‹ Histoire de sa sainteté Pie IXChapitre 9 sur 27 · ASSASSINAT DU COMTE ROSST · texte numérisé non relu

ASSASSINAT DU COMTE ROSST

LlYRE IV-

La Chambre des Députés fut prorogée au 15 novembre. Avant de se séparer, les députés publièrent, le 26 août, les prqH)fttions suivantes, qu'ils avaient adoptées quelques jours auparavant en comité secret :

« 1^ Que le souverain Pontife convoque un congres ou les intérêts de l'Italie soient débattus, convenablement représentés dans toute l'étendue de la puissance spirituelle et temporelle de la papauté;

< 8^ Qu'au nom de Pie IX soit exigée l'évacuation entière des Ëtats de TËglise, y compris la forteresse de Ferrare, ré-servée par un récent traité ; que dans les conventions relatives au royaume Lombard et Vénitien, la félicité des peuples et rindépendance de la nation italique soient garanties, Tltalie étant rendue à ses limites naturelles;

« 3* Que le souverain Pontife intervienne pour rétablir^ au moyen de son autorité, entre les Siciliens et les Napolitains, la paix, ou tout au moins une suspension d'armes qui pût servir ao triomphe de la cause italienne ;

€ 4^ Que dans les négociations diplomatiques déjà ouvertes»

les représentftQts des Ëtots iialiem s'acoordeatt de eoacert aMC les intérêts de Tltalie» de maDiire à prodiwe un premier «BEet de la ligue et de la diète nationale ;

4L 5* Que le gouvernement pontifical s'oecupele pluspromptamnt possible de la conclusion de celte ligue et de la fonnaikn de cette diète;

m 6* Que rarmée soit organisée et disciplinée suivant le mode et le chiffre prescrits par la Chambre» et ce, jusqu'à ce que la question italienne soit résolue;

m 7» Que le gouvernement s'attache à rétablir, par tous les moyens en son pouvoir, la confiance réciproque entre le clergé et le peuple ;

^ S"" Que le gouvernement et les Chambres s'appliquent à <i|>éfer une réforme financière dans l'Etat avant Tannée 1849 ;

« 9* Que l'on fasse justice aux classes inférieures et aux fMTopriétaires» en déchargeant les premières des pmds qui (lèsent directement sur elles» et que, pour les seconds» les taxes «oient rendues plus équitables en les appliquant à toute espèce de revenus. »

V^iJà à quoi la session avait été consacrée ! Les députés ne «sûmprenaient pas la situation du Saint-Père en émettant œs i»ux« devenus impossibles, grâce aux intrigues de la Révo«iuûon et aux nombreuses défaites essuyées par les troupes ilalieitnes. Sans ces intrigues, sans ces défaites» et surtout sans Jes agitations démocratiques qui avaient éclaté à Tintélieur^ l'Italie, avec le concours des princes, aurait pu obtenir de meilleures destinées. Maintenant il était trop tard. Une bdle cause avait été coniproiitise, perdue» par les folies et les crimes de la Révolution» qui déshonore et ruine tout. ce igpK^eUe touche. En travaillant contre le principe d'autorité. civiles! religieuse» elle avait travaillé contre l'Italie; elle n'avait fos seryi la cause de riudépf ndaixe» mais celle de la démag^ie; aussi» elle n'avait pas conduit les peuples vers raffrau** dwssement et la liberté» elle les poussait vet^ la république,

vers Toppression, à la ruine. Pie IX, Ferdinand II, le grandduc de Toscane et Charles-Albert, malgré son ambition trop ardente, auraient accompli Tœuvre de la régénération ita-* lienne. Us en avaient la volonté et le courage. Par ambition/ les libéraux, comme les radicaux en haine de la monarchie, les en empêchèrent. Leurs plans sages furent bouleversés, leurs bonnes intentions calomniées et paralysées; ils furent trahis, et avec eux l'Italie; leur pouvoir fut un moment rem*» placé par Tanarchie, ce mal contre lequel les peuples se jettent dans la réactjon, dans la dictature, dans le despotisme même, comme dans un rempart.

Pie IX, on lui doit cette justice, s'était vaillamment mis à la tête d'un mouvement sagement équitable et réformateur. Son dévouement fut méconnu par la Révolution. Et pourtant, qui d'elle ou de hii se préoccupa du sort des classes pauvres et souffirantes, qui sont les classes tentées et exploitées par la démocratie? Qu'on compare ses actes et ceux de la Révolution, qu'on compare son langage si franc, si net, si paternel, aux déclamations furibondes des partis. Sa modération, sa sainteté, ses services, ses vertus, sa constante sollicitude lui avaient valu la confiance et la sympathie des masses ; ce n'était pas seulement son nom qui lui avait fait une force immense, c'é-» lait sa personne. La Révolution coupa ces fortes racines qui poussaient dans le cœur des peuples, et, pour les en arracher, elle le mutila profondément.

Les libéraux, tout autant que les radicaux, étaient jaloux de la popularité de Pie IX. Remarque triste, mais vraie : les hommes pardonnent rarement une supériorité à leurs sembla* blés, surtout si cette supériorité est la vertu.

Impassible au milieu des tempêtes. Pie IX, pilote intrépide, continuait de guider la barque de Pierre avec sagesse et fermeté. Il se rendit à l'église de Saint-Panlaléon, le 37 août, pour proclamer les vertus de plusieurs saints. En décrétant leur béatification^ il dit au peuple ;

î. r, ii

— Mi —

€ io i'iwifraie k Seigneur qui, d^nid^s temps si 4ifflf*iMi caaiUm à ritalu) et au piomîe, par de nouvoatux itiempk^$ combien il a à cœur le trioqipbe de sa aaiate Religion, m awk citant des hommes pleins de ferveur là mu la mokiSQn ^ abondante et le nombre des ouvriers petit : non, ce n'est pa» une légère consolation pour nous de voir dêM hommêê dév(m4ê, 4epui$ tant de lwHre$, faire de ntmveUeê amqiUieê au fi^ de VJÉ^ filiu, Cette consolalim est d'autant plus grande que, d»ns e«t<0 kalie jusqu'ici si catholique» centre du Christianisme) on q$ê iotroc^ire le protestantisme. Ceux qui en sont les faMtoun» tout en se montrant, d'un côté, exaltes pour la nationalité îta^r Uenne, ne répugnent pas, d'autre part, à lemplpi d'un m^en abominable, jfHi doii néce$$airêmenl la dihuire. Et tandis qw les Allemands, qui visaient à T union eliez eux, trouvent qu'uQi grand obstacle à leurs vœux provient de b diversité des réi-^ gions, et que parmi eux les protestants font des projets d!*ut* nion, on voit en Italie des hommes qui, au grand scandale de la religion ei à un ùnmense détrimstU poliliqui, prétendent ob* tenir T unité du pays en y introduisant la fâcheuse yemençe 4« * 1^ séparation de l'unité de la Foi. Voilà où conduit TavengW*- ^netit des passions. Prions Dieu qu'il dissipe ces ténèbres ipi r^surons-nous au pouvoir des divines promesses qqe l#i foriez de V Enfer ne prévaudronl pae contre VÈqliee! »

Ces paroles pouvaient servir de réponse aif ptregraphe 7 des propositions volées par la Chambre des Dépotéff efifl-t géant le gouvernement à rétablir, par toi^ les moyens « ton pouvoir, la confiance entre le clergé et )e peuple* Qui 4oni9 avait brisé cette unité, ce bon accord, eeltis eon&mee réeipro» que? N'était-ce pas la Révolution? Était-ce le Saînt'Piire «iHi avait payé des assassins pour égorger les prêtres? Ëtnient^ik è sa solde ou à celle des sociétés secrètes et de TApfl^lejrfv hérétique» ces pirate» fui avaient outragé, voLé^ maltrfiité leii jésuites, auxquels, dans ce dîscoui*s encore, le Pontifo rendwi une fois de plus hommage?.,. Les ennemi* de la société avaieol

BiAï^ohmi Pè of^oflfihrëb pi-élre afin de défaehef \e \)m\))^ ù? la tài eatliolique, afin de détruire la papôulé et ^Église de Dieu.

Jaaqu'à ta ffrr, Pie IX leur résista. Il i^ongea, dès que M CSlâmbre se fut retirée; à prendre im ùiinistère intèHigéiit; Sftge, fbrt et dévodé. Il jeta les yeux sur l^aneien ftinbûssadeût* de FHmee, M. le eamle Rossi. Cet homme d'Ëtat, soodé A*bm ))ord à ce aujet par un moine fmnçais, le respectable i^ère Vau^ feSy son ami^ opposa de sérieuses oblections, quoiqu'il fàt infiniment flatté de Tbonneur que lui faisait 8a Sainteté. D'abord, M. llossi était Fran(.*ais par naturalisation» et il était douteux que le nouveau gouvernement de la France lui donnât ^auto^ risation d'accepter le poste qu'on lui oflrait, attendu qu'il ne f;*étdit jamais abaissé à reconnaître la République de Février. LePëre Vaures, quanta ce premier point, ménagea uneentre-^ Vue entre M. Rossi et son successeur, M. le duc d'Harcourt. L'autorisation fut demandée à Paris et refusée par lés hommes d*État du faubourg Saint*Marceau et de la rue Lepelletier, qui tenaient alors ensemble, dans leurs mains flétries, les destinées de la plus belle monarchie du monde. Le bomte Rossi, qui n'avait pas l'avidité du pouvoir, se crut dégagé ; mais M. d'Harcourt fut d'avis qu'il pouvait néanmoins passer outre, vu les circonstanèes ; il dit qu'il allait lui-même écrire lie nouveau 6 Paris pour insister sur la situation ; il ajouta en* core que le pape, chef suprême de deux cents millions de sujets catholiques, avait le droit de choisir ses ministres dans les litate qui rdevaient de son autorité spirituelle.

Le Saint-Përe remit au comte Rossi des lettres de naturalisation qui auraient dû le protéger, lui et sa famille^ si quelque chose était capable de protéger le droit, le juste^ le génie, la faiblesse et la vertu contre la révolution.

Cela fait, restaient d'autres difficultés, qui ne purent éire aussi promptement résolues ; il s'agissait de bien convenir <if là ligne à suivre âu sein de ces agitations, et U comte Rossi filillit, h ce siijet, ne point sVntendre.

Après tQQtes les scènes que nous avons racontées, il demeure évident que le gouvernement n'était plus maftre de la situation à Rome. L'autorité appartenait à l'usurpation démagi^ique. Pour la ressaisir^ il fallait une main à la fois sage et vigoureu$e« une intelligence d'élite et un courage éprouvé. Pie IX le oom* prenait, et le choix qu'il avait fait en la personne de M. Rossî était excellent. Celui-ci hésitait encoi^e.

-^ « Vous m'avez toujours donné d'excellents conseils, j» dit-il au Père Yaures» « dites-moi ce que je dois faire?

— « Vous rendre à l'appel du Pape et accepter le poste qu'il vous offre. ^

— c La situation est si difficile !

— < Raison de plus. D'ailleurs, Tesprit de Dieu vous dirigera I »

Le comte Rossi prit les mains du Père Vaures, et lui dit en levant les yeux au ciel :

— « Que sa volonté soit faite ! »

Et il ajouta pieusement ces paroles du saint Evangile ; -— « In verho tuo^ laxabo rele. »

Le comte Rossi se remlit chez le Saint-Père : il était mi* nistre (1).

Pellegrino Rossi avait soixante et un ans.

Il était grand et mince ; ses manières étaient d'une excessive dignité.

Né à Carrare, dans le duché de Modène, il avait fiiit de Jiril* kmles études, lorsque le monstre de la révohition l'avait séduit

f I) Le cabinet était ainsi coostitué :

Le cardinal Soglia, président et sccréiaire d'É(at ;

Ciociani, grâces et justice ;

Montanari , commerce;

Le prince deKignano, travaux publicst el par intérim la guerre;

Ouarini, ministre sans portefeuille ;

Le comte Rôssi , qui dingeait ce cabinet, avaitl'* ntérieur et la police; et, par intérim, les finances ;

Un ne oomprend pas comment il y avait un ministre sans portefeuille; 1andl^qu(j d'autres mlnistrf»? avaient de<i portefeuilles par iotérirti.

et en avait fait nm de ses proies. 11 la servit ée tout son c<Bur^ qui était grande de toute son énergie, qui était forte» jud({u'à ce que, rentré dans la voie catholique» il eût/ à son tour et franchement, embrassé la cause de la vérité. Il ne trahit pas la révolution, il Tabandonna, comme tant d'autres esprits droita Font fait quand ils se sont aperçus de la logique où elle en«« traîne. Il ne se vendit pas à la coutre-révolutiont il se donna. Les hommes de valeur n'ont pas besoin de faire de ces honteux marchés. A quelque parti qu'ils appartiennent, ils auront tou^ jours du pain et leur part de commandement.

