‹ Histoire de sa sainteté Pie IXChapitre 4 sur 27 · SI · texte numérisé non relu

SI

àê ià magnammité de Pie IX. Ceux-là auxquels il a rouvert les portes de la patrie , auxquels il a rendu les douces joies du fty«r domestique, vont aiguiser dans Tombre de sanguinains poignards contre le trône et contre l'autel. Le pardon du saint Pontife ne gagna pas ces cœurs endurcis : il ne furent attendris ni par sa majesté ni par son amour, et vainement ee bon père ouvrit ses bras à ses enfants coupables. Ne les croire quT égarés et les juger capables de repentir, cette illusion de la diarité du saint Pontife dura peu, et ce M trop longtemps tneore* Et cependant, comme complénpient, il ouvrit au peuple les portes de son palais afin de se mettre en contact religieux arec lui. Là, tous pouvaient le voir, lui parler; tous, sans distinction de rang, pouvaient participer aux bienfaits de son amour.

Pour ne pas entraver le service des affaires de l'Etat, le Saint Père avait consacré un jour par semaine à ces réceptions. Ke IX passait sa vie à travailler et à prier, comme il le fait encore aujourd'hui, depuis sa bienheureuse restauration par tes armes de la France catholique.

Le matin , il se lève à quatre heures. Il se rend à sa chapdle, où il passe une heure en prières, après quoi il célèbre la sainte messe. Chaque jour, il entend une messe d'actions de grâces. Fortifié par la prière, il entre dans son cabinet. n y travaille jûsau'à une heure de l'après-midi. Alors seulement il dîne, et même pendant son repas il traite d'affaires publiques. Il consacre ensuite une heure à la promenade et à la méditation dans les galeries ou dans les jardins du Quirinal, après quoi il reçoit jusqu'à cinq heures. Alors il passe une heure devant le saint Sacrement, tantôt dans une chapelle, tantôt dans une autre, souvent dans quelque communauté ou établissement public, où il arrive sans s'être fait annoncer, afin de voir par lui-même. Il rentre dans son cabinet, ou î! se remet au travail jusqu'à onze heures du soir, moaient où il prend une légère collation, pendant laqtielle H

feçoit quelque cardinal. Il travaille encore, prie et va se mettre au lit.

Telle est la vie de ce vertueux Pontife, si laborieux, si bon, si intelligent, qui dans tous ses actes a toujours Dieu présent.

S'il s'est trompé, c'est qu'il a jugé les hommes moins mauvais qu'ils ne le sont réellement.

Appeler l'Italie, la croix à la main, à une vie nouvelle, était une généreuse pensée de Pie IX, mais ce n'était qu'une ittusion. Au dessous de la partie intelligente, saine, éclairée, cordialement catholique de l'Italie, il y a un peuple abâtardi, vicieux, gangrené; ce peuple d'histrions, héroïque en paroles» lâche au champ de bataille, hardi seulement pour l'assassinat, mais faible avec une épée, actif, la nuit, traîtreusement, avec un poignard, était indigne de la liberté. 11 ne la méritait pas, il ne l'avait conquise par aucune vertu. Pie IX mesura ses ré« formes à son âme, non à celle de ses sujets. Il faisait les grandes choses comme les autres font les petites. Ce peuple était incapable de l'apprécier.

Pie IX s'engagea néanmoins avec résolution dans le sentier qu'il s'était tracé. Rien ne le découragea. Il avait l'obstination de la charité, et jamais son ardeur à faire le bien ne se ralentit. On sait comment les trop grandes exigences des uns, les conspirations des autres, les rêves de ceux-ci, l'impatience de ceux-là embarrassèrent dès le but le développement de ses intentions sincères, et l'empêchèrent d'élever l'édifice qu'il avait rêvé. Il voulait, le progrès raisonné, utile, juste, légal ; il aspirait à faire prévaloir dans ses Etats un système tout pa-temel; il en fut bien récompensé par la démocratie ! Et pourtant, nul plus que Pie IX ne se montra généreux, nul n'eut plus de vive sollicitude pour l'amélioration du sort des classes pauvres. Un des premiers actes du ministère du cardinal Gizzi ne fut-il pas la fondation d'une Ecole Centrale à Rome pour la jeunesse de la classe ouvrière? Ce fait, qui, au milieu des agitations, des démences, des crimes de la révolution, passa

