PEUPLE EST AVEC VOUS
Au contact de ces scélérats et au bruit sinistre de leurs hurlements. Pie IX s'évanouit. Avec une impudence digne de leurs complices de la rue, auteurs de cette violence infâme, les journaux de la révolution, en félicitant leur peuple, le peuple des cabarets et des clubs, de la journée de la veille, déclarèrent que le Saint-Père s'était évamui de tendresse! Tolérer ces actes manifestes d'usurpation contre l'autorité, ces agressions coupables et lâches, c'était se rendre complice de ceux qui travaillent au renversement des principes et drs droits de l'autorité. Et cependant ni Cicerruacchio ni ses sicaires ne furent arrêtés. Toutefois, comme se taire en senrrhlable matière c'est conniver : connivere sit hoc tace^^e, le journal officiel protesta. Par son organe, le gouvernement justifia la mesure qui interdisait ces manifestations, dont les anarchistes
profitaient pour troubler Tordre , compromettre la libci*lé avec la {^urité de l'État et des citoyens. L'article était jus(o« . mais sans énergie. I^ gouvernement suppliait, quand il aurnii flù commander. Ce n'est pas avec des prières et en faisant appel au bon sens» au patriotisme, à la raison , à la sagesse d'une population agitée, qu'on la fait rentrer dans le calme sans lequel la société ne peut vivre* A une conspiration longuement préméditée, il faut répondre par une répression prompte, énergique et vigoureuse. On n'en fit rien, et les sociétés secrètes, de fhis en plus insolentes à mesure qu^on se montrait plite faible envers elles, continuèrent, au mépris des ordonnances, au mépris des avertissements paternels, à faire du bruit,à semer le désordre et l'inquiétude, à tromper les masses, et à provoquer lew irritation. Dans un conciliabule, les conjurés résolurent d'organiser de nouvelles manifesta* tiens ^ afin de forcer le Saint-Père, par la menace et la violence, à nommer un ministère laïque et à former une arméi;. I^es meneurs ramassèrent dans la boue des rues la plus vilc^ l>opulaee, ees truands qui sont toujours prêts au sac de la soriété, et dont la férocité éclate dans toute sa fureur en temps de révolution. Cette arméedu mal, écume des geôles, ces brati de rémeute, assassins, voleurs, incendiaires, pillards de tous pays, étaient commandés par Ciceruacchio et ses amis^^ux-^ mêmes obéissant aux mots d'ordre de Sterbini, de lord Minlo et autres mazziniens.
Nous verrons ces malfaiteurs conduits au pillage et à la boucherie , ivres de luxure ^ de vin et de sang , épouvanter de leurs forfaits la population surprise et sans courage, et Top* primer au point de lui ôter même la force d'aider ses libérateurs.
Si Pie IX, n'étant pas servi par une police assez forte et une justice assez énergique , ne réprimait pas , du moins il ne se lassait pas de protester de sa grande voix contre les conjurés H de mettre son peuple en défiance contre eux.
Le 10 [émer, fl fMki la procIamatiM cuîmite :
€ Romains I
« Le pontife qui» depuis près de deux aimées, a reça de vous tant de marques d'amour et de fidélité, n'est sourd ni à vos craintes ni à vos vœux. Nous ne cessons de méditer par quel moyen nous pouvons, sans manquer à nos devoirs envers rËglise, étendre et perfectionner les institutions que n^as avons données sans y être contraint par aucune force , mais inspiré uniquement par notre ardent dhisir de rendra nos peuples heureux y et par Testime que nous faisons de leurs nobles qualités.
a Nous avions déjà pensé à Torgamsation de la milice avant que la voix publique Ja réclamât, et nous avons cherché à vous procurer du dehors le concours d'officiers dont TexpéneDee militaire put venir eu aide au bon vouloir de ceux qui servent le gouvernement pontifical d'une manière si honorable. Déjà, pour élargir la sphère à ceux qui» par l'expérience et rintelligence des affiaires» peuvent concourir aux améliorations» d(^à nous avions pensé donner une plus grande part à l'élément laïque dans notre conseil des ministres. Si l'accord des princes» de qui l'Italie a reçu les réformes» est une garantie de ces bienfaits accueillis avec tant de joie et de reconnais^nœ, nous y contribuons de notre part, en conservant, en resserrant avec* eux les rapports de la plus sincère amitié et de la plus sincère bienveillance.
<c Rien, ô Romains et sujets du Saint-Siège, rien de ce qui peut contribuer à la tranquillité et à l'honneur de TËtat ne sera négligé par votre père et votre souverain, qui vous a donné et qui est prêt à vous donner encore tant de preuves de sa sollicitude paternelle, s'il réussit à obtenir du ciel que Dieu répande dans les cœurs italiens l'esprit de paix et de sagesse. Dans le cas contraire» il résbtera, avec l'aide des mêmes institutions qu'il a données , à tout mottvmieat déaord<mné , à toutes les demandes contraires à sm devonrs, ainsi qu^à votre bonheur.
€ Romains f écoute^ tft vdk rassyrante de totre père» et fermez I^oreiUe à ces crie sortis de 6mefte« tnconmies, et qui ten* deot à agiter les peuples de lltriie par la erainte d'une guerre étrangère. Les gens qui poussent ces cris vous trompent ; ils veulent vous porter, par la terrem*, à chercher le salut dans le désordre ; ils désirent confondre par le tumulte les conseils de ceux qui gouvernent» et» par cette confusion» donner un véritable prétexte à une guerre q«t» privée de ces conditions» se* rait impossible contre nous. A quel péril, je vous le demande» ritalie peut-elle être exposée taot qu'un lien de gratitude et de confiance» pur de tout alliage de violence » unira la force des peuples à la sagesse des princes» à la sainteté du droit?
« Nous surtout, chef de la très-sainte Église catholique» croyez-vous que, si nous étions itijustement attaqué» nous ne verrions pas accourir à notre défense une foule innombrable d'enfants qui viendraient protéger la maison paternelle , le centre de Tunilé catholique? Quel magnifique don que celui dont» parmi tant d'autres» le ciel a comblé notre pays ! trois millions de nos sujets possèdent» parmi les peuples de toutes les nations et de toutes les langues de la terre» deux cents millions de frères ! En des temps bien difl^érents, lors de l'écroulement de l'empire romain, Tunité catholique fut Tœuvre de salut qui préserva de la ruine Rome et Tltalte elle-même ; elle sera notre plus sûre garantie» tant que dans son centre résidera le siège apostolique.
fi A celte fin» ô grand Dieu! bénissez l'Italie ; conservez>-lui le plus précieux de tous les dons, la foi ! Bénissez-la de cette bénédiction que, le front courbé vers la terre, votre vicaire implore avec humilité ! Bénissez^a de cette bénédiction qu'implorent pour elle les saints auxquels elle a donné la vie » la reine des saints qui la protège, les apôtres dont elle conserve les reliques » et votre Fils fait homme qui a voulu que cette Rome fut la résidence de son représentant sur la terre ! >
Aux accents de cette voix sainte» aux prières de cette voix
paternelle, beaucoup restèrent insensibles. Ce n'est jamais h^ peuple proprement dit, ce n'est jamais la masse laborieuse qui résiste aux conseils dé sagesse de l'autorité^ surtout quand elic est représentée par un principe légitime; Topposition, la taquinerie vient toujours de la bourgeoisie. C'est la bourgeoisie^ qui commence les révolu tions, dont le résultat lui est pourtant funeste, et qui ne profitent qu'aux intrigants, aux chefs de la démocratie, bourgeois eux-mêmes, natures viciées, citoyens déclassés, ambitieux avides. C'est la bourgeoisie qui déchaîne les mauvaises passions des multitudes; c'est elle qui donne le signal de la révolte qui doit l'emporter et la décimer, elle aussi, lo signal des ruines qui doivent l'engloutir. Ce calcul manque d'adresse autant qu'il manque de bonne foi. C'est la bourgeoisie, c'est la garde nationale qui abandonna Pie IX en ce suprême péril. Le peuple avait accueilli avec joie la proclamation touchante de celui qui pouvait si bien se nommer son Père , et ne voulait que son bonheur; mais les conspirateurs, insensibles à ces bonnes paroles, les incorrigibles conjurés, «jue rien ne pouvait toucher au cœur, cherchèrent à donner à celte proclamation si intelligente et si sage une interprétation perfide.
Pie IX avait appelé les bénédictions de la Providence sur l'Italie; ils traduisirent cette prière en une comphcité avec leurs desseins. « Aux armes pour l'Italie ! s écrièrent-ils ; que Dieu bénisse les armes de la révolution italienne ! Voilà le sens vrai des paroles du Saint Père. »
Bien périlleuse était pour l'autorité cette situation , dont les causes étaient la faiblesse du pouvoir autant que l'audace des agitateurs, l'une encourageant l'autre. En cet état. Pie IX résolut de chercher un appui dans la garde nationale. Il fit venir auprès de lui les chefs des quatorze bataillons de la yarde civique, pour leur demander s'il pouvait compter sur le «^encours de la bourgeoisie armée de ses mains. Ce ne furent pas cette fois, desbouches inconnues qui lui dirent toute la profon-
(leur du mal ; ce furent des voix amies. <x Vous pouvez compter sur notre concours et sur notre félicité, » dirent au Saint- Père les chefs de la garde civique; et comme le Souverain leur demandait si la garde civique était dans les mêmes dispositions^ ils baissèrent tristement la tête, c Je le prévoyais ! » fit le Saint*)^ère avec la douceur et le courage de la résignation, car il était prêt au martyre, et la foi l'avait fortifié pour les lattes prochaines, pour les plus dures épreuves. Son noble front était calme au sein des orages ; ses yeux trahissaient des larmes répandues, non par peur d'un destin amer , mais par pitié pour son peuple. Dans son infortune, il avait conservé fattitude ferme qui convient au droit méconnu , à la vertu éprouvée.
Après s'être un moment recueilli en lui-même , le saint Pontife dit aux chefs de corps de la garde civique :
— « Messieurs , la circonstance est tellement impérieuse , les choses fatales se pressent et se succèdent avec tant de rapidité que je dois en appeler à la loyauté de ma garde civique. Aceeorps je confie ma personne, le Sacré Collège, la vie et la fortune de tous les citoyens ; le maintien dé Tordre et de la tranquillité publique. C'est la plus grande preuve de confiance q»e puisse donner un souverain à ses sujets. J'ai chargé une commission de réunir toutes les dispositions que j'ai ordonnées pour harmoniser les réformes nécessaires et les appro^ prier aux besoins des temps.
c J'augmenterai le nombre des membres de la Consulte d'Etat; je donnerai plus d'importance et plus d'étendue à leurs attributions. Ce que j'ai accordé sera maintenu. Un plus grand 1>W& encore eût été fait si ceux dont j'implorai le concours n Wient voulu me l'imposer par des conditions.
« Des conditions! Messieurs! ajouta Pie IX avec énergie; je n'en accepterai jamais de personne , entendez-vous bien? Non! il ne sera jamais dit que le pape ait consenti à des cho^ ^ contraires aux lots de TEglise, aux principeâdelareligioB*
Si jaimts^ ce qu'à Dieu ne plaise, on voulait faire violence à ma vobuté» me forcer dans mes droits; si jamais je me voyais abandonné des hommes que ^m tant aimés et pour lesquels y ai tMi féU, je me jetterais dam les bras de la Providence , qui , elle, ne me faillirait point !..
« Que les bons citoyens donc se gardent des malintentionnés qui 5 sous de vains prétextes, désirent bouleverser Tordre public, et parvenir, par des ruines, à la possession des biens d'autrui. La Constitution n'est pas un nom nouveau pour notre pays. Les États qui la possèdent aujourd'hui l'ont copiée sur noire histoire. Mous avons eu la Chambre des pairs dans le Sacré Collège à l'époque même de notre prédécesseur Sixte- Quint. Sur ce. Messieurs, allez, et que le ciel vous soit en aide. »
Il était impossible de penser et de parler plus dignement. Mais Taction manqua. La garde civique était indigne du dépôt sacré que Pie IX lui confiait. Il eût mieux valu la licencier, faire occuper les postes par les dragons et par les Suisses ; opérer l'arrestation des gonins des sociétés secrètes, le renvoi des étrangers dont les bouches inconnues soufflaient la révolte, et balayer ainsi Rome de toutes les immondices révolutionnaires qui l'infectaient. Ne pas accepter des conditions, c'ét;ut bien; en imposer, c'eût été mieux encore. I! était équitable de maintenir ce qui avait été aceordé de raisonnable; mais il était juste aussi de prendre des mesures inflexibles contre ceux qui voulaient forcer l'autorité dans ses droits, contre les ingrats que rexcellent Pie IX avait tant aimes et pour lesquels il axait tout fait.
Yoilà ce qu'il fallait faire pour le sahit do la politique m(i— gnanime de Pie IX. Cette politique impérisvsahie de la justice était progressive, sans violences et sans folies, toujours de plu< en plus éclairée, de plus en plus morale, sans orgueil et sans égoisme, toujours décidée , on le voit, à se fortifier de toute>: les forces honnêtes du pays , à provoquer toutes les lunriières ,
iiecoDDaître tous les mérites. Cette politiqtte, active comme h jeonesae et sage comme la vieillesse, fot méconnue par les iactten, qui lui préférèrent la politique républicaine, c'est-à* £reh politique difficile^ impossible , qui viole tous les prinr* 1^, qui ihnsse tous les intérêts, et les met en présence, toujours prêts à se déchirer, à s'opprimer, à se proscrire à tour de rôle.
Fie IX, en priant pour les conspirateurs, en sondant sa propre conscience, qui lui rendait témoignage et lui disait qu'il méritait Famour et le respect de son peuple, en Caisant un appel incessant à ses sujets, croyait en avoir fini avec les méchants. Il se trompait. U aurait fallu arraclier par lambeaux de leurs âmes les doctrines du mal. Il aurait fallu, pour conjurer leur triomphe, éloigner d'eux ces âmes chancelantes qui, aoa jours troublés, flottent d'une opinion à une autre, du bien ao nal, da vrai au faux. Et ces cœurs légers, il aurait falUi les nlfieraux coeurs droits, restés debout dans leurs principes.
L'état matériel de l'Italie était déplorablei parce que son état moral était affreux. Le doute, cette anarchie de la pensée, enfante le désordre, qui est l'anarchie du fait. La croyance catholique, calomniée par les athées, s'était retiré de ce peuple infortané. Or ^ la foi est la vie des nations. Quand les nations ne croient plus, elles meurent. Les nations qui ne s'attachent point à Dieu, comme ta plante à sa racine, se dessèchent*
Borne en était là. Et c'est en vain que les hommes toujours fermes sur eux-mêmes et fidèles à la vérité faisaient appel au hon sens et au patriotisme de leurs concitoyens. La vertu et adroit devaient être vaincus par les fureurs obstinées de l'i* ififûté, mais non pas vaincus pour toujours.
L'histoire dira que Pie IX fut trahi par la bourgeoisie, trahi p^b garde civique, trahi par nombre d'hommes aveugles, de conservateurs imprudents qui, n'ayant pas Ténergie et le coungode combattre une bonne fois et résolument le mal, la Bé- Tolation^ lui firent des concessions inntifaM et lâdies ; lâches ,
car défendre rautqrité, fàt-ce même au péril de la vie, étott le devoir de tous les lionnètes gens; inutiles» car loin de satisfaire et de calmer les anarchistes « les républicains^ les com* munistes, ceux çut déêiraienl bouleverser Vordre public ^ et farvenir par des ruines à la possession des bie}is d' autrui , eljes les déchaînèrent, comme on va le voir.
Les révolutionnaires n'agissent et ne crient haut que parce qu'on les laisse faire. Auprès d'eux les supplications et les bons conseils sont sans effet ; il faut des actes. On ne les con* vertit pas; faible, on les subit, ou, fort, on les dompte, et facilement; car ils n'ont réellement du courage qu'avec ceux qui n'en ont pas.
Sûrs de l'impunité, les malintentionnés qui troublaient Rome organisèrent une nouvelle manifestation, le soir môme du jour où Pie IX avait appelé auprès de lui les officiers supérieurs de la garde nationale. Ce rassemblement, plus nombreux encore que les précédents, se composait de cinquante mille homme&environ.
La plupart, en demandant sous les fenêtres du Quirinat la Mnédietion du chef de TËglise, étaient sincères et ne se doutaient pas qu'ils étaient les dupes et les complices des conjurés, pour la plupart étrangers à Rome. Comme Pie IX paraissait au balcon pour bénir son peuple, l'un des membres des sociétés secrètes nommé Ândrels, entouré de quelques-uns de «es ^TOis, cria d'une voix insolente et forte : € Plus de prê- 4re8 au gouvernement! »
A celte injonction grossière» Pie IX répondit par un geste rempli d'autorité, qui commandait le silence à la foule» et il dit d'un ton plein d'énei^ie :
— € Avant que la bénédiction du ciel descende sur vous, sur les États romains, et, je le répète, sur toute l'Italie, je vous recommande l'union, la concorde, et je désire que vos demandes ne soient point contraires à la sainteté du Saint* Siège. Certains cris qui ne partent pas du sein de mon peuple, sont proférés par un petit nombre de gens inconnus. Je ne puis, je ne dois, je ne veux pas les entendre*
a Ainsi donc, à la condition expresse que vous serez fidèles au Pontife et à rÉglise....[»
Transporté d'entbousiasme, le peuple interrompit Pie IX, et s'écria : « Oui, Très-Saint-Père, nous le jurons I i^
Le souverain Pontife continua :
« A cette condition, je prie Dieu qu'il daigne vous bénir, romme je vous bénis moi-même de toute mon âme. Rappelez* vous votre promesse ; soyez fidèles à l'Église et au Pontife 1 »
Le peuple, travaillé, harcelé, entraîné par les révolutionnaires, devait ne pas tenir sa parole. L'autorité avait bien parlé ; elle agit mollement. Le terrain des concessions est un terrain mouvant, dans lequel on enfonce dès qu'on y a posé le pied ; c'est une route rapide, sur laquelle on ne peut guère s'arrêter.
Le lendemain, le pouvoir céda aux: injonctions de la révolution; trois ministres, le cardinal Piiario Sforza, monseigneur Domenico Savelli et monseigneur Giovanni Rusconni quittèrent le ministère. Ils furent remplacés par trois laïques : le prince deTéanoà la police ; le comte Giovanni Pasolini au commerce et aux beaux-arts; l'avocat Francesco Sturbinetti aux travaux publics. Il est devenu presque inutile d'ajouter que la sécularisation de ces trois portefeuilles servit de prétexte à une nouvelle manifestation inquiétante et tumultueuse. Il en fut de même de la nouvelle des Constitutions décrétées à
Turin, à Florence et à Naples, Et les sociétés secrètes furent, à ce propos, secondées par les magistrats eux-mêmes, par des comertaleurs, par des homtnes dont le devoir était, au contraire, de s'opposer à ces désordres. Le prince Corsini, sénateur, et plusieurs membres de la municipalité romaine invitèrent la population, dans une proclamation inouïe, à illuminer ses maisons, à les pavoiser et à se livrer à des processions ' ridicules et dangereuses à travere la ville. Le peuple ainsi imprudemment convié n*y manqua pas. Les torches furent allumées de nouveau ; les cris que Ton connaît furent proférés, et on y joignit ceux de c Vive la Constitution ! » comme pour faire écho aux bourgeois de Paris, alors occupés à crier : « Vive la Réforme ! » comme ils avaient jadis crié : « Vive la Charte ! » et vivent bien d'autres choses; cris imbéciles, qui devaient tous se perdre dans ce cri sinistre et féroce, dans ce cri sanguinaire , cri des mauvais jours , des plus grands crimes : « Vive la République !»
A chaque manifestation, Taudace des révolutionnaires augmentait. Chaque jour, ils défaisaient insensiblement leurs masques. Ce soir-là, tm délégué des sociétés secrètes, un étranger, réfugié toscan, monta sur la statue équestre de Marc-Aurèle, et plaça dans la main de bronze de Tempereur un drapeau aux trois couleurs de la révolution italienne: rouge, blanche et verte. Ces couleurs, qui rappelaient les premières révoltesde car5onar(,étaientune insulte et une menace auprincîpe d'autorité. La révolution en imposa la honte à la population, déjà courbée sous la peur, déjà opprimée par les cIubistes.Les bourgeois portèrent tous ces couleurs anarchiques ; la garde civique les adopta avec une affectation de bien triste augure ; les femmes, les enfants s'en parèrent. Ceux qui ne montraient pas ces insignes étaient insultés, menacés et maltraités par les bandes des sociétés secrètes, organisées en patrouilles de nuit, et armées pour inquiéter la viDë, pour semer te désordre et la terreur*
Dans cette soirée de convulsions révolutionnaires» le ooajuré qui avait déployé le drapeau des carbouari devant le Capitule prononça un discours véhément» dans lequel il répétait ctf^ chaque jour disait la presse dite du mouvement : Pie 1\ éCailun républicain comme Jésus-Christ; les cardinaux, les jésoites et autres Codini Fempêchaient de donner une eonstitatioo largement démocratique et de déclarer la guerre à outrance, la guerre à mort à T Autriche, etc., etc.. II termina ¥0 criant: < Vive Pie IX seul! Vive la constitution! »
La foule répéta ces cris, surtout lé premier. Klle s'écoula «ensuite en chantant des hymnes révolutionnaires. Le cortège ;illa saluer de ses acclamations Thôtel de lord Minto, splendi* demeot illuminé, et affecta de faire silence en passant devant l'ambassade d'Autriche, cependant également resplendissante ^a^s les lampions. Devant la demeure du diplomate de Sa Majesté catholique, les torches s'abaissèrent en signe de deuil, <'t les chants cessèrent pour reprendre un peu plus de force tm moment après ; sous les fenêtres du déloyal diplomate aurais, de renvoyé d'une nation protestante et hostile à TËglise, lesfaH'ches furent agitées en signe de joie; on dansa , ou ctianta la ifarseillaise.
Les sociétés secrètes étaient parvenues à enrégimenter non-
>::ulenient tous les bandits, tous les oisifs, tous les repris de
justice, tous les envieux, tous les vicieux qui grouillaient à
Rome, dans les bas-fonds de la société, et qu'un travail d'épu-
rsition aurait dû dompter depuis longtemps, mais elles avaient
«Qcore, outre ces peaux rouges de la démocratie, entraîné une
V^edela bourgeoisie, qui, dans sa concupiscence et son
^ pour les intérêts matériels, était gênée par le joug de
''%ise, par son inflexible morale.
Calcul dénué de prudence autant que de loyauté. La bourgeoisie avait tout à gagner à défendre Pie IX, à le suivre ; ellr ^vait tout à perdre à Tabandonner; car la populace, ameutée <^^iktre le souverain, devait s' insurger ensuite contre les droits
«le la propriété et même contre ceux de la famille, C'est la la logique du mal. Elle est terrrble. Protéger la papauté contre la révolution, ce n'était pas seulement courageux, c'était ha-bile. Pie IX espéra qu'on comprendrait cela lorsque, le 20 février 1848, il réunit au Vatican, dans la vaste cour du Belvédère, tous les bataillons de la garde civique pour les passer en revue. Il fut accueilli avec des acclamations bruyantes; il crut, cette fois encore, à la loyauté de cet enthousiasme, et un éclair de paternelle satisfaction illumina son noble visage. Il ne put résister au plaisir d'entrer en communion avec ces citoyens qu'il persistait à croire fidèles, et il leur adressa quelques paroles d'encouragement :
— « Je ne puis vous dire combien mon cœur est consolé en voyant autour de moi cette armée conservatrice de la paix et de rordre. Je vois en vous les ennemis de l'anarchie, les soutiens du Saint-Siège et du souverain Pontife.
€ 0 mon Dieu ! bénissez ce corps ! conservez-le fidèle à vous et à l'Église ! Que ses oreilles soient toujours fermées aux paroles insidieuses de ce petit nombre d'hommes qui cherchent à empêcher le bien. Bénissez-le dans ses dignes chefs, afin qu'ils continuent à le diriger dans les voies de l'honneur et de la fidélité! Que votre bénédiction descende non-seulement sur eux, mais encore sur leurs familles, qui forment une grande partie du peuple de Rome ! »
Vœux inutiles, prières imméritées. La garde nationale cria : « Vive à jamais Pie IX ! » Mais bientôt elle devait ne pas le soutenir pour faire le bien, manquer de courage pour le défendre, et plusieurs parmi elle devaient le trahir. Dan^ ses rangs les conjurés avaient des complices.
Le Saint-Père était plus calme. Il croyait, à force de patience, de vertu, de prières, avoir enfin détaché le peuple des anarchistes, et démonétisé leurs infâmes et cruelles doctrines, aux nations si funestes. Il n'en était rien. Le cratère bouillonnait souterrainement, prêt à éclater.
Rome, troublée par toutes ces manifestations anarcfaîqoes» donnait sur un volcan. Sur plusieurs points de la ville» les conjurés se réunissaient pour préparer les moyens d'attaque; là, pour rédiger et imprimer d^odieux libelles et des placards incendiaires; plus loin, pour organiser la mise en scène des tumultes du lendemain ; ailleurs, pour dresser la liste.des suspects, des rétrogrades, de ceux qui devaient être dépouillés €t assassinés après la victoire du peuple souverain.
Vers celte époque, les frères du Piémont se réunirent en un hanquet dit palrioliqne, à Tinstar do ceux de Paris, Parmi les organisateurs de ce fcslin démocratique se trouvait d'Âzeglio, «lepuis ministre a Turin, et un aventurier, Durando^ général de rindépendance ùalienne, chef des croisés de la révolution, ein. Cet intrigant fut présenté au balcon du palais, où buvaient et mangeaient les amis, par d'Àzeglio, qui le pressa sur son cœur avec un attendrissement théâtral. La foule applaudit et cria : « Vive Durando ! Vive d'Azeglio ! Vive le Piémont ! x> etc. •• Après quoi, les banqueteurs, hompies et femmes, sortirent avec des drapeaux tricolores, et montèrent dans des voitures qui les promenèrent triomphalement par la ville. Ils rencontrèrent quelques autres sociétés semblables etre/ra* lennsèrent au cabaret. Rome ressemblait ainsi à une ville populeuse au temps de& folies et des luxures du carnaVal.
Quelques jours après^ une nouvelle formidable, qui plongea les honnêtes gens dans la stupeur et les scélérats dans la joie, vint tout à coup tomber à Rome comme une bombe lancée de l'enfer : la République, d'ignoble, cynique et sanguinaire mémoire, k République, le gouvernement de la médiocrité et du vice, da crime, de l'anarchie, était proclamée à Paris par une bande de factieux, à la honte de la garde nationale surprise, «t cette catastrophe, par peur, avait été saluée par tout le reste de ia France! Etait-ce bien possible? Quoi! ce pays monarchique et catholique était descendu à une forme d'un goût si bas i W avait accepté celte honte? Hélas! ce n'était que trop
vrai • la Providence avait infligé ce fléau, avec une partie de sas conséquences, à ce peuple coupable de révolutions depuis soixante an^. Les enfants des barricades châtiés par Tes barri* cades ; les fils de Voltaire punis par les logiques et inflexibles continuateurs de Voltaire; le roi de Témeute renversé par I^émeute; les bourgeois envieux et jaloux, rapaces» prôneurs de Vberté et d'égalité , tutoyés et spoliés par la crapule victorieuse ; telle fut la leçon qui fut donnée à la France de samt Louis. Mais ce noble pays devait profiter de ce rude enseigne* ment ; il conspua les monstres altérés de luxure et de sang qui Tavaient volé et trontpé, qui trafiquaient de son bonneiir, de son repos, de son salut» et une salutaire réaction catholique s^opéra après quelques mois d'humiKations, de scandales et de souffrances.
En attendant, la fatale nouvelle stupéfia les gens de bien. En France, la royauté abolie ! la République proclamée I cTé- . tait horrible, c'était du plus mauvais présage pour les autres monarchies. Car il faut que les rois de TEurope se persuadent bien de cette grande vérité, c'est que, comme Ta dît M. de Giâteaubriand, toutes les royautés mourront avec la royanté française !..• Affirmer que la France garderait cette situation, c'était témoigner peu d'estime pour son bon sens. Beaucoup, dans le 'parti conservateur, à Rome, tombèrent dans une déplorable lassitude, dans un état qui tenait de rhébëtcment. Les sociétés secrètes, elles, virent dans ce triomphe de leurs amis la réalisation prochaine de leurs desseins et de leurs es^ pérances. Les conjurés s'apprêtaient à étouffer l'autorité et la liberté, ces deux principes que Pie iX sait concilier, ce qui est résoudre le problème le plus haut de la politique. Ils s'apprêtaient à jeter leur patrie dans Fanarchie politique et sociale, dont TâbsoTutisme est le terme. La complicité imprudente et aveugle de la bourgeoisie leur était nécessah*e; cHe ne }e}îr manqua point. Le vieux libéralisme, qui parait heureusement avoir fait son temps à cette heure, venait, à Paris, de donner
TeiBpire aux radicaux, sangle savoir» sans le vouloir, sans h prévoir» en prétendant, par son opposition, servir les intérêts ilu gouvernement. A Rome, le libéralisme faisait de même. L'expérience ne Tavait point encore corrigé. Sous le prétexte Tadorer Pie IX et de chérir avec lui la liberté» le libéralisme donnait la main aux républicains qui voulaient le renverser. Quant au peuple, jusqu'à la fin il Tut dupe de ces divers intrigants^ et séduit par leurs promesses.