Le» sociétés secrètes ne lui pardonnèrent jamais d'avoir abandonné la révolution, et sans rdâche elks le poorsuivirmt de leurs calomnies et de leurs attaques.

Cet homme de talent eut tour à tour plusieurs patries, dès qull eut perdu la sienne, parce que plusieurs pays s'honore* rent de donner l'hospitalité au savdât exilé. Les plumes viletf et hargneuses trouvèrent à ce propos des plaisanteries tristes et des outrages dont Tinsolence trahissait la rage des médian erttés jalonees.

Compromis dans son pays natal dans des luttes politiques, M. Rossi dut prendre la route de TexiU Avec Texpérienoe de h misère et la science du travail, un homme intelligent et coorageux peut eqiérer ne pas mourir de faim, si durs que soient leB premiers essais, si alureuvés de dégoûts que soient les premiers combats. Jeté à Genève dans le premier naufrage de sa destinée, il y chercha un refuge. Il ne tarda pas à y être salué comme l'orateur, le jurisconsulte, le législateur et Thomme d'État le plus remai^able de la cité : il était efièetivement tout cela. La France fut ensuite la patrie qu'il choisit. Là, ses t»> lents variés et remarquables lui assurèrent encore une place Mevée. Il était ambassadeur de cette nation à Rome, lors de la Révolution de Février, qu'il ne reconnut pas, nous l'avons dit^ tt se retira de la scène politique quand il vit le gouvmi^pmeût 4e 1830, issu des barricades tomber logiquement sous lesbar^

rkades« Ceat li&iu» cetie retraite où U coiis4iei4ftit ^on Uiiii)is à l*ttt)id€» aux devoirs de sa famille et de la religîofl» qui Tavak larH consolé des lâchetés &t de3 iojustices des bomoiea» 4|tte I0 sotiveràia Pontife élai t allé le cherciier pour qu*ii T^idât ^ ré^ pwef les ruines déjà faites par la révolution, et à gouvermv pour te bien-être moral et matériel de son peuple.

Le oomtla Rossi n'avait accepté qu'à regret, car TcEtivre liai paraiseftit presque impossible, tant le mal était grand, tant le^ peuples étaient égarés par Tcsprit de vertige* Toutefois, trop bon catholique pour ne pas prendre sa part de la burde eri^ix dit Potitifé, il avait fiûi par se dévouer. Dès-lors le Saint^Pfere pouvait compte^ sur lui ; pour arriver jusqu'à sou souverain, il eût fallu passer sur son corps, selon son énergique parole^ Ccft hèmme éminent répétait aussi souvent : « La caue€ <iu Pmpe Ml la cause de Dieu! p Profonde et vraie parole que chaque Ita-* Hea aurait dû porter gravée dans son cœur.

Lo premier ministre possédait toutes les qualités i^(|uises pour la haute mission que Pie IX avait confiée à son honneur. Dévoué, il Tétait jusqu'à la mort, l'avenir le prouva. Habile, intelligent, familier aux aflaires, laborieux, actifs galvanisant lés autres par son exemple, il était en même temps d*ui]é finesse très-pénétranle. Son sourire était souvent dédaigneux, son abord sec, parce qu'il méprisait tes hommes, les conDâîsr^ Sant, devinant leurs vilaines taiiiliques et ne tombant pas dans leurs pièges. Mais ce premier moment passé, il se montrait tel qu'il était au fond, bon, sympathique, indulgent. Malgré cela» cette manière un peu hautaine, cette réserve qui avait l'apparence du dédain, lui avait valu autant d'ennemis peut-être que ses talents et ses succès, qui tirent étouffer de rage et d'envie tant de haineuses et jalouses médiocrités. Ceux qui ne le con-^ naissaient pas, tout en ne pouvant se défendre de l'admirer» n'éprouvaient pas pour lui celte attrayante et soudaine sympa* ihie qui attire les cœurs les uns vers les autres* Il paraissait froii] et affilé comme une ironie. C'était cependant un te&MT

fllflté et éharit*Me. S^tl avait mis f^las d o»tcnfa(km dans ses èféilAiits et rfe lâelieté dans ses rdalions arec les Iroinnies^ ?l en eût étë tout difTéremmeiit. Mais, comme M* Guizot, son Moi» eomme aus^i M. de Mettei'nirh, autre homme d^Etat ce-fèlMfe, il dédaignait la popularité. *^ t'our les hommes forts, la plus solide et la meilleure popularité, c*est leur conscience. Il léllf importe peu que ceux qui égarent les masses les trom« pMit mt leur compte, s'ils n'ont rien à se reprocher, s'ils ont agi àikts rintérèt et pour le bonheur des peuples! L'erreur, eh MA tristes temps que nous ont faits toutes ce« révolution^, ii'éftt-eHe pas plus populaires que la vérité?

Hîen n'est facile comme de devenir populaire, avec des disêtttifB menteurs et de hi^uyants compëres. !.a Passion de Dieu sur tâtert*e nous a montré les épreuves réservées iei-has k Ha vMié et à la Vertu. Ce ne fut pas le Christ qui Tarait guéri, idttiiigé» émerveillé et venait lui apporter la vie élernélle ri raebetér rtnimanité, ce ne fut pas le Christ que le peuple jut( sauva du gibet, ce fut le larron. Voilà la popularité! Yoil^ h Mffi^geiitiiversel!

Mfeli quH!îâpo(*te ces épreuves ! Tous tant que nous sommes, béfiiMMs nos sduffbnrés, bénissons nos douleurs et nos feri ; It véeoitipense du jitste n'est point en ce monde!...

En affaires, M; Rossi était un hOmmo pratique. II savait ne s'ittnsionner en rien. H voyait d'un coup d*œil habile le fort et lêfbtbie des choses, sans préjugée, sans présomption, comme IMS exagération i\ sans faiblesse.

. Sa inemoire mérite le respect et Tadmiration; ce aéra Tua <le8 châtiments de ses ennemis acharnés, injustes^ ignoraatey stupides dans leurs colères. Au surplus, comme tous les hommes d'Etat d'élite, comme tous les penseurs austères, il porta de son vivant rimpopularité avec Taudace du courage et le dédaia de la vertu.

En arrivant aux affaires, M. Rossi s'y dévoua id^solument.

Lea démocrates, les ennemis de Tautorité, les grands hom^ mes d'Etat qui ne souffrent de chefs nulle part, qui partout veulent voir des tronçons, n'auraient cependant pu expliquer le changement surprenant qui s'était opéré dans la conduite des affaires et dans la direction des rouages de l'administration depuis que M. Rossi était au pouvoir. On sentait qu'une main vigoureuse , obéissant à une intelligence suret d'elle-mènie , était là pouar tout faire mouvoir , et les subalternes le secoa* daient avec cette confiance et celte activité que communique le génie. Ce sont les bons généraux qui font les bonnes armées. - Tel capitaine, tel soldat.

Pendant qu'il s'efforçait de réparer les désastres causés par le ministère Uamiani, et que le clergé et les corporations re-* Ijgieuses offraient 21 millions 600,000 francs au Saini-Père pour leur p»rt de collaboration dans cette oeuvre , M. Rossi s'occupait aussi de répondre par des actes aux diatribes des journaux avancés qui Je représentaient» ainsi que Pie IK^ comme hostile à la cause de l'indépendance italienne. Il entama avec les cabinets de Naples, de Florence et de Turin, des négociations ayant pour but de former enfin cette ligue italienne, dont Pie IX avait eu le premier l'idée. Cette pensée patriotique fut accueillie par le roi de Naples avec sa grandeur et sa générosité ordinaires. Elle fut repoussée, au contraire, par le minia* ière l^^al du Piémont, qui voulait revendiquer l'honneur de cette idée, s'attribuer celte initiative, et refusait d'admettre le royaume de Naples dans la ligue* A ces lâches stupidités inspirées par la haine et la|alousie démocratiqi^s, M. Rossi ré-:

dans laquelle il exposa, dans toute sa sagesse et tout son patiiotisme^ dans toute sa sublimité, la politique invariablement patriotiqtte et forte de Pie IX. Après avoir prouvé sans réplique ^16 le pape était le prcmoteur de la ligue, il prouva également que ses efforts courageux, persévérants, avaient échoué de* vaut le mauvais vouloir et les exigences inaoc^tables du minish tère piénumtais, qui , dans sa folle présomption, déclarait entimdre se passer du cMM^ours de la belle armée napolîtaine , la seule qui eut pu résister avantageueemoit aux Autridnens^ Le cabinet de Turin, joignant l'avidité démocratique à b dé* mecratique jactance, avait réclamé des Êtats-iHrauûns des troiqpes et de Targent, de Taisent surtout. M. Rossi démon» trait combien ces prétentions étaient insensée, et il disait :

< Le projet du souverain Pontife est diair et des plus aûn* pies ; il peut se résumer en peu de paroles. Il y ausa une ligue parmi les monarchies constituticMinettes et indépendantes les unes des autres. Les plénipotentiaires de chaque Ëtat indé^ pendant se rassembleront en réuntiHi préliminaire à Rome, pour délibérer les intérêts communs et étabtir les conditions organiques de la ligue* Twte chose faite a son commencement : par cette voie droite et claire on arrive au but ; on s'en éloigne en en adoptant une autre; et, dansée dernier cas, Tltidie, tant ^ fois victime de tant d'^reurs , aurait à géliiir sur une er» reurdeplus.

« Couchions : Pie IX n'abandonne pas soa noble et généreux dessein, qui est et fut toujours de pourvoir, peur la ligue» pcditique italienne, à la sûreté, à la dignité, à la prospérité de l'Italie et des monarchies constitutioniieties de la Péninanle* Pie IX D^est pas dirigé par des vues d'intérêt privé m d'amhi* tîon ; il ne cherche, il ne désire, il ne demande que le bonheur de l'Italie et le développement relier des institutions qu'il a données, à son peuple. Mais en même temps, il ne suurait ou* Uier ce qu'il doit à hi dignité du SatnfrSiégeet èla gloire de

BmM. ÎMiteauli'e pt^pOMiton iacîonifMitibld iv«c e« 4e¥«lr «M«ré «ae pourrait être adressée qu^en vsm àtt sottversiii de llQitis et au ohef de TÉglise. Le wipréme pontlfiest est la Muïè fmideiir qui soit debout, et qui» PôSiant à TltÉKe» lui it^ lé nspeet et ks hommages dé l'Europe et du monde estMt(fM; jtmib Pié IX , comme pontife , somme souveniii f et oonMbe italieoi De saurait l'oublier* >

Cette note éloquente, qui expliquait nettement la poHtiqne de Pie IX et déToilait rignoratice, la dépravation et rttijustleè des réfolotioanaires, rendit eeuK*ci ftirieux. Les sociétés se* erbtes de Turin, de Florence et de Rome reçurent ie mot d'or« Atê de vouer le courageux ministre à renécratioo des l\^è$ il Mw» Rossi le sut, et ne s'en troubla point, é ie monterai i cberal, 6*11 le faut, dit-il, pour défendre les droits du Saint- JMsge et combattre les factieux, et pour arriver jusqu'au pape, il fendra me passer sur le corps! >

11 savait que sa vie était menadée , il en avait fait ie saeri* ficei -^ « Peu importe, pourvu que je sois la dernière vitt^ tia»] » s'écria^t^l, comme plus tard l'archevêque de Paris tué^ lui aussi, par l'insurrection républicaine.

Les mêmes inspirations se rencontrent chez les nobles âmes.

