QUARTIER GÉNÉRAL DE VELLETRI
BuUetin du corps d'opération sous les ordres du général est chef, Pierre Roselli, depuis son départ de Rome, 16 mai eoimiinî, ' jusqu*à Voccupalion de Velleiri, 20 mai 1849.
ff jLee troupes napalituines oootipaiem les posKûms d'Al-
hano, Veitetri et Pâleslriua^ et avaient la ligne d^opéralion directe à Rome*
« L'armée de la République sortit de Rome pour chasser Fennemi dans les jours des 16 et 17» et manœuvra pour lui couper les communicatiom avec VÈlat napolitain. Le point de direction de l'armée était Monte-^Fortino , oii , aussitôt arrivée, elle aurait menacé, toutes les communications de Tennemi.
« Les Napolitains n'avaient d'autre parti à suivre, que de se retirer ou de venir nous attaquer dans les positions que nous avions choisies. L'armée était composée de cinq bri^ gades d'infanterie et une de cavalerie; nous avions aussi douze bouches à feu ; la première brigade, avec un escadron de lanciers et deux pièces d'artillerie, ouvrit la marche. Elle sortit de Rome à cinq heures du soir, et prit la direction de Zogarolo, par le chemin des Capanelle$, et cela, pour exposer le oioîns possible son flanc droit. La marche fut très-rapide ; le matin^ à dix heures, elle entrait à TÂgarolo : l'avant-garde traversait rapidement le pays et campait sur les collines qui défendent les routes de Palestrina et d'Albano. Selon toutes les suppositions, le lendemain , avant la pointe du jour, il fallait attaquer Palestrina, et ensuite, marcher sur Velletri. R fut alors décidé qu'on occuperait Monte-Fortino.
« On avait donné l'ordre à l'armée de se mettre en mouvc« ment avant le jour, mais par un malentendu et par insuffl-sance de moyens de transport, l'arrivée des vivres ayant été retardée, nos braves soldats durent perdre un temps précieux et modérer lew impatience de marcher contre l'ennemi, jusqu'à ce qu'on y eût suppléé par les vivres trouvés dans les pays voisios, neeherdie rendue peu productive par les dégâts que les troupes bourbonniennes y causèrent pendant leur court séjour dans ces endroits.
< Cependant, le soir du 19, l'avant-garde occupait Monte* Fortino; le eorpsde bataille (tes ^ et 3^ brigades) était campé
entre Monte-Portiiio et Valmoiitone; la réserve (i^brigad^ avec la cavalerie et rartillerie campaient près de Valmonlone. Les rapports que Ton reçut constataient que rennemi se retirait, et il fut par conséquent décidé de battre immédiatement la charge pour l'attaquer et le mettre en désordre. L* avantgarde partit, le 20 à la pointe du jour, de Monte-Fortino vers Velletri.
a Le corps de bataille, retardé dans ses mouvements parla même difficulté de vivres, ne put se mettre en marche que plus tard, de manière qu'au moment de l'action il ne se trouva pas à la juste distance de l'avant-garde.
« L'avant-garde, commandée par le colonel Marochetli, où se trouvait aussi le général Garibaldi, commandant le corps de bataille, prit position à un mille de Velletri. On aperçut l'ennemi qui battait en retraite par la route de Terracine. L'avantgarde s'arrêta pour attendre l'armée et attaquer. Mais un escadron de cavalerie sortit de Velletri et se dirigea vers notre avant-garde : une colonne d'infanterie ennemie défilait sur les flancs. Les avant-postes se heurtèrent bientôt et le feu commença. Nos flanqueurs arrêtèrent le progrès de la cavalerie ennemie, qui commença à reculer, et alors nos lanciers chargèrent, mais accablés par le nombre, ils furent repoussés. Malgré cela, la marche des chevaux ennemis est arrêtée par nos tirailleurs, de sorte qu'ils furent obligés de tourner bride. Dans ce moment, l'ennemi attaqua partout avec son infanterie et son centre, qui se trouvaient sur la route d'Avarça en masse vigoureuse. De notre côté, on bat la charge, et les soldats républicains s'élancent à la baïonnette sur l'ennemi qui tourne le dos. Il est poursuivi et laisse sur la route et sur les camps un grand nombre de morts, de blessés, cinq ou six chevaux morts et plusieurs prisonniers. Notre avant-garde le poursuit jusque dans l'intérieur de la ville, qui est aussitôt entourée parune chaîne de tirailleurs.
« l-ics choses en étaient à ce point quand notre cavalerie
arriva. Elle se rendit aussitôt sur le lieu du combat à deux beures et demie» et peu après arrita la troisième brigade, commandée par le colonel Galleti.
€ Ce qui devait se faire avant tout était de reconnaître la position de Tennemi. Son artillerie foudroyait avec vigueur du haut des Capucins et du côté droit de la Porte-Romaine. La légion romaine occupa immédiatement les postes qui avaimt été défendus par l'avant-garde, qui se reposa, et une de ses compagnies, guidée par le colonel Milbit» de Tétat-major, exécutant une charge sur la route et au pas de course, gagna les approches de la porte. Un feu très-vif de mousqueterie et de fréquentes décharges de mitraille reçurent nos braves troupes à une courte distance; les deux frères Fabrizi, attachés à letat-major général, eurent leurs chevaux blessés; Méprisant tous les dangers et abattant tous les obstacles, nos soldats prirent position près de la porte. La ville ayant été cernée, on commença par examiner la position de Tennemi : on plaça rartilleriequi la foudroyait avec succès. Velletri est d'un accès diiBcile, puisqu'il est entouré d'un fossé large et profond, à une petite portée de fusil. La position des Cripucins domine le pays et était la clef du champ de bataille. Cependant, sur la route de Naples, un corps ennemi de quatre bataillons, avec cavalerie, était échelonné. Alors, un officier d'état-major, avec vingt chevaux et une compagnie du 3^ de ligne, en traversant les champs, se rendit pour reconnaître les positions ennemies et assurer notre côté gauche. Le feu continua très-vif; k position des Capucins fut attaquée avec valeur, mais l'ennemi se soutint avec son artillerie : le soleil se couchait et les ténèbres succédaient à la clarté du jour.
c Le mouvement rétrograde de l'ennemi n'était pas sûr. On prit par conséquent les dispositions suivantes : par les rapports reçus de la reconnaissance» il résulta que, pour attaquer notre côté gauche, il n'y avait d'autre route que celle qui mène de Cisteraa à Monte-Fortino. Une compagoiç de carabi<«
iMft Moypft donc GttUiaoo, envoya vm déta^dment à Monte- Fortito pour assurer la route d'Anagui, et être sûrs ainsi de toute surprise sur nos flancs.
« La décision qu'on prit fut d'attaquer, à la pointe du jour» h position des Capucins. Les troupes plus fraicbes campèrent donc, en échelons, sur le côté droit de la route, en faisant pointe aux Capucins,
€ L'artUIme et les bagages campèrent sur la route, défen« due par l'infanterie, vers la ville. La réserve^ à la gauche de l'artillerie, campa en colonne, et les troupes plus fetiguées campèrent derrière elle. Pendant la nuit, de fréquentes {m« trouilles molestèrent Fennemi, mais elle se passa tratiquille. Le matin, avant le jour, on fît partir des reconnaissances, et comme l'ennemi ne se montrait pas et ne répondait sur aucun point, on occupa les Capucins. La cavalerie partit sur les traces de l'ennemi, et l'armée, entrant dans la ville, campa sur le côté droit et sur le côté gauche de la route de Terracine.
c Dans ce fait d'armes, nous avons à déplorer peu de pertes. Nous eûmes cent morts et blessés, tandis que sur les camps on recueillit un grand nombre de morts et de blessés napoli«« tains, en outre d'un grand nombre de cadavres qui furent jetés dans les sépultures de quelques églises.pn fit trente prisonniers.
« L'ennemi souffrit de crès*graves pertes, si nous devons croire aux relations des hommes les plus remarquables de Velletri, qui assurent que les Napolitains emmenèrent avec eux de nombreux convois chargés de blessés.
« Le territoire de la République, fut évacué par Tennemî qui avait pénétré de ces côtés-là, et notre jeune armée peut compter uue nouvelle victoire dans cette courte expédition.
« Le chef d'ilat^nugor,
a P1SAGANE9 colonel ;
« JL$ général m chef, Ros£LU. »
LéB kommêi hê plu$ remarqtmblei de Vellétri n'étaient rien autres que les ehefs des clubs. II n'est pas vrai de dire que Tarmée napolitaine ait été vaincue et chassée des Etats ro* mains par les troupes républicaines; elle avait opéré son mou* vement de retraite avant leur arrivée, et elle soutint leur efaoc avec avantage ; elle se retira lentement, comme après une victoire, nullement avec précipitation, comme au lendemain d'une défeite.
Cet événement, salué par les démagogues de Rome comme UB haut fait d'armes, donna lieu à une fête républicaine, dani$ laquelle Ciceruacchio et la populace triomphèrent bien airtre* ment. Cela était en effet plus facile. Ils volèrent les voitures des cardinaux et en firent un feu de joie sur la place du Peu« ple« Ils arrachèrent les confesmonaux des églises et les traf^ nèrent au même lieu. Là, une parodie sacrilège commença. Des misérables se placèrent dans les confessionaux et d'antres athées vinrent s'y agenouiller et confesser publiquement leurs luxures et leurs orgies avec l'orgueil du vice. Après quoi, les tribunaux de la pénitence furent voués aux flammes.
Cette scène impie souleva les blâmes de quelques défenseurs eux-mêmes, entre autres des volontaires lombards.
La cause républicaine n'en était pas moins perdue de toutes
parts : les Autrichiens venaient de s'emparer de Bologne et le
duc de Parme, Charles III de Bourbon, était ren^Té dans ses
États au milieu de l'enthousiasme de son peuple. Le triumvi*-
rat, furieux, lança, dans l'excès de sa rage, cette proclamation
qui ne le cède en rien en jactance et en colère à toutes les
autres :
c Peuples de la République !
€ L'Autrichien s'avance ! Bologne est tombée en son pouvoir après huit sublimes journées de combats et de sacrifices, tombée comme d' autres triomphent. Que son dernier cri soit pour nous un cri de guerre et de vengeance !
« Vous avez, par votre adhésion à notre programme envoyé
au commencemeDt des jours de péril, donné à l'Europe un beau et solennel témoignage d'union et de vertu!
€< Aujourd'hui nous réclamons un autre témoignage t celui des faits!
« Vive Dieu ! aucune puissance humaine ne pourra nous frustrer de la victoire. Trois millions d'hommes sont tout-puissants, quand ils disent : Notis voulons!
« Italiens ! fils de Rome ! nous touchons à une heure solennelle» préparée depuis des siècles» à Tun de ces moments his« toriques qui décident de la vie ou do la mort d'un peuple
« Soyez grands !*•«
« Décrétez la victoire !.. •
«Il faut que les préfets et les commissaires extraordinaires organisent l'insurrection, qu'il forment une ligue entre provinces et provinces, qu'ils prennent leurs inspirations de Rome. Il faut aux périls extrêmes des pouvoirs exceptionnels, des remèdes extrêmes...
« Que le chef qui cède, qui se retire, avant d'avoir combattu, qui capitule, qui temporise, soit déclaré coupable ! Que le pays qui accueillerait l'ennemi sans lui opposer de résistance soit politiquement effacé du nombre des pays composant la République! Qui ne combat pas, d'une manière ou d'une autre^ l'envahisseur étranger, soit couvert d'infamie! Qui, ne iut-ce que pour un seul instant, trahira son parti, perde à tout jamais son titre de citoyen et la vie!
€ Qu'il soit puni celui qui abandonnerait aux ennemis un matériel de guerre; puni celui qui qe s'applique pas à leur arracher et vivres, et logements et rqpos; puni, celui qui, le pouvant, ne s'éloigne pas du sol que foule le pied d'un ennemi!
a Etendons autour de toute armée qui ne porte pas noire drapeau un cercle de feu et de désert !
« La République, douce et généreuee jusqu'à présenl, se lèvo terrible dans ses menaces !
« Signé: ArmelunIi Màzzini et Saffi* »
Les trois avocats rédacteurs de cette pièce eussent été rudement punis eux-mêmes si les défenseurs de Rome les avaient oblige, puisqu'ils étaient si braves en paroles , de produire à leur tour des faits^ de partager avec eux les périls de la défense.
Cette proclamation furibonde^ qui n'est qu'une longue menace de terreur» ne prouve qu'une chose, c'est que les trois millions de Romains adhérant à la République, n'existaient que sur le papier. Ces excitations et ces violences eussent été inutiles, si les triiunvirs avaient eu l'unanimité dont ils se targuaient.
La terreur reprit une recrudescence horrible à la suite de ce factum. Après avoir pris aux citoyens tout l'argent et toutes les choses précieuses qu'ils possédaient, le gouvernement républicain ordonna plusieurs assassinats. En un seul jour, Zambianchi, sur l'ordre de Mazzini, égorgea, avec ses douaniers, quinze prêtres, dans les jardins de Sainte-Galixte. Leurs eada« vres furent enterrés sans prières par les meurtriers. Parmi ces victimes, se trouvaient le vénérable curé de la Minerve, sur^ nommé Vami despauvréêy le père des malheureux. Les assassins pénétrèrent de force dans sa maison, et l'en arrachèrent.
— c Où me conduisez-vous ? » demanda-t-il aux sbires de la République.
— « A Sainte-Calixte.
— « Que me voulez-vous?
— c Vous le saurez bientôt. »
Le prêtre comprit qu'il allait à la mort ; il marcha les mains jointes, le cœur élevé vers son Dieu.
A Sainte-Clalixte, il trouva Zambianchi : — n khi tu trembles, je crois! lui dit le chef des tueurs ; à quoi donc penses-lu.^
— « Je pense à Dieu, répondit gravement le prêtre, et je le prie qu'au moment de votre mort et sur le point de paraître devant lui, vous soyez aussi tranquillequejelesuisàcette heure U
Il dit et tonfU)a percé des poignards des pourvoyeurs de la mort.
Cet homme de bénédictioii avait aj^rté dans le martyre ime rés^ation sereine. Sa physionomie, qui semblait refléter le ciel dans la mansarde des pauvres qu'il visitait, s'était, pour mourir de la mort des bons et des justes, empreinte d'une infinie majesté. Il n'avait point à redouter la mort, il en avait fait depuis longtemps l'apprentissage au chevet des malheureux. Il fut massacré dans la paix de son âme, dans ses espérances, dans le bien qu'il avait fait. Les pauvres et les malades avaient porté devant lui son trésor d'œuvres aux pieds du Dieu de miséricorde.
Tous les prêtres ainsi frappés, moururent comme lui, en priant le Seigneur pour leurs bourreaux. Leur sainteté aurait désarmé d'autres assassins.
Les victimes sont moins à plaindre, en somme, que leurs assassins. Le mal porte avec soi son châtiment; celui-là qui le pratique ne trouve pas le bonheur ; c'est un jeu de dupe. Il est vrai que, parfois, quand le juste jette un triste regard sur la vie, il n'y voit qu'humilité , misère, injustices, blessures, haines, accusations colomnieuses, captivité, envie, trahison, meute fidèlement attachée à ses pas; mais il y rencontre aussi partout son courage, sa vertu, sa foi en Dieu et une conscience pure qui lui procurent les seules jouissances vraies, et lui font oublier tous ses maux.
Le criminel n'a pas cette quiétude sereine. Il vit avec son forfait qui le ronge, et sa conscience bourrelée est son premier châtiment. Il cherche à s'étourdir, il s'efforce de rire, mais toujours un imperceptible pli, aux angles de ses lèvres, trahit le passage d'une douleur; c'est le remords qui le travaille.
Impossible, déjà nous l'avons dit, de compter tous les martyrs de la révolution romaine. L^histoire de cette République est teinte du plus pur sang à toutes ses pages ; ce n'est que brigandages, vols, sacril^es, assassinats.
C'est avec de telles gens que M. de Lesseps croyait devoir négocier. On ne parlemente pas avec les bétes féroces, on les tut.
Qui donc ne se sentirait pas indigné des saintes colères au récit de ces crimes épouvantables, commis Ions les jours, à toute heure» de sang froid, sans prétexte, sans même Texcuse de la nécessité?... Pour rester impassible devant cette longue série de forfaits monstrueux, il faudrait avoir perdu tout sentiment, jo ne dirai pas seulement religieux, mais tout senti* ment humain. C'est ce que fit pourtant M. de Lesseps. Crut4l, par hasard^ à Vunion de tous les Italiens, à Yunanimité du pays, à V accord de tous les citoyens; non I Taffirmer, ce serait une dérision. Il ne peut balbutier cette excuse insensée. Il n'ignorait, pas plus que le général Oudinot, pas plus que l'armée française, pas plus que l'Europe entière, que c'était le crime et le vice poiusés jusqu'à la démence qui régnaient à Rome ; il savait, comme tout le lAonde, k quoi s'en tenir, sur la vertu de la République, sur le Dieu et sur \e peuple au nom desquels elle existait. En poursuivant des négociations avec les derniers des brigands, avec les plus cyniques athées et les plus féroces des assassins, il manqua à tous ses devoirs, il trahit l'honneur de la France et les intérêts de l'Europe civilisée tout entière.
Dans sa sollicitude pour ces républicains ennemis de sa patrie, de son Dieu et du genre humain, il conjura le général Oudinot de leur envoyer un caisson d'ambulance, leur service de^santé étant mal organisé. Le général céda à ses supplications importunes, tout en conservant en ce genre, ce qui était nécessaire à sa propre armée.
Cette marque d'humanité fut récompensée par le trium* virât, par l'envoi à l'armée française de proclamations igno« blés et infiimes, d'appels à la révolte et autres saletés qui parvinrent au camp, servant d'enveloppes à cinquante mille cigares et à cent livres de tabac à fumer, offerts aux soldats français en retour de leur caisse d'ambulance. Ceux*ci ne firent que s'en moquer et ils allumèrent leurs pipes avec ces chiffons.
*— c Nous avons été des niais^ dit après coup Mazzini à ses amis ; nous aurions dû empoisonner le tabac et Içs cigares !
— « C'eût été un coup de maître! reprit Zambianchi T^orgcur.
— « Il est trop tard ! » répliqua Mazzini en soupirant, et il ajouta cyniquement : — a Que voulez^vous ! le Vice n'est pas parfait! »
Voici maintenant le goût des proclamations dont nous ve« nous de parler et qui avaient été inspirées par les Lombard, les Laviron, les Besson et autres Français dégradés et traîtres:
« Soldats de la République française ! un gouvernement de traîtres et de lâches renégats de tous les régimes, déshonore la France et trahit la liberté* Dans leurs projets criminels contre rindépendance des peuples, ils ont cru, les misérables, trouver en vous les instruments serviles d'une politique indigne. Et notre jeune République, sœur de la République française, a été, sous prétexte d'anarchie , condamnée à périr sous des balles républicaines.
« Soldats ! vous ne voudrez pas vous rendre complices du crime de lèse-nation. Vos mains sont trop pures pour les souiller du sang de vos frères d'Italie. Vous vous souviendrez que tous les peuples sont solidaires, qu'ils se doivent appui . réciproque, et dans cette lutte infâme du despotisme contre la liberté, entre ce gouvernement des prêtres, exécré, qu'on veut nous imposer par force, et la République romaine, pour laquelle nous sommes tous décidés à mourir, vous défendrez avec nous la République romaine.
« Déjà l'Autrichien au nord envahit nos provinces; au midi, le tyran de Naples, battu et ma en fuite par na$ $oldat$^ a payé cher l'audace de son approche sOus Rome«
c Mais Livoume saccagée, deux cents patriotes assassinés dans ses murs, Bologne, l'héroïque Bologne, bombardée et prise d'assaut après huit jours d'une défense héroïque» et
rinvasion autrichienne allant toujours croissant, présagent à la liberté de nouveaux jours de deuiU
« Et vous, soldats de la France, en présence de pareils fails, resterez-vous au port d'armes, quand on égorge vos frères?.». Cette attitude contre les Romains qu'on opprime, ne la tournerez*vous pas contre les Croates de l'Autriche !
« Louis-Napoléon trahit la République par sa honteuse al* liance avec les despotes du Nord ; il a pour jamais déshonoré son nom. Mais ses bassesses ne salissent que lui, et la nation française est tro^ grande pour que son déshonneur l'atteigne.
« Soldats ! avant de tourner contre nous les armes de la France^ rappelez-vous que vous êtes citoyens français, et dans la lutte à mort que nous allons soutenir, soyez les dignes enfants des soldats de Marengo.
« Vive l'armée ! vive la France ! vive la République romaine !»
Toutes ces proclamations se ressemblaient : toutes, elles étaient marquées au coin de la même mauvaise foi, de la même insolence, des mêmes mensonges, de la même fureur; on eût dit des articles du National et des autres feuilles libérales. Cela n'était fait que pour exciter le dégoût le plus profond. C'était abject.
On ne relève pas de pareilles ordures, auxquelles les faits ont répondu victorieusement ; on les laisse dans le bourbier démocratique; on ne leur oppose que le mépris. C'est ce que fit l'armée d'expédition ; ses balles n'étaient pas républicaines, elles étaient catholiques. L'armée française n'était pas plus républicaine que le peuple français ; elle ne reconnaissait pas pour des frères ces bandits qui avaient plongé Rome dans Je despotisme le plus horrd>le, en invoquant la liberté, en parlant de leur vertu, et en couvrant les hommes politiques dé-^ fenseurs de l'ordre social du venin de leur bave enragée.
Quelques agents anglais, passant pour des voyageurs ordi*
flaires, nmnis de passeports en règle délivrés par la légalion britannique à Rome ou par le ministre des alTaires étrangères à Londres, les uns venant de la ville éternelle^ les autres s'y rendant» se hasardèrent à venir au camp français se livrer à ia propagande anti-catholiqne et faire l'apologie de ces proclamations. Les Français ne leur répondirent qu'en haussant les épaules, et ne daignèrent pas même les arrêter. Us repartbent comme ils étaient venus, sans avoir pu débaucher un seul homme de l'armée, sans avoir pu arracher d'un senl cœur la conviction que cette guerre, loin d'être celle* du despotisme contre la liberté, était celle dé la civilisation contre la bar-^ barie, contre le communisme, le brigandage, l'anarchie.
Dans leur conscience, les Romains le savaient bien aussi, mais, débordés par les factions, ils se contentaient de gémir en secret. Les crimes commis à Rome faisaient frissonner tous ceux qui n'appartenaient pas au parti jacobin. Rs s'enfermaient chez eux, pleins de terreur, mornes, abattus, n'osant se regarder les uns les autres, n'osant parler de peur de pleurer et d'être entendus dans leurs sanglots^ accompagnant cette s^onie de leurs pensées des soupirs de leurs coeurs, qui résonnaient en tombant dans le silence funèbre comme des larmes sur une bière. Ces tristesses étaient éloquentes dans leurs muettes solitudes.Elles rappelaient amèrement à toutes les familles les heures de félicité et de paix écoulées, ce temps précieux et disparu de tranquillité, de piété, de quiétude, de vertu. Tous ces trésors étaient ensevelis sous les ruines faites par la révolution, 0» ne pouvait plus que s'en souvenir, le eœur serré, en songeant à l'ingratitude et à la misère de ce peuple.
Tandis que M. de Lesseps persistait à négocier avec Ies£ac-' tieux, le général Oudinot ne perdait pas Toccasion de se préparer à des hostilités que sainement il jugeait inévitables. La conduite du général Oudinot et de son armée fait paraître plus odieuse encore par la comparaison celle de M. de Lesseps. L'honneur est une loi inflexible avec laquelle on ne transige pas.
Les préparatifs d'attaque continuaient. Le service de la marine, admirable pendant toute cette campagne» établit sur le Tibre, près de la basilique de San-Palo, un bac à traille qui permit de jeter un poste sur la rive gauche. Les communications entre Civita-Vecchia et Santa-Passera furent assurées par un petit bateau à vapeur, le Tibre.
Le 19 mai, arrivèrent au quartier-général, le général de di» vision Vaillant, du génie (depuis maréchal de France), et le général de brigade Thiry, de Tartillerie, pour commander ces deux armes dans le cas prévu où les négociations avorteraient et le siège serait rendu nécessaire. Ces deux officiers supérieurs, d'un rare mérite, devaient l'un et l'autre diriger les opérations du siège avec une intelligence et une science, dont il est on ne peut plus curieux de suivre les effets sur la carte d'ensemble des travaux d'attaque. .
Les renforts promis au général par le prince Louis Bonaparte étaient successivement arrivés. L'effectif du tarpt exfi^ diiiomam de la Méditerranée était ainsi porté à 80,000 bom-
mes (1)9 et réparti en trois divisions, à savoir : 1^ division da général Regnault de Saint-Jean-d'Angely, formée de la brigade d'infanterie du général Molliëre et d'une brigade de cavalerie aux ordres du général Morris; 2"" division du général Rosto* lan, formée des deux brigades des généraux Chadeysson et Levaillant (Charles); 3^ division du général Guesviller, formée des brigades des généraux Sauvan et Levaillant (Jean).
Le chef de Tétat-major général était le colonel d'état-major Lebarbier de Tinan, arrivé au camp le 19 mai.
L'artillerie établit un grand parc à Santa-Passera , près du Tibre, à 2,500 mètres de l'enceinte de Rome. De son côté, le génie avait fait camper ses compagnies dans les bois de la Casetta Mattei, où elles confectionnèrent une partie du matériel nécessaire aux travaux d'attaque. Le génie construisit entre autres un pont sur le Tibre, à Santa-Passera.
Au 30 mai, les hostilités étaient encore suspendues. La saison des fièvres, qui rend dangereux le séjour des campagnes de Rome pendant l'été, approchait; les officiers généraux de l'armée étaient désolés ; ils voyaient bien que ces négociations^ chaque jour amenant des phases nouvelles, n'aboutiraient à rien. Enfin, le 1*^ juin, M. de Lcsseps osa venir soumettre au général en chef et aux autres généraux réunis en conseil, ua honteux projet de traité avec les républicains, dans lequel il était spécifié que les troupes françaises prendraient des cantonne^ inents extérieurs^ sans entrer dans Rom^»
Mais, avant d'arriver à cet odieux résultat, d'autres propositions plus odieuses encore avaient été débattues. Le premier projet de M. de Lesseps avait été celui-ci .
< Art. V. Aucune entrave ne sera plus apportée par l'armée française à la liberté des communications de Rome avec le reste des États-Romains.
(1) Un mois après, elle se composait de vingt-cinq mille hommes et deux mille huit cent chevaux; le jour de l'entrée dans Rome, elle comptait trente mille hommei et trois mille chevaux.
« Àrl. 2. Rome accueillera Tarmée française comme une armée de frères.
c Art. 5. Le pouvoir exécutif actuel cessera ses fonctions. Il sera remplacé par un gouvernement provisoire composé de citoyens romains et désigné par TÂssemblée constituante romaine, jusqu'au moment oii les populations appelées à faire connaître leurs vœux se seront prononcées sur la forme du gouvernement qui devra les régir et sur les garanties à consacrer en faveur du catholicisme et de la papauté. »
Le ministre plénipotentiaire devait prévoir que ce traité ne contenterait personne^ ni l'Europe catholique, qui demandait autre chose que Taumône de la reconnaissance des droits de la papauté comme puissance spirituelle, et entendait le maintien des traités qui ne permettaient pas aux Romains de choisir, pour la capitale du catholicisme, la forme de gouvernement qui leur conviendrait; ni le triumvirat, qui ne consentirait pas à se dessaisir du pouvoir; ni Tarmée française, impatiente d'en finir avec l'usurpation républicaine. Ce traité reconnaissait le pouvoir illégitime de l'Assemblée constituante. Les républicains ne voulaient que gagner du temps : M. de Lesseps le leur permit amplement. Il demanda qu'une commission fût nommée par la chambre factieuse pour s'entendre avec lui, afin d'arrêter une rédaction nouvelle. Trois membres furent désignés. Mais ne voulant pas que les conférences aient lieu au quartier-général, sous l'œil franc et loyal de l'armée, il leur adressa à Rome cette seconde rédaction :
a Art. lo"*. Les Ëtats romains réclament la protection fraternelle de la République française.