inaperçu, n'est pas de ceux qui honorent le moins le Saint- Pare et son gouvernement* Cette école apprend un métier aux enfants de l'artisan, ainsi que le service militaire. On leur donne également une éducation morale et religieuse. Les jeunes gens du peuple en sortiront bons ouvriers, bons soldats, bons citoyens. Sa Sainteté^ qui s'intéresse particulièrement à tout ce qui se rapporte à l'instruction du peuple^ visitait souvent incogniio les différentes écoles gratuites fondées pour les classes ouvrières, et dirigées par des prêtres zélés. Parfois Pie IX présida aux distributions de prix, et y joignit son offrande. Un jour, au mois de janvier 1847, il parut tout à coup dans l'église Saint-André délia Voile. On le reconnut à son front large et grave, à ses yeux pleins de bonté et brillant des flammes de la foi, à sa physionomie rayonnante, sur laquelle se lisait l'énergie de saint Paul et la douceur du disciple bien-aimé. Il monta dans la chaire de vérité sans être annoncé, et parla à son peuple électrisé.

En terminant, il reconunanda à Dieu Rome et l'Ëtat ; il le pria d'y faire fleurir la concorde, d'éloigner les haines des citoyens, de les fortifier dans la fraternité, de maintenir la foi dans les familles, et il demanda à Jésus-Christ de répandre sa bénédiction sur toute la Chrétienté. Les auditeurs versaient d'abondantes larmes en tendant vers le Pontife leurs bras frémissants comme leurs cœurs. Et lui, souriant avec cette grâce et cette bonté qui révèlent toute son âme, il leur donna sa bénédiction apostolique ; elle tomba sur leurs fronts inclinés comme une rosée céleste.

Il a fallu que la révolution fût bien forte pour n'être pas conjurée par l'influence exercée sur les populations par ce meilleur des pères, si bien fait pour étouffer les désordres, calmer les haines, ramener partout la paix et l'union.

Mais l'enthousiasme sincère fut, je l'ai dit, traîtreusement exploité par les hommes de désordre, par les démocrates, par les secrets ennemis de l'Église et de la Religion, en dehors T. u «^

de laquelle Kliomme chercherait en vain le bonheur et 1© repos. Cet enthousiasme qui se continuait avec des fêtes interminables, avait pris un tel caractère d'importunité, que le cardinal Gizzi^ secrétaire d'État, adressa, au nom de Sa Sainteté, aux autoHtés des États ponlificaux, une circulaire pour nretlre un terme à ces démonstrations, à ces réunions, à ces fêtes, qui induisaient les populations en dépenses excessives, et leur faisaient négliger leurs travaux. C'était un des moyens employés par les républicains, qui avaient la prétention de gouverner Tltalie, c'est-à-dire qui tendaient à Topprin>er sous prétexte de Tafiranchir. Ces misérables aspiraient à remplacer l'Évangile de Dieu par celui de la démocratie. Ils avaient un système nouveau de gouvernement et de religion. Ils supprimaient l'autorité politique et religieuse ; ils mettaient la RépubUqnt à la place de la Royauté, la nature à la place du Pape; -r- ce sont les paroles de Mazzini, l'un de leurs chefs. Leur Constitution se résume ainsi : — c Nous sommes Rois ; » — et leur Credo; — « Nous sommes Dieu! » Ils ont la prétenlion de vaincre l'oppression, et ils sont eux-mêmes les esclaves de leurs passions. Le chrétien cherche à se contenir, à s'humilier lui-même ; eux, ils ne cherchent qu'à contenir, à humilier les autres. Ce n'est pas par justice qu'ils demandent l'égalité, c'est par orgueil, par haine, par envie ; c'est pour pêcher en eau trouble qu'ils veulent l'anarchie.

Ils furent suivis dans leur criminelle entreprise par des hommes aveugles, bien repentants à cette heure d'avoir abandonné les principes féconds de Pie IX pour les principes faux, passionnés, suspects, jaloux, oppressifs de la démocratie, qui, dans sa course furieuse, ne sait faire que des ruines et verser des flots de sang.