A la suite d'une rixe entre un garde national et tm juif, les Israélites habitant Rome furent injuriés et menacés dans leu^ existence. L'ordre était sérieusement mis en péril, rémeute,^at« sissant ce prétexte, relevait la tôle. M. Rossi ne reeula pas^ comme ses prédécesseurs révolutionnaires, devant le dévoir « il réprima énergiquement la sédition. Le Père Gavazsi, comtnl» voyageur d^ sociétés secrètes, continuait à prêcher la révolta dans les légations ; il le fit arrêter, l^s journaux de ces so-» cîétés vomirent tout leur vocabulaire d'injures contre le mlnts-^ tre. L'assassin Sterbini , désignant déjà la nouvelle victhti^ aux poignards de ses amis, s'écriait :

— 4t H y a une école qui apprend à faire naître des occa* siens de bombarder, d'incendier, de détruire les grandes ra«^

pH|té$. (jém ^ele est reprâsenfée h RtHM fmr M. llëMh M. Rossi est chargé ji Rome de faire Tessai de éettë poHti(}ttè. Uns emmnê là réoùtuimm êi tei tànju*i$ manquéM tkti M^^ \\ fiiitaU enter des prétextas {K)iir pousser le peuple i qilellftté ■MNiTeaNiiit vMaqt^ sfln de pouvoir TAcra^r et Tasset^^ LeÉ fittli qni sont sous nos yeux démontrent que teUoest la pénMl dt ce mimstèreé »

M* BosM répondît par ee> m^ls t « Toot le monde Sait qu'il y à des louanges qui oflbilsent et des Mâittes qui hopOMiit^ i

Pendant ce temps, M. Rossi croyait prendre toutes les pré* cautions de sûreté publique pour le jour de l'ouverture des Chambres, qui approchait. Sachant par une longue expérience, que les gouvernements ne peuvent pas compter sur la garde nationale pour maintenir 1 ordre, il avait fait appeler, des villes voisines, un nombre imposant^de carabiniers. 11 les passa en revue et leur rappela leur devoir. Mais ces mihtaires se laissèrent lâchement circonvenir par les ennemis de la société etf au )imi du péril» ramtorité devait les trouver tnrfttei et in* âMes.

L'énergie dépidj^e pdr Mv Rotsi était admirable; mallMii* rwtmiMt il étëit trop tard. Cette vtgioaur mise en prMlqtti au commeneemest des irenbles, Rome eût été sautée» Urt gravmienient vigoureux sorti du chaos de Tanarelne» doM W qyel le soctalisine avait déjà plonfé oo pays» était impahianti midgré aa fisrineté et son babiiaté. ftome était coupable^ A-att* \km% ; tfop coupable pour èâ>e sfeuvée Si vite. EMe avait atftîrl sur aa léte un orage que rien de pootatt pfésentatt#nt eau}» rm*; eUe devait subir quelque temps la domination 4ea barbai tWf des démoeratest qn'dle avait écoutés, qn'eUe avait appla» dtt et qdi avaient juré sa ruine^

Les naiîoQs qui ont banni le mot Frovidenee de bot \t» gage politique, eeUéa qin ne eroient pb» à f aittiou du BMu dans les choses humaines, sont obligées de ruaauuuMt^ pa^ hè fhétimruis qtn fesaltégueail» qûoDiwgotttremuia flaililla

humaine et que^ comme Ta dit Boasuet : t L'iiomme a'agiita et Dieu le mène. >

Certes M. Rossi aurait vaincu la révolution ; il en avait rega trop d'outrages, elle lavait trop insulté pour n'être pas digne de la teirasser; mais la Providence ne le permit pas, parce qu'il fallait que la révolution fût subie par les Romains comme un châtiment, plus longtemps que le courage de Rossi ne Teùt laissée vivre* Dieu sauve les peuples , mais en les châtiant. Le triomphe du mal est passager, et TEglise est immortelle!..

C'était la veille du jour de l'ouverture des Chambres.

I.ies conjurés s'étaient réunis ce soir-là dans un bouge horrible, immonde, l'une des tavernes de la démocratie, nid de vautours, où chaque soir la République , le vol , le socialisme , le meurtre, le brigandage se donnaient rendez^vous. L'aspect de ce lieu était repoussant et lugubre. Ce repaire était hanté par tout ce que Rome comptait de filous et d'agitateurs , de bandits, de filles de joie : bohémiens de la civilisation chrétienne. Ces êtres, que la société rejette de son sein et qui font les ré* volutions pour s'arroger le droit de la conduire, élaboraient là leurs crimes, leurs assassinats , leurs fausses délations, les meurtres payés par les sociétés secrètes dont ils étaient membres , les enlèvements nocturnes , les viols. Dans ce lupanar , oii l'ivresse confondait tous les frères et amis dans un commun abrutissement, on entendait des rires cyniques et d'épouvan* tablesjurements.

Vers onze heures^ la bande impure quitta la taverne en

écbttigeaDt à Toh basse quelques paroles mystérieuses, et elle se dirigea vers Thopital Saint-Jacques. Deux des conjurés pé* nétrërent dans Famphithéàtre, où un troisième compagnon les attendait, avec une lanterne sourde. Il leur montra plusieurs cadavres, immobiles comme Téternité, étendus sur les froides pierres ; il? en choisirent un et partirent tous avec leur butin lourd et glacé.

n était minuit : Theure descboses qu'on ne &it pas a^u» les yeux du soleil et au milieu du bruit des vivantBb Les maiivaiMa consciences cherchent les ténèbres. Les conjurés avaient la lâcheté des hyènes qui fuient le jour et ne se repaissent queite cadavres.

Il était minuit : Theure des crimes, l'heve des drames aaiH glants. Des hommes^ enveloppés de manteaux sombres, et rampants comme des couleuvres, se glissaient le long des murs du théâtre de Capranica. Us y entrèrent. Dans kuni mains brillaient des poignards^ à la lueur de chandelles allu'» mées contre les décors, qui projetaient dans Tobscurité de la salle leur clarté douteuse.

Le cadavre enlevé de l'amphithéâtre Saint-Jacques avait été amené là* Il fut accoté à un mur, et les conjurés firent cercle autour de lui. L'un d'eux s'approcha du mort, et après avoit montré l'endroit du corps oii les assassins doivent lirapper pour fidre une blessure mortelle, il leva son poignard et l'eofonita eitf uite danslagoige du cadavre, qui perdit l'équilibre et tomba ma le parquet. Ce cadavre représentait le ministre Rossî* condamné à mort par les sociétés secrètes»

Les conjurés félicitèrent l'auteur de ce sinistre drame, après quoi ils se séparèrent jusqu'à Tlieure de l'ouverture des Chambres.

On voit combien la cruauté du parti répuUicain était froi« dément et habilement calculée. II ne mentait pas & son iiiH inre et sanguinaire tradition*

IMri€£^v<yu« pour l^ottTevture des Chambres au palaiis de U (JhiliMllerie, et petidantqua leê (ui^urs se litratent ft rhorrible fAp^Hi^^n que nous venons de raeonter, lies ministres délfbé^ raient sur les moyens de s'opposer à l'émeute. Seul, M. Rossl éliit d'un attë dMMpent de ses eoltègues, qui pensaient la fgàfàè eivlque soffidanle pour le maintieR de l'ordre publia.

Le oomte RossI disfiit qu'il était préflérable de confier H gwdb du palais de la Ghtncû^lerie auK earabiniers, sur lesquels H pensait qu'il était permis de compter davantage* Le colonel de ees troupes, qu'il avatt fait quérir aussitôt, était venu ap^ puyer cet avis de son expérience. Malgré cela, la majorité du eonseit persista à préférer la garde civique. M. Rosst insista tMtffoifl pour qu'un piquet d'élite occupât la cour de la CfaftaeMlefie et fit la baie sur aofi passage. Ce n'était pas qii'H MNioutftt là mort dont il se savait menacé, mais il accomplis-- #0it son devoir m prmant toutes les précautions utiles, après qu(d il s*en remettait à la grUce de Dieu. Déchirant une lettre ((ni contenait des menaces de mon contre lui, il dit à ses cet* lègues : « Ces précautions ne me sont pas personnelteei Mesfieif f s ; Dku mi qn$ jê mourrais avec joie pMP M «ot^ que mus éifkndùm, mais il importe^ dai^ l'intérêt de eette causer que l'ouverture de la Chambre s'opère avec calme et dignité* #

Comme il pai^lait^ l'assassin de Capranica frappait le eadavre ibfiflint^iaaqMos*

Le comte leva la séance et rentra ches lui, oii il revit en^ core une fojs le discours remarquable qu'il devait prononcer

\Im^ )• t>iilki^e« et (pi, 4mb sa fmti», i)Uit doiUM* iwi MMfvelli» forée à Pie IX, et peut-itta sauver litaiie*

Il prit «nsiiilt quelque repo» ; il fut réveillé à six tieorei au metÎQ pir m» veiet de ebmabre, et trevatlle de nouveau*

U était levé de^ii uue heure, loraque sea deun fila péné^ Urèfeut de»» ton eebinei al loi deaiaudèwnt des UUeto pow Miîater è la iéloeet II leur répondit qu*ii n'» avait poîqti Comme Tainé s'étonnait qu*un premier miiilelre n'eàt point de UHeti ft déclfàitoit qu'Ue a'en pasimaient et trouveraient Hen Mf iM^eo dç péeétrer dtiiie la Cbambre t • Je voua le défoiéi, rpprU vivement M. Rosjii. » St aea fila. inaîaUmt : -^ a Maie p^urtpioî oele^ mou pire ? « Parée que telle eat ma voleiNéi dit ta eiiaiatre; v^ue reatere« luprifa de votre mère, a

Queud ili «e furent retiré», il reçut la billet suivant de la dwliéwedeRîgMQOi

€ Mon cher comte,

rLe plus grand danger que vous ayez jamais cpurv vçus^ menace. Ne sortez pas, car vous serez assassiné ! Si vou3 m pouvez vous dispenser de paraître à la séance d'ouverture i prenez les plus grandes précautions ; il y va de voire existence ! a

Le ministre sourit avec dédain et ne tint pas compte de ce iiouvel avertissement.

Il répondit aussilôt à fa duchesse par le billet suivant, d*une délicatesse infinie :

<c Ma chère duchesse, je vous suis très-reconoaissant de Vmtérét que vous me témoignez. Vos craintes pie semblent exagérées; dans tous les cas, j'ai pri? mes précautions, rassurez- Vous donc sur mon compte et surtout sur celui de votre mari.

« Tout à vous,

« Comte Hoaai. >

l^iitee tel préeeutiena u'evatent peint été prnti} b eouftge de M. Rofisi avait été im|»rodeot« U taUe lui pJoiieit^ epr le

résultat n'étaii pas douteux pour lui. Le banquier Ri^ietti, son ami, soufr4ecrétaire d'Êlat au ministère des finances^ élam venu le voir à neuf heures, il lui montra la lettre de madame de Rigoano et ne lui dissimula ps^ son dédain pour les révo* Itttionnaires : — c Ils menacent, donc ils ont peur, lui dit4l. Ce n*est pas Thomme qu'ils veulent tuer en moi, c'est le prin* cipe fatal à leurs projets; ils veulent assassiner la Constitution oti ynéfiee de la R^hliqftfi ! n

M. Rossi reçut encore une lettre semblable à celle de la du* ehease, après le départ du sous-secrétaire d'État. On Tavertissait du complot formé contre sa vie par les conjurés h^blicaina, et la plus grande prudence lui était recommandée. On lui disait que le courage civil ne oonsiste pas à s'exposer iii un danger qu'on peut éviter ; que le courage qui brave inuti-*> lement un péril quelconque est une fanfaronade , sinon une folie.

M. Rossi ne tint pas compte de tout cela, et la crainte du trépas ne fit pas pâlir son front.

Il déjeuna avec sa famille, comme d'habitude, avec la tranquillité sereine des âmes qui ont le sentiment du devoir. Il répondit avec une gaieté généreuse aux alarmes de la comtesse Rossi, tourmentée par de sinistres pressentiments. Comme il était encore à table, on vint l'avertir qu'une personne insistait pour lui parler d'une affaire de la plus haute importance et d'une urgence extrême : — «Dites à celte personne qu'elle revienne demain, dit le ministre; les affaires de l'Ëtat doivent passer avant les intérêts particuliers. »

Le valet, au retour de cette communication ; dit que la per« sonne à laquelle il venait de transmettre la réponse du mi-* nistre, en avait paru vivement affectée, et s'était écriée, dans une attitude douloureuse : — c II est déjà peut-être trop tard; demahi il ne sera plus temps !»

La oomtesse Rossi , dont l'anxiété augmentait à mesure qu'approchait le fatal moment, s'écria ;

•— «( Vous le voyez, mon ami ! uo grand malheur plane sur nous !. vous avez tort de ne prendre aucune précaution. »

— « Vous êtes une enfant, >i reprit doucement le ministre. Il se leva , fut s'habiller et se rendit chez le souverain

Pontife.