« Art. 2. Les populations romaines ont le droit de se prononcer librement sur la forme de leur gouvernement.
« Art. 3. Rome accueillera l'armée française comme une armée amie. Les troupes romaines et firançaises feront con* jointement le service de la ville. Les autorités romaines fonctionneront suivant leurs attributions légales. »
Ce projet ressemblait à l'autre; c'était le rnéme esprit révolutionnaire» reconnaissant les autorités révolutionnaires, acceptant les faits accomplis.
Cétait tourner toujours dans le même cercle vicieux; l'armée française ne pouvait accepter cette situation honteuse que lui faisait M. de Lesseps. Elle n'avait pas été appelée en Italie pour protéger la République rcmiaine» mais pour la détruire. Le but de l'intervœtion n'était pas de consulter les populations romaines sur la forme de leur gouvernement, mais de restaura le gouvernement légitime de Pie IX. Tous ces projets a'avaient pour résultat, en retardant le moment de la lutte, que de la rendre plu3 meurtrière. La double autorité du Saint- Siège était, par ce projet, soumise aux caprices des populations. RétaUir cette autorité ou reconnaître la république, telle était l'alternative. Or , que voulait M. de Lesseps ? Satisfaire la révolution en reconnaissant ses actes , et en même temps sa* tisfaire l'Europe catholique en restaurant la papauté, mais seulement comme pouvoir temporel. C'était impossible. Cette politique mix.te était depuis longtemps jugée impuissante. Mamiani, Gioberti et tous les autres libéraux de Tltalie y ayaient usé leurs forces. Il arriva ce qu'il était facile de pré- ,toir, personne ne futsatisfait : les catholiques trouvaient l'attitude de M. de Lesseps inouïe, et elle l'était en effet ; les .républicains déclarèrent que la part qu'on leur faisait était trop petite. L'Assemblée constituante repoussa ce projet; elle ne voulait pas que l'armée française entrât dans Rome. . Pendant ces niaiseries, qui ont tout le caractère de la trahison, l'armée continuait à préparer tout pour le siège, et le général Oudinot, qui eût été un diplomate autrement convenable que M. de Lesseps, lui écrivait, le 21 , les lignes suivantes , empreintes d'abord d'une fine ironie quelque peu flétrissante et méritée, quand il lui parle de son dévouement, et surtout toutes pleines de cette franchise active, carrée, nette, qui distingue l'esprit militaire :
f Je wis avec peine que votre dévoueiï)ent n'est point payé
(le retour à Rome. Aucune des promesses qu'on vou» a faites ne se réalise. On oppose sans cesse des subterfuges, des faux-* fijyants à votre persévérante loyauté. Toutes ces lenteurs ont* en définitive, pour résultat, d'accroître Torgueil de nos adversaires ; elles auraient, en se prolongeant, une funeste influence sur Tesprit de nos soldats*
a II nous faut la paix ou la guerre.
< Si Ton veut sincèrement la paix, entrons dans Rome.
« La discipline de l'armée et la générosité de notre gouvernement sont les plus puissantes garanties d'ordre et de liberté que puissent désirer les Romains.
a Yeut*on faire un nouvel appel aux armes ; la science militaire et la valeur françaises triompheront promptement, soyez-en certain, de tous les obstacles.
« C'est donc, à mon avis, une réponse nette et précise que nous devoQs en ce moment réclamer. Nul mieux que vous ne saurait l'obtenir par un langage en rapport avec les intérêts de la France. »
Il semble que ce langage, en harmonie avec la pensée qu'a* vait inspiré l'intervention, aurait dû faire revenir M. de Lesseps au sentiment de son devoir, en l'éclairant sur la position réelle des choses. Pourquoi sonimes-nous contraint de dire qu'il en fut autrement? Il continua à se leurrer de l'espoir insensé de concilier des principes qui ne peuvent Têtre : la révolution et l'autorité, la liberté et l'anarchie, le catholicisme et le républicanisme. Les triumvirs lui avaient promis un contre-projet qu'ils n'envoyaient pas, soit qu'il fût leur complice et que ce fût entendu entre eux, soit qu'ils se moquassent de lui. Sollicité chaque jour par le général Oudinot, fatigué de ces lenteurs suspectes, et dont ne s'accommodait ni sa dignité ni celle de son armée, M. de Lesseps^e résolut enfin à simuler une attitude un peu plus ferme vis-à-vis du gouvernement romain. Il lui signifia que les négociations seraient rom« pues s'il ne résolvait rien. Et il attendit. Le (^fénéral Oudinot,
justement indigné, réunit en conseil de guerre, le 25 juin, les officiers supérieurs de Tarmée expéditionnaire, et leur soumit la conduite du diplomate. Elle obtint un blâme unanime. Il fut reconnu par ces hommes pratiques que la situation qu'il créait à l'armée , ne pouvait durer sans périls pour elle. Fort de cette adhésion, le général en chef, décidé à user envers le ministre plénipotentiaire, de tous les égards possibles, lui écrivit chaque jour des lettres pressantes, où la politesse de la forme ne voilait pas complètement l'impatience légitime et le blâme contenus dans sa pensée* Dans l'une de ces lettres, il lui avoue franchement que Ton n'est plus dupe , au camp, de l'astuce de ses paroles, et qu'il est sévèrement jugé. 11 lui dit :
— « Vous êtes, monsieur, très-séduisant, personne ne le sait mieux que moi. Le général Vaillant a, lui aussi, été sous le charme en vous écoutant. Mais, à la réflexion, il reste convaincu que le statu quo auquel vous nous condamnez, est funeste, et porte la plus grave atteinte à la dignité et aux in* térêts de la France, non moins qu'à l'honneur militaire. Les autres officiers-généraux que j'ai vus ce matin m'ont fait spontanément la même déclaration.
« Nous vous supplions de ne plus enchaîner notre liberté d'action, je vous le demande en particulier très-instamment ; c'est le seul moyen de négocier ensuite avec avantage. »
Dans une autre lettre, le général donnait à M. de Lesseps d'autres raisons non moins puissantes ; il fallait vraiment ne pas vouloir, par parti pris, se rendre à l'évidence, pour perpétuer ensuite ce malheureux conflit.
<f Dans l'espoir que vous aviez, disait le général, de voir Rome, appréciant les intentions de notre gouvernement, ouvrir ses portes à l'armée française, vous m'avez, dès le 17 de ce mois, invité à faire suspendre les hostilités. Bien que celte disposition contrariât les opérations militaires commencées, et voulant d'ailleurs m'associer à votre pensée, j'ai arrêté les mouvements qu'il m'inoportatt essentiellement de terminer*
« Depuis cinq jours, la situation semble n'avoir fait aucun progrès. Au point de vue militaire le statu quo ne pourrait, je le répète, se prolonger sans de graves inconvénients.
« En cet état de choses, il vous paraîtra, sans doute, comme à moi, indispensable de réclamer, du gouvernement de Rome, une réponse prampte et définitive aux propositions dont vous avez posé les bases dans Tintéréides populations romaines.
c Si Ton ne vous donne pas la satisfaction que vous avez le droit d'attendre, vous jugerez^ sans doute aussi comme moi, que le moment est venu de rendre à l'armée toute son indépendance. 9
Ainsi se trouvait dressé à chaque instant, par le pouvoir militaire, l'acte d'accusation du pouvoir diplomatique. Il n'est pas bon» pour prendre une ville, d'adjoindre un diplomate à une armée, d'autant que les généraux sont la plupart du temps d'excellents diplomates, surtout en ces sortes d'occasions.
Rien n'était plus simple que l'affaire en question. Il fallait deux pouvoirs rivaux pour la brouiller. La France, ne reconnaissant pas le gouvernement républicain de Rome, n'avait pas à entrer en négociations avec lui. On ne traite point avec des usurpateurs. Il s'agissait seulement d'exposer au peuple romain la pensée morale et le but religieux de l'expédition, les conséquences qui résulteraient d'une défense impossible, et, cela fait, lui donner deux ou trois jours pour réfléchir; rien de plus.
M. de Lesseps recueillait les fruits de son étrange politique. En désaccord avec les chefs de l'armée française, il n'était pas plus heureux auprès de ceux de la RépubUque romaine. Sa vie même était en danger. Les poignards de la démocratie, cet ultima ratio des républicains, menaçaient sa poitrine. Entre autres, deux femmes avaient juré sa mort. C'est le propre des politiques mixtes, des éclectiques, de se faire des ennemis de tous côtés. On ne lui tenait aucun compte de ses compiaisauceç envers la révolution* On s'çtoit
servi de lui, tant qu'il avait été utile ; on se promettait de rimmoler dès qu'il était devenu un obstacle. Il se retira à la villa Santucci, après avoir laissé pour toute consolation et pour tout secours aux Français, artistes, propriétaires, négociants, artisans, habitant Rome, Tavîs suivant :
« Pendant ma courte absence, le pavillon français continuera de flotter sur mon hôtel, ainsi que sur tous les établissements publics français, et, même si vous le désirez, à la fenêtre de chacune de vos habitations. Adressez-vous à M. de Gérando pour toutes les réclamations que vous aurez à me faire passer ; je l'autorise à assister d'une manière efficace tous ceux d'entre vous qui n'auraient pas des moyens d'existence. Soyez prudents et réservés avec tout le monde. Confiez-vous à ma vigilance qui ne perd pas un momentdevue vos intérêts et ceux du pays. »
Cette circulaire était une cruelle ironie. Le drapeau français n'était pas sacré dans une ville où depuis longtemps on ne respectait plus rien. La ridicule recommandation faite à chaque Français d'arborer en pays ennemi les couleurs nationales à sa fenêtre, s'il le désire, est une plaisanterie de fort mauvais goût, et que ne se fût pas permise un homme ayant le respect dé ses compatriotes. On ne joue pas avec le malheur dont on est la cause volontaire.
M. de Lesseps n'avait pas seulement une propension fatale à se laisser glisser sur une pente qui le conduisait à côté du but qu'on lui avait marqué, il avait encore une prétention au zèle et à la vigilance que ses actes étaient loin de justifier. M. de Gérando n'avait pas attendu son arrivée pour se mettre à la disposition de ses nationaux, et ce départ ne pouvait augmenter sa courageuse et active bienveillance.
M. de Lesseps, dans toute cette affaire, semblait être l'agent de la République romaine et l'ennemi du gouvernement français. Il servait exactement la politique anti-catholique et antifranraise des républicains de Rome, politique qui consistait à traîner les^ négociations en longueur, afin de donner le temps
dd se manifedter à deux fléaux sur lesquels ils comptait : la fièvre dans la campagne de Rome, afin que l'armée d'expédition fut décimée, et à Paris une révolution nouvelle qui changerait la politique de la France livrée aux mains des jacobins. Leurs amis de Paris les leurraient de ce dernier espoir.
En quittant Rome, M. de Lesseps avait laissé à TÂssemblée constituante la note suivante, dans laquelle il désigne, en terminant, le dictateur Mazzini comme traître, car c'est à lui qu'il fait allusion :
« Messieurs les présidents, vice-présidents et membres de l'Assehfiblée nationale.
<c Dans la gravité des circonstances et au moment où va se terminer fatalement une crise qui abattra ou relèvera à jamais le drapeau italien^ un dernier devoir m'est imposé : celui de faire connaître publiquement la vérité , comme je l'ai déjà fait connaître à mon gouvernement (1).
« Le public s'est beaucoup trop occupé de moi : il s'inquifete, il s'agite, et les héroïques citoyens de Rome voient bien, avec cet instinct populaire qui dislingue les masses, que quelqu^un les trompe.
« Moi, l'homme de la paix^ de la vérité et de Vhumanitê, j'ai en mains la preuve que l'on me désigne déjà au poignard de l'assassin comme la cause de l'agitation et de l'inquiétude publiques !... Je ne veux être un obstacle pour personne, et, afin de laisser au pays, à l'Assemblée, au pouvoir constitué Tentiëre liberté de réfléchir, de discuter, de décider, je me retire pour quelques jours au quartier-général de l'armée française. De là, je veillerai efficacement, d'accord avec le général en chef, à la sûreté de mes compatriotes inoflRensifs qui restent & Rome. Lorsque tout espoir sera perdu, j'irai moi-même les chercher, s'il y a lieu (2), mais criant, en attendant : Malheur !
(i) Nous verrons le gouverncmoiit franrais juger M. de Losseps avant rhistoire.
(2) Il y avait lieu* — - M. de Lesseps ne viutciiercher pei-sonne.
malheur à la ville éternelle, si Ton touche un seul cheveu d'un Français ou de tout autre étranger !
« On m'a demandé de toutes parts : Gomment voulez-vous que nous vous recevions en ami, si vous ne nous donnez aucun gage patent public?
c La forme de nos institutions , la politique peu déguisée du pays dont je suis Texpression et l'organe pouvaient, en vue d'éviter des complications nouvelles, nous dispenser de produire ce gage ; mais puisqu'il est dans l'intérêt de tous d'ouvrir les yeux aux aveugles, de mettre les méchants dans l'impossibilité de nuire, de soustraire la majorité saine de la population à l'influence du chef qui la trompe, ropprime et qui saurait, au besoin, en faisant vibrer adroitement la corde patriotique , provoquer un élan unanime pour le ti*iomphe de la pluê déteêtable des cames, je produis au grand jour ce gage, si demandé, si désiré par les véritables Romains, qui seraient seuls perdus par la ruine de leur pays. Un pareil gage, pour lequel je ne crains pas, dans l'intérêt de la société entière, de compromettre ma responsabilité et mon avenir» le voici :
c La République française garantit contre toute invasion étran* gère les territoires des EtcUs romains occupés par ses troupes. »
« Cet article, ajouté aux trois propositions qui vous ont été soumises, confondra nos ennemis intérieurs et extérieurs et convaincra les plus incrédules.
c Le sort de votre pays est dans vos mains* Ne faillissez point à vos devoirs» pas plus que nous n'y faillirons, l'armée française, son chef et le ministre conciliateur.
«Ne perdez pas un temps précieux, et si vous avez à Rome un traitre auquel je pardonne et auquel vous pardonnerez, cherchez-le, et vous le trouverez !
(( Signé : Ferdinand de Lesseps. »
Au milieu de ces vagiies récrimii^ations sans dignité, de
ces pleurnicbemenls ridicules et misérables qui trahissent les désappointements, familiers au libéralisme dont le rôle étemel est de ne contenter ni les hommes de principes ni ceux qui n'en ont plus, ni les sages ni les exaltés, M. Lesseps entend par le$ ennemis intérieurs et extérieurs les catholiques d'une part et les athées de l'autre, de même que Robespierre, dans sa fête à Y Être suprême^ avait pour ennemis et les hommes attachés à la religion et les hébertistes qui faisaient profession de foi de matérialisme. En Italie, Mamiani, Gioberti et autres libéraux n'étaient pas moins les adversaires de Mazzini que de M. Rossi et des cardinaux.
M. de Lesseps avait parlé. Qu'avait*il résolu ? Quelle lumière éclatante avait-il répandu sur la question? Quel pas avait-il fait vers une solution? Au milieu de ce langage embarrassé, on distingue le libéral. Il est révolutionnaire, il ne s'en cache pas, car, contrairement à la vérité et à l'honneur de la France qu'il a la prétention de représenter, il dit que la crise qui se prépare abattra ou relèvera à jamais le drapeau italien. Le doute est une injure ; supposer que la France peut être vaincue par de pareilles gens, n'est-ce pasrinsulter ? Et parler du drapeau italien, c'est mensonge. Le drapeau rouge planté à Rome n'était pas plus le drapeau italien qu'à Paris il n'était le dra« peau français. Il n'a pas de patrie sur la terre, ce haillon sanglant et souillé de boue; sa patrie c'est l'enfer, dont il évoque toutes les fureurs.
M. de Lesseps parle de pouvoir comiiiué et des héroïques cttoyens de Rome. Il a emprunté ces mots-là aux proclamations de la République. Non 1 cette poignée de factieux, ces chenapans sans pudeur, qui ne rougissent plus de rien, mais qui rougissent leurs mains du sang innocent, ce n'est pas là un pou^ voir constitué. Qu'appelle-t-il héroiques citoyens'! Sont-ce les bandes de Cioeruacchio et de Garibaldi? Sont-ce les députés, les triumvirs, — tous ces usurpateurs chargés de crimes qui n'ont pas cessé, depuis qu'ils ont immolé M* Rossi, d'entasser
cadavres sur cadavres ! Sont-ce les douaniers de SainteCalixte et lear chef Zambianchi?. . . Encore une fois, non! car, si comme libéral, M. de Lesseps est de ceux qui profitent des crimes du radicalisme, il est aussi, toujours comme libéral, de ceux qui publiquement les désapprouvent. Il applaudit aux humiliations et au martyre de Louis XYI, mais non à la terreur de dS, leur conséquence. Impuissante est cette politique qui ne repose pas sur des bases pures, sur des principes inflexibles. Le libé» ralismeest toujours ainsi illogique; toujours encore, mais vainement, il essaie de se maintenir dans ce juste milieu bâtard et sans principes, où il se trouve à la fin écrasé comme dans un étau. Libéral, M. de Lesseps est assez révolutionnaire pour ne point servir les intérêts du catholicisme qu'il a reçu mission de sauvegarder dans toute leur plénitude, mais il ne Test pas assez pour approuver Mazzini et les ultra-démocrates. La cause de la papauté dans toute sa force, dans tout son droit, n'a pas ses complètes sympathies, loin de là, et celle de la démagogie, il la trouve détestable. Â une époque où il faut être cathoKqiie ou socialiste, il essaie de n'être complètement ni l'un ni l'autre. II appelle cela être conciliant. Voilà bien les hommes politiques du tiers-parti I Ni chair, ni poisson ; ni mâle, ni femelle; quel* que chose de monstrueux, d'anormal, d'impossible. Cet her-' maphrodisme politique est détestable ; il a trompé les peuples depuis 1789 de la plus pitoyable façons c'est lui qui, tout en protestant de son respect pour la légalité, a conduit par la main ceux qui l'ont violée ; c'est lui qui, en se déclarant l'adorateur du principe d'autorité, a montré le chemin à ceux qui l'ont démoli. Et ils ont été surpris après, ces bourgeois, de tomber dans Tabime politique et social qu'ils avaient creusé ! ils feraient sourire, s'ils n'excitaient pas une si profonde pitié.
C'est que, en dehors des principes, éternels comme la jus^ tice, immuables comme la vérité, il n'y a de salut ni pour les individus, ni pour les sociétés.
C'est là une des moralités de l'histoire.
M. de Lesseps avait pris de grandes précautions; il avait mis une importance, empreinte d'une orgueilleuse exagération, pour annoncer aux Romains que la France^ venue pour les délivrer, garantissait leur territoire de toute invasion étrangère. Il avait pris soin de faire valoir, à ce sujet, sa propre personne, et avait feint dMmmoler à sa soudaine aflection pour les Romains, sa responsabilité et son avenir. Paroles puérileSy contraires à la vérité, peu dignes des hautes fonctions dont il était revêtu, commérage ridicule, confidence niaise. Ce n'était pas en annonçant, avec une prétention de mystère qui fait sourire, une chose que tout le monde savait, qu'il compromettait sa responsabilité et son avenir^ c'était par la conduite qu'il tenait et avait tenue, dès le commencement, vis-à-vis de la révolution, dans celte affaire. Ici il semble, prévoyant sa chute prochaine, car il se sent dans une voie contraire à la dignité de la France, il semble vouloir donner le change à l'opinion publique sur le sort qui l'attend et que sa conscience ne lui dissimule pas. Personne n'ignorait que les puissances catholiques ne voulaient pas envahir les Etats du Saint-!^ége et s'en emparer, mais seulement en chasser les républicains.
Le général Oudinot n'avait pas pris cette attitude de martyr ; il n'avait pas posé pour le sacrifice de son avenir et de sa responsabilité en priant l'Autriche de ne point s'avancer sur Rome.
Gomme l'armée autrichienne, après s'être emparée de Bologne, s'apprêtait à continuer sa marche victorieuse , le général Oudinot jugeant ce mouvement contraire à la dignité de la France, s'était empressé d'écrire la lettre suivante au général en chef de cette armée :
«t Général,
« Je viens d'apprendre que vous êtes arrivé à Perugia avec une partie de vos troupes^ et que vous vous proposez de continuer votre marche en avant, en vous mettant en communication avec Tarmée napolitaine dans les Âbruzzes. Je dois vous rappeler que Tarmée française a commencé seule le siège de Rome, qu'elle est sur le point de s'emparer du Ponte- Molle, qu'elle est par conséquent en communication avec les routes de Florence et d'Âncône. Je suis résolu a faire avancer mon armée vers cette direction; s^upendez donc votre marche : Vhonneur de nos artnes l'exige.
a J'ai appris à honorer sur le champ de bataille les troupes autrichiennes ; mais, en ce moment, toute démonstration de leur part, sur Rome, paraîtrait offensante ou hostile à la France. Si nos soldats se rencontraient dans ces conditions, il pourrait en résulter des conflits que nous avons Tun et l'autre à cœur de prévenir. »
Dans cette lettre pleine de dignité, et parfaitement en rapport avec les intérêts et l'honneur de la France, pas un mot de responsabilité et d'avenir compromis.
M. de Lesseps n'ignorait pas celte démarche du général Oudinot, et il savait également que ces lignes à une puissance amie, animée des mêmes intentions, et venue uniquement dans le même but, avaient suffi pour arrêter la marche de l'ar^ mée autrichienne.
D'un autre côté, le message du diplomate français aux dé* pûtes de Rome avait manqué le but qu'il s'était proposé d'atteindre. Loin d'attendrir l'opinion publique, elle n'avait fait que provoquer son mépris; on se sentait plein d'une pitié dédaigneuse pour lui. Sa lettre eut pour résultat d'égayer la verve des Figaros de Rome, qui refusèrent de raser et de coiffer les Français, dans )a crainte, disaient-il^» d'attirer le malheursur
ia ville éternelle, en s'exposant au danger de faire tomber un cheveu de leurs têtes.
Mais les républicains ne se contentent pas de rire; il faut qu'ils mêlent Tatroce à tout. Il faut que leur invincible culte pour la guillotine et l'assassinat s'a£Brme. Les murailles de la ville éternelle reçurent nombre de petites affiches, faites à la main 9 sur lesquelles on lisait ce vœu fraternel et pacifique : « C$ n'est pas un cheveu que Von devrait faire tomber ^ c'est la tite entière. »
C'est tout ce que M. de Lesseps put obtenir. Ce même malheureux diplomate se trouve être complice moral des actes monstrueux de dévastation qui furent commis , en ce temps, par les républicains, sous le prétexte de se fortifier. Ils entassaient les ruines sur les ruines, avec une rage implacable. Sans respect pour les chefs«d'œuvre dont cette terre historique est semée à chaque pas, ils nivelaient, ils nivelaient. Partout, ' dans Rome et autour de Rome, ils exerçaient leurs ravages détestés. La villa Borghèse fut saccagée; le pavillon orné de fresques de Raphaël et de ses élèves, détruit; les arbres centenaires impitoyablement abattus, comme ceux du Forum , ceux des thermes de Dioclétien, ceux de la belle et majesrtueuse avenue de Sainte-Marie-Majeure. Les bûcherons de la république mirent la cognée dans ces arbres qui, l'hiver, .portaient la neige sur leurs vieilles branches, comme des cheveux blancs. Ils firent ainsi, en riant des propriétaires qui allaient pleurer ces ombrages, que leurs ancêtres avaient plantés et leurs pères respectés comme de vieux souvenirs.
Les démons barricadés dans Rome rasèrent tous les bâtiments situés à droite du théâtre Apollon, une grande partie de ceux avoisinant le fort Saint- Ange et l'hôpital du Saint- Esprit. Quand ils ne pouvaient démolir assez vite au gré de leur sauvage impatience, ils avaient recours à des moyens plus expéditifs que leurs bras barbares : la mine et le feu. Furent ravagés de fond en comble, la villa et le palais Patrizzi, le pa«
lais Lucernari-Torionia, la villa et le palais Salvage» les mai* sons de campagne Farina etCremonesi, etc., etc. Le langage des hommes est insuffisant pour décrire ces actes de vandalisme. Us espéraient, comme ils Pavaient essayé déjà dans d'infâmes proclamations et dans leurs journaux effrontéSp mettre ces monstruosités sur le compte de 1 armée assiégeante. Nous les avons vus déjà briser, sans pitié, les statues et les tableaux des artistes français établis à Rome, dans un palais appartenant à la France. Ils détruisaient tout ce qui était art, avec la fureur de l'ignorance et de l'incapacité. Ces régénéra^ leurs de rJ(a/Ï€ avouaient cyniquement qu'ils prétendaient tout niveler. Un jour, un député dit à M. Visconti, le savant antiquaire» qui arracha courageusement tout ce qu'il put de leurs mains : — « Je professe un tel culte pour VégcUilé uniterselle, que je verrais avec plaisir décapiter l'Apollon du Belvédère ! »
L'égalité absolue 9 TégaUté dans le crime, dans la misère, dans l'abjection , l'égalité des pourceaux devant l'auge démo* cratique, voilà l'égalité républicaine !
Au surplus, la fraternité socialiste fut pratiquée aussi : il y eut un grand nombre de socialistes qui, dans ces destructions» profitèrent du désordre, pour voler ce qui leur parut le plus précieux et le plus facile à emporter. En ceci, les républicains de Rome imitaient encore leurs frères de Paris. On sait que ces derniers inaugurèrent la république, le 24 février, par le pillage et l'incendie des Tuileries, du château et du parc de Neuilly, d'un château appartenant à M. de Rotschild, et d'autres habitations situées aux environs de la capitale. Ces mêmes hommes avaient affiché sur les murs : Mort aux voleurs! Us avaient même fusillé, comme mus d'une patriotique indignation, un homme qui avait enlevé un objet aux Tuileries, n'ayant pas ce droit, selon eux, attendu qu'il n'était pas républicain de la veille.
Les défenseurs de Rome n'avaient pas même l'excuse des nécessités de la défense : ils brisèrent» incendièrent et volé-
rent , ils ravagèrent par principe, non pour repousser les assiégeants. Or, ces crimeSy et bien d'autres, commis pendant Tarmistice conclu par M. de Lesseps, eussent été épargnés à Rome sans son intervention coneittante , comme il le dit agréablement.
Sur ces entrefaites, pressé d'en finir par le général Oudinof , M. de Lesseps adressa à l'Asseniblée constituante de Rome, ce nouveau message :
a Le soussigné, Ferdinand de Lesseps, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République française, en mission à Rome ;
» Considérant que les Autrichiens, en s' avançant sur Rome, pourraient s'emparer de positions menaçantes pour Tarmée française ;
» Considérant que la prolongation du sialu quo auquel avait consenti M. le général en chef, Oudinot de Reggio, pourrait devenir nuisible à l'armée française ;
» Considérant qu'aucune communication ne lui a été adressée depuis la dernière note, en date du ^6 de ce mois ;
» Invite les autorités et l'assemblée constituante romaines, à se prononcer sur les articles suivants :
> Art. 1*'. Les Romains réclament la protection de la République française.
