i LUTTE D'AMBROISE CONTRE LE PAGANISME
fait toujours présent devant ses yeux; l'assassinat de Gralien se montrait à lui comme l'abîme dans lequel s'étaient engloutis l'honneur et la fortune de l'État : « Pourquoi, se demandait-il, nos contemporains n'ontils pas imité le respect de David pour l'oint du Seigneur? Nous n'aurions pas aujourd'hui une si lamentable guerre à nos portes. Que nous payons chèrement ce forfait! Que nous expions rudement l'attentat commissur notre prince! Voici encore que le barbare notre ennemi nous insulte, tandis que nous tournons contre nous-mêmes le fer préparé contre lui. Ainsi la vertu romaine se dépense et s'épuise dans ces révolutions, où l'on voit un parricide nous ravir publiquement celui que nous avait donné pour empereur la sollicitude de son père l. »
Pendant que les chrétiens courbaient la tète sous la main de la Justice vengeresse, la passion des païens les rendait responsables de ces immenses douleurs. Comme l'année 383 avait amené encore une de ces famines qui remettaient périodiquement en question la vie des citoyens, on n'eut aucune peine à faire croire à la plèbe que ses dieux dépossédés de leurs temples et de leurs autels usaient de justes représailles, en refusant la subsistance à ceux qui refusaient les subventions de l'État aux pontifes et aux prêtresses.
a Ce sont ces impiétés , disait le plus disert sophiste de l'Occident, qui sont la cause de tous les maux du peuple romain. Voyez, c'est à la suite de ces spoliations qu'est venue la famine, et qu'une mauvaise récolle a
l Quam gravi adhuc luimus vaslitate, quam publico quodam loliu» orbis funere appelili necem régis absolvimus! Heu, dira supplicia! Inde adhuc nobis barbarus hostis insultai, dum parala adversum se in nos arma verluntur. Sic vires ceciderunt publicae, sic Romana virlus suis motibus fracta consenuit, dum publico rapilur parricidio, quod palernœ solliciludinis religione suscipitur. [Apolog. David, cap. vi, n 27; t. T, p. 684.)