Il était midi.

Le Saint-Père reçut son premier ministre avec affection» et lui donnant sa main à baiser :

— «Je suis heureux de vous voir, » lui dit-il.

— a Je viens prendre les ordres de Votre Sainteté , » dit M. Rossi.

— - « Je n'en ai qu'un à vous donner, reprit le souverain Pontife d*une voix émue : celui de prendre foutes les précautions possibles pour éviter à nos ennemis un grand crime et et m'épargner une immense douleur.

— « Ils sont trop lâches, dit le comte Rossi ; ils n'oseront pas ! ji

— « Dieu le veuille! répliqua le souverain Pontife. £t, étendant les mains sur cette tête vouée au poignard républicain : — a En attendant , ajouta-t-il , recevez la bénédiction que je vous donne de toute mon âme ! »

' On est toujours sûr de trouver un prêtre là oii il y a un crime à conjurer, un hoipme à sauver. En descendant les escaliers du palais pontifical, le vénérable curé de Fuënza, qui avait été obligé de quitter sa paroisse, aborde le ministre, réclamant de lui quelques instants d'entretien..

— « Mais je n'ai pas le temps, répond le ministre.

— « Il faut que vous m'écoutiez cependant.

— « Que me voulez-vous?

— « Vous sauver !

— «Qui êtes-vous?

— « Monseigneur Marini.

— «Eh bien! monseigneur» voyons, parlez, et surtout soyez court,

— c Ce m«tin, il y a une heure, je confessais au Gesù; une

femm«9 U frottt paie et la Vûh brève» B^8p|MWc}iatil de mdtl t^tV fessionoa), me supplia de me re&dre dan$ tine chapelle wi^ çùie, où in'atlemfaitydiâait^elle, uti personnage qui voulait me iîâre une communication d'une importance extrême* .. J'étais incertain... Mais cette femme, persistant, ajouta que je pouvais empêcher un grand crime et sauver la vie d'un homme.... Je n'hésitai plus; je me rendis aussitôt à l'endroit indiqué, et j'y trouvai, enveloppé dans un manteau, un inconnu qui, me prenant par la main : < Au nom de Dieu , eoof ez au Quirinal ; vous y trouverez le eomte Rossi, arrêtez*Ie, s'il en est temps encore; empèchez-Ie, par tous les moyens qui seront en votre pouvoir, de se rendre au palais de la Chancellerie; s'il y va, il est mort 1 les conjurés sont à leur poste , et le poignard attend !... )»

— (c Je vous remercie, monseigneur, » répondit le premier ministre. Et il ajouta, en levant les yeux au ciel : — « La cause du Pape est la csmse de Dieu! »

Et, sans trembler, il continua courageusement son chemin. M. Rigfaetti, auquel il avait donné rendez-vous, l'attendait au bas de rescalier. M. Rossi, lui montrant sa voiture : -^ « Mon* tez, lui dili-il ; montez, si vous ne craignez rien. » Pour toute réponse, le sous-«ecrétaire d'État se précipita dans la voiture et le ministre le suivit. En route » M. Righetti demanda au coir\te Rosai s'il y avait du nouveau ; celui*ci lui raoonCa ce qu'on vient de lire. Il ajouta : — a Les républicains, que je méprise souverainement, ont résolu de se défaire de moi. Je pourrais pénétrer dans la Chambre par des voies secrètes, je ne le veux pas! je veux, au contraire, prouver à tout le monde que je ne rrains pas les factieux ! »

Quand on a le cœur si fièrement trempé, on mérite l'iionneur de tomber victime de la cause de Dieu. . L'histoire recueille pieusement les dernières paroles des martyrs.

Se frap()anl la poitrine, sur laquelle il avait placé mu dis-

t^mYÈ, auquel II eiH joint les bhllariies Inspîraliôns que lu! eiU suggérées son génie, lé premier ministre ajouta : — «Tespëre que nous allons enterrer aujourd*huî la révolution ; voici son extrait mortuaire! »

— « Si on me laisse parler, dit-il encore, si Ton me donne le temps de prononcer le discours que j'ai préparé, et qui renferme peut-être le salut de l'Italie, c'en est fait de la démagogie dans la péninsule. »

Plus la voiture approchait, plus la foule augmentait sur son passage, sans pourtant qu'aucun cri malveillant fût poussé. Les hyènes se taisent en guettant leur proie.

Dans cette foule, on aurait pu remarquer un grand nombre d'hommes, pour la plupart inconnus à Rome, qui ne se perdaient pas de vue les uns les autres et qui échangeaient entre eux des regards d'intelligence. Quelques-uns s'abordaient en prononçant à voix basse des mois mystérieux.

Tous ces gehs-là étaient du complot. Ils s'étaient glissés dans la foule, s'aidant de leurs coudes pour se frayer un passage; ils étaient ainsi parvenus à se trouver en tête du peuple avide et curieux qui se tenait à la porte du palais.

Un homme à sinistre visage ayant été remarqué par Joseph Decque, le cocher du ministre, courant dans cette direction comme pour aller annoncer l'arrivée de la voiture, le cocher, pris d'un pressentiment lugubre, proposa à son maître d'arrêter ; mais le comte Rossi lui ordonna de continuer. Contrairement aux ordres qu'il avait donnés, il n'y avait pas de carabiniers au palais, gardé seulement par la garde civique. Cette première trahison n'arrêta pas le courageux homme d'État. Quand la voiture fut entrée dans la cour, elle fut entourée d'une soixantaine d'hommes silencieux, enveloppés de manteaux : c'étaient les acteurs de l'hôpital Saint-Jacques et du théâtre Capranica; c'étaient les conjurés. D'autres conspirateurs gardaient l'entrée du portique, de façon à couper toute retraite à la victime. Le ministre descend de la voiture avec

le sous*secrétaire d*Ëtat ; ils sont accueillis par des huées et des sifflets. Les cris de : < A bas Rossi! vive la république! )» retentissent. Tout à coup, un vieillard^ portant une longue barbe blanche, qui suivait le comte Rossi et dardait sur lui son œil de tigre» lui donne un coup de bâton sur l'épaule. C'était le signal convenu pour l'assassinat. Au moment où le ministre se retourne pour répondre à cette lâche agression, un autre conjuré, celui qui avait frappé le cadavre de Saint-Jacques, se jette sur le comte Rbssi, lui enfonce son poignard dans la gorge et disparait dans le groupe des conjurés. La victime tombe sans pousser un cri.

Le courage moral triomphant de la nature physique, M. Rossi, par un effort surhumain, trouve assez de force encore pour se relever. •• son sang coule avec abondance et inonde M. Righetti, qui le soutient... Il fait ainsi quelques pas et retombe de nouveau sur les premières marches. •• il veut se redresser encore de toute la force de son sublime courage, impossible... Pris d'une convulsion générale, ses yeux se vitrent, sa figure devient violette, puis livide ; on aitend un râlement sourd... il a cessé de vivre !...

Ainsi Dieu permet parfois que le crime triomphe, que le mal ait ses victoires. Ainsi les méchants oppriment les bons qui souffrent, et la force est terrassée par la faiblesse. Le Christ aussi était fort, et il a soufiert ; il était fort parce qu'il était Dieu. Mais les bons ne doivent pas se décourager; qu'ils écoutent la voix mystérieuse, cette force surhumaine de l'âme qui nous crie : <c Marche sans crainte, aime et crois; ils pour-« ront briser ton corps, mais ton âme immortelle leur échappe ! »

Ainsi périt le comte Rossi, illustre et intrépide victime de la république. La révolution avait eu peur de son talent et de son énergie, et elle s'était dit : « Brisons celui-là, qui est la condamnation vivante de nos crimes. > Voilà comment les révolutionnaires récompensèrent Pie IX de son amnistioi de ses incessante^ bontés^ de ses réforme», de sa bienveillance

poussée jusqu'à Tabnégatioii chrétienne! li est, h^asl une observation que les hommes d'Ëtat ont faite maintes fois, c'est que la clémence passe ordinairement, chez les peuples, pour de rimpuissance et de la faiblesse, tandis qu'ils regardent la sévérité comme un signe de force et de supériorité.

Cependant le cadavre encore chaud de l'infortuné Rossi ftit transporté dans les appartements du cardinal Gazoli, contigus à ceux de la salle où les députés étaient réunis. Plusieurs chirurgiens appelés à la hâte déclarèrent que tout était fini. Un bon citoyen, du nom de Pierre Melettri, se dévoue, malgré son grand âge, pour traverser les bandes d'assassins qui se félicitent de leur exploit, et court chez le Père Yauros^ afin qu'il vienne, s'il en est temps encore, recevoir le dernier soupir de son ami. De son côté, le même dévouement inspire à H. Righetti la pensée d*a11er annoncer au souverain Pontife l'irréparable malheur qui vient d'arriver. Cette nouvelle frappa Pie IX d'une des plus grandes douleurs qu'il eût encore resèenties. < M. le comte Rossi, dit-il d'une voix douce et grave, est mort martyr; Dieu recevra son âme en paix! »

Ainsi parla le Saint-Père, trop éprouvé déjà pour que cette nouvelle douleur surprit sa résignation et son courage.

Le Père Vaures était accouru auprès de son malheureux ami. Sur son corps sanglant et inanimé il répandit la bénédiction apostolique. Son rôle comme ami, et surtout comme prêtre, n'était pas fini : il lui restait l'atroce devoir d'aller trouver la comtesse Rossi et ses fils, et de leur apprendre que le poignard républicain les avait rendus veuve et orphelins. Comment leur dire l'horrible nouvelle? quels ménagements seraient assez délicats pour ne pas briser d'un seul coup ces trois cœurs? La Religion seule donne cette intelligence et cette force; seule aussi, elle donne le courage de supporter de telles douleurs.

Dans les moments suprêmes de la vie, un ami, c'est la chose la plus précieuse du monde, car c^est bien rare, l'adversité fait vite envoler presque tous ceux qui prennent ce nom. Un ami

ilaub le malheur, o*t*ât couuue un rayou de sobeil ^ui sh^ le câobot du prisonnier ; c'est la vie, c'est l'espérance, c'a6( uoe caresse du ciel, c'est un bonheur doux coQimela autternité^ et riiu)e lu plus désolée se relève sous cette chaude clartéi comioe à l*aurore la plante desséchée sous la rosiée qpi baigne les fleura. Or, dans quelque abime que soit touché un hooinie, la religion lui envoie toujours cet ami; rien ne rebute le pi*être.

Chemin faisant, le Père Vaures rencontra le cocher du comte» qtû avait eu beaucoup de peine à se dégager, la foule hurla<it contre lui des cris de mort.

Le l^cre Vaures monta dans la voiture, qui revint à l'hôtel du ministre.

La figure du moine courageux dev^t avoir une expressiop bien frappante, car, dès qu'elle l'aperçut, la comtesse Rosei , ignorant encore le crime, s'écria d*une voix altérée : — ^ « Qu'y a-t-il, mon Père ? »

Et ses lèvres pâles étaient balbutiantes d'angoisses

— a Calmez-vous, Madame, calmez-vous.. v« » L'infortunée, qui se doutait que l'heure suprême de la se-:

paralion avait sonné, poussa un cri déchirant. £lie avait lu son arrêt dans les ^eux du bon prêtre à travers le tremblement d^ son âme.

— « On dit, continua Tabbc Vaui^s, on dit qu'une tentative de meurtre a eu lieu sur la personne du comte mais

— u Ah ! les malheureux ! ils me l'auront tué ! » s'écriat-elle avec égarement.

— ' « Cependant, rien n'est bien certain encore »

Les deux fils de la victime, émus de pre^^ntiments trs^i* ques, rentrèrent à ce moment, la figure bouleversée, les yeux

hagards ils avaient tout entendu et deviné la charitable

hésitation du respectable prêtre. — « Ou est notre père? s'écriaient^ils d'une voix furieuse et désolée ; où est notre père?. .. Vous ne nous répondes ps^s !...,. Us l'ont asisas^iqé, n'est-ce pab? Ëii bie(i ! veng^i)ce! mo(liii}tet'lHAi!

Eieàê Mbrluilétf, égarés par la dooleur, soi^tirent Pêpée à la main.

Le PèM Vaures ne pouvant les retenir, resta auprès de la ¥MYe àé sùù ami et lui parla le langage de la religion. Pauvre femme ! aa douleur fut aussi résignée que profonde.

