LIVRE VIL
L'Europe catholique n'avait pu assister d'un œil impassible aux excès de la révolution à Rome.
Avant même que la République n'y eût été proclamée par uoe poignée de factieux sans autorité et sans mandat, les grandes puissances avaient échangé des notes diplomatiques à ce sujet. C'était leur droit et leur devoir, car la démagogie avait attaqué la foi des peuples au cœur même de sa puissance in&ilKble et dans la personne sacrée du chef de l'Église universelle.
L'Espagne, dont nous avons vu l'ambassadeur opposer ses protestations aux crimes commis soos ses yeux dès le début ^es infortunes de Rome et du Saint-Père» l'Espagne déclara officiellement la première qu'elle était décidée à rétablir par les armes Fautorité méconnue du souverain Pontife. Cette circulaire énergique» qui fut envoyée à toutes les puissances, était une réponse à la note suivante adressée par le prince de Schwartzenberg au nom de rAutricfae :
« PiffiDÎ les qneMions de mtHre à fixer Tattantion des pukh-
sanees, la position anormale du souverain Pontife, Pie IX, s'offre tout d'abord. Pie IX, autrefois regardé par acclamation générale comme le bienfaiteur et le libérateur de l'Italie, est aujourd'hui contraint de se soustraire par la fuite aux criminels attentats commis dans sa capitale et de se réfugier sur une terre étrangère. Triste spectacle que celui présenté par les crimes des hommes qui, abusant du sentiment de nationalité avec lequel ils ont prétendu agir, ont méconnu les droits les plus sacrés, bien qu'il fût évident qu'à la face de la chrétienté qui se soulèverait contre eux, de tels attentats ne seraient pas tolérés. En effet, deux intérêts combinés démontrent la nécessité de mettre un terme à l'exil du souverain Pontife et au pouvoir du parti qui a usurpé son autorité. Le monde catholique est en droit de réclamer pour le chef visible de l'Eglise la plénitude de liberté indispensable pour le gouvernement de la société catholique, cette vieille monarchie qui a ses sujets dans toutes les parties du monde. Les peuples catholiques ne permettront pas que le chef de leur Église soit dépouillé de son indépendance et devienne le sujet d'un prince étranger; ils ne souffriront pas qu'il soit dégradé par une faction qui, sous l'égide de son vénérable nom, cherche à miner et à détruire son pouvoir.
€ Pour que l'évêque de Rome, qui est en même temps le chef souverain de TÉglise, puisse exercer ses hautes fonctions, il faut qu'il soit simverain ds Rome.
c Aussi les Etats catholiques réunis ont-ils tous le plus grand intérêt à soutenir la souveraineté temporelle de la papauté. D'autre part, les pays qui touchent aux Etats de l'Eglise ont le plus grand intérêt à veiller à ce que ces Etats ne deviennent pas le siège d'une anarchie flagrante qui pourrait mettre en danger leur propre intérêt.
« Sans aucun doute, il appartient à l'Autriche et à la France, en leur qualité de puissances catholiques du premier ordre, d'élever la voix et de protester contre les crimes dont le Saint*
Père a été la victime. Nous pensons en outre que le roi de Naples, au double titre de. souverain catholique et de voisin des Etats de l'Eglise, a le droit d'entrer dans une combinaison ayant pour but le rétablissement du souverain Pontife dans la métropole de la chrétienté et la restauration de ses droits souverains.
a Le Saint-Père lui-même , en choisissant pour asile le royaume de Naples» a donné à Sa Majesté sicilienne une preuve évidente de sa confiance personnelle en lui, soit en raison de ses qualités, soit à cause de la force du gouvernement du roi Ferdinand. Quant au parti à prendre pour mener ces choses à bonne fin, nous sommes d'avis que les gouvernements d'Âu* triche, de Naples et de France, après s'être consultés avec Sa Sainteté à ce sujet, devront faire conjointement et simultanément au gouvernement provisoire de Rome, une. communication par laquelle ils feront savoir à ce gouvernement provisoire qu'ils vont user des moyens les plus efficaces pour amener dans le plus bref délai un résultat sur lequel il se sont mis d'accord.
