LIVRE IX
Il était permis de penser que les républicains qi» avaient soutenu ce siège dans Romey allaient capituler iraioadHitWirat* Pas du tout : les cbefe de la ftépubliqu9 raouîn^» lesquels a'^ivaient pas pris part au combat^ qui s'étaif»! cpQjbeirté/B 4/eiatfa des proclamations et des discours, coutiuiiaivot à pérowTr Toujours obstinés à une lutte inutile et s$iii{guijiaîfe^ sau^acrti* pule et sans rougeur m front» ils se font un jeu crud 4m misères du peuple romain* Us épuisent \fm reste de souffle k souffler l'incendie.
Leur but avait été de lasser Tarmée fean^iw, comme on use le fer qu'on ne peut parvenir à brisen II fallait reomoir » cette tactique. Quelques pas de pjus, qœkpMs iwtwts eucorei cette vaillante armée ae trouvait portée saos avoûr» pour ainsi dire, aucun nouvel obstacle à surmonter, non*seiilemmt dafts |e bastion 9, ^qais même sur la position de &i^FieifOp«iD' 5Iontorio, d'où la ville toute e«t)èr« i^enait domina et meir trisée par son efinoA. A moms dn«c 4» ^ résigner à appeler la destruction sur une ^r^pde partie de la eité, toute risiatwoe ultérieure était devewe imppswUe. J^«»répwUi£ÛPsJe v^jraievt bien ; ils reconuai^ssîeiM^ QMe la défense n'avait plus aucune chance : l'appui sur lequel ils avaient compté en France au
15 juin, leur manquait, et ils avaient été frappés de la persévérance des attaques de Farmée assiégeante, de la vigueur de ses soldats dans les rencontres à la baïonnette. Découragés des pertes qu'ils avaient éprouvées dans l'assaut de la der-^ niëre nuit, les républicains étaient abattus. Ils voyaient que leur audace n'était plus sanctionnée par le succès et Timpunité. Les tigres reconnaissaient la supériorité des lions.
Les chefs de Rome , seuls , voulaient encore prolonger Tagonie de la République et les souffrances de la ville.
Dans les révolutions, la majorité se laisse opprimer par une poignée d'ambitieux hardis. Obéir à celui qui commande en maître, le peuple est ainsi fait. Les peuples, troupeaux humains, quand ils ont laissé partir leurs pasteurs, sont asservis par les loups ; alors, les cœurs purs sont opprimés par la lie abjecte de la démocratie, par les plus vils, les derniers dé la race humaine.
A Rome, les honnêtes gens n'avaient pas osé jouer leur sang contre la liberté; il avait fallu que la France fît toute la besogne et la fît jusqu'au bout. Leurs tyrans avaient pourtant depuis longtemps comblé la mesure; maintenant encore, ils persistaient à résister. L'influence de Mazzini était telle sur ses complices, qu*tin député s'écria à la tribune : — « Ce ne sont pas des paroles creuses qu'il nous faut à cette heure, ce sont des explications précises : Mazzini convient que les défenseurs de Rome ont éprouvé un échec, et que les rapports des généraux signalent un péril ; mais, quant à lui, il ne pense pas qu'on soit réduit à capituler. D demande que, du moins, on suspende une décision jusqu'au lendemain. » L'assemblée allait céder, lorsque le général Bartolucci, un Romain, monte à la tribune : — « Vos soldats, dit-il, décimés par le feu et par la baïonnette, sont harassés par des fatigues et des veilles, sous une chaleur accablante. J*ai lu les rapports des généraux et spécialement ceux de Garibaldi, et leur teneur ne laisse plus l'espoir de prolonger la résistance : le temps des
illusions est passé. Il faut épargner à Rome de plus grands désastres ! »
Mazzini tente un dernier effort; il conjure rassemblée, disr posée à capituler, d'entendre Garibaldi, Fâme de la défense, avant de prendre un parti décisif. Garibaldi^ mandé par là chambre, arrive; il est pâle; sa défaîte se lit sur son visage altéré. Ses principaux lieutenants sont morts, parmi lesquels Andréa, son nègre chéri. Il avoue que la victoire a favorisé les armes de la France; mais il ajoute que tout est possible à un peuple qui préférerait la mort à une reddition. Dans ce cas, il propose un plan désespéré : que les républicains sacrifient la ville entière et ses monuments! Il fallait, si les Romains étaient décidés à vaincre ou à mourir, se retirer sur la rive gauche du fleuve, s'y retrancher fortement, faire sauter tous les ponts, armer de canons les bastions du Saint-Esprit, tenir avec vigueur dans le château-fort Saint-Ange, sur les remparts de la cité Léonine, dans le quartier de Saint-Pierre et du Vatican. Mais, pour mettre à exécqtion ce plan de défense, il aurait fallu que la population tout entière y consentit, et elle ^tait au contraire toute disposée à s'y refuser. La garde civique ne voulait pas de ce combat à mort ; elle était lasse de la Ré-^ publique, des républicains et de la guerre.