Ce eoup terrible et imprévu avait affaissé son âme et favdit plongée dans une atonie qui ne lui laissait qu'une force , celfér de souffrir. Frappée dans Tun des plus chers objets de sa chaste tendresse, frappée par la démocratie, ce tourmenteuf aussi impitoyable que Tenfer, abattue sous cette pensée terrible que Tespotr de revoir son époux en ce monde était super-* ÛQ, rinfortunée comtesse n'avait plus l'énergie de proférer unc^ frtainte ; elle ne pouvait que s'écrier, comme Jésus, avec la dertitude de n'être point exaucée : « Mon Dieu ! détournez de moi ce caliee ! » L'espérance céleste était la seule qui lui restai; le PërefVaures prit doucement son âme, comme un vieillard prend la main d'un (bible et timide enfant, et la guida dans ce chemin bienheureux. Ce déchirement avait emporté un mor-*' ceau de son cœur. La croix seule lui restait que lui prêsen** tait le saint prêtre : elle s'y abrita. On n'est bien que sous cette croix et sous ce sang qui rachète et qui lave !

Là plaie de cette pauvre âme lut soulagée par la priëre et par la résignation» Et Fange qui omporta aux pieds de Dieu l'etpression brûlbnte de sa douleur, revint secouer ses ailes sur son firent et lui rapporta les larmes qui consolent. C'est dans ces grandes épreuves, alors que le oœiir est douloureux dans la poitrine, qu'on se sent heureux de croire, de ne pas avoir le cœur dévasté par le doute, ce poison mortel qui brute et dévore!».*

La cooitesiM de Rossi redoutait aussi pour ses enfimtd le' sort qui avait atteint leur përe. Son cœur d'épouse et de mère saignait partons les pores; haletante, éperdue, altérée, eHe pfourait toutft son àmeaux piedsdu prêtre duChristqui lui disait :

«"^ « Sois bétAe et consolée, toi qui souffres ! »

Sans Tardente charité de rbomme de Dieu, la nialheureuse fût devenue folle de désespoir.

Pendant ce temps ses fils traversent les rangs du peuple» qui les laisse passer, les uns touchés de leur douleur» les autres curieux de spectacles terribles» avides d'émotions nouvelles. Us sont accompagnés par un ami» qui cherche à les contenir» et, au besoin, saura partager leurs dangers.

— c Oii est notre père? » s'^écrient-il dans Tipreté de leur souffrance.

Ils sont arrivés devant les gardes nationaux» demeurés froids et impassibles en présence de ces événements épouvantables. Le plus jeune des fils du ministre assassiné» M. Edouard Rossi, qui p(Nrte encore le costume d' aide-de-camp de la milice citoyenne» s'arrête devant ces perfides et lâches bourgeois» et leur crie : — « Vous êtes des infâmes» ô vous qui ne Tavez point défendu et qui Tavez laissé lâchement assassiner ! Vous avez déshonoré votre uniforme ! le mien me fait horreur, je ne le porterai plus! Cette épée, avec laquelle à Yicence j'ai naguère combattu les ennemis de la patrie» je la maudis et je la brise! »

Il la brise et la jette à leurs pieds» ainsi que les débris de son uniforme qu'il a déchiré, de ses épaulettes qu'il a arrachées. Puis» Âlderan Rossi, son frère» s'écrie :

— «Le poignard qui vient d'assassiner notre père a tué pour toujours la cause de la Jeiine-Ilalie ! cette cause» étayée sur le crime» est k jamais perdue ! ... »

L'ami dévoué qui veille sur eux parvient à les entraîner auprès de leur mère éplorée.

La garde nationale avait été infâme» la Chambre des Députés ne le fut pas moins. Le libéralisme» qui espérait profiter du crime» l'approuvait; sa complicité est évidente. La nouvelle de l'assassinat de leur collègue parvint aux députés au moment où l'un d'eux lisait un discours. Les membres du corps diplomatique s'étaient levés pour sortir : — « Attendons» » fit

M. k duc d*Harcourt, en retenant M. Martinez de la Rosa, ambassadeur d'Espagne, c attendons, Messieurs, pour voir ce que fera le président et ce que résoudra la Chambre. »

— « Passons à Tordre du jour, » dit froidement le président.

Et ce fut tout. Un seul député, un seul montra du courage dans cette circonstance, et nous regrettons infiniment de n'avoir pas su son nom. Gomme quelques-uns de ses collègues lai demandaient de quoi il s'agissait : -— « Demandez-le à M. Sterbini, il doit en savoir quelque chose ! » s'écria le cou* rageux député.

— ' € Cest infâme ! 9 s'écria M. d'Harcourt, en entraînant ses collègues ; « sortons, pour ne pas être complices d'une pareille impassibilité ! »

La nouvelle du crime cqmmis par les républicains s'était pi*omptement répandue par toute la ville ; les honnêtes gens en furent attérés; la vile populace poussa des hourras de joie féroce. Conduite par les conjurés, elle se répandit dans les rues en chantant; elle promena , le soir, aux flambeaux , le poignard de l'assassin. Phisieurs maisons furent illuminées, entre autres les cafés, les cabarets et les bureaux des journaux de la démocratie. Un mercenaire, du nom de Trentanove, désigné comme le meurtrier, est porté en triomphe et salué des cris de : « Vive Brutus II ! Vive le poignard de Brutus ! Vive ritalie républicaine! »

Les bêtes féroces chantent une hymne de sang, composée d'avance par Sterbini, le plus actif collaborateur de Mazzini, et dont l'atroce refrain est : « Bénie soit la main qui a poignardé Rossi ! > Cette bande de cannibales parcourt ainsi la ville avec des drapeaux et en chantant. Loin de les combattre, les gardes nationaux, les carabiniers et un certain nombre de soldats de la ligne les accompagnent et font chorus avec eux. Trentanove est porté ainsi en triomphe jusqu'au Café des Conter lite: là, il est entouré, embrassé; c'est à qui touchera « te

$iml$ fMin dM lihérêieur d$ VliaUe! » Ce tniiiérttifo se hm9k laire d'un air hébété. Il se torcUit dans son triomphe coinoie un reptile coupé en deux. Il laissait ses yeux erifer sur la foula en élevant ses mains crispées. De ses lèvres eanvulsives s'échappaient des mots sans suite, semblables au hoquet de l'agonie. Sa figure était livide ; de grosses gouttes de sueur sillonnaient son front; ce héros de la république semblait i la torture. Il était épouvantable.

Les brigands, remarquant Tabsence des dragons^ courent à la caserne de ces soldats, qui les repoussent bravement; alors^ par un raiBnement de cruauté inouïe, ils se dirigent vers rhôtel du comte Rossi,' où pleurent sa veuve et ses fils. £n temps de révolution, il n'est pas permis de pleurer : le bruit des sanglots irrite les tigres, et leur soif de meurtre en devient plus ardente. Les émeutiers implacables et sans pité entonndnt le chant de Sterbini, en Thoaneur de Tassas»», devant cette maison de deuil ; dans leur perversité déhontée, ils attachent, le poignard qui a tué H. Rossi à un drapeau et l'élèvent à la hauteur des fenêtres, afin qu'il soit aperçu par la veuve el les enfants de la victime, dont ils ne respectent pas la souf-» francs avec ses pudeurs.

Mais ces HM>nstres n'avaient donc pas d'âme ? dira*t^n. Non ! les révolutionnaires n'en ont pas* Ils ne savent pas ce (}ue c'est que les affections de la famille; jamais un sentiment tendre, chrétien, n'a fait palpiter leurs entrailles de marbref. Us n'ont d'autres sensations que la soif du sang, les désirs ft* roces et les délires effrénés de la débauche ; le spectacle de Fagonie de leurs victimes les réjouit.

Indigné de ces épouvantables infamies qui rappelaient la terreur de 93, M. le duc d'Harcourt pria le Père Yaures d'offrir rbospitaliié à la famille Rossi dans le palais de l'ambassade française. Cela fait, le charitable abbé s'occupa de rendre les derniers devoirs à son ami« Ce soin était très*pressé» car les républicains avaient promis de venir chercber le csidavre pour

le pronieûer trioiDphaleinent dans la ville et s'en partager les lambeaux. Dans d'autres pays de Tltalie» les républicains avaient non-seulement traîné, profané les corps de leurs vie* times, mais ils avaient bu leur sang encore chaude ils avaient mangé leurs chairs eiuare palpitantes! C'est tout au plus si les républicains de 93 eux-mêmes avaient tant osé. En présence de ces faits notoires, la plus grande précipitation était commandée pour soustraire le corps de M. Rossi à la foreur atroce et sacrilège de ses assassins. Mais le Père Yaures trouva dans W directeur de la police^ qui avait été nommé par M. Rossi sur ses instances, un lâche que la peur avait abruti et qui retarda la pieuse mission du vénérable religieux. Nous regrettons de ne pas savoir le nom de cet ingrat pour le publier : il mérite cette flétrissure, il mérite d'être attaché à sa bassesse. Le procureur fiscal, entre les mains duquel il avait déposé sa lâche démission, se montra plus brave ; et, dans la nuit, le corps de la victime put être transporté, par les soins du Père Yaures et du curé de Saint-Laurent-in-Damazo, dans une pièce voisine de la sacristie de cette église, qui touche au palais de la Ghan-; cellerie.

Le cadavre fut embaumé par les soins des docteurs Carpi et Bucci, devant le Père Yaures et Germain, valet de chambre de M» Hosâi. 11 fut eiisuite enfermé dans un cçrcueî) de chêne* qui fut placé dans une châsse de plomb. Le Père Yaures pria li reste de la nuit au pied du cercueil de son ami.

Le seul luxe de cette eérémonie funèbre était la figure du Christ, blanche, douoe et inclinée, qui semblait [Mridr avec les alBigés agenouillés devant elle.

Celte cérémonie des funérailles, dans ce lieu sombre et nu, la nuit , avait quelque chose de saisissant et de profond, dû à rimpérieuse nécessité de la célébrer ainsi, à Tabri de tous les regards^ à l'abri des violeaces sacrilèges de la révolution.

Ce jour-Iày toute la ville de Rome avait manqué de cœur. Point d'excuses» même pour les timides. Les peureux, ceux qui, pouvant défendre le gouvernement de Pie IX, ne l'ont pas fait, ceux qui sont restés oisifs après l'assassinat du premier ministre de Sa Sainteté» sont complices de ces forfaits épouvantables et y ont coopéré par leur abstention.

Nous avons dit que le comte Rossi avait dans sa poche le discours qu'il devait prononcer à la Chambre. Il fut retrouva sur lui, tout taché de son sang généreux.[ll renfermait, comme l'avait dit la victime, le salut de Tltalie.

Voici ce document historique, que M. Rossi eût complété par son improvisation si facile :

c Ifessieurs les Députés ,

c A peine Sa Sainteté Pie IX s' est-elle assise sur le trône pontifical, que l'univers catholique a admiré en lui la clémence du Pontife et la sagesse du souverain; l'histoire dira que Pie IX fut un Pontife indulgent et un monarque réformateur.

« L'amnistie porta la consolation dans le sein de centaines de familles ; les laïques obtinrent de concourir aux affaires publiques; la Consulte d'Etat ouvrit les voies à la monarchie représentative, enfin la pensée souveraine se formula dans le statut fondamental et fit participer l'Etat pontifical aux bienfaits et à la gloire de la civilisation moderne; autei le monde étonné vit démentir par des faits solennels les injustes prévisions d'une philosophie politique qui proclamait la papauté pécessairement.

par la nature de ses principes» comme Tennemie des libertés constitutionnelles et l'obstacle perpétuel au perfectionnement des institutions civiles dans les Etats d'Italie. Dans le court espace de quelques mois» Sa Sainteté accomplit spontanément une œuvre qui aurait suffi pour éterniser la gloire d'un long règne, et donna aux souverains des autres peuples les plus nobles exemples de sa sagesse gouvernementale. L'histoire impartiale et sincère, racontant, comme de juste, les actes de ce pontificat, répétera que l'Église, inébranlable sur ses assises, inflexible quant à la sainteté de ses dogmes, comprend cependant et seconde toujours, avec une prudence admirable, le développement légitime des institutions et des choses de ce monde t et les mouvements que la divine Providence imprime à la vie sociale.

