‹ Histoire de sa sainteté Pie IXChapitre 22 sur 27 · ORDRE DU JOUR · texte numérisé non relu

ORDRE DU JOUR

POUR LES JOIÎRS DE L'oRDRE.

« Soldats de là Héditerraoée et de l'eâu bénite !!

« Réjouissez-vous, mes vaillants et preux camarades, vous venez d'atteindre enfin le but mystérieux de vos glorieux exploits! Vous venez de rehausser et de saKier le drapeau du Pape, flottant sur les toits de la ville éternelle; vous avez assisté, l'arme au bras, au défilé de la sainte prétraille et des milices défroquées; vous m'avez vu servir la messe, tandis que mon état-major allumait les cierges, et vous partagerez, avec vos généraux, Thonneur de baiser la savate du Pape!

« Vous êtes sortis de France en simples fantassins d'une république mondaine, et vous rentrerez en Calmuks et Cosaques de la sacristie , qui est Tantichambre du paradis. Seigneur! Dieu seul est grande et Guizot, Thiers, Falloux, sout ses prophètes!

« L'ordre est revenu et la liberté s'est envolée ; bon voyage! L'ordre règne à Rome et à Paris comme à Varsovie! L'Italie est tranquille comme un tombeau. L'ordre n'est pas la vérité: la vérité est factieuse ; la parole doit masquer la pensée. Je vous avais dit^ à Toulon, que vous étiez élus à chasser TAutrichien de cette belle Italie. Excusez, je vous plaisantais. C'est d'après les ordres de nos puissants alliés, le Czar de Russie et fEmpereur d'Autriche , que nous sommes ici. Ces brigands dMtâliens s'avisèrent de vouloir redevenir une nation, de s'affranchir du joug paternel de rAulriche, et des roitelets et des prêtres , vassaux de T Autriche; ils se fourrèrent dans la t^te de se constituer en république une et indivisible, comme chez

rnsiM, ol i\e se 4kKiiVPr des iiislUptiott^ lil>H'Hl^fi « i'instar do. la Fraoee.

« Itfalheuraux niais! Ils ne $e doutaient pas que la grand neveu du petit oncle aurait pris sur lui de reconduire ce pays à son ancien morcellement et à ses chaînes salutaires. Gloire à moi et à tous les apôtres guizotinsl Oui, c'est la République française qui devait aplatir la romaine : la sœar aînée a tué la cadette. Cela est juste^ et selon les livres saints, Gain devait tuer Abel.

« L'ordre n'est pas sot : ainsi il n'est oiilieiKient ckeval«« resque. Nous sommes venus enfoncer la nationalité italienne depuis qu'elle luttait à forces inégales» pendant «léux ans» conb^ l'Autrichien et conti^ les rois italiens et le pape conjurés.

« Nous avons frappé au cœur le gladiateur blessé; la prudence estla aaërede toutes les vertus; un bon général saisit le moment et assure la victoire, et. l'âne ne donne son coup de pied au lion que lorsqu'il le voit terrassé.

« Guerroyer contre les forts, c'est gascon, c^est Don Qui* ehotte; écraser les faibles et baiser la botte du Czar lorsqu'il daigne la frotter à notre derrière, voilà qui est commode eH plein de gloire pour les enfants de la grande nation.

« L'ordre c'est rfaoonaur, mais l'honneur bien ordonné : n'allez pas le confondre avec la justice et la foi. En 1848, La-* mariine embrassa le drapeau tricolore italien à l'Hotel-de- Ville de Paris, et promit aide et secours à la cause de la nationalité italienne. Notre Assemblée constituante arrêta raifranchissement de l'Italie. Mais Lamartine n'était qu'une ganache, et l'Assemblée un chenil d'aboyeurs à la lune. Leurs paroles ne nous lient pas, nous. Affranchir l'Italie! le phis souvent! — Oui, je l'ai affranchie en effet des chaînes de la liberté, j'ai balayé les patriotes, je les persécute, je les calomnie, je les traque comme des bêtes fauves, je les emprisonne en les traitant de voleurs, et je veux eKterminer cette canaille qui da« guerréolype noe libéraux de la France,