Les conjurés jetèrent tout à fait leurs masques dès qu'ils apparent que la forme républicaine avait été infligée à la France. Ib se réunirent au café des Beaux-Arts, oii ils avaient leurs pipes» de même que M. Flocon, de grotesque mémoire, avait la sienne au café Saint-Agnès, à Paris; de là ils se rendirent au cercle des Français résidant à Rome, en hurlant : c Yive la République ! Vive la France démocratique ! d
Quelques Français» qui par lâcheté, qui par peur, trois ou quatre seulement par sympathie, parurent au balcon de la maisoUy et saluèrent les agitateurs, qui leur répondirent par des acclamations frénétiques. Les Français démocrates, déjà membres des sociétés secrètes, descendirent dans la rue et se jetèrent dans les bras de leurs frères dltalie, de Pologne, de Suisse, d'Angleterre, d'Allemagne, de Hongrie, de Belgique, car il y avait là des bandits de tous les pays. Le lendemain, les hooimes sérieux qui composaient la presque totalité du cercle français à Rome, indignés de la comédie qui avait été jouée la veille, en repoussèrent courageusement la solidarité dégradante. £t la proposition d'aller à leur tour fraterniser avec k Cerde romain, avec les révolutionnaires qui préparaient la république ds^ns les États du Saint-Siège , cette proposition Ibro^ilée p^ un traître, fut repoussée par cent quatre-vingt- ^mzi voix oontre einq.Ce& cinq révolutionnaires se joignirent à quekme^ autres Français de même espèce, et allèrent fral^fMMT av^ les membres des sociétés secrètes. Dans ce conciliabule, on but, on trinqua à la république, à la ruine publi-
que, à la démocratie universelle, à Tuniversel fléau. Quand les frères et sœurs, car il y avait là des donzelles, furent ivres, un citoyen proposa, au nom des Français habitant Rome, de se rendre à l'ambassade française et d'aller abaisser par la force le drapeau tricolore de la royauté des barricades, pour le remplacer par celui de la république. Cette motion fut accueillie par ces ivrognes avec enthousiasme.
En ce temps-là, il y avait à Rome, entre autres Français recommandables, un homme rempli de cœur et d'énergie. C'était M. le comte Rampon, fils du général de ce nona. Nous n'écrirons pas ici son nom sans rendre hommage à ses qualités, à son courage, à son humanité. Il s'est associé à nous dans nos protestations, lorsque, comme lui prisonnier des républicains à Rome, nous n'avons dû notr^ salut qu'à l'arrivée de l'armée française. M. Rampon fut prévenu du projet des agitateurs. Il se rendit en toute hâte au palais de l'ambassade, et insista fortement pour voir M. le comte Rossi. Il fut enfin introduit.
L'illustre diplomate était pâle, non de cette pâleur que donne la peur mais de celle que donne le chagrin : dans ses mains crispées il tenait les odieuses dépèches qui lui annon-^ ça ient officiellement le désastre qui venait de frapper la France. Il écoula M. le comte Rampon, dont il appréciait le dévouement et la bravoure, et s'écria d'une voix émue d'indignation :
— a Mais ce que vous m'apprenez là est horrible, Monsieur le comte ! Comment ! ce sont des Français qui veulent profaner les armes de la France! Mais ils ne savent donc pas, ces gens-là, que le drapeau de la patrie devient doublement inviolable et sacré sur la terre étrangère ! mais ils ne savent donc pas que le drapeau de la France ne peut tomber que dans le sang de ceux qui l'ont reçu en dépôt! Pour moi, je ferai de mon corps un rempart aux armes de la France, et c'est sur mon cadavre qu'il leur faudra passer pour arriver h elles. ...
— « Sur le mien aussi ! > reprit M. le comte Rampon , « car alors je serai à vos côtés pour défendre le drapeau de la patrie ou pour mourir avec vous ! » Et ces deux hommes de bien se serrèrent mutuellement leurs nobles mains •
Cependant il y avait un seul moyen d'empêcher Teffusion du sang; c'était d'inspirer au gouvernement pontifical assez de courage pour re|>ousser la canaille par la force. Mais y penser éJait inutile; il y avait long-temps que ce pauvre gouvernement, mal servi par les uns, trahi par les autres, était impuissant à se défendre lui-même ; encore moins avait-il l'énergie de protéger les autres. Ne pouvant donc combattre de front rémeute, comme cela eut été dans le tempéramment des comités Rossi et Rampon, restait h ruser avec elle, à lui faire une concession, à la desarmer en lui cédant quelque chose.
— « Le temps presse, dit M. le comte Rampon; en temps de révolution, les heures sont des minutes; nous pouvons éviter ces deux extrémités par un moyen mixte.
— « Quel est-il? demanda l'embassadeur.
— « Faites remplacer à l'instant même le drapeau deLouis- Philippo par celui de la RépubtiquOé
-^ « Les couleurs sont les niémes.
— « Les armes et la devise sont différentes : enlevez celles de juillet ; cette mesure sera suffisante.
— « Lnpossible ! Le gouvernement romain ne consentira jamais, sans examen, à cette substitution, qui, par le fait, se* rait une reconnaissance tacite de la République française.
— a Essayons : ma voiture est à votre porte , allons au Quirtcai. »
lis partirent. Le gouvernement romain, devait immédiatement consentir à cette substitution, croyant par là conjurer des maHieurs qu^on ne faisait que retarder. Le cardinalBofandi, secrétaire ^ d*Êtat, reçut HH. Rossi et Rampon, et leur remit une autorisation écrite. Les sociétés secrètes voulurent
bien oe pas répandre de sang ce jauir-Ià et se contenter de cette concessron*
N<His entrons dam une ère â'éfwenves pour TË^se, de succès impies sans cesse renaissants pour ses ennemis. Le triomphe de leurs amis» à Paris, ayait exalté Timpatience des révolutionnaires qui infestairat le reste de l'Europe. Mazssuii et ses lieutenants ne se dissimulaient pas que la Religion était le plus grand obstacle au triomphe du radicalisme. Frapper la retigion dans ses ministres, s*ackarner tout d'abord après lesRévérends Pères jésuites* Telle futia nouvelle tactique adoptée, sur Tordre de Miozini , par la Jeune^ftaUB,
n était enjoint en même temps aux affiliés de $* assurer Tappui de la bourgeoisie, de la garde nationale, pour accuetl-> lir chaque nouvelle concession arrachée au gouvernement par une exigence noaveUe. Les «^rits, pris de vertige, bouleversés, enivrés, entraînés par les perfides séductions de la révolution, n'étaient que trop bien préparés pour la réusske de ces desseins. .
La logique est inflexible. Libre aux petits esprits d'essayei*. delà faire pliera leurs fantaisies; ils ne la .supprimeront pas. Eh bien ! ces écarts, ces agitations, ces menaces adressées aU' dergé, ces mâniiest&tionSt ces réonions^ ces fètes^ ces banijaets, ces {raimmaiiam, ces déineBces* cette opposition te* nace et sans bonne foi, ici effmntémettt radicale, là hypocrite*' ment libérale^ tout cela devait logiqueiment aboutir à la raine, de l'autorité, à la République et à ses conséquesmB. Sur cette.
pente, iai Réfolotion èenik ne point g^aytèter, (ms même à la bourgeoisie, qnî atant Vhnprudence eriiftîadie de pactiser avec la fadieanx. Car» «ne fois engagé daas celte Toie» difficileneat on la renmite»
Bis que le Gomneraeaaettt n'exble plus dans la pensée des gRmrnës, en terta d'un droit ittcoiiteaté, d'un principe reeoBio ininolabie^ 3 est a la merci des fiictioas, qui peuvent le nmeffser au pi«s petit événeoiait» à l'aide du plus vain friMlé. Or, le complot o^en était paa encore à Rome à l'in» simelien générile; il en était anx ecNnplications, aux pîéges, «K tafrineries, auK eiigencea i dioque heure de plus en fhis iosoleMes; il en était à Fexptoitation du préjugé anti-jémk. Le jeu de la révolutiott était différent en France où ce marea était osé ; an contraire, là, les répiid)Ucaina caressaient le prttre ehéri dn peuple, et appelaient sur leurs arbres dits fk likni, ses bénédictions. Hs n'étaient pas en ceci plus stnoères ipie lenra aioéa, les libétanx de 1850 ; tout au n)oins ils Ment sur ceux«ci l'avantage de n'avoir pas livré Tarcbe*» vêdé et l'église Sainti^îernirâi TAuxerrois au pillage. Et cornaient la France catholique n'eùt-elle pas respecté cette iSgbe à la tète de laquelle se trouvait un Pontife tel que KelXî
Tandis que la révolution à Paris reculait devant le prestige et h otajesté du nom de Pie IX» à Rome, ce grand souverain,. (IsaUeroent sacré, «rait, presque tout seul, de l'énergie pour «léfeadre l'ordre, la liberté des citoyens et le principe d'autonié. Le sénateur, le prince Corrâii, rt la municipalité, qui au^ fMt dû résister avec lenr souv^ain, qui auraient dû aveo Uteraîdir contre des exigenoas inacceptables, lui i)ortèrent, ^ ft ttars 1M8^ une adresse ineondevable par la forme qui rsippelnt le style des révolntiennaires, et qui avait pour ol^et fex%er dn aoempaio Pbntife TétabUôsement d'un gouverne- MoteonstitntienneL
PielX répondit atec beanconp de dignitéeî en même tempe
de finesse : « Les évéaemefiksqui non seulement Se 8ucce4ent , mais qui se précipitent, justifient assez la demande que vous, monsieur le sénateur, me faites au nom du conseil et de la magistrature de Rome. Tout le monde sait que je suis 9ans cesse occupé de donner au gouvernement la forme qui parait le plus en rapport avec les exigences actuelles ; tout le monde sait les difficultés auxquelles est exposé celui qui réunit dan^ sa personne deux grandes dignités, pour tracer la ligne de dé* marcation entre ces deux. pouvoirs. Ce qui dans un gouvernement séculier, se peut faire dans une nuit, ne peut s'accomplir dans le gouvernement pontifical qu'après un mûr examen. Je me flatte cependant que, sous peu de jours, je pourrai ( les travaux préliminaires ét^nt terminés ) vous faire part du résultat qui répondra aux désirs de toutes les personnes raisonnables. Que Dieu bénisse mes désirs et mes travaux! Si la re* ligion doit en retirer des avantages, je me jetterai au pied du crucifix pour remercier le ciel de tous les événements qu'il a laissés s'accomplir, et je serai satisfait plus encore comme chef de TÊglise universelle que comme prince, s'ils tournent à la plus gronde gloire de Dieu. »
Il y avait dans cette allocution un reproche mérité; il était évident que le Saint-Père était violenté. Exiger de lui un gouvtrnenient constitutionnel, un gouvernement sans cesse taquiné, liarcctc, empêché par une opposition envieuse, c'était lui arracher son double pouvoir dans un avenir plus ou moiiLs prochain. Ce qui peut se faire dans un gouvernement séculier est absolument impossible dans le gouvernement pontifical. Que la papauté eût pour ennemie la révolution, cette ennemie formidable et acharnée de la société chrétienne, qu'elle cher* che à miner dans ses fondements, rien d'étonnant. Les me^ sures libérales de Pie IX devenaient des armes aux mains des agitateurs, gens dégradés, n'ayant plus de ressort moral, tombés si bas dans l'avilissement qu'ils n'avaient plus conscience de la dignité et de la responsabilité humaines. C'était
logique; mais que Pic IX fût tourmenté, pressuré par des hommes jusque-là recommandables, que leur position sociale» leur éducation, leurs principes, leurs qualités avaient rangés flans le camp conservateur, voilà ce qui surprend douloureusement et douloureusement afflige. Cette défection ne pouvait qu'altérer, que détruire Tautorité, en ravalant insensiblement res conservateurs sans courage au niveau des radicaux, êtres destitués de toute vertu.
N'étant pas soutenu par les énergies efficaces et les robustes dévouements qu'il était en droit d'attendre, et que son âme , si tendre, si bonne, si crédule au bien, avait rêvés, Pie IX devait céder insensiblement. Â sa gloire , il ne le 6t que quand toute résistance fut devenue impossible, et toujours, cliaque fois, en protestant courageusement. Ses ennemis et les traîtres qui avaient été ses amis et auraient dû demeurer ses sujets dévoués, purent matériellement le faire reculer, mais non pas Tavilir, non pas l'amoindrir, non pas lui faire compromettre l'autorité de l'Église, non pas moralement le vaincre.
Les princes, les négociants, les bourgeois ne voyaient donc pas qu'en se liguant avec les sociétés secrètes, pour exiger des concessions démocratiques de la papauté, ils faisaient les affaires de ces sociétés?... Ils agissaient pour elles! Us n'avaient aucun intérêt à propager cette idée fausse que l'opposition est une force pour les gouvernements.
L'opposition est une ruine perfide, hypocrite, lente, déloyale du pouvoir. Cest la guerre des ambitions trompées, des avidités déçues, des jalousies et des rancunes déchaînées , la guerre de toutes les petites passions du cœur humain. Alors les détracteurs les plus irritables de l'autorité, ses adversaires Jes plus acharnés osent se donner comme ses plus fermes appuis, comme ses seuls amis, ses amis désintéressés !
Dans un gouvernement bien organisé, l'opposition, loin de fortifier le pouvoir, le renverse au profit de l'anarchie. EIU^ déclare le protéger, et elle l'attaque sans cesse; puis, quand il
est accablé, sarvie&lieiit les radicaux ( logiques coatinualaors des opposants libéraux ), qui reavêrsent tout, au grand ébahissement des niais, dont les critiques envieuses et colères ont préparé ces résultats iunestes.
Les membres de la muBicipalité romaine et beaucoup d'aii^ très personnages sincèrement attachés à Pie IX, mais malliettreuseaient infectés de Tesprit d'opposition, agissaient comme s'ils se croyaient un pouvoir dans TÊtat, et ils s'arrogeaieitf incontestablement des droits qui ne leur appartenaient pas.
C'est ainsi que l'opposition sert, avertit, éclaire sincèrement les gouvernements.
Après les paroles de Pie IX, au 10 février, le peuple se détachait de la révolution; les exigences de la bour^isie le ramenèrent sur le champ de bataille. Ce fut un progrès immense pour la démagogie, qui, sans cette comj^cité, n'eût point triomphé. D'abord écrite avec des larmes par ropposiiloa bourgeoise , cette histoire fut ensuite écrite avec du sang par les sociétés secrètes, par l'opposition radicale. Ces larmes et ce sang sont le sang et les larmes du peuple.
Un nouveau ministère venait d'être composé par monseigneur Antonelli, cardinal secrétaire d'État (I)* Le moment parut bon auK conjurés pour déclarer ouvertement la guerre aux ordres religieux. Us commencèrent par les Pères jésuites. L'honneur des premières persécutions leur revient toujours et partout, partout et toujours aussi l'honneur des dernières. Nul plus qu'eux ne paie du martyre le bien qu'ils ont fait et font à l'humanité. ÂdmirMis-les sans les plaindre : les perse-
(I) Le comie Recoht, k i'intérieur ; L'avocat Slurbinelti, aux grâces et à la justice * Monseigneur Morichinî, aux finances; Le Bdonnais Miog^ietti, aux travAux |Miblies ; Le prince Aldobrandim Borghèse, à la gUierre; I^ cardinal MezzoTanti, àl^instniction publique; Le comte Pasottni, a« conmerce ; L'ttvocat Qaletti, à 1» poiîoe«
cutions les grandissent; moins éprouvés, ils seraient moins vertueux peut-être.
Les jésuite^ ont été indignement calomniés, et calomniés pour leur vertu même. II n*est pas d^infamies qui n'aient été débitées sur leur compte. Uabsurde est immense dans son invention, comme la sottise est immense dans sa crédulité. On les a appelés oppresseurs, eux qui ont vécu dans les persécutions et dont on ne pourrait compter les blessures. Oji les a s^pelé» conspirateurs, ces conjurés ëvangéliques qui ont arrosé toutes les parties du monde de leurs sueurs et de leul* sang généreux. On a dit qu^ils n'avaient que du liel et' de k haine», et do la perfidie au cœur, eux qui ont sans cesse com* battu pour la religion, la fraternité, l'amour, combattu au grand jour et visage découvert.
tes sociétés secfètes commencèrent par répandre toutes les calomnies connues, débitées par l'esprit irréligieux contre les jésuites. De la diffamation on en vint bientôt aux actes. Des pères jésuites furent insultés, hués dans les rues par les conjurés, reconduits jusqu'à leurs maisons au milieu des clameurs d'une ignoble populace. Ck>mme l'autorité ne réprima pas ces scandales,quiauraientdû être regardés, parlesincrédulesméme, au moins comme des atteintes portées à la liberté individuelle, leurs auteurs ne connurent plus de frein. Des scélérats payés à cet effet allèrent faire le^ége du couvent de Gesîi, cassèrent les vitres avec des pierres, en criant : -^ < A bas les jésuites ! Â mort ! ^ Les journaux, loin de rappeler le peuple au res* pect de la liberté, et de prendre la défense des opprimés, faisaient chorus avec la canaille, Texcitaient aux vociférations, aux Yoies de fait. Les écarts de la presse ne furent pas plus réprimés que ceux de la rue. Les murs de la ville étaient sïïlonnés de placards insultants, diffamatoires, dans lesquels les jésuites étaient désignés comme les ennemis du peuple. Un jour, devant un poste de gardes nationaux qui laissèrent (aire, les bravi de Témeute appendirent à la porte principale
(lu Gesù un écriteau sur lequel on lisait : Est lacanda. Ces hommes sans courage^ audacieux avec les faibles, trem* blants (levant les braves, reculèrent devant Tindignation d'un ecclésiastique belge, M. l'abbé de Mérode , ancien soldat de la France, qui, passant devant le couvent des jésuites, fendit la plèbe immonde, et lui dit, en arrachant l'insolent écriteau :
— « Ce que vous faites là est une lâcheté ! »
II est consolant, en présence de la lâcheté publique, d'avoir à enregistrer des traits semblables, trop rares, hélas !
Ce fut le même jour que les peuples du Transtévère, braves ouvriers attachés à la papauté, firent une démarche très-honorable auprès duR. P. Rootlian, général des jésuites. — «Que désirez-vous, mes bons amis? » leur demanda-t-iK — a Vous défendre ! » répondit Tuu de ces braves. « Il en est temps encolle ! Les ennemis de la religion n'ont d'autre force que celle qu'ils trouvent dans la faiblesse des honnêtes gens. A tous ces faiseurs d'émeutes, l'audace et la parole; mais à nousi le droit et l'action. Dites un mot, un seul mot, et bientôt nous en aurons fini avec eux tous! »
Effectivement il en était temps encore. Le peuple balayant la populace, la vile multitude qui, en son nom, commet les révolutions déshonorantes et désastreuses, c'eût été un spectacle instructif. Le R. P. Roothan n'accepta pas ce dévouement énergique. Il ne voulait, dit-il, d'autre défenseur <jue la loi commune. Certes, c'est le meilleur dans une situation régu^ lière; mais quand la loi commune n'est pas observée, quand elle n'est pas défendue par une autorité énergique, c'est différent. Le scrupule du général des jésuites est néanmoins honorable : ce n'est pas par la force matérielle que se défendent les prêtres de la religion divine. Le père Roothan ajouta que, depuis longtemps faits aux injures et à l'injustice des hommes, les jésuites ne voulaient être protégés que par la loi, et que, dans aucun cas, ils n'accepteraient de vengeurs. — c Notre
vie appartient à Dieu, dit-il encore; lui seul a le droit d^en disposer; que sa volonté soit faite ! »
Saisis d'admiration, mais non point calmés, les Transtévc'rins se rendirent au café des.Beaux-Arts, où posaient les chefs des sociétés secrètes; mais ceux-ci, avertis à temps, avaient pris la fuite. Si Ton avait utilisé la bonne volonté de ce peuple pieux et fidèle, on aurait eu bientôt raison des agitateurs. Mais comme on les laissa faire, comme on ne prit contre leurs menées aucune mesure, leur audace à toute heure augmenta. Trompé, abandonné, le Saint-Père ne pouvait protéger les jésnites, qu'il aimait et estimait à leur valeur, que par la puissance de son éclatante parole. Il ne fut point ingrat envers cette compagnie, qui a rendu tant de services à la sainte Ëglîso, et que ceux*ià seuls attaquent qui ne la connaissent pas, ou qui, la connaissant, font œuvre de calomnie et d'iniquité, subissant les uns et les autres la détestable influence de l'esprit ir- ^ religieux.
Pie IX publia le motuproprio suivant, qui fut affiché dans la ville étemelle :
c Romains, et tous tant que vous êtes, enfants et sujets da souverain Pontife ! écoutez encore une fois la voix d'un père qui vous aime et qui a tant à cœur de vous voir l'objet de l'amour et de l'estime du monde. Rome est le siège de la religion, et fiit toujours la demeure des ministres de cette religion, lesquelsi sous des formes diverses, constituent cette admirable variété qui fait la beauté de l'Église de Jésus*Christ. Nons vous invitons tous, nous vous requérons même de la respecter, et de ne jamais attirer sur vos tètes l'anathême d'un Dieu irrité, qui ne tarderait pas à lancer les foudres de sa sainte vengeance contre les agresseurs de ses saints/ de ses ministres.
« Épargnez un scandale qui porterait la stupeur dans le monde et la douleur dans les cœurs de la plus grande partie de nos sujets. Épargnez au pontife', qui $wffre tant depuis qu'on I. I. io
$e livra à de semblables allaques, ce qui serait pour lui l^ comble de ramertume. Que si, par hasard, il y avait dans les instituts religieux des hommes dont la conduite leur attirât une juste défiance, n'y a-t-il pas toujours la voie des représentations légales, et si elles sont légitimes, nous, comme souverain Pontife, sommes prêt à les entendre pour y faire droit.
« Nous sommes persuadé que ce peu de paroles suffiront pour faire rentrer dans leur devoir ceux (en petit nombre, il faut Tespérer) qui entretiennent des desseins funestes, desseins dont la mise à exécution frapperait notre cœur du coup le plus aigu et le plus douloureux, et serait suivie du châtiment que Dieu ne manque jamais d'infliger aux ingrats.
« Si, parmalheur extrême, nos paroles ne suffisaient pas à retenir les malintentionnés, nous nous réservons d'éprouver les forces de la garde civique et toutes les forces que nous avons organisées pour maintenir Tordre public.
« Nous sommes plein de confiance dans le bon effet de ces dispositions, et espérons voir bientôt succéder partout le calme à Tagitation , et, aux écarts que nous réprouvons, ces sentiments pratiques de religion que doit professer une population éminemment catholique et qui doit servir d'exemple aux autres nations.
fit Nous ne voulons pas affliger notre cœur, ni celui de tous les gens honnêtes et bien disposés, en faisant pressentir les résolutions auxquelles nous serions obligé de recourir pour n'être pas témoin du spectacle des fléaux par lesquels D^u rappelle à leur devoir les peuples égarés; nous espérons au contraire que la bénédiction apostolique que nous donnons à tous éloignera tout funeste présage. »
On voit comme il en coûte à Pie IX de se montrer sévère. Il persiste à ne voir, dans les monstres qui se souillent de forfaits, que des enfants égarés, et c'est par les jlins touchantes ])rières, par les plus attendrissantes conjuratioas qu'il veut les ramener. Il déploie U plus saint courage» une patience hé*
roique. Il fie vaut pas k mort du péeheur; il n'aspire qu'à ie coovertir. C'est là l'éternel rôle de l'Ëglise. Cette tendre mèfre tente de ramener à la yérité les esprits les plus faux, les plus ignorants, les cœurs les plus pervers. Il n'est pas d'âme abusée ou gangrenée au salut de laquelle elle ne travaille. Pmr elle, pas de malade jugé incurable. Jusqu'à l'heure dernière de l'homme, elle espère le ramener par la douceur. Et on l'accuse d'intolérance ! C'est la plus grande calomnie dont le scandale ait été donné aux hommes. L'Ëglise n'est pas comme les juges de la terre : elle ne condamne pas sans appel ; elle pardonne au repentir des plus grands criminels , elle rend la vie à ceux qui sont morts dans le péché, et elle donne immortalité à ceux que le bourreau des hommes va faire périr!... De tout temps, cet auguste spectacle d'indulgence a été fourni par l'Eglise, qui, seule, est éternellement tolérante, éternellement bonne, éternellement tendre, éternellement mère. Seule, r%lise n'abandonne pas le malheur; seule, elle n'abandonne pas le crime; elle n'a pas cessé d'aimer le criminel, parce qu'il est son enfant, et qu'elle a toujours espéré le ramener à la vérité et à la justice.
Pie IX luttant avec sa patience et son courage contre les erreurs, contre les crimes et les vices, c'était dans la logique du bien, dans la logique catholique, dans la logique de l'Eglise de Jésus-Christ. Les papes, comme les prêtres, comme les jésuites , ces plus persécutés des soldats de Dieu , ont de tout temps opposé la paix, la tolérance, la douceur, ia vérité » la lumière aux cuistres et aux forbans, aux ignominieux ealooi-^ niateurs, aux perfides sophistes, aux irritants réformateurs, âux vils eunuques de la révolte. Ce sont les ennemis de TË- ^lise qui sont impitoyables, sans merci, intolérants; ce sont eux qui ne pardonnent pas, parce qu'ils sont des hommes de iiaine, non d'amour.
Pie IX devait donc être indulgent, et il devait aimer la paix. U ^ quelque diose qu'il aimait davantage, c'était U justice.
fondement de la paix durable. Ses protestations contre VAutriche, lors de l'affaire de Perrare, et ses menaces aux révolutionnaires d'en appeler à la force, s'ils persistaient dans leur crimes, le démontrent surabondamment. Et ce faisant, il priait encore pour les uns et pour les autres, car l'Ëgiise ne méprise personne que le mal ; elle est patiente, parce qu'elle est forte; elle pardonne, parce qu'elle est juste et parce qu'elle aime. Elle prie pour les méchants, pour ses persécuteurs, parce qu'elle croit toujours leur conversion possible. Quand elle excommunie, elle accomplit un devoir; plus il est douloureux, et plus grand est son mérite.
Les révolutionnaires de Rome ne tinrent pas compte des avertissements du saint Pontife ; ces hommes méprisables méprisèrent ses sublimes prières. Les uns, les républicains, continuèrent à exploiter l'imbécillité des libéraux. Ces derniers, bourgeois de l'école frondeuse qui rit de tout , surtout de ce qui est saint, de ce qui. est faible, de ce qui est respectable» appartenaient à ce type voltairien qui crie bien haut qu'il est libre penseur^ qui s'honore de ne point aller à la. messe et de ne Jamais prier Dieu.
Ces pauvres d'esprit échangeaient entre eux la triste monnaie courante des blasphèmes, des plaisanteries, des railleries, 4les outrages, des négations, des gi'ossièretés et des indécences qui composent le bagage volt-airien. Pas un prince indigne de l'être, pas un épais bourgeois, pas un marchand massif, pas nu écrivain et pas un avocat libéraux ne se privèrent de tirer les vieilles armes de l'ai^senal athée |)Our cribler les pauvres pères jésuites. Les écrivains sans scrupule et sans grammaire se firent remarquer dans cette indigne mêlée , et tirent des prouesses d'insolences dans ce combat sans péril. C'était à qui opprimerait le mieux la raison publique^ à qui inventerait contre les prêtres persécutés la plus grosse calomnie. Et puis, ces publicisles, dépourvus de littérature et de conscience, riaient sous ea|M*, entre eux, du succès de leurs bons tours.
de leurs mensonges ; ils riaient entre euic de leurs lâches hy* pocrisies, de leurs fourbmes ; ils riaient, ces Rœnains de théâtre qui applaudissent à Tartufe. Ils abritaient leur médiocrité sous ces infamies débitées effrontément à une foule hébétée. Ces plumes sans bonne foi tournaient en ridicule, avec ime habiieté diabolique , les plus saintes choses ; elles rendaient le sublime atroce pour les esprits vulgaires, et dénaturaient traîtreusement le beau. Ces coquins, irrités de passer pour tels, se vengeaient de la morale catholique en la souillant de leurs railleries /en se riant agréablement de son austérité» dont le despotisme inflexible opprime effectivement le vice. Si ceux qui croyaient à toutes ces saletés eussent raisonné , ils n'auraient pas tardé à cesser d'être dupes de ce manège. Mais les amis de la raison ne raisonnent pas. Il y eut des esprits craintifs et médiocres, — et ceux-là sont en majorité partout, — qui se laissèrent opprimer par ces méchantes satires et les propagèrent, ne voyant pas qu'en décriant les jésuites, ils décriaient la piélé,. la vertu, la religion. Les autres, les démocrates, flattaient ainsi la canaille, dont ils mendiaient les suffrages, qui s'obtiennent en rivalisant de mensonge, de violence et d'impiété.