« Sa Sainteté avait tout lieu de croire que l'événement répondrait à ses prévisions bienfaisantes et à la libéralité de ses concessions ; qu'une tranquillité, fruit de ses méditations et de ses veilles , offrirait aux particuliers ces . sources de ri-* chesses qui n'attendent que des bras intelligents et les instruments convenables pour répandre des trésors, et qu'au milieu de la prospérité générale, les anciennes erreurs d'un gouvernement trop indulgent une fois oubliées, et la détresse du Trésor public promptement soulagée, l'Etat pourrait s'occuper des nobles et utiles entreprises qui doivent signaler à la reconnaissance de nos derniers neveux le pontificat de Pie IX, et en éterniser la mémoire.

c Les justes espérances de Sa Sainteté ne sont pas encore réalisées ; des événements qu'il était impossible aux hommes de prévoir, une obstination aveugle que la prudence politique du Pontife pouvait déplorer chez les autres sans la vaincre, des mouvements excités au dehors et dont il était impossible que son peuple, enflammé du noble sentiment de la nationalité italienne, demeurât spectateur indifférent, de» revirements politiques et sociaux profonds, inattendus, et se succédant avec

I» PâpWîl^ <îe féAmt, ottl pmltiît dans TËitropft ehlîèré UH Kottleversement tel que toute prévoyance humaine s'est trouvée singulièrement dépassée par les faits. Il n^appartîent qu'S rhistoire de donner, dans sa page tardive, Texplication du développement mystérieux de ces révolutions terribles dont la Providence seule connaissait d'avance les motifs et les effets.

« Au milieu de ce flux dépassions généreuses et mauvaises, d'actes d'héroïsme et d'erreurs, d'espérances et de sujets d'effroi, l'administration ferme et régulière des affaires humaines devient pour ainsi dire impossible, tant est grand le nombre des faux sages qui s'abstiennent^ des faibles qui abandonnent tout espoir, et des audacieux qui ne connaissent plus de frein.

« Semblables à des navigateurs assaillis par la tempête, ceux qui gouvernent l'Etat dans ces temps de crise prennent la route qui leur est possible plutôt que celle qu'ils auraient à cœur de suivre; et il serait injuste de leur reprocher de n'avoir pu prévenir toutes les méprises, obvier à toutes les secousses, éviter tous les éeueils.

« Il était impossible que l'Etat pontifical ne ressentit pas te contre-coup du choc européen. Ici donc on vît éclore ce mélange de bien et de mal qu'entraînent après elles ce que les historiens appellent les époques de transition , et il serait injuste de vouloir, relativement au pays, devancer par une sévéfîté inopportune le jugement impartial de l'histoire ; quant à nous, nous préférons attribuer le bien aux hommes et le mal à l'époque.

« Acceptant donc les faits sans les juger, rappelons-nous iseulement avec quelle douleur les gens bien pensants (et nous donnons ce nom aux partisans sincères d'une liberté honnête et des progrès réguliers) voyaient les désastres qui accablaient l'Etat et les particuliers, la ruine du commerce et du crédit, la disparition du numéraire, la détresse du Trésor, Ténormîté des dépenses, le renversement plutôt que le renouvellement de Tordri» social, la décomposition et la désorganisation de

l^iir»m^5 tes (l^llti^ (fcvemis aussi freqil^nU quHrtipunU, In Rcence universelle; maïs par dessus tout, ils voyaient aveé peine le danger de mort pour la vraie liberté quand l'anarchie ose en prendre le masque, et ils tremblaient que, dégoûtée de tant de folies, Sa Sainteté ne fuift par douter de la reconnaissance de son peuple et par se repentir des concessions qu'elle lui avait faites.

« En nourrissant de telles craintes, ils ignoraient la longanimité du souverain Pontife , qui gémissait sans doute des obstacles que, d'une part, des événements imprévus, et dr rautre , des passions malveillantes et des esprits mal avisés opposaient à Foeuvre si désirable de réformes dans TEtat, mais qui ne demeurait pas moins ferme dans son desseiri de Taceomplir.

« Appelés, Messieurs, à le seconder dans cette entreprise de réorganisation de la chose publique , vous vous y êtes aj;pliqtiés dans des temps très-difficiles, et avant même que le gouvernement eût eu le loisir de préparer et de mûrir les diverses propositions , sur lesquelles il est désirable d'appeler les sages examens et les délibérations des Chambres législatives.

< De là vint la pensée d'en proroger la session. Les ministres de Sa Sainteté ayant peu après manifesté le désir de se retirer, le Saint-Père daigna nous honorer de sa confiance, êl nous ordonna de prendre sur nous le lourd fardeau des affaires publiques.

€ Nous avons obéi.

c Nous n'ignorions pas cependant combien était ardue et périlleuse la tâche à laquelle nous allions mettre la main. Il nous était facile de prévoir que de tous côtés se dresseraient devant nous , pour nous faire la guerre , les abus anciens et nouveaux, les habitudes fâcheuses des temps passés, les idées fantasques, irrégulières et superbes de nos jours. Nous nous sommes néanmoins inclinés devant la volonté souveraine, en

nourrissant l'espoir que la confiance du prince soutiendrait notre courage, et que Tautorité et la sagesse des Chambres suppléeraient à notre insuffisance.

« Tout repose survous^ Messieurs; le gouvernement constitutionnel est pour noire sol une plante tendre encore et délicate, et qui n*a poussé qu'avec peine ses premières et frêles racines. Inutile de vous dire, car vous ne l'ignorez pas, qu'une Constitution n'est pas fondée par le seul fait de sa rédaction et de sa promulgation : il faut que la marche corrélative des faits la fortifie , et qu'elle s'enracine dans les mœurs par un exercice continu, pacifique et régulier; oui, c'est après.que la nation a appris à la connaître , à y recourir , à en ressentir les bienfaits, à craindre de la perdre, à s'honorer de la posséder, c*est alors seulement qu'elle peut, à bon droit, être proclamée comme un produit indigène et inhérent au soi. Montrons donc. Messieurs^ que nous en sommes dignes , en prouvant que si nous sommes reconnaissants de ce don précieux, nous en sommes en même temps les gardiens jaloux et intrépides, les observateurs scrupuleux. Yous êtes. Messieurs» une partie essentielle de cette nouvelle organisation politique. Guidée par vos conseils^ par vos enseignements, par vos exemples, forte de votre coopération , la nation entrera volontiers et avec joie dans la voie constitutionnelle tracée par la main du prince, et nos neveux diront avec l'accent de la reconnaissance : Si Pie IX, ce grand et généreux Pontife, rédigea la Constitution, les Chambres la fondaient en 1848 en l'appliquant avec une mûre prudence, avec une infatigable patience, avec une per* sévérance admirable, opposant une égale résistance aux vains regrets du despotisme et aux folles violences de l'anarchie.

€ Quant à nous, nous regarderons comme une bonne for-, tune et comme un honneur de pouvoir nous associer à vos travaux, y apportant, sinon une somme de connaissance et un esprit proportionnés aux besoins , du moins un zèle sincère , un travail sans relâche, un courage inflexible. Nous levons pro«

mis de servir ii<lèlement le Pontife, crobserver fidèlement la CoDstitutioa ; ce ne seront point de noire part de vains eaga« gements. Pour nous^ la souveraineté est sacrée et la constilit* ûoï^ Test également. Quiconque essaierait de séparer Tune de Tautre trouverait en nous, comme en vous, Messieurs, des ad« versaires inébranlables*

c Nos premiers soins devront se porter sur Tarmée et sur les Hnances : celles-ci étant en désordre et peu produjDtives , celle-là incomplète et désorganisée ; et, vous ne l'ignorez pas, Messieurs, sans armée et sans^ finances un État est impuissant à conserver la paix, plus encore à soutenir la guerre. Mais on ne peut remettre Tanpée sur pied ni rétablir Tordre dans les finances que par des actes positifs et au moyen d'une administration régulière et laborieuse. Le ministre de la guerre vous expliquera tout à l'heure ce que nous avons fait, nonseulement pour organiser une armée de vingt-quatre miUe hommes, mais pour y arriver aussi promptement que possible dans un pays où la conscription n'est point connue; et s'il vous plaît d'approuver nos plans , vous devrez rconnaitre ^ après examen des comptes, qu'eu dépit des fixais énormes que cela occasionne, il noqs faut garnir en peu de mois tous les magasins de l't^t d'un nouveau et important matériel de guerre.

« Cette nécessité augmentera la détresse du Trésor. Sous peu de jours, nous mettrons sous vos yeux notre situation financière ; mais avant de vous deipander de voter le budget de 1849, nous avons cru indispensable, pour que vos délibérations soient sincères et que Tordre soit rétabli dans les finances, non pas d'une manière factice, mais positive, de vous présenter le bilan exact de 1848. A défaut de ce dernier, le budget de 1849 serait un édifice sans base; les comptes publiés en 1848, en conséquence des changements et faits survenus depuis, manquant aujourd'hui d'exactitude, comment les Chambres pourraiept-elles décider avec connaissance de

T. I, iH

eaMê, «t ii'ai)«tyl eik^s nViaietit informées et là posltioti , ali moins approKimalive, dans Uquelie nous place V^Bvâte eotimirt?

c Là tâohe était pérrible; cependant el!e a été accompKe en peu de jours. La métbode employée et les moyens auxquels nous ayons eu recours seront clairement exposés aux Chambres dans le rapport qui accompagnera les comptes rectifiés.

m Le ministre des finances intérimaire ne pouvait cepen^^ dattt pas attendre cette rectification pour se mettre à l'œuvre ; il lui fallait, afin de ne pas exposer TÉtat h une crise périU ieufiê, sinon ftitale, faire promptement et aussi correctement que possible une estimation approximative des besoins du Trésor et trouver des moyens sûrs et efiicaces d'y subvenir. Il le de* vait d'autant plus que la circulation avec cours forcé d'un papier portant intérêt» par une conséquence naturelle et fecile à prévoir» privait le gouvernement des ressources que, dans des eireonftances différentes» la banque aurait pu lui fournir.

c Or» le ministre dut se convaincre que les deux millions de bons du trésor déjà décrétés étant épuisés» il aurait besoin d'un autre milHon d'écus pour Texercice courant : et comme c'eût été folie de croire que dans Tétat actuel de l'Europe» au milieu des complications où nous nous trouvons nous-mêmes, TÉtat put se réorganiser de manière à ce que les sources de la richesse publique et particulière pussent» au bout de quelques mois» abonder au point de rétablir Téquilibre entre les recette» 4^1 les dépenses, il a cru raisonnable de prévoir un déficit pour l'exercice 1849.

€ Néanmoins, nous avons la ferme espérance que ce déficit n'excédera pas un million d'écus, comme nous avons une con- *fiance plus positive encore que les chambres s'appliquant ac^ tivement et sagement à l'œuvre des réformes» l'équilibre dont nous parlons ci-dessus pourra être vraiment et solidement ré« tabli dans le budget de 18aO.

€ L'I^latponiiflrRl n'est pas ridi^, mais il peut le devenir :

*te f^ovtdëttceloi a i^pttll à ptehlé*!! HiaÎAà \^i lléméiiti de lu ftfrtufi* ptibli^utt et privée ; b'est à taood à leâ fkii*e Vdloir. PbUr ^u que la liberté ^ la sécurité et de sages lois y concourent , -le èapitél national s'accroîtra rapidement. L^eipérience a dé* montré mille fois que là où ces conditions lui sont faites , le développement du capital atteint des proportions qui tiennent 4u iMiadige.

