au retour vers l'unité de la foi.
Le protestantisme va mourir, emporté avec ses enfants, tous ces conspirateurs* tous ces traîtres, tous ces espritS'foru, %ons ces libres penseurs, tous ces anarchistes, tous ces philosophes dont le dernier rêve était de faire disparaître le mot de Provi* dence de la langue humaine.
Mazzini est un de ces bandits sans religion, sans bonne foi, qui n*ont qu'un but : révolutionner le monde, faire des ruines, pour acquérir quelque popularité honteuse et ramasser un lâche butin. Il se grise avec du sang comme avec du vin. Il nie la société monarchique et catholique, il nie l'autorité ; il marche au chaos, à l'anarchie par les ruines, dans les larmes des peuples, dans leur sang. C'est de ces hypocrites qui posent eu illuminés, chez lesquels le style, la parole, le geste, le visage même, tout est menteur.
Ce jongleur à la parole dorée fait parade de son hypocrite déisme pour cacher son ambition. Son Dieu, a lui, c'est le Dieu de la révolte, du carnage, du pillage, de la dévastation; c'est le Dieu du crime, delà fureur; pour trône il a l'échafaud, pour diadème le bonnet rœige , pour emhlomc le poignard oai-
bonaro; cVst le Dieu du mal et de Terreur « cW le Dieu de
FEnfer; c'est Satan!
. Type orgueilleux et dominateur, Hazsini veut régner à tout prix, même auprix de rignominie.
Pour lui, tous les moyens sont bons, il Ta déclaré avec une audace effrontée, et c'est ainsi qu'il eherche à justifier tous ses crimes, par la iancti/icaiian du buL
Avec son intelligence, il eût pu devenir le régénérateur de ritalie par la foi; il préféra être son bourreau par Tathéiame, et tout cela, pourquoi? — Pour recueillir quelques bravos stipendiés , pour être proclamé le plus grand des scélérats et le plus corrompu entre les plus infâmes.
Mazzini imprihia une direction plus démocratique encore au gouvernement de la République. Il fit proposer par Canino et Audinot d'envoyer trois commissaires à Florence, afin de s'entendre sur la réalisation du projet qui consistait à réiinir les deux Républiques. Les commissaires clioisis par l'Assemblée et qui partirent aux frais de FÊtat, étaient : Ignace Guiccioli, Philippe Commerata et Joseph Gabussi.
Dans le même temps, le ministère fut ainsi reconstitué : Aurelio Saifi, à Tintérieur; Rusconi, aux affaires étrangères (i ); G. Lazzarini, aux grâces et justice; Alexandre Calandrelli, à la guerre et a la marine, par intérim; Montecchi, aux travaux publics ; F. Sturbinetti, à l'instruction publique*
Dès son début, ce ministère créa une commission militaire, qui , sous prétexte de préparer la défense de Rome, saccagea les villas, ravagea et pilla les palais^ porta la spoliation et la dévastation chez les particuliers. La Constituante devait se
{{'} Ce Rusconi vinlii Paris, en compagnie de Pescanlîni, autre Réputé, do Rome, sous le prétexte d'essayer de faire reconnaître la République mazzinienne par la France. Ils étalent logés somptueusement, et menaient, à Paris, une eiiâteuce princière, aux Trais du peuple romain. Ils trouvaient m;ssi des rcssoura^s ))our leura plaisirs, dons les millions consacrés k TeiM Iwucbemont, en France, de wMats do rind^pemlanre, dont ils s'ocrupaleol avec Frapolli.
réunir en conrité secret, tous les dix jours, pour entendre le rapport des opérations de cette commission ; les députés furent donc complices des acles de vandalisme commis par elle.
Mazzini organisa de nouvelles et plus barbares persécutions contre le clergé. Les prêtres romains ne ftirent plus seuls inquiétés, menacés, maltraités et volés, les prêtres français, belges et autres, quoique étrangers, subirent le même sort. Et cette République mendiait l'amitié des nations dont elle insultait les saints ministres! n n'y avait plus de droit des ptens à Rome, plus de lois, plus d'ordre, plus de morale, plus (le justice; tout était violé. '
Quel spectacle ! Rome chrétienne, livrée aux barbares de k révolution, hommes grossiers et sanguinaires, semblait être oppressée sans cesse comme au jour de l'immense douleur; on se croyait au Vendredi*Saint, tant les visages étaient abattus. Hais bientôt les hurlements des sauvages faisaient évanouir cette pieuse illusion : on reconnaissait que la capitale du monde catholique était violée par les débauchés de la démocratie. Les palais déserts, les églises profanées, les cimetières privés de croix, — car les impies, dans leur athéisme farouche, n'avaient rien respecté, pas même la mort, — tes images des saints mutilés, les ornements sacrés lapidés ou volés, les murailles barbouillées de ces mots : République, Liberté, Égalité, Fraterniié, ou la mort, tout trahissait le règne des révolutionnaires. Il faut avoir assisté, comme Fauteur du présent ouvrage, à ce spectacle douloureux, pour comprendre l'impression que peuvent produire les excès de la démocratie sur les esprits honnêtes, pour comprendre la haine que les cœurs droits portent à la révolutiou. A chaque pas, on trébuchait sur le cadavre d'un réaciionnairt ; on glissait dans le sang d'un prêtre, d'une femme, d'un enfant!... On rencontrait aussi des troupes de clubistes et de prostituées chantant, dans leur fureur délirante, des hymnes à la déem Raiion; avec des imprécations et des blasphèmes , ils s'installaient dans les temples, qui pleuraient
leurs chaste» et douoes madones. Ainsi marchaient dans la démocratie ces forçats de la révolution > inexorablement enchaînés à leurs crimes, courbés sous la fatalité de leurs forfaits. Et ils riaient, ils chantaient, ils dansaient, ces démons, sur les ruines par eux amoncelées^ sur les ruines de familles mutilées, de cœurs brisés, de principes violés, de citoyens forgés l.«.
Rome, vaincue par les ténèbres et le crime, subissait lâchement la terreur. La peur fait commettre les plus grands forfaits, et surtout en rend complice. Le mal dominait le bien, parce que, dans cette route semée de pierres et bordée d'épines que suivent ceux qui marchent vers le bien, beaucoup se découragent, qui n'ont pas assez de force pour combattre, pour souffrir. Si tous ceux auxquels répugnait Todieuse République s'étaient entendus et avaient eu de l'énergie, ce monstre eut été vite étouffé. Mais ses ennemis ne composaient qu'un corps sans tète; ils se courbaient douloureusement sous le despotisme fralemd; s'ils avaient l'intelligence qui conçoit, ils manquaient de l'intrépidité qui exécute. Ce n'est pas tout de dire tout bas : « Je souffre, » et de maudire ses oppresseurs en se tordant dans ses chaînes; on les enfonce ainsi plus avant dans sa chair : il faut avoir la persévérance qui les ronge maille à maille, ou l'audace qui, d'un coup, les brise. N'ayant pas ce courage, Rome comptait, heure par heure; minute par minute, les jours qu'elle passait ainsi, traînant sa chaîne d'esclavage et de honte, baisant les pieds des tigres qu'elle abhorrait, voilant ses yeux pleins de larmes d'un sourire hypocrite et son front abattu d'une auréole de joie, renonçant même à prier, de peur de profaner la prière et d'être plus rudement frappée encore par les athées qui l'asservissaient. Ces insatiables vampires lui suçaient le sang. La tête de cette reine coupable , opprimée et captive, était enveloppée d'un suaire lugubre; les mains avides des républicains, ces mains aux ongles de vautour, pressaient ses mamelles pour les tarir et les déchirer; ses chairs étaient
affaissées comme celles d'une agonisairte; sa voix, autrefois pleine et forte, ne faisait plus entendre qu'un long cri d'agonie, entrecoupé des chants sinistres des révolutionnaires, semblables au bruit du marteau qui cloue la tombe d'un peuple.
jVI.
Le socialisme à Rome était tombé de la fièvre dans une véritable frénésie. Les apôtres de la secte continuaient à se dévorer entre eux. La moustruosité des principes proclamés par ces nouveaux Titans, soi-disant régénérateurs du monde, monstruosité dépassant même les limites du délire, aurait dû inspi* rer du courage aux amis de Tordre social et leur donner la force de s'en affranchir. Mais ils étaient énervés.