La direction des Ëtals de l'Église occupait énormément Pie IX, mais sans l'absorber au point de l'empêcher de s'occuper des autres États du monde catholique. Douloureusement ('mu de la misère de l'Irlande, décimée par la famine, il ouvrit une souscription à Rome en sa faveur, et s'inscrivit pour milJe écus romains (cinq mille quatre cents francs). Il ordonna de célébrer de pieux exercices de prières à l'intention lie cette nation infortunée, et des sermons furent prêches en trois langues différentes, ayant pour objet de provoquer la charité des fidèles. '

D'un autre côté Pîè IX rétablit le patriarche latin de Jéru* salem, pour en faire Te tuteur naturel des catholiques, le char*» géant d'exposer leurs griefs au Divan et d'en demander le re- Jressement. II opéra par là une véritable révolution dans les traditions séculaires de la diplomatie européenne en Orient.

Au même point de vue de la politique étrangère, le Sainte Père se montra trè&^nergîque vis-à-vis de l'Autriche. Cette puissance^ qui avait pénétré le but révolutionnaire caché par les flémocrates sous les acclamations dont le Pape était entouré, s'inquiétait à juste titre : Tavenir justifia ses appréhensions swr reffepvescence des esprits en Italie. Il est permis de penser que, si elle tremblait pour son royaume lombardo- vénitien, elle n^éfaît pas non phis sans crainte pour Tautorité même de Pie IX. Le comte de Lutzow, ambassadeur de

S. M. Tempereur d'Autriche, accumulait notes sur notes, et le comte Rossi, ambassadeur de France, appuyait lui-même certaines de ces représentations.

Fatigué des obsessions formulées par T Autriche en termes dont la vivacité allait jusqu'à la menace, le cardinal Gizzt donna sa démission. Il fut remplacé par le cardinal Ferretti, d'Ancône, de la famille des comtes Ferretti, homme d'action plutôt que diplomate, d'ailleurs distingué par sa charité et son dévouement apostoliques.

On a prêté, dès cette époque, à l'Autriche, la pensée de ressusciter contre Pie IX la guerre entreprise jadis par l'empereur Henri contre Grégoire VII . Il est bien permis de douter que telle ait jamais été la secrète intention du cabinet de Vienne. Il existe, il est vrai, quelque similitude eptre le pontificatde cesdeuxsuccesseurs de saint Pierre: Grégoire VII était, lui aussi, un évèque zélé, irréprochable, et son grand cœur était animé des meilleure? intentions. Il voulait mettre l'autorité spirituelle à l'abri du despotisme des empereurs d'Allemagne. L'empereur Henri résolut de le faire déposer par le clergé ou de le déposer lui-même. On voit combien difficile fut la position de ce Pontife ; on sait qu'il fut assiégé dans Rome par Tarmée impériale et obligé de s'enfuir.

Or, que voulait Pie IX? Réaliser dans ses États les réformes demandées en 1832 à son prédécesseur par les puissances européennes elles-mêmes; rien de moins, mais aussi rien de plus. Comme chef indépendant des États de l'Église, n'étaitil pas le seul juge de l'opportunité, de l'étendue et de la va-leur politique de ces réformes?

Que le cabinet de Vienne ait redouté qu'à l'ombre de ces réformes le libéralisme et le radicalisme italiens ne grandissent et ne compromissent par leurs violences le repos de l'Europe, rien de plus certain; mais qu'il ait voulu arrêter le Saint- Père dans sa marche et ruiner son glorieux travail, qu'il ait résolu de revenir au onzième siècle et d'imiter Tempereur

Henri déposant Grégoire VH, voilà ee qu'il n'est pas permis d'admettre légèrement. On a été jnsqu'à lui prêter des intrigues pour se procurer la majorité parmi les (Cardinaux, par menaces et promesses, afm de procéder à la déposition de Pie IX. On disait qu'ir s'^orçait d'intimider Sa Sainteté, quMl cherchait de tous côtés à lui suggérer l'idée d'une abdi* câftôn; son successeur était déjà désigné. On disait encore que les ennemis de ce saint Pontife étaient déjà en mesure de formuler de graves accusations contre lui» et l'on rappelait que l'empereur Henri avait, au onzième siècle, fait entendre de faux témoins qui affirmèrent, sous la foi du serment, que Grégoire VU avait commis de grands crimes. L'histoire peut enregistrer ces bruits; mais il faut se garder d'y croire aveuglémont, moins par la difficulté qu'on aurait de trouver des calomniateurs patentés pour perdre la vertu, que parce qu'aucune preuve de cette, conspiration n'a été fournie par les écrivains qui en ont parlé.