Pour éviter la guerre civile, les jésuites se décidèrent k quitter Rome. Us partirent , le 28 mars , en implorant Dieu pour leurs persécuteurs , selon la prière si touchante de TÊglise :
— a Nous vous offrons, Seigneur, pour ceux qui persécutent rÉglise, qui est votre corps, cette même hostie que votro Fils unique a offerte sur Tautel de la croix pour ses persécuteurs, afin que, de loups ravissants devenus brebis dociles, et marchant à la suite du bon pasteur, ils aient la vie, et ils Taient avec abondance. »
Ils partirent à pied, comme les prophètes de la Judée, trom* pant la longueur de la route par des entretiens graves et pieux^ s'aiiimant les uns les autres à suivre courageusement leur pèlerinage terrestre. Encore une ibis , le peuple apprit d'eux à lutter de patience et de résignation.
tes bourgeois ingénieux qui applaudirent à ce douloureux spectacle ne se figuraient pas que les pères jésuites leur montraient la route de l'exil , et qu'à leur tour ils seraient parséentée, Yolés, décimés par ia révolution. Cette imbécillité d'espit les empêchait de voir que les mauvaises plaisanteries» les erreurs, les sottises, les calomnies engendrent des crimes. On commence par insulter le prêtre , on finit par l'immoler. Et quand il n'est plus là, la société court aux abîmes, comme un iraisseau sans pilote ; après le tour du prêtre, vient celui du prince, du riche, du bourgeois, du pauvre même, surtout s'il est honnête pi y a de la place pour toutes les supériorités dans le charnier démocratique. Des sceptiques, des libertins, des aâiées, des fripons, voilà les tueurs. Uincrédulité, avec sa cynique impertinence, jette les nations sous la guillotine révo— lotionnaire. L'indifférence qui a laissé égorger la vertu est frappée à son tour, jusqu'à ce que le vice à son tour aussi soit décapité. Les Girondins suivirent Louis XYI à l'échafaud, et furent suivis par les Montagnards.
La population de Rome n'était pas composée fout entière de révoltés contre l'Église, c'est-à-dire contre toute autorité morale, sociale et politique. À côté des faquins du libéralisme et des coupe-jarrets du radicalisme, auxquels l'impuissance et la iàihlesse des hommes du pouvoir laissaient le champ libre, il j ^vait des hommes profondément attachés à la liberté , au diristianisme, à la civilisation. Ceux-là, l'émeute et la lâcheté ne devaient pas en avoir facilement raison; ceux qui inoculent aux nations le levain de la révolte contre toute règle devaient trouver leur résistance aux crimes de la révolution et à ces indignes triomphes qu'elle décerne à la sottise et à la violence* M. le duc de Cador et M. le comte Rampon , déjà par nous nommé plus haut, étaient du nombre de ces cœurs solides qui,, dans les discordes civiles, sauvent, par leur courage, l'honneur 4e l'espèce humaine. Us donnèrent une hospitalité dévouée, et qui pour eux n'était pas sans périls, aux quelques pères je-
suites cpie leur état de maladie ou leur grand âge avait empêchés d'aceompagner leurs frères en exih Qui le croirait? les pères français avaient été repoussés de l'hôtel de l'ambassade de France, on le eomte Rampon était allé pour eux demander un asile!*.. Parmi ces infortunés se trouvait le père Rosaven, plus spécialement désigné à la haine publique^ parce qu'il se distinguait par sa science et sa charité. M. Rampon emmena ce Ti^rable ecclésiastique dans sa pcopre maison , au Corso. B y réunit à diner quelques-uns des plus forcenés adversaires de» jésuites, parmi les gens du monde, et invita également ^ambassadeur français. Comme une place restait vacante, et qu'on interrogeait Famphitryon sur la personne attendue :' — € Je vais avoir l'honneur de vous la présenter, répondît-il, et je suis sûr que vous serez heureux de faire sa connaissance, ear c'est un de mes amis et l'un des hommes les plus dignes de vénération qui soit au monde. » Il se leva, quitta la salle à manger, et revint quelque temps après tenant par la main un vieillard à l'aspect frappant. Ses ennemis le reconnurent et le saluèrent.
—- «Messieurs, leur dit le comte, j'ai l'honneur de vous présenter le révérend père Rosaven, qui a daigné accepter chez moi une hospitalité... » Et, se tournant vers l'ambassadeur de la République française : < qu'il aurait dû trouver officiellement ailleurs. » Faisant ensuite allusion aux menaces et aux perqui- .^itions dirigées par les révolutionnaires contre son hôte, il ajouta : — « Messieurs, il est ici sous ma sauvegarde, et je le place sous votre protection. » Il ouvrit une armoire remplie d'armes en bon état, et continua : « Si, contre mes espérances, la haine qui le poursuit cherchait à l'arracher de cet asile, dites à ceux qui s'en feraient les instruments que le comte Rampon défendra son hôte jusqu'à la dernière goutte de son sang. Voyez , messieurs, je suis en mesure de tenir parole. >
Le courage ifl^pose toujours. Les convives se montrèrent très-eenveiiaMes envers le pauvre proscrit; ceux qui étaient
de bonne foi dans leur haine, charmés de sa personne et de son éloquence, revinrent de leurs préventions injustes, et jurèrent de défendre celui que, le roatin même , ils auraient de bon cœur attaqué. Les autres, les fourbes, n'osèrent point faire éclater leur rage; mais ils de furent point convertis. Chez ceux que le fanatisme aveugle, il étouffe en même temps le cri de lu nature, de la raison, de la justice et celui de la conscience; et ils rient de leurs mauvaises actions comme ceux auxquels le |îrophèle disait : — a Vous qui vous réjouissez dans le néant! »>
De tout temps , les ennemis du catholicisme ont attaqué la compagnie de Jésus, cette sentinelle de la foi. De tout temps aussi, on a trouvé les jésuites gardiens vigilants de Rome, colonnes du cathoHcisme, redoublant de zèle et d'activité. Ils ont été soldais, ils ont été martyrs; ils ont combattu l'hérésie, fille de Tenfer, qui veille comme une prostituée aux portes de la sainte Église , appelant à elle tous ceux qui y entrent ou qui on sortent avec des paroles de séduction et de licence qui lui j^^'îgnent le cœur des faibles.
Leurs âmes héroïques semblent avoir fait scission avec leurs corps, tant ils paraissent peu émus des outrages et des persécutions des méchants.
Fermes, inébranlables dans la voie apostolique dans laquelle ils se sont engagés, animés de la foi invincible desapôtres, tels, ces hommes simples et humbles de cœur qui ont change hi ùxc du monde. Les jésuites ont régénéré les peuples par la parole, fille de TEsprit Saint, qu'ils ont fait retentir aux extrémités de la terre. Leurs ennemis acharnés ne leur ont tenu (ompte d'aucun effort, d'aucune vertu; ils ont employé contre eux le mensonge, et quand ils n'ont pu nier leurs martyres, ils en ont ri, les misérables! Ils en ont fait un sujet de cruelles plaisanteries. A ces martyrs, qui n'attendent rien de la terre, qui souffrent et meurent en chrétiens , plus grands que leur infortune, ils ont contesté la majesté, la dignité et jusqu'à h £)i. Ils lâchent de rendre ridicule leur mort héroïque ; ils ba-
dînent sur leurs douleurs; ils ramassent leur sang, et ils le boivent dans leurs orgies. Ils font des vaudevilles et des romans de ces persécutions supportées pour FÉglise* Après leur avoir refusé justice, ils leur refusent même de la pitié. Ce sont des jésuites, donc ils doivent être maudits. Leur science, leurs travaux gigantesques, leurs luttes contre Thérésie protestante, leurs sublimes missions, les enseignements de ces professeurs incomparables, tout ce qu'ils ont fait pour Thumanité, pour la civilisation, tout cela n'est compté pour rien. Leur Ordre est irréprochable ; pas un des crimes dont on les a accusés n'a pu être prouvé ; mais c'est égal, les passions humaines sont soulevées contre eux, il faut suivre le torrent du préjugé. Il importe de ne pas désobliger les philosophes, les publicistes, les légistes , les libres-penseurs, les sectaices. A bas les jésuites! On les a outragés , calomniés, insultes, exilés , emprisonnés, volés, assassinés, et ils se sont laissé faire et ils ont prié pour leurs persécuteurs, n'importe! Ce n'est pas la majesté de leur vertu et de leur résignation qui est touchante, c'est la cruauté de leurs oppresseurs ! Et ce sont les philanthropes qui sont sans pitié pour ces pauvres prêtres innocents, ce sont eux qui s'apitoient sur le sort des assassins, et qui réclament l'abolition de la peine de mort!... Barbares envers les jésuites, ils sont pleins de sympathie pour les cruninels les plus pervers!...
Telle est la loyauté de ce libéralisme qui a livré la France aux marchands, aux avocats, aux journalistes, aux proxénètes, aux universitaires, aux légistes, baladins , pédans et bouffons qui l'ont à leur tour, et deux fois déjà, livrée aux républicains, leurs exagérateurs.
Quand la révolution attaque les jésuites, c'est l'Église qu'eHe veut attaquer ; personne ne s'y méprend. Or, tout ce qui se fait contre l'Église se fait contre les peuples, contre leur bien-être, contre leur repos, contre la restauration morale que les véri* tables amis des peuples appellent de tous leurs vœux.
Sans le sentiment religieux, la liberté, rautorité, la civilisation, rien ne sera stable» parce que rien ne sera respecté.
En ce temps-là, le souverain Pontife publia le statut fonda* mental d'un gouvernement représentatif.
L'autorité cédait; les révolutionnaires devaient, ce semble» se montrer satisfaits et demeurer calmes. Il n'en fut rien. Sous prétexte de se réjouir à cette occasion, ils s'agitèrent de nouveau. La douceur de Pie IX, son indulgence, ses bontés in-^ finies, loin de calmer leurs passions, les déchaînaient furieuses. Enflées de leurs lâches succès, ces ennemis de la piété, de l'autorité, de la vertu et de la pudeur poursuivaient le SaintrPère de leurs exigences sans cesse rmaissantes, et le elei^é du venin de leurs satires, de leurs épigrammes, de leurs calomnies. Les concessions les plus larges ne pouvaient tempérer la morgue de ces (Mrgueilleux, qui étalaient publiquement avec des femmes honteuses, à courts jupons, le cynisme de leur audace ordurière.
Ivrognes, débauchés, insoumis, méchants, ils parcouraient la ville éternelle avec leurs impures compagnes, en vociférant des refrains républicains et dès chants obscènes, afin d'effrayer les habitants comme citoyens, et de les scandaliser eomme pères de famille. Beaucoup cependant, parmi les bour» geois» applaudissaient du haut de leurs fenêtres et du seml de leurs boutiques; ils croyaient qu'il leur serait facile, plus tard» de museler ces hyènes déchaînées, et de retirer la dmir bu» maine de leurs gueules san^nUs. Ils prouvaient une secrke
joie de voir la religion, qui gênait leurs passions» aritie dans la pononne de ses ministres; ils trouraient un plaisir infini^ ime Tolupté de huguenot k entendre dire du mal des préires» à entendre crier : « A mort ies Jésuites ! » Eux aus», ees boui^eois qui, même matériellement, ne vivaient que par FEglise, ils avaient eontraclé l'habitude , depuis ees temps drittdifférence^ d'aplatissement et d'abâtardissement^ de dénigrer les saintes choses. Ils se promettaient, il est vrai^ une Sois à leur lit de mort, de détester ces méchantes actions ef de les désavouer ; mais en attendant l'heure suprême ils égralH» gnûent la croix. Contre la vérité, ils se servaient de la plume et de la parole, qui, à la fin, la feront triompher de rerreur.
Tous les révolutionnaires de Rome n'étaient pas les enne* mis déclarés de l'Eglise; beaucoup se disaient même de ses amis; mais c'étaient de ces amis suspects, de ces amis tièdes oo traîtres, ce qui est la même chose ; car ceux-là qui ne sont pas avec l'Eglise, qui enseigne le christianisme vrai, le christianisme divin, sont contre elle. Les natures placides qui n'osesDt pas attaquer de front les préjugés de la Révolution, qei n'ont pas une haine vigoureuse contre l'erreur ; ceux qui n'ont pas l'impatience des combats gigantesques avec le mal» s<mt des auxiliaires inutiles, dangereux souvent même pour la vârité. Les soldats qui ne se battent pas ne sont pas seulement un embarras^ mais un péril dans une armée.
II y avait à Rome plusieurs sortes de gens qui travaillaient à la mine de l'autorité : les révolutionnaires de la rue, les gueux; les étrangers, ramas de tous les bagnes et de tous les bouges, à la tête desquels marchait Ciceruacchio ; puis le& meneurs, princes et bourgeois, ceux qui, le plus souvent sans y prendre un part matérielle, poussent aux mouvements popu-» knres^ les uns par ambition» 1^ autres par ingratitude, d'autres par orgueil, d'autres encore par imbécillité. Enfin il y avait 1^ tnnides, les lâdies qui, au fond de lew cœur, faisaient ieê venix pour le Saiut^Père^ mais n'auraient rien exposé peur le
délivrer du joug démagogique. Ils souhaitaient sinoerement le retour de Vordre ; mais, par peur, ils caressaient les hommes de désordre, ils criaient et blasphémaient comme eux ; devant eux, ils reniaient Pie IX comme autrefois Pierre renia Dieu. Ces gens-là étaient incontestablement les plus forts ; mais ils étaient non moins incontestablement les plus lâches.
Au dessus de cela, il y avait les chefs du vieux libéralisme, qui espéraient profiter des agitations du jeune radicalisme et confisquer la victoire à leur profit ; — ce fut le contraire qui arriva. Parmi ces hommes-là, il y avait despublicistes, des hommes du monde que l'ambition seule avait jetés dans la voie fatale à leur pays et eux-mêmes. Ils ne manquaient pas de capacité, mais l'orgueil les aveuglait. Ils étaient de ceux dont saint Augustin a dit: « QuanhêmpropinquaveruntinteUtgentia, ianlum superbia recesserunt. — Autant ils s'approcheront de Dieu par Fintelligence, autant s'en éloigneront-ils par leur orgueil. »
Cette esquisse des forces hostiles à l'ordre explique Timpuissance du gouvernement pontifical, dont le tort incontestahle avait été de ne pas seconder le Saint-Père en déployant une fermeté indispensable, dont le crime avait été de le parquer dans ses bonnes intentions. La violence des. uns fut bien se* coudée par la faiblesse des autres, par leur timidité, — cette paralysie du courage.
Après ce qui précède, la scène que nous allons raconter ne surprendra pas. Le 21 mars, les sociétés secrètes organisèrent une manifestation en faveur de Vlndépenâance italienne. Les bandes infernales, suivies d'un troupeau de curieux et de niais, se portèrent tumultueusement au palais de l'ambassade d'Autriche, pour en arracher les écussons. Ils furent enlevés par la force, au mépris du droit des gens et de toutes les règles de la dignité des nations, puis foulés aux pieds, couverts de boue ti brisés. Les morceaux furent placés dans une charrette, qui fut triomphalement promenée par la viHe. Les républicains,
qui triomphaient si facilement d'un écusson, devaient mordre la poussière et se sauver lâcbement, pour la plupart, devant l'empereur dont ils insultaient les armes. Sur le palais de l'ambassade d'Autriche, les agitateurs avaient mis, à la place du drapeau allemand, un étendard sur lequel on lisait : « Haute-Italie. »
Comme la foule arrivait au Corso, en dansant, en vociférant autour de ces débris, — tels les cannibales autour de leurs prisonniers, -— un paysan conduisant un âne déboucha d'une rue transversale ; ils furent entourés par les frères, qui place* rent les armes de l'Autriche sur le dos de l'animal; quelques lambeaux lui furent attachés après la queue, et le cortège so remit en marche vers le bûcher préparé d'avance sur la Place du Peuple. Là, un feu de joie fut allumé, et les démons repri*rent leurs danses infernales, aux applaudissements des bour« geois et à la honte de l'autorité sans énergie. Les odieuses femmes mêlées à ces sauvages se distinguaient par l'obscénité de leurs plaisanteries et de leur attitude. C'était le carnaval de la démocratie, étalant au grand jour, comme le lépreux ses plaies, étalant ses violences et ses luxures, sa putride corruption. Un des orateurs chéris de la plèbe, un Cicéron en gue-^ nilles , formula le vœu suivant :
— « Puisse la colère du peuple italien dévorer le dernier barbare, comme ce feu va consumer les honteux emblèmes de sa puissance; et puissent ces cendres être jetées au vent, comme le sera bientôt la poussière de ce bûcher ! » j
Cette parole de la fraternité moderne fut saluée par de? bravos et des grincements de dents. Comme le bûcher n'offrait plus qu'un brasier ardent, il se trouva un honnête démocrate qui proposa d'y jeter l'âne. — < Ge sera amusant, » dit-il. Ce caprice fut jugé adorable, t'e sentiment d'humanité fut partagé par la foule, dont les instincts féroces étaient excités. Mais le propriétaire de l'animal n'y trouvait pas son compte. — € Y pensez-vous, frères ? s'écria-t-il, mon im efrt
aussi bon Italien que vous et moi * À bas ràutricbe ! mais vive ritaiie!»
Le peuple smiverain voulut bien ne pas s'ammer davantage ; il rentra dans ses clubs, où il reçut les compliments des patriotes.
Cest par des scènes de ce genre que les partisans forcenés de rindépendance, souillaient cette cause et la compromettaient à jamais.
Le gouvernement, n'osant, ne pouvant sévir contre ces actes» inouïs dans l'histoire des peuples civilisés, protesta contre eux dans la Gazette de Rame.
La constante sollicitude de Pie IK était désormais impuissante à purifier les mœurs publiques» souillées par Tesprit républicain. La révolution s'était servie de son nom, de son courage, de ses vertus ; maintenant elle le débordait. Quant aux honnêtes gens, les uns étaient trop faibles et trop peu courageux; les autres, emportés par le torrent des réformes par eux-mêmes grossi jadis, roulaient aux abimes, éperdus, brisés, tournoyant comme des naufragés au sein des mers profondes. Les radicaux ne se gênaient plus ppur jeter le masque de libéralisme qu'ils avaient pris pour cacher leur but final : la république et le socialisme. S'ils avaient réellement voulu l'indépendance de leur patrie, ils s'y seraient pris plus dignement; mais ils avaient toujours manqué de sincérité dans leurs démonstrations patriotiques. Ce qu'ils voulaient, c'était l'anarchie ; l'indépendance de leur pays n'était qu'un prétexte» C'était la glu avec laquelle ils avaient pipé nombre de dupes^ qui ne s'aperçurent qu'on les avait attirées pour les déplumer qu^après avoir été prises.
Ces superbes soldats de l'indépendance se battirent beaucoup en discours; ils chantèrent bruyamment la victoire et trinquèrent énormément au cabaret ; en paroles, ils tuèrent fm très-grand non^bre d'Autrichiens» et pas mal aussi de réactioaoairesy Italiens comme eux, coupables d être restés fidèles
au tPÔDe et à Tautel. Il est vrai que plusieurs, parmi ces derniers, furent traîtreusement assassinés par les spadassins des sociétés secrètes ; mais quant à l'ennemi, ce fut lui qui mît en pleine déroute les héros des barricades.
C'est en exploitant le sentiment de la nationalité que le parti républicain fit éclater des bouleversements en Italie. Il avait,, par ses discours, par ses journaux, par ses pamphlets, excité ces peuples jusqu'au paroxisme de la fureur et de la haine, et,, dans son insolence, il avait osé menacer la France elle-même,. la France, dont il devait implorer le secours, et qui, pour toute réponse, devait lui infliger la défaite, en sauvant les honnêtes gens, trop lâches pour se sauver eux-mêmes. Oui, dans un jour d'arrogante folie, les journaux de la révolution avaient menacé la France de lui reprendre la Corse par les armes!... Mais ces publicistes et leurs patrons devaient pousser encore plus loin leur jactance. Il n'y eut que leurs vices et leur lâcheté qui purent égaler leur orgueil.
L'Italie était donc en grand mal de démocratie. Le principe d'autorité était débordé partout, sur plusieurs points même le sceptre avait échappé des mains légitimes. A Parme, un menuisier, membre des sociétés secrètes, avait donné le signal convenu de l'insurrection en assassinant une sentinelle. C'était la répétition de la tragédie jouée au boulevard des Capucines, à Paris, par d'autres républicains, le 25 février 4848« Le meurtrier de Parme s'appelait Henri Mélegan, et dans les clubs, Richetti. Le chef de l'Ëtat ne se défend pas contre Té* meute, il temporise par humanité ; le prince héréditaire, un Bourbon, brise son épée, et s'écrie en la jetant aux pieds de son père : c Monseigneur, c'est la seconde fois que vous transiges avec la révolution quand vous devez la combattre ! >
Dans l'espoir de calmer la sédition, Charles II institue une ffégeoee qu'il chaîne d'enfanter une constitution. Les factieux n'en sont naturellement que plus hardis : les membres de la régence se transforment en gouvernement provisoire et se
constituent en comité de salut public. Puis ces traîtres renvoient les troupes autrichiennes, organisent une garde nationale , qu'ils composent en grande partie des plus mauvais sujets, et décrètent une constitution démocratique. Le prince héréditaire, chargé d'une mission auprès du roi Charles-Albert, fut pris par trahison par des wlontaires de la liberté, garrotté comme un forçat, maltraité, insulté et jeté dans un cachot, où il fut laissé seize heures sans boire ni manger, demandant vainement un verre d'eau pour apaiser la soif ardente qui le dévorait. Il fut ensuite conduit prisonnier à Milan, tombée au pouvoir des sociétés secrètes. Ce n'est pas tout : la révolution n'épargne personne, ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants ; elle s'acharne au contraire après la faiblesse. Charlés II avait confié à l'honneur de ses sujets sa femme, dangereusement malade, et sa belle-fille, enceinte de sept mois. Les républicains membres du gouvernement provisoire, suivirent encore en ceci les traditions de leur parti ; ils abreuvèrent les deux infortunées princesses des outrages les plus odieux ; ces exécrables scélérats ameutèrent contre ces malheureuses, qu'ils devaient protéger, ne fût-ce que comme femmes, la foule furieuse. On les accabla d'injures, d'obscènes propos, le tout assaisonné de jurements et d'imprécations atroces; les uns les menaçaient avec des armes volées ; les autres, sans veste, les manches retroussées, la chemise ouverte, enfin en costume de septembriseurs, leur tenaient les discours les plus dégoûtants. Sur les murs de leur prison venaient déferler les flots pressés de cette populace avide de carnage, altérée de sang, ivre de colère et de vin. Les orateurs du peuple venaient insulter ensuite officiellement les prisonnières ; ils s'acquittaient en conscience de cet ignoble office, pour lequel ils étaient payés par les organisateurs du tfavaU. Des furies, femmes tombées à l'état de bêtes féroces, se faisaient remarquer, dans cette fange humaine, par leur cynisme crapuleux. Ce qui les excitait surtout contre les pauvres victimes, c'était la double majesté de la race
et du malheur qui rayonnait en elles; c'était la dignité et ht douleur peintes sur leurs nobles visages. La douleur et la di* gnité sont deux choses qu'il n'est pas permis d'ailicher à ces époques désastreuses; elles révoltent la bassesse triomphante; elles importunent le vice heureux.
Enfin, les deux princesses partirent, la nuit» par une pluie torrentielle, dans un cabriolet découvert; transies de froid^ brisées par l'émotion, elles gagnèrent ainsi la Toscane.
En Lombardie, la révolution procédait par les mêmes violences. Elle rêvait 'une république unitaire, dans laquelle elle n'osait pas dire qu'elle comprenait le Piémont, parce qu'elle comptait, avant, sur le courage du roi Charles-Albert. Le duché de Parme, après^ les crimes que nous venons de racoater, et bien d'autres encore que ce récit ne comporte pas> avait été, dans la même pensée et pour le même besoin, offert à Charles-Âlbert, qui le conserva jusqu'après la défaite de Novarre. La Lombardie, Modène et Venise avaient imité Parme, llazzini était alors à Milan, d'où il faisait un brûlant appel aux armes à toute l'Italie.
Or, il est utile <de constater que, en agissant de la sorte, ea iîherchant à démocratiser l'Italie, en se souillant de crimes, ea iittaquant le principe d'autorité au profit de l'anarchie » le^ parti républicain, loin de travailler à l'affranchissement de Idr patrie^ travaillait à son asservissement, et lui préparait d'irréparables désastres.
On sauve un peuple par du courage et par de la sagesse, non par des crimes; on le régénère par des vertus, non par des vices^
Qui a ruiné l'Italie? N'est-ce pas un vice caché qui explique la défaite des soldats de l'indépendance italienne ? Assurément. Les hommes qui ont dirigé le mouvement n'ont pas défendu la patrie ; ib l'ont compromise, ils l'ont perdue. C'est que c'était bien moins le pur sentiment du patriotisme qui les gui« dait que ce mauvais esprit révolutionnaire, qui dénature» en les outrant, les droits les plus sacrés. En se séparant des rois^ 1. 1., It
de ritalie^ en attaquant le pouvoir du souverain Pontife, en rêvant une unité démagogique» une république démocratique et sociale italienne, ils ont cherché une indépendance împos* sible à conquérir, impossible à maintenir là ou ils purent la faire triompher, et qui n'était ni dans le vœu ni dans Tintérêt des peuples de la Péninsule italique.
Tandis que la révolution compromettait ainsi la cause de l'indépendance dans la Haute-Italie, à Rome elle se livrait aux dernières violences. Le signal donné à Paris le 23 février avait été compris par les anarchistes de toute l'Europe ; la révolte^ victorieuse un instant à Vienne, à Munich, à Berlin, à Franc^ fort, dans une grande partie de TAllemagne, s'occupa de recruter des soldats à Rome même, sôus le prétexte du patrio^ ûeme. Une réunion immense eut lieu au Colisée, le 23 mars. Le temps était splendide ; la nature, indifférente aux agitations humaines, était radieuse; la foule était immense au rendezvous donné par les sociétés secrètes. Outre les membres de ces ?éunion$ funestes, mêlés à la foule pour la tromper et la dé* praver, pour la circonvenir et Tentraîner, il y avait la garde civique, les troupes de ligne, des prêtres, les uns, en très-petit nombre, apostats de l'Ëglise, les autres venus là en observa*leurs et en curieux; puis des princes, des nobles, des bour» geois, des artistes, des ouvriers. C'était à la fois un spectacle éclatant et triste que celui offert par ce peuple dupé, que les révolutionnaires conduisaient par des fêtes à la misère^ à la mort, entassant ruines sur ruines avec une activité forcenée.
Tous n'étaient pas directement coupables, dans cette muU titude : la plupart étaient trompés. 11 y avait là nombre de conservateurs à courtb vue, de mixtes, de tempérés dans le mal, qui fabaient avorter tous les plans de Pie IX , qu'ils honoraient en détestant les Jésuites; gens très-dévoués à la religion en calomniant les prêtres; honnêtes citoyens qui ai« ment les rois et ouvrent la porte à toutes les révolutions faites contre eux.
La fête fiit splendide, la mise en scène grandiose : drapeaux, bannières, musique, chants^ discours brûlants, rien n'y manqua, rien, excepté la fol qui vivifie, la patience qui enfante, Tohéissance qui donne le triomphe aux nations comme aux armées. La comédie fut pittoresque et, en même temps, misérable et ridicule. Les paroles furent pompeuses, mais elles n^exprimèrent aucun sentiment sincère ; elles furent héroïques même, mais aucune action magnanime ne les suivit. Q'est peu de parler quand il faut agir.
