‹ Histoire de sa sainteté Pie IXChapitre 23 sur 27 · RULHIÈRES · texte numérisé non relu

RULHIÈRES

Après avoir bien mérité de la pafrie et du catholicisme dans le combat, l'armée d'expédition continuait après la victoire. Sa tenue était admirable, comme sa dignité, sa discipline, sod respect pour les pereonnes et les propriétés, sa courtoisie, sa modération. Ses ennemis mêmes étaient contraints de Testiinar.

• Le soldat français ne tarde pas à être aimé à TétraDger; it elMurme par son amabilité, sa gaieté, son esprit national; il n'est ni dur ni insolent à ses hôtes ; il se contente de ce qu'il trouve; et se mêle, en riant, aux soins du ménage étranger; qu'il égayé et dont il partage les occupations. Affable, coroplaiBMt, il a une caresse pour les enfants et des histoires pour les parents. Il ehasse k tristesse par ses bons mot» et sa joyeuse humeur, et n'engendre ni mélancolie ni discordes au foyer de son hôte. Il respecte la propriété; il n'abuse pas de •» victoire; il a, quoique enfent de la révolution, du respect pour lés elioses respectables. Il méprise le peuple smwerain, les soldats de FémeutB, et il allume sa pipe avec les Constitutions répîArfieaines.

Quelques démagogues cherchèrent à taquiner et à vexer les soldats de l'expédition entrés à Rome ; mais ils perdirent à ce jeu. On raconte qu'un jour entre autres, deux officiers fran^is entrèrent dans le Café-Neuf, l'un des anciens lieux de réunion dés démocrates, où certains d'entre eux continuaient leurs assiduités^ le chef de la maison étant \m des affiliés aujc sociétés seoreieSf

Ce demier fut m devwt des deux otBmUf et le (dtoltgM* suimnt s'étalbiit entre eux :

— Que dédirez'-YouB» measieuts?

— Deux demi-tasee».

-^ Il n*j en a plu»,

-— DaimesH[kous alors du ehoeobt.

-*^ Nous n'e» faisons pas.

**- Serve^nous alors un M de pundi.

— £«1 £)i.t de puwA, nous n'ayons que le journal anglais de ce u(m.

•^ Wh bien !• s6ffvez*oous4e.

— Il est en lecture.

-^ Àvezrvousde la bière?

— Nous l'avons achevée ee matin.

— Eh bien ! servez-nous un verre d'eau ; vous devez en avoir.

— Pas davantage ; les Français ont brisé l'aqueduc qui nous rapportait.

Les deux officiers se retirèrent, et le maître eu eafé leçat tes compliments des M azânîens présents à cette scène, sw V'm^ trépidité qu'il avait déployée en cette cireoostanee; mus qmir ques instants s'étaient à peine écoulés, que les deax officiers ceivinrent accompagnés d^une eompagnie d'in&nterie, qui se mmgea ea bataiUe dans la première pièce, et l'un des offieiév» s' avançant vers le maître de l'établissement, pâle et tremblant, lui dit : — « On ne peut avoir du café ici ; vous ne faites pap de choeoiat ; en revanche, vous faites de mauvais calembours, à propos de punch; vous n'avez plus de bière; vous reftises même de l'eau au consommateur; ce local ne peut dooc pas servir à un cafetier ; il rendra plus de services transformé en caserne, d

Le Gafé»^euf fut fermé pour un mois, (^and il se rownut, sous le titre de Café Militaire Fronçais^ les démagogues firani' des menaces aux dames romaines. Seraîenl ponies de noirê

celles qui se montreraient dans ce café ou dans tout autre établissement public fréquenté par les officiers français. Mais les dames romaines, pleines de sympathie pour l'armée qui les avaient délivrées des brutalités des bandes républicaines, ne se laissèrent point intimider ; elles se rendaient en masse au Café Militaire» et affectaient de porter des toilettes venant de France. Les Mazziniens se vengèrent d'une manière infâme, bien digne du parti auquel ils appartenaient. Ils firent circuler dans la ville les noms et l'adresse de ces femmes, aussi honnêtes que courageuses, en les indiquant comme des filles gal^tes, chez lesquelles il suffisait de se présenter pour obtenir, à prix d'argent, de honteuses faveurs.