L'Assemblée constituante, se rendant enfin à l'évidence, vola le décret suivant :
c République romaine ! au nom de Dieu et du peuple ! <x L'Assemblée constituante romaine cesse une défense devenue impossible et reste à sa place, c I^ triumvirat est chargé de l'exécution de cet arrêté.
« Rome, le 30 juin 1849. »
Mazzini refusa d'exécuter ce décret, contraire à son désir de prolonger la lutte. — < Citoyens, dit-il, ma conscience de républicain s'oppose à ce que je me charge de communiquer
votre résolution au général Oudinot^ J'étcris vôtre mandataire, romme triumvir, pour défendre U République etKpme. L'acte qm vous venez de voter ehang# la nature de mon mandat; je me sens libre désornaiây et ^e résigne entre vos irains le pouvoir dont vous m'avez revêtu. » Ses deux coUè^ues^. Armel* Uni et Saffi, imitèrent son exemple. Leur démission fut acceptée, et^ à leur place, furent nommés Mariani, Sâlîcetti et Calandrelli.
L' Assemblée ordonna, en outre, par deux autres décrets, cju'un service funèbte serait célébré à Saint-Pierre pour les défenseurs trépassés, et que l'un des palais pontificaux serait conyerti en hospice pour les blessés.
Pendant ce temps, les défenseurs avaient cessé de tirer. Un des leurs, envoyé en parlenaentaire, était venu demander un armistice peur pouvoir enlever les morts et les blessé^, qui étaient gisants çà et là sur tout le terrain des eombats de la nuit. Le général de tranchée acc^uiesça à cette demande, et des deux côtés on put se livrer à ce religieux devoir. C'était quelque cliose de poignant pour le eœur que de voir ces deux troupes ennemies mêlées pour ces pieuses reckerclies^ se gui^ dam et s'aidant réciproquement, faisant de mutuels échanges de blessés et de cadavres* Les prêtres bénissaient les uns et les autres > de même Français ou Romains reçurent indistiictement les soins des officiers de santé des deux partis. Getle scène, à laquelle assistaient le général en chef et une grande partie de rétat^major de Farmée, était émouvadiite. Et pourquoi tous ces morts, tous ces blessée^ toutes eéé victimes?... Pour que Mazzini et ses amis eonservassent ()ifelquea jours de plus un pouvoir usurpé 1.*.
Les travaux d'attaque continuaient avec la même ardeur, lorsqu'une députation de la municipalité romaine vint au camp frangais pour &ire eqnnailre au général eu chcl la FédoluliiDn adoptée par l'Assemblée constituaite. Le géniêpal Oudiiiot les reçut avec politesse. Us déclarerez D'aveir pas mîsaioft d<r
•P&itef les'fmiértîotisr èi^ l'imtré^èlb ^m mée ft«»tt^^ it RMfH!', ttlftfi9 fif ef» MuntîreMpa^ ftiôms )e piDJef d^ èMv€Mlôtif âifivânf f
Mâttle^ ie 3* jiAivdefiiicr^ )i muttftipâiîté (te ilMicf est di^fgi^i) de tmitef airec le §ènét^l Opinât de Heggio^ comttKmdRrit rexpédition de Tarmée française dans la MédHcumnlvée» et If gkménïf a^cdréMl^ hè élogn ^tî sMi; dw à fbMiwfâf et il la «lear de la nîïîoe et éri jpiiîpte qui oiH déf'Mc)» le vilte^ est wnvèâs ck9 c««dîtÎMS soiwiite» :
1" L'armée française entrera dans fa vifle de fiome, et ^He y occupera les positions qu^elfe jugera convenables ;
St Les corps militaires français et romains qui restet'onl dans îa ville feront leur service ensemble ;
3® Les autorité militaires romaines établiront plusieurs cantdnùeAients poïif fes troupes qui abatidToimeront la ville ;
4** Toutes les comrhunîcafionâ avec Rome, actuellement inféî'cepl^eâ par Tarmée française, redeviendfront fibres ;
5** Les dispositions défensives dans l'intérieur de tlodie, n'ayant plus (Te but, devront disparaître, et la circulation sera ehtièrienient rétMie ;
6^ Là tibèrfé individuelle et l'inviolabiBté d'os personnes, pour tous leS^ faits précédents et fa sûreté des propriétés, se^ toM gaf àîities' indistinctement pour tous ;
?^ La garde nationale est maintenue en activité de service^ confoi^eméht â àa première organisation ;
8"* Là Prance hé s'îmmfiscéra pas dans faifmfnïstration intérieure. >
kismi les véiaon pdsaMiit ère etnéktaw dut loimfMMrtf avcfe oiio iihpêrtiiitiièt anAiee^
Ihlgré SM dèm d'M ÈBÔt pEK»fiq«emêDt el àe TflMiMr \^ hiUlftiMd^ b f éikéMd e» chef n» trMitâit pas ctAe eM^ei^tiotf aiece|rtaible; «i»»^ avwt de fenMler sanàTht,! I i^odlut en cm^' fér^r avec M^ de Corcellety rekMtm à GWHtf^Yteobiiii, M fi^il
fit œaDder aussitôt. Go dernier s'empressa d'accourir. Il refusa éuergiquement, comme le général en chef» de ratifier cette convention telle qu'elle était. Alors les députés A% la municipalité dirent que la place ne se soumettrait à aucune autre condition écrite, qu'elle préférait subir les Français comme des vainqueurs.