Leur couardise encourage les démolisseurs de l'ordre social. Les prêtres des Missions étrangères sont chassés de leur maison de Saint^ylvestre, au Quirinal; tous les couvents sont transformés en casernes et en clubs, le palais du vicariat en marché ; les saintes reliques recueillies par la foi dans les catacombes d'Agnès et de Saint-Sébastien sont profanées et jetées anx ordures! Les religieuses françaises, couvertes par le pavillon de leur nation, sont brutalement expulsées de leur menas* 1ère du Bon-Pasteur; les républicains volent et emportent chez eux, comme leur butin, les vases et tous les objets sacrés de b chapelle Sixtine. C'est ainsi qu'ils respectent la religion, à laquelle ils demandent des prières par la force ! Les missionnaires anglais, agents de lord Palmerston^ ceux de la république des Ëtats-Unis, peuvent impunément se livrer à leurs intrigues aiiti catholique:) ; ib sont encouragés à inonder les Etats de
rEgHfle de leurd Bibles et de leurs pamphlets protestants. Parmi etix, un prêtre apostat nommé Achilli» chassé du sacerdoce pour rimmoralité de ses mœurs, se distingue par sa propagande impie, à Rome et dans les campagnes. 11 promène ses impuretés dans la ville aux bras des Âspasie, des Phryné^ des Laïs des cari^fours et des boudoirs.
Un dimanche, au milieu de roffice divin, réglise de Saini- Philippe-de-Néri est envahie par les bandes des sauvages; le peuple des fidèles est chassé, les cloches descendues et mises en pièces.
Rien n'égale la férocité que déploient les révolutionnaires victorieux envers les infortunés qui tombent en leur pouvoir. Il n'est pas de raffinements de cruauté qu'ils n'inventent et ne leur fassent subir. Quand ils peuvent, ils ne se contentent pas d'égorger, ils torturent membre par membre, ils coupent leurs victimes par morceaux et se les partagent. Us traînent les ca- 4avres dans la boue et dansent dessus. Dans plusieurs villes de l'Italie, de la chair humaine fut vendue, oui, vendue publiquement! Les marchands criaient : « Quatre sous la livre, quatre Mnu latiande de préire! qwUre êous la livre la viande de soldai! »
Plusieurs en ont mangé !
Et puis^ ils en font autant de Tbonneur de leurs victimes; ils le diffament. Ils assassinent leur réputation coaune ils ont assassiné leur oorps.
Et le gouvernement de Rome parlait de l'enthousiasme des citoyens! Les finances étaient dans le plus triste état. Les impôts forcés n'avaient produit que quelques sommes arrachées à la crainte du trépas, et immédiatement dévorées; Il n'y avait plus de numéraire; les billets du trésor mis au pillage étaient sans valeur. Le commerce n'en voulait pas. — «Nous préférons ne rien avoir, répondaient les boutiquiers. — Emportez notre marchandise; puisque nous sommes forcés de recevoir ces chiffons, nous nous en rapportons à votre probité. »
L'or sous la papauté était plus commun que la plua mincê monnaie de cuivrç aou8 la République.
Le gouvernement lui-même» tout en pillant pour son compte, fit des proclamations contre ceux qui volaient à main armée. 11 n'osait les punir, parce qu'ils étaient ses complices, et il n'avait pas ce droit vis«à-vis d'eux; mais il les dénonçait au peuple. L'avidité était si grande qu'un député, nommé dans deux collèges, demanda deux indemnités!... L'agiotage avait tout gagné» jusqu'à Tarmée. Le ministre de la guerre publia un ordre du jour dans lequel il disait que l'on s*élait plaint dis ce que les officiers et les soldats spéculaient sur les bons du trésor : ^ — « Dans les temps de crise et de périls le devoir de chaque citoyen est de coopérer par des sacrifices au salut de ia patrie ; mais ce devoir est encore plus impérieux cbez ceux à qui l'accroissement du pays a procuré accroissement de fbf- Uine et d'honneur. »
Ces blimes retombaient sur le gouvernement qui avait perverti la nation et accusaient son impuissance à arrêter le dé«* chaînement qu'il avait provoqué. Dans d'autres ordres du jour datés du 27 mars, le ministre de la guerre flétrit ainsi lui-même l'avidité des révolutionnaires : € Les demandes de grades dans l'armée augmentent chaque jour à un pùint honteux, Non^^lêulement il est impossible de satisfaire à toutes, mais cela ne ae doit pas. »
Dans le parti républicain , tout le monde, an nom de Tégalité» a la prétention de commander, et personne ne consent à obéir.
Ihns un autre ordre du jour, le ministre de la guerre s'é^ crie : « Il faut signaler, de la part des fournisseurs de fourrage, Vabuê inique et dihyal de leur position. Ils ne craigamt pas de profiter des circonstances actuelles pour éluder les conditions de leurs contrats et pour donner aux ohevapx une nourriture inférieure sous le rapport de la qualité et de la quantité convenues. »
D^un autre côté, les brigands conduits par Ciceraaechie ne
se contentent plus de piller chez les réactio^naites; ils s'atla* quent même aux républicains, aux hommes du pouvoir, auxquels ils reprennent ainsi ce qu'ils ont volé eux*mèmes. Le directeur de la police générale n'osa pas les punir, mais il les flétrit dans plusieurs ordonnances, et appela leurs crimes dès actes illégaux. La République ne pouvait que protester contre la logique de son principe.
En temps de révolution, ce sont tes plus violents qui dominent. Pour être maître de la situation, la colère ne suffit pas; il faut avoir la rage. C'est en vain, alors, que les théoricieos et les modérés du parti républicain et socialiste cherchent à arrêter le mouvement pour en profiter seuls ; ils sont entraînés par leurs disciples, par leurs complices, et forcés de suivre le torrent de sang et de larmes. La République doit subir les conséquences de sa tache originelle.
Quand même la révolution eût voulu faire de Tordre, cela lui eût été impossible. Toujours son principe la déborde. On ne fait de Tordre durable qu'avec le sentiment religieux ; la force ne suffit pas. L'ordre matériel n'est sérieusement établi que quand Tordre moral est dans les consciences.
Les hommes qui étaient au pouvoir n' avaient-ils pas proclamé, pour y arriver, que Vinsurreclian est le plm saint dès dewirs? Qu'y avait-il d'étonnant à ce que les anarchistes re* tournassent contre eux l'arme qu'ils leur avaient mise dans la main? Que les gouvernements révolutionnaires soient ipquiétés, entravés, combattus, renversés par la révolution, ce n'est que justice. Cette justice de Dieu est souvent lente, mais elle est sûre !
Les républicains eussent-ils été modérés, ils n'auraient pu rien faire pour la prospérité de Rome. La raison en est simple : c'est que leur gouvernement illégitime manquait d'une base incontestable. 11 se produisait comme une usurpatîou, comme une œuvre de violence, comme un accident mallieureux, comme uu essai funeste. Il fonctionnait dans Tintérêt
(Tune faction, d'uD parti» pour la sâtisfoction d'une doctrine, d'un système. Il ne tendait pas au bien général. Eùt-il été caliiie, il eût tout de même entretenu un inévitable malaise dans h société* Là ou le droit n'existe pas, la force morale ne peut se produire , et, sans cette force, point de confiance.
Le pouvoir du Saint-Père était tout différent. Sa légitimité ne pouvait être niée par personne de bonne foi. Ceux mêmes qui ne l'aimaient pas, étaient tenus, en conscience, de le respecter dans son origine.
La République, en la supposant même sans ses violences et ses crimes, était donc impossible. Le peuple, si odieusement égaré par les sectaires, devait répudier son erreur en la détestant. Il devait rompre avec les utopistes et revenir aux con* ditions véritables du progrès, qui sont : la religion, Fautorité et le travail.
Par le respect de l'autorité et de la religion, le peuple s'é-* lève en moralité et en civilisation ; par le travail, il s'affranchit de la misère et de l'abjection qui flétrissent son corps et dégradent son âme.
PendsHDt que ces choses se passaient à Rome, le roi Charles»Albert, qui, par son courage, devait expier sa faiblesse envers la révolution et l'ambition insensée qui lui avait fait 'iésirer la couronne suprême en Italie, faisait un brûlant appel ù tous les peuples de la Péninsule.
Tous ceux qui voulaient réellement l'indépendance de Tlta-
lie n'avaient qu'à venir se ranger sous son drapeau; llieure de Taction était venue.