<c Art. 2. La France ne contesie point aux populations romaines le droit de se prononcer librement sur la forme de leur gouvernement.
« Art. 3. L'arméefrançaise sera accueillie par les Romains, comme une armée amie; elle prendra les cantonnements qu'elle jugera convenables, tant pour la défense du pays, que pour la salubrité de ses troupes. Elle restera étrangère à l'administration du pays.
« Art. 4. La République française garantit, contre toute invasion, le territoire occupé par ses troupes.
^ En conséquence, le soussigné, de conetrl avec Mn U gé^
fkéral en chef, Oudimt de Reggio, déclare que, dans le cas où les articles ci-dessus ne seraient pas immédiatement acceptés, il regardera sa mission comme étant terminée , et que Tarmée française reprendra toute sa liberté d^action.
c< Fait au quartier-général de farmée française» villa Santueci, le 29 mai 1849. »
C'était 9 on le voit, ne pas sortir de la même difficulté ; c'était s'agiter sans avancer : reconnaître les autorités de la république, et le droit de changer la forme légitime du gouvernement pontifical, c'était marcher directement contre l'esprit qui avait dicté l'intervention.
Les républicains de Rome n'étaient pas plus satisfaits que la France de ces concessions ; ils ne les trouvaient pas suffisantes.
Pour gagner encore du temps, ils ei^otërent sur les mots. Ils demandèrent au ministre plénipotentiaire ce qu'il entendait par le mot immédiaiemmi; il leur répondit qu'il entendait qu'un délai de vingt^quatre heures était accordé pour répondre à sa note. Ce délai devait expirer le 30 à minuit. Le général Oudinot, prévoyant qu'aucun arrangement n'était possible, poussait activement les préparatifs de l'attaque de la place. Alarmé pour les républicains de Rome, M. de Lesseps remit au général en chef la note suivante, qui porte sa honte avec elle et qu'il est superflu de qualifier : — <k Dans le ca9 où vous jugeriez devoir prendre, par surprise ou autrement, des positions dans l'intérieur de la ville de Rome, ou même dans le voisinage de son enceinte sans vous être préalablement concerté avec moi, je crois devoir mettre, sous votre seule responsabilité, toutes les conséquences politiques qui en résulteront. Jusqu'au moment où les ordres du gouvernement arriveront, soit pour me blâmer, soit pour m'approuver, ma mission ne comporte pas votre isolement par des déterminations ou des mesures militaires qui compromettraient notre gouvernement et engageraient notre pays dans la voie que je crois la plus fwmte, »
AiD5n, selon M. de I^esseps/ rien de plus funeste que d'entrer dans Rome. On se demande en vérité pour qui sont ses sympathies, pour les dignes victimes de la plus digne des causes ou bien pour leurs assassins. Puisqu'il blâmait Tintervention, pourquoi avait-il accepté cette mission?
Le président de l'Assemblée romaine et la municipalité ré» pondirent à cet ultimatum, qu'ils avaient pleine confiance dans la sagesse du triumvirat qui gouvernail avec tant àepru^ dence une ville tranquille^ siège des monuments respectée des arts. Les triumvirs envoyaient en même temps à M. Lesseps ce contre-projet :
« Art. l^^ Les Romains^ pleins de foi, aujourd'hui comme toujours, dans Tamitié et dans l'appui fraternel de la République française, réclament la cessation des apparences mime d'hostilités et rétablissement des rapports qui doivent être l'expression de cet appui fraternel.
a Art. 2. Les Romains ont pour garantie de leurs droits politiques l'article 5 de la Constitution française.
« Art. 3. L'armée française sera regardée par les Romains comme une armée amie et accueillie comme telle. Elle prendra, d'accord avec le gouvernement de la République romaine^ les cantonnements convenables, tant pour la défense du pays que pour la sécurité de ses troupes. Elle restera étrangère à TadiTiinistration du pays.
« Rome est sacrée pour ses amis comme pour ses ennemis.
a Elle n'entre pas dans les cantonnements que choisiront irs troupes françaises. Sa brave population en est la meil«leure sauvegarde.
'« Art. 4. L'armée française garantit contre toute invasion étrangère le territoire occupé par ses troupes.
« Armellini, Mazzini, Saffi, »
Cette ironique proposition n'était rien autre chose que des conditions comme en eût posé la victoire. Les répubii«« T. n. r*^ T
câins continuaient à refuser Tentree de Rome aux troupes françaises et les obligealeut à reconnaître leur puissance usurpée* Le souvenir de l'article 5 de la Constitutioa imposée à la France par des républicains^ et dont elle était impatiente de se débarrasser, était une injure pour elle« M. de Lesseps ne recula pas devant cette humiliation infligée à son pays. Il envoya ce honteux projet, qui eût déshonoré la France et ses armes, au général en chef, avec le langage superbe et content de soi d'un diplomate habile et patriote qui» après de courageuses luttes. et d'intrépides efforts» est enfin parvenu à arra** cher des concessions éclatantes, honorables pour son pays» Voici ce curieux document :
« Général,
c Parti de Paris sous l'impulsion deTafraire du 30 avril, et venu pour traiter avec les populations romaines^ je n'ai pas besoin de rappeler que je n'ai voulu ni souffert que Ton pût jamais séparer ma cause de celle de mon gouvernement et de Thonorable chef de Tarmée française. — Pour arriver à persuader que les dispositions du gouvernement de la République et de son général étaient les mêmes avant le 50 avril et après» je ne me dissimulais pas tous les obstacles que j'avais à surmonter. Aujourd'hui j^ ai réussi.
« Je suis disposé à signer immédiatement^ sauf quelques modifications et le rejet de rarticle2, le contre-projet envoyé pa le triumvirat et approuvé par l'Assemblée constituante romaine, aussi bien que par les sénateurs et conservateurs de la municipalité de Rome, dans la conviction que cet acte affermie à jamais en Italie Vinfluence française, maintient Vhanneur sam tache de notre armée et de notre glorieux drapeau. »
Le général Oudinot comprenait autrement l'honneur de son armée et de son drapeau. Après avoir pris connaissance de cette pièce tout imprégnée de trahison» il s'écria ; -— « Je ne di^Qçrai Jamais cette page honteuse pour la France { »
Il renvoya ce document, qui eût souillé son camp, au diplomate disposé à y apposer sa signature immédiatement, et rinvita à venir s'expliquer devant un conseil de guerre» qu'il réunit pour Tentendre*
M. de Lesseps vint en effet : i) était pâle comme un coupable; son regard était sans franchise, son attitude trahissait rembarras du crime surpris. Les officiers supérieurs, membres du conseil; jetaient sur ses yeux qui les évitaient, des regards dans lesquels se lisaient Taccusation et le dédain.
Ils ne pouvaient cacher entièrement leur répulsion. Avec la clairvoyance de la probité, ils voyaient que cet homme les trompait. Il avait, du reste, l'attitude peu affermie d'un esprit troublé ; il éprouvait cet embarras de ceux qui ont la conscience d'une mauvaise action. Quand il eut balbutié ses raisons et déclaré avec insistance qu'il était indi^ensable d'attendre et de temporiser encore^ tous les membres du conseil protestèrent avec énergie. Quelques-uns mênie ne purent, dans le sentiment de la patrie outragée et trahie, retenir Texpreen sion très-vive de leur ressentiment et de leur mépris. Il en fut couvert, aveuglé. C'était pitié de voir la contenance et d'entendre le langage de ce malheureux, courbé sous l'éclat de la loyauté de ces braves capitaines^ D'un côté, la duplicité, la fausseté, l'oubli de la politique nationale, des subterfuges, des faux*fuyants, des détours; — de l'autre, franchise, patriotisme, courage, droiture et loyauté.
Comme M. de Lesseps insistait avec une force extrême pour qu'on attendit toujours : — « Attendre ! s'écria l'un des généraux présents, avec un emportement trop justifié (1). Attendre! attendre la saison des chaleurs et les fièvres qui» avant quinze jours, viendront frapper notre camp pour lui demander des victimes ! Attendre que la pitié de nos ennemifl^ secourus par cet auxiliaire insaisbsablei nous fasse la grâce de
(t) Le^oéral Vaillant, du g/éràe^
linceuls pour les cadavres de nos soldais décimés! Nous avons déjà trop attendu, monsieur le Ministre! Prenez garde qu'un jour la France ne vous demanda, comme autrefois Rome à Yaron, ce que vous avez fait de ses légions! »
Tous les autres généraux applaudirent à ce langage énergique. Cette scène» au milieu d'un camp, était solennelle.
M. de Lesseps répondit d'un air cauteleux et d'une voix perfidement douce, de l'absinthe dans du miel :
— c Pour éviter l'influence morbifide que vous redoutez avec raison, je le reconnais, qui vous empêche de reculer vos lignes, de transporter votre quartier-général à Frascati, de faire camper vos troupes dans les voisinages salubres d'Albano et de Tivoli? De cette manière, ne serions-nous pas les vrais maîtres de Rome en l'entourant, au lieu de Voccuper? Si vous faites ainsi, le gouvernement de la République, qui ne désire votre entrée à Rome que si vous êtes appelés par les habitants, vous remerciera un jour d'avoir contribué à faire triompher, par la sagesse de vos conseils, la vraie, la grande politique dégagée de toutes les petites questions d'amourpropre personnel et de vaine gloire. »
Le ministre plénipotentiaire eût été payé par les républi*cains de Rome pour prendre leurs intérêts, il eût été corrompu par une partie du produit de leurs vols, qu'il n'eût point tenu un autre langage. Il était impossible de proposer la honte à une armée avec un sang-froid plus effrayant. Ce cynisme donnait le frisson. Était-ce bien un Français qui venait de parler? un diplomate, un homme chargé de représenter les intérêts de la France?. . . Les généraux frémirent à ce conseil de lâcheté, et le commandant en chef, présidant le conseil de guerre, ré- . pondit avec fermeté : « J'avoue, monsieur, qu'il me faudra du courage pour répondre avec sang-froid à ces paroles étranges, prononces cependant par des lèvres françaises. Vous nous demandez, monsieur, qui nous empêche de reculer nos lignes, d'abandonner notre base d'opération pour des lieux plus éloi<
gnés de Rome? Jo vais vous le dire : c'est Tinlérét de la France, que nous représentons, iwus aussi, mats avec lepée, tandis que vous croyez la représenter avec la parole. La France avant peu dira qui» de la parole ou de Tépée, Taura servie le mieux !••. En attendant» l'honneur du nom français, la gloire de nos armes, exigent que la pensée de la Franco s'explique librement au Gapitole. Prendre des cantonnements en dehors de Rome serait, en quelque sorte, proclamer notre impuissance. Entourer une ville n'est point s'en rendre maitre; on ne l'occupe véritablement que le jour où le drapeau de la pa-* trie flotte au sommet de sa plus haute tour. Quant à ce que vous appelez la grande, la vraie politique dégagée de toutes les petites questions d'amour-propre et de vaine gloire, nous en référons pour l'avenir au jugement de l'histoire, et, pour le présent, à la décision de notre gouvernement. En attendant, je déclare, au nom de tous mes frères d'armes, que notre adhésion à vos projets serait une hante et une lâcheté! »
Les généraux, dont M. de Lesseps enchaînait le courage, approuvèrent sans restriction le langage du commathlant en chef.
M. de Lesseps se retira sous cette flétrissure. Il n'^avait cependant pas perdu, malgré ces sévères paroles, l'espoir de temporiser encore. Le dernier délai ayant expiré dans la nuit même, et le général en chef ayant donné des ordres pour commencer les hostilités en occupant certains points importants, le diplomate vint le trouver pour le conjurer d'attendre en* core. Il était trois heures du matin. M. de Lesseps prit pour prétexte une susceptibilité de conscience. Selon lui, la reprise des hostilités n'avait pas été dénoncée d'une manière suffisamment précise aux autorités romaines, et, dans cet état de choses, une attaque de l'armée française lui paraissait devoir être considérée par l'Europe entière comme une surprise in* compatible avec la règle du droit des gens. Certes, si quelqu'un avait violé ce droit des gens» que M. de Lesseps mettait
en avant comme un scrupule de sa bonne foi, c*élaîent les républicains. Le général Oiidinot avait pris le soin de faire prévenir leurs avant-postes de Tattaque qu'il préparait; il était donc en règle, et il n'y avait plus aucun ménagement à conserver. L'heure de la justice était sonnée.
D'un autre côté, rien n'était plus dangereux que de changer des dispositions arrêtées entre tous les chefs de l'armée et dont le succès n'était pas douteux.
Il eut cependant la grandeur d'âme, on peut dire la faiblesse, d'y consentir, par un reste d'égards pour ce coupable diplomate. Seules, les troupes qui devaient marcher sur le Monte-Mario ne purent être prévenues à temps, malgré la diligence faîte par l'officier d'état-major chargé d'aller arrêter leur mouvement. Elles s'emparèrent lestement de cette position, que les républicains quittèrent en désordre.
Cette nouvelle plongea les chefs de Rome dans une vive inquiétude, qu'ils ne purent dissimuler à M. de Lesseps, don Quichotte de la démocratie, qui, dans son adoration ridicule et criminelle pour cette ignoble Dulcinée, s'était empressé de courir à Rome pour tâcher d'arriver à un arrangement. Dans ce dernier effort, il arrêta, avec les triumvirs, de nouvelles propositions, dites par lui et par eux de conciliation. Le traité suivant^ arrêté entre eux, fut adopté par l'Assemblée constituante, en comité secret, à l'unanimité moins trois voix :
« Art. !•'. L'appui de la France est assuré aux populations des États romains ; elles considèrent l'armée française comme une armée amie, qui vient concourir à la défense de leur ter" ritoire,
« Art. 2. D^accord avec le gouvernement romain, et sans s'immiscer en rien dans l'administration du pays, Varmée française prendra les cantonnements extérieurs convenables, tant pour la défense du pays que pour la salubrité de ses troupes; les communications seront libres.
t Art. 3. La République française garantit contre toute in* vasion étrangère les territoires occupés par ses troupes.
i Art. 4. Il est entendu que le présent arrangement devra être soumis à la ratification de la République française.
« Art. 5. En aucun cas, les effets du présent arrangement ne pourront cesser que quinze joutas après la communication officielle de la non ratification.
« Fait à Rome et au quartier-général de Farmée française, en triple expédition^ le 31 mai 1849, à huit heures du soir.
c Signé : C. ârmelluii, A. Safpi, G. Màzzinu
c Le ministre plénipotentiaire de la République firançaise, c Signé : PsaDiNAND DE Lesseps. »
Au nom de la France, M. de Lesseps avait signé ce déshonneur ! Trois fois infâme, il l'avait signé trois fois !...
Au moment oh cette trahison se consommait, le général Oudinot expédiait deux dépêches aux triumvirs et au diplomate français. Dans l'une» il invitait celui-ci, dans les termes les plus pressants, à ne plus perdre un temps précieux, à poser résolument la question de savoir si l'on consentait, oui ou non, à ce que son armée entrât dans Rome. Il avait le soin, en outre, pour parer la botte d'un nouveau scrupule de conscience^' de lui recommander de dénoncer immédiatement la fin de Tarmistice, s'il n'obtenait pas sans retard une solution pacifique et conforme entièrement à la dignité de la France. Et, pour que les autorités républicaines n'en ignorassent, il leur déclarait que si elles ne lui donnaient pas satisfaction, il refM'endrait les hostilités ; il leur donnait pour suprême et dernier délai vingl-qualre heures après la présente dclaration.
M. de Lesseps ne tint aucun compte de la lettre du général en chef; il emporta, signées par les triumvirs et par lui, trois copies de cette convention faite au profit de la démagogie
contre la France* contre son honneur et le3 intérêts de l'univers religieux, et il revint au camp, pendant la nuit, fier comme s'il venait de remporter une brillante victoire. Il se présenta de suite chez le général Oudinot ; il y fut admis aussitôt, et Tabordant avec une figure qu'il s'efforçait de rendre rayonnante : -*- « Enfin, généial, nous avons terminé! » s'écria-t-iL
Mais à peine avait-il commencé à lire le traité ignominieux, que le général, saisi d'une patiiotique indignation, s'arrêta au mot de canionnemenls extérieurs. Il s'élança devant lui, la lèvre tremblante, Toeil sombre, les bras croisés sur sa poitrine. Le diplomate reculait dans sa bassesse à mesure que le brave guerrier s'approdiait de lui dans sa loyauté et dans sa force.
— « Vous êtes Français, Monsieur ! s'écria le valeureux capitaine ; que dis-je ! vous représentez la France, et vous avez subi de pareilles conditions ! Et vous osez les apporter dans notre camp!.. Ma main se desséchera plutôt que do signer de pareilles infamies! C'est assez. Monsieur, je n'en entendrai pas davantage ; vous pouvez vous retirer ! »
Cette, indignation n'était pas de la colère , c^était de la justice, de la vertu,
M. Lesseps ne dit pas un seul mot et laissa imperturbablement l'un des trois exemplaires du projet sur la table du général Oudinot, après quoi il se retira, la ra^ au cœur.
U fut bientôt rejoint par un billet ainsi conçu :
c Monsieur le ministre plénipotentiaire,
€ Vous avez, depuis le 17 de ce mois, paralysé tous les mouvements du corps expéditionnaire sous mes ordres.
c Vous m'aviez demandé avec instance que la trêve, promise verbalement par vous aux troupes romaines, se prolongeât jusqu'à ce que le gouvernement fit connaître la réponse aux dépêches dont M. de Latour-d'Âuvergne était porteur. Bien que ce retard fût, dans ma conviction, très-préjudiciablc aux
opérations militaires, j'ai souscrit à voire désir^ afin d'éviter jusqu'aux apparences d'un dissentiment entre nous.
a Depuis ce temps^ les troupes romaines ont pu se porter partout où elles ont cru qu'il élait de leur intérêt de le faire ; j'ai, au contraire, enfermé nos opérations dans la partie du territoire qui a Civita-Yecchia pour base* Vous avez proposé le 29 de ce mois, ^ux autorités romaines, un iMmaium dont j'ai accepté les termes, bien que certaines conditions qui y étaient stipulées fussent loin de me donner une entière satisfaction.
a Dans la journée même, vous m'avez écrit de Rome que cet ultimatum allait, selon toute probabilité, être accepté. Ce $oir, et contre toute probabilité, malgré cette assurance, vous me déclarez que vous avez signé avec la République romaine des conditions auxquelles vous espérez que j'apposerai ma signature.
a Ces conventions sont en opposition formelle avec les iiis-^ tructions que j'ai reçues. Je les crois contraires aux volontés de mon gouvernement. Non-seulement je ne leur donne pas mon assentiment, mais je les considère comme non-avenues, et je suis forcé de le déclarer aux autorités romaines.
< Quand le ministère aura fait connaître^ à la suite de la mission de M. de Latour-d'Âuvergne, sa dernière intention, je m'y conformerai scrupuleusement. En attendant, j'ai le regret d'être dans l'impossibilité de concerter désormais mon action politique avec la vôtre. »
C'était sec, mais juste. Eloquent plaidoyer > plaidoyer précis en faveur de l'autorité militaire, dont on appréciera, pendant ces retards, la courtoisie, la patience, les égards, la délicatesse, la sagesse, le patriotisme; réquisitoire énergique et sans réplique, contre la culpabilité flagrante d'une diplomatie dégradée.
. Au même instant, le duc de Reggio s'empressa de protester auprès des triumvirs contre la conclusion de M. de Les*
-^ SIO —
sepSt afin qu'ila ne pussent pas prétexter plus tard qu'od Isa avait pris en traîtres en conomençant les hostilifés. Il savait cesjiommes disposés à arguer de leur prétendue ignorance de ses résolutions. Il leur signifia donc sa volonté en termea polis» par respect pour lui-même» non pour eux» car il ne les reconnaissait ni comme puissance politique» ni comme hoa« nétes gens.
Voici la note qu'il leur envoya :
« J'ai eu l'honneur de vous faire savoir» ce matin» que j'accepterais pour mon compte l'ullimatum qui vous a été transmis» le Ï9 de ce mois» par M. de Lesseps.
<c A mon grand étonnement» H. de Lesseps m'apporte» à son retour de Rome» une sorte de convention en opposition complète avec l'esprit et les bases de l'ultimatum. Je suis eonvaincu qu'en la signant» M. de Lesseps a dépassé ses pou« voirs. Les instructions que j'ai reçues de mon gouvernement m'interdisent formellement de m'associer à ce dernier acte.
« Je le regarde comme non-avenu» et il est de mon de«voir de vous le déclarer saBs retard. »
Cette convention, qui avait indigné tous les officiers supérieurs auxquels on l'avait communiquée, et dont le général Vaillant a écrit : a une pareille proposition offensait trop l'armée pour pouvoir être acceptée»» cette convention» disons-nous» n'avait jamais été considérée comme sérieuse par les républicains. Ils appréhendaient très-certainement que les chefs militaires français rompraient ces négociations; mais ils ne s'en réjouissaient pas moins de ce que M. de Lesseps avait donné à leur déloyauté un prétexte contre l'expédition armée. En effet, Ârmellini s'étant écrié» au reçu de la dernière lettre du général Oudinot : -^ c Ceci est pour les Français la revanche du 30 avril. — Peut-être I » avait répondu Mazzini. Et se servant des armes que M. de Lesseps avaient fournies aux ennemis de son pays» de la civilisation et de Dieu même» il écrivit au générad en chef une longue et pompeuse ^ttre»
dans laquelle il lui marquait que c'était avec un sentimeut d'étonnement et de douleur que le triumvirat voyait ces différents entre le général en chef et le rq^riêetUani de la France ; que ces différents loi paraissaient d'autant plus étranges» qu'il regardait cette convention comme une chose entièrement conforme au vœu de TÂssemblée française et aux sympathies exprimées nouvellement par la nation; que le triumvirat n'était pas responsable des graves conséquences qui pourraient en résulter ; qu'il espérait, toutefois» que ces difficultés s'aplaniraient.
Mazzini aurait ainsi volontiers déclamé pendant dix ans sur ce sujet; en attendant, il eùt-gardéle pouvoir, et le Saint-Père fût resté en exil. Mais le général Oudinot, qui n'était ni avocat» ni romancier, n'était pas d'humeur à salir tant de papier et à ergoter plus longtemps avec cet assassin romanesque et verbeux.
Quant à M. de Lesseps » il se rangea amoureusement du côté des démagogues. Les triumvirs lui ayant envoyé copie de la lettre du général Ondinot, il leur répondit en les encoura^ géant à tenir bon ; il leur annonça qu'il allait partir pour Paris, pour essayer d'extorquer la ratification à la convention qu'il avait signée, et qu'il maintenait ^uand même. Il terminait par ces mots» qui révèlent tout son endurcissement» l'absence de tout repentir ;
c( Cet engagement a été conclu en vertu de mes instructions» qui m'autorisent à me consacrer exclusivement aux négociations et aux rapports à établir avec les autorités et les populations romaines, »
Il retarda son départ» la république installée à Rome ayant sans doute encore besoin de ses services ; mais» pour se faire amnistier par le ministère français» il expédia à Paris M. La* velainede Maubeuge» qu'il chargea de soumettre à l'Assemblée nationale les conditions du traité avilissant. Le général Ondinot lui avait donné un soui&et sur une joue^ il tendait l'autre
au gouvernement français, qui en fit de même. La conduite do M. de Lesseps parut si monstrueuse, à Paris, que ceux qui lui portaient encore quelque intérêt, firent courir le bruit qu'il était fou.
Comme il était certain que M. de Lesseps torturerait les faits dans ses dépêches, le {général en chef chargea le général Begnaud de Saint-Jean-d'Ângely de partir de son côté pour Paris, porteur de cette lettre :
« Bien que la direction imposée à M« de Lesseps depuis son arrivée fût en complet désaccord avec vos dépèches ultérieures, j'ai considéré comme un devoir d'éviter jusqu'à l'apparence d'un dissentiment avec un agent qui avait recueilli la dernière pensée du gouvernement.
« Dominé par cette considération, je déclarais, ce malin encore, que j'étais prêt à approuver l'ultimatum donné par M. de Lesseps en date du ^ de ce mois.
« Cet agent diplomatique m'a quitté fermement résolu à se refuser à toutes les modifications qu'on voudrait faire subir à cet ultimatum. Ce soir, il vient présenter à ma signature la convention ci-jointe arrêtée entre lui et le gouvernement de la république romaine. Quand je compare un tel acte avec les déclarations que vous m'avez chargé de faire à mon arrivée dans ce pays, mon honneur et ma raison. Monsieur le ministre, me prescrivent de lui refuser mon concours. J'adresse en conséquence, à M. de Lesseps et au triumvirat , les protesta<tions ci-jointes, numéros 1 et 2.
« Je comprends, Monsieur le ministre, toute la gravité de cette nouvelle situation. J'espère que le prochain retour do M. Latour d'Auvergne en affaiblira les conséquences. J'espère , qu'éclairé par ce dernier agent diplamatique , vous me ferez parvenir des ordres positifs et qui faciliteront l'accomplissement de ma mission. Toutefois, Monsieur le ministre, les conditions nouvelles qui viennent de se produire ont une telle gravité, qu'il m'a paru utile de confier au général de diYifiV>n Begoaud
d'Ângely le soin de la i^ire connaître au gouvernement dans toute leur réalité.
a Cet officier général fait partie du corps expéditionnaire depuis 8on entrée en Italie. Il peut être à même de vous éclairer sur tous les événements auxquels il a été directement associé. Certain que vous accorderez à ses paroles toute la confiance qu'elles méritent» j'évite d'entrer dans des détails qui seraient ici superflus. >
Cette lettre et les dépêches qui raccompagnaient furent portées à Paris par Taide-de-camp du général Regnaud d*Angely, celui-ci ayant été rappelé avant de s'embarquer pour la France, par le duc de Reggio, qui avait reçu, après son départ, la dépêche télégraphique suivante, apportée de Civita- Vecchia par une estafette :
« Le Ministre des affaires étrangères au général Oudinob,
Paris, 28 mai, 7 heures du soir.
<x Tout retard serait désormais funeste, à l'approche de la saison des fièvres. La voie des négociations est épuisée. La mission de M. de Lesseps est terminée. Nous confirmons notre dépêche précédente relative au général Vaillant.
c Concentrez vos troupes. Entrez dans Rome aussitôt que l'attaque vous présentera la presque certitude du succès.
a Si vous manquez de moyens d'attaque, faites-le-moi savoir immédiatement. »
On voit qu'on jugeait, à Paris, la situation infiniment mieux que M. de Lessepft, qui se trouvait cependant sur les lieux mêmes. La question se trouvait nettement tranchée ; la sousee de désordre n^existait plus, M. de Lesseps étant condamné et rappelé. Le conflit militaire et di|>lomatique, suscité par lui, se trouvait enfin terminé;
Le général Oudinot, désormais complètement libre de ses
mouvements , '8'empressa de faire conn&itre à son armée les résolutions du gouvernement français et le désaveu infligé à celui qui enchaînait son ardeur depuis son arrivée en Italie, et compromettait son honneur et son existence. Cette communication excita Tenthousiaste des troupes catholiques.