c J'ai foulé aux pieds l-aigle romaine et le drapeau tricolore italiep, ce drapeau auquel feu mon père tirait son chapeau, le bonhomme! n'étant pas né duc, et que Napoléon aussi chérissait en vrai hérétique excommunié qu'il était. — Ce drapeau qui suivait notre Iride révolutionnaire partout» à Wagram, à Austerlitz, à Moscou, à Tarragone..., ce drapeau scélérat, je l'ai jeté au Tibre, et je l'ai remplacé avec le Ibarum de la couleur de Tœuf , touchant emblème de l'accouplement de la poule gauloise avec le pigeon du Vatican. Après tout, sur ce drapeau on voit une clef d'or et une d'argent, métaux estimables qu'on ne voit pas reluire sur les pavillons des rebelles, et que notre jr juvemement apprécie sur toutes choses.

« Sold^^ts de Y ordre et de la paix à tout prix, soyez fiers d'avoir ror.tribué à cette œuvre sainte et pieuse.

a Sucliez que celui-ci n'a été que le ballon d'essai. Sous peu de jours vos cent mille camarades de Paris accompliront I \ itreprisé sainte que vous venez d'initier. Le drapeau blanc fit './delisé, objet des soins et des soupirs de Thiers, Barrot Fali IX et compagnie , flottera bientôt aux Tuileries. Cest mon confrère Bergamotte qui s'en charge. Je suis son précurseur. Apprêtez leà bouquets et les lauriers, filles de France, pour mes héros qui vont réenjamber ma Méditerrannée ! Vous les verrez revenir chargés de couronnes de lorettes et de bénédictions papales. Enfoncée la croix d'honneur ! Elle n'est qu'un signe diabolique inventé par Napoléon, persécuteur des papes; — mes soldats couvriront leurs poitrines de scapulaires, et chacun d'eux portera, en France, un moine dans son havresac. Plus de ces titres rococo dont nos pères égarés étaient si gourmands ! Plus de vainqueurs de Lodi, ni de Ma« rengo ! Plus de redresseurs de torts, de champions de nationalités ni d'autres hérésies semblables! Mais on vous saluera des noms flatteurs et caressants de soldats du pape, de colonne du tem* pie, de bigots, de.cagots, de calotins et croates de Tordre. Hourra ! Vivent nos patrons d'Autriche et de Russie ! Vivent

les restaurauls et les restaurations! Ce que nous ûe voulons pas pour nous, faisons-le aux autres toujours. — Vivent les banquiers, les tartufes, les courtisans! Vivent l'or et l'argent! et mort aux républicains! A bas la vérité, à bas la justice, à bas le bonnet rouge à la coupe phrygienne, et adorons la calotte rouge des cardinaux I

<c Ce soir, la retraite sonnera à six heures afin que vous ayez le temps de chanter les litaiûes et de réciter les heures de Bourges. Demain, nous irons à confesse^ musique en tête. En votre qualité de gardes du Saint-Père, vous aurez la droite, à côté de l'orgue. — Amen.

€ Fait à Rome, ce troisième jour de la restauration cléricale.

c Pour Monseigneur Failoux, général en chef,

« KouDiNOK , feld-maréchal d'Autriche , hetman de Cosaques, grand cordon de Tordre de Loyola, chanoine de Saint-Pierre et cardinal de la sainte Ëglise romaine.

« Pour la communion aux citoyens,

a Resle-VAne^ sacristain-gouverneur. »

Ce pamphlet sacrilège et imbécile, ce plat jargon de la démocratie et de l'athéisme ces. ignobles trivialités publiées clandestinement et répandues de même, n'émurent le peuple romain que de pitié et de mépris, et ne lui inspirèrent que du Jégoût.