Les républicains de Rome, qui avaient tant crié : Aux amm! qui s'étaient montrés si farouches dans la persécution (lu clergé sans défense, ne répondirent que par des décrets impuissants ;\ Tappel du courageux monarque, et par des proclamations insipides. Un comité , dit de la guerre , fut nommé, qui décréta que tous les citoyens seraient soldats, depuis dix*huit ans jusqu'à cinquante-cinq; on décréta déplus la mobilisation de la garde nationale, pour les hommes ayant de dix-huit à trente ans. Les douaniers furent également mobilisés. Ces douaniers étaient les sbires les plus dévoués de Mazzini. C'étaient eux qu'on chargeait des expéditions les plus délicates : enlèvements secrets, noyades nocturnes dans le Tibre, égorgements, etc.
L'Assemblée constituante fit une proclamation orgueilleuse, comme toujours, signée ainsi par l'ex-prînce de Canino, président : C-L. Bonaparte. La voici :
<i Alix peuples de la République romaine, a Citoyens !
a Le canon italien, précurseur des batailles et de la mctoire, tonne de nouveau dans les plaines de la Lombardie. Aux armes !
<( Aux armes ! Il nous faut maintenant, non pas de vains discours, mais des faits ! Les phalanges républicaines, s'unissant à celles qui se rassemblent sous les Alpes et aux autres soldats de Tltalie, voleront au eombat. Qu'il n'y ait d'autre émulation que celle de la valeur et des sacrifices ! Malheur à celui qui, dans ce moment suprême, jetterait la division parmi les frères !
« Des Alpes jusqu'à la mer, il n'y a pour nous ni vraie in-
dépendâneel ni vraid liberté, tant que rÀotriehien foulera le so]ssteréde la patrie.
«La patrie demande de vous hommes et argent; levez** vous donc, et à sa demande, répondez : Aux armes ! »
Personne ne se leva; mais la patrie^ c'est-à-dire la RépuhUquej prit l'argent. Quoi qu'ils en disent, c'était encore là de vains discours, qui ne furent pas suivis d'un seul fait.
La commission executive enleva les troupes de ligne à la juridielion des préfets de province, pour les placer sous celle du ministre de la guerre; elle ordonna aux curés des églises, 000 pas de demander au ciel de bénir les armes de l'Italie, mais de chanter d'avance le Te Deum de la victoire. L'Assemblée ccMistituanfe rendit une multitude de décrets, parmi lesquels quelques-uns remarquables par leur inopportunité et leur niaiserie» tels que celui qui ouvre un crédit de 16,800 écus romains pour reprendre les fouilles du Forum, et celui qui prohibe la chasse aux cailles sur le littoral de la Méditerranée. — Et voilà tout le secours que la République prêta à Cbarles*Albert!... Les révolutionnaires de Rome et ceux de Florence n'envoyèrent pas un seul homme, pas un seul, au secours de Tarmée piémontaise qui allait combattre les Autri^ chiens !
Les Italiens s'exécraient bien davantage entre eux qu'ils 0 exécraient les Autrichiens. Avant de haïr ceux-ci et de dé* clamer contre eux, ils auraient bien dû commencer par s'at* uier les uns les autres. Or, c'était tout le contraire. Jamais nation n'était plus divisée, même de langage. Les vieilles ja» lousies des peuples de la Péninsule entre eux étaient loin d'être éteintes. Les Piémontais, les seuls soldats que possédât la Péainsule, avec les Napolitains, étaient particulièrement détestés par les autres Italiens. Les révolutionnaires avaient beau crier de tonte la force de leurs poumons * < Vive l'unité italienne I » cette iinîté n'était pas dans leurs coeurs. Ils le prouvèrent bien
dauB leur conduite vis-à-vis du roi de Naples et de Charles* Albert.
Le sentiment de la nationalité fut donc seulement, en Italie, une exploitation d^ révolutionnaires, et pasautre chose. Cette unité tant acclamée n'existe ni dans l'identité de langage, ui dans celle des mœurs. Encore que cela eût existé, cela n'eût pas entraîné de droit l'unité de gouvernement. L'identité de race même ne doit pas forcément produire Tunité politique. Les faits, d'ailleurs, protestaient hautement contre ces vaines théories.
Les princes, et c'est l'honneur de la souveraineté, eurent le sentiment patriotique de l'indépendance du territoire ita* lien; la révolution, et c'est sa honte, fit tout contre cet instinct de nationaUté.
VIIÎ.
L'assemblée, sur ces entrefaites, décréta la dissolution du comité exécutif et le remplaça par un triumvirat, auquel die confia le gouvernement de la République, et des pouvoirs illimités. Ce triumvirat était composé de Joseph Mazzini, Charles Ârmellini et Âurelio Safii.
Alors commença pour Rome le comble de Toppression.
Sous le règne de Mazzini, qui quintessenciait la révolution, la République chaque jour marchait à sa perfection, à son nec plus tUtra^ à son apogée : le matérialisme et l'anarchie. La perversité et le crime tout puissants étalaient dans la ville leur cynisme effronté. U n'y avait plus de morale à Rome d'où la religion était bannie, car la morale se forme sur les dogmes
relif^ienx. L'oppression républicaine s'affirmait par les me* siires détestables de la terreur : visites domiciliaires, encouragements à la délation et au crime, arrestations arbitraires, piUage des deniers de TÉtât et de toutes ses richesses, impôts iniques, vols par décrets et par invasions chez les particuliers, les communistes de la rue imitant ceux du pouvoir, assassioats publics et secrets. •• Voilà les hauts &its des républicains de Rome sous la direction de Mazzini, qui, en même temps, oi^anisait des fêtes, faisait des proclamations ardentes et poétiques, d'une hypocrisie sans exemple.
Mazzini organisa à Rome la réjouissance obligée : des jeux, peodanl que la capitale de la chrétienté pleurait son chef bienaimé et ses meilleurs citoyens, des jeux à n'en plus finir : tirs au fusil, courses en chars, courses à la hotte, saltimbanques^ marchands forains, lutteurs, bateleurs, feux d'artifice. En annonçant tout cela, les journaux ajoutaient : « Le bal sera délirant, on y verra la meilleure société de Rome ! » Cette meilleure société se composait d'hommes en bonnets rouges dansant des danses obscènes, avec des demoiselles ayant des mouvements lubriques pour toutes les figures.
Des saltimbanques ayant annoncé à l'une de ces fêtes qu'ils /^raient toir des monstres : « Vive le iriummral! vive l'as-' 9€nMée! vive la république!}^ s'écria un jeune réactionnaire. U foule se prit à rire. Mais ce n'étaient pas ces monstres-là qu'on lui montra dans la baraque, c'étaient des femmes ayant de la barbe.
Quant aux courses, elles se terminaient ordinairement par des distributions de coups de poings et de coups de couteau entre les frères voulant se partager les prix.
£o somme, ces fêtes serraient le cœur aux bourgeois, regrettant leurs amusements simples et honnêtes d'autrefois, leur tranquillité et leur liberté passées, et ils se disaient, avec un soupir^ en rentrant chez eux : « Nous étions bien plus heureux quand on ne voulait pas à toute force nous amuser ! »
. Et Ton se couchait sans sécurité^ ne sachant pas si Von ne serait pas égorgé dans la nuit par les hommes de la icûr^re
Depuis que Mazzini était dictateur de la république romaine, la situation de cet infortuné pays s'était encore empirée. Celoi qui se proclame le chef suprême des sociétés secrètes (quoique beaucoup d'agitateurs refusent de subir sa direction inintelligente, emphatique et vénale) avait livré la ville étemelle au vandalisme des membres de ces réunions, jadis clandestines, désormais publiques à Rome.
La capitale du catholicisme gémissait sous la tyrannie des dubs, où régnait l'ignoble sans-culotisme. Les clubistes ressemblaient à des diables; ils vomissaient les ordures les plus immondes dans le plus grossier langage. Dans cet argot emprunté au dictionnaire des bagnes, ils exposaient leurs idées de meurtre avec le cynisme des animaux, avec une obscénité répugnante. Ils se faisaient accompagner dans ces lupanars politiques par leurs prostituées, qui les égalaient en fureurs et en blasphèmes. Ce fumier social exhalait une puanteur de voirie.
11 serait impossible d'écrire ce qui sortait des gueules remplies de sang humain de ces bêles féroces, qui léchaient leurs poignards.
Et ces misérables avaient la prétention de fonder une société nouvelle! Comme s'il était possible d'édifier un ordre |W litiqtie sans ordre moral, sans religion !