Les travailleurs complétaient leur étoblissement sur les remparts ; Tartillerie arrêtait à Tavanoe les dispositions qu'elle aurait à prendre si la lutte recommençait^ pour soutenir et hâter la marche ultérieure des attaques.
Le général en chef somma une dernière fois la ville d'ouvrir ses portes, lui accordant encore un nouveau délai de quelques heures pour Tacceptàtion de son ultimatum, le feu devant recommencer partout à l'expiration de ce délai.
Le chef d'attaque fut prévenu de ces dispositions par le général commandant le génie; dès ce moment, l'activité imprimée aux travaux redoubla, et les batteries n" 40, H, 12, 13, reçurent l'ordre de se tenir prêtes à ouvrir le feu.
La huit du 2 au S juillet était venue, et aucun ordre n*avatt été donné de reprendre les hostilités , lorsqu'une lettre du général en chef au général de tranchée annonça que la municipalité de Rome se déclarait impuissante à traiter d'une capitulation dans les circonstances politiques où elle se trouvait, mais qu'elle se soumettait à la force, et qu'elle adhérait tacitement à l'occupation immédiate de quelques-uns des postes, et à rentrée des Français dans la ville pour le lendemain. Celte lettre prescrivait eq même temps la prise de possession de la porte San-Pancrazio. Le commandant Frossard s'en empara à la tête, d'une colonne, qui pénétra dans le Tranrtèvéreet arriva jusqu'au Tibre, démolissant à mesure toutes les barricades qu'elle rencontrait. Le même travail fut opéré p«r le lieotenaot-colonel du génie Ldifamc, le capitaibe du génie Sebcen* nagel, etc., à San-Pietro-jn*!fo&torio, aux portes San*PAoio et Portese, au pont des Qnatro-Capi, etc.
Le 3 juillet, à midi, le général Guosviller occupa la porte del Popolo et ses abords à l'iotérieur de la ville.
A cinq heures du soir, le général en chef, accompagné de son état-major et des états-majors particuliers de rartillerie et du génie, fit son entrée à Rome, à la tète de la 2* division, et de la cavalerie. Ils furent accueillis, à leur entrée, par les cris de : « Vivent les Français, vive Pie IX! > Les mouchoirs s'agitaient en signe d'allégresse, les honnêtes gens battaient des mains et saluaient leurs libérateurs, simples et modestes dans leur triomphe, autant qu'ils s'étaient montrés intrépides pen« dant la lutte.
Les Romains se sentent respirer à l'aise. Leur sort est changé tout à coup. H n'y a plus ni terreur, m République ! Plus de violences, plus d'assassinats dans les rues et dans les maisons ! Désormais plus de crainte! Plus de pièges inhumains! les Romains n'avaient plus besoin de se cacher pour se solistraire au fer levé des assassins démocrates! Ils pouvaient prier Dieu! Ils pouvaient, en famille, sans crainte de surprise, dire au Seigneur les oraisons chrétiennes I Ils pouvaient pleurer, rire et prier ! pleurer et prier, l'âme élevée vers ce Dieu né dans une étable et nfort sur une croix ! Us pouvaient sans crainte qu'on ne les arrachât de leur sein, embrasser leurs enfants, ces rayons de leur âme.
Les Français, des frères catholiques, anges de la liberté, leur avaient fait ce destin.