Toujours est-il que l'Autriche, à laquelle les traités de 181& ont concédé le droit excessif de tenir garnison dans 1m deux places pontificales de Ferrare et de Gomaccbio, résolut » pour ne pas se laisser surprendre par les événements, qu'elle jugeait sainement, d'augmenter leurs garnisons. Le souverain Pontife, en se soumettant à cette décision insérée à l'article 105 du protocole du traité de Vienne, crut devoir protester contre cette atteinte à son indépendance* L'arrivée d'un renfort de troupes autrichiennes et l'occupation de plusieurs postes en dehors de la citaddie, on la garnison étrangère doit rester enfermée, fournirent au gouvernement ponti* fieal de Pie IX, une occasion légitime ée feire de nouvdles fmtestations. Sous le prétexte qu'un capitaine autrichien du nom de Janko\vich, aurait été insulté par un habitant de Ferrare, la garnison autrichienne occupa miUtairement la ville. Le cardinal Ciaechi» légat de la ville et de la province, protesta publiquement avec une mâle énergie contre cette viola**

Uqu des traitée ipi n'acoordent aocujq dcoit k V^Kpuw/t d'Autriche sur la ville, oiais lui concèdent seulement la faeujti de tenir garnison dans la citadelle, faculté, au resta, qui est une ineptie de ces traités, car il est incontestable qu'elle peut soulever à toute heure d^ tempêtes*

M. de Maistre ^ dit et démontré que, dans leurs longues luttes avec les empereurs, les papes se sont proposé oonstaauDent trois buts, invariablement suivis avec toutes les forces dont ils ont pu disposer en leur double qualité: l"* îné«f branlaM^ maintiep des lois du mariage; $!" conservation des lois de l'Église ; 3' liberté de l'Italie.

« Dans le vrai, dit-il, ce fut une guerre entre rAllemagne et ritalie, entre l'usurpation et la liberté, enl/ie le maUre giM aipporu des chaînes el Vesçlave qui les repousse; guerre dans la* quelle les papes firent leur devoir de princes iudiene eidepoUii'qtm sages en prenant parti pour l'Italie, puisqu'ils ne pouvaient ni famriser les empereurs sans se déshonora, ni essayer même la neutraliié sans se perdre. La guerre civile une fois allumée, ii fallait bien prendre parti et se battre. Par leur caractère si respecté et par l'immense autorité dont ils jouissaient, les papes se trouvèrent naturellement placés à la tête du parti des convenances, de la justice et de l'indépendance natiraale^ L'imagination s'accoutuma donc à ne voir que le pape au lieu de 1- Italie ; mais, dans le fond, il s'agissait d'elle, et nullement de la religion, ce qu'on ne saurait trop ni même assez ré* })éter» »

£n appliquant ces idées de M* de Maistre à la conduite de Pie IX, on voit combien il fut fidèle à cette politique. Seulement, h question ne se présentait phis, en 1848, dans les mêmes termes; ce n'était pas seulement la guerre entre rAu** friche et l'Italie; c'était, au nom de vive Pie IX, poussé par les révolutionnaires, la guerre du Socialisme contre la tkeïh gion, contre l'Autorité* Pie IX, ainsi que les autres princes de rUalie, voulait raffraaehissemeat du pays; il neiavorîsa

pas rAutriche contre l'iûdépendance nationale, mats il refu^ de s'associer aux violences de la démocratie. Pie IX resta indépendant, comme c'était son devoir, et de TAutriche d'une part, et de la révolution d'autre part. C'était selon la parole de Bossuet, qui disait qu'un pape soumis à une puissance serait dans l'impossibilité de gouverner l'Eglise universelle. Si le pape n'est pas libre» il n'est plus dans la condition d'impartialité qui c<mvient au père commun des fidèles, dont les intérêts spirituels sont les mêmes sur tous les points du globe. Les libéraux, qui avouent cela, demandent alors la suppression du pouvoir temporel des papes, afin de les sauver c0mme chefs sj^ja-iiueU. Tous les intérêts de rbumanité et de la civilisation protestent contre cette politique, qui commence par frapper la Papauté comme puissance temporelle, afin de la frapper plus tard comme puissance morale* La Papauté doit rester telle qu'elle est, ou disparaître; il n'y a pas de milieu. Ceuxlà donc sont ses ennemis, tout autant que ceux qui veulent rabolitiod de ses deux pouvoirs, qui demandent l'abolition d'un seul.