Le général Oudinot ne perdit pas une miniite pour signifier aux tyrans de Rome une rupture définitive et sans appel, s'appuyant sur les ordres qu*il venait de recevoir, qui constituaient un blâme formel contre 11. de Lesseps et une adhésion complète à l'attitude du pouvoir militaire.
Les triumvh's reçurent cette dépêche :
ic Messieurs^
c Je reçois à trois heures de l'après-midi la lettre par laquelle vous témoignez le regret que j'aie refusé de m'associer à la convention que M. de Lesseps ^ ministre plénipotentiaire, a cru devoir arrêter avec vous, sous la date du 31 mai , à huit heures du soir*
« L'événement a justifié ma détermination par deux dépêches émanées du ministre de la guerre et de celui des affaires étrangères, sous la date des 28 et 29 mai. Le gouvernement français m'a déclaré ce qui suit : La vote des négociaiions est épuisée. La mission de M. de Lesseps est terminée.
a Aussitôt la réception de ces dépêches, je me suis empressé de faire connaître leur contenu à M. de Gérando, chancelier de l'ambassade. Le chef d'état-major de l'armée expéditionnaire a chargé cet agent diplomatique de donner officiellement communication au gouvernement romain d'une décision qui rappelle M. de Lesseps et qui me replace dans la plénitude des pouvoirs d'un commandant en chef.
« M. de Lesseps s'est chargé de vous remettre, hier soir, a dix heures, la note dont copie est ci*joînte.
i J' j déclamis, Vous le voyez» messieurs» que dans le cas
^ ft8ti ^
ou, après vingt^quatre heures, rultimalum du 99 niai ne serait point accepté, l'armée française reprendrait sa liberté d'action»
€ PTayant pas reçu de réponse à cinq heures du soir , j'écrivais le même jour à M. de Lesseps : N'oubliez pas de dénoncer immédiatement la fin de Varmistice^ si vous n'obtenez sans retard une solution entièrement conforme à la déclaration du 39 de ce mois.
a Aujourd'hui, aussitôt après la réception des dépêches télégraphiques ci-dessus mentionnées ; j'ai fait prévenir les avant-postes romains que la trêve consentie verbalement par M. de Lesseps était expiré et que la suspension des hostilités cessait complètement.
€ A trois heures et demie , le premier juin jmil huit cent quarante'^neuf, je charge M. le chancelier de l'ambassade d'àvoir l'honneur de vous faire celte nouvelle notification.
« Le général en chef,
€ OUDÏNOT DE RegGIO. »
Ce n'est pas tout. Plus loin encore fut par lui poussé le scrupule. Par un supplément de précautions chevaleresques, et pour qu'on ne dise pas qu'il a attaqué à l'improviste, sans prévenir, l'ennemi qu*il veut traiter encore comme s'il était respectable, le général en chef écrit à Roselli, général de l'armée républicaine :
€ Général,
a Lés ordres de mon gouvernement sont positifs : ils me prescrivent d'entrer dans Rome le plus tôt possible. J'ai dénoncé aux autorités romaines 4'armistice verbal que, sur les instances de M« de Lesseps» j'avaid consenti à acûorder momentanémeott ïn fait prévenir ^ par Mtf tos arant^poitts»
que Tune et Fautre armée avait le droit de commencer les hostilités. Seulement, pour donner le temps à ceux de mes natio* naux qui voudraient quitter Rome, et sur la demande de M. le chancelier de l'ambassade de France, la possibilité de le faire avec facilité, je diffère l'attaque de la ^hce ju$qu*Û lundi. »
Les républicains, après tout cela, diront qu'ils ont été surpris, trahis, qu'on a violé d'une manière infâme les lois de la guerre! Ce sont ces parjures qui, en toute occasion, ont méconnu les règles de l'honneur. Ils profitèrent du dernier délai accordé par le général Oudinot pour prendre leurs dernières dispositions afin de soutenir l'assaut, mais au mépris des habitudes des "nations qui ne sont pas barbares, ils refusèrent aux Français inoffensifs le droit de quitter Rome. Jamais, avant ces brigands qui ne faisaient pas la guerre comme tout le monde, pareil procédé ne s'était vu en Europe en semblable occurrence.
Roselli répondit au général Oudinot en lui demandant encore une trêve de quinze jours, pour s'opposer à la marche des troupes autrichiennes vers la ville éternelle. Cétait un prétexte spécieux. Le commandant de l'armée française dut refuser. Il rassura l'ennemi sur les dispositions des Autrichiens, sqs alliés, qui étaient convenus de ne pas dépasser les lignes qu'ils occupaient. Il fit ensuite prévenir les Français qui se trouvaient à Rome, qu'ils trouveraient un asile sûr au monastère de Saint-Paul, et donna Tordre à ses légions de s'ébranler.
Les républicains bloqués dans Rome^ leur dernier refuge, devaient se résoudre à soutenir un siège, puisqu'ils ne vou-
Idient pas déposer les armes et ouvrir les portes de la ville à rarmée catholique.
Les triumvirs adressent alors la proclamation suivante > après laquelle ils seront très-mal venus de dire qu'on les a pris par surprise^ car elle prouve qu'ils n'ont point ignoré les dispositions du général Oudinot » et qu'ils ont reçu les nombreuses déclarations touchant la reprise des hostilités :
€ Citoyens,
« Non-seulement le général Oudinot a refusé son adhésion à la convention faite entre nous et l'envoyé extraordinaire de la France, mais il nom a dénoncé la rupture de l'armistice et dé* claré son armée libre de vious attaquer.
€ Quoiqu'il arrive, les Romains feront leur devoir et nous le nôtre. Déjà Dieu et le Peuple nous ont donné la victoire dans une première lutte avec l'homme qui nous menace ! Dieu et le Peuple nous la donneront encore ! »
C'est ce que nous allons voir.
lin ordre général provint Tarméc française que le lende-* main, 3 juin, elle débuterait dans la reprise des hostilités en enlevant aux républicains les positions qu'ils occupaient encore en dehors de la ville, entre la rive droite du Tibre et la route qui conduit à Civila-Vecchia,de la porte Saint'-PancraM et longe au nord la villa Pamphili.
Dent colonnes mobiles devaient se rendre iDdltresBés 4e cette villa, la première sous les ordres du général Mollière, la àeconde sous ceux du général Guesvtller, obéissant lui-même au général Levaillant (Jean). Dès que les deux brigades pourraient agir simultanément, le général de division Regnaud en prendrait le commandement supérieur, c Tous les mouvements, disait le général en chef, seront exécutés sans batte-» ries, avec calme et dans le plus grand silence. »
Ce mouvement indiquait que le point d'attaque choisi était bi rive droite du Tibre. Dès son arrivée au qiîartier* général, (19 mai) le général Vaillant, commandant le génie, avait écrit au ministre de la guerre que son intention était d'attaquer par le front qui occupe la partie la plus avancée du Janiculey ce qui était conforme aux prescriptions de l'art milUake« ce point étant le plus saillant de la ville assiégée. Le S juin» le même général, qui joua un rôle si important dans cette expédition, écrivait au ministre de la guerre :
Au quartier-général de Santucci, le 2 juin 1849. « Monsieur le ministre,
c Dès mon arrivée au quartier-général, le 19 mai, j'ai eu l'honneur de vous faire connaître qu'après avoir mûrement réfléchi sur les diverses combinaisons d'une attaque destinée à nous faire entrer dans Rome, je m'étais décidé pour le front q a' occupe la partie la plus avancée du Janicule, à l'est de l'église San-Pancrazio. Ce front est celui que j'ai coté (6-7) a u plftû ^ue je vous ai adressé. '
€ Les raisons qui avaient motivé mon opinion, avant même jion arrivée ici, se sont corroborées de toutes les reconnaisnfices que j'ai faites ou fait faire depuis le 19 mai. C'est sur ce point, j'en ai la certitude, que l'ennemi s'attend le moins a une attaque ; c'est de ce côté que nous risquons le moins d'endommijner les monumenls punies, considération bm puis-
«iaule quand il s'agit d'attaquer avec du canon une ville comme Rome , qui résume en elle toute l'histoire de la ci** yilisation du monde (1).
a J'espère que, en même temps que nous pénétrerons par le front (6-7) » nous pourrons^ la face gauche du bastion 9 étant détruite de loin, entrer sans grand obstacle par la porte San-PaneraziOy et nous trouver ainsi derrière l'enceinte d'Âurélien^ qui va de ladite porte au Tibre. Cette enceinte, je m'en suis assuré en m'introduisant dans Rome le 25 mai, a été rendue défensive par l'ennemi. En la tournât, comme je viens de l'expliquer ^ j'annule toutes les barricades et tous les retranchements préparés dans le Transtévère en vue d'une attaque par la porte Portese.
a P. S. J'aurais dû vous dire que mes idées sur Pattnque de Rome» soumises une première fois» le 30 mai, à la discussion» en présence du général en chef» du général commandant l'artillerie, et des généraux commandant les divisions, ont été unanimement acceptées. Ce matin» un nouvel examen du même projet parait avoir confirmé tout le monde dans l'opinion émise le 50 mai.
a J'ai fait hier une reconnaissance sur le Monte-Mario» et j'ai lieu d'espérer, qu'au moyen de quelques mesures que j'ai indiquées, on pourra se rendre maître de Ponte-Molle, et empêcher que l'ennemi» qui parait avoir fait des dispositions pour faire sauter le pont, puisse mettre ses projets à exécution. >
Le général Vaillant» commandant le génie» auteur de celte lettre, avait merveilleusement compris la situation» avec ce coup d'œil infaillible et cette conception sûre dont il est doué,
(!) On voil (le quel respect les Français firent preuve pour les beaiMés artistiques et historiques de Rome. Contraste frappant avec les actes de vandd* lime commis par 4es répuMioatn^ a^si^ôs.
pA qui est le propre du génie. Il pofmède au plus haut degr^ Finstinct de la guerre » et par lui fut mené ce siège avec sa vigueur et sa netteté ordinaires, avec cette expérience pro^ fonde qu'il possède au dernier point.
Attaquer le Janicule» c'était ce qu'il y avait à faire ; la nature des fortifications de Rome et les dispositions des assiégés le démontrent. Il était évident que ceux-ci avaient tout sacrifié à l'intérêt de la défense. Us avaient abattu tout ce qui pouvait intercepter leur feu et protéger les assiégeants en les couvrant. L'armée qui défendait Rome était de beaucoup plus nombreuse que celle qui allait l'attaquer; elle se composait des éléments suivants :
INFANTERIE. Hommes.
Un régiment de vétérans 745
1'' régiment de ligne 1 ,864
^ idem 2,000
3e idem 1,495
5« idem : . 2,493
6* idem. . , . i,740
Un bataillon de Bersaglieri (commandé par Melara). 379
2* bataillon du 8* de ligne 729
9* régiment de ligne (Union) 1^841
Légion romaine (volontaires). ...... 251
Bersaglieri lombards (commandés par Manara) . . 1 ,000
Bataillon universitaire (Studenti) 300
Légion bolonaise (volontaires) 050
Division Arcioni (piémontaise) 450
Légion Garibaldi 1^500
Chasseurs de Garibaldi (dont 40 à cheval). . • 200
Carabiniers mobilisés. .••,•«•• 400
Légion polonaise. ». 200
A reporter. , , , i 7,935
Report. . . . J 7,935
GAVALEniE.
1^' régiment de dragons. 888
2* idem 862
AUTILLEblE.
Artillerie de ligne . . . . 1,385
Artillerie de volontaires. 191
Génie 500
Garde civique 12,000
Total 33,760
L'armée qui se défendait dans Rome, possédait, de plus, cent quatorze bouches à feu bien approvisionnées. Ceux qui la commandaient, disaient hautement que, vaincus, ils s'enseveliraient sous des ruines et n'épargneraient pas les monuments, afin d'illustrer leur défense. L'armée française n'avait encore qu'une trës-faible partie du matériel d'artillerie et des approvisionnements qui lui étaient nécessaires. Les arrivages ne se firent que successivement et suffirent à peine aux besoins quotidiens du siège. Gela avait été prévu par les officiers généraux, et ils agirent en conséquence. Cest pourquoi ils n'attaquèrent pas sur la rive gauche. Une autre considération était leur rei^ct pour les monuments de la capitale de l'univers catholique. Rs ne voulaient pas s'exposer à n'avoir plus à remettre au pape qu'une ville saccagée, ayant subi tes conséquences d'une prise d'assaut, fl était donc, en tout point, préférable d'attaquer comme on le fit, de procéder lentement et sûrement, et de ne point enlever les obstacles de haute lutte. Et puis, il était permis d'espérer que les bandes avenforeuses qui tenaient dans la ville étemelle, verraient leur ardeur s'éteindre dans les fiitignes d'une défense prolongée et émks oombato «ju'eUes Uvremient joumedeoteKt hors 49s
murs. L'attaque était donc savamment combinée ; elle devait marcher d'un pas égal et sûr, pied à pied, ce qui avait le triple avantage de lasser les assiégeants, de ménager le sang des soldats français et d'épargner la ville.
La lutte commença vive, ardente, inexorable. Gomme elle marchait, cette armée française, depuis qu'elle était débarrassée de ce diplomate qui, tout en faisant le glorieux, cherchait à déshonorer sa patrie par une lâche et impardonnable conduite !
La brigade MoUière (1^^ division) , aborda la villa Pamphili par le mur d'enceinte sud , tandis qu'une autre colonne de la brigade Levaillant (Jean) , attaquait le côté ouest. C'était le 5 juin. Une grille forcée par le lieutenant du génie Largillier, \ une large ouverture pratiquée par le capitaine Puiggari, donnèrent passage aux sapeurs du génie, au 35'' de ligne et à une compagnie du 1^^ bataillon de chasseurs à pied ; ils pénétrèrent ainsi dans la ville. Ils furent accUfeillis à coups de fusils, mais refoulèrent l'ennemi devant eux.
Pendant ce temps» la brigade Lev^ûilant, accourant au pas de course» pénétrait par une autre issue, et après une fusillade jiSftez bien nourrie, accula cent cinquante soldats républicains et plusieurs officiers dans les bâtiments de la villa. Us mirent bas les armes et furent pris avec leur drapeau.
La général Vaillant, commandant le grnie, ayantrésolu d'appuyer la gauche de sa. première parallèle à l'élise de San-Pancrazio, les Français durent s'en emparer, ainsi que du dûitre et du jardin clos de murs qui l'entourent. Ce fiit l'affiiirede quelques minutes. Mais cette position importante, que les républicains tentèrent depuis plusieurs fois inutilemeat de reprendre, était sérieusement inquiétée par les tirailleurs de Xa vilk Corsinl. On d^t s'emparer encore de cette der*nîère. De proche.toprocbé, les catholiques déiagèvent à qw^b de fusil les républicains de La villa Yai^nlim 'Ot die.phîisiéurs tatres teibîtatioDs êsmm «m* lo ifiémo j^eteaui. fk Xefop^tjoifx
du jardin et de l'église de San-I'ancrazio qui^ à partir de ce moment, reslërent constamineiit au pouvoir des Français^ ceç positions furent tour à tour prises et. reprises par les uns et par les autres dans des combats où Ton fit preuve d'un rej inarquable acharnement. A la fin, les troupes romaines e^ furent chassées. En partant elles avaient incendié ces habita^T
tiOBS. (
Pendant ces engagements, qui avaient lieu mus le feu 4^ batteries romaines, les Français s'emparaient encore dpsmah sons situées à la droite des attaques et de la petite t^Hf^jifes Six^l^iUu^Veris. Cela fait, la 5*" compaguie de sapeurs )du l«r r^iment, commandée par le capitaine de Jouslard, détachu un poste dans l'habitation appelée Jfaûoti-<fe-U!>noiï^„,44rtif Ion découvre les abords de la porte Portese. U fit fortifia C4t|4i habitation» garnir les croisées de sacs de terre, et éley^p^ (je» barricades en avant des portes. . 'i
Ce n'est pas tout. Dans celte journée glorieuse pour T^^ mée française, fut encore pris le Ponte-Mulle, sur lequel la route de Florence à Rome franchit le Tibre. Les réputiHeaiiM avaient rompu ce pont, jugé important à eonquéru* par iai généraux Vaillant et Thiry, quand ils étaient venjufi neoMh naître la position prise sur le Monte-Marîo. Le général Suttvauj d'après le dispositif d'attaque que lui avait indiqué . le fétéial Vaillant, avait fait descendre d'ex4^11ent8 tireurs» avant le j^ur^ derrière la digue du Tibre» afin d'abattre la sentiAelle romaine qui se tenait aur le pont déjà miné, prête à mettre le feu aui^ poudres dès qu'elle verrait les Frangaîa s'approcher* Gala bi/ki les chasseurs à pied devaient se jeter sur le posia .et a'en rfiudrff maîtres. Us devaient ensuite pénétrer dans la topr <}arrée qui tient la tête des ponts, mais seulement après une b^ure d'at» tente, pour être en garde contre une explosion tattdlve4efl /pNfh neaux. Ces ordres du général cojumaadant legéuie, (fui kâ^ exécutés avec «lecès, avaient pour objet de a'«Biparer du poBt, d'empédber l'ennemi de le faire aanler^ l« lout swia
que les soldats français fussent exposés au danger des mines.
Après cette attaque, dirigée par le lieuleDant-colonel Du- .prat, du 15* de ligne , le lieutenant-colonel de génie Leblanc Àfait donné Tordre que les travaux commençassent pour la réparation du pont. Il avait fait aussi organiser un radeau léger, qui porta les fusils des vingt-cinq voltigeurs qui traversèrent le fleuve à la nage pour aller tourner le poste chargé de la défense du pont.
Telle fut cette journée mémorable.
Cette attaque, dans laquelle les Français avaient remporté un avantage marqué, puisqu'ils avaient acquis la villa Pampbili, Téglise de San-F^ncrazio, les villa Corsini et Valentinî, et le Ponte-Molle, leur coâta un officier tué, le capitaine de sapeurs Dumont, treize officiers blessés, treize soldats tués, deux cent vingt-neuf blessés , dix-neuf hommes égarés ou prisonniers. Les pertes des républicains avaient été bien plus considérables : le bataillon de Bersaglieri de Melara avait été exterminé; les lombards, commandés par Manara, avaient été réduits de moitié. Garibaldi avait perdu ses officiers les plus intimes, tels que Marochetti, Daverio, Bixio, Mameli, Dandolo, Masino, commandant de sa cavalerie, etc. — Le colonel Melara, qui s'était battu avec un courage digne d'une autre cause, avait été mortellement blessé.
De part et d'autre, les combattants avaient déployé une grande intrépidité. Il y eut aussi de beaux traits. Entre tous, un soldat de la 5* compagnie du S" bataillon du 66* de ligne , nommé Brazier, se trouvant tout-à-coup isolé dans une masure et cerné par les républicains, ceux-ci lui crient de se rendre : — « Pas si bète ! » leur crie-t-il ; et il leur tire successivement din ooups de fiisil. Quand il n'a plus de cartouches pour souteoif le &iége, il tire une pipe de sa poche, la charge et l'allume tMnquitlement en attendant la mort. Les républicains se jetfent sMi* lut. le renversent, et, le poignard sur I4 gorge, veur
lent le fufeer à crier Vive la Républiipjte romaine! — « Vive la France ! » crie-t-il de toutes ses forces.
Il va périr assassiné, quand un officier italien, dont le nom ne nous est pas parvenu comme nous l'eussions souhaité, lui sauva la vie. — c Ne le tuez pas ! s'écria-t-il, c'est un brave !
— « Nous sommes tous comme cela dans mon pays, i» répond Brazier.
Un Romain tombe entre les mains d'un détachement français. Vaincu, il veut se tuer, disant qu'il est déshonoré.
— « Cest nous qui serions déshonorés, si nous vous laissions faire ! » s'écrient les soldats français, et ils l'empêchent d'accomplir son fatal dessein. Ils lui serrent la main, le conjurent de vivre, lui affirment, eux qui l'ont vu combat*
tre, qu'il s'est bien conduit, que son honneur est sauf.
il se résigne à vivre Peut-être ne demandait-il pas
mieux.
Un Romain tombe du haut d'une maison assiégée; il ne s'est pas fait mal, mais il s'est livré lui-même prisonnier.
— «Ce n'est pas de jeu, cela ne compte pas, lui dirent les Français. Remontez là-haut, et rebattons-nous. »
Et ils lui font la courte-échelle pour qu'il rejoigne ses camarades.
Voilà bien les Français !
Un tambour, qui fut décoré de la croix de la Légiond'Houneur , accomplit cette action d'éclat : Remplaçant un clairon et un tambour, tués successivement au même poste, en sonnant et en battant la charge, il reçoit une balle dans sa caisse ; il la retourne stoïquement, et bat de l'autre côté ; une nouvelle balle lui brise le bras droit ; sans sourciller, il change sa caisse de position et bat de la main gauche. Il continua jusqu'à ce que la perte de son sang l'eût abattu.
Dans un engagement, deux soldats, l'un romain, l'autre français , tombent blessés tous deux entre les combattants ; une cantinière de l'armée française s'élance au milieu des
baltes pour les Moourii* Alors , les combaltauls, à\\û
commun accord, cessent le feu jusqu'à ce que la courageuse femme, aidée de quelques soldats français, ait emmené les deux infortunés.
•~ c Est-ce que le nôtre est prisonnier? crie un Romain.
— c Non, répondit la cantinière, ce serait tridter; on vous le renverra ce soir. »
Le combat recommença. Dans la nuit, la cautinière et quatre soldats portant te blessé sur un brancard, le dépose* rent entre les mains de ses compagnons.
Nous avons raconté les faits. La victoire était incontesta-blement restée complète aux Français, puisqu'ils s^étaient emparés de plusieurs positions occupées par les républicains et vivement défendues par eux. Eh bien! chose à peiiM croyable et vraie pourtant, les triumvirs embouchant la trompette, osèrent déclarer que les armes de la République avaient été couronnées d'un succès éclatant et complet. Ils publièrent cette proclamation sans pudeur :
c Vaillants Soldats !
c( Vous avez soutenu aujourd'hui le nom romain et l'honneur de l'Italie, par un combat de quatorze heures! Vous tous , nouveaux dans l'art de la guerre, vous avez effacé la valeur des vieux soldaU !
« Tout surpris que vws avez été par la trahison et la tiolaiion infâme d'une promesse sacrée eisiguéej vous n'en avez pas moins repris^ pouce à pouce, tout le ternUn qu'un ennemi, foulant aux pieds les lois de la guerre, avait conquis sur vous pour un moment!
c Vous avez repouêsé ^ mis en déroute les milices qui passaient, aux yeux de l'Europe, pour les plus valeureuses. Vous êtes allés au devant de la mort, comme on va à une lète» à un triomphe*
<x Que pouvons-nous faire qui soit à la hauteur de votre valeur, sinon d'invoquer la puissance du Très-Haut sur vous, de nous unir à lui pour vous bénir au nom de l'italle > vous, les gardiens des gloires de nos ancêtres ; le remercier de ce qu'il nous a donné de voir, dans cette journée, les grandes et les merveilleuses choses qui sont en vous l...
« Romains! disons-le, cette journée a été une journée de héros, une des plus belles de Thistoire !
c Nous vous avions dit : Soyez grands! et vos actes ont répondu : Nous le sommes! p
Ainsi mentaient effrontément ces insipides déclamateurs. Vaincus, ils criaient victoire ; afin que les défenseurs de la République ne fussent pas découragés , ils n'avaient accusé que cent morts et cent cinquante blessés ! Mais ce qu'il y a de plus odieux encore, c'est l'accusation qu'ils dirigent contre l'armée française. Nous avons dit combien le général Oudinot, connaissant la mauvaise foi de l'ennemi, avait mis de scrupule et d'attention à le prévenir plusieurs fois des reprises des hostilités. Nous avons mis avec soin sous les yeux du public, tous les avertissements précis relatifs à cet objet : notes à toutes les autorités, lettres positives, afin que personne ne pût arguer plus tard de son ignorance.
Non-seulement, }e général Oudinot a fait prévenir la ville, mais il l'a ménagée , afin de la rendre au souverain légitiïne sans qu'elle ait été dévastée de son fait. Cette préoccupation constante de l'armée française explique la lenteur qu'elle mit à prendre cette place, qu'elle aurait pu enlever d'assaut, mais en la mutilant. Tel n'était pas l'esprit de l'expédition; la France ne voulait entrer dans Rom^ que pour la délivrer des républicains qui l'opprimaient.
Pendant la nuit qui suivit ces combats^ l'armée française ne tenta rien de nouveau, la pJaoe devant être attaquée insensibler ment, pas à pas^ sans danger pour les édifices ^ sam com** promettre les 9ssiég^nts.
Les troupes romaines qui avaient été obligées de reculer^ après avoir vainement essayé de défendre leurs lignes > étaient rentrées dans Rome» en partie; les autres, s'étaient réfugiées à ia villa Borghëse oii Tartilterie des batteries du Pineio les protégèrent. Elles se gardèrent bien de tenter une sortie; elles craignaient trop T infanterie française et surtout les chas* seurs à pied. Ces chasseurs, dits de Vineennes, sont les premiers tireurs du monde. Il faut se rappeler leur merveilleux sang-froid et leur infaillible adresse, pour comprendre le ravage inouï que, pendant ces engagements et ceux qui suivirent, ils causèrent à l'ennemi.
Le 4 juin, le général Vaillant dirigeant les travaux du siège, se réunit au général Tbiry, avec son état-major, à la villa San-Carlo, à quinze cents mètres de la place. Ils y établirent le quartier-général du génie et de Tartillerie. Le même jour, les républicains firent une sortie et vinrent attaquer la maison des Sia>VoletS'Verts, faiblement occupée. Ils se retirèrent, sans engager la bataille, devant deux compagnies de voltigeurs envoyés de San-Carlo, au pas de course.
Le général en chef avait décidé que la tranchée serait ouverte dans la nuit du 4 au 5 juin.
Le général Vaillant avait réglé le service de Télat-major et des troupes du génie, pour toutes les opérations du siège, de la manière la plus intelligente et la plus utile pour le succès de l'entreprise. Le général Thiry en avait fait autant pour Tartillerie.
Un ordre du général Oudinot avait arrêté les dispositions à suivre pour l'ouverture de la tranchée, le 4 juin, depuis Téglise de San-Pancrazio jusqu'aux escarpements qui descendent à la villa Portuensa.
Douze cents travailleurs, pris dans la deuxième divistou, mis à là disposition du génie, et protégés par deux bataillons, sous les ordres du général Roslolan, ouvrirent la tranchée au milieu des difficulté» de toute nature présentées par le ter^
rain. Ce fait (rarmefti plein de hardiesse^ exécuté avec un entrain et un ensemble merveilleux , n'avait point été inquiété par les assiégés qui» dans Tobscurité de la nuit» tiraient au hasard. Cette artillerie était nombreuse et bien servie; elle n'avait pas cessé de tirer depuis deux jours. Pour lui répondre» afm d'encourager les travailleurs, le général commandant Tartillerie française fit commencer la construction de ses batteries» la nuit même de Touverture de la tranchée. Malheureusement» on pouvait disposer d'un trop petit nombre de bouches à feu; il fallait donc impérieusement se restreindre beaucoup» ce qui était on ne peut plus fâcheux. Hais le ta* lent consiste à accomplir de grandes choses avec de faihles ressources» et c'est ce qui arriva au général Thiry. Cependant» venaient d'arriver à Civita-Vecchia quatre pièces de vingt-quatre» deux obusiers de vingt-deux centimètres et quatre mortiers.
Deux batteries furent élevées pour contre-battre celles des Romains et ne tardèrent pas à ouvrir leurs feux.