Il existe, au.GoIisée, une chaire sacrée, du haut de laquelle, en temps ordinaire, un moine de Saint-Bonaventure répand la vérité dansTâme du peuple, auquel il raconte les souffrances , les miracles , la résignation et le martyre de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce jour-là les révolutionnaires en firent une tribune démocratique.
Ce fut un prêtre apostat qui, le premier, prit la parole* Ce révolté avait nom Gavazzi. C'était un des plus forcenés agitateurs de ritalie; criminelle parodie de Pierre IHiermite, il prêchait théâtralement la croisade du mal. Il était vêtu d'une robe noire recouverte d'un manteau d'histrion; une grande croix verte, rouge et blanche, — les couleurs des carbonari^ — le recommandait à l'attention publique autant que l'expression énergique de sa figure étudiée et ses gestes d'une aifectation dramatique. Son regard s'efforçait de paraître inspiré et sa bouche frémissante; sur ses épaules flottaient ses longs cheveux avec une négligence préparée. Se posant ainsi , l'œil en feu, la jambe tendue, les bras ouverts, il commença d'une voix haute et artîstement émue :
— € Frères, le jour de la délivrance est arrivé ! l'heure de la croisade sainte a sonné! Aux armes! Dieu le veut! Dieu le veut! aux armes! ï>
— « Aux armes ! Dieu le veut ! » répétèrent les compères répandus dans l'auditoire.
Il dit encore :
— « Autrefois, quand les peuples de l'Occident voulurent fonquérir le sépulcre de celui qui, de là croix du Golgotha, avait fait un piédestal à la liberté , ils arborèrent la croix sur leur poitrine, et, sous l'étendard du Christ, ils s'élancèrent sur rOrient. Leur cause était juste , leur cause était sainte. Plus juste et plus sainte est la nôtre ! Aux armes ! Romains! TAutrichien, cent fois plus barbare que le Musulman , est à nos partes; comme les Croisés, arborons la croix sur nos poitri* Des, et en avant sur rennejiii, car Dieu le veut!.....
> Celui-là n'est pas digne de s'appeler Romain qui, dans les temps oii nous sommes, préférant ses affections et ses intérêts privés à Tintérét général, resterait lâchement dans ses foyers. Celui-là n'est point digne d'être le descendant des maîtres du monde, l'héritier des victorieux duCapitole, qui refuserait de vaincre ou de mourir pour l'indépendance de l'Italie ! Celle-là n'est pas digne d'être appelée Romaine et de donner des enfants à la patrie qui retiendrait dans ses bras son fiancé! Celle-là ne serait pas digne d'être mère, ou d'être bénie dans ses entrailles fécondes, qui verserait des larmes sur te départ de son fils! Celle-là ne serait pas digne d'être la fille liéroïque des matrones romaines qui captiverait par ses charmes le courage de son époux réclamé par la bataille ! >
Ce pathos prétentieux ne pouvait rien pour Tindépendance italienne, pour laquelle Pie IX eût plus fait , pacifiquement , avec le prestige de son nom , l'autorité de sa parole et de ses vertus. Ces discours ne servirent qu'à enflammer les cœurs imprudents, à donner cours à des impatiences, et k ençoura^ l^er les coupables espérances des républicains , spéculant sur le patriotisme. Ces excitations véhémentes , ces entraînantes conjurations ne fournirent pas un soldat courageux, discipliné, fidèle ; elles enfantèrent une armée de mutins, de bavards, d'orgueilleux sans courage.
— < Romains! reprit l'agitateur, vos ancêtres ont conqfuis le monde ; voulez-vous être dignes d'eux? »
— « Oui, oui! V crièrent les claqueurs en applaudissant
— « Oui ! oui ! > répéta la foule excitée.
— a Romains ! voulez-vous, brisant les fers de Tesclavage^ marcher à la conquête du plus précieux de tous les biens, à k gloire, à l'indépendance, à la liberté ?••• »
— « Oui ! oui ! » répétèrent les mêmes voix.
Et pourtant les Romains n'avaient à marcher à aucune conquête glorieuse ; ils étaient très-indépendants; il avaient tant de liberté qu'ils avaient trouvé moyen d'en abuser excessivement.
S*ils avaient un joug à secouer , c'était celui de la révolution, du parti républicain , non celui du Saint Père, comme eux opprimé par ce parli. Les Autrichiens n'étaient point à Rome, ils ne menaçaient point Rome d'une invasion ; les des* cendants des maîtres du monde , les héritiers des victorieux du Capitole pouvaient se dispenser de vaincre et encore mieux de mourir pour leur indépendance, attendu qu'elle n'était nullement menacée par l'étranger. Les filles héroïques des matrones romaines n'avaient nul besoin d'envoyer leurs époux et leurs fils sur les champs de bataille. Si cela eût été nécessaire;, il fallait que le gouvernement légitime, réellement beaucoup plus jaloux de l'honneur national que les orateurs des clubs, prit rinitiativô d'un appel aux armes ; le signal ne devait pas être donné dans la rue par des intrigants sans mandat. Raisonnement de la sagesse, en dehors duquel il n'y avait que trouble» anarchie, mensonge, déception.
Le démagogue Gavazzi demanda ensuite aux assistants s'ils voulaient devenir encore le peuple-roi; ils n'y voyaient aucun inconvénient, ils répondirent par des acclamations électriques.
— « Eh bien ! » reprit le charlatan, absolument comme si la conquête du monde dépendit de lui ; — « eh bien ! que vo» tre volonté soit faite ! »
— - < Qu'elle soit faite ! » répétèrent sans façon les comparses chargés de donner la réplique. « Aux armes! »
— ise —
— «Oui, aux armes! » continua le tribun, a Romains! au non! de l'Italie, aux armes ! la carrière est ouverte ; aux armes ! la TÎctoire tous attend; aux armes! Romains ! en ayant! Dieu le' veut! en avant !»
Personne ne bougea , toujours comme au théâtre ; mais tout le monde cria aux armes! et en avant! de même que les travailleurs des ateliers nationaux à Paris chantaient ce refrain : a Le iravatlj c'est la liberté, » en se promenant les mains dans leurs poches, et en dissipant l'argent des contribuables.
Quand les spectateurs furent las d'applaudir» on leur servit une autre pièce de la même fabrique. Cette fois, ce fut un prétendu prolétaire qui parut au pulpito. Ce jeune homme» non moins dramatique dans son attitude que le précédent en* traineur^ se nommait Rosi, et se faisait appeler modestement le berger-poète. Cette variété sociale a un caractère plus pastoral, plus florianesque en Italie, pays où l'on aime les images» les effets, et où Ton fait de l'art en tout, même en vous assassinant. En France, la démocratie a aussi ses poètes-ouvriers ; mais ils se contentent d'être savetiers.
Berger est d'un plus bel effet; c'est mieux trouvé. Celui^-Ià était un jeune garçon doué de cette pâleur de l'homme éreinté par le vice, avachi, vieilli, rompu par la luxure. Ce teint de poitrinaire a été mis fort à la mode par la littérature romantique qui, par son immoralité, est à la littérature chrétienne ce que le frelon est à l'abeille.
Ce jeune vieillard était déguisé en montagnard romain; il était propre et coquet comme l'acteur qui ne porte ses habits qu'au théâtre. C'était un berger d'opéra-comique. Ce pittoresque vêtement se compose d'une veste de velours bleu, d'une culotte courte pareille, de guêtres de peau noire et rouge, retenues par des boucles de cuivre, et d'un petit manteau en drap vert foncé, doublé d'une peau de mouton. Le citoyen Rosi portait ce surtout sur l'épaule avec une coquetterie peu
villageoise. Le costume était complété par des souliers ferrés, cela est vrai, mais tout neufs» et n'ayant sans aucun doute ja* mais vu la montagne; il avait encore un filet rouge et, autour du corps, une immense ceinture tricolore, sans laquelle il n'aurait pas cru pouvoir décemment se présenter pour enflammer le peuple. Il monta gravement à la tribune, et, jetant un regard de satisfaction sur les auditeurs, il commença d'un ton superbe ;
— « Frères! »
On applaudit aussitôt.
— c Je ne suis ni un orateur, ni un savant, moi ! » continuat-il avec Torgueil démocratique : -— a je ne suis qu'un pauvre paysan qui ne connaît l'histoire de son pays que par les ruines qui recouvrent la terre de ses campagnes. Chacune de ces rui* nés porte un souvenir, chacun de ces souvenirs conserve un nom, chacun de ces noms forme un ensemble merveilleux, un monument éternel élevé à la gloire de l'Italie. •... L'Italie, frères! ce nom trois fois cher provoque des larmes dans vos yeux, et votre main se porte instinctivement à vos côtés pour y trouver le glaive de la résurrection ! Lltalie vous attend sur son lit de douleur ! Elle vous appelle, vous qui êtes ses enfants I Elle vous demande plus que la vie que vous lui devez : elle vous demande la liberté ! Vous seuls pouvez la lui donner ; serez-vous insensibles à son appel ? Répondez ! »
n n'attendit pas longtemps. Les choristes s'empressèrent de répliquer, comme c'était entendu : — « Non! non! Vive ritalie!»
— « Vive l'Italie ! » cria la foule enlevée.
Le Berger-poèie continua quelque temps encore de la sorte» . n fut remplacé par le secrétaire du citoyen Charles Bona^ jxirte, auparavant connu sous le nom de prince de Canino, de même qu'avant de s'appeler Philippe-Égalili le chef de la branche cadette des Bourbons était connu sous le nom de duc d'Orléans. Le citoyen Charles Bonaparte vaut le citoyen Philippe-- Égalité.
Le citoyen Masi, bien qu'il fût secrétaire du citoyen Charles Bonaparte, était poète* Il ne manquait même pas de ce talent de forme que les poètes mettent trop souvent au service des mauvai3es passions, au service du libertinage et de la démocra*^ tie, — ce libertinage politique.
Le frère Masi annonça qu'il ne pouvait que développer ce qui avait été dit par les précédents orateurs; il le fit en termes énergiques , et souvent le mot servit bien sa pensée. Il fit un cours d'histoire, et fit passer sous les yeux des assistants le pa* norama d'un passé qu'on ne refera pas.
n céda la place à un jeune prêtre, pauvre homme fanatisé , qui vint de bonne foi débiter le speach suivant, dont il doit se repentir grandement aujourd'hui, s'il est revenu à la raison : — « Je me rends à l'appel de la patrie. Quand la patrie est en danger, le prêtre redevient homme. Je quitte l'habit des lévites du Seigneur pour l'habit du soldat , le crucifix pour le glaive de la bataille! Je les dépose au pied des saints autels pour venir les reprendre au jour de la délivrance , si Dieu ne me rappelle à lui avant le triomphe. Je n'ai qu'une âme , cette âme appartient a Dieu ; je n'ai qu'un cœur, il appartient a l'Italie ; j'ai deux bras, l'un sera pour combattre le barbare vivant, l'autre pour bénir les fidèles morts. Vive l'Italie ! i
Ce langage, tenu par un pauvre égaré, avait quelque chose de touchant qui le rendait bien plus dangereux que les furibondes déclamations des démagogues. Il pouvait troubler les consciences les plus honnêtes, entraîner les cœurs les plus catholiques. Un ministre de la religion, un soldat du Christ ^abandonnant l'autel pour le glaive, il y avait là de quoi donner le vertige aux esprits vulgaires et les jeter dans cet éclectisme religieux et politique qui a perdu tant d'âmes, qui au* rait perdu l'Italie en la donnant en proie à un socialisme sauvage qui l'eût dévorée, si Dieu n'avait suscité le bras de la France catholique pour la sauver.
Ce fut ensuite le grotesque eit incapable général Doranda
qui prit la parole ; il céda la chaire de vérité dans laquelle s'étaient installées l'erreur et l'iniquité à un moine de Tordre des Conventuels» Tun des plus farouches membres des sociétés secrètes. ' Cet imposteur était Français ; aussi se permit-il dé parler au nom de la France. Il se nommait Dumaine; en reli-* gioD, on l'appelait Stefano.
Cétait un de ces modernes utopistes dont l'état mental n'est rien moins que sain. Ce raffiné démocrate offrait le type verdâtre auquel appartiennent Marat, Babœuf, Mazzini, Sterhini et le citoyen Blanqui. II avait le teint maladif, le corps grêle , la figure cave, les yeux fiévreux et respirant la haine. Il se vanta d'abord d'être né en France, et ce fut une grande humiliation qu'il infligea à mon pays. Il compara ensuite la France à l'Italie, déclarant que celle-là étant en république celle-ci devait l'imiter. Avec une sombre franchise, il montra les conspirateurs des deux pays étroitement liés entre eux, solidaires les uns des autres, et s'entendant tous ensemble pour bouleverser l'Europe; il salua de ses hommages les grands hommes qui» de chaque côté, représentaient la même opinion : Lamennais et Gioberti , Ledru-RoIHn et Mazzini ; il compara aussi M. de Lamartine à Sterhini. Après quoi, il parla longtemps sur la liberté, sur Y égalité et sur la fraternité, et il calomnia les rois, qui l'avaient comblé de bienfaits, qui lui avaient donné du pain! Celui-là encore était un ingrat, si ingrat que, quelque temps après, il quitta l'habit religieux pour revêtir l'uniforme des corps-francs du communisme, et que ses prc* miers actes de pillage furent subis par les couvents de l'ordre auquel il avait appartenu ! Sa mère, en apprenant tous les forfaits de ce républicain décidé, mourut de chagrin !...
La comédie n'était pas finie. Ce fut une scène burlesque qui fut jouée ensuite. Un démagogue, le général en chef Ferrari » monta à la tribune, d'où il eut le dialogue suivant avec quelques eompères placés tout près, et chargés de représenter les vœux du peuple $€uverain. kpths être entré avec eux dans
des détails ridicules sur la nourriture qui serait donnée aux soldats de Vindépendance^ il aborda la question de k solde.
— « Nous ne voulons point d^or, » répondent les compërev» dont pas un ne devait entrer en campagne ; c nous ne voulons point d*or, mais du fer et du pain î
— c Vous aurez Tun et Tautre; le pain est le muscle de k guerre, le fer en est le nerf; vous contenterez-vous de quinze baiocchi par tête et par jour?
— «Du pain seulement et du fer! Hien que du fer et du pain! L'or à Tesclave^ le fer à lliomme libre !.*•
— «Eh bien ! puisque vous êtes si bons citoyens, vous n^'aurez que dix baiocchi par jour. »
^ Cette scène était digne d'une comédie. Cétait risible et c'était honteux. Les amateurs du comique durent trouver cela très plaisant. Sterbini comprit ce ridicule; il le remplaça par Todieux. S^élançant à la tribune où Ferrari compromettait la cause et jouait déplorablement son rôle, il fit un discours véhément, tout ruisselant du socialisme le plus brutal, le plus impkcable^ le plus farouche. Il désigna les riches, les nobles, les prêtres et les religieux comme les ennemis des peuples; il appela la dévastation, le pillage, tous les excès du vandalisme sur les palais et sur les couvents. Communiste et athée^ cerépublicaia logique appelle les riches et les prêtres des inutilités. U faut que tous ceux qui possèdent soient dépouillés, et que le nom de la Providence soit rayé de la langue humaine : c'est la doctrine de M. Proudhon; ni propriétaires, ni Dieu; c'est-à-dîre m liberté, ni récompense du travail , ni vie morale, ni espoir, ni immortalité; les hommes sont des animaux, enfants de k matière et y retournant.
Voilà où arrive de conséquences en conséquences^ les révoltés contre FÉglise de Dieu !..*
— « Frappons dans leur fortune ces inutilités de Vespèce ftt(maine! Aux hommes du peuple, le sacrifice du sang! aux pri- Tilégiés de la naisstfince» le sacrifice de k richesse 1 Puisque ces
derniers, amollùp<«rleê jauùêancei de la vie, ne sauraient payer de leurs personnes, i\ est juste qu'ib paient de leurs tré* sors !»
— c Oui ! oui ! « répétèrent les amis, ainsi que les mauvais garnements, les partageux , qui trouvaient cela très juste et très édîGant.
Le hideux tribun continua :
— c Le rôle que nous leur faisons est encore assez beaul la noblesse et le clergé seront les banquiers de la guerre de rindépendance. Vive Tltalie ! »
a Nous vaincrons! » ajouta-t-il avec cette crânerie dont le ridicule égaie les spectateurs dans les vaudevilles.
Le père Gavazzi revint encore au pulpiio , afin d'exciter le peuple à aller tourmenter le Saint -Père, à le forcer à bénir la guerre qu'il désapprouvait comme pape, comme prince et comme citoyen.
Avec le fiel du prêtre insoumis, enragé, censuré, Gavazzi s'écria :
— « Braves Romains ! les discours que vous avez entendus, les orateurs qui se sont succédé à cette tribune ont-ils sufiSsaniment éclairé votre cœur ?
— cr Oui ! oui !
— « Etes-vous convaincus de la nécessité de courir aux armes?
— « Oui ! oui !
— ce Vous sentez-vous la force de Thomme qui veut redevenir libre, le courage qui produit les grandes choses, la volonté qui rend invincible?
. — « Oui ! oui I Nous sommes courageux, nous sommes invincibles!
— c Eh bien ! que le sort en soit jeté, appelons-en à Dieu et à 9on représentant mr la terre, qui bientàt va vous bénir comme il a béni l'Italie! Romains! dès aujourd'hui vous deviendrez Peupte^m! »
La foule applaudit à ces flagorneries honteuses, et le père Gavazzi s'en fut rire avec ses amis du succès de ses exercices. Il avait fidèlement suivi les instructions de Mazzini.
Le moment n'était pas encore venu de suivre le perfide et lâche conseil du prêtre renégat. Les débauclies révolutionnaires de cette journée n'étaient pas finies.
Le père Gavazzi, revenu encore une fois à la tribune, feignît d'apercevoir par hasard dans la foule Ciceruacchio. Le gros homme était accompagné d'un jeune garçon portant le cesfume de minente*
— € Arrive ici... »
Et comme s'il ne le connaissait pas : — u Qui es-tu? >
— « L'ami du peuple. »
C'est le titre que prennent volontiers les agitateurs, ces ( ruels ennemis du peuple.
— € Quel est ton nom ?
— c( Angelo Brunetti, Ciceruacchio.
— « Que viens-tu faire ici?
— « M'inspirer à vos paroles.
— c< Après?
— « Mon devoir.
— « Quel est ton devoir ?
— c< L'exfcrmmaaon du barbare et la délivrance de ma pallie.
— « Pour cela que veux-tu faire?
— < Combattre, vaincre ou mourir.
— « Tu veux donc partir aussi, toi?
— « Je veux que Tltalie redevienne libre... Je partirai î
— « Tu ne partiras pas; à chacun sa place; la tienne est ici, dans Rome; Rome que les braves te confient en partant , entends-tu bien?
— « Alors je resterai, » reprit l'ivrogne en pleurant.
Et embrassant le jeune homme , il le poussa vers Gavazzî , qui en fit autant.
— « Je resterai, » continua le bandit, « mais, en vous
donnant plus que moi-mêffle. » Et, montrant Tenfant : « Recevez donc mon sang» je Toffre à ma patrie ! »
— € Le fils sera digne du père, » fit le tribun attendri» et il cria d'une voix forte : « Vive l'Italie et Giceruacchio ! »
— « Vive ritalie et Giceruacchio! » répétaient les compères et d'autres spectateurs émus de ce beau spectacle.
Gavazzi n'avait pas encore fini de parler ; il lui restait à exploiter l'impression produite par ce tableau : a — Romains! > dit-il avec emphase et en agitant ses bras , a voyez-vous ces tables de pierre, ces fûts de colonnes brisîées, ces ruines anti* ques, ces chapiteaux épars? Ce sont autant de pupitres que la patrie élève devant vous pour recevoir les noms des forts et des vaillants.
« Ces noms, > poursuivit-il après cette belle image, « ces noms, inscrits dans le cœur des Italiens, seront plus durables que s'ils étaient gravés sur des pages de marbre, de bronze ou d'airain ! Maintenant, ô Romains , debout ! Sous le dôme du ciel qui nous prête les plus beaux rayons de son soleil, en présence de Dieu , qui nous voit et lit dans nos cœurs, en présence des hommes qui nous entendent, devant la croix symbolique emblème de la liberté , sur ce sol sanctifié par le sang des saints et des martyrs, jurons tous de ne rentrer dans Rome qu'après avoir égorgé jusqu'au dernier des barbares ! »
Pleins d'admiration pour les saints et les martyrs qu'on assassinait, mais qui ne tuaient personne , le peuple promit d'égorger tous ceux que le père Gavazzi lui désignerait dans sa charité apostolique. Les drapeaux furent agités, et la musique fit entendre la Marseillaise; le peuple était avide de voir ses sillons abreuvés de sang.
[r Dans cette multitude, il y avait des cœurs vraiment patrio-^ tiques, des cœurs italiens. Si, au lieu de se laisser circonvenir par les hommes violents, ils avaient mis respectueusement leur courage à la disposition de Pie IX, s'ils avaient écouté sa voix si ' tendre et si sage, au lieu de se laisser entraîner par lés tribune
de ranarchiei ce jour aurait pu être grand. Il fut petit, et prépara les plus sanglants désastres.
Après la comédie, la tragédie ; après le grotesque, Todieux; après les discours , l'attentat. Les organisateurs de cette journée, jugeant que la foule était assez fnontée^ l'entraînèrent sous les fenêtres du Quirinal pour obliger le souverain Pontife à bénir les drapeaux et ceux qui se préparaient à égorger.
Fidèle à sa politique. Pie IX n'accéda pas à cette insultante demande. Il y répondit par ces belles paroles : — « Ministre d'un Dieu de paix, je ne dois pas bénir les torches qui pourraient incendier TEurope. »
Les sociétés secrètes se sentaient fortes , elles insistèrent; des cris furieux demandant une bénédiction , que la façon dont elle était réclamée aurait seule empêché d'obtenir^ furent poussés à TenTi.
Un officier de la garde suisse vint dire que le souverain Pontife était indisposé et ne pouvait paraître.
— « Puisqu'il en est ainsi , » soufflèrent les meneurs à la foule, — « demandons qu'il bénisse les drapeaux, qui, demain doivent conduire les Braves à la victoire.
-^ < Je vais faire connaître votre désir à lâà^>Sainteté, dit l'officier, ferme dans sa consigne, « et je reviens aussitôt vous faire part de sa réponse. »
Il reparut, en effet aussitôt , et déclara que le Saint -Père ne paraîtrait pas au balcon, mais qu'il consentait à receveur cinq personnes. On applaudit. L'officier distingua dans la foule un sous-officier de la garde civique, dont la figure lui parut celle d'un honnête homme, et il ne se trompait pas. Ce citoyen se nommait Dominique Sopranzi.
<~a Vous êtes sergent, » lui dit l'officier. « Eh Vien ! choisissez vous-même quatre jeunes gens; prenez un drapeau, et suives moi. »
Il fut fait ainsi.
Les cinq Jeunes genS| introduits auprès de Pie IX, se pros*
femÏTent devant lai» domptés par la fascination de son regard. Le Saint-Père fut à eux, et leur dit avec un triste sourire :
— a Eh bien! mes enfants^ vous partez donc demain?
— « Oui, Très-Saint-Père.
— « Savez-vous où vous devez aller?
— « Oïl nos chefs nous conduiront, Très-Saînt-Père.
— « Cest fort bien, mes amis, » reprit-il d'un ton plus ferme; c mais il serait mieux d'apprendre par moi-même votre destination. Sachez donc que vous partez uniquement fçfur aUer protéger les frontières de nos États, Gardez-vous de les franchir y car en le faisant non-seulement vous transgresseriez mes ordres, mais vous assumeriez sur les troupes pontificales la responsabilité d'un rôle d'agression, rôle qui, dans aucun cas, ne saurait leur convenir. Allez donc^ mes enfants, mais rien qu'aux frontière^, je vous le répète, pas au delà desfrontOres : telle est ma volonté î >
D leur recommanda ensuite la pratique des vertus du soldat, le respect de la discipline, l'obéissance, ce triomphe de Fâme sur la bête ; après quoi il bénit le drapoau pontifical que lui présenta Sopranzi, et admît les délégués aubaisement du pied. Ils partirent, enthousiasmés de la bonté du Saint-Père. Comme, en sortant, Sopranzi déclarait au peuple que le Pape n'avait béni la bannière qu'à la condition que les troupes ne sortiraient pas des États romains, il fut entouré par des hommes ayant leur place dans cette vente dont les citoyens Palmerston et Hazzini étaient les présidents. Ces misérables lui dirent :
— « Malheureux ! que faites-vous? Vous allez décourager la jeunesse romaine et l'empêcher de partir!
— a Je m'acquitte de la mission que le Saint-Père m'a donnée.
— « Que comptez-vous faire du drapeau que le Pontife vient de bénir?
— « Le porter au ministre de la guerre. »
Les conjurés entourèrent Sopranzi ; l'un d'eux lui enleva le
drapeau, et le porta^ accompagné de quelques autres affiliés» au ministre de la guerre.
Telle fut cette journée funeste, où Tinfàme le disputa au ridicule, et que toléra une police sans nerf. Cette comédie produisit une grande sensation, t^endaût plusieurs jours, des jeunes gens s'enrôlèrent pour la croisade contre l'Autriche. Ceux qui ne partirent pas déposèrent des sommes d'argent dans des troncs placés à cet effet dans différents quartiers de la ville, où la révolution dominait sans opposition.
Le Saint-Père n'avait pas cédé aux perfides suggestions ; il n'avait rien compromis du dépôt sacré confié à sa garde. Les journaux du mouvement, les journaux des conjurés, de ces hommes se traînant dans la boue du mystère et du mensonge» eurent pourtant l'impudence, en célébrant avec enthousiasme cette journée et en en racontant les détails avec admiration, de dire que le Saint-Père s'y était associé de tout cœur et qu'il avait béni avec joie le drapeau que devaient porter, non des bataillons disciplinés, obéissants, se contentant de surveiller les frontières, mais des bandes de corps-francs, d'igorgeurs, comme ils s'appelaient eux-mêmes avec le cynique orgueil du crime.
Pie IX et quelques esprits supérieurs comprirent seuls quel devait être le rôle de la papauté dans cette brûlante question de l'indépendance italienne. La politique du saint Pontife consistait à permettre la défense, à interdire formellement l'attaque. Chef spirituel et pacifique de tous les peuples, il ne pouvait les conduire au carnage les uns des autres. U ne voulait pas quitter le crucifix pour l'épée. Il ne ftit ni du parti de l'Autriche ni du parti des agitateurs ; il fut du parti de la sagesse et de la justice ; il sut résister à l'un et à l'autre de ces deux partis; de là la fausseté et en même temps la grandeur de sa position. Fidèle à cette grande politique, les menaces » les prières, les violences comme les caresses ne purent le faire broncher; il fut inflexible en fait de principes. Quand il fut
rODiratDt de céder, il ne^iraasigea pas; il se^aoumit à la force , mais en protestant.
Les différentes factions qui divisent le parti révolutionnaire, <]epiiis les libéraux modérés jusqu'aux radicaux commimistes, et qui, d'après la règle toujpurs observée de la fraternité démocratique, s'exécraient sincèrement, s'étaient réunies et à peu près entendues dans cette question de Tindépendapee. Certains peu^es de l'Italie voulaient secouer le joug de rAutriche , certains autres aider ceux-là dans l'œuvre de la délivrance; les républicains exploitaient cet élan national au profit de leur désastreuse utopie. Ils avaient, en réalité, plus d'amour pour le pouvoir et pour l'argent de leurs compatriotes que de haine rontre l'étranger.