Les braves ouvriers du Transtévère, restés toujours fidèles à la papauté, embrassent les Français et serrent leurs vaillantes . mains. Au Corso, la scène change. Les conjurés ont parcouru la rue le poignard à la main, sommant les marchands de fermer leurs boutiques : — « Malheur! s'écrient-ils, malheur à tous ceux qui regarderont passer les barbares! Mort à qui leur adressera la parole ! C'est par le silence du tombeau que les Romains doivent recevoir leurs oppresseurs I »
L'accueil ainsi se trouve refroidi. Rue Gondotti, un post^
T. ij. 32
(lâij^dA (tiviquo, cr^ign^iU k^^tyiH r<'puhii<^^B, m sort fns pour rendre les iioniieurs militaires aux tiHKipes (çblï éfffieni. Wki loio, quelques impuissants sifflets éclatent 4ms la foHle. Quelques cris se font entendre : « Plus ée pape ! À bas les prêtres ! Vive la République romaine ! »
Les Français continuait, impassibles sous leurs armes et dans leur foirce. Au café des Bemix-Arts, oà les chefs des société secrètes ont leurs ^pes, un immense drapeau républicain Aotte au vent, surmonté d'un boânet rouge. Le général Levaillant (Charles), pousse son die val dans cette direction et fait enlever le drapeau et remblême de la terreur. Sur la l^ace ColoiNie, Témeute attend l'armée : elle se compose d'une eântaine de braillards, à la tête desquels se trouve le député CeraaSfdM, ceint d'une écharpe rouge et portant à la main un éràpeau révolutionnaire. Ces misérables, chargés par le général Oudloot et le général Levaiilant (Charles)^ se dispersent à leur préteQCe; quelques-uns, dont les cris sont plus persis* tMits, sont poursuivis par quelques cavaliers, auxquels ils demandent grâce et cpui les laissent avec mépris. Le due de Rc^io descendit à l'hôtel de l'ambassade de France, dont il lit provisoirement son quariier*général.
Il adressa aux Romains une proclamation, dans laqudle il leur disait que l'armée envoyée sur leur territoire avait pour mission de rétablir l'ordre réclamé parle voeu des populations ; qu'une minorité factieuse ou égarée l'avait contraint de donner l'assaut à leurs remparts ; qu'au milieu des témoignages de syiApatlûe qui l'avait accueilli avec son armée, là surtout oii les sentiments du vrai peuple romain n'étaient pas contestables, si quelques clameurs hostiles s'étaient fait entendre, les gens de bien et les vrais amis de la liberté ne devaient pas se décourager et craindre, mais au contraire reprendre confiance. R prévenait, en outre, les ennemis de l'ordre et de la société que si des manifestations oppressives, « prthH^quées jmit wh fûetioniirmgire^ » se renouvelaient, elles seraient rigoureuse*
rïitnt punies. Enfin, pow (îonnor à ta sécnrit^ plibîiqne ôeh garanties positives, îl arrêtait les dispositions suivantes :
« Provisoirement, tous les pouvoirs sont concentrés enti^ les mains de l'autorité militaire; elle fera îmmédiateviettt appel au concours die Tautorité municipale. L'Assemblée, h gouvernement dont le règne violent et oppressif a commencé par Tingratitude et a fini par un appel iiBpieàlaguerre contre une nation amie des populations romaines^ cessent d'existei". Les clubs et les associations politiques sont fermés. Toute pi^ blication par la voie de la presse, toute affiche non autorisée par le pouvoir militaire, sont provisoirement interdites. Leg délits contre les personnes et les propriétés sont justiciable des tribunaux militaires. Le général de division Rostolan est nommé gouverneur de Rome. Le général de. brigade Sauvait est nommé commandant la place. Le colonel Sol est nooHné major de place. >
L'armée fhinçaise avait mis son piied sur le volcan et fSatftik -éteint. Le cratère étak fermé. Elle avait purgé Rmne dfr ces intrus carnassiers qui y avaient établi leur tanière. L*AsMtt^ l>lée constituante romaine ftrt dissoute. Contrairement I ce qu'ils avaient juré, les députés n*ét^entpas restés à leuf place*; le détacheilfiient chargé d'aller les en chasser, rfen tréuva qc^ quelques-uns, parmi lesquels Quiricô Pilipanti, qui, nevCtH de ses insignes de représentant, leur remit la protestation sûn vante, rédigée par lui, acte ridicule et théâtral pcmt lèqo«I 11 savs\!t parfaitement ne courir aucun danger t
« R^Uique romaine !