L'artillerie de la place» quoique son feu fût très-vif» fit peu de mal aux assi^eants» couverts partout.
Après trois heures de lutte de la batterie française n"* 1 » contre les pièces du bastion n"" 6 de la place, celles-ci s'éteigni-rent. Elles étaient désemparées» les sacs à terre des embrasures ayant été bouleversés par les boulets français ; mais les ennemis les restaurèrent habilement et tirèrent de nouveau- La batterie française n"* 2 n'eut pas autant d'avantage contre la place ; elle avait à tenir tète à deux batteries de la rive gauche.
Dans cette journée du 5» l'artillerie française eut trois ca-
nonniers et un officier blessé» le capitaine Gachot. Les pertes
totales de l'armée» du 4 au 5 juin» furent de dix morts et
soixante^treize blessés» dont trois officiers.
Le Oi une batterie (n» 3) de quatre mortiers fut établie
dans le premier parallèle, destinée à inquiéter par des feux courbés, les défenses des bastions 6 et 7. Les travaux de tranchée continuaient.
Le 6, malgré un violent orage, qui causa de grands ravages, les batteries françaises et les batteries romaines continuèrent leur feu. L'armée perdit le lieutenant d'artillerie Cière, qui fut tué ; un canonnier fut blessé.
Le soir du même jour, les troupes républicaines ayant tenté une sortie, furent accablées; ils laissèrent vingt-cinq Lombards prisonniers aux mains des assiégeants, et sept cent soixantequinze morts sur le champ de bataille.
Le 1, pendant que les tranchées continuaient à prendre leur développement au bruit du canon, le général Oudinot reçut à son camp plusieurs officiers supérieurs étrangers, qui venaient offrir le concours de leurs armes à l'armée française, au nom de leurs Gouvernements respectifs. C'étaient le colonel espagnol Buenaga, chef d'état-major, le colonel Âgostino et un lieutenant-colonel, aide-de-camp du roi deNaples. Le général Oudinot les accueillit avec la plus grande distinction, comme ils méritaient de l'être, les remercia pour la France, pour son armée et pour lui-même de leur démarche, mais leur déelara ne pas accepter leur proposition. II leur donna les raisons de cette conduite dans les termes suivants, empreints d'une loyale franchise :
— c( Messieurs, je vais vous exposer, telle que je la comprends, la situation respective^des armées catholiques réunies en ce moment sur le territoire du gouvernetiient pontifical.
c( Il appartenait à la France, fille aîféie de l'Eglise, de prendre l'initiative du rétablissement à Rome de la souveraineté temporelle du pape, inlimemêni liée à Vautorité sfiriHieUe. C'est évideniment dans ce but qu'un corps expéditionnaire fut dirigé sur Civita-Vecehia* Toutefois, la situation potitique de la
France , ki form« de «on Gouvernement^ loi imposnieiit des devoirs complexes et spéciaux.
c I>es institutions libérales qui la régissent lui prescrivent de s'opposer aux réactions absolutistes; les gouvernemenls autrichiens espagnol et napolitain, sont à cet égard dans des conditions très-différentes de la nôtre. Cette distinction a de suite été établie par la première proebmation datée de Givita** Veccbia , mais rédigée à Paris par le Gouvernement luimême.
a Les dispositions de mon pays pour le Saint-Père et ses sympathies pour le véritable peuple romain, jointes aux renseignements qui de toutes parts m'étaient parvenus, ont du foire hâter ma marche sur la ville sainte. Je poussais une forte reconnaissance sur Rome, plutôt en médiateur qu'en conquérant, rarn)e sous le bras, pour ainsi dire. Je vis bientôt qu'^ nos intentions étaient méconnues. La journée du 30 avril, dont tout le monde connaît l'issue, et dont les armes françaises peuvent se glorifier^ m'obligea cependant à me retirer sur Palo. J'espérais être attaqué dans cette retraite en champ ou* vert; mais quoique j'aie employé cinq jours pour l'exécuter, pas un seul détachement de l'armée romaine n'a osé inquiéter notre marche. Je fis à mon Gouvernement un rapport conforme à la plus exacte vérité. Je déclarai que les populations^ étant sous le coup de la terreur, ne nous viendraient point en aide, et que des renforts, surtout en munitions» étaient né« cessaires pour faire le siège de cette ville. J'aime à rendre à mon Gouvernement cette justice, qu'il m'envoya des forces supérieures à celles qui m'étaient rigoureusement indispen* sables. Dès qu'elles furent arrivées je pris l'initiative de l'attaque ; c'est à ce moment que H. de Lesseps arriva de Paris avec une mmsion diplomatique. Ce que m'^ont fait souffrir des hésitations, des lenteurs et des subterfuges si peu en rapport ayec les habitudes militaires. Dieu seul et moi le savons^ Yous me comprendres» quand je vous dirai ici, messieurs.
que mon caractère de soldat a été mis à de (^udles épreuves.
« Je devais à mes subordonnés l'exemple de la patience ; je le leur ai donné jusqu^au moment où M. de Lessq[>s a présenté à ma signature une convention injurieuse pour Thon*-* neur de nos armes et pour la dignité de la France.
« Ma rupture avec M. de Lesseps devait être ce* qu'elle fut, éclatante. La manière avec laquelle ce diplomate a exécuté sa mission est connue et appréciée aujourd'hui. Elle Ta été de suite, je suis heureux de le dire, par le Président de la République française et par son cabinet. M. de Lesseps était rappelé à Paris au moment même où je lui interdisais l'entrée du camp. On me rendit les pleins pouvoirs dus à un général en chef. Ce fut alors que je donnai aux opérations de guerre l'élan convenable pour finir l'entreprise.
« A la suite de plusieurs vigoureux combats, nos troupes s'emparèrent de toutes les positions extérieures, et maintenant elles sont maîtresses du Ponte-Molle, sur le haut Tibre, ainsi que des communications de Florence et d'Âncône. En face de la basilique de Saint*PâuI, se trouvent établis des bacs, et un pont de bateaux est jeté sur le bas Tibre; ma ca* Valérie parcourt toute la plaine qui s'étend entre Rome, Frascati et Albano. Nous avons déjà ouvert notre première parai* lèle à trois cents mètres de la ville. Nos batteries sont établies; dans quelques jours, nous serons maîtres de Rome, et si les dispositions que j'ai prises retardent le succès , du moins elles éviteront à la ville éternelle les malheurs de la guerre.
<( Eh bien ! quand une grande nation comme la France a déjà accompli de telles choses, quand elle a fait des sacrifices et des dépenses si énormes, quand elle a essuyé une offense^ il lui faut une réparation éclatante. Elle doit l'obtenir sans aucune participation auxiliaire, sans aucun secours étranger. Non, dans les circonstances actuelles, la France ne peut permettre qu'aucune nation vienne lui enlever la gloire qui lui appartient exclusivement, et qui ne peut lui échapper, Toute
ftwnéeqoi s'aYMcerait en ce moment vers Rome, ne pourrait le Taire que comme notre amîe ou comme notre ennemie, eu secourant les assiégés ou les assiégeants. Nous ne pouvons accepter ni Tune ni l'autre de ces combinaisons. Nous entrerons dans Rome sansTaide des armées coalisées; je crois à leurs bonnes intentions; mais si elles ne suspendaient pas immédiatement leur marche, Tarmée française se porterait, sans retard, à leur rencontre, et n'hésiterait pas à les traiter en ennemies.
<x J'ignore les événements qui peuvent se produire dans l'ordre politique et social de l'Europe ; j'ignore aussi le parti définitif que prendra la France dans les embarras qui suivront la reddition de Rome; mais, aujourd'hui, mon devoir est tracé ; c'est dans la viHe sainte que mon pays fera connaître ses dernières résolutions sur l'avenir des États pontificaux.
« Pour ne pas offenser la juste susceptibilité des armées napolitaine et espagnole, je vais vous lire la lettre que j'ai écrite sur le même sujet au commandant en chef des troupes autrichiennes qui se trouvent dans les États romains. i>
Ici, le général Oodinot lut à ses hôtes la lettre qu'il avait écrite au géaéttA autrichien, après quoi il reprit :
— c Je ne sais. Messieurs, si ce langage est bien diplomatique pour la forme, mais il est l'expression d'une volonté inébranlable. J'ai l'orgueil de croire qu'il aura votre assentiment et celui de vos souverains respectifs. »
I^ général Oodinot ne pouvait parler autrement , tant que la France avait encore la République, ne fût-ce que de nom. Sa situation était bien autrement délicate que celle des personnages étrangers auxquels il s'adressait. Ce mot de République lui pesait autant qu'à tout honnête homme que ce fût en France ; mais encore était-il obligé de ne pas s'élever vers les hauteurs d'une politique entièrement supérieure, retenu qu'il était par ce boulet couvert de fange et de sang.
iMoflh^iers étrangers comprirent cette position ; ils répon-
ICoogle
dirent au général Oudinot que leurs gouvernements ne prétendaient pas gêner la France, que leurs armées ne quitteraient pas leurs cantonnements; et, en même temps, ils rassurèrent des sympathies de l'Espagne et de Naples pour la France catholique, pour la France de Charlemagne et de Saint-Louis.
De son côté, le général fit preuve avec eux d'une franche urbanité et d'une courtoisie cordiale. 11 les retint à déjeuner et leur offrit gracieusement tous les moyens de suivre tes opérations du siège dans l'intérêt de la science militaire.
Le colonel Buenaga avait remis au général Oudinot une lettre du général Cordôva, par laquelle ce vaillant capitaine offrait à la France catholique son épée et le concours de son armée. Le général Oudinot lui répondit ceci :
c Général,
« Monsieur le colonel Buenaga^ votre chef d'état-major, vient de remettre la lettre que vous m^avez fait l'honneur de m'écrire sous la date du 5 juin.
« J'ai personnellement appris à estimer sur les champs de bataille l'armée espagnole. Je m'applaudis donc de toutes les circonstances qui me mettent en rapport avec les militaires éminents de votre nation, c'est dire que je suis heureux de me trouver aujourd'hui en relation avec vous. Nous avons sans doute. Monsieur le général, été envoyés par nos gouvernements, dans la Péninsule italienne, pour des motifs qui ont une certaine analogie; toutefois, l'initiative qu'a prise la France dans la question romaine ne me permet pas de confondre mon action avec celle d'une nation étrangère.
c( Depuis plusieurs semaines je serais entré dans Rome, si des négociations diplomatiques n'avaient retardé l'attaque de la place. Le ministre plénipotentiaire qui a entamé ces négociations ayant été désavoué, je suis seul responsable des éyé^^ nemeptSt Qt mon devoir est de les simplifier autant quepossible.
« A ce sujet, permettez-moi de vous rappeler un fait que TOUS apprécierez mieux que personne. Lorsqu'une armée as* siège une ville, aucune troupe étrangère ne peut, vous le savez, s'en approcher, que dans le cas où le secqprs de cette armée est réclamé, soit par les assiégeants, soit par les assiégés. Telle n'est pas, général, notre position respective. Votre protection est loin d'être acquise aux Romains, et Far* mée française est en mesure de faire face à toutes les éventua» lités. Elle a aujourd'hui, sur le Tibre, deux ponts solidement construits, ses communications s'étendent à la fois sur la route d'Âncône, de Floi^nce et d'Albano. Ses opérations militaires, aussi vigoureuses que méthodiques, lui ont, en moinsde trois jours, permis de s'établir fortement à trois cents mètres des remparts. Dans cet état de choses, toute marche d'une armée étrangère pourrait amener des conflits que la prudence nous prescrit d'éviter très-soigneusement.
« En vous soumettant; général, ces considérations, l'espère que vous y verrez un témoignage de confiance et de haute estime.
c Du quartier-général, le 7 juin i849.
«c Le général Oldinot de Rcggio. »
Cétait le même esprit qui avait dicté la lettre au général en chef des troupes autridiiennes. Avec tous ses alliés, avec tous ses amis, le général Oudinol suivait la même ligne franche, droite, loyale. Le général don Fernand de Cordova, commandant en chef Tarmée espagnole envoyée en Italie, auquel le général Oudinot venait d'adresser cette réponse, avait mérité, par son courage et ses vertus, de représenter l'Espagne catholique dans l'œuvre de la restauration de la papauté.
Avant de venir établir son quartier-général à Yelletri, il avait débarqué a Gaëte. Il y fiU reçu par Sa Sainteté et par le
.ni Ferdittântl II, avec les iiinrv|ues d« b fhn vite eâ(Mne> L'un et Taulre adfiiirèrcni la belle tenue de ofô soldats^ qui vetiaîeiii 4b tmveraer la mer pour venger le représentaot àe Dîea sur ia terre. ^
Pie IX, acooQftpegné du roî de NapkB, de la fièmUle pojrde» de ia oeyr, des cardinaux et d'une foule de prélats accounui ÛB tous lee point» de la terre, parcourut les rangs de ces légions dévouées, animées de la foi la plus ardente.
Ces soldats catholiques ne pouvaient contenir leur émottoa en passant devant le Saint^Père, dont ils portaient Tiniage dans Je cœur. Il était bien tel qu'ils se Tétaient rêpréseiiité avec ses traits si majestueux et si doux^ son ecaiir si juste et si clé- «enl, son âme si noble et si tendre*
Au signal dotmé par le canon des iorts, auquel répondeol, les Iiattertes des bâtiments catholiques qui sont dans la rade» toute cette foule s'agenouiUe respectueusement auT pieds de Piè IX et il bénit les drapeaux espagnols et les assistante ; U les bénit ftvec sa main, avec ses lèvres, avec son cœur, avec toute son âme.
Les jours qui suivirent les derniers engagemente entre les républicains assiégés dans Rome et Tarmée frauiçaise, forent «employés par le génie et rartillerie de œtte dernière à établir de nouvelles batteries. A la gauche des attaques, en avant des villas Corsini, Valentini et de quelques autres habitations également occupées par les Français, des coteaux couvtfta de vignes^ des chemins bordés de murs ou ^a baies épaisses i
vaîent de bârrricades BâRurelles derrièfe lesquelles se cdehaient des tiraîRetifs faifiains, qni, surpremot ainsi les soldats ftarf' çaîs, lèut faisaient épremfer journellement des pertes^ Pour éviter ces surprises, le général eominandant le gfénie ordonna divers fravatnc pour améliorer cette occupation* Ces mesures de dé* fense durèrent plusieurs jours.
Pendant ce temps , les chefs de la RépubKque romaine t'^i-* saient des efforts suprêmes pour empéciier l'énergie des assiégés de s'éteindre. Leurs journaux étaient écrits avec du fcii; lews prœlatfifations étaient deis fournaises.
€es proclamations, qui se succédaient de minute en mimMe, révéKiient bien la confusion, le désordre de leurs esprits. Et toujonrs le ridicule et le grotesque s'y mêlaient an terrible. Ms avaient trouvé le moyen d'être rîsibles à force d'être infômes. Tantôt ils supplient les habitants^Je résister jusqu*à leur dernier soupir ; tantôt ils les menacent s'ils faiblissent. Rs s'adressent aux. femmes; ils leur déclarent que les boulets et les bombes ne sont dangereux que pour les pierres, d'où ils couchent que les humains ne doivent point en avoir peur ! Phs loin I^ triumvirs promettent des médailles d'or et d'argent, suivant leur bravoure, à tous ceux qui se battront, et la mort à tous ceux qui ne se battront pas ; à mort ceux qui ne livreront pas toutes les armes qif ils posrëdent chez eux; à mort ceux qui ne dénonceront pas les détenteurs d'armés et de munitions de guerre. Une ordonnance, en forme de proclamation, enjoinf , sous les peines les plus sévères, à tout citoyen de Rome, à leurs femmes et à leurs enfants^ de travailler aux barricades. Les triunnrirs disent que les mains d^icates, les matns blancheç et parfumées qui deviennent noires et calleuses en maniant la pioche et la pelle, sont aussi honorables que fes victoires obtenues au jour de la bataille. Les concubines des chefs delà République, leurs femmes légitimes, leurs filles donnent Texemplè: elles se rendent en riant aux barricades, en rtfbedebaî, les épaules décolletées,, dans une tenue et avec des cris de fêté,
Les vrais travailleurs» enchantés de ce respect pour VÈgdùe^ redoublent d'ardeur et ne voient pas qu'on se moque d'eux.
Des dames romaines de bonne naissance et de grande éducation font des cartouches dans les rues, en plein jour, et bien pis que cela dans l'ombre. Elles chantent les Marseillaise et les Cartnagnolle avec les combattants qu'elles excitent à la résistance. On leur eût demandé le pourquoi de cette conduite qu'elles eussent été trës-embarrassées pour répondre. Elles avaient la fièvre, voilà tout. L'odeur de la poudre les avait enivrées et avec elles une partie de la population. En temps de révolution, dans ces crises qui mettent en péril Tordre social, les nations ont la fièvre chaude, comme les individus dans une maladie grave. Alors les peiqples perdent la tète et roulent dans les abîmes de la démence, du carnage, de Tathéisme.
Rome en était là. Le jour de la Fête-Dieu étant arrivé, la révolution voulut la célébrer à sa manière. Dès la veille, les athées de la République, voulant exploiter la foi du peuple, après avoir renversé la religion, dépouillé et assassiné ses pré- Ires, usurpé l'autorité de Tauguste Pontife, publièrent cette proclamation :
c< Romains !
« Demain est le jour consacré à fêter l'hostie de paix et d'amour. La cour romaine le célébrait avec une pompe solennelle et une grande démonstration de luxe. La guerre allumée sous vos murs empêche l'accomplissement de cet acte religieux. Le peuple connaît et condamne ceux qui en sont cause. Néanmoins l'acte de la religion ne doit pas être omis. Que chaque curé et chaque chapitre le célèbrent dans l'intérieur de leur église. Les humbles prières des chrétiens, s'élevant sans faste vers le cieU en seront mieux accueillies, et pour TexpiatioD des péchés et le secours au peuple pieux et Confiant eq ce Dieu qui béi^it çt défend la cause de? oppri- »«és, n
Ce patbos hypocrite contenait une allusion injuste et blés* santé gour le souverain Pontife ; ce n'était pas ce meilleur des pères qui était cause si la Fête-Dieu ne se célébrait pas à Rome avec la pompe accoutumée , mais bien les révolutionnaires qui l'avaient obligé de se retirer. Au surplus» même dans le canip républicain» la conduite anti^religieuse deMazzini et de ses complices était amèrement blâmée. Des luttes même se fussent à ce sujet engagées, sans les soucis d'une commune défense.' C'était affreux de voir les Anglais et les républicains se faire un. devoir impie de venir insulter au culte catholique dans la jcapitale de la chrétienté. Avec quel bonheur ces huguenots et ces athées envahissaient les églises de Rome et y tenaient garnison !..
Et pourtant les démocrates n'étaient point à leur aise dans la maison profanée dû Seigneur, de ce Christ qui enseigna aux hommes toutes les vertus, toutes les abnégations, tous les sacrifices et mourut par eux et pour eux.
Le remords religieux attaquait parfois les chefs eux-mêmes. — c Je ne remettrai plus jamais les pieds dans une église, » dit un député en sortant de Saint- Pierre, le jour de la Fête- Dieu.
— (c Pourquoi donc cela? fit un autre ; ne faut-il pas faire quelque concession au reste de foi, aux préjugés qu'on n'a pu arracher encore au vulgaire? — C'est possible, mais je te répète que je n'irai plus à l'église ; j'y étouffe, j'y mourrais ! »
Le fait est que le malheureux se sentait défaillir dans la maison de son Dieu qu'il avait trahi, dans cette atmosphère de paix et de vertu qui lui rappelait sa jeunesse, sa mère, '— tant de pieux souvenirs qu'il traînait, comme le galérien sa chaine. Cette émotion se trouve exprimée par le dicton populaire du diable dans un bénitier.
Les pierres même du temple étaient des remords visibles pOVr ces atbéeé. S'ils n'avaient pas été retenus tous par TimplBoakte aolid^ritô du crime i s'ils av^^e^it eu l« cQqra|[e <)'aller
se jeter aux pieds d'un prêtre» quel soulagement n'auraîent-ils pas ressenti?.. Si horrible qu'il fut, leur pafiaé eût été^effaeé par un repentir profond et une solennelle abjuration; ils eussent été absous par ces disciples de Jésus dont l'âme est un trésor .d'indulgence et d'amour, et qui ont le droit de lier et de délier. Mais, non; ils s'en gardèrent bien. Plus ils se sentaient dans la voie mauvaise et plus ils s'y enfonçaient avec ime sorte de rage nerveuse, plus ils faisaient de mal à ledrs semblables. Les méchants qui ont honte d'eux-mêmes sont impitoyablement durs pour les autres. Leur infamie s'augmente de toute la conscience qu'ils en ont« C'est en la char* géant encore davantage qu'ils essaient d'étouffer les reproches de leur conscience.
Parmi les combattants de Rome, un certain nombre voyaient avec répugnance les cérémonies impies auxquelles se li* vraient les autorités.
Les Lombards, par exemple, loin de s'ascoeîeir à ces sacrilèges, les déploraient profondément et les désapprouvaient hautement. Ces hommes, les plus braves des défenseurs de Rome, n'avaient pas, comme les autres, dépouillé tout sentiment religieux. Ils étaient républicains et en même temps croyaient être toujours catholiques. Ils étaient dans Terreiir» mais ils ne manquaient pas de b<mne foi. Us n'avaient jamais. cessé de protester, en toute occasion, contre les profanaticMis athées dont on s'était rendu coupable dans la ville ét^nelie. Sur leur poitrine était «placée la croix du Sauveur; les dragonnes de leurs épées, c'étaient des chapdlôts ; pour cocarde, ils avaient la douce et chaste image de la très-sainte Vierge. Ils se croyaient les croisés de l'indépendanœ italienoe. Us al« liaient ensemble les principes les plus opposés : la révolution et le christianisme. Ils appartenaient à cette école qui a'esit appelée néo^ccàholi^ et qui confondait dans un même cotte Notre Seigneur Jésus^Christ et Robespierre, éoole impossible, qui est restée en dehors et (ki catbobcisme et de la déanigogie, et n^a
jamais compté pour disciples que quelques égarés^ quelques fanatiques, également adversaires des uns et des autres, trop religieux pour les démocrates, trc^ démocrates pour les hommes religieux. On ne peut servir à la fois le diable et Dieu.
Les Lombards avaient la foi, aussi avaient-ils du courage, mais leur foi était dans une fausse voie et leur courage fut iimtile. Ils devaient tenir jusqu^à la fin. D'autres combattants se montraient moins résolus en voyant ia place si savamment investie. Pour les ranimer, Âvezzana, qui avait été faire un tour àÂncftne, publia à son retour la proclamation suivante, non moins déclamatoire ^ne celles de Mazzini, autre illuminé de la révolution :
«t Soldats f
€ Pendant que j'accomplissais une mission pértUeme à Ancône, vous avez, par des prodiges de valeur qui ont mrpassé les actions héroïques et les faits homériques de V antiquité^ voua avez repoussé pour la quatrième fois les ennemis de la RépuUique romaine.
m Malgré la foi jurée, ils ont, par un cri fraternel, rarprîs quelques-uns d'entre vous, qu'ils ont envoyés, après Ifes avoir ainsi trahis, dans la terre étrangère, eonune un trophée de leur victoire. Mais ils l'espéraient en vain, cette victoire, car vous, élus du Seigûeur pour briser la puissance des impies et la verge des dominateurs, vous avez vengé les victimes de la trahison et vaincu le fort, que l'on poussait au fratricide.
<x La lutte acharnée que vous avez soutenue le 3 juin pei»* dant seize heures contre les soldats les plus aguerris de l'Europe, h eharge à la baïonnette sept fois renouvelée contre d'épdfis bataîHons ddés d'une artillerie foudroyante, vous ont aeqnia Tadmiration de FËorope, la reconnaissisince de la pa-trie, Tamour de tous les hormnes de corar!
«Soldats!
« Le sang qui coule de vos plaies rachële la lerre en lavant les péchés d'une génération aux mains faibles, au cœur égaré.
« Dieu a levé l'étendard à la vue des nations ; il a rassemblé à Rome les exilés d'Israël, il a réuni des quatre coins de la terre les restes dispersés de son peuple.
c Cet étendard vous est confié. L'Italie et même la France le recevront de vous, consacré par le sang des nouveaux martyrs.
« Symbole de la justice qui sera faite sur la terre» cet étendard du royaume de Dieu doit succéder à celui des despotes.
c Cette lutte est la dernière entre le génie du bien et le génie du mal. Vous mettrez fin à l'histoire des misères humaines par la victoire des peuples et le triomphe de Dieu ! »
Ces blasphémateurs parlent sans cesse de Dieu, qu'ils ont crucifié une seconde fois, quMls ont méconnu, calomnié, méprisé, fouetté, couronné d'épines, dépouillé et assassiné dans la personne de ses plus pieux ministres ! Jamais le crime n'a emprunté avec autant de cynisme le langage de la vertu. Cest pour la liberté qu'ils combattent, ces plus sanguinaires des despotes! Ce sont eux qui sont des hommes religieux, des hommes de paix et d'amour, de pures victimes! Les impies, ce sont les armées catholiques ! Le Pontife du Très-Haut, ce n'est pas Sa Sainteté Pie IX, c'est le citoyen Mazzini !
Avezzanà, qui passe son temps à parader à cheval dans les rues de Rome et à rédiger des proclamations ampoulées et mensongères, et qui ne s'est exposé à aucun péril, ajoute avec un superbe aplomb :
« Cette mission, soldats, rend vos plaies dignes d'envie !
« Orgueil de vos mères, honneur de vos épouses, étonnement de vos fils, enfants chéris de la République, l'bisioir^ de (|ç Rome vous décerqer» rwtw9r(aliW/
« Soldats! je suis heureux de me trouver au milieu de \ous pour pariager vos dangers et mériter votre amour. c( Continuez et nous serons vainqueurs, d
— € C'est encore.un rude farceur, celui-là ! » s'écria un soldat romain, dans un groupe occupé à lire ces phrases.
— «Qu'il partage un peu nos dangers, reprit un auti'e militaire, et qu'il nous fasse aussi partager ses appointements! »
Ces louanges pleines d'emphase firent une très médiocre impression sur l'armée romaine, qui ne se battait déjà plus que par force, par crainte de l'assassinat. Ce découragement était tel qu'on fut bientôt obligé de prendre des mesures contre la désertion menaçante.
A tous les points de vue, cette nouvelle proclamation d'Avezzana est infôme et déloyale. Il y a délayé tout le venin de sou âme, tout le poison, tout le fiel et toute l'imposture déposés au fond de son cœur. Cette proclamation fut commentée par les orateurs stipendiés par les autorités. Toutes ces ha'mes donnaient le ton à la populace.