Mazzini, instigateur de ces ignominies, avait, de son exil, envoyé le factum suivant à Rome :

c Aux Romains !

c Vos frères de la Lombardie, cette terre dont les fils ont donné, en 1848, le signal de l'insurrection et de la victoire, en s'abstenant des cigares autrichiens, vous crient: ItaUem! r^etez les produits de la Frojnce !

< Que ces paroles, citoyens romains, qui ont trouvé tant d'échos dans les autres portions du sol italien, retentissent puissamment à vos oreilles, et pénètrent vos esprits d'une patriotique unanimité. Qu'elles soient un témoignage solennel qu'entre les envahisseurs et les opprimés, tout lien moral, économique et régulier est désormais rompu jusqu'au jour de la résurrection de la liberté commune ! Repoussez donc inex^ rablement les produits manufacturiers, les vins, les laines, en un mot, tout ce qui vient de France. Rompez tout rapport commercial avec ce pays, et lorsque ses fils vous offriront les objets de leur trafic, montrez-leur, vous, la sépulture des martyrs républicains, et dites aces hommes cupides : Hy^ du sang sur ces ballots, et ces ballots nous viennent d une

terre d'où sont venus en même temps^ et les canons qui ont tué nos frères, et les bourreaux de notre République ! Corrompue par Tégoïsme et la cupidité matérielle, la France n'est plus qu'une boutique I

< Oui, Romains I quand on eut appris à Paris que la bannière française avait, sur les monceaux des cadavres des nô* très, remplacé, au nom du pape-roi, la bannière de Dieu ei du peuple, les fonds français ont haussé!... Frappez donc ces avides calculateurs dans leurs intérêts ; montrez-leur que, tôt ou tard, un crime appelle sur son auteur, misère et infamie !

« Foi et constance ! Dieu précipitera les -destinées de ceux qui ont foulé aux pieds les droits de l'humanité !

a Pour le triumvirat, ' « Mazzink >

. Le dernier comme le premier acte de cet homme a été marqué du cachet du charlatanisme et de l'infamie*

Mais il avait perdu toute influence, et l'on ne tint nul compte de ses excommunications démocratiques.

Un écriteau, placé sur la statue de Pasquin, fut la seule réponse qu^obtint ce manifeste ridicule. Le critique anonyme recommandait aux Romains de e'habiUer en sauvagee, pour faire rougir la mode parisienne, et de ne plus aller au théâtre pour ne pas applaudir les chefs-d'œuvre traduits de la langue française ; de remplacer par l'eau bourbeuse du Tibre et en-* sanglantée par les c6rps des vidtimes de Sainte-Galixte, les vins de Bourgogne, de Bordeaux et de Champagne ; de refuser enfin les pièces d'or et d'argent de l'armée française, les seules^ que l'on vit sur la place depuis le départ des bandes révolutionnaires*

Sans se soucier des impuissantes menaces des républicain vaincus, la ville éternelle reprenait sa physionomie ordinaire. Le^ soldats français^ propres, discrets, polis, civilisés, reoH

plftçaiewt éMê les rues les bondes avinées et âirîeuses de k révotution ; les prêtres et les pères des ordres religieiix aY^aient D^is leur vie ac6y6'«t Texereice de leur mimslëre ; les Immt tiques s'ouvraient avec confiance ; les duanis religieux avalât reflftplacé l^s vociférations de Tanapokie , les ondres da jeur d'fine autorité vigilante, les proclamatiûns fiévreuses et édiep* ^^lées des républicains. Les barrioades avaient été démdiesy les brèches réparées, les trandiées comblées; les maisoBS religieuses rendues à leurs pieuses destinations* Les înisigDes de la terreur, le bonnet rouge, les guillotînes, les niveaux égalîtiûreSy les mots république romaine, Uberté, égalité, fraUruiU ou LA MORT, — tcMit ccla avsttt été effacé. L'ordre moral jA matériel avait remplacé» dans les esprits et dans les rues, le désordre, Talhéisme, la destruction, Fanarchie.

