‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 105 sur 134 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DERNIÈRE MALADIE ET MORT d'aMBROLSE

Ambroise souhaite ardemment de mourir. — Ces vœux exprimés dans le livre du Bienfait de la mort. — Sa prédilection pour les mourants. — Sa dernière visite à saint Gaudence de Novare. — Prédiction de sa mort prochaine.

Ambroise dicte rexplicalion du Psaume xliii'. — Une flamme apparaît sur lui. — Les dernières paroles de son Commentaire. — Il tombe malade.

Tristesse de la ville. — Stilicon lui fait demander de vivre encore. — Réponse du malade. — Il désigne Simplicien pour lui succéder. — Honorât de Verceil lui donne la communion. — Il expire en priant.

Ses obsèques le jour de Pâques. — Miracles; apparitions à Milan, à Florence, en Afrique. — Douleur d'Augustin. — Paulin écrit la Vie d' Ambroise . — Le tombeau d'Ambroise, son histoire, la découverte de ses reliques en 1871.

L'œuvre d'Ambroise. — Conclusion.

Il y avait déjà longtemps qu' Ambroise se préparait à la mort. Quand il avait vu Satyre expirer entre ses bras , il avait souhaité de ne pas lui survivre longtemps. Quand la persécution arienne avait menacé ses jours, il avait exprimé le regret qu'elle ne les eût pas terminés par le martyre. S'il perdait quelqu'un des prêtres qu'il aimait, il lui enviait le bonheur d'être retourné vers Dieu. Enfin nous avons vu qu'écrivant un jour à Sévère , évoque de

Xaples , il se plaignait de la durée de son exil, et aspirait au repos de la patrie bienheureuse.

Ces plaintes magnanimes se retrouvent dans son traité sur le Bienfait de la mort. Tout ce livre d'Ambroise est une sorte de dithyrambe à la mort, que le docteur salue tantôt comme une délivrance des chaînes corporelles, tantôt comme un sacrifice dont la victime ne succombe que pour être transfigurée , tantôt enfin comme une noce qui ouvre à l'âme ravie le palais de l'Époux.

L'ouvrage se termine par ces ardentes paroles : « Partons, avançons-nous vers notre Rédempteur Jésus. Dirigeons-nous vers l'assemblée des patriarches , élevonsnous jusque dans le sein d'Abraham, parmi les justes du ciel. Ainsi nous irons revoir nos pères! Nous irons retrouver les maîtres de notre foi , et à défaut d'autres mérites cette foi plaidera pour nous, comme nous avons plaidé et combattu pour elle. Nous monterons au lieu où le Père de famille nous ouvrira son sein, comme il fit jadis au pauvre Lazare; c'est là qu'il fait reposer ceux qui ont traversé ce siècle parmi les souffrances et les larmes,'.

« 0 mon Père, ouvrez vos bras, pour y recevoir le pauvre serviteur qui vous prie; appelez-moi dans votre cœur et élargissez -le, afin qu'il y ait place aussi pour la grande multitude des hommes qui croient dans le Seigneur. Donnez-moi d'aller rejoindre ceux qui ont trouvé le repos dans le royaume de Dieu avec Abraham , Isaac , Jacob , et tous les invités des noces éternelles. Là il n'y a plus ni nuages, ni foudres, ni orages, ni ténèbres , ni

1 His igitur freli intrépide per£,'amus ad Redemptorem nostrum Jesum... Ibimus enim ad paires noslros, ibimus ab illos noslrse fidei prœcepiores. Ibimus et ubi sinum suum Abraham sanctus expandil . elc. [De Bono Mords cap. xii, n. V)2\ t. I, p. 411.)

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soir, ni changement de saisons. Là ne régnent ni frimas, ni i»luie, ni grclc , ni môme la pale clarté du soleil et de la lune : c'est le Seigneur qui est l'univetselle lumière illuminant tout homme qui arrive en ce monde. C'est là que notre maître Jésus est allé préparer la place de ses serviteurs, afin que là où il est, nous soyons avec lui, selon qu'il disait encore : « Il y a plus d'une demeure dans la maison de mon Père. » Et ailleurs : « Je viendrai vous appeler à moi pour que vous soyez tous avec moi». »

Enfin, comme si, le jour éternel commençant à lui apparaître, il entendait déjà l'appel de Jésus-Christ, le pontife s'écriait :

« Seigneur Jésus, nous voici; nous venons vous rejoindre, attirez-nous, car nul ne peut monter sans vous. C'est vous qui êtes la voie, la vérité, la vie. 0 Voie, dirigeznous; ô Vérité, éclairez-nous; ô Vie, vivifiez-nous*!

Un homme dont les pensées habitaient ces hauteurs n'appartenait déjà plus à ce monde. Lui-même nous apprend que dès lors il recherchait de préférence les derniers entretiens des malades et des agonisants , comme pour apprendre d'eux le chemin de. l'éternité. Il s'appliquait cette parole de la sainte Écriture : Que la bénédiction de celui qui va mourir descende sur moi, et il disait : « Je me reproche en rougissant d'avoir parfois manqué de visiter un mourant , d'approcher d'un malade, d'aborder un vieillard ! Les dernières paroles d'un mourant devraient toujours rester dans notre oreille. Il faudrait que toute âme, en abandonnant

1 Sed nunc, Paler, etiam alque etiam extende ad suscipiendum hune pauperem manus tuas, aperi gremiuin luuni, expande sinus tuos ut plures suscipias, e(c. {De Bono Morlis cap. xii, n. o3.)