Ils nous semble utile, pour l!instruction des peuples, de publier ces divagations, ces factums orgueilleux et menteurs qui sentent l'hypocrisie et la haine à chaque lettre. Ce marchand de cigares n'élait-il pas un effronté fripon ? Est-il possible à un imposteur d'étaler tant d'audace, de travestir à ce point la vérité? Cela dépasse toute imagination. Nous ne nous arrêterons pas sur cet éternel reproche de surprise et de trahison, adressé par la révolution romaine à l'armée française ; nous n'insisterons pas non plus sur le cri de victoire qui suit après chaque défaite. Nous nous bornerons à faire observer que l'armée romaine commençait à être tout aussi fatiguée de cette lutte que les gardes civiques. Les soldats qui s'étaient laissé entraîner à la résistance^ qui par faiblesse, qui par ambitioni qui parce qu'il croyait servir la cause de l'iodée pendancç it$iliann«, cominfin9Û«nt à s'en repeqtiri Uo gr^nd
nombre, découragé, manquait chaque soir à l'appel, et il n'était pas jusqu'aux officiers qur ne s'absenfassent jour et nuit. Nous en trouvons la preuve clans un ordre du jour d' Ave^zâna lui-même, qui détruit la sincérité et la justice des éloges qu'il vient de prodiguer la veille aux mêmes troupes :
Le Minkire de la Guerre aux wmmandant» dee corps :
« 1^ Faire trois fois par jour l'appel nominal deis bomittes qui servent Amis leurs ordres ;
2p Envoyer le rapport des appels an conunandaot en chef;
3o Envoyer des patrouilles mixtes de caporaux dés divers bataillons» sous la eouduîte do» officiers, peur arrêter les soldats parcourant la ville sans permission^ el leg remettre à la Place pour être reconduits ensuite à leur corps respectifs ;
40 Le commandant de la place aura l'oeil à ce que les officiers de place ne s'éloignent pas trop souvent le jour et la nuit de leurs corps; il en fera le rapport aux officiers supé* rieurs. »
Ainsi, ces soldats homériques, qu'attend Timmortafité , on est obligé de fes faire arrêter pour les conduii^ à leur poste, et Ton est contraint d'avoir Vont sur les officiers eux-mêmes, qui abandonnent leur corps le jour et la nuit !
De nouveaux renforts étaient cependant encore arrivés aux républicains, ainsi qtre des provisions, aprës avoir échappé aux reconnaissances de la cavalerie française.
Parmi ces auxiliaires, se trouvait Ârcioni, réfugié itaGen, el une bande de corps-francs, dont il était le générah D'airtres fm*ent moins heureux et tombèrent au pouvoir dcf généra! Morerîs et de ses cavaKers^. Us prirent encore plusîefurs convois chargés âe munitions de guerre et d'^approvisionnements.
Les travaux du srége continnaient: de nouveltes tranchées
furent ouvi^rti^s, de nouvelles balteries furent iJov/i^es pour r&* |)OiKlre au feu de la place* Un incident se produisit, lors d£ l'épaulement de 1» batterie n^ 4, L(B9 einbrasure3 étaient £»ites, Je terrain coupé m glaci3; trois des pièces , destinées à l'armeoient de cette batterie avaient été amenées âm^ la conotniuuication avec le paralltje ; on ne pouvait les mettre en place cette nuit-là ^ce que la pluie avait rendu les abords des plates-formes très-glissants* Tout à coup la quatrième batterie, qui était du calibre de seize, écba^e de la rampe du Monte* Verde. Les traits des attelages de devant s'étaient rompus, et le conducteur de derrière était tombé sous ses chevaux en voulant changer brusquement de direction. Cette pièce, placée sur une pente raide, chasse devant elle les chevaux de derrière, etestlamcée avec une extrême ivipidité jusqu'au bas de la descente» près de la via Portuensa. làf une des roues tombe dans un fosse et la pièce s'arrête, Que feront les soldats français? laisseront-ils l'ennemi s'emparer de leur pièce?
Non pas, quoiqu'elle se trouve à plus de quatre cents mètres de la ligne de leurs postes avancés ; un détachement d'infanterie s'élauee pour la garder, afin qu'elle ne soit pas enlevée. La nuit suivante» une compagnie de voltigeurs^ arriva avec des travailleurs et des attelages vers le lieu oii était la pièce. Elle fut relevée et ramenée à la batterie dont elle devait compléter l'armement^
A la même époque, les généraux Oudinot et Vaillant &il* lirent |>érir, en quittant la villa SantuccL Comme ils voyaient des soldats du 56' de ligne menpçant ^eux paysans de les fîi^ siller, le général en chef leur demanda de quel crime ces malheureux s'étaient rendus coupables. Les soldats répondent qu'ils conduisent aux républicains deux chariots chaigés de * faseîoes pour gabionner des barricades. Ils achèvent à peine de parler» qu'un boulet de canon vients'enfoncer dans la terre, aux pied? même du général en chef, qui s'écrie : «^ « Enfants !
les ennemis m'ont épargné sans le vouloir, nous serons plus généreux ! »
Les deux paysans furent renvoyés à Rome.
Durant tout le siège, ce Ait un spectacle majestueux que relui de ces officiers supérieurs discourant tranquillement sous les sifflements de la mitraille, et sans s'émouvoir des boulets qui passaient auprès d'eux. Ils présentaient ainsi Ym des épisodes les plus saisissants de ce mémorable siège.
Dans la nuit du 9 au 10 juin, les assiégés essayèrent de se porter sur les travaux des assiégeants, ils s'en approchèrent à peu de distance, surtout vers la droite des attaques. Il en résulta une certaine émotion et, par suite, un peu de désordre dans la tranchée parmi les travailleurs qui se mirent à tirailler, ainsi que la garde. Les Romains furent repoussés.
Le 10, une reconnaissance, composée principalement d'un bataillon du IS'léger et d'un détachement de sapeurs commandé par le capitaine Ragon, fut envoyée sur TÂrno, pour occuper les trois ponts Salaro, Nomentana et Mammola. Par ce moyen se trouvèrent interceptées, de ce côté, les communications de la campagne avec Rome. Le même jour, on fit à la hauteur de la casa MafTei, une coupure dans Taqueduc de l'Acqua-Paolo, dont les eaux mettent en mouvement tous les moulins du Transtévère , et alimentent les fontaines de la place Saint-Pierre. Cette coupure et le barrage de retenue étaient disposés de telle façon, qu'on pût rendre les eaux à la ville dès que les Français y auraient pénétré.
Dans la nuit du 10 au 11, les batteries n^ 5 et 6 furent établies. Ces travaux dilHciles furent exécutés avec la plus remarquable intelligence et dirigés par les officiers du génie et de l'artillerie.
Dans la nuit du 10 au 11 juin, vers deux heures du matin, les assiégés, pour couper les communications de l'armée française, tentèrent d'incendier son pont de Santa-Pessara. On signala tout à coup sur le Tibre un immense brûlot, qui da9«
cendait le fleuve et se dirigeait vers \e pont, remorquant deux barques remplies de poudre et d'autres matières inflammableSé Dès que ce brûlot fut arrivé au dernier coude que fait le Tibre en amont, les matelots chargés du service des pièces de marine qui défendaient les ouvrages de la rive gauche, reçurent réveil de la clarté qu'il répandait. Ils tentèrent d'abord de le couler bas avec quelques coups de caiion; n 'y pouvant parvenir, ils s'élancèrent intrépidement dans une embarcation, accostèrent les barques incendiaires, rompirent adroitement les communications du feu, enlevèrent les amorces et les firent couler bas. Ce trait de courage, remarqué des soldats, fut par eux-mêmes signalé à Tamiral Tréhouart.
Le 42 juin, une nombreuse sortie de républicains à la tète desquels se trouvait Garibaldi, se jeta avec ardeur vers la batterie n^ K et les tranchées faites à sa droite. Ils se glissèrent intérieurement le long des murs formant la face droite de la demi-lune (6-7), arrivèrent jusqu'au saillant et se maintinrent quelque temps dans cette position, d'où on ne pouvait les déloger à la baïonnette. Ils étaient six mille hommes derrière les ruines d'une maison démolie ; ils dirigeaient une fusillade très-nourrie sur les soldats et les travailleurs français, qui ne se laissèrent point intimider par cette brusque attaque. Avec son habileté ordinaire, le colonel du génie Niel leur opposa deux compagnies d'élite de la garde de tranchée qui soutinrent courageusement le feu d'un ennemi dissimulé derrière des barricades et qu'on ne pouvait saisir. Des deux côtés on se disputait les créneaux du mur. La victoire resta aux Français; les républicains furent repoussés; ils se sauvèrent en désordre, laissant sur le terrain une foule de morts, dont le nombre fut encore augmenté par la mousqueterie des tranchées, foudroyant leur retraite. Us tombèrent vaincus et non martyrs. Plusieurs Romains, dans leur fuite, avaient jeté leurs fusils, qui restèrent au pouvoir des assiégeants. Ce nouvel avantage était immense pour ces derniers. Cette tentative dé«
goûta beaucoup les assii^gés des sorties. Les FrtiiçMs avaient perdu sept tués et quaraiite-ckiq blassés dans les vingt^uatr« heurias. Le géoéral Vaillant, commaaidant le géoie, rendit compte en ces iernoes de ces engagements au Ministre :
a San-Carlo» le 18 juin 1849.
a L'espèce de demi*lune que vous voyez figurée devant le pont (6-7) , nous a gênés et retardés. Aucun plan^ aucun renseignement ne nous faisait soupçonner cet ouvrage, dont le relief disparaissait au milieu des hautes vignes enviroimantes. L'ennemi, dans la matinée du 12, a voulu profiter de l'embarras où la rencontre inattradue de cet ouvrage crénelé avait mis nos travailleurs, et a essayé coidre eux une attaque assez vive, qui aurait pu avoir des rémltats fâcheux pour nous, si mon chef d'état-major, le colrael Niel, ne s'était trouvé sur les lieux : la vi^^ieur de cet officier et les sages dispositions qu'il sut prendre, obligèreat l'ennemi à abandonner la demi-lune, dans laquelle il laissa une trentaine des siens. Je suis heureux d'avoir à vous signaler le nouveau service que nous a rendu le colonel Niel dans cette circonstance. »
Dans la d^i-lune, et sur le terrain où il efiectua sa retraite, Garibaldi avait perdu cent cinquante à cent soixante hommes. Après cette sortie, l'artillerie de la place tira sur la batterie n** 4, battue de front par le bastion 6 et prbe d'é« diarpe par le bastion 7. Le capitaine Rochebouer sollicita l'autorisation de répondre. Le général en chef, quoique désireux de différer encore le feu des nouvelles batteries, donna l'autorisation demandée pour que celle que l'ennenû attaquait avec tant de fureur ne fût pas détruite, mais à la conditbn que Ton se contenterait de riposterf ^t que le feu cesserait dès que l'artillerie des remparts se serait tue« Au quatrième ooup.
labâtterie n^ 4 lui avait imposé silence. Le capitaine Cœur demanda et obtint, aux mêmes conditions^ la même autorisation pour la battme de morliers n<> 3 qui se trouvait égale* ment inquiétée par le canon de la place. Une trentaine de bombes furent jetées dans les bastions 6 et 7.
lues triumvirs avaient demandé ay général Oudinot une suspension de quelques heures pour faire relever leurs morts. Il la leur accorda, et en profita, en bon chrétien , pour adresser aux Romains et aux autorités de la ville une nouvelle sommation. Il leur disait : « Six batteries sont prêles à ouvrir leur feu. Le nombre et le courage des assiégés doivent succomber devant la science et le courage des assiégeants. Les assiégés seuls seront responsables des conséquences de la lutte, s'ils ne soumettent pas leur raison à ces conseils généreux ! »
Ces paroles étaient dignes du saint Pontife pour lequel combattait la France.
Le général Oudinot avait encore écrit au Président de l'Assemblée constituante :
< Les événements de la guerre ont amené, vous le savez, l'armée française aux portes de Rome. Dans le cas où l'entrée de la ville continuerait à nous être fermée, je setais contraint, pour y pénétrer, d'employer tous les moyeqs d'action que la France a mis à ma disposition.
€ Avant de recourir à cette extrémité, je regarde comme un devoir de faire un dernier appel à des populations qui ne peuvent avoir pour la France des sentiments ennemis.
« L'Assemblée romaine voudra sans doute, comme moi, éviter à la capitale du monde chrétien de sanglantes calamités. Dans cette conviction, je vous prie^ monsieur le président, de vouloir bien donner à cette proclamation la plus prompte publicité.
a Si, douze heures après la réception de cette dépêche^ une réponse conforme aux intentions et à Thonneur de la France ne Di^est point parvmue, je xm regarderai comme eontraint d'attaquer la place de vive force. » .
T. II. Il
Vk^dmAAée conslilttaotc diseuta celle sOinmatM^- géaé« rêuse dans uuo séaiice de nuic. Quant on est incapable de grandeur d'âme^ on ne saurait se résoudre à ed reconnaître chez autrui* La noblesise de la démarche du général Oudinot» ne fut point appréciée ; les députés» ne pouvant concevoir (^'un soldat étant sûr de la victoire eût cette magnanimité, crurent qu'il était impuissant. Ils déchirèrent sa proclamation et la brûlèrent sur là place publique. Leur président Galetti fit parvenir au campr cette réponse :
a Monsieur le général»
a L'Àssenoblée constituante romaine vous fait savoir , m réponse à votre dépèche d'hier» qu'ayant conclu une convention depuis le 31 mai 1849 avec M. de Lesseps» ministre pténipùtentiaire de la République française » convention qu'il confirma même après votre déclaration» elle doit la considérer comme obligatoire pour les deux parties» et placée sous la sauve-garde du droit des gens» jusqu'à oe qu'elle soit ratifiée ou réformée par le gouvernement français. C'est pourquoi l'Assemblée doit regarder comme une violation de cette convention» toute hostilité reprise depuis le dusdit jour» par Tar^ mée fran^se, et toute autre liostilité qu'on voudra repfcndre avant qu'on lui communique la résolution de votr^ gouverne* ment à ce sujet» et avant que le délai convenu de l'armistice soit expiré.
« Vous demandée» général » une l^pdnse analogue aux în« tentions et è l'honneur de la France! Mais rien n'est plus conforme aux intentions et à l'honneur de la France^ que la cassation d'une violation flagrante du droit ded gensé
« Quels que soient les effets de cette violation, le peuple rottiflîn ne peut en être responsable. Il est fort de son drtît. il est décidé à maintenir le& conventions qui l'al^adlent à vMtt
oâtion; U est seatement contraint, par la nécessité de sa Aéfense, à repousser toute injuste agression.
€ Agréer-, général, les sentiments de mon estime,
< Le président, Gai^ettï.
a Rome, de la salle de TÂssemblée coifôtituante , le 17 juin 1849, à deux heures du matin. »
Cette persistance des républicains n'est pas la moindre des mauvaises actions qu'ils ont commises.
Les triumvirs ajoutèrent : .
« Monsieur le général,
a Nous^ avons rhonneur de vous traasmettre ta réponse de r Assemblée; à votre communication du 12. Nous ne trahirons jamais no£i* promesses : nous avons promis de défendre, en exécutant les ordres de l'Assemblée romaine, le drapeau de la République, rho&neup du pays et là smnUié d$ la capiicde du inonde chrétien. Nous maintenons notre promesse ! »
C'était une trop belle occasion de faire parade de civisme républicain pour ta commidsion des barricades, pour quelle ia laissât échapper ; aussi s'empressa^t^elle de publier la pro^ clamatîoQ suivante, qui est un des modèles du genre :
< Peuple!
a En réponse aux nouvelles dépêclies du général Oudinot^ 'Assemblée^ le triumvirat, le général de la garde naiionale, >(urbînetti , et le général en chef Roselli, ont fait entendre 'antique devise : Rome ne commet pas de^ lâch^iés! Bombçiirêfiz!
« Peuple !
€ C'est maintenant que ta Rome est baptisée capitale de Xh
talte ; c'est la prophétie de Napoléon, et son neveu ràccomplit dignement
« Nous qui, pour sauver cette capitale de l'Italie, awww, de gaîié de cœur, brûlé et abattu les villas et les maisons de campagne autour de la ville, n'assisterons-nous pas aveclamimt tranquillité aux ruines moins considérables produites par ces bombes très-chrétiennes ! . . . .
« Que les braves (et ils sont en grand nombre) qui ont le courage et le désir de tuer les ennemis soient prêts à se servir de leurs fusils, mais, par charité^ qu'ils ne soient pas impatients ! Qu'ils attendent que l'ennemi soit très^pris pour que le coup qu'ils lui lâcheront l'empêche de fuir ! Quand il aura ouvert la brèche, laissons-le monter en masse à l'assaut, et puis que chacun fasse son devoir : la mitraille, l'arme à feu et la pique! »
Après cette recommandation de charité démocratique, après cette théorie du carnage, on lisait :
« Que ceux qui ont peur (et ils sont le plus petit nombre), se cachent ; ils nous aideront ensuite à chanter victoire
La cruauté, l'ignominie, le stupide délire des républicains réfugiés dans la ville sainte, éclatent ici dans tout leur jour odieux. Les triumvirs et les députés, qui ne prennent pas malériellement part à la lutte et ne courent aucun danger, posent gratuitement pour riiéroisme. Ils puisent cette audace dans la magnanimité de leurs adversaires. S'ils avaient eu affaire à des Autrichiens, ils se fussent enfuis depuis longtemps, dans la crainte de payer leurs forfaits de leur tête on de leur liberté. Mais avec les Français, ils savent qu'ils in' courent aucun danger. Ils spéculent ainsi sur la grandeur d'âme de ces ennemis généreux. Ils n'ont aucun scrupule. C'est de gaieté de contr, vous l'avez lu, qu'ils ont brûlé, abattu,
dérééié et pillé les villas et les m;)isons de campa (i^ne aufoui* de la ville ! lis ne tremblent pas d'entraîner avec eux tous ceux qu'ils conduisent; ils ne frémissent pas de prendre dans leurs mains tant d'existences dont ils auront à répondre devant Dieu ! Ils ne se disent pas que o'est Masphëme et défoeoce, et que c'est usurper sur elles et sur la Providence mème^ Ils persuadent aux Romains que, pour être sauvés, ils doivent se laisser conduire aveuglément par eux, qu^ils doivent faire abdication de leur volonté, de leur àme. — « Nous pensons, leur disent--ils, obéissez! C'est assez de quelques volontés pour des milliers de bras ! »
Dès que le général Oudinot eut reçu la réponse hautaine des républicains à sa sommation, il adressa à ses troupes cet ordre du jour :
<c Soldats !
« Déjà hier, votre bravoure et votre persévérance vous avaient permis d'établir vos batteries à près de cent mëtre^ des remparts de Borne.
« Avant d'attaquer directement la place, j'ai fait la notifia cation suivante :
€ Habitants de Rome,
« Nous ne venions pas vous apporter la guerre ; nous vé- « nions affermir chez vous l'ordre et la liberté ! Les inten- « lions de notre Gouvernement ont été méconnues.
ft Les travaux de siège nous ont amenés devant vos rem- < parts* Jusqu'à présent, nous n'avons voulu répondre qu'à « de rares intervalles au feu de vos batteries. Nous touchons « à l'instant suprême où les nécessités de la guerre éclatent i en terribles calamités.
« £vit^z<*les à une cité remplie de tant de glorieux souve- % nirSt Si yow pârt^iatez 4 nous pepuusseri à vous seuls appai^ .1 tmin lu wiponMbitité d'irréparables déMstr^a^ »
« Cet 9tp^\ à la conciliation n'est point parvenu à son adresse. Le gouvernement qui opprime les habitants de Ronne a répondu à des paroles de paix par le refos d'écouter un langage empreint de tant de modération.
ce Soldats I peu d'heures se sont écoulées^ et déjà vos bat^ teries de brèche ont fait éprouver aux batteries ^inmiies, les plus notables dommages. Puisqu'on nous contraint à faire le siège de Rome, nous accomplirons notre devoir dans toale son étendue ; le succès ne saurait être un instant doutrax.
a La France a mis en vous toute sa confiance : vous justîfierez son attente.
« Au quartier général à Santucci, 15 juin 1849.
« Le général^ commandant en chef,
(X 5tjgfn^ : Oudinot db Reggio. i
L'ordre avait été porté à Tartillerie française d'ouvrir le (w sur tout le développement des attaques. Toutes les batteries commencèrent à tirer en même temps : les Romains ne tardèrent pas à abandonner les embrasures et la ligne des créneaux en sacs à terre qui couronnaient les escarpes, et leur feu^ d'abord très-vif, se ralentit insensiblement. Avant la fin du jour, la partie supérieure de l'escarpe des faces des bastions 6 et 7 était écrétée et en grand désordre. Les batteries françaises furent très-pen endommagées dans cet engagement, à l'exception de celle n"" 5 , dont le coffire eut beaucoup à souffrir.
Dans cette journée du 15, les assiégés se virent enlever une ressouroe précieuse. La fonderie de la petite ville de Porto- •d'Anzio, située entre Fiumicino et Terracine, leur fournissait leur principal approvisionnement en projectiles. Un détachement du 66« de ligne fut transporté sur les lieux, par te bateau à vapeur le Magellan. Ce dftacbement, sous les ordres du capitaine cfétat^major Gasteinau, et les matdotefte h*tré^
gâte» détruisirent tes établissements de là fonderie, d'oii ils rapportèrent huit cents projectiles, trois mille kilogrammes de mitraille et une pièce de eanon. Us enclouèrent trois pièces sur place. Comme le bateau à vapeur avait été en vue dé Porto-d'Anzio» le fort avait hissé les couleurs de la république romaine* Le capitaine de vaisseau Lugeol,. commandant le Magellan^ fit charger ses pièces et s'embossa à ^emi-portée de canon du ravage. Le capitaine Gasteinau sauta dans un canot et fut à la fabrique. Il demanda le directeur, et lui dit :
— « Vous êtes Belge, monsieur, vous êtes d'un pays alKé de la France, comment se fait-il que vous ayez mis votre industrie au service d'une nation en guerre avec la nôtre?
— a J'ai dû subir la loi de la force , répondit le chef de l'établissement; plusieurs fois, les agents de la République romaine scmt venus me forcer, le pisldet au poing, de (bndfè et d'expé<Ker à Rome les projectiles dont ils avaient besoin.
— ce J'en suis désolé pour vous; mais j'ai des ordres à remplir; vous m'aiderez à les exécuter.
— « Volontiers; quels sont-ils?
'-^ « Vous allez détruire immédiatement tous ces appareils !
— « Mais c'est ma ruine que vous exigez, monsieur î » €!omme il hésitait, l'officier li|i montrant la frégate, lui déclara que, s'il persistait, la fabrique et le village lui-même seraient incendiés. Le malheureux^ industriel obéit. Noos aimons à croire qu'il fut indemnisé.
Pendant que les matelots embarquent les projectiles de la febrique, le capitaine Castelnau va trouver seul le commandant du fort et le somme de lui livrer tous les approvisionnements et toutes les munitions qu'il contient.
— c Le soleil de Rome vous aura troublé la raison, s'écrie l'officier romain ; vous êtes fou ! »
Le capitaine Gasteinau étendit la main vers la-ffégate, dont les batteries menaçaient je port. L'officier romain se résigna; mais comme il demandait un reçu : — c Le soleil de Porto*
d'Anzio vous aura troublé la raison, répondit le capitaine Castelnau ; vous êtes fou!... Un reçu! nous sommes des Boldats, et non des négociante ; nous avons fait une opération de guerre et non une transaction commerciale. »
Cette expédition donne un touchant exemple de plus de l'accord qui régnait entre les marins et les soldats français.
Leur piété n'était pas moindre que leur courage. Un jour, un soldat nommé Gadi, du 17e lé^er, avait reçu de son frère, Lyonnais comme lui, une lettre socialiste rengageant à déserter, et une autre de sa mère, lui disant de faire son devoir de soldat chrétien. Sa bonne mère avait joint aux caractères écrits par son cœur une petite médaille de Notre-Dame de Fourvières. On demande, le jour même, un homme de bonne volonté pour accomplir une. mission où la vie est fort en danger. Cadi, qui a déchiré la lettre de son frère et qui porte sur son cœur celle de sa mère avec la médaille bénie, s'offre aussitôt.
Il fallait traverser le Tibre à la nage, sous les balles ennemies, pour porter un ordre à une compagnie, et repasser le fleuve de la même manière. Le jeune soldat réussit, et comme, à son retour, un officier supérieur le compUmente, en lui disant : — « Vous êtes un brave ! vous avez affronté une mort presque certaine. — Je le savais, répondit-il en sortant b médaille de son sein, mais j'avais là, sur ma poitrine, un précieux talisman. »
Le 15 juin, tandis que l'artillerie grondait toujours, les assiégés tentèrent une attaque contre le Ponte-Molle, afin de le reprendre aux assiégeants, qui le tenaient depuis le 5 juin, llî firent soutenir cette atlaque par plusieurs pièces d'artillerie, placées sur les hauteurs des Monti-Parioli, qui dominent la rive gauche du fleuve.
Le général Guerviller se porla en toute hâte sur les lieux avec ({uelques troupes de la brigade Sauvau, le 2^ bataillon du loe de \i^m, Qujitre compagnies refoulèr^înt à 1* baïopwelte
les républicains, qui perdirent cent morts, six ofliciers et qna^ rdnle sou&K)f{icier$, faits prisonniers.
Parmi les morts se trouvait le polonais Podulak. Les Français n'avaient perdu qu'un homme tué et quatre blessés, dont un officier.
Successivement furent établies les batteries n~7,8,9et 10. Cette dernière, construite sur le plateau de la villa Corsini , était appelée à contre-battre directement le front de la porte San-Pancrazio, en arrière de laquelle les assiégés con^centraient leurs moyens de défense intérieure. Les Romains disposaient de cent dix-neuf pièces, bien servies et en bon état; Malgré les renforts que l'armée assiégeante recevait chaque jour, elle était loin d'avoir des ressources semblables. Néanmoins, les travaux du siège, travaux admirables, que les hommes pratiques ne sauraient trop étudier, avançairat toujours.
Cette manière sage, lente et sûre d'avancer, qui ménageait les hommes et la ville, inquiétait infiniment les assiégés qui^ de temps en temps, essayaient^ comme nous l'avons vu, de surprendre les travailleurs et de mettre le désordre dans leur ouvrage. Dans la nuit du 17 au 18, ils tentèrent une sortie dans un accoutrement qui fit beaucoup rire. Pour se reconnaître les uns les autres dans le^ ténèbres^ ils avaient passé une chemise par dessus leurs habits. Ils partirent ainsi de la porte San-Pancrazio.
Cette colonne avait espéré surprendre les travailleurs français dans les tranchéCwS, mais elle fut reçue à coups de fusil et fut contrainte de se retirer eu laissant quelques morls.
Le nam de soldais des mascarades leur en resta dans le camp français.
Chaque jour, les batteries des assièges écrasaient les défenseurs sous les ruines. L'armée française était aux pieds des rempart» de Rome.
En présence de ces progrès, les démagogues de toute l'i^u-p rop^t qui 4éf<9«i(|ai«Dt dam {lome Xidi0 r^bUçam^ ne wnm^
vaieitt qu'un 8aui espoir : celui du triomphe de leurs amis *de Paris» qui leur promettait une nouvelle révolution. Lesmonta- ^oards laur écrivaieBt de résister toujours, que le jow de la délivranee approchait. Cette écume de toute l'Europe, qui te^nait dans Rome, n'avait plus que cette espérance.
Les républîeaîns répandirent le bruit, le 19 juin, dans la ville étemelle^ que, le 15, une révolution d^ocratique et sociale avait éelaté dans ht capitale de la France ; que le citoyen Ledru^RolMn était dictaleiir et le prince Louis^Napoléon Bonaparte prisenni^ à Vincennes. Sur ce, on s'embrasse à Rome, !on illumine, on donne des banquets et un grand bal. Mais la vérité ne tarde pas à se faire jour. Ledru*RoUin, obligé de se sauver par un vasistas, avait pris la route de Fexii ; d'autres représentants du peuple s'étaient également sauvés ; quelquesuns étaient prbonniers.
La république sociale venait encore une fois d'être vaincue par la réaction religiewe et conservatrice.