— TO- US se proclainaient les régénérateurs de rhumanlté, et ils criaient : c Vite Venfer! » Et ces assassins de chrétiens disaient qu*ils continuaient l'œuvre du Christ!
Le peuple subissait la tyrannie démocratique de cet athéisme;
il s'associait même à ses fureurs. La foule caresse lâchement
le succès. Dans les temps d'abâtardissement et quand la foi
manque aux cœurs, le despotisme, quel qu'il soit, a des admi*
rateurs et des complices. C'est le fait de la bassesse humaine,
(le I egDîsme humain. Tel qui est salué grand et encensé par
ta multitude, qui a réussi, eût été outragé et couvert de boue
par elle s'il eût échoué. En dehors de la légitinaité, en temps
de révolution, le pouvoir est au plus audacieux. On en impose
plus aux foules débordées par sa violence et ses vices que par
ses vertus. N'a'-l-cm pas vu le peuple français, par exemple,
qu'on dit le plus intelligent de Tunivers, acclamer et conspuer
tour à tour Louis XYI> Robespierre, Bonaparte, et tant
d'autres!
Combien peu restent Cdëles à la vérité quand elle est courl^e sous le pied barbare des fils de Satan ! Combien peu sont restés fidèles à leur Dieu outragé, à leurs rois exilés ! Jadis, la fidélité était un devoir; aujourd'hui, soU extrême rareté en a hït une vertu. Les natures généreuses n'adorent pas le succès; la légitimité» le droit les trouvent toujours prêtes à mourir, et plus la bonne cause est peraécutée, plus fortement elles s'y aitachent. Être le courtisan de l'infortune, cela est touchant et honorable, et c'est le fait des convictions qui sont désinté* Msées.
C'étaient chaque jour à Rome de nouveaux crimes^ de nouveaux massacres. Les révolutionnaires, maîtres de Rome^ y donnèrent une seconde édition de la Terreur. Les meneurs des sociétés secrètes avaient recruté, pour les forfaits» une armée de vagabonds» de voleurs, de furieux^ Ces brigands» ivres de sang et de liqueurs fortes, se livraient à des orgies, en compagnie de ces harpies qui représentent la fmme libre dans tous les troubles publics. Ces mégères» filles de joie des carrefours» accompagnaient les assassins et saluaient cliaque victime égorgée avec des propo» obscènes et des gestes indécents. Cette lie impudique et sacrilège était montée à la surface sociale, grâce à la faiblesse des honnêtes gens. Or, dans le danger, la fai* blesse a tous les caractères de la lâcheté ; elle remplit les fonctions de la trahison.
Les sans-culottes de Rome barbottaient dans les ruisseaux de Rome comme autrefois leurs pères, les sans-culottes de 93» barbottaient dans ceux de Paris.
La démocratie victorieuse étalait impudemment le virus de ses vices et la laideur de son cynisme. Elle marchait, ivre de débauche et ^le sang» hurlant des chants de mort ; elle mar chait aux abîmes par des chemins couverts de ruines. On ne rencontrait plus dans les rues de Rome que des bandes d'hommes armés, déguenillés, ivres de vin et de crimes, farouches sicaires chercliant des proies. Leurs regards sanglants se fixaient sur ceux des passants» les uns» coupables d'être prêtres, les autres, coupables d'être riches, les autres cou
pables d'être modérés, d'autres encore^ coupables d'être propres.
Les licences sociales, les libertés déréglées, courbaient la vertu et la sagesse sous la tyrannie populaire, bien autrement implacable et cruelle que la tyrannie d'un seul !...
A la population romaine s'était jointe une population étrangère , rebut de tous les pays, républicains cosmopolites membres de toutes les sociétés secrètes de l'Europe. Ces coupejarrets de la démocratie trahissaient un caractère particulier de lâcheté et de crime. Ils étaient conduits, flattés, entretenus aux frais du peuple par quelques meneurs, idoles des troubles de l'Italie.
Jaloux d'imiter les jacobins de France, ceux d'Italie se rassasièrent de massacres. Ils mangèrent, entre autres, le cœur d'une de leurs victimes, un vénérable prêtre, béni des pauvres gens. Les cannibales de la République n^assassinent pas seu«> iement comme les sauvages, ils dévorentleurssemblables!... Et ces charcutiers humains, ces antropopbages disent qu'ils veulent le règne de la liberté, de la fraternité, de la vertu ! on voit comment ils l'inaugurent !
La révolution est partout ta même. Partout son but et seè moyens se ressemblent, comme ses lâchetés, ses oppressions et ses crimes.
Quelques prêtres apostats, encore vêtus de la vénérable soutane qu'ils étaient indignes de porter, se mêlaient, à Rome^ aux groupes démagogiques. Ils haranguaient la canaille rouge; ils la poussaient aux excès; ils la conduisaient aux manifestations infâmes, aux cérémonies sacrilèges et aux boucheries républicaines. Ils étaient aidés dans cette œuvre d'iniquité par quelques officiers de la garde nationale, des médecins sans talent, des avocats sans conscience, des journalistes ambitieux et rageurs, des boutiquiers orgueilleux et jaloux : savetiers, charcutiers, épiciers, marchands de fromages, sacrifiant les intérêts de leurs boutiques et le repos de leurs familles
fkmilles &u plaisir d*humilier ce qui est grand, de cracher sur ce qui est saint, petits Voltaire, très-petits Mirabeau de magn* flîns, êspriis forts, c'est-i-dire très-faibles, qui ne voyaient pas que le premier acte de leurs amis, les sans-culottes vainqueurs, serait de les dépouiller, eux, bourgeois!..
Les libéraux, ces infortunes et coupables citoyens, ont constamment joué le même jeu imbécile. Les bourgeois romains avaient pourtant, plus que tous les autres, un intérêt primordial, vital à la tranquillité. Ils ne seraient pas papistes par conviction qu'ils devraient l'être par intérêt. La moindre émotion à Rome est leur ruine. L'absolutisme est leur fortune. J'en dirai franchement autant du reste de la nation romaine. Mais tel est l'aveuglement des libéraux, hommes intéressés à Tordre, faisant allègrement du dmrdre par esprit d'opposition, que leur sort a toujours été, depuis 4789, de déplorable et ridicule mémoire, do tirer, comme on dit vulgairement, les marrons du feu pour les radicaux, les révolutionnaires logiques, les communistes.
Il a été, jusqu'à présent, aussi impossible d'empêcher les bourgeois de se livrer à cette politique stupide que nous venons de signaler, qu'il serait impossible, selon la pittoresque expression de l'Estoile, « d'enfouir le soleil en terre ou de l'cnîermer dedans un trou. »
Quelques seigneurs débauchés, dégénérés de leur race, se mêlaient à cette valetaille. Un duc d'Orlénns s'était bien fait appeler Égalité, et avait bien voté la mort de son roi, de son parent ! Le duc de Lauzun, ce Lovelace éreinté, ne commanda-t-il pas pour la Convention dans la Vendée? Et tant d'antres ! les uns par ambition mal comprise et toujours vile, fûtelle couronnée de succès, les autres par caprice, d'autres par peur, plusieurs par tempéramment. La révolution accepte tous ceux qui veulent Taider, tous ceux qui peuvent la servir, bourgeois niais comme arisf ocra les félons, et puis elle envoie leurs
iétes, a la fin^ »*embrasser dans le panier sanglant de 6ê8 éeha* fauds!...
A servir la révolution , il n'y a pas seulement déshonneur » il y a péril; nul profit, ni moral, ni matériel.
Les apostats de la religion, du trône, de la propriété, la ré* volution les abandonne et les brise, après les avoir usés, comme ('Ile brise à leur tour ses propres enfants , les louveteaux en^ Tantes par ses flancs maudits : Robespierre a peu survécu aux {grands seigneurs et aux bourgeois décapités; la République, c'est l'égalité des cous devant la guillotine!
IjCS républiques sont des torrents que grossissent les larmes et le sang des peuples, et qui tombent dans le despotisme.
Telle la révolution. Ce qu'elle ôte aux hommes en dignité et en vertu, elle le leur ôte également en bien-âtre. Crime chez les uns, lâcheté chez les autres, c'est folie et imprévoyance cbei fous.