Première protesiation du cardinal Cia^chi, légat deFerrare, contre V occupation de la tille par les Autrichiens.

Ferrare, le 6 aoûtlSAS.

« Par suite d'un incident arrivé au capitaine Jankowich, da régiment de l'archiduc François-Charles, et sur les ordres de Son Excellence le lieutenant-maréchal comte Auersperg ,

commandant au nom de S. M. TËmpereur d'Autriche la citadelle et les troupes impériales, des patrouilles autrichiennes ayant parcouru les rues de la ville, je déclare un tel fait complètement illégaU contraire aux stipulations du traité de Vienne et aux usages depuis longtemps en vigueur à cet égard.

(( En ma qualité de représentant de la souveraineté du Saint-Siège comme légat apostolique, gouverneur de cette ville et de la province, voulant conserver intacts et sacrés les droits du Saint-Siège, je proteste solennellement contre rillégalité du fait énoncé et contre tout autre fait de même nature qui pourrait porter préjudice à ces droits ou à ceux des sujeti» pon^ tificaux conBés à mon administration et à ma tutelle.

c Je fais cette protestation pour t'acquit du devoir de ma charge et pour Tautorité représentative qui m'est déléguée, eu attendant les résolutions souveraines auxquelles je réffere. L'événement arrivé au capitaine Jankowich n'est d'ailleurs pas prouvé; lefùt-il, il ne donnait pas le droit aux forces autrichiennes de parcourir en maîtres toute la ville. A Tégard des termes de la dépêche que m'a adressée à ce sujet Son Excellence le lieutenant-maréchal, et dont je ferai part au gouvernement, je proteste de nouveau contre tout ce qui peut porter la moindre atteinte aux droits de souveraineté du Saint-Siège apostolique, que je veux en toute occasion maintenir et faire respecter.

< Signé LuiGi, cardinal Ciàcchi, légat apostolique.

< El ont signé avec son éminence :

« Flàminio Bottoni, avocat, témoin; Francesco- Maria Garletti, docteur en droit, témoin; Eliseo Monti, docteur en droit, notaire, requis pour l'acte ci-dessus. »

Seconde protestalion du cardinal Ciacchi, contre Voccupation de Ferrare par les Autrichiens.

c Au très-saint nom de Dieu^ sous le pontificat de Sa Sainteté le pape Pie IX, souverain Pontife, excellent, régnant heureusement. Tan II de son pontificat, et de notre salut 1847, cinquième induction romaine, à Ferrare, chef-lieu de légation^ ce vendredi treizième jour du mois d'août, je, Eliseo Monti, fils de feu le docteur Luigi, notaire public pontifical, résidant à Ferrare, habitant rue Giorecca, 2, sur la paroisse de la cathédrale; par Tordre de son Ëminence Révérendissime le seigneur cardinal légat de cette ville, me suis transporté au Castello, ou palais de la résidence gouvernementale, et là, s'étant présentée devant moi, accompagnée des témoins soussignés, Son Ëminence Révérendissime le seigneur cardinal Luigi €iacchi, pour Sa Sainteté notre seigneur le pape Pie IX, légat apostoli* que de la ville et province de Ferrare, elle m'a ordonné d'écrire S0U5 sa dictée la protestation suivante :

< Nonobstant la protestation par moi faite le 6 du courant à Son Ëminence M. le lieutenant-maréchal comte Âuersperg, commandant au nom de Sa Majesté l'empereur d'Autriche la forteresse et les troupes impériales, en raison du parcours nocturne de la ville par les patrouilles autrichiennes qui m'avait été intimé, protestation que je me suis fait un devoir de communiquer au gouvernement supérieur, duquel j'ai obtenu une approbation honorable par la dépêche de TEminentissime seigneur cardinal secrétaire d'état, du 9 courant^ n* 72725, section première, étant en outre prévenu par écrit, au moyen d'une lettre du susdit seigneur lieutenant-maréchal, en date d'au^urd'hui même, apportée à midi par une députation mili-* taire, d'une manière menaçante^ par l'ordre présidial de Son