Elles n'empêchèrent pas la population délivrée, d'applaudir ^ la mise de l'état de siège, à la dissolution et au désarmement de la garde civique. Chaque rue était gardée par les factioni^aires français ; les troupes campaient sur les places publiques. Quoique la ville* commençât à respirer phis à Taise, la situation était encore difficile. Ceux des honnêtes gens qui n'avaient V^^i quitté Rome, étaient encore sous la crainte du poignard T. lu 33

YépfiMicBtfi. fi» tilte éternelfe cotïlftûait encore twmlire èo jfeiis âânR aven, de marlfiaUeurs ; ces réptfMîeams semaieftt encore lâ terreur dans la poputetîon. La police, cette magistratore, quand elle est bien comprise et faite par des bmmiies probes, #teif désorganisée, ainsi que tous les autres services publics. La municipalité, d'origine révolutionnaire, ne secondait pas les bnimes intentions des libérateurs, qui faisaient les plus généreux efforts pour ramener l'administration à un état normal et régufif r. La machine gouvernementale manquait de ces rouages principaux, sans lesquels elle ne pouvait fonctionner. Quelques bons citoyens se firent les collaborateurs du gouverneur delà viUer Celui qui, dans cette œuvre de régénération, montra le plus d'intelligence, fut un employé subalterne de la secrétairerie de l'intérieur, nommé Moreschi Theresiano. C'était un homme petit de taHle, à la figure souffrante, à l'air malade, au cofitume pauvre. H se présenta plusieurs fois pour parler au général Rostolan ; repoussé comme suspect^ car il était bien pernûs de croire à de nouvdles tentatives d'assassinat, il insista et finit par réussir. Ce brave citoyen exposa au gouverneur de la ville éternelle que le moymi de sahn pam l'administration était de chasser les employés placés par la République, et de reprendre ceux qu'elle avait congédiés. Non seutement il donna la liste des uns et des autres, mais il se chargea d'aller che»rcher les bons. Ce fat d'un grand secours. Et comme le général, enchanté, offirait de rénumérer ce service, Theresiano refuso, disant que celui qui sert son pays uniquement pour de l'argent est un mauvais citoyen, que pour lui il aspirait à une autre récompense, celle que procure la conscience d'avoir rempR un devoir.

Le général Rostolan lui serra la main de tout son cœur.

Ifautres citoyens zélés avaient prêté leur concours au général Oud'mot, au général Rostolan , aux ministres plénipotentiaires MM. de .Corcelles et de Renneval , pour reconstituer m gotrverncment régulier, en attendant que teSaint^Père fût

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rentré dans ses états. Panni eux se fit remarquer le prkiee Odescakbi, qui se chargea de composer un nouveau conseil municipaL

De son cfrté» le clergé, qui dans la persécution s'était niMftré si courageux, si noble, si calme, si résigné, ne failUl pas à sa mission sainte. Il appelait à lui les repentirs ; il ramenak les égarés ; il pansait les plaies faites à rame par la révolution ; il rassemblait dans TégKse le troupeau décûné ; il pardoniMÙt, il oubliait, il aimait comme toujours. Il n'avait aux lèvre&que des paroles de paix, de fraternité, de concorde , d'eocouragement; pas un reproche, pas une récrimination; de la charité, l'oubli des offenses, de Tamour. II fut aussi sublime alors qu'il l'avait été dans les épreuves. U se plaçait ainsi étroitement dans la pensée du souverain Pontife , qui avait sdsi tous ces désastres avec une dignité dont rim|Nression était siiprofond». Les hommes supérieurs, et ils le sont» sont ceux qui ont la foi» conservent leur sérénité dans l'adversité. Et* ce n'est pas là un des moindres encouragements qu'ils donnent à leurs amis«

C'est ainsi que Pie IX avait envoyé sa bénédictioii à l'armée française qui venait de délivrer son peuple. La France, si profondément catholique, avait applaudi de toute son âme au succès de ses enfants contre les républicains de l'Europe, qui avaient enchaîné et mis au pillage la ville étemelle. Le parti démocrate seul fut insensible à ce mouvement religieux et patriotique. Ce parti avait cherché, au 15 juin, de rea^erlerles pouvoirs réguliers, au cri de Vive la Camtiiuiwn ! resté saM écho dans le peuple, qui avait af>pris par expérience à i»e plus se laisser leurrer par Tétiquette du sac» Du reste, lors mène que cette expérience ne lui aurait pas suffi, LedmJloUio» Til» lustre et malheureux héros du vaûstas, avait pris soin de lui dessiller les yeux en exposant cyniquement, devant la Hautes Cour réunie à Boorges, sa théorie sur les coups de main.