Combien , à ces émotions coupables , sont préférables les douces et pures joies de la famille, le bonheur du foyer do** mestrqne » è l'ombre d'une autorité forte, protectrice, jpatei:« nelle ! Que d'heures perdues dans les ficres luttes de la polH tique, qui pourraient être si bien employées dans les puretés, dans l'innocence d'une vie modeste et bénie !•••
Et puis, pauvres voyageurs que nous sommes , pesioôs au port commun : l'Eternité !.«•
Dans le triumvirat romain , l'élément habile était représealé fw Armellini, qui, prévoyant des désastres, n'était pas 4r»nt
quille ; rélément violent était représenté par Mazzini, qui 9e posait en sauveur de Tltalie et jurait de la régénérer. Ce char* latan aux allures poétiques, ne pouvait cependant conserver aucune illusion ; il ne pouvait être dupe de lui-même. D'ailleurs les républicains de Rome^ en haine des trônes et des princes» n'envoyèrent pas un seul homme» nous l'avons dit, au se* cours de Charles-Albert, qui s'apprêtait à jouer la fortune de ritalie dans une bataille décisive.
Ce roi courageux avait réuni sous ses drapeaux cent trente mille hommes. Avec de la vaillance, c'était autant qu'il en fallait pour repousser les Autrichiens ; mais la vaillance manqua, comme la probité. L'armée piémontaise avait pour général en chef| non pas un Italien, mais un Polonais émigré, du nom de Chrzanowsky. Il avait sous ses ordres les ducs de Gênes et de Savoie, fils du roi ; les généraux Perron, La Marmora, Durando et un traître, l'ignoble Ramorino. Ce misérable, d'une insigne lâcheté sur les champs de bataille , qui avait été imposé au Piémont par les clubs, s'était trouvé mêlé à une foule de mouvements agitateurs en Europe. Il avait toujours tenu une déplorable conduite dans ces affaires, recevant de toutes mains un or souillé, qu'il accourait dévorer à Paris dans de publiques oi^ies, qui lui avaient acquis une renommée dégradante. Il affichait le cynisme de ses crimes; c'était son genre de supériorité. Il aimait, en montrant l'argent qu'il avait extorqué, à en proclamer la source impure ; il se drapait dans son ignominie, comme le vagabond dans ses guenilles; il était célèbre dans les lieux de débauche, et les hommes dissolus le tenaient en grande considération. Il avait l'estime des gens de mauvaise vie, qui, en l'aidant à gaspiller le prix de ses hontes, le proclamaient, le verre à la main, le plus raffiné des libertins, et le plus effronté des escrocs.
Plus honnêtes, plus braves et plus sérieux étaient les officiers de l'armée autrichienne, composée seulement de quatrevingt-trois mille hommes. On ne compte pas les soldats m
nombre, mais à la valeur. Cette armée était commandée par rUlustre maréchal Radetzky, que les républicains avaient promiSy dans une chanson, de meure au bout de leurs fusils, en compagnie du général Ghangarnier, autre terreur delà démocratie.
Le vieux guerrier allemand , doyen des généraux de TEurope, traversa le Tessin, avec ses légions disciplinées. Les deux armées étaient en présence, dans les plaines de Novarre.
Le plan de bataille adopté par les Piémontais prouvait Tincapacité de leurs généraux, et donna tout d'abord un avantage marqué à leurs ennemis. Ainsi, les troupes du roi deSardaigne se trouvaient disséminées sur plusieurs points, tandis que le maréchal autrichien avait concentré ses troupes, pour ne point perdre ses forces. C'était profiter habilement de la faute commise par les chefs de Tautre armée, ainsi éparpillée : la première division , sous les ordres du général Durando, et com* posée des brigades d'Âoste et de Régina, occupait la gauche de la route do Verceil , derrière Corlo-Nuova , et formait Taile droite, qui se trouvait appuyée par les gardes de la brigade de Cuneo^ se déployant dans les bas-fonds qui longent les murs de la ville. Cette brigade était commandée par le duc de Savoie. La deuxième division, composée des brigades de Casale, d'Acqui et de Parme , était éparpillée devant la laiterie qu'on nomme la Ciiodella. La troisième division, sous les ordres du général Perron, était formée de la brigade de Savone et de celle de Savoie. Cette dernière, composée de soldats courageux, français par le cœur et même par la naissance , se battit avec une intrépidité héroïque. Elle enfanta des prodiges de valeur ; elle se fit hacher avec une admirable bravoure. Si l'armée piémontaise eût été toute composée de pareils soldats, les choses se fussent passées différemment. Ces braves, avec le reste de la troisième division, tenaient au front de Téglise de la Bicocca et devant un groupe de maisons. Les bataillons de volontaires, composés d'^aventuriers de tous pays, bouillants, mais indisciplinés, boas lH>ur on coup de main hardi, mais incapables de tenir dirmit
— senne armée solide et aguerrie» occupaient la droite de Crécate* Le long du cimetière de Saint«Nizaire se tenait la réserve, les brigades de Pignerolles et Piémont , sous les ordres du duc de Gènes.
Bien que les premières dispositions de combat fussent mauvaises» rien n'était encore perdu» si chacun eût fait son devoir, dans cette journée^ comme le fit la brigade de Savoie» comme le fit le roi Charles«ÂIbert lui-même. Mais la lâcheté et la trahison se mirent de la partie.
La bataille commença à onze heures du matin. Le feu fut engagé par le maréchal Radetzky, qui fit attaquer par des tirailleurs la gauche de l'armée italienne » appuyée sur la Bieocca, seule position sérieuse. Les brigades de Savone et de Savoie ripostèrent énergiquement ; la première faiblit un moment» mais la seconde lui prêtant mainmorte» les Autrichiens reculèrent à leur tour. Les Savoyards les poursuivant avec ardeur» gagnèrent du terrain jusqu'à la laiterie de Lavinchi. Repoussés à gauche» les Autrichiens attaquèrent le centre» et lé feu devint général sur toute la ligne de bataille. La lutte fut très^vive ; la citadelle fut tour à tour prise et reprise» dans plusieurs engagements très-meurtriers » par les brigades Casalc» Aoqui et de Parme. Mais^ pendant ce temps» l'héroïque brigade de Savoie» les flancs ouverts par la mitraille» ainsi que la brigade de Savone, commençait à plier et reculait» en faisant toujours face aux Autrichiens ; elle s'adossa à la Bicocca , le point capital de la bataille et d'oii dépendait le salut de Isl journée pour l'armée du roi de Sai*daigne. Pour soutenir les courageux efforts des Savoyards » le duc de Gênes accourut ventre à terre, avec la réserve» et se jeta dans la mêlée avec la plus mâle ardeur. 11 excitait ses soldats de l'exemple et de la parole; quand tous ses chevaux eurent été mis hors de combat, les uns tués, les autres blessés» il lutta à pied avec un magnifique courage. De son côté» le roi Charles-Albert ne fut pMmoint admirable pendant tout le temps que dvra ce combat
acbâroé; il ne prenait pas garde aux ballM qui hii Mffltiiit aux oreilles et dont plusieurs atteignirent son uniforflifi. Il m^ rait pu dire, comme Henri IV : « Ralliez-vous à mon pana^ che l »
Malgré ceseiForls» grâce à la lâcheté d'un grand nombre de gens de l'armée italienne, et à la conduite de Ramorino, qui, convaincu plus tard du crime de trahison, fût jugé, condamné à mort et fusillé, les Autrichiens s'emparèrent de la Bicocoa et restèrent maîtres du champ de bataille.
La cause de l'indépendance italienne était vaiDCiie. Le rei de Sardaigne trahi, abandonné parles révolutionnairet, trouva de sublimes accents dans ce moment suprême^ et supporta cette défaite, glorieuse pour lui^ avec un courage pareil à ce* lui qu'il avait déployé pendant toute Taction.