Ëxcellence M. le général en chef comte de Radetzky, datée de Milan» il août 1847, il lui est positivement enjoint d'occuper la grande place et les portes de la ville même de Ferrare, exactement suivant les règles du service militaire ; et, i^onformé*ment à notre plein droit, et ladite occupation s'étant effectuée à une heure de l'après-midi du même jour, moi, considérant tn ma qualité de légat apostolique de cette ville el province, un tel acte comme une violation manifeste des droits sacrés de Sa Sainteté notre souverain, et du Saint-Siège sur cette ville et province, et ne voulant pas préjudicier le moins du monde par mon silence à ces droits; pour ce, je proteste formellemrat et en la meilleure manière de raison contre le fait de la susdite occupation, la déclarant tout à fait illégale, arbitraire, lésant l'absolue et pleine possession de la souveraineté du Saint- Siège sur cesdits états qui lui appartiennent.

< Et je proteste avec d'autant plus de raison, et j'insiste d'au tant plus sur mes représentations çi-dessus exposées ('contre celte occupation militaire, qu'elle a été faite sans qu'aucun ,motif lui ait été fourni antérieurement, ni par le gouvernemeqt ni par ses sujets, et, en outre, parce qu'elle a été faite en plein jour , à l'heure où cette place est le plus fréquentée par le peuple, au mépris public du gouvernement pontifical et de ses troupes, qui gardaient pacifiquement les postes ôccupéi», finalement de la manière la plus menaçante et la plus brusque , tellement qu'à peine a-t*on eu le temps de prévenir les offi* ciers pontificaux qui avaient le commandement de ces poster.

«Son Ëminence révérendissime s'est ainsi déclarée et a protesté de la manière la meilleure et la plus efficace en raison de «Ofi droit} voulant et ordonnant que la présente protestation soit conservée m original dans mes archives, et qu'il en soit donné copie authentique à la suprême seciétairerie d'État, au cemmaadant militaire autrichien, au magistrat comibunal de c^Ue ville et à la légation apostolique pour mémoire perpétuelte.

t Fait» lu et publié à hvAe^ claire et intelligible voii le pvé^ sent acte, par moi, notaire soussigné, dans le castelb de Fer«* rare , dans une pièce qui prend jour par trois fenêtres miç la place de la Paix ; étant présent rexcellentissime signor avocat Flamioio Bottoni, Juge civil et criminel de cette ville, demeurant sur la paroisse de Saint-Étienne, fîls de vivant Pietra; e* le signor doc-leur Francesco-Maria Carie tti,fiis de feu Alphonse, seca^taire communal de cette ville^ habitant sur la même pa*^ roisse, témoins appelés et requis, lesquels ont signé avec l'il^ htstre cardinal et moi, notaire.

c LoiGi, cardinal Cu£gbi, légat apostolique de la ville et province de Ferrare; M* P. FLAJfimo Bottoni, avocat, té|iu>în; Fx. Haau Carletti , idem ; docteur ëlijsuo Monti , notaire pontifical, requis pour dresser le présent acte»

c Enr^iigtré à Ferrare, le 13 août 1847 , en deux pages, sans approbation ni ratures, au volume 93 des actes publics, fdio 1 verso^ case 5. Payé 20 scudi. — Le préposé MAJsuGCtti* »

Êfant'feUe du gauvernemenl pontifical , publié par le journal offi" eidieRcme, I^Diario di Roha, à Voccasion de roccupaiion de la viBe de Ferrare par les troupes autrichiennes.

« Rome, le 17 août,

« L'article 105 du congrès de Vienne avait réservé à S. M. i eaipcrear d'Autriche le droit de garnison dvù$ les places de Ferram A de Gomacehio. Né^^nmoins cette réserve étant entiëremeat contraire à la souveraineté libre et indépendante du Saint--Sîége et à sa neutralité , et portant en même temps un grave pfé|iidice fi Texercice de ses droits, le cardinal Gonsalvî tt vil <Mî(é 4e protester formellement, tant contre cet artie)^

que contre plusieurs autres dispositions analogues contraires aux intérêts de la souveraineté temporelle des papes.