Un nouveau ministre plénipotentiaire avait été envoyé au camp français par le gouvernement. M. de Gorcelles était un tout autre personnage que M. de I^esseps avec ses ajournements et ses sympathies complices. Point de vanité, point d'intrigues, point de discours philantropiques et nauséabonds. Juste, sincère, prudent, énergique, loyal, religieux, jaloux de l'honneur national et des droits de la papauté, il ne ressemblait en rien à son devancier. La diplomatie n'était pas pour lut une profession, un métier, c^était une dignité. Il avait, dès Tithoed^
jug^ la question romaine avec rame d'un chrétien, le cœur d'un patriote et Fesprit d'un sage. Il avait en vue deux choses : l'honneur et les intérêts du Saint-Siège, l'honneur et les intérêts de la France. 11 comprenait que le gouvernement français avait commis une première faute en n'adoptant pas de suite une politique franchement et absolument conforme à celle qu'il avait reconnu plus tard être la seule convenable.
M. de Corcelles, dès son arrivée au quartier-général, tomba d'accord avec le général en chef. Avec le monde catholique, avec la France, ils pensaient que le rétablissement temporel du pape était inhérent au rétablissement de son pouvoir spirituel : c'est effectivement là la garantie de sa liberté et de son impartialité. H s'agissait donc bien plutôt pour la France, de restaurer le double pouvoir du Saint Siège que de se préoccuper de contre-balancer l'influence de l'Autriche en Italie, poli* litique médiocre, qui eût écarté la France de son but et lui eût fait prendre l'ombre pour la proie. L'Autriche, d'ailleurs, par sa magnifique attitude, ne justifiait nullement une ombrageuse défiance. Elle avait, ainsi que l'Espagne etNaples, fraternellement offert son concours ; comme elles, elle s'était rendue aux observations du général en chef de l'armée française, et elle attendait qu'elle eût dispersé les frelons démocrates qui s^étaient abattus sur la ville sainte.
M. de Corcelles écrivit à M. de Gérando , chancelier deFrance , resté courageusement à Rome, pour le prier de faire part aux Romains du désavœu complet que son gouvernement venait d'infliger àMé de Lesseps. Cette lettre, communiquée à Mazzini, fut affichée sur les murs de la ville, en français et en italien :
« Monsieur le Chancelier,
« J'apprends à mon arrivée au quartier- général que le gouvernement romain, répondant hier à la dernière sommation de M. le général Oudinot, a déclaré qu'à ses yeux la reprise
des hostilités avant que Ton put connailre la décision do gou« vernement français sur le projet du traité de M. de Les$epi>, était une atteinte portée au droit des gens.
a J'afBrme que les négociations de M. de Lesçeps ont (He officiellement désavouées par une dépêche du miinstère des affaires étrangères, dès le 26 mai, et que, le 29 du même mois, une autre dépêche contenait la révocation de tous les pouvoirs de M. deLesseps.
a Si M. Lesseps a été révoqué le 29 mai, comment aurait-il eu qualité le 31 pour conclure avec le gouvernement romain un traité qui, dans tous les cas« aurait dû être ratifié ?
« En ce qui touche la ratification, voici la vérité : uu nouveau ministère, constitué dans les premiers jours de juin, ui'a J'ait rhonneur de me confier la mission extraordinaire que je j*€^mplis en ce moment. C'est le 6 juin que je suis parti de Paris, quelques heures après le retour de M. de Lesseps, eh bien! j'alfirmo encore que le gouvernement n'a pas hésité un seul instant à rejeter le traité apporté par M. de Lesseps.
a L'exposé de ces faits, ma présence au camp^ les pouvoiis dont je suis revêtu, attestent suffisamment que le gouvernement romain serait dans la plus complète erreur, s'il pensait pouvoir justifier par l'attente d'une ratification qui n'a pu se réaliser, la prolongation d'une résistance si controtre d la tmtabU cause de la liberté romaine et aux intérêts que /'on priUid défendre.
« J'ai pensé, Monsieur^ que vous deviez, par tous les moyeas qui sont en votre pouvoir, réfuter l'erreur du gouvernement romain.
<t La France n'a qu un seul but dans cette lutte douloureuse : la liberté du chef vénéré de l'Église, la liberté des États pontificaux et la paix du monde !
€ La mission qui m'a été confiée est essenliçUement lihérale et protectrice d«s popul^tiaos qu'on réduit « 4â t4ll«6 9}M^
« Mes intentions sont entièrement conformes à celles de M. le général Oudinot.
« L'envoyé extraordinaire de France,
c Signé : DE Corcelles. n
Il n'y avait pas moyen pour les démocrates d'ergoter en quoi que ce fût; Mazzini, ne pouvant rien objecter, se réfugia dans l'injure. Il répondit à M. de Gérando par une lettre en style prétentieux, ou les outrages et les sottises se rencontraient mAlés à l'apologie de lui-même et de la République.
Des le matin du 21 juin, la batterie française n*" 9 qui, la veille, avait déjà fait brèche au bastion 7, tira encore, mais à faible charge, pour adoucir la pente des terres. Dans la matinée, tombèrent également les revêtements battus en brèche par les batteries n""* 7 et 8. Ces deux batteries continuèrent, malgré ce succès, à tirer sur le massif des terres qui, en s'éboulant, faisaient présumer que les deux brèches seraient rendues praticables dans la même journée. Les tranchées ouvertes la nuit précédentes élargies, ainsi que les boyaux de communication de la troisième parallèle aux brèches du front (6-7)^ les travailleurs préparèrent un approvisionnement de gabions, fascines, sacs à terre et outils, qui furent dépïosés le plus près possible des point d'où devaient déboucher les colonnes d'assaut.
Vers trois heures de l'après-midi, les généraux Vaillant et .Tbiry, ayant déclaré que les trois brèches faites étaient praticables^ il fut décidé qu'on monterait à Tassant le soir même. Ces trois brèches avaient été faites l'une à la face droite du bastion 6, l'autre à la face gauche du bastion 7, la troisième à • la courtine intermédiaire. Pour ne rien laisser au hasard, en s'avtnturant, comme au 50 avril, sur un terrain inconnu, pour ne peo compromettre la marché méthodique et sOr^i mii-
vie Jusqu'alors par lo génie et rartillarie^ il âift.arrêliî que l'attaque se bornerait à la prise de possession du front (6*7), et qu'on ne chercherait pas, en pénétrant plus loin, à enlever de vive force la seconde ligne de défense»
Ce plan, proposé par le général Vaillant, fut adopté par le général en chef, et mis à exécution avec un ensemble et un courage remarquables.
A onze heures du soir, l'assaut commença (mût du 2i au 22 juin). Trois colonnes, commandées par le& chefs de bataiUofi Sainte^Marie, de Cappe etDantin, s'élancèsent sur les bvèches au signal donné par le colonel Niel, su(ines par les travailleurs. Les brèches forent franchies sans résistance. Pendant ce temps^ les assiégés s'amusaient à tirer des £éuK de Bengale dans leur deuxième tigne de défense. Ces vives lueiM» édaîrèrent les mouvements des assiégeants» mais n'eurent auene résultat désastreux pour eux.
Au bastion 6, la brigade de sapeurs du eapitaûie de Jouelard et les grenadiers du 5^ bataillon du S6® s'emparèrent rapidement, malgré la fusillade, de la case Barberinî, maison située en arrière de la Courtine. Là, ils s'emparèrent d'une quinzaine de prisonniers. Cette action liardie jusqu'à Thé^ roïsme, d'oii dépendait la prise du bastion, coûta cher à rar<mée française. Elle y perdit le capitahie d'Astelet du 36% qui, déjà blessé à l'attaque du 30 avril, était venu, quoique n<»i guéri, pour conduire sa compagnie à l'assaut» et le capitaine d'état-major de Jouslard, jeune officier du plus grand courage et du plus grand mérite.
La brèche de la Courtine fut enlevée vivement par la co-^ lonne d'attaque du centre. Au bastion 7, la cofenne de gauche escalada la brèche, sous le feu des troupes républicaines» qui se replièrent sans la disputer. Une partie de la colonne d'attaque et quelques sapeurs, c(mduits par le sergent CoHin, s'emparèrent d'une maison attenant au ftanc gaucfe du bas-» (ioa 8| que les Romains abandonnèrent en fujmnt. La sergwt
— sus —
CoUiiè- fit prisonnier un Ueutenatit^eoloMi, un officier et deux cavaliers.
ArrÎYis dans le ba&tîon à la suite de la eolonue d'assaut, le» travailleurs se mirent en devoir d'en assurer la possession. Dans chaque bastion, on trouva, dans les souterrains, des fourneaux de mine déjà chargés et bourrés.
Ce triple assaut avait on lie peut mieux réussi. Les troupes françaises avaient été très-résolues ; elles n'avaient trouvé, au surplus, qu'une résistance bien faible.
Vers deux heures et demi du matin, l'ennetti euvrit le feu de deux batteries. I^ur tir, d'abord inceriain, s'assura, et fit éprouver, au jour, quelques pertes aux asaîégeaiits, dont lesr travaux étaient criblés de boulets^ d'obue et de mitraille. Le chef d'attaque de service dans le bastion 6 dut faire cesser les travaux.
Ce ne fut qu'à quatre heures du matin, alors que l'occfipa-' Uon des bastions fut bien assurée, que les intrépides généraux Vaillant et Thiry , qui avaient tout eongu et tout dh*igé , quittèrent la tranclrëe.
Au monaent de Tassaut, des diversions avaient été opérées sur deux points de la rive gauche du Tibre, indiqués par l'ordre général de Tarmée.
Le lieutenant-colonel Espinasse, du 22^ léger, s^était porté en avant de la basilique San^Paolo, avec un bataillon de son régiment et quatre pièces d'artillerie; il avait engagé avec la place un feu très-nourri, et pendant lequel il ne perdit aucun de ses hommes. Dans le même temps,, le général Guesviller, à la tête de quatre bataillons, s'était avancé sur le haut Tibre, auprès de la villa Borghèse, et de ces hauteurs avait accablé d'obus le faubourg et la ville ; il s'était retiré, emmenant une trentaine de prisonniers.
Dans la nuit de l'assaut et dans la journée du 21 , les perles totales de l'armée assiégeante s'élevèrent à trois officiers et ^2e floldttlB tuét^ troi« oMciêrt ef dnqtionto^Sept soldats
blessés, chiffre peu considérable si on le compare à l'immense résultat obtenu.
Les assiégeants, protégés par une artillerie formidable» firent de vains efforts pour ressaisir les positions qu'on venait de leur arracher. La victoire resta complète à Tarmée française. Le général en chef, satisfait de la bravoare et du dévouement admirables de ses troupes, leur adressa cet ordre du jour :
a Soldats !
c Nous touchons au terme d'une campagne pendant laquelle votre bravoure, votre discipline et votre persévérance vous ont acquis une gloire impérissable.
« Après d'énergiques combats et d'éclatants succès, vous avez, en peu de jours, abattu les remparts de Rome. Vous avez pris d'assaut, avec une admirable vigueur, les principaux bastions de la place.
« Bientôt vous pénétrerez en maîtres dans la ville. Vous y respecterez les mœurs, les propriétés et les monuments.
« Chargé d'affermir dans les Ëlats ponliAcaux l'ordre et la liberté, le corps expéditionnaire de la Méditerranée ne manquera point à sa mission ; il occupera ainsi une belle page dans l'histoire d'un peuple qui a de nombreux titres à sa protection et à ses sympathies. »
L'armée française ne pouvait tarder d'entrer dans Rome ; cela était inévitable. Ce qu'il y avait de plus sage à faire pour les assiégés, c'était de se rendre, pour éviter de plus grandes calamités. Ce sentiment, général dans la ville, n'était pas partagé par les démocrates, l^es triumvirs continuaient à exciter les habitants à la plus folle des résistances. Us lancèrent cette proclamation menteuse et prétentieuse, comme toutes les autres :
a Romains!
a C'6«t à la faveur des ténèbres et de |a traMimi que Feu-
nemi met le pied sur la brèche qu'il a faite à nos remparts. I^evez-vous, peuple de l'Italie, et avec la toute-puissance que donne la justice de notre cause, écrasez les barbares! faites de leurs cadavres une digue à leur brutale audace ! L'ennemi qui souille par sa présence la terre sacrée de Rome est maudit de Dieu !
« Pendant que Oudinot fait les derniers effoTts, la France se soulève d'indignation, rejette de son sein et renie les soldats qui la déshonorent !
u Encore un dernier effort et la patrie est sauvée à jamais!
« Oui, il sera donné à Rome, par son ardeur et par sa contenance, de renouveler la face de l'Europe !
a Romains !
« Au nom de Dieu et de vos pères, .levez-vous pour combattre ! Levez-vous pour vaincre ! Une prière au Dieu des armées, une pensée de confiance dans nos pères, et les armes à la main, que chaque homme soit un héros! Et celte journée décidera les destinées de Rome et de la République ! »
Ces phrases à effet n'eurent plus leur succès d'autrefois t C'est en vain que ta commission des barricades^ faisant appel, elle aussi, au républicanisme romain, déclare que Garibaldi l'invincible aune poitrine qui est un rempart d'airain derrière lequel on se sent respirer à Taise, et qu'il va tenter une sortie désespérée à la tête de ses plus intrépides soldats ; c'est en vain que le tocsin du Gapitole envoie le bruit de ses volées sur Rome ; c'est en vain que les orateurs stipendiés crient aucc annes! et promettent la victoire coQtre les barbares; les habitants se cachent chez eux pour éviter les bombes et les grenades qu'envoient les batteries françaises ; la garde civique refuse de marcher en avant ; ils voudraient tous, les uns et les autres t forcer les républicains à se rendre» mais ils ne Toient pas.
T. II, ^ î
— Tm —
Les i»évolut.ionnnires qui ohlij^eaiont Rome à se défendre malgré elle auraient dû comprendre combien il était infâme à eux de continuer une semblable guerre. Cette guerre, pour les chefs, triumvirs, députés et autres, était sans périL Ils ne se battaient pas, ils faisaient battre les autres. Ils ne risquaient ni vie, ni fortune, ne possédant rien. Pourquoi donc voulaient-ils voir Rome à feu et à sang? Pour Vlionneur du principe républicain, pour la vanité cruelle d'une popularité insatiable et dégradante. Ces derniers des hommes faisaient ainsi de la civilisation le plus infâme des trafics au profit de leur détestable vanité, aux dépens de la fortune et de la vie de toute une population. Et ils prenaient le nom de Dieu et de Thumanité ! De Dieu, en brisant la croix du Sauveur ! de Thumanité, en participant aux plus larges blessures et aux plus grands larcins que la révolution lui ait faits!
La domination d'une poignée d'hommes, persistant à lutter, sur une population qui voulait se rendre, prouve que, dans les révolutions, pour conduire et opprimer les masses, il ne faut pas leur être supérieur en force et en intelligence» mais leur faire peur, connaître leurs faiblesses et s'adresser à leurs mesquiods passi(Mis.
Les Roviains étaient «ttéréa, Us réeoltaiont ce qu'ilsavaient 8emé, di80D&*le, car il faut faire oourageuseaient la leçon aux peuples et laisser lenrs ooertisans applaudir levrs foutes. En très-graiide majorité, la garde civique refusait enfin sm eon^ cours à la révolution. Les plus exaltés d'entre les répubticains eentaîent qu'ils ne pouvaient éviter leur destinée. L^ir honte était de celles dont on ne se lave que par un profond repentir, mais ils n'eurent pas un scjiil bon mouvement.
Léé répubficaîns, ne voulant pas déposer les anncs et ne imttvuit résister au feu des batteries frantaises, îmagiBèreot un stratagème^ nouveau piège tendu à l'humanilé dn gàiéral Oudinot, mais qui n'eut pas le résultat qu'Us e» attfnèaieDt. Ils s'entendirent avec M. Freeborn, brocanteur en laUwm et
o^ent'Consiikiîre de ia Grande-Bretagne, ^rote^tant et revota* lionnaire, ainsi qu'avec MM. Nicolas Brown et FreemaD, consuls des États-Unis d'Amérique, lesquels rédigèrent entr'eux la protestation suivante, adressée par les consuls au général Oudinot, et qui fut signée par quelques-uns seulement, comme on verra :
« Monsieur le général,
a Les soussignés; agents-consulaires , représentant leurs gouvernements respectifs, prennent la liberté de vous exposer, monsieur le général, leur profond regret d'avoir vu subir à ta ville étemelle un bombardement de plusieurs jours et naîts, La présente a ponr objet, monsieur le général, de faire les remontrances les plus énergiques contre ce mode d'attaque, qui, non-seulement met en danger les vies et les propriétés des habitants neutres et pacifiques, mais aussi celles des femmes et des enfants innocents.
c Nous nous permettons, monsieur le général, de porter à votre connaissance que ce bombardement a déjà coûté la vie à plusieurs personnes innocentes et a porté la destruction sur des chefs-d'œuvre de beaux-arts qui ne pourront jamais être . remplacés, ^
Ceci était un mensonge. C'était faux de point en point. Quelle preuve en fournissait-on? Aucune. On ne l'aurait pas pu. La parole de Mazzini et de M. Freeborn n'en était point une. Leur haine pour la papauté et pour la France était connue. M. Freeborn avait trompé ses collègues en leur parlant de chefs-d'œuvre détruits, de femmes et d'enfants labourés par la mitraille, de propriétés et d'existences compromises.
L'adresse se terminait ainsi :
a Nous mettons la confiance en voi», mofisieur le général, qu'au nom de Phomanité et des nations civiKsées, vous voa-
drei vous désister d^un bombardement ultérieur, pour épargner la destruciioD à la ville monumeutale, qui est considérée comme sous la protection morale de tous les pays civilisés du monde.
« Ont signé : MM. Freeborn, agent consulaire, de S. M, britannique ; chevalier P. C. Magrim, attaché à la légation de S. M. le roi des Pays-Bas ; Jean Bravo, consul de S. M. le roi de Danemark ; Frédéric Bégré, consul de la Confédération suisse ; Cu. Kolb^ consul de S. M. le roi de Wurtemberg ; comte Shàkerg, secrétaire de la république de San- Salvador, dans TÂmérique centrale; Nicolas Brown, consul des État-Unis d'Amérique ; James E. Freeman, consul des États-Unis d'Amérique pour Âncône; Jérôme Borea, consul général de S. M. le roi de Sardaigne, et provisoirement aussi de la Toscane. »
Cette adresse fut apportée, le 25 juin, vers huit heures du matin, par un officier supérieur romain qui se présenta devant les tranchées du bastion 7, en parlementaire. Gomme on s'apperçut au camp que cet officier ne cherchait qu'à reconnaître l'état des travaux, on le renvoya immédiatement et l'on garda sa lettre. A cette protestation contre le prétendu bombardement de Rome^ selon l'expression du général Vaillant, expert en la matière, le général Oudinot répondit :
« Messieurs,
a Le& dernières instructions de mon gouvernement, sous la date du 29 mai, contiennent ce qui suit : € Nous avons épuisé les moyens de conciliatioD* Le moment
€8t venut)ù, de loute nécessité, il faut agir avec vigueur ou renoncer à une entreprise i>ôur la(juelle a coulé Iç sang des enfants de la France, à une entreprise où, par conséquent, notre honneur est engagé aussi bien que nos plus grands intérêts de politique extérieure. Dans une telle alternative, Thésitation n'est pas possible. Il importe donc, général, que, sans perdre un instant, vous vous dirigiez sur Rome avec les forces imposantes réunies en ce moment sous votre commandement et que vous y preniez position en dépit de toutes les résistances. Telle est la volonté du gouvernement de la République, dont j'ai été chargé de vous soumettre l'expression.
« Vous le voyez, messieurs, les ordres de mon gouvernement sont absolus. Mon devoir est tracé. J'accomplirai la mission dont je suis chargé. Sans doute, le bombardement de' Rome entraînera l'effusion de sang innocent et la destruction de monuments qui devraient être impérissable^. Personne n'en sera plus profondément affligé que moi. Ma pensée à cet égard, messieurs, vous est bien connue : elle est résumée dans les notifications que j'ai adressées le 13 de ce mois au trium* ^irat, au président de l'Assemblée constituante, aux commandants de la garde civique et de l'armée, aux habitants de la ville de Rome.
< J'ai eu l'honneur de vous donner immédiatement avis de cette notification, dont je joins ici de nouveaux exemplaires.
< Depuis le 13^ la situation des deux armées est totalement changée. Âpres de glorieux combats, les troupes sous mes ordres ont dû monter à l'assaut. Elles se sont énergiquement établies sur les remparts de Rome. Cependant, l'ennemi n'ayant encore fait aucun acte de soumission, je suis obligé de continuer les opérations militaires.
« Plus la reddition de la place sera différée, plus grandes seront les calamités que vous redoutez si justement ; mais les Français ne pourront être accusés de ces désastres : l'histoiffe les affranchira de toute responsabilité. ^
Là république romain^ était expirante. Les assiégés avaient perdu leurs plus belles positions. Leurs remparts étaient ou* verts, leurs bastions foudroyés, leur armée était décimée par les morts; beaucoup avaient déserté, un grand nombre avaient été faits prisonniers ; les plus luibiles eanonnîers étaient hors de combat ; le découragement était partout. Garibaldi, qui avait été obligé d'abandonner le casino Savorelli, où il avait établi son quartier-général, écrivait au ministre de la guerre : « Les meilleures positions sont perdues, les munitions presque épuisées ; je n'ai presque plus d'artilleurs. Que faut-il faire? Envoyez-moi des instructions. x>
Le 2& juin» dès quatre heures du matin, les batteries fraur ^ises numéros 11 , 12 et 13 rouvrirent leur feu^; la place riposta comme elle put. Enfin, à onze heures, rartillerie romaine en était réduite à ne plus faire feu que de quelques
A partir de ce moment, le combat entre les deux artilleries pouvait être regardé comme terminé. Le succès était décisif pour la France ; le dénouement était prochain. Ce combat d'artillerie, qui dura un jour et demi, avait été soutenu des deux eàtés avec vigueur et persévérance.
La batterie française n<^ 14 avait, de son côté» tiré en brè* che contre le flanc gauche du fameux bastion 8. Â quatre heures et demie du soir, la muraUle était tombée, la brèche était presque praticable.
Dans la soirée du 38, le général Guesviller fit partir de Ponte4iolle, une colonne composée de deux bataillons d'infanterie, d'un détachement de la compagnie de sapeurs, et de vingtKsinq chasseurs à cheval , sous le commandement du général de brigade Sauvan, chargé d'aller détruire à Tivoli une poudrerie d'où les assiégés tiraient de nômbroux approvisionnement. Cette eolonne*revint, dansla journée du 29, sans avoir rencontré de résistance, après avoir jeté à l'eau plusieurs quintaux de poudre, de salpêtre et de soufre» brisé les ma-
chines à pilons ot détruit cette £ibriq«e qui fournissait dux assiégés plus de mille trois cents kilogramme de poudre par jom*. On aurait pu peut-^tre se contenter» comme le demann daient lès autorités de Tivoli, de s'emparer de la poudrerie et de ruccuper, la destruction étant une véritable calamité pour le pays?... €e nK)iivement avait été appuyé par la cavalerie. Le gonfelonier avait prévenu le général Sauvan cpie Garibaldi^ sorti avec une forte division, allait l'attaquer aa retour de son expédition : -^ < Il n'osera pus nous accorder ce bonheur, » avait répondu le général français. En^ffet^ quoique très-supé*rieor en forces, Garibaldi ne tenta rien contre ces braves soi* dats. Les républicains ne risquent pas volontiers les combats en rase campagne.
• Peur entrer dans Rome, restait à l'armée française à s'em^ parer du bastion 8, à la porte Saint-Pancrace, où les assiégés avaient réuni tontes leurs forces. Là se trouvaient les hommes leç plus compromis, l'écume de l'écume démagogique.
Parmi les défenseurs du bastion de la porte Saint^^Pancrace, il y avait un nommé Antoine Pasqualis, qui avait longtemps vécu d'escroqueries, et des subsides qu'il mendiait à la France dont il égorgeait à cette he«re les enfents. Ce misérable M plus tard condamné à mort comme convaincu d'avoir fait fu« siller un pauvre prêtre au temps de la République. Il parvint k s'échaipper 0t revint en France, d'où il se saiiV4 qu^ue temps aprës, poursuivi pour conspiration contre l'ordre social et pour vols envers plusieurs particuliers.
S'emparer du bastion 8, déclaré imprenable, c'était, selon le met du général Vaillant) prmdre U kmr^HH par hê cornes.
Les assiégés étsôent prépsyrés^, daiis ce bastion, à une dé-* fensè désespérée.
Le généirâd YaiHant^ commandant le génie, avait arrêté d'à* vance toutes ses dispositions pour Vàssaut ; elles^orent les plus heureux rémlltats.
Le colonel Niel, chef d'élat-major du génie, qili^ apfi$s cette
campagne 9 allait bienlôt passer général, donna le signal de Tassant du formidable bastion. La première colonne, comman- (lée par le chef de bataillon Lefebvre^ et de laquelle fait partie une brigade de sapeurs dirigée par le capitaine du génie Doutrelaine, gravit bravement la brèche, malgré une vive fusillade. Au sommet, elle se trouve embarrassée dans une ouverture étroite entre les ruines de Torillon et celles d'une grande maison. Les soldats cependant prennent pied et s'avancent ; mais tout à coup le capitaine Lefebvro tombe blessé au milieu des siens» en entrant dan$ le bastion 8. La colonne alors se trompe de direction : au lieu de suivre à gauche, comme on le lui avait recommandé , elle se porte, à droite. Malgré cela, la tête de colonne, conduite par le capitaine Doutrelaine, arrive sur la batterie romaine, où déjà se trouve le lieutenant du génie Brière. Pendant que l'autre fraction delà colonne franchit le mur Aurélien et se porte sur les batteries qui couvrent la porte San-Pancrazio, le reste de la colonne s'arrête dans la tranchée pour répondre au feu des défenseurs.
Ces mouvements étaient éclairés par la magnifique illumination du dôme de Saint-Pierre. Le gouvernement républicain, malgré les préoccupations de la défense, l'avait ainsi voulu, sans doute pour donner aux combattants assiégés une confiance que lui-même n'avait pas. Cette illumination, coutume ordinaire en ce jour de la fête de Saint-Pierre, dura toute la nuit et éclaira toutes les phases de cette dernière lutte.
Les trois compagnies de travailleurs, qui venaient après la première colonne, conduites par le chef de bataillon Galbaud- Dufort, aide-de-camp du général commandant le génie, et le capitaine Regnault, s'occupent de tracer un logement partant de la maison Merluzzo et se dirigeant vers le milieu de la face gauche du bastion; mais à peine les premiers gabions sont-ils posés, que le commandant Galbaud-Dufort, chef d'attaque, tombe frappé de deux coups de feu. Ce regrettable officier mourut le 11 juillet k Thopital du Salnt-Ësprit.
