AMBROISE ET PAULIN DE NOLE
dans la solitude, où, heureuse de partager son humble toit de chaume , elle se consolera de l'abandon de ses richesses avec les biens de la religion et de la charité.
« Que vont dire les grands du monde en apprenant ces choses? — « Quoi! un homme de ce nom , de cette naissance, de cette noblesse, de ce caractère, de cette éloquence, quitter le sénat ! (Juoi ! laisser s'éteindre une si noble famille sans postérité ! Mais ce n'est pas possible. » — Ainsi parleront-ils; ils n'hésitent pas, pour leur compte, à se raser la tête en se faisant initier aux mystères cl'Isis; mais s'ils voient un chrétien changer seulement de costume pour mieux observer notre sainte religion, ils poussent des cris d'horreur ' ! »
Ce qui faisait le scandale et la risée des païens excitait , au contraire, chez Ambroise une généreuse émulation. Tourmenté de cette soif ardente de solitude qu'éprouvent les grandes âmes dans les siècles troublés, il tournait ses regards vers les contrées charmantes de la Campanie, où allaient se fixer plusieurs de ses amis, et, parlant de l'un d'eux, il écrivait ainsi à saint Sévère de Naples : « Là, du moins, sur le rivage que vous habitez, loin des invasions barbares et des guerres civiles , l'esprit peut en liberté prier et méditer dans un paisible recueillement. Nous, au contraire, en proie aux envahissements et aux malheurs de la guerre, nous vivons plongés dans une mer d'amertume, sans repos en cette vie, et en danger de perdre l'autre... Enveloppé, quant à moi, dans les ténèbres de ce monde , j'y perds la claire vue de la vérité et de la perfection. Voici que déjà j'ai passé cinquante-trois ans dans ce corps qui ne m'a fait grâce d'aucune souffrance. Pourquoi, dirai-je avec l'Ecriture, pourquoi resterai-^ encore , sous- les lentes de l'Étfiiopie, avec les habitants de Madian et de Cédar*! »
i Ambros. Epist. lviii, n. 2 et 3.
2 Liber animus a barbarc-rum incursibus et prEeliorum acerbitatibus,