Les bons étaient rassurés, les méchants domptés; les timides reprenaient courage devant l'attitude ferme de l'armée vengeresse. Le crédit reniaîssait avec la confiance reit la foi* et avec eux, la gaieté, r«8pérance« Qbaque )wr, des ag^taÉfauis, aooiens canspirateuns contre l'autorité légîtiniet, étaiont eomprimés et expulsés .de Rome. Les honnêtes §m»p ainsi pro*tégés, n'avaient à qraiedre m insultas, ni violences.

Beanooi^cTbonHaes qui avaient eu des aocès die répwUica^ Même, remuaient inaensibtamant à la rassoit* Qbes d'autres, la maladie ae prolongea et dura quelq^ies moi^ em^e, mais les crises furent de moina on moins ^Qmtes* On peut établir deux classes de ioalades atteints de ce mal 4ont le virus date du seisième siècle, de'la dé^moMm du iJikti^timàM^f soufflé par Luther et Calvin, le Mirabeau et le ReM>ierre de l'époque. U y a d' abord ceux cbea lesqtials la mala^il^ j^ profondément ses racines, avec lesquds elle s'allie 4'vûe P^* nière étroite et forte, au point de constituer une affeotion op»-* niâtre et rd^tlle aux agwta thiéisapentiqucis ^i^fiferts pf '^ raison. Tel était Maa»iii. Lasee^mde^^laMeooffiprQod l^sfloa" kides qui ont peu d'accès, surtout quat^ W mk^^^ f^'

et qui sont surpris» comme par hasard, par iâ maladiie» comme il arrive ordinairement à la garde nationale.

Or» ces derniers malades avaient compris à Rome que l'air de la révolution ne leur était pas salutaire; ils ne tardèrent pas à être rendus à leur sens et à leur intelligence, à une santé complète.

Bientôt, de toutes les parties des Ëtats pontificaux, arrive^ rent des adresses de félicitations pour l'armée catholique qui avait accompli la délivrance de Rome.~ Le général Oudinot i^çut entre autres, un matin, une députation du clergé r^^u^ lier, à la tête duquel se trouvait le cardinal Castracaae, qui vint complitieoter b France dans sa personne, et le remercier au nom des Romains. Le commandant de F armée chrétienne adressa ces paroles à F honorable députation :

« Messieurs,

€ J'avais l'intention de prévenir votre visite, mais, vous le savez, les occupations d'un générai en chef, qui est en même temps revêtu de charges administratives, sont nombreuses ; les occupations ont pris tout mon temps, j'ai dû faire passer le devoir avant tout.

« Je vous remercie, au nom de la France et de Tarmée, des vœux que vous faites pour nous. Quant à moi, j'ai été trèsheureux de soutenir l'honneur militaire de ma patrie, de rétablir ici l'ordre social et la paix publique, et surtout je me félicite d'avoir rendu ce service à l'Église et à vous en particulier, messieurs, qui avez dû tant seuffirir dan^ las mauvais jours qui se sont écoulés !

« Maintenant, travaillons tous ensemble à faire oublier «fi calamités et à rétablir Tordre. Votre* longue expérienoe, vas» connaissances précieuses des besoins du pays me sont néces-f saires. Je compte sur voire concours et sur vos lumières. Messieurs ; l'armée et le dergé sont les deux grands corpf appelés à sauver i^avenif.

€ Unis par }e même lien qui forme notre force, unis par la discipline, c'est seulement dans le sentiment religieux et dans le respect de Tautorité que la société déconcertée peut trouver sa force et son salut, d

En même temps» le général Oudinot ne perdait pas de vue l'influence légitime de la France en Italie, dont le prince Louis- Napoléon Bonaparte lui avait parlé dans sa dernière lettre. Pour la sauvegarder dans son intégrité, le général Oudinot, également soucieux de l'honneur de la France et préoccupé des embarras que le concours de l'Autriche dans l'œuvre qu*il avait entreprise pourrait susciter» écrivit de nouveau au général commandant en chef l'armée autrichienne pour le remercier de la collaboration qu'il lui offrait. Ce n'était ni mépris des armes autrichiennes, ni défiance du caractère de la diplomatie de ce pays catholique, c'était sagesse. A un autre point de vue , la France avait le droit de mener seule à bonne fin ce qu'elle avait si bien commencé ; partagée, son autorité eût été moindre, et elle avait droit à la suprématie. L'Autriche le comprit.