En se retirant du champ de bataille, où tant de catholiques avaient, des deux côtés, trouvé la mort, il ne se sentit pas ta force de porter plus longtemps le fardeau du commandement. Se tournant vers ses deux flls et vers ceux de ses officiers qui lui restaient : — « Puisque je n'ai pu en ce jour, dit^il» ni mourir de la mort du soldat, ni sauver l'Italie, ma tache est désormais accomplie. Je nîs puis plus rendre de services à la patrie, au bonheur de laquelle, pendant dix«huit ans, j'ai consacré ma vie, je renonce volontairement à la couronne pour la déposer sur le front de mon fils ! »
Et comme les assistants, émps jusqu'aux larmes par la majesté de cette royale infortune, le coujuraiwt de ne point se séparer de la patrie par une abdication , l'assurant de son admiration, de son amour, de son dévouement à son auguste malheur; il leur dit, en les pressant sur soa cœur navré : — c Merci, merci, mes amis! Je vous remercie de tous les services que vous avez rendus à l'État ainsi qu'à ma personne, mais je ne suis plus roi ; mon fils Victor est roi ! »
Et il s'arracha de leurs bras* Il prit la ro^te de la teire étrangère, qù Tatteudaitla mort. Il quitta Novarre accompagné
d*un seul serviteur» pur et dernier courtisan de cette gran* deur tombée*
La défaite de Novarre est due aux lâchetés^ aux jalousies , aux perfidies et aux trahisons du parti républicain. Quel appui la révolution avsât-elle prêté à cette cause de Tindépendance qui lui avait servi de prétexte pour tarir les sources vires de la commune Patrie? Elle avait triomphé dans presque toute ritalie ; qu'avait-elle fait de la victoire ? elle avait saigné et dépouillé les peuples de la Péninsule; toute son action s'était concentrée pour le mal ; elle n'avait eu de courage que pour l'assassinat; elle avait fait des proclamations et desdiscours, organisé des fêtes» appelé au sac de la religion, des trôneô» de la société toutes les passions haineuses et dissolvantes. Seconder Charles-Albert était son devoir; elle n'en (it rien; elle le laissa se ruiner et se battre seul; encore insulta-t-elle à sa défaite honorable.
Le roi Gharlei^-Âlbert a grandi dans l'histoire de tous les outrages des républicains. Ce fut bien moins son ambition de porter seul la couronne d'Italie que les imprudentes conces^ sions par lui faites à la révolution, qui l'ont perdu.
La toute-puissanco partagée n'est plus la toute-puissance.
Du jour où la révolution lui dicta des lois, lui imposa des officiers incapables et traîtres , il ne fut plus roi que de nom. Débordé par elle, il eût été renversé par elle ; il le sentit trop tard, et préféra la gloire d'être vaincu à Novarre, en cherchant la mort glorieuse des braves, à la honteuse défaite de la guerre civile.
Sa retraite fut prudente; elle sauva le trône de Turin. Ce trône est encore à cette heure menacé par les intrigues des libéraux. Que le fils du héros de Novarre y prenne garde ! S'il se laisse j entraîner aux perfidies de la révolution, s'il oublie qu'il est prince catholique, il perdra sa couronne, dans un avenir plus ou moins prochain, mais ce sort est inévitable. Sans une restauration catholique , sans une réaction conserva-
trice^ il est perdu. Ce n'est pas vaine prédiction. Il est sur la pente de rabime.
Qu'on se figure Tltalie tout entière à Novarre» avec ses rois et ses princes légitimes, que la révolution en a seule éloignés, et on avouera que la question eût totalement changé de face. Bien plus» la guerre eùl été impossible avec ce concours» car l'Autriche, qui déjà, comme nous l'avons vu, était entrée dans une voie d'honorables arrangements, se fût pacifiquement entendue avec les représentants du principe d'autorité, tandis qu'elle combattit résolument la révolution, qui avait repoussé avec orgueil ses conditions acceptables.
Ce sont donc évidemment les révolutionnaires qui ont trompé et perdu l'Italie. Ils ont été insensés ; ils ont été incapables, avides, vaniteuse ; ils ont été traîtres. Leurs fanfaronnades ont été ridicules et n'ont rien enfanté. Avec leur système, la défaite ne pouvait être douteuse. En refusant les eoncessions des souverains de l'Italie, en ne tenant compte à Charles-Albert ni de ses sacrifices, ni de sa bonne volonté, ni de son courage, ils se sont montrés ingrats et indignes delà liberté. Cette faction misérable, que l'histoire ne saurait trop stygmatiser, a mérité la malédiction de l'Italie tout entière.
A la suite de la bataille de Novarre, une insurrection, fomentée par l'Angleterre et par les agents des sociétés secrètes de France et d'Italie, éclata à Gènes. Les insurgés égorgèrent quelques gendarmes, chassèrent la garnison, ouvrirent le bagne, élevèrent une guillotine sur la place publique , se livrèrent au pillage en écrivant sur les murs : Mari aux voleurs ! et proclamèrent la République. A la tête de ce mouvement se trouvait des avocats, Lazotti, entre autres, et un aventurier, ancien marchand de cigares en Amérique, italien rentré dans sa patrie pour la bouleverser. Cet intrigant, qui s'était nommé général, s'appelait Avezzana. Dans son nouvel état d'émeutier, il s'était jeté dans Gènes et y avait organisé une résistance non moins insensée que coupable.
La Tille fut pme parle général LaMarmora i ka ckafade Hnsurrection trouvèrent un refuge sur les navires étrangers mouillés dans la rade. Avezzana se sauva à Rome, où nous le retrouverons, jouant le ménjc rôle qu^à Gènes,
Nous avons assisté aux combats qui ensanglantèrent cette malheureuse cité pendant quatre jours, et nous sommes en Uiesure d'aiSrmer que les insurgés de Gènes n'y eussent pas tenu vingt-quatre heures» si des engagés volontaires, fiançais, -polonais, allemands, (enrôlés à Paris par Frapoli et Pescantini) , qui se rendaient en Toscane^ et qui étaient en relâche à Gènes, ue les eussent'puissamment aidés.
Quand ces volontaires arrivèrent à Florence, la réaction venait d y triompher. Témoin oculaire de ce beau spectacle, nous ne saurions rendi*e la joie de cette charmante cité quand elle se vit délivrée du joug des républicains. -— a Ce n'était que cela! s'écriait-on, quoi! ce n'était pas plus difficile! > En effet, la défaite des anarchistes n'avait pas coûté une heure. La bénédiction que le Saint-Père avait envoyée au duc de Toscane et aux honnêtes gens de l'Italie, bénédiction dans laquelle il avait concentré toutes ses prières, toutes ses tendresses, toutes ses sollicitudes, toute sa belle âme, avait porté bonheur à cet auguste monarque et à ses sujets. Le peuple de Florence et les paysans des campagnes environnantes, décidés à s'affrancbii* eux-mêmes, s'étaient emparés des postes, avaient jeté an prison les autorités républicaines, rétabli les armes du grand*duc au palais, en un mot restauré la monarchie légitime en un clin d œil. Le peuple avait lui-môme fermé les clubs où des étrangers et les bandits de la ville complotaient des crimes abominables; il avait dissout la garde nationale comme un élément de discorde et de révolution, et chassé rAssemblôe de rebelles dite Constituante qui s'était déclarée en permanence. Jamais Restauration ne s'accomplit avec plus d'ensemble et de promptitude. Cela tenait du merveilleux. Ce peuple sage, impatienté à la fin, avait nettoyé lui-même les écuries d'Au-
gifls; il avait balayé la boue démocratique jusqu'à Livourne, indomptable cité, que le plomb seul de rAutriche put mettre à la raison.
Si le peuple romain avait eu la même énergie» il eût épargné des millions à la France et la douleur d'avoir à aller le déli*vfer ell&-méme, ce qui est toujours humiliant pour une nation, descendit-elle de Brutus» de Marius et de César.
La défaite de Novarre, la soumission de Gènes et la restauration en Toscane, — ces trois nouvelles parvinrent à Rome à la fois. La cause de l'Italie était vaincue, dans ses gé* néreux dévouements comme dans ses lâchetés^ dans ses calculs bas. Restait à détruire la République européenne, retranchée dans Rome. Les démagogues yjouisscùentdeleurrêsie, comme on dit vulgairement ; expression triviale mais saisissante. Ik essayèrent de pallier autant que possible le fâcheux effet produit par les trois nouvelles résumées dans ces trois mots : Novarre, Gènes, Florence. Le ministre des affaires étrangères, chaîné en cette qualité d'instruire l'Assemblée de ces événements, le fit en termes ambigus. Par une tactique misérable, il se réfugia dans le mensonge, en déclarant que, d'un autre côté^ une insurrection démocratique venait de triompher en Lombardie, et que le Labour et les Âbruzzes avaient proclamé la République. Cette ruse grossière fut la seule fiche de con* solation dferte par le gouvernementaux populations éperdues par la crainte. Les triumvirs, qui n'avaient rien fait autre chose pour Tindépendanee de l'Italie, qui n'avaient pas brûlé
une seule cartouche» jetèreut dans le public une proclamation nouvelle, appelant aux armes tous les révolutionnaires de la Péninsule :
— « Citoyens italiens ! s'écriaient-ils dans leur rage impuissante et avec une énergie de commande , le Piémont trahi. Gênes tombée ^ la Toscane troublée par de coupables tentatives de réaction, la vie, la véritable vie italienne se concentre à Rome ! Que Rome soit donc le cœur de l'Italie ! Qu'elle devienne le foyer de pensées généreuses et de faits dignes de ses ancêtres ! Par la force de l'exemple, la vie partant de Rome» refluera sur les membres épars de la grande famille italienne.