a II est possible que cette manifestation des puissances qui ont les moyens d'agir énergiquement encourage la majorité du peuple romain, aujourd'hui tenu en échec par une minorité factieuse, à faire un sérieux effort pour secouer le joug honteux, et rétablir, avec la personne du Saint-Père, Tordre et la tranquillité dans les murs de Rome. Si cependant, après un certain délai, dont la durée devra être préalablement fixée, la déclaration des puissances ne produisait pas l'effet par elles attendu, il faudrait recourir immédiatement aux moyens matériels. Les rôles, à notre avis, pourraient être divisés comme suit:
c Les forces navales de la France paraîtraient devant Givita- Vecchia, une partie de l'armée napolitaine passerait les frontières des Etats d^ l'Eglise, pendant que les troupes autrichiennes passeraient le Pô. L'action subséquente des diverses
ftfcei dépend des circoDstanees; ïom elle ceasert dès riiietuit qMft le pape aora repris les rèoes du gouvernemeat et où il se croira aasea c<»isobdé pour n'avoir plus besoin de secours
CTétait à cette note, dont les principes sont pleins de justice, de vérité et de sagesse, que le cabinet espagnol répondit par la circulaire suivante :
« Le gouvernement de Sa Majesté est décidé à faire pour ïc pape tout ce qui sera nécessaire pour remettre ie Saint-Père dans un état d'indépendance et de dignité qui lui permette de remplir ses fonctions sacrées. Dans ce but, après avoir appris la fuite du pape, te gouvernement espagnol s'est adressé au gouvernement français, qui s* est déclaré prêt à soutenir la liberté du Saînt-Père.
cr Ces négociations, toutefois, peuvent être regardées comme insuffisantes quand on jette un coup d^œil sur la tournure qQ*ont prise les affaires de Rome. II ne s'agit phis de protéger la fiberté du pape, mais de rétablir son autonté d'une manière stable et ferme et de l'assurer contre toute violence. Vous savez que les puissances catholiques ont toujours eu à coeur de garantir la souveraineté du pape et de lui assurer une position indépendante.
c Cette position est d'une telle importance pour les Ëtats chrétiens, qu'elle ne peut, en aucune manière, être exposée à rari)itre d'une si petite partie du monde catholique telle que les États romains.
4( L'Espagne croit que les puissances ea^bques ne sau-raient abandonner la liberté du pape an bon plaisbr de la ville de Rome, et permettre qu'en même temps que toutes les na«* lions catholiques s'empressent de donner au pape des preuves de leur profond re^ct, une seule ville d'iudie oae outragwsa dignité et mettre le pape dans ua état de dépendanee dontetle pMmût un jour abuser oomue pouvoir religieuii*
« Ces eoasidérations êogagoit le gouvernement de Sd Majesté à inviter les autres puissances eatboliqties à s'entendre sur les moyens a prendre pour éviter des maux qui surviendraient si les. choses devaient rester dans Fétat actuel. Dans ce but. Sa Majesté a ordonné à son gouvernement de s'adresser aux gouvernements de France, d'Autriche, de Bavière, de Sardaigne, de Toscane et de Naples, afin de les inviter à nommer des plénipotentiaires et à désigner le lieu où ils doivent se réunir.
c Pour éviter des retards, Sa Majesté a désigné Madrid, ou toute autre viHe espagnole située sur les bords de la Méditerranée, tant à cause du calme dont jouit la presqu'île, que par la situation d'une ville maritime. Comme U ne s'agit que d*une question catholique, l'Espagne peut être désignée comme trèspropre pour ces négociations.
« Signé : Pcnao i>ë PtuàL. »
Le temps avait marché de))uîs la note de rÂutriehe ; les désordres et les crimes avaient pris une plus grande extension dans Rome ; la révolution avait gagné du terrain» et l'Espagne ne conservait pas cette illusion du prince de Sdbwartzenberg, qui fut plus tard celle de la France quand elle intervint, et qui consistait à espérer que la majorité du peuple romain, encouragée par l'attitude énergique des autres puissances catholiques de l'Europe, secouenit le joug de la minorité rebelle et rétablirait elle-même la papauté.