Sous ce prétexte d'indépendance, les avocats réclamèrenr. aux différents gouvernements de l'Italie des Constitutions pom* avoir une tribune où ils pussent faire des .discours, agiter le pajs, renverser les gouvernements jour par jour, se livrer à toutes les puériles niaiseries du pailementarisme bourgeoi^.^ D'autres agitateurs, plus afvancés, dont, en réalité, le cct'ur frétait ni plus ardent ni l'esprit plus généreux, ne se contentèrent pas de demander que Tltalie ne fut possédée que par «les Italiens , ils voulurent que l'Italie eût un seul gouvernement et fonnât un seul État. Parmi les hommes de cetle opioioD^ les plus modérés voulaient donner la couronne d'Italie au roi du Piémont ; les plus avancés voulaient la prendre poiH' tUHuémes, c'est-à-dire proclamer la république. Ce furent ces fèves insensés, les tiraillements et les violences qui en furent lacflDséquence, qui compromirent la cause de l'indépendance^
U Révolution ne pouvait pas chasser Tétranger ; elle no pouvvt qu'exploiter le noble et respectable sentiment do la naf/oDafilé; car elle commença par faire la guerre aux rois et afix princes de l'Italie qui, cependant, avaient les premiers devancé l'impulsion réformatrice, et qui ne tardèrent pas i\ se jeter dans une salutaire politique de réaction* Pour se défendn%
ite durent résister et r^yenir sur leurs pas. LWtoii;e impartiale dira que ce furent eux qui donnèrent le signal des grandes choses, et que« de ce qu'il y avait de national dans les questions posées, rindépendance du territoire italien^ l'honneur leur revient tout entier. I^es souverains de l'Italie auraient débarrassé ce pajs de l'étranger si les révolutionnaires ne se fussent pas mêlés de cette besogne, s'ils les eussent iai88ée> &ire seuls, au nom de l'autorité* Les rois sont toujours de bons patriotes ; le patriotisme est leur essence, c'est leur force, c'est leur nature. Le Pape lui-même, quoique, comme Pontife, ayant des droits et étant obligé à des devoirs sur et envers les autres peuples, comme souverain temporel de Rome, aime la nationalité* Quand les révolutionnaires disent que Pie IX et les princes de l'Italie se sont opposés aux réformes et ont étouffé le patriotisme italien , ils disent précisément le contraire de k vérité. Ce sont les révolutionnaires qui sont la cause de totis les désastres de ce pays, ce sont eux qui ont renversé les espérances les plus légitimes. Ce sont leurs insubordinations, leurs violences, leurs crimes qui ont compromis la liberté et rindépendance, et ont provoqué, rendu nécessaire une réaction répressive et vigoureuse.
Bs n'avaient aucune pratique des affaires politiques, et se souciaient peu des traités du droit européen. Les prinoes, hommes pratiques, devaient compter avec ces traités au moins autant qu'avec le sentiment de l'indépendance nationale.
Ils devaient se montrer prudents autant qu'équitables. Avant de récourir aux armes, il était sage de porter de nouveau la question devant la diplomatie européenne. Le procès aurait sans doute été ]gagné devant elle, ayant Pie IX pour avocat, et les princes dltalie étant les seconds du Pontife. En supposant, au contraire, que la diplomatie eût rendu un arrêt douloureinc, avant de faire la guerre, il fallait s'y préparer convenablement, se ménager des sympathies et des alliances, se créer des n^ sources et c«le«ler les chances, de $ueoës. Telle était la fotir
tique du SainUPkre et des rois, patriotes d^aulant plus sincères <{u'ils étaient sages.
Les démocrates^ avec cette étourderie et cette présomption qui font qu-iis ne doutent de rien^ refusèrent de s'associer à cette politique prudente et sûre. Ces brouillons crièrent victoire avant les combats dont ils devaient fuir les périls ; ils deman* dèrent des gouvernements constitutionnels quand ils auraient dû aider leurs princes, et non leur créer des embarras. Ils furent démagogues, ils ne furent pas patriotes.
Le Pape et ce rai Ferdinand de Naples qu'ils ant honoré de tant de calomnies, firent les efforts les plus patriotiques pour préparer une confédération italienne, avec laquelle on eût fait réfléchir la diplomatie et obtenu des résultats satisfaisants. Celait le seul moyen de donner de la force à la cause italienne, de donner à Fltalie délabrée cette unité qui permet la résîslanee et la rend redoutable. Ce fut un ministère démocrate qni, en Piémont, refusa Taccession des Beux-Siciles à la ligue douanière et commerciale qui avait été signée, en 1847, entn^ Rome, la Sardaigne et la Toscane. Cette ligue fût devenue 4me ligue politique; en excluant les Deux-Siciles, les révolutionnaires privèrent Tltalie de ses meilleurs soldats. Partout où les démocrates furent vainqueurs, ils dominèrent par la terreur ; ceux qui se levèrent pour combattre Tétranger prirent la fctte dès les premiers engagements ; quant aux paysans des contrées occupées par rAutriche, ils la préféraient à la république et aux républicains, qui assassinaient leurs adversaires et se sauTaient devant l'ennemi.
Les révolutionnant du Piémont avaient repoussé rallian^v ^courageux roi de Naples ; ceux de Venise et de la Lombardie Mpoossèrent également les propositions du cabinet de Vienne. Le baron PiBersdorf, chef du cabinet impérial, avait chargé le baron de Humelauer de soumettre au cabinet do Saint-lames ie mémorandum suivant :
« La Lombardte cessera d'appartenir à l'Autriche ; elle ser?
iAre de rester indépendaûte ou de s*uiiir à tel État de l'Italie qu'elle CToirait devoir choisir. Elle se chargera d'une part proporttonnelie de la dette autrichienne. L'État vénitien restera 50US la souveraineté de Feinpereur; il aura une adoiinislration séparée tout à fait nationale, réglée par les représentants du ^ays, sans l'intervention du gouvernement impérial, et représenté auprès du gouvernement central de la monarchie par un miinistre qui dirigera ses relations avec ce gouvernement.
<v L'administration vénitienne aura pour président un archiduc vice-roi, qui résidera à Venise^ en qualité de lieutenant de Tempereur. L'État vénitien paiera ses propres dépenses^ et contribuera à celles de Tempereur pour deux cent mille livres fMiran. II prendra pour son compte une partie de la dette iiatiimale. L'armée vénitienne sera entièrement nationale, mais soumise au minisire de la guerre. »
Le parti républicain rejeta dédaigneusement ces conditions, comme il avait rejeté l'appui du roi de Naples. Il était cependant d'autant plus urgent qu'elles fussent acceptées que l'Angbterre, qui avait soudoyé les révoltes, avait déclaré que, malgré ses sympathies pour les insurgés, elle ne pouvait offideHement rien pour eux et ne tirerait pas un seul coup de fusil en leur faveur. Privés du concours «lédaigné du roi de tapies et de celui vainementimplorédes Anglais, que devaient faire les chefs de la Jeu ne-Italie, s'ils eussent été réellement bous patriotes? S'empresser d'ajiîréer les propositions de l'Autiîdie. Tout an contraire, ils commirent la faute de les repousser. Os agitateurs incapables, inintelligents, s'amoindrissant à mesure que grandissaient les circonstances, firent un appel insensé à l'Italie morcelée. Ils appelèrent au secours de la nationalité les palissons sans courage et sans foi qui, en haine de la religion et de la monarchi<s perdirent l'Italie, en cherchant à Ja r(«publicaniser.
« — Venez tous, » s'écriait Mazzini, le fléau de son pays, , u accoure/, tous des provinces de Comasco, de Brescia, de Ber-
l^afOe, en uq mot de toute la Lombardie! Génois ^ liommee tftf Piémont» de Parme, de Modëne, de Toscane! allons, niarebow au camp de l'Italie, au Jboulevard des Âipes; nous saurons le défendre, et, s'il le faut, le franchir ! »
Ils ne surent ni l'un ni l'autre. Et, d'eux tous, un seul tint quelque temps, Garibaldi, chef de brigands, pillaut, égorgeant^ incendiant, dévastant tout, comme jadis les hordes barbares.
Sans les répubiieains,quine'se cachaient plus pour avouer qu'ils espéraient le renversement de la papauté et des monarchies italiennes^ l'Italie aurait pu se régénérer. Mais les armées que la révolution envoya devaient être toutes vaincues, parce qu'elles manquaient dhinité, de discipline, du coneours héroïque et désespéré des peuples, parce que leurs chefs ne voulaient pas l'indépendance de la patrie, nous l'avons prouvé. Ils avaient d'abord essayé de se faire de la papauté et des trônes un piédestal pour arriver au pouvoir. Ils voulaient les briser ensuite au profit de la république ; ce furent eux qui succombèrent, et ce fut justice. Leur cause n'était pas sainte et leurs lèvres étaient menteuses.
Ces hommes incapables et de mauvaise foi, enivrés parles extravagances de l'orçueil, firent avorter de la sorte les plansi les plus certains pour la conquête de Tindépendance natio* nale. Ils firent des discours furibonds, des proclamations fiirieuses; ils assassinèrent quelques modérés, et ce fut tour. Malgré leurs intrigues et leur suffisance, ils ne purent entraîner le peuple italien ; ils ne purent communiquer aux masses ce kn sacré qui fait que, dans une nation, hommes, (emme»^ vieillards, enfents, tout le monde se lève, soldat, prêt à combattre et à mourir pour conserver la patrie, ou, perdue, la reconquérir. Les masses ne tardèrent pas à mépriser leurs soi« disant libérateurs, à maudire leur joug sanguinaire, à regret^ ter leurs princes et même les Autrichiens.
Le peuple ne voulait pas la révolution. La révolution n'était que le fait de bourgeois ambitieux, qui perdir^l leur
pays , l68 uns par leurs fausses mamo^vres, par leur iriiabîleté) les autres par leur exaltatiou, leurs violences.
G*est alors que les souveraîus, compreuant que la causa de rindépendance était un rêve éteint , une vision envolée y pacifièrent cette agitation déplorable et qui n'avait plus de but« Ce fut la gloire de Pie IX et de Ferdinand, il Bonbone — comme disent les démocrates — ce fut leur gloire d'avoir maintenu les droits de Tautorité au milieu du déchaînement des passi(msy et sans se soucier des clameurs de Torgueil ulcéré.
Ainsi Pie IK fut fidèle à rËglise. Il refusa de sanctifier la nouvelle guerre des paysans, Tanarcfaie politique et sociale. Vicaire de Jésus-Christ> il ne descendit pas au rôle de chef de )MM*des démagogiques, répandant le désordre et le crime dan» le monde épouvanté; il ne divorça pas, comme Toussent souhaité les agitateurs, avec les {principes de TÉglise; il aurait sauvé ritalie avec le principe monarchique ; les révolutionr> nairesla perdirent avec Vidée républicaine^ Gela avait été prévu par les esprits sensés que la folie démocratique n' aveuglait pas«
xm.
Au commencement du mois de mars, les troupes qui à»^ vaient vnincre ïe$ Aulrichiem, composées de quelques soldats et d'un plus grand nombre de volontaires, furent passées en revue, au moment de partir pour Ferrare et Botogoe, par Ferrari, Durando et Gavaszi. Ce dernier portait à sa ceinture le dassèque poignard des braci italiens» et une paire de pîsto*^
lets de combat. Cest de cette épocpxe qu^il se fit appeler grand auménier de Varfnée de Vindépendanee iUdieMie, quoiqu'aucun de ses supérieurs, ni spirituels, ni teoiporels ne Teût délégué à cet effet.
Les officiers supérieurs furent reçus par le Saint-Père au QuirinaL U leur enjoignit de nouveau de ne pas sortir de ses Etals.
Us partirent, et lui» le saint Pontife, il ik entendre encore une fois sa grande voix i paroles de modération, de sagesse, de justice:
< Les événements que ces deux mois ont vu se succéder et s'enchainer avec tant de rapidité ne sont pas une œuvre humaine. Malheur à qui n'entend pas la voix de Dieu dans ce vent qui agite, renverse et brise les cèdres et les roseaux ! malhetir à Torgueil humain s'il attribue aux fautes ou au mé* rite de quelque homme que ce soit, ces merveilleuses révolutions , au lieu d'y adorer les secrets desseins de la Providence , soit qu'ils se manifestent par les voies de la justice ou par celles de la miséricorde; de cette Providence qui tient «fans ses mains tous les empires de la terre !
f( Et nous, à qui la parole a été donnée pour interpréter la. muette éloquence des œuvres de Dieu, nous ne potivôns pas nou^ taire an milieu des regrets, des craintes et des espé* rances qui agitent les cœurs de nos enfants.
« Et d'abord, nous devons vous dire que si notre âme fut émue en apprenant de quelle manière, dans une partie de ritalie, l'intervention de la refigion sut prévenir les dangers de ces changements, et cMcunent la cbarité, par ses actes, fit édater la noblesse des coeurs, nous ne pûmes cependant ni ife pouvras ne pas être profondément affligé des instdies qu'en d'autres lieux les ministres de cette religion eurent à souffrir. Quand même, oubliant notre devoir, nous passerions ces in-* suites sous silence, ee silenee pourrait-il les empêcher de dimmuer l'efficaeilé de nos bénédietwas 7
« Nous ne pouvons nous empêcher dé vous dire encore que le Iwn usage de la victoire est chose plus grande et phis difficile que la victoire même. Si le temps présent rappelle une époque de votre histoire, que les enfants proHtent des erreurs de leurs pères : sou venez- vous que toute stabilité et toute 'prospérité ont pour première raison civile la concorde! que Dieu seul est celui qui unit les habitants d'une même de-^ meure ; que Dieu n* accorde ce bienfait qu'aux hommes d'humilité et de mansuétude, à ceux qui respectent ses lois dansia liberté de son Église, dans l'ordre, dansia société, dans la charité envers tous. Souvenez-vous que la justice seule édifie, que les passions ne savent que détruire, et que celui qui prend le nom de Roi des rois s'appelle aussi le Dominateur des peuples!
« Puissent nos prières monter devant le Seigneur et faire descendre sur vous cet esprit de prudence, de force et de sagesse dont la crainte de Dieu est le principe, afin que nos regards contemplent la paix sur toute lltalie, que dans notre charité universelle pour le monde catholique nous ne pouvons pas appeler la plus chère, mais que Dieu, dans sa bonté, a voulu du moins placer plus près de nous. »
Admirable langage! saintes paroles! les peuples de Tltalie en eussent été remués jusque dans leurs entrailles s'ils n'eussent été, les uns aveuglés, les autres opprimés par les révolutionnaires. Pie IX montrait la philosophie chrétienne et les enseignements graves cachés dans les événements qui venaient de s'accomplir avec tant de rapidité ; mais ceux auxquels il s'adressait avaient le sens moral corrompu, ils ne le pouvaient comprendre j il parlait une langue trop élevée pour eux. Il leur parlait de Dieu, et ils n'y croyaient plus, les infortunés! Il criait malheur à l'orgueil humain, et c'était à des orgueilleux qu'il s'adressait^ à des hommes qui, dans leurs prétentions rivales, dans leurs vanités, étaient impuissants à rien réaliser de grand. Il parlait de charité à des hommes sans
ccmr; de la victoire à des lâches» d'avance vaincus: de stabU * lité à des foua* turbnleats; de prospérité nationale et de conn corde à des républicains ; d'humilité et de mansuétude aux disciples de Mazzini; d'ordre» à des êtres abandonnés à tous les débordements des passions cpii détruisent, aux ennemis de la justice qui édifie. Aux calomniateiu^s , aux assassins des jésuites, il parlait des souffrances supportées, des insultes subies par les ministres de la religion. II prêchait la prudence aux étourdis, la force aux esdayes du péché, la sagesse aux démocrates, la paix aux ^oi^eurs.
Ce fut inutile, mais il le fallait, pour la majesté de TÉglise, pour sa gloire et pour celle de la papauté. Et voyez quelle fine intelligence et quelle angélique douceur dominent dans cette pièce mémorable! Comme la sévérité y est tendrement tempérée par l'amour!
La révolution a pu percer de ses poignards le coeur de ce Pontife magnanime, elle ne l'a pas changé; de même les per* sécutions et les outrages des juifs n'empêchèrent pas Dieu fsût homme d'accomplir sa mission de rachat humanitaire.
Comme son divin Maître, Pie IX, sur son calvaire, prie pour les hommes, il prie pour la conversion des méchants, de ses tourmenteurs , de ses bourreaux ! . . .
Voyez comme l'esprit du mal est tenace ! Malgré les prêtes* tations énergiques de Pie IX, malgré ses ordres, malgré ses conseils de paix, les hommes de la Révolution continuaient à se servir de son nom comme d'un étendard de guerre. Aux paroles si éminemment sages du Saint-Père, à ses injonctionti formelles de ne se Uvrer à aucune provocation, mais de se contenter de garder les frontières, à tous ses discours qui prouvaient combien il était ennemi de la guerre, le général Durando répondit par la proclamation suivante adressée aux troupes pontificales :
€ Soldats!
«c Nous avons été bénis par la main d'un grand Pontife,
commB le furent nos ancêtres combattant sor ta noble terre lombarde; le saint, le juste, le bon parmi tous les hommes, a compris que, pour eehii qui foule aux pieds tout droit, toute loi divine et humaine, la raison extrême des armes est la seule juste, la seule possible.
< Le momwt est venu où la compassion habitudle à son cecur serait devenue une connivence coupable avec l'iniquité ; car il a reconnu que l'Italie, si elle ne savait pas se défendre, ctait condamnée, par le gouvernement autrichien, au pillage, au vioU à la cruauté d'une milice sauvage, à Fincendie, à l'assassinat, à la ruine.
« Radetzkl foit la guerre à la croix du Christ.
«Pie IX a béni vos épées réunies à ceHes de Charles- Albert.
« Vos épées doivent opérer l'extermination des ennemis de Dieu et de Tltalie, et de ceux qui ont outragé Pie IX et profané les églises de Mantoue et assassiné nos frères lombards. Cette guerre de la civilisation contre la barbarie n'est point une guerre nationale, c'est une guerre chrétienne.
« Soldats!
« Il convient dès lors et j'ai ordonné que tous nous portassions sur la poitrine la croix du Christ. Tous ceux qui appartiennent à l'armée d'opération la porteront sur le coeur, comme je le fais moi-même.
« Avec la croix et par elle, nous serons victorieux ainsi que le furent nos pères! Que notre cri de guerre soit : Dieu le veut! »
Cette proclamation impie et mensongère, digne des clubs, et qui rappelait l'éloquence épicée du moine«tribun Gavazzi, aurait pu égarer l'opinion publique sur les véritables sentiments de Pie IX; aussi s'empressa-t41 de protester par ipidques figues, qui parurent dans la Gazette de Rome, le
10 avrB : « Un ordre du jour de Bologne, tn date du5 amt, adressé mx troopes, exprime des idées et des sentiment» q^nTl attribue au eœur et aux lèvres du sôuyerain Pontife. Ouaai le Pape fait des déclarations et manifeste des sentiments^ 3 le faât lut -fiiAne^ sans jamais recourir à la bouche d'un sahai-terne* »
Malgré eela^ les révelationnaires continuèrent à se sernriiai nom de Pic IX» dont ils méconnaissaient l'autorité et démarraient les sentiments, les actes et les paroles. Hs persbfètciMt . à le considérer comme Tin^iratenr suprême de la gocm, bien qu^il eût formellement désapprouvé toute violence. L4ïs publieistes» les clubistes^ les écrivains et les orateurs de la lé* volution présentaient le Saint-<Père comme opprimé par les t6^ aeiiamiaire^y par les cardinaux, par les jésuites, par hptrfi cimical, mais au fond, cotame syinpathique à ces agitatioas. Ik lui créaient ainsi une sitoation périlleuse. 11^ eurent même Taudace de lui envoyer, le 27 avril, quelques jours après » protestation contre l'ordre du jour de Durando, une iûsoleiite députation pour le sommer de rappeler le nonce à VieDMr.^ Céfaît lui demander une déclaration de guerre à rAutricfae; il refusa intrépidement.
Furieux, les conjurés se répandirent dans les rues et y cohk mirent d'exécrables excès. Ils criaient : « Vive le soeMimti Ahasles rieke$! Vive Vôrganisalion du travail! Du travail ! 9m pain! » La plcqpart de ces brigands étaient ivres et arnés* Gcemacchio, leur digne chef, les conduisit chez plusicvers banquiers et personnages opulents, où ils demandèrent de l'argent le pistolet au poing et le poignard à la main. Ils mifcttt ainsi à contribution, entre autres, le prince Torlonia^ le ba»*' quier Yalentini, n>0Dseigneur Morichini, etc.. Le eonuannisme ne se prêchait plus, il se pratiquait au grand jo«r. Le crédit était mort, la cmfiance perdue ; on douta méme^ gr^ce a« broîls répandos par les anarchistes, de la solvabililé de k banque de Borne; il fotlot décréter le cours forcé de sesbilkk»
Ainsi procédaient le socialisme et la démocratie^ — ces religions de fripons et des athées. Si bion que les bonnètes gens, justement effrayés» même ceux-là qui avaient d'abord adoré la cause de l'indépendance, voyant quels larrons la servaient et de quels forfaits elle était le prétexte, faisaient des vœux pour le succès des armes du feld-maréclial Radetzki : ils prévoyaient que si le roi Charles*Albert était vainqueur, il serait débordé par la révolution, comme l'avait été Pie IX, et que la défaite des troupes autrichiennes serait le signal d'une Jacijuerie en Italie, de l'avènement de la république, c'est-à*dire de l'athéisme, du matérialisme, des égorgements^ du pillage général.
Pic IX prévoyait, lui aussi, ces malheurs dans sa haute sagesse. Ne pouvant agir autrement que par la parole, il essaya encore une fois de ramener les peuples égarés. Il le fît dans le plus magnifique langage, comme on va le voir. Cet acte ne fut pas l'une des moindres pierres du piédestal que son génie et ses vertus ont élevé à sa gloire, immortelle comme l'Église de Dieu.
De même que les protestants de la Grande-Bretagne eucourageaiciit de leur indigne complicité les efforts tentés par les révolulionnaires contre la papauté, de même ceux de l' Allemagne intriguaient contre elle. S'emparant des discours des anarchistes , ils s'efforçaient , après eux , de dénaturer le caractère du souverain Pontife, de le représenter comme un chef de révolutions politiques, infidèle aux traditions du Saint- Siège apostolique. Ils espéraient, en dénonçant un prétendu schisme dans l'Église, rompre l'unité de cette enclume qui a brisé et brisera toujours les marteaux de ses ennemis.
Inutile mauvaise foi ! mensonges bas et sans portée, dont la honte retomba de tout le poids de leur iniquité sur les révoltés de toutes sortes qui les formulèrent! Ces scbismatiqùes désunis, faibles, tombés en décadence, ne purent détacher les âmes de la vérité éternelle, de la seule et saiole Eglise
de Dieu. Ils avaient compté sur )e séandale, ils ttireni troiï)p<^s dans leurs abominables desseins.
Pie IX répondit à ces lâches menées par TEncydique suivante» qu'il prononça le 29 avril , dans un consistoire » et qui restera comme les paroles les plus magnifiques et les plus vénérables entre les plus saintes :
c Plus d'une fois, vénérables frères., nous nous sommes élevé au milieu de vous contre Taudace de quelques hommes qui n'ont pas eu honte de faire à nous et au Saint-Siège apostolique , l'injure de dire que nous nous sommes écarté nonseulement des trës-$ainte& institutions de nos prédécesseurs, mais encore (blasphème horrible!) de plus d'un point capital de PËglise. Aujourd'hui encore, il se trouve des gens qui par^ lenide nous, comme si nous étions le principal auteur des commotions publiques qui , dans ces derniers temps , ont troublé plusieurs pays de l'Europe et particulièrement l'Italie. Nous apprenons en particulier des contrées allemandes de l'Europe , que l'on y répand le bruit, parmi les peuples , que le Pontife romain, soit par des émissaires, soit par d'autres macbkiatbns, a excité les nations italiennes à provoquer de nouvelles révolutions politiques. Nous avons appris aussi qun quelques ennemis de la religion catholique en ont pris occasion de soulever des sentiments de vengeance dans les populations allemandes pour les détacher de l'unité de ce siège apostolique.
a Certes nous n'avons aucun doute que les peuples de l'Allemagne catholique et ces vénérables pasteurs qui les conduisent repousseront bien loin avec horreur ces cruelles excitations. Toutefois, nous croyons qu'il est de notre devoir de pi-évenîr le scandale que des hommes inconsidérés et trop simples pourrairat en recevoir, et de repousser la calomnie qui n'atteint pas seulement notre humble personne, mais dont l'outrage remonte jusqu'au suprême apostolat dont nous sommes investi, et retombe sur ce siège apostolique. Nos dérracletirs
\ fKm\^mt produire aucune preuve des machioations qu'ils ■s imputent, s'efforcent de répandre des soupçons sur les \de l'administration temporelle de nos Etats. C'est pour > enlever jusqu'à ce prétexte de calomnie contre nous que voulons aujourd'hui exposer» clairement et hautement devasit vous, l'origine et l'ensemble de tous ces faits.
« Vous n'ignorez pas, vénérables frères, que déjà^ vers la fin du vëgne de Pie YII, notre prédécesseur, les principaux soQwrains de l'Europe insinuèrent au siège apostolique ie coodeil d'adopter , pour le gouvernement des affaires civiles , on mode d'administration plus facile et Conforme au désir des laques. Plus tard, en 1831 , les conseils et les vœux de ces simT«rains furent plus solennellement exprimés dans le célèbre Mémorandum que les empereurs d'Autriche et de Russie, le roi des Français, la reine de la Grande-Bretagne et le roi de Prndse crurent devoir envoyer à Rome par leurs ambassadeurs. Dans cet écrit, il fut question, entre autres choses, de la oonvMSLtion, à Rome, d'une Consulte d'Etat formée par le concours de rÉtat pontifical tout entier , d'une nouvelle et large organisation des municipalités, de l'établissement des conseils pro« TÎneiaux^ d'autres institutions également favorables à la prospérité commune , de Tadmission des laïques à toutes les foncûoas de Tadministration publique et de l'ordre judiciaire. Ces deux derniers points étaient présentés comme des principes viimix de gouvernement. D'autres Notes des mêmes ambassadeîirs faisaient mention d'un plus ample pardon à accorder à tous mi à presque tous les sujets pontificaux qui avaient trahi Ea Soi due à leur souverain.
c Personne n'ignore que quelques-unes de ces réformes furent accomplies par le pape Grégoire XVI, notre prédécesseur^ et que quelques autres furent promises dans des Edits rendus catte même année 1831, par son ordre. Cependant ces bien- £ûis de notre prédécesseurs ne semblèrent pas satisfaire plet- Ofîaaent aux vœux des souverains ni suffire à l'affermissement
da ^îen-étre et de la tranquillité dans toote l'éteadae des Ëtats temporels da Saiat-Siége.
c Cest pourquoi, dès le premier jour oh, par un jugement impénétrable de Dieu, nous fûmes élevé à sa place, sans y être e:s.ciié ni par les exhortations ni par les conseils de personne» mais pressé par notre ardent amour du peuple soumis à la do« mination temporelle de TËglise , nous accordâmes un plus large pardon à ceux qui s'étaient écartés de la fidélité due au souverain, au gouvernement pontifical^ et nous nous hâtâmes, de donner quelques institutions qui nous avaient paru devoir être favorables à la prospérité de ce même peuple. Tous ees actes, qui ont marqué les premiers jours de notre pontificat , sont pleinement conformes à ceux que les souverains de TEu^ r(^ avaient surtout désirés.
« Lorsque, avec l'aide de Dieu , nos pensées eurent reçu leur exécution, nos sujets et les peuples voisins ont paru si remplis de joie et nous ont entouré de tant de témoignages de reconnaissance et de respect, que nous avons dû nous efforcer de contenir dans de justes bornes les acclamations populaires de cette ville sainte, les applaudissements et les réunions trop enthousiastes de la population.
« Elles sont encore connues de tous, vénérables frères,^ les paroles de notre allocution dans le consistoire du A octobre de Tannée dernière, pso* lesquelles nous avons recommandé amc souverains une paternelle hienveiUance et des aœtiments plus affectueux envers leurs sujets, en même temps que nous exh<»tims de nouveau les peuples à la fidélité et à Tobéissano» envers les princes. Nous avons fait tout ee qui dépendait ée» nous, par nos avertissements et nos exhortati<ms» pour que tous, fermement attachés à la doctrine catholique, fidèles oii* servateurs des lois de Dieu et de rËglise» ils s'appliquassent an mainUi» de la concorde mutuelle, de la tranquillité et delà diaiité pour tous.
€ nul & Dieu que ce résiilt»tdésiiré eût répondue nos pK
ternelles paroles et k nos exhortations! Mais on connaii les commotions politiques des peuples italiens dont nous venons de parler; on sait les autres événements qui s'étaient déjà accomplis ou qui ont eu lieu depuis, soit en Italie, soit hors de ses limites. Si quelqu'un veut prétendre que ces événe-
"^ ments sont en quelque sorte sortis des mesuresque notre bienveillance et notre affection nous ont suggérées au commencement de notre pontificat, celui-là, certes, ne pourra en aucune façon nous les imputer à crime , attendu que nous n'avons fait que ce qui avait été jugé par nous, comme par les princes sus-nommés, utile à la prospérité de nos sujets temporels. Quant à ceux qui, dans nos propres JÊtats, ont abusé de nos bienfaits, nous leur pardonnons, à l'exemple du divin prince des pasteurs, de toute notre âme, et nous les rappelons avec amour à de plus saintes pensées, et nous supplions ardemment Dieu , père des miséricordes , de détourner avec clémence de leurs têtes les châtiments qui sont réservés aux ingrats.
ce Les peuples d'Allemagne que nous avons désignés ne sauraient nous accuser, si réellement il ne nous a pas été possible de retenir l'ardeur de ceux de nos sujets qui ont applaudi aux événements accomplis contre eux dans la Haute-Italie, et qui , enflanunés d'un égal amour pour leur, nationalité , sont allés défendre une cause commune à tous les peuples italiens. En effet, plusieurs autres princes de l'Europe, soutenus par des forces militaires bien plus considérables qm les nôtres, n'ont pas pu eux-mêmes résister aux révolutions qui, dans le même temps, ont soulevé les peuples. Et , néanmoins , dans cet état de choses, nous n'avons pas donné d'aoïtres ordres aux soldats envoyés aux frontières que de défendre l'intégrité et l'inviolabilité du territoire pontifical.