€ Le cardinal Gonsalvi demanda, en outre, que cette protestation, émise au nom de Sa Sainteté le pape Pie VII et du Saint-Siège apostolique, en date du 12 juin 1815, fût insérée dans le protocole du congrès.

« Mais, quoique celte réserve, qui lésait si ouvertement les droits de souveraineté du Saint-Père, fût précisément limitée aux seules places (aile solepiazze), et, par conséquent, impliquât l'exclusion des villes et.de tout autre lieu, les commandants de ces places ont souvent voulu l'étendre à l'occupation de certains postes entièrement séparés et éloignés des deux forteresses, et qui, par conséquent, ne se trouvaient pas compris dans les limites déterminées ci-dessus.

« Néanmoins, le Saint-Siège n'ayant jamais abandonné Tcspoir de voir éloigner de ces deux forteresses les garnisons autrichiennes qui les occupaient, a toujours insisté pour que ces troupes étrangères s'abstinssent au moins de dépasser les limites de la réserve stipulée dans le congrès de Vienne en faveur de l'Autriche. Les justes réclamations présentées à ce sujet par le Saint-Siège n'ayant produit aucun résultat» il a cru devoir les renouveler toutes les fois que l'occasion lui en a été fournie par ses adversaires , afin que Ton ne pût au moins interpréter son silence dans le sens d'un consentement tacite.

« En agissant ainsi, le Saint-Siège s'appuyait sur la signification naturelle du mot place, qui restreint à la ciladeile et n'étend pas à la tille le séjour et le service de la garnison autrichienne, ainsi que sur l'explication parfaitement conforme au sens restrictif sus-indiqué, qui fut donné à Vienne au cardinal Gonsalvi, par un personnage dont la position devait faire considérer ses paroles comme revêtues de toute l'autorité désirable. — Nous possédons encore la pièce autographe du cardinaly qui n'hésita pas à faire valoir cette explication dans une

note adressée par lui^ en 1817 , au chevalier Gennottî , qui était alors chargé d'affaires de la cour de Vienne auprès du Saint-Siège.

c Depuis plusieurs années, la garniscm autrichienne n'avait fourni aucune occasion de renouveler ces réclamations» et on devait se féliciter que sa conduite vint confirmer le sens res-^ trictif donné aux expressions de l'article 103. — Mais, par cela même» il est aisé de comprendre quelle désagréable surprise a causée au Saint-Père la nouvelle tout à fait inattendue qu'un coips de troupes autrichiennes, expédié à Ferrare» y était entré le 17 du mois passé, sous un aspect tout à fait hostile, et le Saint-Père en fut d'autant plus affligé que cette entrée des troupes autrichiennes, dont le cardinal légat de Ferrare ne fut prévenu que la veille par le commandant de la. garnison de la citadelle, pouvait produire les résultats les plus fâcheux et les plus compromettants. Néanmoins, bien qu'à la première ap<parition des troupes autrichiennes, la tranquillité n'ait pas été troublée, le gouvernement ne pouvait se défendre de graves appréhensions pour l'avenir. En conséquence, Son Êminence le cardinal Ferretti, secrétaire d'État, fit prier le feld-maréchal comte Radetzky de donner des ordres nécessaires pour que la garnison se tint au moins renfermée dans la forteresse. ^

c Mais malheureusement ces réclamations demeurèrent sans résultat. En effet, sur le simple rapport d'un capitaine autri* chien, dont il a été fait mention dans le supplément du n<» 44 du DÙJtrio di Rama, des patrouilles autrichiennes circulèreat dans l'intérieur de la ville ; cet acte arbitraire et illégal eitf lieu, malgré les assurances données par le gouverneur Ciacchi qu'il ferait procéder à une enquête pour vérifier les faits re* latés et punir les coupables, conformément à la loi, afin d'empêcher le renouvellement de semblables désordres. Ce fut alors que le cardinal gouverneur formula la. protestation que nous avons textuellement insérée dans notre supplément du n* 64, et Sa Sainteté, après Tavoir entièrement approuvée, ordonna

Ml cafdiûa) secrétftire d'État de la confirmer et de la tkirt publier.

« Après cela, on devait croire que !e commandant autrichien aurait ikit droit à des remontrances aussi justes; mais, bien m contraire , de nouveaux empiétements vinrent accabler de douleur le cœur de Sa Sainteté, et mettre son gouvernement dans Tôbligation de réclamer de nouveau avec plus de raison encore que la première fois.