(( Lombards, Génois, Toscans, tous tant que vous êtes, frères de patrie et de croyance, Rome vous ouvre des bras de mère! Les forts y trouveront un camp, les faibles l'hospitalité.
« Donc, rien n'est changé pour nous! » etc., etc.
Nous connaissons cette vieille antienne» C'est en vain que le méchant veut tromper sa propre conscience ! Ils ne se dissimulaient pas qu'ils étaient déchus; eh bien! au lieu de se repentir et de revenir au bien, les oppresseurs de la ville éternelle feignaient d'être tranquilles; ils criaient victoire. Mais ils sentaient le pouvoir leur échapper; leurs chants étaient ceux du cygne. Le cœur et la main des bourreaux de l'Italie avaient le froid dé la mort.
Rien n'était changé pour eux ! Ils le disaient , mais ils n'y croyaient pas. Quant aux ancêtres, dont incessamment ils invoquaient les mâjses, il était fâcheux pour eux qu'ils ne pus* sent venir combattre pour leurs faibles et indignes descendants.
L'Assemblée constituante ne voulut pas se laisser dépasser par les triumvirs, et elle promulgua le même jour deux décrets, tellement ridicules, qu'ils semblaient émanés de réactionnaires déguisés en républicains ayant fait le pari de pousser Vidée réroolulionnaire jusqu'aux dernières bornes du grotesque. Voici ces fameux décrets, qui égayèrent fort les plumes spirituelles;
le triumvirat s'associa à ces absurdités en publiant, sous son
couvert, ces futilités solennelles :
< Le pouvoir exécutif de la République donne avis que rAssemblée constituante, dans sa séance du 12 avrils a promulgué le décret suivant :
c L'Assemblée constituante décrète : Le Pô est diclari feuve national.
Rome, 1^ avril 48û9.
a J. Mazzini, Aurelio Saffi^ <c C. Armellini. »
c L'Assemblée constituante romaine, considérant les derniers événements, déclare :
« La République romaine , asile et rempart de la liberté italienne, ne cédera ni ne transigera jamais.^
< Les représentants et les triumvirs jftirene^ au nom de Dieu ti du Peuple j que la patrie sera sauvée.
• Rome, 14 avril 1869.
a Le président de V Assemblée,
« A. SaLI€ETTI. >
K*élait-ce pas vraiment pitié? Cette parade absurde donnait la mesure de la capacité et du courage de ces usurpateurs. U spirituel anonyme se chargea de les flétrir à Rome même.
La révolution s'était abritée, pour combattre, derrière le cercueil de M. Rossi, cette grande image tachée de sang, bafouée, traioée dans tous les mépris des factions. Ce fut derrière la statue de Pasguin que s'abrita le courage civique de quelques honnêtes gens, en trop petit nombre pour lutter au* trement. Ils y écrivaient des satires amères, des iambes vengeurs cmtre la lâcheté du peuple f rinsolence de ses tyrans ,
ia prostitution et le crétinisme des bourgeois. Ils fouettaient de leurs vers perçants toutes ces débauches, toutes ces bassesses» tous ces immondes révolutionnaires sans cœur et sans idées, qui se vautraient comme des pourceaux dans les fanges du matérialisme. Ces publicistes anonymes parlaient la grande tangue du catholicisme; ils soufflaient l'espérance à Fltalie souillée» profanée, étranglée , dévorée de vermine.
Le lendemain du jour où furent publiés ces deux incroyables décrets que nous venons de citer textuellement, on lisait cette contrefaçon de Tun d*eux, sur une affiche collée contre la statue de Pasquin :
< Le Pô est déclaré Vase national, »
L'autre décret était flétri plus sérieusement, sur une autre affiche» apposée auprès de la précédente. On y lisait à ia suite du décret :
a Les représentants et les triumvirs seront parjures et traîtres; car, au lieu de sauver la patrie, ils la perdront parleurs crimes et leurs folies !»
Ah! déjà la mesure de leurs folies et de leurs crimes était comble ! On les avait vus à Fœuvre. Au nom de Dieu et du peuple, ils avaient renié Tun et opprimé Tautre. Ils s'étaient gorgés de sang et d*or, et n'avaient produit que des discours, qu'une emphatique et pitoyable phraséologie. Ils avaient plongé la nation sous la plus implacable oppression en lui disant qu'ils l'arrachaient à l'esclavage ; ils avaient pillé sesvtUas, ses maisons, ses campagnes, à l'égal du trésor public; ils l'avaient jetée dans la misère et la douleur; ils l'avaient, par leur licheté et leur démence, livrée à l'étranger ; ils avaient renversé le catholicisme et la royauté , volé les riches sans enrichir les pauvres, détruit la famille, égorgé la liberté , enrayé le pro« grès , arrêté la civilisation^ détruit Tordre et la morale ; ils avaient créé l'anarchie, et pour cela usurpé les pouvoirs de Dieu mémel...
Phii fréquentes^ cliaque jour, devenaient les attaques contre
lês personnes et tes propriétés. Le mû est un poison qui altère : plus on y boit, plus on y veut boire.
Et pendant que la démagogie passe ainsi dans les rues, la tète chargée de liqueurs et Tâme de forfaits , jetant Tinjure à la vertu et à la faiblesse sur sa route, les yeux allumés par la luxure, la gorge nue, la jambe découverte, le teint échauffé par Torgie, les chefs de la République lui sourient comme des satyres dans leurs barbes de boucs. Ils se livrent , dans If s auberges, où plusieurs députés et condottieri italiens, français , polonais , allemands , anglais , dont on a fait des officiers, prennent leurs repas, ils se livrent aux excroissances les plus hideuses de la débauche. Toute cette fange n* ciense bourdonne dans les mauvais lieux, pullule, fourmille, grouille , s'agglomèi*e en groupes empoisonnés , comme les fruits qui donnent la mort. De là une mêlée vibrante, une cohue monstrueuse de verres heurtés, d'^enivrements impudi-» qués. La démocratie et le libertinage s'y donnent le baiser de fraternité ; les républicains entrechoquent Tune contre Tautre ces deux coupes sonores; ils transvasent leur écume, ils mé^ langent leur liqueur ; ils entremêlent à leurs libations à Venus des toasts à Marat, des santés à Mazzini. Ainsi ces satrapes sensuels et dissolus mangent Ter du peuple dévoré.
Et puis, chaque soir, les bandes anarchiques se répandaient dans la ville pour y commettre des forfaits. Après avoir commencé les nuits en se grisant aux cafés et aux tavernes, ces démocrates les achevaient au milieu des rues, en chantant à tue-tête des refrains avinés, heurtant les portes, insultant les passants, et poursuivant surtout les femmes des injures et des quolibets les plus grossiers. Les tapageurs sortaient, en hur--^ lant des chansons républicaines et des chansons lubriques, des maisons mai famées; ils entouraient les femmes^ leur adressaient les plus cyniques propos, mettaient la main sur elles et se portaient aux dernières violences. Pendant le crime^ ils apostrophaient leurs victimes dans cet argot familier aux
geas pris de vin et de république et haotant les mauvais lieux. Quelques malheureuses tombées dans ces embuscades devinrent folles, d'autres en moururent; ces monstres les laissaient sanglantes et dépouillées sur le pavé.
Les fêtes religieuses de la semaine sainte furent abominablement profanées. Les triumvirs rétablirent un ancien usage qui avait été aboli par Léon XII, parce qu'il favorisait des désordres et des débauches dans le temple de Dieu. Cet usage consistait à suspendre , le soir du vendredi-sain t, une croix liunineuse qui jetait sa clarté sous la coupole de Saint-Pierre, mais laissait dans Tombre les autres parties de la basilique. L'obscénité des impurs s'étant réfugiée dans Tobscurité de la basilique et s'y étant abandonnée à son criminel commerce» avait fait changer ces dispositions qui lui étaient favorables. Les triumvirs ordonnèrent aux chanoines de Saint-Pierre de rétablir cet usage, et, sur leur refus, ils les condamnèrent à une amende^ considérable. Ces proxénètes devenus hommes d'État firent envahir l'église du prince des Apôtres par les ouvriers des ateliers nationaux, et la croix fut illuminée comme par le passé. Alors, les libertins et les prostituées de la démocratie, conviés aux souillures, se répandirent dans l'obscurité de l'église, et là, se livrèrent aux actes de la plus révoltante impudicité. 11 était impossible de pousser plus loin le raffinement dans la luxure et la perversité dans l'athéi^ne. Ceci montre jusqu'à quel degré d'abjection peut conduire l'égaré* ment du cœur humain, quand il a divorcé avec la religion. Faire un lupanar immonde de la maison de Dieu, et choisir pour ce crime épouvantable le vendredi-saint, cette idée de l'enfer n'était encore venue à personne parmi les athées.