- a Aujourd'hui, toutefois, comme plusieurs demandent que, réunis aux peuples et aux autres princes de ritalie, nous déclarions la guerre à l'Autridie, nous avons cru qu'il était dç
notre, devoir de protester formellement et hautement dansp cette solennelle assemblée contre une telle résolution contrak^ à nos pensées, attendu que, malgré notre indignité, nous tenons sur la terre la place de Celui qui est Tauteur de la paix » Tami de la charité, et que, fidèle aux divines obligations de notre suprême apostolat, nous embrassons tous les pays , tous les peuples, toutes les nations dans un égal sentiment de poH ternel amour. Que si, parmi nos sujets, il en est que Texemple des autres Italiens entraine, par quel moyen veut-on que nous puissions enchaîner leur ardeur ?
€c Mais ici, nous ne pouvons nous empêcher de repoussera la face de toutes les nations les perfides assertions publiées dans les journaux et dans divers écrits, par ceux qui voudraient que le Pontife romain présidât à la constitution d'une nouvelle république formée de tous les peuples de Tltaye* Bien plus, à cette occasion, nous avertissons et nous exhortons vivement ces mêmes peuples italiens, par Tamour que nous avons pour eux, à se tenir soigneusement en garde contre ces conseils perfides et si funestes à Tltalie. Nous les srij^ plions de s'attacher fortement à leurs princes , dont ils oot éprouvé l'aflection, et de ne jamais se laisser détourner de Tobéissance qu'ils leur doivent. Agir autrement, ce serait nonseulement manquer au devoir, mais exposer l'Italie au danger d'être déchirée par des discordes chaque jour plus vives et par des factions intestines.
< Pour ce qui nous concerne, nous déclarons encore une fois que toutes les pensées, tous les soins , tous les efforts du Pontife romain ne tendent qu'à étendre chaque jour davantage le royaume de Jésus-Christ, qui est TËglise, et non à reculer les limites de la souveraineté temporelle dont la divine Providence a doté le Saint-Siège pour la dignité et le libre exercice du suprême apostolat. Ils tombent donc dans une grande erreur ceux qui pensent que l'ambition d'une plus vaste étendue de puissance peut séduire notre cœur et nous précipiter
ftv milieu du tumulte des armes. Oh l assurémeiit, ce aérait une chose lufiniment douce à notre cœur paternel s'il était donné à notre intervention , à nos soins et à nos efforts d*éteindre le feu des discordes, de rapprocher les esprits que di- Tise la guerre, et de rétablir la paix entre les combattants!
« En même temps que nous avons appris avec une grande consolation qu'en plusieurs pays de Tltalie et kors de Tltalie^ les fidèles, nos fils, n'ont pas oublié au milieu de ces révolutions le respect qu'ils devaient aux choses saintes et à leurs ministres, notre âme a été vivement affîgée de savoir que ce respect n'a pas été également observé partout. Nous ne pouvons nous empêcher de déplorer ici devant vous eAte habitude funeste qui se propage, surtout de nos jours, de publier tontea sortes de libelles pernieienx dans lesquels on Êit une guerre acharnée à la sainteté de notre religion et à la pureté des inceurs, ou qui excitent aux troubles et aux discordes civiles , prêchent la spoliation des biens de l'Église y attaquent sesdroits les plus sacrés ou déchirent par de fausses accusations le nom de tout honnête homme. ...
« Voilà, vénérables frères , ce que nous avons cru devoir TOUS communiquer aujourd'hui. H ne nous reste maintenant qu'à ofirir ensemble, dans l'humilité de notre coeur, de con^ tinuelles et de ferventes prières au Dieu puissant et bon, pour qu'il daigne défendre sa sainte %lise contre toute adversité , nous regarder avec miséricorde du haut de Sion et nous pro* téger, ramener enfin tous les princes et tous les peuples aux sentiments si désirés de paix et de concorde. »
Ces lignes sont tout ce que la grandeur morale et la gran» deur civile peuvent inspira de plus élevé. Comme elles ré» pcmdentà ces ennemis de la foi dont l'anarchie a excité la joie, ainsi qu'aux fauteurs de cette anarchie I Les ennemis de la papauté peuvent abuser encore quelques âmes ignorantes , quelques esprits faibles, mais ils sont impuissants contre les faits, contre le& protestations, contre les explications si diai*
res, si nettes, de Pie IX; ils ne peuvent rien contre le témoi* gnage de Thistoire. C'est là le rôle éternel de la papauté, de cette souveraineté spirituelle qui domine les peuples et les rots. Elle reste constamment inflexible dans sa justice, comme patiente dans sa charité et dans son espérance; elle lutte héroïquement contre le mal, n'importe d'où il vienne. On la trouve toujours impitoyable envers l'erreur; servile à l'égard de la fwce, jamais. Pour le triomphe de la vérité sainte , une, elle brave le courroux de ceux-ci, les menaces de ceux-là, les violences de tous.
Pie IX sait que, en parlant le langage de la saine raison, de la raison éclairée par les splendeurs du Christianisme, en protestant contre ceux qui l'accusent d'être le promoteur de ces agitations qu'il déplore, il sait qu'il va les déchaîner contre lui, contre l'Église, et il n'hésite pas. Il ne daigne pas s'abaisser à calculer les résultats mondains du devoir, il l'accomplit et espère en Dieu pour le reste.
Gomme sa défense est une attaque incisive et vigoureuse contre ses lâches ennemis! Comme, sans l'avoir cherché, il se trouve ainsi vengé! Vengeance sans remords s'il en fut.Qu'at-il fait? Â-t-il incliné la balance de la justice exclusivement du côté des rois^ du côté de Tautorité, ou exclusivement du côté des peuples, du côté de la liberté? Non I II a cherché à concilier ces deux principes qui, isolément, s'appellent despotisme et licence. Aux souverains, il a recommandé unepalerneUe bienveillance el des sentiments plus affectueux enver sieurs sujets; — aux peuples, il a prêché la fidélité et V obéissance envers les princes. Il les a exhortés, les uns et les autres, à la concorde mutuelle, à la tranquillité, et à la charité pour tous.
Il pardonne encore, le magnanime et saint Pontife, il pardonne de toute son âme, à l'exemple de son divin Maître, aux ingrats que ses bienfaits ont enfantés, et il prie Dieu pour que sa Biiséricorde s'abaisse sur leurs têtes coupables.
Il aime la nalionadîlé italienne, mais il ne veut pas servir
. d'instrument aux révolutionnaires qui demandent à TÊglise , non pas de consoler les malheureux, de secourir ceux qui souffrent, de soulager la misère de leurs corps et celle de leurs âmesy non pas de les soutenir dans leurs lassitudes et de panser leurs plaies, comme c'est sa mission, toujours si bien remplie, mais de pactiser avec la démocratie.
n aime la nationalité italienne, mais il ne conduira pas les masses à Tassant des suprématies sociales ; il ne déclarera pas la guerre à TAutriche ; il se contente de laisser partir des troupes pour défendre seulement, et rien de plus , VifUégriti et rinviolabiliti du terrilaire pontifical.
Il repousse ensuite vaillamment {ïdee républicaine, ce monstre vomi par l'Enfer, auquel il a emprunté toutes ses fureurs, tous ses vices, tous ses crimes !
Comme cela est consolant I comme nous y puisons des forces pour les combats contre la démocratie, ce fléau dont les fils de Satan ont essayé d'imposer la honte à l'Europe !
Bien consolante aussi est l'attitude de l'univers catholique dans les souffrances de l'Eglise: les fidèles se groupent autour du chef des pasteurs avec amour et dévouement, et quand il faut aller arracher le trône et la chaire de Pierre, souillés l'un et l'autre par les barbares modernes, l'Europe catholique se lève frémissante, et les nations fidèles envoient leurs armées dompter et chasser les sauvages de la civilisation!...
La courageuse allocution de Pie IX, qui renversait tout l'écliafaudage de turpitudes et de mensonges élevé par la faction ré«-
publicaine, ne désarma pas ce parti. Il ne fut ni ému de voir ses iniquités dévoilées, ni«ttendri par les accents paternels de cette voix sainte. Il regarda cet acte si parfaitement juste et chrétien, comme un défi lancé à son audace. Loin d'être touché * de repentir, sa fureur s'en accrut. Puisqu'il n'était plus possible de tromper l'univers, en prêtant au Saint-Père un rôle qui n'était pas le sien et qu'il désavouait, on résolut de le combattre effrontément. Les républicains accusèrent Pie IX d'avoir, par son encyclique, cherché à décourager les volontaires de l'indépendance et ne reculèrent pas devant les épithètes de traître et de parjure. Ils propagèrent l'idée d'un gouvernement provisoire. Leurs émissaires déployaient une activité extrême pour désaflectionner la population et la préparer à l'émeute.
Les ministres avaient donné leur démission, puis l'avaient reprise, pour la donner de nouveau. Les chefs des clubs et des sociétés secrètes se réunirent au Cercle des négociants^ au palais Théodoli, afin de s'occuper de la formation d'un ministère dit libéral, qu'ils se proposaient d'imposer au souverain Pontife. Le comte Mamiani prépare le programme du nouveau ministère qu'il aspire à diriger et qui, d'après la déclaration qu'il fait au peuple, du haut du balcon du palais Théodoli, exigera du Saint-Père, en attendant qu'on le renverse : 1*» l'exclusion de tout prêtre des fonctions publiques ; 2** la réfutation et la fameuse encyclique ; Z"" la déclaration de guerre à l'Autriche ; 4« la publication quotidienne d'un bulletin officiel de la guerre de l'indépendance; 5® des avantages considérables assurés et garantis par l'Etat à tous ceux qui s'enrôleront dans l'armée destinée € à chasser les barbares de l* Italie. »
L'homme qui faisait sans y être contraint ce métier de sang, (5ette fonction de traître, le comte Mamiani, était poussé par une dévorante ambition, par l'amour de cette courtisane méprisable qu'on appelle la popularité. Seul de tous les conspirateurs qui avaient bénéficié de l'amnistie donnée par Pie IX, . il n'avait pas pris l'engagement exigé. Ce triste personnage
était de ces Ubérmuù furieux, dont la philosophie édectique ait des athées, et que leur indomptable soif de pouvoir porte à tout sacrifier pour y parvenir, tout : leur repos et celui de leurs familles, leur honneur et leur salut. Poète romantique et prosa* teur sans principes, orateur amoureux de la forme, il dépensait un incontestable talent au service de la plus exécrable cause.
Froid, dur, insensible aux choses du cœur, il affectait des allures doucereuses. Il caressait la populace en la méprisant; en lui parlant d'égalité, il ne cherchait qu'à la dominer. En restant strictement dans le vrai sur le compte de cet homme, nous aurons toujours Tair d'exagérer ses fautes, car il est des coupables envers lesquels renonciation de la simple vérité a toutes les apparences de la calomnie. De tous temps, cet indigne citoyen, ennemi de la religion, avait fait à la vérité, à Thistoire, au sens commun, une guerre déloyale et acharnée. Il se prétendait homme supérieur, et pensait que ceux-là qui avaient le plus d'esprit avaient droit à la dictature. Il avait soutenu cette thèse avec la passion de l'intérêt personnel. Il s'était surtoul appliqué, lui, V homme de la lumière mioderne, à flétrir les ténèbres de Vignarance cléricale. Il s'était distingué par son fier mépris pour les préjugés de la religion et de la vertu, que l'émeute, préparée par les gens d'esprit, ses pareils, devait renverser infailliblement, disaient-ils. Selon ce philosophe profond, le dogme du Catholicisme avait besoin d'être restauré par les êtres forts , les initiateurs de l'avenir, qui ne vont pas à la messe, regardent la confession comme une honte puérile, comme un joug odieux, et déclament contre l'obscurantisme des prêtres en général et des jésuites en particulier.
0 mon Dieu ! c'est pour l'élévation de pareils sophistes, c'est pour que les ministères soient livrés aux disputes de ces gens d'esprit, c'est pour qu'ils* fassent et défassent des Constitutions non moins démocratiques qu'absurdes, c'est pour que les rêves de ces ambitieux se réalisent, que tant de flots de
— il»-.
stog ont été versés depuis 1789, sans compter les millioii» gaspiOés !... Le passage de ces hommes de parole et de plume au pcmyoif est marqué dâos les désastres des peuples.
Comme quelques-uns des chefs de cette école révolutionsaîre^ le comte Ifamîam ne manquait pas de talent; mais qulmporte 1 Parmi les plus grands fléaux de Thumanité, il y eut même des hommes de génie. Nous n'avons jamais dit que Voltaire et Rousseau fussent des imbéciles ; nous avons dit et [MTouvé que ce furent des scélérats. Le talent est bien peu de chose quand on s'en sert pour le maK II n*a de valeur qu'autant qu'il est noblem.ent employé, qu'autant qu'il se consacre à la défense de la vérité. Une belle arme devient infâme entre les mains d'un assassin. Méprisons donc de toutes nos forces le talent qui abuse de lui-même et fait œuvre d'infamie, qui répand dans les consciences» perfidement surprises, ces théories abominables» subversives, folles, sottes, vides, que la ma-^ gnificence de la forme ne peut sauver du dédain des honnête» gens et de l'oubli de la postérité.
Donc, les révolutionnaires, ceux qui aspiraient à dépeupler ritafie et à la couvrir d*un linceul funèbre, s'insurgèrent contre Pie IX, parce qu'il avait dévoilé leurs menées à l'Europe. Le bon pasteur n'avait pas voulu laisser tondre ses brebis par d*avides spéculateurs, qui enfonçaient les ciseaux jusque sous la chair pour avoir la laine et le sang du troupeau. On l'appe-* lait traître; on osait dire qu'il n'était pins dans les voies de Dieu. Le Christ aussi fut condamné comme traître, impie^ blasphémateur. Il est noble de souffrir comme lui et pour sa doctrine, pour le triomphe de la vérité, etla vie est belle quand elle a un si noble but 1...
La révolution n'en était plus aux paroles mielleuses, aux hypocrites démonstrations, aux flatteries empoisonnées, nmis aax déclarations de goer re ouverte, à L'excitation des malfaiteurs stipendiés, desgBDB sans feu m lieu^ des bêtes immen-^ dcs^et repoussantes, des filous^ repria de justice, vivant de vsk
fmes, d'eseroqueries et d^assassioats.piyés. Tels furent les auxiliaires des conjurés, tels furent les soldats de Témeute. A leur tête marchait, comme toujours, Gceruacchio, celui auquel Tancien Révérend Père Gavazzi avait confié la garde de Rome. Dominé par une rage dévoratrice, ce monstre immonde, dont la vue seule inspirait la terreur et le dégoût, s'empara des postes^ en compagnie de la garde civique. Il fit. occuper le palais des cardinaux : Monseigneur Délia Genga fut gardé à vue dans le sien. Le prince Rospigliosi, général en chef de la garde nationale, ayant cherché à rétablir l'ordre et à délivrer le cardinal Berne tti, prisonnier de l'insurrection, fut insulté par les officiers même qui lui devaient obéissance ; et comme il insistait courageusement pour faire son devoir et rappeler ses solilats au leur selon les instructions que lui avait données le souverain Pontife , il fut menacé de mort par les lâches bourgeois qu'il commandait. Il donna sa démission. La ville était plongée dans la stupeur et l'anarchie : les prêtres étaient outragés dans les rues, et la vile multitude^ soudoyée par les sociétés secrètes, insultait et maltraitait tous ceux qui ne portaient pas des guenilles. En république, la propreté, comme le talent et la vertu , c'est de Yaristocralie.
Comme les chefs de la révolution délibéraient au palais Theodoli, en compagnie d'un intrigant envoyé par les sociétés secrètes de France, nommé Fiorentino, italien par la naissance, mais fixé à Paris depuis longtemps, Ciceruacchio parut avec ses lieutenants, dont l'ivresse n'avait pas encore assouvi les brutales passions, et fiit salué comme un frère par ces bourgeois impudiques.
— « Mort aux barbares ! » s'écria-t-il , a et vive la Constitution ! »
Ciceruacchio, c'était Hébert; Mamiani, c'était Robespierre» llamiani haïssait fraternellement, démocratiquement Ciceruacchio; il craignait que, par sa violence, il n'enlevât à son détriment les suffrages de la foule impore; ce qui n'eiit pas
fait son compte, puisqu'il voulait être ministre, et, comme Ui, Opprimer» outrager, torturer Pie IX. II prit donc yis-ùvis du chacal de la rue une attitude modérée : il lui recommanda la prudence, s'il ne voulait changer le triomphe probaUa en défaite certaine.
— « Ami, » lui dit-il, > notre cause est gagnée ; ne la com* promettons pas aux yeux de l'Europe qui nous contemple ; eo réTolution, les sacrifices de sang finissent toujours par se tourner contre les sacrificateurs; il est rare alors que les bouireaux ne deviennent pas à leur tour les victimes. Les excès produisent toujours la réaction. >
Ces paroles ne calmèrent pas le tigre ; il avait soif de sang. n avait dit, le matin même à ses amis : — < Aujourd'hui , frères, nous mangerons des prêtes I »
^- « Par le Christ ! » s'écria- t-il, car il jurait indifféremment par les choses saintes et parles choses réprouvées ; < par le Christ ! il n'y a qu*un moyen de sauver la révolution, et de dilwrer Pie IX des ennemis qui le perdent en ruinant la cause sacrée du peuple: les prêtres se sont mis en travers de la liberté, il faut les massacrer pour que la liberté passe.
— « Est-ce votre opinion? » fit Mamiani avec un geste de feinte horreur.
— « Oui, c'est mon opinion.
— € Et qui tuera les prêtres?
— € Moi-même, si la patrie l'ordonne !
— « Vous-même! vous pensez donc pouvoir les tuer lotU!
— a Tous, non ; ce serait impossible.
— « Vous voyez donc bien que vous commettriez des assas^nafs inutiles! » fit Mamiani avec un regard sournois.
Du moment ou l'on ne pouvait les tuer tous, le tribun Mamiani jugeait que ces assassinats seraient inutiles à la révolution, et dès lors il penchait pour l'abstention : 11 parvint à calmer un peu Ciceruacchio en lui démontrant, non pas l'horreor du crime, mais son impossibilité et son inutilité»
Ciceruaceluo passa rapidemeBtd'une sensation à une \ conune c'est le fait de ceœc qiii ont dans Tânie faeaaoïwp de violence et peu de profondeur.
Des menaces de mort n'en furent pas moins procrées cette réunbn par les membres des sociétés secrètes, par < des clubs et du Cercle populaire, tous armés et disposés au carnage. Cette assemblée de mutins était [tfésidée par le professMr Ortoli, assisté de Mamiani etdeSterbini, ayant pour état-raajor celui de la garde civique et ses principaux (aciers. L'anarchiste Fiorentino prit la parole ; après quoi, les cbefs du : vement étant tombés d'accord, cet homme fut désigné, que Sterbini, Mamiani et le duc de Rignano, pour aller en députation auprès des ministres, afin de leur signifier VtdtAmaf* ium du peuple, c'est-à«dire les conditions qu'une minorité £aMStieuse, parmi laquelle nombre d'étrangers, osait imposer au pouvoir, et qui consistaiant en ceci : 1* Sécuralisation du wei^ nistère; 2^ disgrâce du cardinal Ântonelli; 3^ renvoi de Tarn» bassadeur d'Âuf rtdie ; 4» déclaration de guerre insérée daoa la Gazette officiette*
Les délégués de T émeute reçurent des ministres une réponse qui ne les satisfit que médiocrement. Us demandaient deux jours pour essayer d'amener le souverain à certaines transactions; ce terme expiré, ils donneraient de nouveau leur démission et se retireraient définitivement. En attendant, il fut convenu que les lignes suivantes seraient publiées dans la Ga^ zetie officielle pour calmer les plus impatients :
€ Le ministère avec son président, unanime, aujourd'hui comme par le passé, sur toutes les questions, s'occupe en ce moment, avec un cœur italien, de prendre toutes les mesare» que dans sa conscience il croit nieeseaires ou utiks au hkan de l'Ëtat et au triomphe de la cause italienne. »
On avait mis jusqu'au smr pour dtseoter et rédiger cette note ridicule. Elle ne plut pas i quelques agitateurs résob»» à ceux auxquels on^ avait pnwiis fià'ib mangerakst dea* pi6-
très. Sterbim et Fbrentino prirent de nouveau la parde pour démontrer à la foule que, jpotif le moment, c'était ce qu'on pou» Tait obtenir de mieux, et que, demander davantage à cetts heure, c'était risquer de perdre les fruits des succès obtenus déjà et tomber dans une anarchie qui provoquerait sans doute Tintervention étrangère. Comme quelques motions Airibondes étaient encore exhalées par la populace , on pria Cicerucchk> lui-même de faire cesser ces sauvages clameurs ; mais Vomi du peuple savait mieux manier un poignard que la parole : il refusa.
— a Impossible, mon cher, » dit-il à Fiorentino ; c lorsqu'il s'agira de débarrasser le pauvre Sadul-Pire des fripons qui Tentourent , à la bonne heure , je serai votre homme ! Mais aujourd'hui, je ne saurais faire un discours aussi hiea que vous. >
n consentit néanmoins, après s'être encore fait prier, à engager le peuple souverain à la patience. Il le fit dans ces termes grotesques : € Mes amis! pour brûler une paillasse, il suffit d'une allumette ; mais il parait qu'il faut trois jours pour ren* verser un gouvernement. Attendons ! »
Comme on lui promettait que le gouvernement serait ren^ versé, la plèbe consentit à attendre trois jours.
Rome demeura plongée dans la plus affreuse anarchie. De» bandes de furieux avinés et féroces, n'ayant plus de l'homnie que le nom^ la parcouraient en tous sens, salués parles bravos de la garde nationale; ils faisaient entendre d'horribles menaces contre les prêtres, contre les riches ; ils brandissaient des poignards , et il y eut des points où ils rançonnèrent les passants, le pistolet sur la gorge. Us avaient rcimplacé^ ainsi que les traîtres et les peureux de la garde civique, les coulturs jaune et blanche et la médaille de Pie IX, par les couleurs verte, blanche et rouge de Mazzini.
Pendant ce temps, les presses républicaines gémissaient^ afin d'entretenir l'effervescence par d'implacables publications»
distribuées gratis dans les lieux publics et jusqu'aux portes de la maison de Dieu. Dans un de ces pamphlets, Angeio Fiorentino disait, en forme de conclusion : « Puisque Pie IX ne peut pas sauver les Italiens, les Italiens doivent se sauver sans lui ! »
Un autre, un avocat nommé Petroccbi, cherchait, afin do tromper tes catholiques demeurés fidèles, à prouver que la déclaration de guerre que la révolution essayait d'arrncher à Pie IX, n'était point incompatible avec son caractère de chef suprême de l'Église. D'autres attaquaient directement le Saint- Père, et l'accusaient d'abandonner l'Italie.
Chacun pariait et écrivait dans le même sens ; les bruits les plus alarmants, toujours crus et propagés, quoique souvent contradictoires, circulaient parmi le peuple : Pie IX s'apprêtait à fuir, etc.. L'ordre fut donné, par le minisire de la guerre, par les officiers de la garde nationale, par les meneurs des cercles, des clubs et des sociétés secrètes, — car tout le monde commandait, — d'empêcher par la force le Saint-Père^ de sortir du Quirinal. Ainsi agissaient ceux qui déclaraient vouloir débarrasser le pauvre Saini-Père des fripons qui Ven^ Uniraient!...
Quant à lui, il demeurait calme au sein de ces orages, qu'il déplorait pour son peuple, non pour lui-même. Il était sans colère contre les agents de ces crimes; il était rempli de pitié pour eux. Son esprit avait conservé tout son calme et son âme toute sa force. Sa belle figure n'était point altérée par le feu des passions humaines et contrastait singulièrement avec la face verdâtre, d'uue pâleur livide, avec laquelle le Père Ventura vint lui apporter une adresse outrageante^ dans laquelle Sa Sainteté était sommée de déclarer la guerre à l'Autriche.
Les traîtres qui accompagnaient le citoyen Ventura étaient le comte Amari et le baron Ptsani , prétendus députés de la Si* cile ; Thomas Âzzoni et Albert Quinteriô, se disant représentants de la Lombardie^ et deux délégués de la révolution de
Venise, Delfin Bolda et CastellanL Publier les noms de œux qui tentèrent de forcer la main à Pie IX, et se liguèrent contre lai avec les républicains, avec les ennemis du catholicisme, est un devoir aussi impérieux que de faire connaître ceux des quel* ques honnêtes gens qui restèrent fidèles à son adorable personne et aux principes sacrés que si dignement il représente.
Pie IX était supérieur à toutes ces intrigues, à toutes ces persécutions; il bénissait Dieu qui permettait qu'il fût frappé. Les injustices des méchants sur cette terre misérable sont autant de couronnes pour l'autre vie. Bienheureux ceux qui passent sur la terre en soufirant et en priant !...
Fidèle observateur de la loi divine, cette loi d'amour et d'indulgence. Pie IX aurait pu, comme homme, sans être lâche, supporter le joug d'un pouvoir inique et usurpateur, qui, au nom du Christ, persécutait le Christ dans sa personne, et bravait toutes les lois divines et humaines. Mais, comme souverain spirituel et comme prince temporel, ayant doublement charge d'âmes, il devait prendre toutes les mesures qui restaient en son pouvoir pour apaiser la sédition et conjurer de plus grands malheurs, sans pourtant admettre des transactions incompatibles avec ses devoirs et sa dignité. C'est ce qu'il tenta de faire en appelant auprès de lui Son Eminence monseigneur le cardinal Âltieri^ président de Rome, auquel il offrit la présidence du conseil. Ce courageux prélat répondit à Sa Sainteté : — c Le poste auquel votre volonté m'appelle est difficile et dangereux, très Saint-Père ; c'est un double motif pour que je l'a^Scepte. Je crains cependant que l'impopularité de mon nom, vis-à-vis des cercles et des clubs, ne soit un obstacle à l'esprit de conciliation de Votre Sainteté. »
Le pouvoir avait laissé ouvrir les cercles et les clubs ; ouverts, il ne les avait pas fermés, il n'en avait point arrêté les principaux membres, il étsût réduit maintenant à compter avec eux, à subir leur dictature. Que cette situation ait été faite à l'autorité par cette déplorable faiblesse que nous avons déjà eu
— ao6 —
Mcamn de constater plusieurs fois dans ce réch, c'est une vé« rite qui sautera aux yeux de tmt le monde. Les gouvernements qu'on renverse sont ceux qui ne oompriment pas la sédition dès qu'elle se produit, qui laissent reffervescence populaire se transformer en insurrection, cette fille de la colère, de la haine, de l'envie et, partant, aveugle, passionnée, sans frein ni meflore.
Le cardinal Altieri ajouta qu'il était d'autant plus fondé à se croire impossible aux affaires, que Mamianl avait déclaré de la manière la plus formefle que le titre de prêtre devait être inconciliable avec celui de ministre.
Pie IX répondit qu'il serait bon d'entendre Manriani luimênaie. Il le fit appeler au palais. Là, Sa Sainteté lui montrant le cardinal Altieri :
— c Vous arrivez bien à propos, monsieur le comte, » lui dh-il, « pour m'aider à décider Son Eminence à faire partie du cabinet ; elle accepterait si elle ne se croyait antipathique à l'opinion publique. Qu'en pensez-vous? >
Ifeimiani, qui la veille encore avait déclaré qu'aucun prêtre ne pouvait être ministre, répondit avec une affabilité de cooh mande et en s'inclinant à la manière des courtisans^ que le nom du cardinal Altieri était, selon lui, de ceux qui rallient tous les suffrages; qu'il s)'estimerait fort honoré de regarder, dès à présent, Son Eminence comme un collègue, et qu'il se faisait fort de lui rallier, dans la soirée, foutes les opinions. Après quoi, il se joignit au Saint-Père pour décider le cardi* nal à accepter, ce qu'il fit par dévouement.