La colonne commandée par le clief de bataillon Laforét s*était élancée hors des cheminements, un peu avant le signal de l'assaut du bastion 8^ et, accueillie par une grêle de balles, elle avaiC continué sa marche triomphante. Divisée en deux fractions, une partie s'était jetée sur la grande tranchée romaine» conduite par le lieutenant Briëre ; elle avait tué tous les défenseurs, et, après avoir escaladé le mur Àurélien, avait pénétré dans la villa Spada. Elle s'était emparée de la batterie romaine et avait dispersé ou tué ses défenseurs. L'autre fraction, conduite par le chef de bataillon Laforèt, quiavoulula conduire lui-même» ne se composait que de la compagnie de carabiniers du 22® léger et de quinze sapeurs, commandés par le capitaine du génie Prévost; elle se dirige sur la gorge du bastion 8 et la batterie de quatre pièces du mur Aurélien. Silencieux, noirs de poudre, ces soldats ne combattent qu'à la baïonnette ; ils enlèvent une tranchée ennemie sur la courtine 7-8, d'où parlait une fusillade meurtrière, puis, franchissant avec ardeur les retranchements qui barrent la gdrge du bastion, ils arrivent «assez tôt sur la batterie pour concourir bravement à sa prise.
Pendant ce temps, les défenseurs des batteries, retirés vers le saillant et n'occupant plus que le petit pavillon hexagonal, continuent une vive fusillade. Les Français avancent toujours, au milieu d'une grêle de balles; ils avancent sans murmures devant la mon et enlèvent le pavillon. Cinquante prisonniers y furent fait», le reste tué ou mis en fuite.
Cette dernière opération, due à la coopération rapide et bien combinée des deux colonnes d'attaque, sous la direction du lieutenant-colonel Ëspinasse, rendit les Français maitres du bastion 8.
Au petit jour, les maisons qui avaient vue sur le bastion 8 se remplirent de tirailleurs républicains, dont le feu plongea sur le terrain occupé par l'armée catholique. Les soldats français, sânsi exposés, engagèrent une ftisillade implacable contre ces maifions et furent soutenus par deux compagnies d$ la
colonne de rései've, commaodées par le dief de baiaUlon Le Rousseau.
Le liauteiiaiitcolonel du géoiie Anknt avait remplacé comme clief d'attaque le oommandant Aalbaiid4>ufbrt et pris imniédiatement la <firection des travaux, duns lesquels quelques iHHBines forent blessés, entre autres le lieutenant Brîère.
Ces travaux furent dirigés avec beaucoup d'entente et de fermeté par le» capitaines Reguult, Prévost, Doutreiaine et le lieutenant GuiHemard.
Le sucob était complet. Les troupes françaises avaient déployé la plus grande bravoure. Le général Vaillant, commandant le génie, écrivit au ministre de la guerre pour lui rendre compte de l'assaut du 30 juin :
« Santucci, le 4 jutHet 1849.
a Monsieur le ministre^
€ Lorsque cette lettre votts parviendra , le télégraphe vous aura déjà fait ccmnaitre notre entrée dans Rome; mais nos derniers travaux d'attaque ne vous sont pas encore connus. Le plan que j'ai l'bonneur de vous adresser^ ci-joint, vous montrera quels ont été ces trai^ux*
c Dans ma lettre 4u 27 juin, je vous disais que les batteries placées dans les bastions (6 et 7) et sur la courtine ( M) avaient engagé un vif oombat aveo les batteries ennemîes* La lutte avait recommeneé le 28 juki, à la pointe du jouri mais pour se terminer peu d'heuns après, tout à notre avan*
« Pendant ce temps, une quatrième batterie de trois pièces de 16 (tout ce qui rastaîft disponiUe) avait été mastruile dans le fossé, au saillant du bastion (7) pour oontre-battre et ouvrir le flanc gauche du bastion {8). La brèche, quoique mauvaîBe encore, m'ayant cependant paru {Hrath»Ua le 99 au- soir, je proposai au général enohtC de doatier TlMaut au lMMitiMi<S^»
le 30 juin, à la petite pointe du jour. Cet assaut direct, se* condé par le passage par la brèche du bastion (7) d'une colonne qui, en même temps qu^elle se porta surlestranckées de l'e»*nemi, Yis-à*vis d'elle, détacba une compagnie d'éUte qui vint attaquer le bastion (8) par la gorge, cet assaut^ dis-je, a eu un succès inespéré. C'est l'acte le plus vigoureux du si^e. L'en* nemi, retranché dans le bastion (8) , en avait fait une espèce de citadelle, et attachait à la conservation de ce point une importance bien justifiée par le commandement du bastion sur tout ce qui l'environoe, par l'étendue de son terre*plain, le voisinage de la porte San-Pancrazio, etc. Aussi» dès le 50 juin« quelques heu* res seulemenl après l'assaut, l'ennemi a-trii parlé de capitu-* lation , et ce soir ou demain, nous serons maitros de tout.
< La joie que j'éprouve, monsieur le ministre, d'avoir pu mener à bonne fin l'opération que vous avez bien voulu me confier, est cruellement troublée par la gravité des blessures que mon aide-de-camp et ami, le commandant Galbaud-Dufort, a reçues dans l'assaut du 30 juin. Vous connaissez cet excellent officier, monsieur le ministre, et vous comprendrez quels doivent être mes regrets.
a Le général en chef vous rendra compte de la conduite de toutes les troupes sous ses ordres ; mais il m'appartient de vous dire, dès aujourd'hui, que je n'ai que des éloges à faire relativement au zèle et au dévouement dont les officiers et les troupes du génie n'ont cessé de donner des preuves dans cette courte, mais très-pénible campagne. J'ai retrouvé ici le corps du génie tel que je Tai constamment vu dans toute ma carrière militaire, c'est-à-dire, ayant h un haut degré le sentiment du devoir et des obligations qu'impose l'honneur de servir la France. »
Cet assaut mémorable coûta à l'armée catholique un officier et dix-huit soMat$ tués sur plaee^ sept officiers et quatre-vingtdix soldats Us6séfi|. Les népôUicaine eurent quatre Mnts morts^
dont les cadavres demourèrent épars sur tout le teffain parcouru par les colonnes françaises. Les canonnicrs de la batterie du mur Aurélien furent presque tous tués sur leurs pièces; quelques-UDSy appartenant à rartillerie suisse, essayèrent vainement d'emmener deux de leurs canons. Six bouches à ien furent, ou enclouées, ou mises hors de service sur ce point.
Les républicains s'étaient défendus avec acharnement. L'habitude de la guerre des barricades dans toutes les capitales de TËuropC; la rage de la bataille, la haine des catholiques et des soldats de l'ordre, la crainte de châtiments exemplaires s'ils étaient vaincus, tout cela tenait lieu aux assiégeants, sans la remplacer, de larésignation chrétienne. Ils n'avaient que le courage de la brute, le courage des pirates, mais ils le possédaient à un certain degré. La république avait fait appel à leur cupidité, à leurs instiqcts grossiers et dissolus, a leur esprit d'insubordination ; en la défendant, ils défendaient leurs propres vices.
Il a été dit que la division du général Guesviller , réunie à Ponte-MpUe, avait reçu mission d'opérer du côté de la porte del Popolo une diversion, afin de diviser les efforts de l'ennemi, et de faciliter ainsi l'assaut. Mais cette tentative ne présentant plus les mêmes chances de succès, par suite des nouvelles dispositions de l'ennemi, le général Guesviller dut se borner à venir, dans la nuit du 29 au 30, prendre position sur les hauteurs voisines de la villa Borghèse, d'où il canonna la ville jusqu'à trois heures du matin.
Pendant la même nuit, du côté opposé, les pièces de la marine, affalées sur la hauteur au nord de la basilique de San- Palo, envoyèrent des boulets et des obus sur la ville, qui contribuèrent puissamment à augmenter l'inquiétude parmi les défenseurs.
Les actions les plus héroïques avaient signalé cette sanglante mêlée. Des deux côtést dana le camp romain» p^^a
leâ Ijornbârds surtout, il y eut des actes (l'un grand rouraj^e trois officiers lombards, suivis seulement d'une cantiniëre, ne peuvent rejoindre leurs soldats ; alors, l'épée à la main et le cigare aux lëvres, ils se précipitent au milieu des bataillons français en criant : — «Vive Tltalie !.• • » Pauvres jeunes gens, qui avaient cru combattre pour lltalie, et croyaient mourir encore pour elle!.... Un autre, un capitaine, couvert de blessures, le bras en écharpe, le front bandé d'un mouchoir rougi de son sang, la poitrine ouverte en phasieurs endroits, tombe épuisé sur un genou ; il combat encore, mais les Français lui oifrent généreusement la vie; il la refuse avec insulte, et mérite la mort en tuant l'un d'eux.
Un grenadier français tombe mortellement frappé ; son den* nier geste est le signe de la croix , sa dernière parole : — < Quand tu écriras au pays, dit-il à un camarade, n'oublie pas de recommander à ma mère de ne point pleurer ma mort ; je meurs pour la religion ! >
Le tambour-major du 20^ de ligne avait été prisonnier au 30 avril, comme on l'a vu; là, il avait perdu sa canne chérie» qu'il tenait des officiers de son régiment ; les républicains roumains l'avaient envoyée aux républicains de Florence, comme étant le bâton de commandement du général eu chef.
A la prise du bastion 8, Verd^ux, caporal du 55* de ligne, apercevant un tambour-major romain : — « Apporte-moi ta canne ; lui crie*t-il, et dépéche-toi, car il nous en manque une!
— < Quand il y en aurait cinq comme toi, répond le Goliath, ce ne serait pas assez.
— < Ah ! nous allons voir cela! réplique Yerdaux, qui s'élance sur le tambour^major, et non-seulement lui arrache sa canne, mais encore le fait lui-même prisonnier.
Un réfugié napolitain, d'une fanûUe distinguée, se brûla la cervelle pour ne pas être pris. Il avait dit : « — Le soldat qui recule, est un lâcbei je ne reculerai pas! n U avait tenu parole»
^ Si» —
celui-là. Ce ftit an courage, comparé à la lâcheté de certains autres, mais ce fut un crime de plus. — * Laissez-moi moopir/ s'écrie un Français qui a combattu dans Tannée républicaine ; laissez-moi mourir ici, je ne mérite pas votre pitié ! Je suis un malheureux, puisque j'ai combattu contre mes frères ! Oh! les dubs! les dnl^! ils m'(ml perdu !...it Et iaisant un dernier et suprême effort avant d'expirer :
— a Si vous voyex Laviron, dit-il encore,' yous lui direz que je Tai maudit à mon heure dernière. »
Ce Laviron avait lui-même été tué.
Toujours généreux après la victoire, les soldats français relevèrent plusieurs blessés, et entr' autres un jeune Lombard tout eouverl de blessures béantes : — « Vous êtes un brave, y^ lui disait le lieutenant Dubousset, do S6^, pendant qu'on le portait à Fambalance, « car vous ne vous êtes pas épargné pendant le combat !. . . »
Ce courageux jeune homme avait reçu huit coups de baïonnette dafns la poitrine, tous par devant; sa main droite était percée d'on coup de pointe, et un coup de sabre lui "avait fendu affreusemeni les cartilages du nez. 11 avait une soif ardente ; les grenadiers français approchèrent leur bidon de ses lèvres. Il mourut le crucifix sur son cœur.
— «t Laissez-4noi la vie et prenez m» montre, c'est tout ce que je possède, » s'écriait un Milanais qui s'était intrépidement battu. — a L'ami, nous ne voulons ni l'une ni l'autre ! » répondirent les soldats français ; « pour qui donc nous prenezvous? >
La mort la plus sublime de toutes ces morts douloureuses, ee fut ceHe de l'infortuné commandant Galbaud-Dufort. Il s'éteignit en chrétien, le crucifix sur les lèvres, lés mains froides dans celles do général Yaiflant, qui pleurait à chaudes krmes. Cétaèl un qpeetacle à délirer lé cœur par lamiieaux. Il expira calme et résigné comme il convient à im soldat) à un catheKaoe^ martyr de la cause de Dieu,
Xî.
Pendant tout le eours de ce siège» l'amnée française avait été admirable de discipline, de kraYOure, de dérwiement. Les obefa avaient fait preuve d'expéf îeoce, de sanff-froîd et de courage.
Toatee les iMmeiivres, arrêtées avec une habileté merveilleHSe, avaient été exécutées avee un ea train, irae verve, um eélérîté reaiari|Mbles. Les Français avaient fakt tout ce qu'ils avaient voulu. Leur courage était la mesure de leurs forces ; ils triomphaient du somneil, de la soif et de b nature ; nul efiert n'était au-dessus de leur énergie.
Le général Oudinot avait envoyé au cabinet français ce rap* port détaillé sur la prise du bastion 8 :
« Qnartier^énéral, le 30 juin 1849.
€ Monsieur le Ministre,
< A la suite de Passant livré le 31 de ce mois aux bastions 6 et 7, j'ai eu Thonneur de vous dire que, malgré Téclatant svecès de cette journée, nous nous attendions à avoir encore quelques combats à livrer.
a L'ennemi semblait^ en effet, décidé à défendre pied à pied dMqae bi^ion.
« Dans la journée du 98, un vigofnreux combat d'artillerie a eu pottr résultat d'ouvrir une brèche dans le flanc gauche du bastion 8, véritable forteresse qui communique par des tran« ebéea et des canoimières à San-Pietro in Montorio. Bien que les çammnters romains somt d'habiles tireurs et que le nom*
Lre (le leurs pièces soit Irès-considérable, noire feu a constamment eu une grande supériorrié sur celui de l'ennemi.
« Dans la journée du 29, la brèche était devenue praticable, malgré la solidité exceptionnelle des remparts , entièrement construils avec du ciment romain. Elle nous permettait de nous emparer du bastion 8, dont ^occupation devait, tout en donnant la possibilité de nous étendre sur le mont Janicule, nous faire dominer la porte Saint-Pancrace.
« Les ordres pour l'assaut sont immédiatement donnés; quatre colonnes de trois compagnies d'élite chacune sont désignées à cet effet.
<( La première est composée d'une compagnie d'élite des 22<> léger, 32^ et 53^ de ligne. Elle est placée sous les ordres du chef de bataillon Lefebvre, du 53^. Elle doit monter sur la brèche du bastion 8. Cette colonne sera suivie d'une compagnie d'élite des 17e^ 20® et 25» de ligne. Les hommes qui la composentf portant chacun un gabion, une pelle et une pioehe« doivent iannédiatement travailler à faire un logement dans le bastion. Ces deux colonnes sont soutenues par une réserve, composée d'une compagnie d'élite des 36 -, 66- et 68*^ de ligne, aux ordres du commandant Le Rousseau du 68^.
« La quatrième colonne est formée par une compagnie d'élite des trois bataillons de gardç de tranchée (22^ léger, 32^ de ligne et 53^ de hgne). Elle est commandée par le chef de bataillon Laforest, du 22^ léger. Elle doit s'élancer du couronnement de la brèche du bastion 7, enlever les retranchements ennemis, et, attaquant le bastion 8 par la gorge, favoriser le débouché de la colonne d'assaut.
< Trente sapeurs du génie sont attachés à chacune des quatre colonnes d'aUaque, de réserve et de travailleurs. Elles sont sous le commandement supérieur du lieulenaut-^olond Espinasse, du 22^ léger. '
a Le général de brigade Levaillant. (Charles ) , commande les bataillons de garde de tranohée. Ils appartiennent à la
deuiièinediTision. Legéoéral Roslolan, qui eommainle cette diyisîoQ, tient en masse les autres régiments, prêts à tout événement*
< A deux heures et demie du matin, les dispositions prélî-» minaires éta^t exécutées sous la surveillance du colonel du génie Niel, toutes les colonnes s'élancent au signal convenu (trois coups de canon).
< La première colonne, sous les ordres du commandant Lefebvre, arrive au sommet de la brèche, malgré une vive fusil* kde. Des travaux exécutés par l'ennemi pendant la nuit, entre FOrilion et une maison située en arrière de la brèche, arrêtent complèliement la tète de la colonne. Elle ne parvient qu'à graild'peine à les franchir.
« Le prenner bruit de cette attaque avait fait accourir ver» Ift brèche presque tous les défenseurs du bastion; mais les feux qui se croisent sur cet étroit passage ne peuvent ernpé* cher nos braves soldats de prendre pied sur le terre^plain et de guigner du terrain.
€ Kn ce moment, le chef de bataillon Lefebvre tombe blessé ; il est immédiatement remplacé par te commandant Le Rousseau, du 68b.
c On profite de ce premier succès pour élargir le passage et faire arriva les travailleurs. Le commandant du génie Gai* haud-Dufort tombe frappé de deux balles, en plaçant les premiers gabions destinés à masquer ce dangereux défilé.
« La colonne aux ordres du commandant Laforest, qui était partie du couronnement de la brèche du bastion n<> 7, est accueillie à sa sortie par une très-vive fusillade. Elle se divise en deux parties. Les voltigeurs du 3!2te et les grenadiers du BSe, lancés sur la droite, enlèvent un grand retranchement appuyé sur l'enceinte Aurélienne, en tuent les défenseurs à coups de baïonnette, et, répandus en tirailleurs , luttent obstinément contre des maisons crénelées qui incommodent nos attaques.
€ Le» carabiniers du 22^ léger ^ sortis les pnmiers de la
t9a4K;l)ëei el, dirigés |>ar le catiii»fM«44iH de (^ovêei «A per* sqmiâr> suivant le ekemn qui Jborde ki eourtMe*.- RtnoMlrail les deux premières tranchées remplies d'ennemis qui \m ftnît» lenl à bout portant^ ifls ae s'ap^étent qut pour le» passer par leB 4Pm6B; puis, fraiicbÎBsant le pelrandietteiit ^ bttrrak la gorge du bsetion^ ils se porfeni à k edunè Mr la batterie de sept pièces qui battait intérieurement la brèeht et sW^mpttrMt.
<k Ces mouvements rapide» étadmirablamtnt eombînés; dégagent k colonie qui étoiK montée par la brèche^ et la gar-i>isQn du baâtîoft^ accuiée vers le ssûHaBt» se défead «H vaia aulaur d'une petite maison. Elle est tout enttèna détnrite ou faite prisonnière. I^ bastion est conqdis ; maîd le jour eosh mence à paraître. Toutes les maisons qui Ont vue sur le bastion se remplissent de tiraUleursy et l'eBDenifi marohe en force pour reprendre ses pièces ; akyrs le réserve^ est engagée par le lieutenaRfrK^olonel Ëspinasse.^ Leà grenadiers du 8<e^ cmn mandés par le capitaine Tiersonnier, poussant vigonffeaaagwit l'ennemi^ le précipitent à la baïonnette dans les escaliers par dessus l'escarpe. Us s'emparent des nf>aisMs qui daminenl la place Saint-Pancrace.
« Alors le travail s'organise dans Tintérieilr du bastioa. Proiitant habilement des tranchées de rennentif^ les oAci»^ du génie Font bientôt mis a l'abri de toute imulte«
« Les diverses colonnes ont été conduites avec aulanl d'énergie que d'intelligence par le lieutenant^eokmel Eépînasse et par les chefs de bataillon placés à leur tête.
(( Nos troupes ont agi avec une vigueur et un ékm amxquels rien ne pouvait résister. Elles ont tué à la batomietle plus de (jualre cents hommes (i); sur cent vingt-cinq prîsanniers restés entre nos mains, se trouvent dix-neuf officiers de tons grades.
'\\ La (h'pt'clio icU'.cr.ipIiiijiîo n on poile que deux (?pn's. Lés rettseiîrnfincîits iK'laient pas cuinplelt* lor^qu'^MIe a éie expediéei
< Kds pertes Mt vete()vein«irt été fm conaidlénUeB; ékm se nioBteni à neuf iués» dofit qufttte effictere^ et esst drà UesaéSft dcmt dtx^rait ofiieiers. G» tmoni aâsaut éome va imoMOM asceodmt moËii à noe sdldata* L'cBMni a ptrdil deux prÎBCÎpRUX froBl»dd son eneai^te: nos batterie»,. éIftUîts sur les terves««pbiiis» déoounveDt «t |»9uteDt rainer la filkik Prolonger la défense serait un aote insensé ; œ sef ait nen^ seulement saerîlier les maidenst mais anssi perter la gwire au sein des famiHe»^ On ae peut raisenfiablemfat suppeser quTiui goiiveraeaieQtt qMl qu'il soit^ eomenle à pfalonger de parsii malheurs sur la eapitale du pays*
« Pour nwkiplier, prad«nt rassawl éa iM^tian 8^ feacbeot ces de succès et pour diminuer le noihbre des déteseurs MT le front d'atta<pie^ j'ams presoril au générât GiisstiUer de iaire une diversien vers la porte du Peuple* fitte a été «ké<» cutée avec beaiieeup d'ioteHig enee par v»m eelonM eompoeét de (rois bati^UonSt une cempogiue du génie ei (|uatre pièces de la batterie de douée*
« Ib générai a quitté PoiHe^olle a eose heures du seir^ le 29, pour aller prendre position sur les bafitews tfé toi»r> cheut à la vUl» Berghèse« L'ennemi émit cnteelé toutes les maisons qû sont sur ces liauteurs. Nos tirailleurs se seat en^ busipiés de uaniere à protéger Tartillerie ptaeéeett aerîèretilQf une position culnrinante.
a Cette artillerie, a fût feu de une heure et demie du itiatin à trois heures et a jeté Tépeuvante daue un quartier i^ui m trouve à Tabri de nos atteiotesw L'ennemi a ripenté tris^viver inenty mm sans nous fiiire épftfuter aurane perte.
« D^uu autre côté| lespièoee de la mariw» placées sllr teâ hauteurs qui dominent la basilique de Saint-4^iiiii» etivc^aieiiti des boulets et des obus par dessus la peMe d( mdme n«É, <ie sorte que FeBAsm» était in^mélé à la'foîs de ces deinLpointse»' éloignés Tun de Tautre. i
f Pendant ffte se UvraieiH ces divtrs edmbatsi et. depdi»
deux heures jusqu'à cinq heures et demie du matin, les Romains ont tenté d^incendîer notre pont, placé sur le bas Tibre, M mottiUage de Saint-Paul. Près de cinquante brûlots, de formes et dimensions différentes, ont été arrêtés, détruits et coulés par Tactive intelligence du lieutenant de vaisseau Oiifieri, commandant la flottille, et du capitaine Blondeau, coin* niant la 7e compagnie de pontonniers.
a Ces avantages ont été précédés par des reconnaissances réilérées faites sur divers points par te 12« de chasseurs à ^eval et le 11^ dragons, sous les ordres du général Morris.
c Enfin, la journée du 29 a été signalée par un événement qui contribuera puissamment à enlever à l'ennemi la possibîKté de prolonger la lutte. La poudrière de Tivoli, située à qttatre^lieises de Rome, a été complètement détruite par une colonne mobile aux ordres du général Sauvaii. Les usines étaient garnies de quarante-huit pilons pouvant fabriquer jusqu'à vingt et vingt-quatre quintaux de poudre par jour. Pr^ de trente quintaux de poudre confectionnés à divers degrés, une immense quantité de matières premières ont été noyées 00 mises hors de service*
€ En résumé, monsieur le Ministre, le succès de toutes les entreprises, les pertes incessantes éprouvées sur tous les points par Tennemï, donnent à espérer que la résistance de U ville ne peut se prolonger désormais.
« Depuis le commencement du siège, toutes les opérations ont été conduites par le général de division du génie Vaillant, avec cette habileté et cette expérience dont il a doun^ tant de preuves. Le général de brigade Thiry, commandant rattillerie, a surmonté avec une grande énergie de nombreuaes difficultés.
c Le général Rostolan, commandant les troupes du siège. leur a imprimé un dévouement qui ne s^est jamais démenti* Enfin la brigade MoUière, composant Favant^garde sous \^ ordres du général de division Regnaud de SMQt«Jean-d*An-
- 5!fô —
gély» a depuis h prise de Païufili, conservé ave(! la plus iné* branlable fermeté les positions que les efTorls de Tennemi tendaient incessamment à lui enlever, à l'aide d'une nombreuse artillerie. Ainsi sur tous les points» généraux» officiers, sol« dats^ ont admirablement accompli leur devoir.
« Je ne puis' encore, monsieur le Mbùstre, citer ici tous les actes qui onl, dans ces mémorables journées, ajouté un nouvel éclat à nos armes. Je m'occupe de les recueillir. »
Le siège de Rome avait été mené avec une habileté infinie, quoique les ressources, en fait de matériel de guerre, aient constamment laissé beaucoup à désirer, ce qui est vraiment ineompréhensible. Au surplus, les généraux commandant le génie et rartilterie n'en étirent que plus de mérite.
L'armée avait été admirable. Cette valeureuse milice avait courageusement soutenu Tfaonneur du drapeau et combattu pour sa foi catholique et pour ses convictions anti-républicaines. La marine française l'avait par&itement secondée J Rien de solide comme ces matelots et ces artilleurs, hommes de fatigue et d'énergie.
Le siège dura vingt-six jours; c'est peu quand on a égard aux circonstances dans lesquelles ce siège a été fait. La victoire n'a pas été trop chèrement achetée, et la solution n'a pas été trop longuement débattue. Le gouvernement français fat de cet avis. L'assemblée nationale française adopta la réso^ . Itttion suivante (1) : « L'assemblée nationale, en apprenant le succès définitif de nos arme» dans l'expédition dltalie, vole des remerciements à l'armée expéditionnaire et à ses chefs, qui ont su concilier dignement les devoirs de la guerre avec le respect dû à ht capitale du monde chrétien.
ff L'assemblée vote également des remerciements à la ma-irine. »
Nous verrons le prince Louis Bonaparte et le ministre de la (i) Séftnos du It jûiUet 1819.
guerre, exprimer la même admiration pour l'armée d*ex|iédi-
Somme toute, l'armée romaine, qui n'aurait pas eu grande valeur «n rase campagne, se défendit vigoureusement derrière ses remparts et dans les maisons dont efle Uvait fait d'exeeflents postes retranchés. Ses officiers manqiiaient d'expérîenoe; mais ayant été nommés à causé de leur exaltation démagogique, ils devaient faire les plus grands efforts pour défendre la République. C'était, pour eux, une question vitale. Enfm, l'affaire du 30 avril, la prétendue victoire reaiH portée sur T armée du roi de Naples, le 9 mai, les {Nrodaaiations, déclamations, articles de journaux, ordres du jour» toul cela avait ei^alté Torgueil des troupes romaines et leur avait donné la plus haute idée d'elles-mêmes.
D'un autre côté, l'infériorité numérique de l'artillerie de Tattaque, comparée à. celle de la défense, était frappante. L'artillerie romaine, c'est une justice que les généranx Vaillant et Thiry lui ont rendue , sut parfiûtement utiliser ses bouches à feu. Elle employa aussi trës^ffîcacement son matériel de campagne. L'artillerie française construisît quatorze batteries, dont quelques-unes furent refaites et armées plusieurs fois ; elle ouvrit cinq brèches et tira neuf mille huit cents x^ups de canon, et trois mille quatre cents bombes ou obus ; en tout, treize mille deux cents coups. Elle codsmidm (rentertrois mille kilogrammes de poudre à canon, et six cent i|uatre-vingt-quinze mille cartouches d'infanterie.
L'artillerie romaine tira trois fois autant que l'artillerie française; les républicains piodiguaient surtout les miuiitions «rinfanterie.
Le génie fit exécuter huit mille deux cents mètres courajit< de tranchées, dont la plus grande partie fut exécutée à la sape volante, sous le feu des assiégés.
Pour ne pas triomi)lier sur des ruines, Tannée française dut procéder pied à pied, uïéthodiquenienf , sans se |)resser*
Le nombre total des tués et des blessés français, pendant le siège, en y comprenant la journée du 30 avril, fut de mille vingt^quatre.
Les assiégés eurent dix-huit cents morls et trois mille soixante-trois blessés.
En réalitét ce fut un succès de plus pour les armes françaises, autant que pour la politique religieuse de conservation et d'ordre sociaL