AMBROISK SAUVE LES VAINCUS
Mais tandis que les peuples se réjouissaient d'un événement qui finissail toutes les iiaines, clréiinissait les deux empires d'Orient et d'Occident dans la main d'un seul homme, cet homme était atlrislé dans le fond de son cœur. 11 se rappelait les horreurs d'une bataille meurtrière, et il se reprochait le sang qu'il avait dû verser dans le combat. La conscience du chrétien protestait instinctivement contre la barbarie de cette loi de la guerre qui nous régit encore , et fait couler à l'heure qu'il est des torrents de sang. En conséquence, il s'abstint de participer, pendant quelques semaines, à la communion de l'Hostie pacifique. 11 se souvenait de Thessalonique et d'Ambroise ' !
Celte tristesse de l'empereur avait une autre cause. Quoiqu'il n'eût à cette époque que soixante ans, ou même cinquante, comme le veulent quelques-uns, il avait un secret pressentiment de sa fin. On disait qu'avant de se mettre en marche contre Eugène, il avait envoyé le célèbre eunuque Eutrope vers un saint solitaire de la Thébaïde, Jean de Lycopolis, et que l'anachorète, en promettant au prince une victoire certaine, avait ajouté que Théodosc ne reverrait pas l'Orient. Lui-même, sentant sa santé décliner chaque jour, fit venir de Gonstantinople son fils Ilonorius, à qui il destinait l'empire d'Occident, et qu'il voulait présenter à ses peuples de l'Italie. L'arrivée de ce jeune prince, accompagné de sa cousine Serena, femme de Stilicon, et de sa sœur Placidie, encore dans les langes, parut un instant ranimer l'empereur. Il crut y voir une marque que Dieu lui pardonnait le sang qu'il avait versé-, et il reprit sa place dans la basilique, où il
1 Quod pra'claram atlejilus vicloriam, lanien quia hosles in acie prostrali sunl, absliiuiil a consorlio sacramenlorum. (Ambros. de Obilu Theoclos., ii. 3'i.)
- Absliiuiil... donoc Domini circa se gratinai liliurum experirelur advenlu. {Ibid.)