Soit que Mamiani ait joué une indigne comédie, soit que, en promettant le concours de ses amis, il ait trop présumé de son influence sur ces écrits indompt^les, toujours est-il que le lendemain il écrivit au cardinal Antonelli pour lui faire part, disait-il, du grand embarras dans lequel il se trouvait par suite de l'engagement pris la veille au Quirinal, et que ses collahonteurs en politique avaient refusé de ratifier. Le cardinal Al*
i, averâ ptr le cardioal AntionéUt, le pria de rememer loi Mamumi de le décèai^er du fardeau des affaires, qu'il B'avait accepté qu'à regret*
Mamiani n'avait pas été sincère en lui promettant son appui Aez le Saint-Père. Mais il avâût obéi, en présence de Pie IX et 4u cardinal Altieri, à cette loi mystérieuse qui veut que rêtre le plus pervers subisse parfois l'influence de la vertu, sans cependant comprendre son essence divine, ni s'élever à sa bauteur par le repentir, qui régénère Thomme.
Le cardinal Orioli, agréé par Mamiani et ses complices, entra dans le nouveau cabinet dont Mamiani était le cbef réel (!]• Dès que ce dernier y fut installé, la^arde nationale lui adressa un discours de congratulation, auquel il répondit en le paraphrasant de la sorte ;
€ Les nouveaux ministres que Sa Sainteté a daigné appeler au gouvernement professent les mêmes principes d^amour de la patrie, de liberté, d'ordre et de justice, wa» l'inspiration desquels leurs prédécesseurs régissaient la chose publique. Le nouveau minist^ a par dessus toute chose à cceur la samte ceuvre italienne, au triomphe de laquelle il dbige en première figpe to«s ses soins et ses pensées, convaincu qu'il ne fout pas se contenter des effets d'une première ardeur, mais qu'il faut les j^ter, les accroître incessamment avec un xUe infatigable.
» B s'occupera également du dévelo{^)ement régulier et jMicîfique, avec franchise et sans lenteur, des libertés publiques et de ia nouvelle vie constitutionnelle, demi mw sommes rtiÊwMe% s Vm^ ginlrtmeêe tio^efeufieraîn immùrld.
» Il soudera les mmx. du peu^e et particuliërement ceux
(I) Cette combinaison ministérielle fut complétée ainsi : A nst^rieur : le comte Tirenoe Mamimni; Aux affaires étrangères : le comte J« Marcbelti; Aux grâces et à la justice : Fayocat de Rossi ; Aaxfinftcas: raTocatLoaati; A la guerre : le prince Doria; Au commerce et travaux publics ; le duc de Bignano; A la poAIce : 1 amsat Galotti.
des classes les plus humbles» et, avec Paide des deux Gham* bres» il s'efforcera, autant que possible, de guérir dans le bas peuple les plaies profondes de Tindigence, de rabjection et de rignorance.
» JPour r Italie et pour Rome surtout, nige augu$te de la religian Mholtque, c'est un devoir, nous dirons même un droit, de ne le céder à aucun autre pays en progrès et en perfectionnement sociaux et civils. C'est en s' appuyant sur Thistoire, sur les traditions, sur le légitime orgueil de la race romaine, que les ministres conçoivent une espérance bien fondée, en proposant quelques-uns de ces règlements sociaux et politiques que le siècle impatient demande à la êdence mo^ deme.
» Mais pour cela il faudra que la confiance du peuple, Tobéissance et la soumission aux lois, l'union et le courage civil de tous les gens de bien leur viennent en aide.
» Les nouveaux ministres, qui n'oseraient certainement pas exprimer de telles exigences en leur nom, le font et les maintiennent au nom du salut et de la gloire de l'Italie* »
Eh bien ! ce nouveau programme était une ineptie et une lâcheté. Une ineptie; car il n'y a pas de %eien/t^ moderne, il n'y a que des forbans, des charlatans modernes qui csdomnient la charité et veulent la remplacer par ces monstrueuses utopie» qu'ils ont appelées 90ciaU$^ et dont le sens commun a fait justice. Mais avant, elles ont égaré et perverti des milliers d'Iranmes ; elles ont armé le bras du frère contre le frère, au nom d'une fraternité menteuse et universelle. Ces hommes sont» pour la plupart, des imposteurs : ils ne pratiquent même pas ce qu'ils enseignent; ils prétendent adorer l'humanité, et ils commencent par être mauvais fils , mauvais époux^ mauvais pères, mauvais citoyens! A les entendre , ils chérissent le peuple, et ils commencent par le dépraver, par arracher de son cœur la croyance à la religion si consolante et si douce^ et jusqu'à celle d'un Dieu juste et bon! Quand donc tous ces
immiieoi^ de systèmes, qui» depuis qa'tls ont qiitUé la doc* triw évâDgélique, la seale vraie, la seale efficace, ia seule ii> conde, errent dans le champ des utopies cémme le marin sans boussole sur les vastes mers; quand doue ces grands prometteur& de Topposition ont-ils fait quelque chose pour Tliumanité, lorsque la révolution, la lâcheté, la désertion ou la faiblesse leur ont fait tomber le pouvoir entre les mains?... Ces fougueux réformateurs, ces ardente régénérateurs, ces iniiiûteurs de la science moderne, qui ont tout tenté pour arriver au pouvoir, qu'ont-its fait de grande de noble, de large, d'utile pour rhumanité, pour la civilisation? Us ont rempli leurs poches avec l'argent du pauvre peuple, ils ont bu ia sueur des ciasses humbles. C'est la religion, c'est le prêtre qui chaque jour guérit les plaies profondes et relève les hommes de Tab* jection et de l'ignorance, et il n'a pas besoin pour cela de la science moderne^ La vertu pratique se trouve chez le catho* lique, non chez le socialiste, qui verse aux nattons des breuvages pervers qui troublent l'esprit.
D'un autre côté, le programme du nouveau ministère était une lâcheté; car les hommages qu'on y rendait à Pic IX étaient hypocrite^. Quand Mamiani disait que ce ministèi^, imposé par l'émeute, avait l'assentiment et la confiance d.ti souverain, imposture! L'amour de Mamiani et de ses amis pour la liberté, pour l'ordre, pour la justice, imposture ! Leur zèle infatigable pour la sainie oeuvre italienne, imposture ! Le développement régulier et pacifique, — la régularité et la paix des clubs, — le développement franc et vif des libertés pubh* ques, imposture ! Sonder les maux du peuple pour les guérir, imposture ! Imposture encore, quand Mamiani réclame du peuple l'obéissance et la soumission aux lois, car il les a déchirées lui-même dans les clubs; c'est à lui qu'il faut obéir, c'est à lui qu'il faut êtr^ soumis, et quand ce factieux fait ap'pel aux gens de bien, imposture! Ceux qui lui viennent en ^de, ceux qui Tout porté au pouvoir sur leurs maios désfao*
Ron066, ce ^ont des eonjucés comme lui* Op, les ^m» ik Mm ne^ conspirent pas. Le dernier mot du programme : SalM $t glaire de Vllaliej imposture! 11 convieut de lire : ruine et honte, nûsère et déshonneur !
C'est comme le culte de Tégalité proclamé par les démo* «rates, imposture I Us n'en pensent pas un seul mot. Aussi bien que nous> ils savent parfaitement que Tégalité absolue est «me impossibilité ; de plus, il n'est pas de gens plus orgueil* leux, plus hautains, plus implacables, moins indulgents, jdus égoïstes, plus insolents, plus durs et souvent même plus grossiers avec les inférieurs que ces étres^à. £t Ce sont ces gens qui calomnient la douceur, l'aménité du prêtre! Ce sont ces piètres sophistes, tout gonflés de vanité, d'envie, de haine et (le sottises, boufiis de la plus ridicule importance, qtii insultent à la charité, à la foi^ à l'espérance, à la ré^gnation, à toutes tes vertus chrétiennes!... Ce sontces tribuns communs, res publicistes vulgaires, ces égoïstes, ces voluptueux, ces «lébauchés, dont le but unique se résume en ce mot : jouir; re sont ces matérialistes qui importunent le monde du bruit de leur dévergondage, de leur luxure, de leurs prétentions, jde leur haine contre la religion, la famille et la propriété ! Ils sont sans pitié pour la vertu; ils l'écrasent, ils l'insultent, ils la raillent, ils l'outragent dans leurs pamphlets ; ils la calomnient dans leurs journaux; ils la tournent en ridicule dans leurs vaudevilles, au profit de leurs vices qu'ils proclament élégmts, de leur libertinage qu'ils appellefit à la nu4e, de leur matérialisme avec lequel ils se disent heureux, — les inf(»:<« tunés !
Voilà la mence moderne!
Non ! la eoience eoeiaie, le sogiausme n'a rien de moderne.
Nous le connaissons depuis longtemps : il remonte à Platon, à Minos, à Lycurgua et autres prétendus sageedt Tanti* quité, que les universitaires nouS|préseatwt niaisement^ dans les eo^es, comme des eMmples de veistu. Le Socialisme est
— ailla plits plagiaire des écoles et le plus absurde des systèmes; toutes ses idées, il les a pillées dans les in^mies et les dé» menées du passé.
Bien que les honnêtes gens ne fussent pas dupes des paroles de Mamiani, un peu de calme était revenu à Rome, la réveio» lion ayant consenti à rentrer dans son lit, par déférence pour un ministère de son choix.
Le peuple croyait avoir gagné une victoire pour lui-même, et il obéissait aux injonctions des meneurs qoi l'excitaient et le retenaient à leur gré, ou plutôt d'après les instructions re- «-ues du comité de la Jeune Italie. A voir la docilité de ces liommes grossiers, il était aisé de s'imaginer combien il eût été facile de les rendre pieux et probes, si, au lieu de les abrutir par les préjugés révolutionnaires', on les eût disposés, à force de douceur et de bienfaits, à croire en Dieu et en sa Providence, dont Pie IX semblait la vivante image. Au Heu de cela, les clubistes remplissaient leur cerveau de superstitions, de rêves, de plans impraticables, d'espoirs décevants; ils avaient tant fait qu'ils ne croyaient plus qu'à la matière et à son règne sur la terre. Privés des consolations et des espérances de la religion, ils devenaient fanatiques du mal, a la fois faibles et cruels. Comment en eût-il été autrement? Ces hommes ne possédaient plus la liberté de leur âme; les déiMcrates avaient tout envahi, et chaque jour l'athéisme enleniit il ces malheureux le seul bien qui leur restait : la foi. Aii ! il eût été si faâle de rendre heureux ce peuple ardent et poète, dont on waît £ût des lâches et des méchants!.*.
Ce furent les nouvelles de la guerre qui firenl rcnaîlre rcffer\escence. Le peuple avait cru au triomphe des armées italiennes, car ils le lui avaient prédit, ces gens qui se posaient en apôtres de la science. moderne, et, au besoin, en martyrs, pour jeter jnsqu^au fond de son cœur de profondes racines de révolte et d'indépendance, et lui tenir des discours dont chaque parole était un coup de hache dans la chaire de saint Pierre.
On se rappelle la jactance de ces humbles orgueilleux qui, pour tromper le peuple, se faisaient peuple un moment. A les en croire, les volontaires italiens devaient remporter une éclatante et générale victoire, et quand ils rentreraient dans Rome, c'est qu'ils auraient égorgé jusqu'au âeruin 6ar6crre. Hélas! les dêêcendanls des maîtres du monde, les hérùiers des victorieux du Cmpitale, qui avaient juré de vaincre pour l'indépendance et de redevenir le peuple-roi, avaient lâchement pris la fuite sans combattre, sans même essayer le simulacre d'une résistance ; îk s'étaient incontinent sauvés devant les Autrichiens! C'était bien la peine de tant crier victoire en partant, et d'affecter tant de prétention à l'héroïsme ! A quoi bon se ceindre d'à- 'vancele front de lauriers? Pourquoi déclarer que l'Italie triom* pberait seule , et repousser avec dédain des secours que la France, au surplus, n'offrait pas? Quoi ! ces invincibles légions révolutionnaires, elles avaient battu en retraite avec une vivacité aussi honteuse que ridicule! Et les Autrichiens avaient été saisis d'un tel niépris pour de pareils soldats , qu'ils n'avaient pu s'empêcher d'en rire !
Il «m fut ainsi dans toutes les rencontres : les revers succédèrent aux revers, les échecs aux échecs* La panique était telle, que ces fiers guerriers tombaient en débandade au bruit seul du canon. Des femmes eussent montré moins de coaardise que Us descetuiafiîs de Quirinus. Ce châtiment de la 4ii^nce démocratique aurait du être pour les pe uples de l'Italie une grave leçon, un austère enseignement, et les détacher
de ta révolution en leur montrant qu'elle est impuissante pwr le bien.
La situation était tellement lamentable et grotesque a la fois^ qae Mamiani, ministre de l'intérieur, pensa devoir adresser aux gouverneurs des provinces la circulaire suivante» qui, jusqu'à cette heure, est demeurée unique dp ns son genre :
c D'après on a^ez gi*and nombre d'indices et de rensei-* giienients exacts, il m'est parvenu que nos troupes ayant,, dans leurs dernières rencontres avec celles de Nugent, éprouvé quelques re^ers^ et que quelques-uns de nos braves y ayant perdu la vi^, les populations ont perdu courage, et que ce dernier sentiment a fait place chez elles ù la peur et à la défiance.
a Je vous invite à employer tous. les moyens en votre pouvoir pour détruire ces premiers germes de découragement et ces premiers symptômes de torpeur, auxquels nous sommes trop enclins, non par nature, mais par nos habitudes d'esclavage et de feinte.
« Qui ne sait qu'on ne peut faire la guerre sans danger et sans être exposé aux vicissitudes de la fortune ? Quand nos jeunes gens prenaient les armes , était-ce par hasard pomêtre toujours vainqueurs, pour revcjuir tous sans blessures, et sans qu'aucun d'eux ne fît le sacrifice de sa vie pour le salut de Tltalie? A qui donc avons-nous parlé, à qui pariet-on encore de valeur et de gloire? On n'obtient celle-ci que par les risques, par les travaux, par les nobles sacrifices. I/indépendance d'une nation n'est pas l'œuvre de peu de jours, ni le résultat d'un conflit passager exempt de larmes et d'infortunes.
c< Je vous prie de faire connaître à tous ces vérités, et d** ramener dans les cœurs la confiance et l'intrépidité qui s'y trouvaient naguère. Quant à ceux qui abandonnent les dra-peaux sans être munis de feuilles de route et sans motifs légi* lîmesy je v^us engage à être ferme à leur égard. Vous ne dtv
ya pasj, aprës vous être préalolileroent assuré de leur détit^ bésiter à les faire arrêter, ou du moins empêcher que, se répandant dans les villes» exagérant et travestissant lès faits, ils ne répandent l'eiTroi au milieu de leurs concitoyens.
« Je suis assuré d'avancie du zële et de Tempressement que vous mettrez à vous rendre à mes désirs, qui sont d'ailleurs^ emx du gouvernement tout entier. »
Ainsi, de Taveu même du ministre, ces bouillants soldats. de Tindépendance abandonnaient les drapeaux, et Toii était contraint de les faire arrêter pour les ramener au combat ! ...
La plume de la démocratie est plus vigoureuse que soii épée. Les journaux firent des prouessos^ur le papier. On allait pren» dre une terrible revanche I Qui sait même si les héros de Tin-^ dépendance n'avaient pas dissimulé pour mieux tromper leurs ennemis, pour les attirer, pour leur donner une imprudente tîonfiance? Quels seraient Tétonnement et la confusion des Allemands, quand ils verraient les braves, qui avaient fait semblant d'être lâches, revenir sur le diamp de bataille avec une surprenante ardeur? Il y eut cependant quelques écrivains 4|ur traitèrent très-irrévérencieusement les vaincus ; d'autres, parmi ceux qui prirent leur défense , rejetèrent ces dé-^ faîtes successives sur l'inexpérience de jeunes gens qui n'avaient jamais vu le ibu, sur des malentendus, sur le manque d'union, etc<
Si les révolutionnaires, qui s'entendaient si bien entre eux pour surprendre les gouvernements et s'emparer du pouvoir» avaient réellement eu âi cœur la cause italienne, ils auraient concentré tous leurs efforts sur les champs de bataille, et auraient marché sous Tétendard deâ rois de l'Italie. Au lieu de cette conduite que dictait le patriotisme, ces hommes sans sincérité s'occupaient à conspirer contre ces rois, avec lesquels ils auraient dû se liguer pour le triomphe de là nationalité.
Le 15 mai 1848, les républicains de l'Europe se levèrent dans plusieurs capitales. Un moment maîtres du terrain, pais
repowftés et vaùteus à Paris, ils fimmt écraséâ 4 I^plee^ Le rai Ferdinand avait envoyé six mille soldats en Lombardie, et c'était pour l'en récompenser que la Révolution s'inanrgeait contre son autorité. II avait également donné uneCionstitution àisen peuple; les sociétés secrètes en avaient été enconragées. La ^rde nationale avait, en partie, comme c'est partout son habitude, lait cause commune wec les conjurés; Il ne s'agis^ sût rien moins que de renverser le roi» de Té^orger avec toute sa famille, ainsi que tous les prêtres, après quoi on eût prodamé la République.
Un Comàé de mlui pMie eut Taudaee d'envoyer poser au roi des eonditioas^d'une insolence inouïe* Ferdinand employa d'abord tous' les moyens possibles pour empêcher l'effusion du sang; ce ne fut que. quand ses troupes enrellt été attaquées par leS'émeutiers, que ce grand roi, 4|ussi brave que bon» résolut de se défendre, de défendre- son honneur» saeouronne^ sa vie, en sauvant son peuple. Les r^ublieaîips' fwent battUv<^ s^nrèsune lutte assez vive* Ces ennemis dé la liberté, toujours par eux compromise^ furent la cause directe de la réaction qui suivit. La ville fut mise en état de si^e; la gwle nationale et la^Cbambre des Députés rebelles furent dissoutes; les méchants fiânent épouvantés et les bons rassurés.
De semblables mesures, exécutées avec cette énergie, au^ raient pu également sauver Pte IX. Peift«etre étaitHl temp9 encore.
Uouvertiire des^ chambres avait été choisie^ à Rome, comma à Naples^ ponr un mouvement insurreetîonasl, et h< déiaite ii^igée aux factieux par le digne etdievalêresque Ferdinand II, n'^ayait pas découragé les émenii^rs-de Rome.. En attendant^ et pendant qu'ob procédait aux éfteetionst auxquelles le peuple ne se rendit qu'entres faible miaecité^ on^il neee^saneîaît pa» datoul du (^ttivernement oonstitntiûBariy rordonnudoe. reiftiîve au conseil d'Eut avait para (iftnMÛ)» «nsi que. ceUe qu» CDMlîMft le Ha«t«6oBaaîl;oQ^Cka«obffe; des Pàira. fin téta de
la liste qui avait été préparée par le ministère, s'était trouvé d'abord le nom du Révéreod Père Vioo, de la cooipagute de Jésu$. Quoiqu'il le méritât a tous égards, comme prêtre et comme savant, le Saint-Père biffa son nom.en s'écriant :
« — Je comprends vos intentions; vous Tav^ ^^^ 9^^ donner le change et pour faire croire que vous ne persécutiez }>as les jésuites dans Rome ! Je ne me prêterai point à cette duperie ! »
Ce fait donne un échantillon de la loyauté et de la bonne foi des révolutionnaires. Ils avaient traqué les jésuites sans misé*ricorde * ils n'avaient pas reculé devant l'opprobre de l'exil, de la spoliation, de l'assassinat même des courageux enfants de saint Ignace, et ils avaient l'impudence, après ces accès de folie furieuse, de tenter de donner le chapge au monde catholique indigné ! Ces libéraux, ces profanateurs, ces tyrans qui <xient à l'oppression des consciences, ils avaient chassé, honni, dépouillé les grenadiers de VEglise, et ils s'emparaient du nom d'un de ces soldats héroïques pour couvrir leurs turpitudes ! lyiais.le souverain Pontife ne donna pas dans ce piège, comme nous venèns de le voir.
Sur ces entrefaites, et la veille même de l'ouverture des deux chambres, le souverain Pontife avait publié un motu proprio sur la presse. La liberté la plus large était laissée aux écrivains : aucune entrave fiscale ne mettait obstacle à la puUicité de la pensée, ni timbre, ni cautionnement. Quant aux mesures pénales,, qu'on en juge : en outrageant le souverain, le Gouvernement, la religion et les mœurs, on ne risquait de payer qu'une amende, qui ne pouvait s'élever au-dessus de cent écus romains.. Eh bien! les républicains devaient, comme c'est leur é|emel usage, abuser de /oette libertés Les journalistes oansèrvateurs qui eurent le courage d'en user pour la bonne eteise^ nous les verrons outragés, opprimés, menacés, assa»* sioés même par les soeiétés sei»ètes.
Le cardimil AkiarLavait|»réparé, au nom du ministère et sur
Tordre du SainUPère, le dmooors d'ooTerture. Mamiani, Tavocat Luoali et le duc de Rignano vinrent le sommer, comme ministres responsables , de Iwr communiquer ce document- Apres l'aToir parcouru, Mamiani s'emporte, et, frappant du poiiig comme un homme mal élevé : — c La trahûon est manifeste, > s'écrie-t-il; c il nous est impossible de marcher d'accord avec Pie IX ! Dès ce moment^ nous ne sommes plus ministres. ».
Le cardinal avait sur son adversaire et collègue la supériorité du cahne sur la violence; il lui répondit doucement :
— « Monsieur le comte, sur ce point, vous êtes parfaitement libres ; cependant je dois protester contre les termes offensants dont vous venez de vous servir au sujet du Saint*- Père. »
Kt il ajouta sévèrement :
— « Il se peut qu'il y ait trahison. Monsieur; je Tappréhende même, mais, à coup sûr, elle n'est point dans les actes ni dans les intentions du souverain Pontife^ n
Il lui dit encore que, dans les circonstances présentes, une démission ne serait pas seulement un acte inconstitutionnel, mais faction de mauvais citoyens, attendu que cette détermi*nation, si elle était exécutée, renfermait peut-être en elle une révolution.
Aprèis quoi, il le congédia, en lui rappelant que la nuù porte vomeil. Il savait trfes>bien que Mamiani tenait trop au pouvoir pour s'en dépouiller, à moins qu'il n'y fôt absolument forcé.
En effet, le comte Mamiani et ses amis ne dcmnèrent pas leur démission , et le cardinal Altieri, délégué du souverain Pontife, prononça le lendemain le discours suivant, devant les deux Chambres réunies à la Chancellerie :
c( Messieurs les membres du Haut-Conseil, € Messîeura les députés^ c Sa Sainteté m'envoie auprès de vous, chargé de l'agréable'
et fifatteuse mission d'ouvrir» en son non), lès deux GoBseils législatifs..
<c Le Saint^Përe veut, en mèfne temps» que je tous exprime combien G6t acte d'autorité souveraine est s^tifibîsant pour son cœur» puisqu'il lui donne lieu d-espérer que, grâce à votre concours» il verra s'améltoner le gouvernement de là chose publique.
« Sa Sainteté se félicite avec vous» Messieurs, et rend grâce a- Dieu dé ce que le moment soit venu d'introduire dans ses États les formes politiques qui, tout en étant requises par l'exigence des temps» sont conciliables avec la nature de son gouvernement pontifical. C'est à vous» Messieurs» qu'il appartient désormais de fertiliser ces institutions nouvelles et d'en retirer tout le bien que Sa Sainteté avait en vue en vous les accordant.
€ Le Saint*-Përe ne cessera d'adresser au Dispensateur de toutes les lumières des prières ferventes» pour qu'il répande dans vos intelligences l'esprit de véritable sagesse» afin que les lois et les institutions dont vous vous occuperez soient em* preintes du caractère de la religion et de la justice, seules bases solides et véritables de toute sécurité» de toute liberté et de tout progrès. •
< Le Saint-Père a ordonné à ses ministres de vous mettre au courant de tout ce qui a rapport à l'état de notre législation et de l'administration publique. Il leur a particulièrement enjoint de vous soumettre l'état des finances» dans le but de vous proposer les moyens les plus convenables de rétablir l'équilibre en aggravant le moins possible les charges des popu« lations. Il a également recommandé aux ministres de vous présenter, dans un bref délai» les projets de lois annoncés par le statut fondamental.
€ Le Saint-Père recommande à votre loyauté et à vos soins incessants l'ordre et la concorde intérieurs. Avec la concorde. Messieurs» la liberté tournera au profit de tous; avec eUe se
dêrelbpperoilt les bonnes lais, les larges réformes, les sag^ itW' tiMtans. Instruits par Texpérience, soutiens de la sainte refi-^ gioB, dont le siège est dans cette ville, vous pourrez espérer que Dieu ne voua refusera pas la plénitude des biens néoes^ saires pour vous rendre les dignes émules de la gloire de vos aïeux. »
Le Saint-Père, âme de ce discours, qui révèle son in6ni« bonté et ses illusions robustes sur la sagesse de ses sujets^ faisait appel au concours des députés, des libéraux. Nous ver* TODs comment ils justifièrent cette confiance imprudentef et paternelle. La bonne foi de Pie IX est éclatante ici. Malgré les injures qu'on lui a faites, malgré les turbulences, les lâche^ tés, les désertions, les violences des uns et des autres, il iper^ Mk à voidoir des réformes larges. Pour cela, il ne demande qu'un peu de calme, d^ordre, de paix, un peu de cette con* Ibnce qpi'il mérite à tant de titres. Rien n'est plus franc, plus tearire et plus loyal que la déclaration de ce magnanime, dt ee saint Pontife, que ses ministres eux-mêmes, serviles échos deseonjurés, auxquels ils obéissent, accusent de trabison!... Pie IX n^est pas de ces réformateurs qui ne travaillent que pour eux ; il ne songe qu'au bonheur de Thumanité, à Texem^ pie èer son Maître, dont il s'efforce de propager la doctrine sscrée. Il croit, ce discours le prouve, à la possibilité de con^ cSer lé gouvernement représentatif avec la nature du gon«^ Temeofênt pontifical, et il espère dans la sagesse de ses sujets : c'est cpi'il a la candeur des hommes vertueux et des hommes ^ génie. L'avenir se chargera de démontrer qu'il se trom^ pail. 9î le gouvernement représentatif est impossible quelque part, <f est surtout dans les Ëtats de l'Ëglise universelle. Faire <to*lKq)e un rai cansHîutùmnel, un rai citoyen, c'est une aberraffa» qui ne tarda pas à éclater dans tout son jour et à pro^ dnire ses froitr empoisonnés.
E0 poif¥(#r ttoipdrel des papes ne peut s^accommoder^ pour le saliiC de' feur pouvoir ^irituel, des niaismes, des 6faMe«-
— as» —
ments, des agitations des violences, de la ntauvaise foi, de l'opposition hargneuse» de la guerre aux portefeuilles qui déshonorent le constitutionalisme. Cette question, du reste» est jugée, La raison d'être du pouvoir civil des papes, garantie de leur indépendance, a été suffisamment démontrée. Ce pouvoir est indispensable à l'intérêt de l'univers catholique, à la di* gnité et à la sécurité du vicaire perpétuel de Jésus-Christ» et les criailleries des laïques romains altérés de pouvoir, afiamés de places, ne dénatureront pas la vérité.
L'ouverture des Chambres fut accueillie avec enthousiasme; ce jour se passa sans émeutes, contrairement au plan d'abord concerté entre les conjurés. Le 9 juin, les Chambres commencèrent leurs travaux. C'est de la Chambre des députés que devaient partir les taquineriesi bientôt changées en persécution et en révolte ouverte. Ce fut le ministre Mamiani qui, le premier, attacha le grelot. Son plan, arrêté de concert avec les conspirateurs, consistait à reléguer exclusivement Pie IX dans ses attributions apostoliques, à ramoiudrir son pouvoir civil , pour finir par le lui confisquer complètement plus tard. Mais, comme il fallait donner le change à l'opinion, il fut convenu que Mamiani déclarerait que c'était de son propre et spontané consentement que le Saint-Père abdiquait la plus grande partie de son autorité temporelle. Par ce subterfuge déloyal autant que grossier, Mamiani et ses complices espéraient rester maîtres de la position et gouverner. Dans un discours perfide, Mamiani, déclarant qu'il pariait au nom du Souverain, disait que le Saint-Père se reirancliaii, comme père de tous les fidèles, dans les hautes régions de son autorilé céleste ;. qu'il régnait dan^ la sphère pacifique et sereine du dogme ; qu'il se conie^Uaii de disiribuer au monde le pain de la parole divine ; qu'il priait, bénie- Mail, et pardonnait ; que, comme souverain constitutionnel, il (U>andonnait k la sagesse des députés le soin de pourvoir à la plus grande paiHie des affaires temporelles. Il représente ensuite Pie IX comme partisan de la guerre, contre laquelle il n'a
et$^t de proie^ur : u Vous n'ignorez pas, Messieurs» diHl , «comment, pour nous t;onformer à la soUkitude paternelle de Sa Sainieié, nous avons confié au roi Gfaarles-Albert le commandement immédiat de nos troupes et de nos volontaires, et les avons placés sous sa sauvegarde, tout en réservant au Pontife **t à son gouvernement les droits et les prérogatives qu'exigent sa dignité et la nôtre, ainsi que vous pourrez en jnger d'après les termes de la convention, dès que vous en aurez pris connaissance. Du reste, à peine pouvons-nous dire que nous ayons dignement secondé l'ardeur impatiente de nos cités.