Les puissances catholiques reçurent avec Us marques de la plus rdigieuse sympathie la communication de l'Espagne, qui corre^ndait avec leurs sentiments particuliers; seuls, la Toscane et le Piémont, livrés k ht révolution, opposèrent des diiiieultés et firent des objections, qui prouvaient une fois de plus que les agitateurs italiens n'étaient pas de bonne foi quand ik> prétmdaient ne vouk^ que l'indépendance et être
attachés à la religion. Les libéraux de Florence et de Turin^ unis aux républicains et aux protestants» en haiqe de TËglise, prirent pour prétexte à leur refus d'entrer dans la sainte ligue contre les tyrans du Saint-Siège et des États romains, leur aversion pour rÂutriche. Le cabinet de Turin, dirigé par le triste abbé Gioberti, brutal, impuissant, inintelligent et déloyal ennemi des jésuites, déclara que la question posée devant la conscience de l'Europe lui semblait moins religieuse que politique, et qu'à ce dernier point de vue, il ne saurait siéger dans des conférences diplomatiques à côté de l'Autriche. Gioberti, — Lamennais de l'Italie , moins le talent, — adressa la note suivante à l'Espagne, comme président du conseil des ministres de ce pauvre pays du Piémont, auquel la révolution préparait d'irréparables revers :
c J'ai lu avec attention les dépêches très-importantes, cji date du 21 décembre dernier, que le cabinet de Madrid vous avait chargé de communiquer au gouvernement de Sardaigne, pour lui proposer un moyen de faire cesser la situation déplorable où se trouve le souverain Pontife.
« J'ai remarqué qu'une semblable dépêche a été également adressée aux cabinets de France, d'Autriche, de Portugal, de Bavière, de Toscane et de Naples. Le gouvernement espagnol, I>ar l'effet des sentiments religieux qui l'animent vis-à-vis du chef de la chrétienté, sentiments dignes d'une nation éminemment catholique, aurait le projet d'ouvrir entre les représentants des pinssances catholiques sus^noncées un congrès, en Espagne ou ailleurs, pour traiter des moyens de nature à produire, dans le plus btef délai possible, une réconciliation entre le pape et ses sujets, afin que le Saint-Père puisse rentrer dans le libre exercice de tous ses droits spirituels et jouir do l'indépendance qui lui est nécessaire pour le gouvernement dv l'ËgUse.
a Je me suis fait un devoir de soumettre cet important do^ cument au roi, mon auguste souverain, et de te porter «nsui(e
si la coniidissance du ministère. Sa Majesté avait à peine appris la nouvelle des mallieureux événements de Rome qu'elle s'est empressée d'exprimer au pape toute la part qu'elle prenait à ceUe grande affliction. Le roi n'a pas cessé, par tous les moyens, de lui témoigner son plus vîf intérêt pour atteindre précisément le but que le gouvernement de Madrid s'est proposé. Le roi et son gouvernement, animés pour Sa Sainteté du même esprit de vénération profonde qui guide le cabinet de Madrid, s'estimeraient, en conséquence, infiniment heureux de pouvoir s'associer aux conférences proposées par l'Espagne et de se voir ainsi en mesure de coopérer, par tous les moyens à leur disposition, au grand résultat que le roi attend non moins ardemment que tout autre prince ou gouvernement catholique. Le cabinet espagnol assure que, dans ce congrès, on aurait à s'occuper uniquement de la question religieuse, en faisant abstraction de la politique intérieure des Ëtats ponti* ficaux.
«Mais le ministère de Sardaigne, appréciant la pensée vraiment religieuse du cabinet de Madrid, doit néanmoins faire observer qu'il ne lui parait pas probable que, dans une réunion de plénipotentiaires de toutes les puissances énoncées, il puisse être établi une juste séparation entre les affaires religieuses et les affaires politiques, si l'on considère que c'est pour des causes politiques que le pape a abandonné Rome, et qu'en conséquence sa rentrée parmi ses sujets se trouve entravée par des difficultés civiles qu'il faudra nécessairement avant tout aplanir. La question temporelle se trouve étroitement liée à la question spirituelle, et Tune est mêlée à l'autre de telle sorte que, dans la discussion, on ne pourrait pas discuter les droits spirituels sans toucher aux droits temporels du pape. En conséquence, il y aurait nécessité de traiter à la fois les deux questions dans le même congrès, ce qui serait en opposition directe avec les vues des puissances italiennes.