« Peut-être n'estai pas hors de propos de dîre'i^l qiie, he MUS attachant qu'au point de vue de fàrithmétique, les sujets de VÈtiti pontifical ne paient à r heure quTI est, en ittipOts ée toute nature, que sur lé pied de t)*ois écus par tète, tandis que les Anglais en paient au moins dix, les Français neuf, et que lés sujets d'autres pays en paient cinq et six; je ne sais s^H y ft un pays au Inonde oii Ton paie moins de trois écus, mais je erms pouvoir affirmer que cela ne (^aurait être dans aucun pijfS dont les côtes soient, comme les nôtres, baignées pat* àem metSi dont le sol soit aussi Hche et dont le diinat soil âttlsl doux. On exigeait peu de qui produisait peu, et cela est h preuve d'un gouvernement doux et équitable ; mais il est cependant juste de dire en même temps que la chose publique et l'intérêt privé trouvent mieux leur compte Si oh itimule la production, sauf à prélever deut sur qui pi'oâiift tifigt, au lieu de se contenter de un de qui produit seulémeiit élnq*

< Concluons-en donc, Messieurs, qu'un gouvernement fermé, réfuliet* et pratique, s'appliqnant à développer la ritfhe^é naliohale, peut raisonnablement espérer qu« si des malheurs impiKvûS ne viennent pas déranger ses calculs, il obtiendra, satis inconvénient pour les particuliers, un accroissement progreitsif dei tevenus de TÉtat. Le ministre des finances ne pouvait cependant rester inactif; ayant accepté sa charge au mois de Mptëmbre, il lui ftilut bientôt acquérii* la conviction quil hy àtait de quoi pourvôlf dux besoins dU trésor que jtii^qtl^M ih novembre.

c II aurait eu besoin de cliercher des soorœs nobvellas de revenus, car à des besoins extraordinaires il faut des remèdes extraordinaires; mais ces derniers deviennent, dans les cir- 'con&tances difficiles, d'un eniploi douteux^ sinon impossible.

c Un emprunt, si toutefois il eût pu se faire, n'aurait pu être négocié qu'à des conditions ruineuses.

€ Une augmentation dans les impôts était une mesure qui ne pouvait venir à l'esprit d'aucun homme sensé.

« Que restait-il donc à faire, sinon d'avoir recours à une nouvelle émission 'de papier et de s'exposer aux dangers et aux fâcheux résultats qui sont la conséquence d'une valeur de cré-» dit substituée à la valeur effective, lorsque la valeur première excède certaines limites et n'offre aucune chance d'un rem« boursement prochain? L'agio, tout le monde le sait, s'accroît alors outre mesure; tout augmente proportionnellement de prix; les salaires, les revenus et les émoluments payés ju»qu^alors en numéraire deviennent insuffisants aux besoins de ceux qui les perçoivent; les débiteurs tirent un parti peu loyal de la circonstance au détriment de leurs créanders. £a un mot, ruine imprévue et irréparable chez les uns, gains illicites chez les autres, manque universel de confiance^ changes ruineux, paralysation du commerce, anéantissement du crédit, telles sont les conséquences inévitables d'une valeur de convention poussée imprudemment au delà des bornes voulues.

€ Je ne prétends pas cependant affirmer absolument que l'État pontifical ne puisse supporter sans ruine une émission de quatre millions d'écus en papier ; mais je ne crains pas d'avancer qu'il n'eût été ni convenable ni équitable d'exiger, pour une nouvelle émission de deux millions d'écus en papier, la garantie obtenue pour la première, et que c'eût été une très*grande imprudence de faire cette émission sans Taccom* pagner d'un gage indubitable. Les gouvernements ont si souvent et jusqu'à un tel excès abusé de ce dangereux expédient^

qae les peuples Tenvisagent au premier abord avec défiance et ne sont nullement rassurés par la simple promesse d'un paie^ ment que rien, suivant eux, ne leur assure.

« Ajoutons à cela» et ceci mérite la plus sérieuse considération, qne la persistance h pousser jusqu'au bout Topération commencée par les deux millions de bons du trésor augmentant ia dette publique d'une somme importante, les fonds consolides de TÉtat romain en auraient éprouvé une baisse plus forte qoe ne le justifiaient les événements politiques. Un débiteur qui multiplie ses engagements et qui augmente sa dette ne peut attendre du public aucune confiance ; son crédit dimimie de jour en joui*, et pour peu que d'autres besoins imprévus lui surviennent, force est pour lui de mettre en circulation d'antres effets, qoi, plus mal accueillis que les précédents, finissent par faire éclater une de ces terribles catastro- * phes dont plus d'un Etat a eu à déplorer les fatales et funestes conséquences.

« Ces pensées inquiétantes assiégeaient mon esprit sans me permettre d'entrevoir aucune voie de salut, lorsque ta parole du chef de TËgUse vint me rassurer et éclaira mes pas incertains d'un rayon de lumière; en effet, je demandais s'il m'était permis d'espérer pour le Trésor une garantie semblable à la première, et Sa Sainteté m'engagea à attendre plus encore du patriotisme du clergé. Cet espoir que m'inspirait le souve^ rain Poiitife se réalisa complètement^ car le clergé lui fit Voffre de quaire miUions d'éeus, n&n à litre de prêt, tnais à titre de don, et le souverain Pontife l'accepta solennellement au profit de l'Etat.

« De la sorte, en dcatmant le$ phies du Trésor public, le clergé nons permit de pourvoir aux besoins de l'avenir et nous procura le temps et le loisir de rétablir, grâce à la sage coopération que nous attendons de vous. Messieurs, et au développenient de la prospérité générale, l'équilibre entre les recettes et les dépenses. C'est, de sa part, une noble preuve de dévoue- '

ment ^u &<iuv6rdiii, d'ainoar pour k p*(fi« et 4e «oopéfAtim sincère au ferme jn^înU<wi dee nouvelles îaetîtittMM civibui et politiques ; r^ar je n'ai paa be^in 4e yeus diret Memeufi,coniT bien une situation finaneitee fioris«anle devra faeiUter le développement rapide et eîiio^ de ia nouvelle existenoe pelki(|M de TElat : la liberté s'iaiplaiite avec forée et ereii avee iR|«wur là ail ^a premiers germes sont aecueittia par If aeivtre et l'amour des peuplée peoomiaiaaaats. QiHOoiique aide au gou* veraemant à traverser sans entraves les voie» toujours briiusea qui des anciennes institutions eonduiaenl aux Vf Iles, a bien mérité de ia patrie et i^ntribué a TiJenmsaenNttl des libertés récemment acquises* C'est par des êtiêi arrtoiw» Hê$ que le clergé s'est associé à i'eeuvre de notre Tégénératîqa politique et a sceUé avec la claa$e laïque de l'Etat un paele li'aUiapc» cordiale et frateroelie* Que ee paele soit égaleoMrt cher m^ ims ei aux autres^ et l'Etat romaki aéra phi» heu* reux que tant d'autres pays qu'on a vus se déchirer entv^ mx à la aulte de discordes suscitées par des classes rivales* Le clergé comprend la sainteté de sa mission, ka laïques ne voa« drful pas (a méconnaitre. La religion n'est ni nn priviléga d'une part ni un esclavage de l'autre, c'est un lien sacré et commun à tous, qui réunit dana le même girea fifateme} et les paateur^ el let^ troupeaux» et ceuit qui enseif nent et eeox quî^ fervent la doctrine.

« li est vrai de dira que la donation du clergé n'e^l pas absolue et ineondiitioBaftte, et qu'elle n^ pas non fim été ainsi acceptée par le souverain Poatile ; ear noua »e peorrions en profiter au bénéfice de l'Etat, si nous n'en remplissons scrupulettsentent les condîtiona expresses* Les paiement» deiveni être feits en quinze fois^ et lea quatre nfflionsé'éena ne soal donnés à l'Etat qu'à la ebarge par eeluircî de régubrîeer Fa^ fcancàiasement de la redevance terrltoriafe décrété l'année tter« nîiire» at deifaura levet TUypolhiifua peife sur IsabîfMsaeoUsias^ tiqiie&, «ngar^ftli^defi bon» qui 8M|t attJMrdf but a»emalatkm.

4 G* edbé^ioM» powt qui y r^rde de prh&f né sont ni Muguliëpes m dures.

« UÈlMt doit deux milKoM d'écue; aujourd'hui , il les dért aux porteurs des bons du Trésor : que, demain, pour les re^ tiiw, UB dispose de partie des biens du dergé, et admettant que (ont marche au gré de ncxs désirs» qu'on trouve des adhé* tmmà des eopdkkwi honorables^ rÉtatafaora fait que changer de créanôevs ; les deux milKons d'éeus dont il est rede-*- ¥abfe aux propriétaires des bons du Trésor, il en sera teê^ ▼able au cÂergé» et deux millions d'écus d'inseriptions sur la delta publique remplaceront les deux millions de bons du IMsor : eh bien ! le don du dergé nm» dé^iwrge de tout eêla.

c Et il ne fiiut pas dire que les deux millions de bons en circulation seront désormais privés de leur gage; car, de deux choses Tune, ou nous escomptons en tout ou partie les quatre nuBioBS que le riergé s'engage k nous payer, et alors nous retirons de suite les bons de la rireulàtion et Thypoâièque de« TÎeiitînotile, ouïes Chambres décident qu'il ne faut retirer les bons qu'aux époques preserites, et, dans ce cas, rirfpotbëque n'eu est pas moins nulle de plein droit, puisqu*eHe n'avait d^uitre objet que d'assurer par h» vente des biens Targenf nécessaire pour ce rachat, argent que le clergé ne s'était pas wgi^i nous donner gratuitement, puisqu'il s^était unique* ment porté garant pour l'Ërat de ladite somme de deux mi)-: HMsd^éeua«

€ Aujourd'hui la position est différente ; le clergé est le débiteur principd et direct» il a souscrit une obligation en due forme pour la somme de quatre millions d'écns, et cette dbli«' ffétm a pour gage a l^appui» non une certaine quotité de biens désignés, mais la totalité du patrimoine ecclésiastique qui est tnafiénable. D'ailleurs, dans rhypothëse proprraoent imaginaire que te clergé apportât des délais dans les paiements à la déehsifge de son obligation ou se refusât d'y satisfkire^ le gou^ ornement ne serait pas moins certain d^en être payé aux

échéances en retenant, en guise de compensation légale, une somme équivalente au montant de chacun des tiermes de la* dite obligation sur lés coupons de la rente consolidée dont le clergé est propriétaire.

« Tout le monde sait qu'en vertu du droit commun, deux créances également cêrraineset liquides et payables aux mêmes échéances, se compensent mutuellemenl. Quant à la condition de rhypothèfque/ force est d'avouer que c'est une question de dlfpDité pour le clergé plutôt qu'une question d'intérêt pour le Trésor et pour les porteurs de bons ; il est donc vrai de dire qu'on ne saurait imaginer créance plus solide ni garantie plus satisfaisante; les propriétaires dés bons du «Trésor seraient pour le moins aussi certains qu'ils le sont aujourd'hui du rem* boursement intégral de leurs titres.

c La Chambre aura à décider si, dans le cas ou cela lui paraîtrait avantageux, il lui est loisible de retirer, avant les époques convenues, le papier portant intérêt, pour mettre en circulation à sa place les valeurs du clergé ne portant pas ifilé« rét : nous ne nous arrêterons pas à cette question, persuadé' que tous nos soins doivent avant tout aboutir au prompt rétablissement de la circulation métallique, offirant les valeurs du dei^ aux honnêtes capitalistes qui sauront en apprécier la solidité, qualité si précieuse et si rare dans le temps où nous vivons*

c< I^a pensée de l'escompte que nous aurions à supporter ne ' nous épouvante nullement, létaux en fôtril de cinq pour cent, parce que, d'abord, ce serait une charge temporaire et cpii di* ' nûnuerait d'année en année, et parce que, déduisant le mon* tant de l'intérêt payable sur les bons, le taux de l'escompte se réduirait à un et 3/5. pour cent.

« Quant à l'afiranchissement de la redevance territoriale, la Chambre verra sans doute qu'il y a ici deux questions qu'il ne faut pas confondre, car elles sont bien diflE^rentes : la question du droit et la que^^tion de fmauceb.

« Persoiuie ne me, eu tout cas nous ne nions pas , que TaffruDcbisseroent d'une propriété de tout tribut et la simptificatîoB dtt iomaioe eafcune ehose utile et désirable ; c'est un principe généralement reconnu et incontesté, c'est au droit civil à le sanetâmner, soit par une loi spédale, soit en le com* prenant dans les changements à Êiire quand il s^agira de la réforase gte^le des lots civiles ; mais qu'a de commun cette règle de prudence ^t de bonne administration avec Tédit qui qui dît aux. possesseurs -40 sol : Renoncez an droit de redevance à la eoiiditioii que moit Trésor public, fe prends l'argent de' celui qui s'affranobit de ladite redevance, et qu'au lieu de cet ai|^Bt^ je vous dqnneune iaseriptioto de rente au pair?