« Au nom de Dieu et du peuple des Etats romains^ qui nous ' a librement éluS ses représentants ;
c Au nom de Fartlcle 5 de la constitution de k République française, f Assemblée constituante romabe proteste devant ritalîe, devant la France et devant le monde dvîTisé, contre
Tinvasion violente de sa résidence, opérée par les troupes françaises» le 4 juillet 1849, à sept heures du soir. »
Les principaux chefs de la révolution s'étaient enfuis de Rome après avoir empli leurs poches : Mazzini» Àrmdlini, Saffi,Galetti,Ciceruacchio,Sterbini, Sturbinetti, Montecchi,'etc. Les uns étaient partis pour la Suisse, d'autres pour TAngleterre, pour les pays où ils s'étaient fait précéder par l'argent qu'ils avaient volé. Mazzini, ce reptile venimeux à la langue dorée qui lance ses poisons dans l'ombre, avait fui également. La France n'avait pu écraser le venin de l'avocat génois de son pied vainqueur. Cet homme , malheur, ruine et honte de l'Italie, a toujours conspiré depuis avec ses frères de crime et d'ignominie. Il nie le remords. Eh bien ! le remords vengera ses victimes ; leur souvenir sera son supplice ; sa propre conscience sera son bourreau.
Tous ces misérables avaient trouvé des passeports au con« sulat d'Angleterre et au consulat des États-Unis d'Amérique. Les protestants qui aident les démagogues sont logiques.
Avant de quitter Rome, Mazzini, quoiqu'il eût donné sa démission de triumvir, adressa en cette qualité une prodamation aux Romains, dans laquelle il leur promettait encore la victoire, au nom de Dieu et du peuple ; il leur promettait encore la prochaine convocation de la Constituante romaine. En attendant, il désignait à la haine des démocrates ceux qui reconnaîtraient la souveraineté du pape et entretiendraient le
moindre commerce avec les Français, etc. — Cette pro«
clamation ne fit pas la moindre sensation : quand on est occupé à admirer les soldats, les rhéteurs ne sont point écoutés.
Le jour du jugement s'était levé pour ces oppresseurs qui avaient réduit Rome en un aussi triste état. Les Romains ne les regrettèrent pas , en se rappelant les haines» les oppressions, les misères, les tortures qu'ils avaient entassées sur eux. As les avaient faits sans frères sous le soleil, et sans Dieu. Ils leur avaient tout pris, liberté, fortune, sauf l'honneur et la foi. Os »
rappelaient leurs affronts; leurs cœurs saignaient encore des poignards qu'ils y avaient plantés! Ils étaient enfin vengés. Les tigres étaient en fuite. Ils ne seraient plus sous leurs griffes, tremblants comme la feuille et froids comme le marbre. Pourquoi cette oppression ? Quel en était le mot? La peur. I^a peur des esclaves^ c'est là toute la force des tyrans, race im« pie. Ceux-là seuls sont dignes de la liberté qui se retrempent au danger, et dans le martyre s'affermissent.
Rome était enGn délivrée! Quand on ne put plus douter de cet événement, toutes les poitrines furent soulagées, et un cri de bonheur s'en échappa. On se serrait la main sans se connaître, comme à la nouvelle du plus grand, du plus heureux événement public.
En entrant à Rome, les Français furent frappés de l'horrible aspect qu'offrait cette cité infortunée. Tout y trahissait les rava^ ges de la République. Les arbres des villas abattus à coups de hache, les portes et les meubles en ruines, les images des saints brisées, les propriétés lézardées, démolies, tout attestait les violences dont la ville avait été le théâtre. A chaque pas s'y révélait le témoignage de la dévastation la plus complète.
Rome, épargnée par l'armée catholique qui venait de l'arracher au brigandage, n'avait pas été traitée de même par les républicains. Quand les soldats français y pénétrèrent, ils furent frappés de son aspect douloureux. Elle portait, comme jadis la France après 93, les mutilations et les cicatrices de son martyre; que ne puis-je dire de sa valeur! mais non, car les scélérats s'étaient tout permis^ et les honnêtes (jfen^ avaient tout souffert. Cette fois encore la lâcheté des opprimés avaient égalé Finfamie et l'audace des oppresseurs.
Malgré ces tristes ruines, Rome était toujours la ville éternelle. Les athées^avaient eu beau faire , ils n'avaient pu arracher sa grandeur à c Yinfâme. > La foi survivait à la tempête, comme une fleur flottant sur l'abime.
Eft somme, dans tous ces combats, les armées catholiques s'étaiejit monti^ées très-modérées, et la France leur avait donné encore cet exemple. C*est ce qui convient.
Du sein de la cruelle révolution, au contraire, étaient sortis des forcenés, pour commettre le s plus grands crimes, pour, à plaisir, se vautrer dans la fange. Quand une société a cette horrible fièvre qu'on appelle démocratie , il est des êtres féroces qui déshonorent ainsi leur patrie en l'ensanglantant. On voit alors des infortunés, hommes, femmes, enfants même, tons innocents et surtout sacrés parce qu'ils sont faibles, on les voit couverts de boue, assaillis d'invectives, frappés, déchirés, égorgés par des républicains en délire. Il a fallu voir de ses yeux la révolution promener ses torches par toute l'Europe, en 1848, pour être persuadé que le retour de ces saturnales fût encore possible.