« Il y a dans l'histoire des peuples de ces mouvements suprêmes dans lesquels l'esprit national les envahit et les remue si profondément^ que non-seulement toute force résistante et antagoniste est brisée, mais qu'elle devient même un stimulant lie l'action contraire.
a Alors une seule pensée s'empare des esprits, un seul sentiment brûle dans tous les coeurs, et cette unanimité si soudaine, si vive, si féconde en merveilles, paraît en quelque sorte, à ceux-là même qui y participent, tenir du prodige, et, poussés par un enthousiasme sacré, ils jettent ce cri si puissant et adoptent cette noble devise : Dieu le teiu!
« Le souverain Pontife, témoin d'un de ces mouvements irrésistibles, mais en raison de son ministère sacré ayant horreur de la guerre et du sang, a eu Tidée, digne d'tin cœur apostolique et à la fois italien, de s'interposer entre les combattants et de faire comprendre aux ennemis de notre com« mune patrie la cruauté et l'inutilité de leurs efforts pour priver les Italiens de leurs frontières naturelles et pour les empêcher de former désormais, dans l'unité et la concorde, une seule et grande famille. Dès que le ministère a été instruit de cette démarche de Sa Sainteté, il s'est empressé de lui en témoigner sa reconnaissance. »
Mamiani protesta ensuite contre l'amitié de la France, disant que cette amitié trop active serait la plus grande des
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iDfortunes qui pût arriver en ce moment aux révohitioii^ Qaires italiens. De ce côté, ils pouvaient être tranquilles: les sympathies que la France épn»avait pour eux étaient tPès^ médiocres*
Gomme Mamiani deaceodait modestement de la tribune au milieu des appiaudissemente, Caoino lui posa la question suivante, sans doute convenue enti« Les conjurés :
— «Je désirerais savoir si le programme que nous venons d'entendre est seulement Topinion .politique du ministère, ou Vexpression exacU de la pemée du Souverain ? »
Canino quitta la tribune. En souriant avec une maligne et méchante joie, Mamiani s'empressa de regagner la tribune, et il eut l'impudence de faire la déclaration suivante :
— « Je déclare que le discours dont vous venez d'entendre la lecture est l'œuvre collective du ministère» mais je vous a^rme aussi, Messieurs, que ce discours a été soumis à Sa Sainteté, quia accepté et approuvé pleinement ce langage, »
Les applaudissements redoublèrent; Mamiani les reçut d'un air important et glorieux.
Jamais peut-être homme d État constitutionnel n'avait menti aussi effrontément.
Yoici ce qui s'était passé : Mamiani avait bien effectivement soumis son discours au souverain Pontife, mais celui-ci l'avait entièrement corrigé de sa propre main. Le ministre l'avait ainsi emporté; mais, loin de se conformer aux ordres de Sa Sainteté, il l'avait prononcé tel qu'il l'avait composé, et sans lUiUement tenir compte des corrections faites par Pie IX, qui, comme on le voit, n'avait pas accepté et apprmtvé pleinement ce langage.
Le Saint Père ne laissa pas passer celte fraude, qui couipromettait son caractère et dénaturait sa politique, sans la jQétrir. Il le fit publiquement, lorsqu'il reçut la députation de la xàambreiuipréswtant l'adresse en réponse au discours d'ouverture de la sessian. Un démocrate, l'avocait Soreni, pour ne
pas paraitee au Outrinal » pour ne pas oifrîr ses hommages à son souverain «t au chef du catholicisme, s'était excusé en prétextftiKt qne importante affaire. Lfa Réputation fut reçue par le Pbpe, avec ces formes affables qui lui sont liabitueltes» mais son langage fut sévère. Il aecueillit les délégués de La Chambre avec une suprême dignité, et leur dit :
« Messieurs,
c Nous acceptons l'expression de la reconnaissance que la Chambre nous manifeste, nous agréons sa réponse au discours que le cardinal délégué par nous pour inaugurer TouvertOTe des Chambres a prononcé ; mais nous Tagréons uniquement dans la partie qui ne s'éloigne point de ce qui est prescrit dans le $(alut fandamentah »
Relevant ensuite les paroles de Mamiani :
— « Si le Pontife prie, bénit et pardonne , il lui appartient également de lier et de délier, et si, dans le but de pourvoir plus efficacement à ^la sauvegarde et à la consolidation des intérêts publics, le prince a appelé les Chambres à coopérer avec lui, le Pontife a besoin d'une liberté d'action absolw, afin de n'éprouver aucune entrave dans tout ce qu'il croira devoir opérer dans l'intérêt de la Religion et de l'État, et cette liberté doit être intacte, comme demeurent et doivent être intacts le statut fondamental et la loi sur le conseil des ministres que nous avons accordés spontanénoent et de notre plein et entier consentement. «
n leur dit entre ^Kitres choses encore que, si, dé toutes parts, les plus grand désirs se manifestaient pour la guerre, il entendait que le monde sût de nouveau que le moyen de réussir ne saurait être de sa part une déclaration de guerre.
Le discours de Sa Sainteté fut un knmense échec pour M»* mianî. Le souverain avait nettement et courageusement parlée W fliiràMgp pafjure futcottrert d'une honte méritée qui rejailr
Digitize'd
lit, comme c'était justice, sur le parti révolutionnaire toal entier.
Mamiani sentait bien qu'il ne pouvait rester au pouvoir ; cependant il lui était impossible de se décider à l'abandonner. Quoi ! avoir tant sacrifié, avoir tant intrigué, tant menti pour être ministre, et retomber dans Tobscurité ! il feignit toutefois de vouloir se retirer, à Toecasion d'une dépêche du cardinal Soglia , secrétaire d'état , à monseigneur Viale Prela , nonce de Sa Sainteté, à Vienne. Cette dépêche, composée d'une partie chiffrée et d'une autre écrite , fut trouvée ou volée, on ignore par qui, et affichée dans la ville, on ne sait par qnel ordre. La partie écrite portait cette note : « Le nonce assurei*a la cour impériale que le langage tenu aux chambres par les ministres de Sa Sainteté n'a pas été apprmiï>ipar elle, et, dans sa conduite particulière, il continuera à agir d'après mes instructions chiffrées, aussi bien les précédentes quecelle*ci. d
Ensuite venait la lettre suivante :
Le Cardinal Soglia à monseigneur Viale Prela, notœe de Sa Sainteté le Pape auprès de Sa Majesté Impériale et Royale Vempereur d'Autriche^ à Inspruck.
« Très-illustre et révérend Monseigneur,
« Les deux notes que .vous avez adressées^ en date du 27 du mois qui vient de s'écouler, à Monseigneur le substitut de la secrétairerie d'Ëtat, ont été remises, en original, entre les mains du Saint-Père. Je ne saurais vous exprimer combien Sa Sainteté a éprouvé de consolation en les lisant, et en remarquant surtout les sentiments que vous a manifestés M. le ministre des affaires étrangères, à propos de ce qui fut dit entre vous et lui sur la nécessité de suivre S. M. I. et R. à Inspruek, d'a^ près Tindication qui vous en a été faite, et le Saint-Pare a éprouvé une consolation non moins grande en prenant eon^
QaWMce dêh imu^ère de voir si jwle et ei â^(e de M. raoi» bmedeur d'Angleterre. En somme, elle ne pouvait qu'ap- {HTOover pleioement votre résolution, en conséquence de Fia- . vitation que vous avez reçue*
m Relativement à vos instructions» je vous réfère la dépêche ehiffirée qui accompagne la présente. Pour votre gouverne, |e profite de cette occasion pour vous eonûrmer qu'il ne faut pas confondre le langage du ministère avec la volonté du Saint- Père , si solennellement manifestée dans son allocution, et plût à Dieu que ses suggestions paternelles eussent été mieux accueillies, on n'aurait pas à regretter la mort de tant de sujets pontificaux dans les affaires qui ont eu lieu à Vienne !... Respectons, dans de semblables événements» les décrets de la divine Providence, en qui nous reposons tout notre espoir de voir promptement s'effectuer le retour, d'une tranquillité tant denrée.
c G. Cardinal Soglia,
< Rome« juin 1848. »
Puis suivaient les chiffres.
On peut juger facilement de Témotion qu'un semblable placard produisit à Rome, et quel robuste soufflet se trouvait ainsi appliqué stu* la joue du ministère, de Mamiani surtout» La multitude assemblée autour de l'affiche étrange, après avoir lu ce désaveu de la conduite des ministres, cherchait à deviner ce que les chiffres qui suivaient pouvaient signifier. MamiaQi» croyant faire un mauvais tour au Saint-Père et au. cardinal SogUa, fit annoncer publiquement qu'il donnerait une récompense d'argent à celui qui traduirait la dépêche secrète ; après quoi, pensant avoir mis son souverain dans un grand embarras,, il courut lui offrir sa démission ainsi que celle de ses collègues. Le Saint-Père accueillit froidement cette démission et demanda seulement que le ministère restât jusqu'à ce qu'on eût pourvu à son remplacement» afin que les affaires ne souffris-
Ëènt pas de retard. Comme If amlanh dfi^ un peit déconcerté, sortait de chez Sa Saintefé et entrait chez le secrétaire diktat, le cardinal Sogita fui dît avec affaMIité : — m Mon cher eomte» je désire vous faire un cadeau. > Mamiani demanda lequel. Le spirituel cardinal lui répondît que e^étaît la somme d'argent qu'il av^it promise pour la déeotfverte du sens de h dépêche chiffrée, et il la hii coninraniqua. Ceffè lettre était relative aux idées républicaines françaises pour empêcher b propagande desquelles le cardinal désirait s'^entendre avec le cabinet de Vienne.
Mamianî se retira désappointé ; if était tombé dans le propre piège qu'il avait tendu. Le vautour» guettant sa proie, avait été pris au trébuchet. Telle était l'entente qui régnait entre le souverain et le ministère, quand tes nouvelles de la guerre vinrent encore dén^ontrer combien la révolotion était impuissante à sauver l'Italie. Vicence venait d'être prise par les Âu^* trichions, malgré le courage déployé par les Suisses de l'armée pontificale.
Quelques turbulents essayèrent, à cette occasion, de troubler la ville de Rome, mais ils furent aussitôt dispersés. On apprit ensuite que les Autrichiens, enhardis par tes succès, avaient franchi le Pô et s'étaient emparés de Ferrare. Cet éwi^ Bement donna lieu, dans la Chambre, à d'orageux débats, et dans la presse k des polémiques ardentes. VEpoea^ journal de Hamiani, et le Conr^mporaneo, journal de Steri)ini, se distin^ guèrent, comme toujours, par leur vic^noe ; ils prétendaient que Pie IX devait déclarer une guerre à mort , se mettre à la tête des bataillons, faire tendre de noir l'église deS^nt-Pierre, iaire éteindre les cierges, et jeter Fanathème i rÂutricfae. Le souverain Pontife ne se laissa pas plus entraîner cette fois que les précédentes par les impsAients et les enragés. Il protesta dignement^ énergiquement contre l'invasion des Ëtats-Romains, ce qui lui valut une adresse de la part de la Chambre des députés, à laquelle il répondit avec sa Agnité ordinaire.
n eat certain que 61 Ton eât écouté les od«8»8s pleiQ&depMN deace du Samt*Përe, si ou eut exécuta ses ordres si pfttmtiques et si sages, rien de tout cela ne fût arrivé.
Is peuple romain, en mesurant déjà le gouffre dans lequel le jetait la Révolution , aumt dû voir combien son S0uve« rain était un homme d'Ëtat remarquable ; car il avait tout prévu.
Les malheurs qui fondaient sur la Romagne provenaient de la désobéissance des troupes de Durando, qui ne s'étaient pas contentées de garder ks frontières, comme Pie IX l'avait formellement et à plusieurs reprises ordonné. Ces soldats mutins^ indisciplinés, orgueilleux, conduits par un traître vendu aux Sociétés secrètes, avaient pris un rôle agressif, que le souverain Pontife leur avait surtout recommandé d'éviter ; en sortant des États pontificaux, en s' avançant jusqu'à Trévise, dans un pays dont l'Autriche avait la souveraineté, ils avaient provoqué ces représailles.
Les journaux de la révolution n'en persistèrent pas moins, avec leur mauvaise foi et leur fureur accoutumées, à travestir les faits et à exciter les populations.
Au milieu de tant de lâchetés, c'était un spectacle admira- Lie que l'intrépide courage déployé par quelques publicistes catholiques et monarchiques contre la presse soudoyée par les révolutionnaires haut placés et par l'or de TAngleterre protestante. Mais que pouvaient quelques voix probes devant l'impudicité et les violences des écrivains démocrates, aidés de la lâche complaisance de certains employés du gouvernement et de la faiblesse égoïste et maladroite de la bourgeoisie ? Ce n'était pas assez de la plume pour combattre la haine des athées contre l'Église et le principe monarchique, haine qui éclatait en conspirations hardies, en continuelles révoltes, en plaintes véhémentes, en exigences injustes et lyranniques, insolemment formulées. Non! ce n'était pas assez de la plume pour sauver l'Italie, il fallait le glaive. C'est parce que l'épéeae
— • zso —
fâânqua pas au bras énei^ique du loyal et chevaleresque FerdifiaDd de Naples, que ce pays fut promptement débarrassé de la démocratie et des démocrates ; c^est parce que ce cou* rage et cette force firent défaut au gouvernement pontifical, que les États romains furent dépeuplés» que les campagnes furent stérilisées, et que, de ce pays riche, amant des arts, de la gloire, de la liberté, la révolution fit une catacombe, ou l'aspect des morts effrayait les vivants. C'est parce que l'autorité était sans forces à Rome, que les journalistes honnêtes furent, les uns assassinés, les autres obligés de déposer leurs plumes; car la ville éternelle étaitdevenue une honteuse arène, oii les poitrines aux cœurs les plus purs étaient frappées par les mains infâmes des conjurés, obéissant au hideux despotisme des sociétés secrètes.
Il y avait cependant encore quelques plumes honnêtes, quelques voix que la peur ne troublait pas, qui, pour le bien de la patrie, protestaient contre ces oppresseurs rouges et blem. Elles leur jetaient tout haut leur infamie à la face.
Parmi les publicistes catholiques, il s'en trouvait un surtout, qui, plein décourage, flétrissaitles indignes fourberiesdes agitateurs, qui profanaient la liberté en faisant senir son nom de manteau pour couvrir leurs iniquités et leurs turpitudes. Bien que la terreur de la démocratie et des démocrates aux poignards prompts fût très-gcande chez le peuple, il considérait avec une profonde admiration cet homme loyal et franc qui osait jeter j'anathème à la révolution que Ton subissait en tremblant. Ce publiciste s'appelait Tabbé Ximénès. Il rédigea, dans son journal, un article incisif sur ces défaites successives de la révolution, intitulé : Les Trois Echecs, qui produisit une immense sensation. Ne pouvant lui répondre, les révolutionnaires résolurent de s'en débarrasser avec leurs poignards. Condamné par les sociétés secrètes, il fut assassiné par le parti républicain, en cela fidèle à ses traditions de lâcheté et de cruauté... C'est ce parti qui prend pour devise : Liberté, Egalité , Pralerniié.'
La démocratie. Vidée républieatM, le sociatisme, en un mot la réY(dution, est une plaie rongeante dont les peuples gué* rissent difficilement et qui ne s'arrête qu'après avoir tout dé* vaste* La révolution ne se lasse jamais de détruire et d'assassiner. Le meurtre du courageux publiciste, qui avait payé son indépendance de sa vie^ n'était que le prélude d'autres homicides. Les sociétés secrètes ont des poignards pour toutes les poitrines. Quand les honnêtes gens s'abandonnent eux-mêmes et quand l'autorité n'a pas le courage d'exterminer les égor* geurs, de les poursuivre, de les traquer, de les immoler sans relâche, comme on fait des bêtes féroces, ces associations sont puissantes^ et leur terrible pouvoir s'augmente de la faiblesse des uns, de la lâcheté des autres.
Le sang de cette victime courageuse fut infécond pour la liberté de Rome. Ce peuple avait sans doute mérité le fléau de la terreur; Dieu devait lui envoyer ce châtiment.
Cette mort ne devaU pas être la seule dont les républicains de Rome dussent faire présent à la démocratie.
Il n'était plus possible de discuter avec des hommes qui repondaient à coups de poignard. Les rédacteurs d'un journal honnête, le Ia^hwo, suspendirent leur publication et expliqué*, rent leur résolution par la protestation suivante :
« Un de nos confrères est tombé hier frappé d'un coup de stylet, porté par un bras inconnu. La liberté d'opinion et la liberté personnelle, garanties par les lois, ne pouvant nous être assurées par un pouvoir en dissolution, la rédaction du journal est d'avis d'en suspendre la publication jusqu'à ce que les lois aient recouvré leur pleine et entière vigueur. x>
Douleur ! Le pouvoir, en effet, était en dissolution; les démocrates purent librement, après cette déclaration, aller hurler, sous les fenêtres des bureaux du journal : ^- c  bas le La6aro/ » et ils poussèrent l'impudence jusqu'à crier en même temps : « Vice la liberté de la pres$ef » C^était le jour anniversaire du décret de l'amnistie raidu
1^ Pie IX; ils le célébrëretit, ces ingrats, en criant : — < A km les prêtres ! » et, dans leur odieux cynisme, ils ajoutaient : — « Vî?e la liberté! t
Le ministère Mamiani n'était plus possible ; il donna encore •ne fois sa démission, qui fut acceptée (45 juillet); la crise inn jusqu'au 3 août. Cette démission fut suivie d'une mani* festâtion anarubiqtie. Les malfaiteurs criaient contre l'Âutrielle, contre les prêtres, et demandaient des armes; ils essayérent même de s'emparer du fort Saint-Ange par la force* Ce fct le prtnce AHobrandiûi-Borghèse qui, en s'emparant de Ciceruacchio, le chef de la bande, et en lui parlant le langage de la raison, panrint à les faire renoncer à une bataille qui eût été un nouveau désastre pour le pays. Mais ce n'était que partie remise ; la révolution marchait toujours dans la logique de son crime.
Elle fit une ovation splendide aux vaincus de Vicence, qui ne rougirent pas de rentrer à Rome en vainqueurs, couronnés d'immortelles et de lauriers. C'est à n'y pas croire î !1 en fut ainsi pourtant. On couvrit d'éloges un épicier démocrate, BMdmé Galetti, dont la révolution avait fait un colonel; on m parla pas des braves Suisses qui, seuls, s'étaient infrépi* dément battus ; mais la Chambre, dans une adresse ridicule, appela la triste légion qui s'était fait vaincre : rargueU de Roîm. Rien de plus misérable que cette parodie du passé; rien de pk» vil que ce triomphe honteux et dérisoire. Le sénateur Coraitti eût été malheureux de ne pas avoir son rôle, de ne pas dire son mot dans œtte grotesque parade. Tt parla ainsi, et se* rieusement, aux vaincus :
« Magnanimes Romains!
« Le sénat qui, dans une autre circonstance, vous envoya ses félicitations sincères, s'estime heureux aujourd'hui devons liife publiquement un aceueil inspiré par une affection pater*
nelLe, et de promettre de vous donner sans délai une ^tte marque de sa recotmaissance. En attendant^ il déclare que vou$ avez bien mérité de la pairie / »
D'aprèis cet étrange système» les légionnaires auraient été fort mal reçus 9' ils eussent été vainqueurs. Cétait , on en conviendra, fort encourageant pour la lâcheté. Est-ce ce qui explique les nombreuses défaites des armées de Tindépen^^ dance?...
La comédie dura tout le jour, au bruit des fanfares et des applaudissements ; les rues étaient pavoisées^ les maisons ornées de guirlandes de fleurs, de drapeaux aux couleurs révolutionnaires ; on jetait des couronnes à ces incroyables et im* pudents triomphateurs. Le prince Doria, ministre de la guerre^ les reçut dans son palais et les traita somptueusement. Le soir, quand ils furent ivres, ils allèrent intrépidement s'emparer du Gesii> aux cris de « Mort aux jésuites! » et y fixèrent leur quartier-général. C'était plus facile que de résister aux Autri* chiens. Pitié ! pitié { tels étaient les plus fermes soutiens de la cause de Tindépendance italienne ! • . .
Crier victoire quand on était affreusement vaincu , était Tune des tactiques de la révahuioiit qui employait tous les moyens pour entretenir la fièvre et le dése^ir dans le pajs« Un soir, un des ^eots des sociétés secrètes^ déguisé en pos* tiUoo» aecwrt dans la ville* (^'il traverse à cheval, en criant: « Victoire ! victoire ! Charles-Albert a exterminé les Aiftri-* cUagsI >
Les aatres acteurs de cette cotnédié sortent de leurs coulisses, avec leur appareil ordinaire de torches» de flambeaux, de couronnes, de guiriandes, d'instruments de musique. La ville est en émoi, de plusieurs points partent des coups de leu; les cloches des églises sont ébranlées. Les Romains, ré* veillés à ce bruit, s*enquiërent de la cause de cette agitation. Les meneurs répondent, aux uns que c*est la victoire, aux autres que c'est la défaite* Dans certains quartiers, ils soufflent des paroles d'encouragement, dans d'autres des paroles de désespoir : « Les Autrichiens sont vaincus ! — Les Autrichiens sont aux portes de la ville ! — La République va être procla* inée au Capitole! etc. » Il y eut des malades qui moururent, il y eut des personnes qui devinrent folles tout à coup. Cette plaisanterie féroce n'avait qu'un but : semer l'anarchie, l'anarchie qui profite aux malfaiteurs.
Oo apprit le lendemain que cette supercherie, cette mauvaise action avait été commise par le ministre Mamiani luimême. Cet homme sans délicatesse avait donné quelques piastres aux mercenaires des clubs pour jouer ce rôle abominable. Il avait eu l'idée de supposer un postillon et une fausse nouvelle pour agiter la population ; ses complices avaient feii le reste. Il n'y a qu'un révolutionnaire pour se permettre de tromper un peuple de la sorte ; encore, dans aucun pays et aux plus mauvais jours des intrigues et des crimes révolutionnaires, jamais pareil aUentat n'avait encore été osé;
La déception fut immense, comme immense avait été la mystification; le peuple romain ne tarda pas à apprendre que Charles-Albert avait été défait, et que les Autrichiens, à Custora , lui avaient enlevé ses meilleures positions; Il avait perdu son matériel, qui avait tant coûté à ritalie, et il était vigoureusement poursuivi par le maréchal Radetzki, qui ne tarda pas à le déloger de nouveau. — L'armée italienne était en pleine déroute.
Les pr<4iositioiis belliqueuses que fit Mamiani^ sur ces entre*
f»les» Airait rejelées, et lé S aont, oe pMn# penoungr Ibl obligé d'id^donner soo portefeuille.
PSe IX él^t oomrftiiit dé prendre rapidement un part?, car lea dreottsfameea le preasaient TÎgoureusement ; il d<Hrna lé* porteiêuille de Mamiant à Fabri, ancien carbonaro, làfêni jadiaexiléy et le minisière nouveau fui reconstitué (1). Il éfait à peine inataHé, que Témeute gronda dans la rue. On Tenait d*apprra^ que les troupes autrichiennes avaient envabi à^ nouveau lés légations. Des rassemblements se formèrent «n cris de : < Aux arm»! Mari mx ffifrtè! » hurlés par les cannibales de leurs voix discordantes et avinées. Ils insnhëmt les passants bien vêtus ; des femmes furent violentées da»» I» mes; plusieurs ecclésiastiques furent outragés, hués, poutsaivis ; il y en eut même un qui, aux cris de : c Ftte la liberiff » reçut un coup de poignard dans le bras, qui fut traversé... hts journaux de la démocratie avaient insulté la France et avaient déclaré qu'elle ne voulait pas de son appui, ses soldats allèrent le mendier. Ils se rendirent chez M. le duc d'flarcourt, ambos* sadeur de France, pour réclamer Tintervention armée de In grande nation contre les Autrichiens. M. dUarcourt reçut les députés de Témeute et leur répondit que leur démarclie le sm^ prenait on ne peut plus ; que les diatribes de leurs journaux, les discours de leurs orateurs ne ¥y avaient certes pas prépaté*. € La France est grande et généreuse, ajouta-t-il, eHe ouUie facilement, d Toutefois il leur déclara ne pas savoir la résoki* lion qu'eHe prendrait relativement à Tltalie et ne pouvoir ne» répondre de son chef. Il les engagea à faire une pétition qiill enverrait à son gouvernement, si elle était signée par des i
(4) Les collègues de Fabri étaient : Le comte Laaro Lauri, anx fioances^ , Le comte PietroGuerini, aux travaux publics (par intérim à ragricuKurr etattooomierce; VmocBSco Perfetti, à la police; Paaquale de Rœsi, à la justice et aux grftces. Le miaîslèfedota guerre Ait confié, pariiHériih, à Camille Gaggiolliw
hùoorMeê et €a assez ^aiMi nombre pour ri|>i^]||er In populations romaines.
jffien que cette réponse fut loin d*ètre un fswpyntemeviiet une promesse, les anarchistes n'en criereat pas moiu.: « Vive la France I Vive le duc d'Harcourt ! > Après qwci, ils se sépMfr^ dirent dans la ville pour commettre de nouveaux crimes, lis étaient parUculiëremént excités par Tancien minislveMamiani^t par son journaL Le tribun tombé du pouvoir se posa «a footîeax et proposa même l'idée d'un gouvêrn$merU fr^vùçdre; et Mm le verrons plus tard protester contre la république, par une flagrante inconséquence !
Les révolutionnaires poussaient toujours à la guenre^ pour laquelle le peuple n'avait, en réalité, aucune sympathie. Une foule d'ordonnances parurent pour les enrôlements volontaires et obligatoires^ pour les armements, pour la formation d'ua matériel de guerre, pour la mobilisation de la gaide nationale» etc. Toutes ces mesures, prises avec précipitation, ne fusaient, qu'augmenter l'inquiétude et les charges publiques. On demandait de l'or et du sang aux Romains, en échange de quoi on ne leur donnait qne des discours, toujours des discours* Le peuple le sentait bien. Pour réchauffer aon enthoustiame éteint, le ministre de la guerre, sans consulter le souverain, publiait des proclamations chargées de galvanisme ; < Loin de moi, écrivait-il, loin de moi la pensée qu'un esprit dégénéré se soit emparé des cœurs; s'il en était ainsi^ vous devriez être émus à la pensée de nos cités tombées et détruites» de ms épouses et de nos filles déshonorées, des vieiUands et des eofinnts massacrés!
« Aux armes donc! Aux armes ! au nom de Dieu qui ne peut abandonner à la rage d'un cruel ennemi un peuple qui défend ses foyers et ses droits.
c Aux armes I ... »
Le Saint-Père obtint de meilleurs résultats, par d'autres moyeis» H protesta conter iWupation da s^ Etats par Jes
Autriclnens» et envoya au général Welden une commission dont ia nUission fut couronnée de succès.
Les rues de Rome furent pour quelques temps balayées de la vermine dégoûtante qui les ravageait, par quelques mesures qui furent prises, parmi lesquelles la mise en vigueur des lois contre les excès commis par les journaux, ce qui n'empêcha pas les feuilles démocrates de continuer à tout compromettre. Elles criaient toujours aux armes, et, alignant sur le papier 1,700,000 combattants qu'elles prenaient dans les États Romains, dans la Toscane et dans la Lombardie, elles s'écriaient avec un pitoyable orgueil : « Jamais l'empereur Napoléon n'a mis sur pied une armée aussi formidable pour conquérir l'Europe! . . • »
Répétons-le, sans les intrigues de ia révolution, sans ses exigences, sans ses éternels appels aux armes. Pie IX aurait rendu libre, indépendante et heureuse, cette Italie que les révolutionnaires, fanfarons sans courage, perdirent et déshonorèrent au dedans et au dehors.