<c En effet. Son Ëminence le cardinal gouverneur reçut, en date du 8 du courant, une lettre par laquelle M. le maréchal Auersperg lui manifestait la surprise qu'il avait éprouvée de voir confier à la garde nationale le poste des prisons, et exprimait en même temps à Son Ëminence non seulement Tintention de protester contre ce fait, mais encore celle de faire occuper par les troupes autrichiennes la grand'garde [étai-major) de la l^face et les portes de la ville, si ces portes venaient à être confiées à la garde nationale.

« Dans sa réponse, son Ëminence ne manquait pas de rappeler au maréchal Auersperg les droits incontestables du Saint* Stége , et de lui faire observer qu'en faisant une pareille menace il venait entraver le libre exercice de la souveraineté temporelle du Saint-Père. Son Ëminence ajouta qu'elle avait, en effet , donné Tordre en question relativement au service des prisons , et conclut en déclarant que , quand bien même dfe ferait occuper les autres postes par la garde nationale , elle ne voyait là aucun motif de protestation de la part de M. le maréchal Auersperg, et encore bien moins à ce qu'il mit à exécution les menaces qu'il lui avait adressées.

€ Malgré les observations de Son Ëminence , M. le maréchal Auersperg, conformément aux ordres du comte Radetzki, fit occuper militairement les postes de l'état-major et des quatre portes de la ville.

€ La nouvelle de cette décision arbitraire fut apportée , qtieîqne temps avant Son exécution , à Son Émînence , par le

mqor commandant le bataHlon des chasseurs tyroHena , accompagne de raide-de-eamp du commandant de la forteresse. Avant même que cet avis fût donné à Son Eminence, Tinfan-^ terie^ la cavalerie et Tartillerie autrichiennes étaient déjà i-angées en bataille sur les glacis de la citadelle. L'illustre cardinal fit de vains efforts pour que cette occupation n*eôt lieu que le lendemain matin au point du jour» afin de ne pas augmenter l'excitation des citoyens , déjà fortement émus par les faits antérieurs. L'occupation a eu lieu à une heure /en présence d'une foule immense , dont la contenance calme et (ligne senfrf>lait donner au gouvernement, dont on violait ainsi le territoire, des garanties bien plus grandes pour la conservation de Tordre et de la paix que tout cet appareil militaire dont rien ne justifiait la présence.

« Dans sa haute et vaste intelligence» le Saint-Përe a bien su apprécier la conduite de son peuple de Ferrare» et» versant des larmes de reconnaissance paternelle, il lui a envoyé sa bénédiction. Plaise à Dieu que, par une conduite moins modérée et moins prudente » ses sujets ne le mettent pas dans le cas d'en verser d'autres que celles qui lui ont été arrachées parla gratitude et l'amour de son peuple ! Nous lés avons vues couler en abondance» ces larmes précieuses» lorsqu'une nobfe émulation remuant tous les cceurs» le Saint-Përe a pu se convaincre des sentiments de dévouement qu'il inspirait à toute la nation.

« Nous devons maintenant prouver notre tendresse filiale pour le meilleur des souverains en mettant en lui une contiance aussi illimitée que celle qu'il nous a accordée. Répondons à cette confiance en modérant notre ardeur et en usant de patience, afin de voir se développer progressivement les réfwmes salutaires dont les semences ont déjà cominencé à ^'ermer. Rappelons-nous que nous sommes les sujets du vi« caife de Dieu» n'excitons pas les passions haineuses» respec^ tons toutes les nations, et n'oublions point que les armes tes

plus sûres sont la charité et la prière. Réunissons-nous comme une seule famille autour de notre père commun. Prenons la ferme résolution de ne suivre que les conseils de la modération et de la prudence , et ayons confiance dans l'aide du ciel, invoquée par ce saint pontife, dans la justice éclatante de notre cause , et dans les sympathies qu'elle doit exciter dans tous les cœurs généreux.

« Son Eminence le cardinal légat de Ferrare s'est empressé d'émettre une seconde protestation contre les faits que nous avons mentionnés en dernier lieu, et le gouvernement supérieur a déjà adressé ses réclamations à ce sujet à qui de droiL >

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