Il faut parler aux masses de ces douleurs, de ces crimes ; il faut mettre en parallèle de ces atrocités, la conduite calme, digne, généreuse, des armées régulières.
A Rome, quoique les représailles fussent faciles et pussent paraître légitimes, l'armée française se montra magnamme. C'est qu'elle a appris à ne pas se faire justice elle-même, à ne pas se venger, à ne pas écouter les inspirations de la colère, à ne pas frapper les vaincus, à détester le meurtre, le pillage, la flévastation, tout ce qui peut dégrader la victoire.
Il convient aux catholiques d'être cléments et généreux dans le triomphe, de s'affranchir de la haine, de la brutalité, <le ces aveuglements, de ces excès farouches qui avilisent fa maiesté d'une noble cause. Cerlcs, les républicains sont san5
pudeur et tans kuiHanité; Hs n'enseignent pas à leurs escbvës la modération; ils ne leur donnent que Texemple de l'envie jalouse et des ressentiments implacables ; — mais une façoit, pour les catholiques, de se montrer supérieure à ces misérables, c'est, vainqueurs, de ne pas imiter leurs égarements»
La France eatberfique a compris cela. C'est que la France a un cœur et un cerveau ; c'est une nation qui aime et qui pense. Le caractère de ses soldats était bien fait aussi pour leur concilier Fàffection des* étrangers. Le génie français est un génie essenliellemeht sympathique; il se prodigue, lise donne; il est ingénieux, il est fécond, il est sociable; il pénètre partout,, comme la lumière, comme la vérité ; son allure est pleine de franchise ; on l'aime encore plus qu'on ne l'admire, car on sent qu'il apporte ces idées de civilisation qui, bien réglées, sous Fempire de la religion, poussent les peuples au progrès
Dès qu'il fut entré à Rome, le général Oudinot de Reggio, chargea le colonel Niel, du génie, de porter au souverain Pontife à Gaëte, une lettre lui annonçant la prise de la ville, et de lui en remettre les clefs. C'était donner au corps du génie une inai*que de considération dont il s'était bien montré digne.
Il serait impossible de dire la joie que ressentit le saint Pontife en apprenant que son peuple était enfin délivré, que le sang ne coulait plus, que l'hydre de l'athéisme et de la démagogie riait terrassé. Son noble et beau visage était inondé de larmes. Dieu lui devait bien celle joie, Tune des plus vives qu'aient
ressenties son grand cœur. U l'avait tant prié pour ses enfants! Il avait, par le souvenir des douleurs et des souffrances de Jésus, supporté héroïquement l'adversité. Dans toutes ses afiQietions, dans toutes ses tristesses, il s'était tourné vers le Christ pour implorer son secours; il avait^ comme lui-même, reçu sans murmurer les coups des méchants ; à son exemple, il avait supporté les £Eiusses accusations et les jugements injustes ; il avait porté sa croix et suivi son maître, songeant avec amour à la sainte Passion. Se souvenant de cette mort accomplie pour Tamour des hommes, il l'avait aimée de tout son cœur. Il avait trouvé sa consolation dans les plaies divines ; il s'était fortifié de ces blessures ; par leur vertu, il avait triomphé du diable, du monde et de la chair. Et toujours, à toute heure, il avait a^ demment prié pour les fils de' l'Eglise.
Le colonel Niel, ému lui<^mémejusqu'aufondde ses entrailles par cette touchante majesté, sur l'invitation du Saint-Përe, lui raconta les travaux, les luttes et les souffrances de l'armée française. — « Oh ! s'était écrié le souverain Pontife, parlezmoi de mes fils de Rome et de France ! Combien ils ont dû souffrir! Combien j'ai prié pour eux! »
Et le Saint -Père écoutait avidement le récit du brave soldat. U sut un gré infini à l'armée assiégeante d'avoir épargné la ville sainte ; il n'avait pas trop présumé de ces fils aines de l'Eglise.