Le saint jour de Pâques, les triumvirs firent célébrer l'office divin à l'un des quatre autels de Saint-Pierre oii le souverain Pontife seul a ce droit ; droit qu'il peut déléguer au doyen du Sacré-Collége, en vertu d'une bulle motivée, qui demeure affichée à l'extérieur et à l'intérieur de l'église.
Les deux sacritéges qui osèrent se suppléer à Sa Sainteté en ce jour lamentable furent un prêtre interdit, un piémontais, nommé Spola, et le moine Gavazzi. Les places appartenant aux membres du Sacré-Collége et aux autres dignitaires de TÉglise, alors tous absents, étaient occupées par les trium* virs, les députés à la Constituante^ les officiers de Tarmée, ceux de la garde nationale, et les chefs des clubs, parmi lesquels on remarquait quelques diplomates révolutionnaires étrangers: Pandolfîni, consul de la Toscane; Ëequé, consul suisse ; Brown* consul des États-Unis à Rome ; Freeman, consul des États-Unis à Âncône^ et Freeborn, agent consulaire de la Grande-Bretagne, dont les lèvres minces étaient souriantes et le cœur d'hérétique transporté de joie.
Pour cette parodie impie, la basilique avait été tendue magnifiquement, Fautel splendidement décoré. Les officiants sacrilèges avaient revêtu les habits pontificaux du chef de la sainte Église. La chapelle pontificale était remplacée par des musiques militaires jouant la MarseiUaise, le Chanl du Départ, le Ça iray les arUtocrates à la lanterne et autres gentillesses républicaines. Les deux fripons qui avaient usurpé l'autorité du souverain Pontife se rendirent processionnellement, tenant le Saint-Sacrement dans leurs mains sacrilèges^ vers la grande loge de la basilique où le Saint-Père avait l'habitude de paraître, et ils bénirent le , peuple à sa place. Les tambours battaient, l'artillerie et les cloches envoyaient dans les airs leurs voix de bronze, les musiques militaires jouaient les airs de sang de la République, et les drapeaux de la démocratie s'agitaient dans l'église profanée. Ces souillures furent complétées par Mazzini qui, à son tour, se présenta au peuple pour recevoir de lui les hommages qui n'appartiennent qu'au pape.
Ainsi fut célébrée, à Rome, la semaine-sainte en 1849.
Les courageux chanoines de Saint-Pierre, pour avoir osé résister à l'ordre qui leur avait été donné de s'associer à ces infamies qui confondent, l'imagination et seront un objet
T. Il* x^ ,
ii*exécfatîon pour la postérité, comme elles le sont pour nous, furent condamnés à une nouvelle amende, ate nom de Dieu et du peuple^ par le triumvirat.
Cette conduite monstrueuse encourageait, on le comprendra sans peine, l'arbitraire des fonctionnaires publics* A Ascoli, entre autres, (Jgo Calindri, président de la province, eut Timpudeur de menacer de fortes an^endes, et de mort en cas de récidive, les curés qui refuseraient l'absolution au tnbunal de la pénitence.
Ces faits dépassent tout ce qu'on avait vu jusqu'alors en te genre.
En 05, h République tuait les prélres en France, elle n'exigeait pas d'eux des sacrilèges ; franchement impie, elle démolissait les églises, elle ne les profanait pas en parodiant les saints mystères du culte. En violant ta légalité, elle ne dé* clarait pas la respecter. A Rome, elle mit le comble à toutes les usurpations impies, i toutes les tyrannies démocratiques.
Tandis que les maîtres absolus de Rome donnaient ce spectacle dans les liaules régions par eux escaladées, d'autres vrais républicains, les flibustiers des dubs et des cercles, parcouraient la ville en tous sens, exerçant partout leur farouche despotisme, hurlant leui*s chansons horribles, brandissant leurs armes, dansant, comme des damnés, l'ignoble carma«gnole de la Terreur. Ils multipliaient les vols et les crimes de toutes sortes, avec le cynisme des consciences éteintes et la lâché effronterie des malfaiteurs impunis.
On ne peut entrer dans les détails des prodigalités et des orgies sardanapalesques de ces imposteurs, qui disent au petiple qu'ils travaillent à son bonheur. On ne peut enregistrer non plus tous les vols commis par les soldats des sociétés se« crêtes au préjudice des bourgeois, qui se laissaient faire avec une htmiilité qui témoignait de leur attachement a la vie. C'était migmenter la confiance des brigands et leur grossière ^udàce,
fie leur eôMt les triumvltîB av^ec leurs alcaures, eomme dans la Rome païenne les empereurs avec leurs proconsuls> ne myaieot des dieux, et s'imposaient ciMune tels aux aselai^es, décb» do titre d'hommeS) faits pour ssbir les eaprioes tm& ou fiirieux de leurs œaitraa.
Ce matérialisioe éboulé eoatrAstait douloureusaMent avec le ^rituaJÂsme «cbrétieii*
Ces «épublicaios iBodernes ressemblaient à leurs peras éet laRomedégéHérée* qui, pour myî«rer leurs tens âiervés^eii* veolaieat des criuieB après arvQJr ûvrenté des Vloes. Bs avaient pnMBÙs le boKibeiir à tous 6«r la terne, les lâcbes îttjMflteam; le benbeur daw Teadavage de la matîèiie, m baioe de h nkr gioB du Cbriat, fui jprûmet la deukMr iei-bas et le bmàmm au ciel à celui qui Ta bien portée.
L'eiLemple dôme par les députés et les trMrafiyirs élaift Mivi par leschefe de Taimée :
Lesofiieiersde Rome, étnaf ers pour la frtiipart, s'afaamls*firent à toutes les lanfueum et i tous ka naffimeaiente de la volupté. Ces aventuriers, indignes de porter répau}etlîe« m promenaient triomphalement dans les rues^^tus comme des soldats de théâtre, couverts d'écharpes républicaines, d'habits brodés d'or, de sabres plus longs que vaillants. Ils paradaient (ians les rues, pour se faire admirer, sur les chevaux volés au souverain Pontife, aux cardinaux, aux gardes^nobles et aux particuliers.
Les républicains avaient imité ceux de Paris en tout, dans leurs orgies principalement. Ils se prélassaient dans les palais àe Rome comme Ledru-Rolliu et Louis Blanc au Luxembourg. Lei frères sont toujours des frères, comme ils disent dans leurs chansons, et les fripons sont toujours et partout les mêmes.
Telle était la conduite de ces républicains, qui avaient promis Tindépendance et la liberté au peuple romain. Certes, ce peuple les avait chèrement achetées, cruellement il avait expié <^éjn son ingratitude envers Pie IX, parles immenses souffrances
et la détresse qui Paecabiaient depuis le départ du souverain Pontife.
Les républicains avaient-ils tenu leurs promesses? La liberté, qu'en avaient-ils fait? La religion, la propriété^ la famille, nr les avaient-ils pas voulu détruire? Quels soulagements avaientils apportés au peuple?.. • Âh! quelle différence avec Tadministration éclairée et paternelle de Pie IX! Comme il savait mettre en harmonie les intérêts de toutes les classes de la société! Gomme il avait tout fait pour conjurer une guerre funeste à l'intérêt bien entendu du pays, désavantageuse i son bien-être et à sa prospérité ! C'est qu'il voulait sincèrement gouverner ses Etats, réconcilier tous les intérêts divergents, se montrer équitable et juste envers les uns sans porter préjudice aux autres.
Cependant, Theure de la justice allait sonner. Le hideux lampion de la République allait s'éteindre sous le vent déchaîné de la réaction vengeresse, et l'éternel flambeau du catholicisme allait reparaître à Rome dans toutes les splendeurs de sa clarté.