« De plus, entre les gouvernements appelés à envoyer des
plénipotentiaires aux conférences» on voit le foiiveniea:ent autrichien. Il n'est pas douteux que, dans ce moment, les Ëlats de la Péninsule italienne n'admettraient pas Tintervention de rAutriche dans une semblable union,* même alors que tes negocialions pourraient être restreintes à la partie spiritudle, complètement isolée de la partie temporelle. Il fiuit ayonler à ces considérations que dans la situation générale des esprits en Italie, et au sein des Ëtats pontificaux, Tiatervention des puis* sances éUangères sus-énoncées indisposeraient à l'excès les sujets du ppe et les aliénerait de telle sorte, qu'en supposant même la réconciliation obtenue entre eux ps^ ce moyien, celte réconciliation aurait le caractère de la violence étrangère ; eUe ne manquerait pas alors d'être peu stable et de courte dur^: elle manquerait son but et elle tournerait au préjudice de la religion. Le gouvernement du roi» appréciant néanmoins les idées qui ont conseillé à la haute piété de Sa Majesté la reine d'Espagne et à son digne gouvernement le projet à lui communiqué, serait d'avis de Êmre de bon accord tous ses efibrts pour atteindre, d'une autre manière, le même iiut, si désiré pour le bien de la religion^
« Cette manière consisterait à agir directement auprès du souverain Pontife, pour lui persuader de retourner à Rome, et à rinviler à faire observer efficacement les lois constitution* nelles qu'il a données à ses peuples. Dans le concours des bons offices que les agents diplomatiques des diverses cours catboli?ques croiront devoir pratiquer, pour, cet important obj^, on devra soigneusement éviter toute espèce de bruît ou de publicité» et surtout ce qui pourrait ressembler à «me coactioii ipielconque.
. « 11 serait en&n à désirer vivement que ces mêmes gouver* pements catholiques envoyassent à Rome iles peroomiafi pitH dénies qui donnassent de la force au parii modéré, afin d'empêcher 4|ue Ton en arrive à une scission complète avec le sanverain Pontife. LegouveraemeiU de Sa t^eité^voit \ue ce
serait Tunique moy« favorable pour i^ègkr le« affaires datw f intérêt du Saint-Père, de la religion et des États pootHicanx. CTestdans ce sens qu'il a d^jà donné ses înstrootions auK représentants du roi à Gaète et à RcHne.
c J'aime à espérer que le eabinet espagnol voudra bien élne convaincu que cette réponse a été dictée par les mêmes sentiments^qui ont inspiré reicdiente pensée à laquelle tend le projet à moi communiqué.
« Dans cette confiance entière, je profite de oeMe occaston pour vous offrir, monsieur le clievalier, Tassuranœ de ma considération la plus distii^uée. »
« Le Président du CopseiU
« GlOBEKTI. »
A cette dépêche hypocrite, le cabinet de Madrid répondit^ avec une vigoureuse franchise, qu'il ne connaissait potnl ritatie comme l'entrait Oioberti. Pour TËspagne, ritalie 4ttait plusieurs petits états indépendants , ennemis même les uns des autres, disséminés sur la carte de l'Ëuropie^ et n'ayant pas une seule et même p^*sonnalité. Il n'y a, en effet, m royaume ni empire italien , mais ptosirars états dont les m*térête, les moeurs, les besoins, les aspirartions, le génie, 4e langage ne sont pas les mêmes.