Cependant, Garibaldi continuait à inquiéter les campagnes. Éloigné des environs de Rome par la colonne du général Morris, traqué par les troupes espagnoles et par les troupes autrichiennes, il ne parvenait à leur échapper que par des marches et contre-marches qui épuisaient ses forcés.

Ce flibustier rançonnait cruellement les habitants des pa>^ qu'il traversait. Son lieutenant Forbes semait partout le ca^ nage, partout jetait l'épouvante par ses ravages. Il se livw à

des actes tels, à de teb excès de cruauté et d'obscénité, que Garibaldi lui-même Ten blâma.

Cette bande d'hommes endurcis et pervers accumulait les ruines sous ses pas. Ils n'obéissaient plus, même à leur chef, qui trouvait excessives leurs exactions. Ils se disputaient et se battaient entre eux pour le butin : argent, vin, femmes. Les chiens se mordent à la curée. Us se faisaient eux-mêmes justice. Dans cette société sans religion, sans morale et sans foi, on se faisait place par le poignard. Les plus belles filles, les meilleurs morceault et les vins les plus exquis étaient à ceux qui savaient les conquérir par la force et les conserver par le meurtre.

Ils ressemblaient aux démons de la destruction. En blasphémant, ils brûlaient^ ils pillaient, ils tuaient; dans leur course, ils mettaient tout à feu et à sang. Ces soldats n'avaient pas d'uniforme ; beaucoup étaient presque nus. Us campaient où ils se trouvaient, saccageant tout ce qui était à leur portée. Quand ces bohémiens arrivaient dans un village, tout fuyait à leur approche. Us se précipitaient dans les maisons et s'en emparaient. Us battaient les hommes, les égorgeaient four s'amuser et violentaient les pauvres femmes ; les tonneaux étaient défoncés, les bestiaux abattus, les arbres coupés pour en avoir plutôt les fruits ; ils tuaient les volailles et faisaient bombance. Pourchassés à outrance par les armées catholiques, ces scélérats furent détruits en grande partie. Ceux qui purent échapper, se jetèrent dans la petite République de Saint- Marin ; quelques-uns furent engloutis par les flots. Quant à Garibaldi, il parvint à fuir ; il s'embarqua, triste proscrit, pour la terre étrangère; il quitta, misérable et seul, cette patrie qu'il avait tant ensanglantée.

Ainsi finirent les derniers soldats du parti républicain en Italie.

Après avoir remué la Péninsule par les sociétés secrètes, combattu le souverain Pontife qu'ils avaient couvert d'acda*

mations et de conronnes ; après s'e(re fdit delà ligue de l'indt^ pendance nationale un moyen pour usurper rautorité, ils avaient travaillé à leur but final : la destruction de Tordre social. Le triomphe de ces ennemis de la papauté et des monarchies avait été complet jusqu'à ce que Dieu suscitât contre eux une armée loyale et fidèle pour les châtier et les vaincre.

Que les papes se le rappellent : par la défaite, le remoi*df;, la misère, l'ignominie, ainsi toujours finissent les ennemis de l'éternelle Eglise, contre laquelle les p*ortes de l'enfer ne prévatidront pas!

L'impiété peut fomenter quelque temps l'anarchie, mais jamais elle ne renversera le trône inébranlable de saint Pierre !

Pie IX, le courageux et saint prélat, devait reprendre cette couronne infaillible et immortelle, et la replacer sur son front marqué par Dieu.

I/Église, faite contre l'ingratitude, contre l'injustice, contre la persf^cution, contre le fer et contre le feu, triomphera toujours des méchants, car elle ne peut périr !...

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