Les révohitioDuaires avaient attendu srrec ardeur k 18 juin : eetle date leur apparaissait comme le terme ixé pour leur a¥é*

nement; ils l'avaient annoncé i leurs amis de Rome. Aussi» ils se prenaient d'une belle passion pour cette Constitution qu'ils avaient tant de fois outragée, et qu'ils avaient si souvent essayé de renverser ; ils s'étaient retranchés dans sa lettre comme dans une forteresse, afin de réaliser leurs criminelles espérances. Dominés par de semblables idées» les anarchistes de Paris avaient tenté un coup de main le 13 juin» mais ils avaient été écrasés sous les pieds des chevaux du prince Louis- Napoléon Bonaparte et du général Changarnier.

La nouvelle de la victoire des soldats français contre les républicains réunis à Rome fut saluée en France par d'unanimes applaudissements, comme un nouveau triomphe de l'ordre contre la démagogie, et surtout de la religion contre l'athéisme. Les répubUcains, qui avaient accepté des mains sanglantes de Mazzini le titre de eùayens de la République romaine, furent les seuls que cette bonne nouvelle trouva sans sympathie. L'Assemblée nationale; on l'a vu» avait rendu hommage au patriotisme» au courage et au catholicisme de l'armée d'expédition ; le -prince Louis-Napoléon Bonaparte écrivit au général en chef de cette armée :

« Mon cher général»

« Je suis heureux de vous féliciter du résultat que vous avez obtenu en entrant dans Rome, malgré la vive résistance de ceux qui s'y défendaient* Vous avez maintenu le prestige qui s'attache à notre drapeau. Je vous prie de faire connaître aux généraux qui sont sous vos ordres et aux troupes en général combien j'ai admiré leur persévérance et leur courage. Les réeompenses que vous porte votre aide-de-camp sont bien méri* téeSy et je regrette de ne pouvoir les remettre moinnéme*

« J'espère que Tétat sanitaire de votre armée se maintiendra aussi bon qu'il eet aujourd'hui «t que bieot6t vous pourrei rtii

venir en France avec honneur pour nos armes et bénéiice pour notre influence en Italie.

c Recevez, mon cher général, l'assurance de mes sentiments d'estime et d'amitié.

« Louis-Nàpoléon. »

Avec ces lignes et les récompenses annoncées, Taide-decamp du général Oudinot lui apportait encore la lettre suivante du ministre de la guerre :

c Général,

« Je vous ai déjà fait connaître, dans une dépêche télégraphique, la vive satisfaction du président de la République et du cabinet tout entier pour la conduite du corps expéditionnaire en Italie.

« Je tiens à vous en renouveler l'expression d'une manière plus explicite. Le gouvernement rend pleine justice aux talents développés par les généraux dans cette savante et^ laborieuse opération du siège; il applaudit avec empressement au bon esprit des soldats, à leur ardeur, à leur bravoure. La France leur sait gré d'avoir montré qu'ils seraient en état de reproduire des hauts-faits égaux à ceux de nos grandes guerres. 11 ne leur manque que l'occasion. Elle s'enorgueillit du succès qu'ils ont obtenu ; elle compte sur leur discipline, sur leur générosité, pour jeter un nouvel éclat sur la victoire. Leurs camarades restés en France envient le poste d'honneur qui leur est échu.

€ Dans un corps d'armée qui a si bien servi» je ne puis citer tous les noms qui méritent dés éloges; mais j'adresse spécialement mes félicitations à vous, général, comme commandant en chef; au général Vaillant, pour la conduite du siège et les travaux du génie; au général Thiry, pour les services éminents

rendus par Fartitlerie; aux généraux Rostolan, Gueeviller, Regnault de Saint-Jean-d'Ângély, et à leurs divisions^ pour leur €oef^ation dévouée. L'adniini$tration sanitaire et tous les services qui s'y rattachent méritent également d'être cités.

a Le ministre de la guerre,

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