Quoique ennemi de Mar.Ktnî, Giobertî n'en fut pas moins, comme lui, Tun des grands fléaux de lltalie. Ce |^us médiocre
des hommes d'Ëtât était un de ces révolutionnaires sans logique, qui essayent de faire un impossible mélange des principes de la religion et des utopies de la démocratie. II se prétend catholique, et il ne veut pas du pouvoir temporel delà papauté qui assure son indépendance, et il n'est pas de calomnies épouvantables, sans preuves comme sans bonne foi, dont il n^ait accablé la compagnie de Jésus qu'il jalouse, qu'il bait de toute la rage de son impuissance. Rien n'est plus dangereux que ces adversaires qui se mêlent dans les rangs de la vérité, qui adoptent ostensiblement son drapeau et apportent la révolte et le désordre dans son camp. Un franc ennemi de l'Eglise est préférable à ces prétendus catholiques qui ne laissent jamais échapper une occasion de parler et d'agir comme les hérétiques.
Labbé Vincent Gioberli appartenait à cette déplorable école hermaphrodite qui a la prétention de concilier les principes les plus contraires. C'est un libéral dans toute la force du mot. Il a autant de haine contre le parti clérical, contre ces abominables jésuites qui se livrent à l'œuvre des ténèbres, et veulent opprimer l'univers, que contre Mazzini et ses amis. Il est philosophe, et il est partisan de ce gouvernement constitutionnel égoïste, bourgeois, matérialiste, dont nous avons tous fait la ridicule et coûteuse épreuve. Homme d'État du tiersparti, il ne voit pas que cette école a toujours travaillé pour les larrons du jacobinisme. De même que la révolution de 1830, en France, devait produire celle de 1848, Gioberti devait amener le triomphe de Mazzini. Le libéralisme fait les affaires du radicalisme, qui vient ensuite brutalement, quand son heure est arrivée, lui arracher la victoire. Les libéraux et les philosophes préparent la mine, les radicaux et les athées la font éclater. I.e parti de l'opposition auquel appartient Gioberti sera toujours débordé par le parti de l'anarchie, auquel appartient Mazzini. L'anarchie est au fond de toutes ces révoltes contre le principe d'autorité ; elle est d'abord le moteur dos soulève-
mente» et elle devient leur ruine. La violence engendre la révolatîon et elle la tue.
Pas une idée de Tabbé Gioberti qui soit applicable» pas une qui ne soît empruntée aux vieilles oppositions des libres-penseurS; ces pauvres gens, les moins libres et les moins penseurs qui soient au monde. On sent, dans ses écrits» combien fausse est la position qu'il s'est choisie. Cette politique mixte n'est pas soutenaMe. On voit qu'il en souffre et qu'il en rougit, par les concessions même qu'il est contraint de faire aux conservateurs, dont il s'est séparé parce qu'ils ne faisaient pas la place assez belle à sa dévorante ambition » dont des talents bors ligne et des vertus ne justifiaient pas les proportions. Ce progressiste était dans la situation de Mamiani qui, après avoir tant travaillé pour la République» s'étonna de son avènement et refusa de marcher sous sa bannière. Mazzini fut plus logique dans le mal.
Gioberti a une rage d'hydrophobe contre les jésuites. Il a écrit contre eux quatre énormes volumes avec lesquels il croyait les écraser. Ce catholique égratigne de ses impuissantes griffes la pierre sur laquelle Dieu lui-même a édifié son Église. Ce prêtre traite le gouvernement des prêtres avec le dédain sans conscience de l'orgueil ulcéré. Ce publiciste modéré, qui désire charitablement que les jésuites soient spoliés, expulsés, même un peu battus et jusqu'à un certain point pendus, cet excellent catholique dépouille non-seulement les jésuites, mais le sacerdoce entier de toute influence politique et civile. Il insulte le clergé honnête et réserve ses tendresses pour les prêtres rebelles, pour les prêtres interdits, comme lui-même. Il engage les rais-citayens à se faire un clergé libéral et complaisant et à le pensionner. Quant aux autres prêtres, point de place pour eux dans l'enseignement ni dans la vie civile et politique; qu'ils célèbrent modestement le saint sacrifice, il le leur permet. Quant à la chaire de vérité, l'abbé Gioberti désire^ qu'eue devienne la tribune où se prêcherait, du matin au soir^