« Certes, petrsonne ne maintiendra que les deux questions' sotent identiques et inséparables* Le pouvoir législatif pourra, à sa volonté, décréter raffranchisseoientde ce droit de rede« vMice et établir parmi nom le principe que toute rente perpétuelle, on pour ainsi dire perpétiiellei est rachetable à d'^cpiita- UesfMidîUo^s. Le clergé, comme propriétaire de revenus de cette nature, deifra se soumettre à la loi. Mais qui pourrait s'étonner de voir que le dei^é, donateur volontaire de quatre mUKoDsd'éeus» demande que Ton cesse de lui appliquer 4itae opération financière qui s'est en substance pas autre cbose qu'un emprunt forcé et indirect?

c Répétons-le : les deux questions sont très-différentes. L'une est question de bonne adminifliration, l'autre de finance. Nous abandonnons celle-ci moyennant un subside gratuit, plus abondant» plus certain, plus r^g^lier. Quant à la question de prudence, il nous est toujours loisible de la traiter.

« D'après ces considérations. Messieurs, nous avons l'assurance que vous accepterez Toffre généreuse du clergé avec les conditions qui y sont attacbées, et ce serait, de notre ^ part, mécouiaitrela délicatesse de vos sentiments que de douter un seul instant que vous le considériez, ainsi que bms le feisons nuus-iw^Rlie » cmme vti noble i^çemphde d4fsw§fmnl à ht

« Rate i Mitoidéfw el à déâdtr l'wag» <|w moi «ktrtM on que o^iis pourras* ftirede oMli <iCre«

« Naoftmrtw» éitts qiMkiots joutfs , deu mM Millt éeos dit efeigé, €«ql »iHt au mois de ééeaiiihie 1849, put» tfek e#Qt uiîUtt M nMî» de daMii^Hre deolMieuM dèi Mirf Moéii^ s4îii^»|i»i» •( w&Q deu oMt BûUt dàM U nièiM nés de dé^ ûemlife dA» eiuq àutiee «uées qnî araront ; es d'autres ter« mes, eiu peut dira que l'Btat est ditaDtew de ^ine lettres de ciMOge tirées pur le cletgé el eec^ptéee per «ne eutorttd eluir* gée de le repréeeaflev l^jeàMMit à cet eAiil. Cee treitee eu nleuve è eclieeue9& olvefeee peuveut ette ue^Mieee eeperefueot CMe» UoB» ele^eet i» teuîr due les tetnee de le phie çitel» vériléqtte de dire quei, soit que feu oouidkre le quettlé éiâ débiteur» ou le lenctiM douttéepMr le eiirfde l'allée myélto engeymeule^ ou b heiské que le créeneler, qui eel f Êtet^ a dupettuws eatei^eaft, ae payer de eeepropiue Aaiee^ llu>st puùit de aréeme mm% euspeete et plue eoMe» eu sorte que le ditenteurtfone de eee valeurs, sufcyogéaux dreitaet gtfau» tieader|3tilinMiéiDe, ue peut raieeiiuaMeiiienf exiger qufHw iutérât hnwrfts sur se» capilai jusqu'à Védréeues ieê valeuri dont cession nous est faile«« . >

Gs diseeursest le deririer met de cette tie que h mort a réfifléesi graudeà la poeléricé et 1 Fllislofre. C'est h pensée sage d^lu bemne dont la feî ardente et les connaiseancee ta« rMsiy iwwHpaieirt tous fo&iAiifeikses serneee quH pMtaft rm^

dre h la IMigton %l k l'Italie. H a napclié bravemeot au mar*' lyre, ce ?oloQtatrede TEglise» eachant qaè ses emieiiM Fatte»!* daient pour rimaioler. il est mert dans son cooraga et à aon poste, comme le guerrier dans son armure.

Cest un nom de plus à ajouter à la liste dea mstimaa de la République, des honnêtes gens égorgés par le parti r^pidilieaiii. Puissent ces noms glorieux rappeler tous les erimea, toute les hamea, toutes les trahisons, tous les assMnmrta, toutes leadénoneiationa^ toutes les furaurs, toutes les lAehetéa, Iwt le saag et toutes les larmes versées par la Révohittoii, tdUtM les ruioea amonoeléea par sa main ifl»pîlo3rable!

M. Roseîy sous les inspiratioBs de Pie IX, eàt préaerfé ilone df labime où la poussaient les révolotioBnaires ; il lui eàt ou* rarl une ère nouvelle de prospérité, d'ordre, de grandeur, en se reposant sur la Religion, source de toute justiee. Il pessait que ce peuple était déjà loin des excès auxquels les démaerates l'avaient entraîné, et déposé à laisser replacer, par rautarité, sur une base immuable, les graods principes sociaux : tarefi* gie»^ la liberté^ la morale. Il voulait fe ramènera la €oni»ioe, au calme, au travail, a la conciliation, à la sécurité, parlaaol* Heîtude paternelle de Pie IX. H voulait le guider vers la pro^ grès juste, par h» voies de la sagesse, de la modération, do l'équité. 11 eroijrait que les députés, pénétrés des éavoîra de leur misaioB, étudieraient avec maturité les mesttrea aommaaa à leur examen, et concourraient avec aèle et dévouement à la preapérké piAlique, en apportant au pouvoir un aincèretl conatant appui.

C'était une illusion.

I^ révolution, craduite par des tmmmea égarée et oorreuh* pus, ne devait pas chasser Tétranger, comme elle le pronaetrr tait^ avec ses arméea aansr discipline, sans Jbree» sana expé^ rienee et sa^s courage. En reiwant les coneeastona que hii Et partout rautoriiÀ, la révolutioti monlra sa mauvais» fol et aon tnciqpficité.

Pendant qu'elle se faisait battre sur tous les champs de ba-' taille, à l'intérieur elle administrait affreusement mal la chose publique; elle ne tendait qu'à ruina* les peuples» à les déses* pérer, à les détacher de la religion» sur laquelle toute cause juste doit s'appuyer,

M, Rossi eût agi tout différemment» aussi eùt-il atteint d'autres résultats.

Avec cette perception rapide et sure qui le distinguait à un degré si éminent» Itf . Rossi avait vu que Ton ne restaure l'autorité et la liberté dans un pays qu'en les étayant sur la religion ; car le peuple qui méprise la loi de Dieu sera sans respect pour la loi des hommes. Le libéralisme bourgeois n'est pas de cet avis« Il regarde l'autorité religieuse comme un supplément de police; le prêtre, à ses yeux, est un agent d'ordre, la reli* gion un frein pour les masses» mais auquel il ne faut pas laisser prendre trop d'empire. Les hommes noirs peuvent être de bons auxiliaires pour les gendarmes ; mais rien de plus. Dans le prélre qui accompagne le condamné à Téchafaud, il voit un honnête philanthrope qui accomplit bien son métier» et surtout un acteur qui fait bon effet dans la mise en scène. Après cela, si le prêtre a la prétention d'élever la jeunesse» de créer des congrégations pieuses» d'éclairer et de conduire les hommes, le libéralisme bourgeois s'indigne» car il sait» lui qui ne cher* cbe à opprimer personne» que les prêtres ont des idées de domination; il sait qu'ils ne marchent pas avec le progrès ; il connaît Vabomind^le passé de V Eglise, il sait cela» ce libéralisme ignorant» qui a produit presque autant d'imbéciles que l'Ëglise a produit de savants et de martyrs.

Ce (ut ce mauvais esprit contre lequel se heurta d'abord M« Rossi; ce fut lui qu'il trouva dans la garde nationale et dans la chambre. Cet esprit hostile à toute autorité religieuse, l'est par cela même à toute autorité civile; c'est pourquoi il prépare toujours le triomphe des républicains.

M. Rossi savait tout cela par expérience. Il espérait» cepen*

dant, dominer ce mal en multipliant ses actes avec un ioipaa* siblé courage et une fécondité tranquille ; mais il avait affiiire à des hommes qui ne tolèrent pas qu'on les gouverne, et c'est au m(»n^t ofa^ grâce à ses efforts, Tordre commençait à re^ naitre, que le parti républicain l'assassina pour en finir.

Tous les jourqaux républicains de l'Europe, ceux de Paris en tète» et parmi eux surtout le journal de j'athée ProudfaoD, glorifièrent l'assassinat du premier ministre de Pie IX. Cette fois^ la presse républicaine ne prit même pas la peine d'em*ployer ces misérables arguties qui limitent au gré de ceux qui s'en servent les lois immuables de la morale et de la conscience : les publicistes démocrates avouèrent franchement et sans détours que le meurtre de M. Rossi était à leurs yeux une action sublime; ils se vantèrent jnême d'en avoir été complices, et repoussèrent les timides, qui, pour l'honneur du parti, prétendaient que c'était l'acte d'un fanatique. Les journalistes démocrates tinrent à honneur de revendiquer leur part de responsabilité dans cet assassinat commis avec préméditation et guet-a-pens ; ils le qualifièrent de grand aeie de jmàce natio^ noie, — jugement du peuple, — prélude de la guerre êainêe, signal du réveil des ptUriotes. — Us appelaient l'assassin : ewh veur de la patrie, *— main de V Italie, — frire de la déUtralnee ,

— noble enfant de la démoeraUe, — exentple des proUtai^ee ,

— bras libérateur, — idole et modèle de tout vrai, républicain, etc., etc.. Ils ne tarissaient pas d'éloges : chaque trait de plume était un éclat de rire, une palpitation de joie. Ce crime leur avait donné le délire. QuelquesHins poussèrent le blasphème jusqu'à dire que l'assassin était l'envoyé de Dieu.

il Gazelle de Gênes se fit écrire de Livourne les lignes suivantes :

a Lorsque la nouvelle de la mort du ministre Rossi est par* venue ici, le peuple a sonné des carillons de joie. Le drapeau tricolore a été arboré au faite du dôme. La foule, précédée par des tambours, s'est rendue à l'habitation de M. La Cécllia^

^«t delà devttM rU6tel Àà eétisii) minaiâ» {iMlr le flSIicltef Je b féiurrfctioA àê Rome» Les rdisémblemenld âe §ont porléis essuite devMt te palais da gouverneur. M» Gharlesi Pi^i n para Mr la terrasse et a prononcé ces mots : «t Le ministre Rossi n'était pas aimé de Tltalie seulement b cause de ses piîn* eipes politiques. Dieu, dans ses desseins secrets, a voulu que .Cit kûmme tombal frappé par la main d'un fils de Tancienne république romaine. Dieu garde son 6me et la liberté de noth^ pmVre pairie I » D'immenses applaudissements ont tcmTert ia vpîx du gouverneur, et la foule s'est écoulée. Lé drapeau romaiti flottait au milieu des drapeaux tricolores. Partout Von criait : c Viv« la Constitutipn italienne ! Vive Rome ! »

Un autre journal publia : € La soirée qui a suivi le meurtre de M. Rossi a été une véritable ftte italienne. Des rassemble* monts nombreux ee sont formas ; ils parcouraient les direr^ quartiers de la ville en criant : t Vive la Constitution italienne! Vive le peuple! Vive le poignard de Brutus! Vive Tunion! Vive le ministère démocratique! Vive Tltalie républicaine! »

A Rome» la presse conservatrice n'existait plus pour réponére'et pour protester; quant aux honnêtes gens^ ils étaient itiencteux et consternés.

I^es i^épublicains de 95 ont laissé des successeurs de leurs monatruetses doctrines» des démocrates avides de domination et de riohessee^ farouches janissaires de Satati, qui veulent t«ot gouverner et tout envahir au nom du peuple, des dange-* rêux héritiers de la terreur ont, comme elle, de nombreux H retnuiots auxiliaires. Ils forment utie vaste société répandue SDf toute l'Europe, disposant de ressources eonsldérables, agistant tour à tour par l'intimidation» par la séduction» par la force^ par l'argent, obéissant à la volonté des chefs et marchant tiHIs comme un seul homme tant qu'il s'agit de détruire. Cette aoeiélé a longtemps troublé l'Europe et désolé les Ëtatst elle a semé la discorde et l'anarchie pour récolter la domination ; elle a déohiféla France, l'tlalie, la Suisse, l'Al^magne, Partout

elle a asservi tes peuples» partout elle a fait couler le san^^ Qmih) oane la poursuit pas, elle relève la tète avec arropnce« prête à saisir le pouvoir aux mains débiles qui ne savent pa^ fe garder,

La révolution est toujours et partout la même; ses pensées iadmeSt ms désirs secrets, ses haines profondes ne sont point changées;. ses desseins» sa cupidité, son ambition sont \^s mêmes.

Oo ne combattra ces invasions qu'avec une indomptable énergie. Cette énergie manqua au gouvernement pontifii^al, c'est pourquoi il dut succomber.

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