— « Colonel, dit-il, je l'ai dit souvent dans d'autres occasions, et je suis heureux de pouvoir le répéter aujourd'hui après un si grand service, c'est sur la France que j'ai toujours compté. La France ne m'avait rien promis, mais je sentais qu'au moment opportun, elle donnerait à l'Eglise ses trésors, son sang, et, ce qui est peut-être plus difficile pour ses valeureux fils, jce courage contenu, cette persévérante patience auxquels je dois qu'on ait conservé intact ma ville de Rome, ce trésor du monde, cette cité si aimée, si éprouvée, vers laquelle, pendant Fexil, mon cœur et mes regards pleins d'angoisses fu-
reBt toujours tournés!..* Dites au général en chef, à tous lès généraux sous ses ordres» à tous les officiers, el je voudrais que cela pût être dit à chaque soldat de la France, que ma reconnaissance est sans bornes ; mes prières pour la prospérité de votre patrie en seront plus ferventes. Quant à mon amour pour les Français, il est devenu plus vif, si cela est possible^ après les services qu'ils m'ont rendus. Quant à vous, colonel, je suis heureux de pouvoir vous donner une preuve de mon estime particulière. >
Et avec cette grâce parfaite qui le distingue si particulièrement, Pie IX présenta un superbe chapelet au colonel Niel^ en lui disant : — « Voilà pour Fépouse chrétienne. » Et attachant de son auguste main la croix de commandeur de saint Grégoire-le-Grand sur cette loyale poitrine : — « Voilà pour le vaillant guerrier^ » ajouta-t-il.
Quel beau jour pour cet officier ! Comme il était bien récompensé de ses fatigues et de son courage par cette plus grande marque [d'honneur qu'un chrétien puisse recevoir, par cette plus précieuse des récompenses dont il puisse se montrer digne! Pie IX a toujours prouvé, par une admirable délicatesse de gratitude et de justice, qu'il sentait le prix du dévouement et de l'affection de ses enfants. Ah ! pourquoi les plus beaux traits de son cœur magnanime sont-ils restés inconnus!
Le Saint-Père remit au colonel Niel la lettre autographe suivante, pour le général en chef de l'armée française :
« Monsieur le général,
c La valeur bien connue des armes françaises, soutenues par la justice de la cause qu'elles défendaient, a recueilli le fruit dû à de telles armes : la victoire. Acceptez, monsieur le général, mes félicitations pour la part principale qui vous est due dans cet événement, félicitations, non pas pour le sang ré-
pandu^ ce que mon cœur abhore, mais pour le trlonipbe de 1 ordre sur Tanarchie, pour la Tiberté rendue aux personnes chrétiennes et honnêtes, pour lesquelles ce ne sera plus un délit de jouir des biens que Dieu leur a départis et de Tadorer avec la pompe religieuse du culte, sans courir le danger de perdre la vie ou la liberté. Sur les graves, difficultés qui pourront se présenter par la suite^ je me confie dans la protection divine. Je crois qu'il ne sera pas inutile à l'armée française de connaître l'histoire des événements qui se sont succédé pendant mon pontificat. Ils sont relatés dans mon allocution dont vous avez connaissance, monsieur le général, mais dont je vous remets néanmoins un certain]nombre d'exemplaires, pour qu'elle puisse être communiquée à ceux auxquels vous jugerez utile de la faire connaître. Cette pièce prouvera suffisamment ([ue le triomphe de l'armée est remporté sur les ennemis de la société humaine, et votre triomphe devra, par cela même, éveiller des sentiments de gratitude dans tout ce qu'il y a d'hommes honnêtes dans l'Europe et dans le monde entier.
« Le colonel Niel qui, avec votre dépêche très-bonorée, m'a présenté les clefs de Rome, vous remettra la présente. C'est avec beaucoup de satisfaction que je profite de cet intermédiaire, pour vous exprimer mes sentiments d'affection paternelle et l'assurance des prières que j'adresse continuellement au Seigneur, pour vous, pour l'armée française, pour le Couvernement et pour la France.
« Recevez ma bénédiction apostolique que je vous donne de rœur.
« Datum Cajelœ, die 5 julii 1849.
« Plus P. P. IX. »
Le colonel Niel ne revint à Rome qu'après avoir remis à Sa Majesté le roi desDeux-Siciles, une lettre du général Oudinot, lui annonçant ('j;;)lenH?nl la (kMjnte du parti républicain.
Il était juste de ne pas oublier ce grand roi» si pieux et si brave, auquel les calomnies des réfolutionnaires ont fait un piédestal impérissable pour ses yertus. Ferdinand II était alors dans sa capitale. Le colonel Niel s'y rendit dans le plus bref délai. Le roi de Naples le reçut avec cette affabilité gracieuse qui le distingue au plus haut degré, et félicita k France dans sa personne, d'avoir vaincu Vidéerépî$btieaine dans ses derniers retranchements, d'avoir vaincu les ennemis, de Im société humaine, selon Texpression du saint Pontife.
Le château Saint-Ânge fut remis aux Français, le 4, à huit heures du matin, après sommation.
Aucunes recherches ne furent faites des Français réfugiés qui avaient pris part à la défense de la République à Rome. A ces Français indignes qui avaient tiré sur le drapeau de la France, à ces traîtres, le général Oudinot crut devoir pardonner, n leur laissa une vie déshonorée.