le socialisme comme il rcntend , le sociaUsme-Gioberti, quHt nomme économique, et qui n*est ni le socialisme de Proudbon, ni le socialisme de Pierre Leroux, ni celui de Louis Blanc et de Cabet* Le socialisme-Gioberti procède de toutes ces folies ; )1 n'a rien d'original ; ce n'est point ici qu'on en attendra de nous la critique. L'abbé Gioberti trouve que nos prédicateurs n'enseignent pas aux peuples ce qu'il faut. Mais quoi! Ne re^ commandent-ils pas aux riches la cbarité^ -^ cette seule fraternité terrestre, — la miséricorde, l'amour? Le clergé ne prend-il pas un soin presque exclusif des malheureux^ de ceux qui souffrent par le cœur qu'il console, de ceux qui souffrent par le corps qu'il soulage? Quand donc le prêtre a«t-il fait dé* faut à l'infortune? Quelle misère l'a trouvé impassible et sans activité? Où sont les larmes qu'il a refusé de tarir? Quelles sont les plaies qu'il ne s'est pas empressé de panser I N'est-ca pas là Tœuvre incessante, éternelle, du clergé? Comptez donc les associations charitables enfantées par son souffle, et dites si, libéraux ou radicaux, penseurs^libi*es ou athées, constituatiounels ou républicains , philosophes ou communistes , vous avez rien créé de semblable dans Tintérêt de l'humanité!
Gioberti trouve cela mauvais. L'influence du prêtre, même dans un hospice, dans une prison , et à plus forte raison dans une école, le transporte de fureur. Il ne veut voir dans le prè<> tre qu'un fonctionnaire salarié, un préposé aux prières, comme dans le magistrat un douanier de crimes.
Il y a^ dans ce philosophe, des signes de décomposition sociale très-graves. Il appartient tout entier à cette école libérale qui, dans sa législation insensée , supprime l'honneur et considère l'argent comme la représentation exacte de la ca« pacité et de la sagesse, <->• système sans âmei qui diminue le pouvoir clérical, le pouvoir royal et le pouvoir paternel » qui livre riostruction publique à des individus sans liens moraux entr'eui, aant solidaritô de doctriofi incapables d'élever la jeu<< nem dans des sentiments religieux et d'abëifsaneet n'tyiat
aucun le sens de Tabnég^tion personnelle qui constitue le sacerdoce.
Démocrate » Fabbé Gtoberii nie le principe d'autorité. Il ' fait de rttîstoîre à la façon de M. Pierre Leroux,dont il égale robscurité.il veut que la primitive société chrétienne ait été une démocratie, tandis qu'il est démontré qu'elle ne plaçait dans le peuple, ni la racine du pouvoir polititiue et civil, ni celle, et bien moins encore, du pouvoir religieux. Pour cette insoutenable opinion, Tabbé Gioberti supprime la grande figure de saint Pierre, symbole expressif du principe d'autorité, pierre fondamentale de l'Ë^ise de Dieu, vicaire perpétuel, choisi par Notre Seigneur lui-même, pour gouverner l'Église.
Pour relever toutes les hérésies, toutes les erreurs historiques» religieuses, politiques, économiques de Gioberti, il faudrait lui donner plus d'importance qu'il n'en comporte , surtout ici.
En somme, cet homme, libéral-philosophe, mince Voltaire et Mirabeau médiocre, ce prêtre adorant la déesse Pensée, sœur de la déesse Raison^ a été l'un des ennemis les plus acharnés et les moins francs de la papauté et de l'Italie. Ses inconséquences furent le vrai jugement de la Providence, et sa chute au milieu du mépris de tous et des haines des autres démocrates, son châtiment.
Cet éclectisme politique et religieux faillit perdre le Piémont ; il y règne encore à cette heure et , dans un avenir prochain , il peut le jeter entre les msdns d'une république implacable , d'un socialisme sauvage.
C'est cette politique philosophique et libérale qui , procédant du protestantisme, a engendré le jacobinisme.
C'est ainsi que ce siècle, qui tend à ronger tous ses freins, est le produit horrible de cet esprit d'examen introduit dans la société européenne par les discussions sur le libre arbitre, par le schisme de Luther et de Calvin, et par la philosophie du XVIIKaièole,