‹ Histoire de Saint AmbroiseChapitre 64 sur 137 · CONTRE L'A NANISME · texte numérisé non relu

CONTRE L'A NANISME

quand elle était nécessaire. 11 en donna là preuve dans le courant de l'année 379.

L'impératrice Justine résidait alorsàSirmium, entre les États d'Orient et ceux d'Occident. Le siège épiscopal de cette ville étant devenu vacant , les suffrages des catholiques élurent pour l'occuper un homme d'une foi aussi irréprochable que sa vie , nommé Anemius. Ce fut précisément cette pureté de sa foi qui déplut à Justine, de sorte que l'évêque vit l'armée des ariens s'unir, pour l'écraser, à celle des courtisans prêts à tout oser contre lui. Anemius chercha, dans cette extrémité, une puissance capable de contre-balancer celle de l'impératrice : il demanda à Ambroise de se transporter à Sirmium, pour le sacrer de ses mains. Une distance de plus de deux cents lieues séparait Milan de la capitale de la Pannonie ; mais il s'agissait là d'un droit à protéger, avec un péril à courir : Ambroise n'hésita pas.

Son arrivée dans cette ville fut le signal d'un indescriptible tumulte. Les ariens le couvrirent de huées sur son passage , et envahirent l'église où devait se faire le sacre. Puis à peine Ambroise y eut- il mis le pied , que des cris éclatèrent contre le nouvel élu et son consécrateur. Les femmes particulièrement portaient là la passion qu'elles mettent en toutes choses. Les plus ardentes étaient « les vierges des ariens » , comme Ambroise les nomme ' ; — et il racontait lui-même qu'au moment où il allait s'asseoir sur son siège pour la cérémonie, une de ces filles égarées le saisit par son manteau , et se mit à le tirer du côté de ses compagnes prêtes à le déchirer 2.

• On n'ignore pas que cette institution de la vie virginale avait paru si divinement belle, même à ses ennemis, qu'ils avaient essayé d'en posséder chez eux quelque contrefaçon capable de leur faire honneur.

2 Cum esset constitutus in tribunali, nihil curans eorum quœ a mulieribus excitabanlur, una de virginibus arianorum impudenlior cœ-

Mais arrêtant sur elle son regard imposant : « Laissez- « moi, dit le pontife, car, tout indigne que je suis d'une « telle dignité, je suis prêtre ; vous ne pouvez ni ne devez « porter la main sur moi. Le jugement de Dieu vous « menace, prenez garde qu'il ne vous arrive quelque malce heur f . »

A ces mots l'assemblée rentra dans le respect, et Anemius fut sacré au milieu d'un silence de religieuse épouvante. A quelques jours de là , l'arienne tomba malade et mourut. On ne fut pas peu surpris de voir Ambroise luimême mener les funérailles de cette infortunée, et l'accompagner, en priant, jusqu'au lieu de la sépulture8. De tels exemples de pardon et de grandeur d'âme faisaient autant que les miracles pour subjuguer les ariens et les gagner à Dieu.

Pendant que Justine fomentait le feu de l'arianisme, Gratien, au contraire, accusait de plus en plus sa prédilection pour l'Église catholique et son horreur pour l'idolâtrie. Ce fut vers ces années qu'il enleva aux vestales et aux prêtres païens une partie de leurs revenus et de leurs immunités. Puisque le paganisme n'était plus la religion officielle de l'empire, était-il juste de lui continuer ces largesses, en faisant supporter aux chrétiens les frais d'un culte qu'ils ne professaient pas et tenaient pour impie?

On se souvient qu'une église disputée entre les catholiques et les ariens demeurait sous le séquestre depuis

teris, tribunal conscendens, apprehenso vestimento sacerdotis , cum illum adtrahere vellet ad partem mulierum, ut ab ipsis cœsus de ecclesia pelleretur. (Paulin, in Vita Ambros. , n. 11 , p. 4.)

i Ait ei, ut ipse solitus erat referre : « Deberes vereri Dei ju-

dicium, ne tibi aliquid mali eveniret. » [Ibid.)

2 Quod dictum exitus probavit. Nam alio die mortuam ad sepulcrum usque deduxit, gratiam pro contumelia rependens. (Paulin., n. H.)

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