Quant à Garibaldi, il n'avait pas attendu l'entrée des vainqueurs. Dès le 3, au matin, il s'était rétiré, avec trois mille hommes de tous pays, par la porte San-Giovanni. Il avait réuni dix à dou2&e mille défenseurs de la République et leur avait dit : c Soldats! la fortune, qui nous trahit aujourd^mi , nous sourira demain J Montrons-nous forts et bravw» ses caprices l En attendant, voici ce que foflVe à ceux d*entre vous qui veulent me suivre : De la faim, de la soif, du fpoid et du soleî!. Point de munitions, mais des alertes continuelles;: point de poudre, maie des combaft à la baroimcttej Jts mar-i
cbes forcées de jour et de nuit, la vie du soldat» enfin. Qui aime la gloire me suive ! >
Un quart environ avait consenti à partagcrsa fortune. La première division fut envoyée à la poursuite de Garibaldi, mais elle ne put Fatteindre.
Il se trouvait encore à Rome des forces assez considérables, tant des troupes régulières de Tancienne armée pontificale que des corps irréguliers levés sous le gouvernement du triumvirat. Tous ces derniers furent désarmés, licenciés et renvoyés de Rome ; on exigea des troupes régulières qu'elles fissent leur soumission, après quoi on leur laissa leurs armes- Quelques assassinats ayant été commis dans les premiers moments qui suivirent l'entrée de Farmée française, entr autres sur la personne de plusieurs prêtres, dont un Français, coupables d'avoir enseigné leur chemin à des soldats français, les habitants eurent Tordre de consigner, entre les mains de Tautorité français^, toutes les armes qui se trouvaient en leur possession. Cette mesure, qui reçut une exécution immédiate et retira trente-cinq mille armes à la ville, jointe aux dispositions énergiques prises par le gouverneur, rétablirent en quelques jours une complète sécurité dans Rome. C'est ainsi que le général Rostolan fit fermer le fameux café des Beaux-Ârts et r.utres établissements connus pour être le rendez- vous des républicains. Dans la proclamation suivante, qu'il adressa aux Romains, on trouve d'autres mesures de sagesse qui montrent ce que le gouvernement pontifical aurait dû faire , dès le principe, pour étoufier la révolution à son berceau : « Habitants de Rome, « Le général commandant en chef Taraiée française m'a nommé gouverneur de votre cité. J'accepte ce poste avec l'intention précise de seconder énergiquement, avec tous les moyens concentrés dans mes mains, les mesures déjà prises par le général en chef, afin d'assurer votre tranquillité et de protéger vos personnes ainsi que vos propriétés.
« Je prends les dispositions suivantes :
c l» Tout attroupement sur la voie publique est interdit, et sera immédiatement dispersé par la force;
c 2<» La retraite aura lieu à neuf heures. La circulation daas la ville cessera à neuf heures et demie. À cette heure, tous les lieux de réunion seront fermés;
a 5<* Les cercles politiques qui n'ont pas été fermés, malgré la proclamation du général en chef, le seront par la force, et les propriétaires et les chefs des lieux où existent ces réunions, seront poursuivis avec rigueur ;
c 4"» Toute violence, toute insulte , contre nos soldats, ou contre les personnes qui ont avec eux quelque rapport amical; tout empécbeioent apporté à l'approvisionnement, serontimraédiatement punis d'une manière exemplaire ;
« 5* Les fonctionnaires publics et les médecins pourront circuler librement dans la ville ; ils devront cependant être munis d un laissez-^passer signé par l'autorité militaire i et ils se feront accompagner de poste en poste jusqu'aux endroits où ils devront se rendre.
« Habitants de Rome, vous voulez l'ordre, je saurai vous le garantir. Ceux qui songeraient à prolonger votre oppression, trouveraient en moi une sévérité inflexible.
« Rome, 5 juillet. »
Le soir du même jour, le général Rostolan commanda luimême une forte patrouille de deux mille hommes. Applaudis partout avec enthousiasme, ces soldats furent sif&és en certains endroits ; mais leur attitude menaçante mit bientôt un terme à ces démonstrations. Le lendemain , les républicains ne pouvant rien autre chose contre les Français, publièrent un misérable pamphlet, écrit en français, digne en tous points des matérialistes qui rédigent les feuilles républicaines ; pauvres écriTainSy qui s'efforcent de rire et de faire rire les autres aux dépens des choses les plus saintes ; pourceaux habillés et
sachant à jH^ine écrire, qtii se vautrent dans tes langea de Tathéisme et de la matière. Voici à quels exp.édients la république en était réduite à Rome, et voici le style des puMîcisles et des hommes d'État du parti :