2 Sequimurte, Domine Jesu, sed ut sequaniur accersi... Tu enim via os, Veritas, vila, etc. [Ibid., n. oo.)

son corps , nous donnât sa bénédiction et emportât nos vœux 1 ! »

L'heure qu'Ambroise appelait par tant de souhaits ardents n'était pas éloignée , et il en reçut plusieurs avertissements certains. Un jour, par exemple, revenant de Verceil , où il avait consacré l'évêque saint Honorât , il passait près deNovare, où Gaudence, son ami, exerçait le ministère sacerdotal. Comme il était tard , Ambroise dit à son escorte : « J'aurais souhaité de faire visite au « vénérable Gaudence; mais le jour baisse, continuons « notre route et rentrons à Milan. » A peine avait-il parlé, que son cheval refusa obstinément d'avancer. Rien ne put lui faire faire un pas , dit le chroniqueur, et Ambroise, se tournant vers les clercs de sa suite : « Je vois bien , dit-il, que Dieu « ne veut pas que je poursuive mon voyage sans « avoir visité le saint homme Gaudence -. »

On entra donc à Novare, où Gaudence, averti par le Ciel de l'approche d'Ambroise, vint au-devant de lui, l'embrassa , l'accueillit , et l'entretint ensuite des affaires de l'Église. « Vous serez évêque , je le sais , » dit Ambroise au saint prêtre. A quoi celui-ci répondit avec la même assurance : « C'est vrai, mais un autre que vous sera mon « consécrateur 3. »

Les deux saints se séparèrent pour ne plus se revoir.

< Quolies mihi pudorem incussit, si moriturum praeterii, si non visilavi graviter œgrum, si senem sprevi !... Resonent in te postrema verba morituri , et benedictionem tui egrediens corpore anima secum vehat. {De Bono Morlis cap. vin, n. 37.)

2 « Non nobis permitlitur cœptum iter peragere, nisi viderimus B. Gaudentium. » {Vita S. Gaicde7it.,ex Monbritio, n. 11. apud Bolland., 22 Januarii. Edit. Palmé, t. III, p. 33.)

3 Myslerium annunlians dixit ei Ambrosius : « Episcopus eris, ut video. » Ille vero item fulura praevidens : <> Utique, sed ero sacratus ab allero. » {Ibicl.}

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Leur parole s'accomplit : (laudciicc, en ciïel, ne larda pas à être fait évêque de Novare; mais ce fut Simplicien qui lui donna la consécration cpiscopale : Anibroisc n'était plus'.

Le grand Pontife venait de consacrer à Pavie un évêque dont Paulin ne rapporte pas le nom , quand il ressentit les premières atteintes du mal qui devait l'enlever. Il n'avait alors que cinquanle-sepl ans; mais, outre les amertumes et les déceptions qui avaient empoisonné ses dernières années, Ambroise depuis longtemps traînait péniblement un corps déjà ruiné par les maladies dont cette histoire a fait mention plus d'une fois.

Le mal le força bientôt d'interrompre son ministère; mais le malade ne cessa pas de se livrer à l'étude et à la

1 S. Gaudence fui fait évêque à la fin de 397, peu de mois après la mort d'Ambroise.

Une légende rapportée }inr saint Grégoire de Tours, et qui est consacrée par l'Iconographie de l'Eglise milanaise, fait assister miraculeusement Ambroise à la mort de saint Martin, survenue en cette année 397. » Un dimanche que l'évêque de Milan célébrait, raconte l'historien des Francs, le diacre, avant de lire la leçon de l'Ecriture, se rendant pour recevoir la bénédiction d'Ambroise, le trouva profondément endormi sur l'autel. Personne ne put le tirer de ce sommeil, qui dura l'espace de deux à trois heures, après lesquelles Ambroise se réveilla et dit : n Ne vous inquiétez pas; Dieu, dans ce s.ommeil, a daigné me faire voir une grande merveille. Sachez que mon frère l'évêque Mailin vient de sortir de la prison de son corps, et que je viens de l'assistera son dernier passage i. »

Cette légende est représentée dans une mosaïque très-ancienne de la basilique Ambrosienne. (Voyez Puricelli, vol. I, p. 133.) Mais il est évident que saint Martin étant mort le H du mois de novembre 397, et saint Ambroise l'ayant précédé dans la tombe le 4 avril de cette même année, cette légende repose sur un anachronisme, et doit être rejetée.

1 Novcritis fralrem nicum Marlinuni sacerdotem egressiim fuisse de corpoiv. me autem ejus funeri obsequiuni pra-buisse. (Greg. Turon. de MiractU. S. Mar tint lib. I , ca|). v, p. 1000.)

méditalion. Il relisait les saints livres où Dieu a déposé le vrai remède des maux de cette vie, avec la promesse etl'espérance d'une meilleure. Pendant fju'il dictait à son secrétaire Paulin les pensées que lui suggérait sa lecture, son union à Jésus-Christ vivant dans la sainte parole était si vive, qu'un jour elle le transfigura, laissant voir sur ses traits un reflet de la lumière qui éclairait son âme. « Peu de jours avant qu'il fût contraint de garder le lit, raconte son secrétaire, il me dictait l'explication du Psaume quarante-troisième, quand je vis tout à coup une flamme en forme d'ovale, comme celle d'un petit bouclier, environner sa tête, puis pénétrer dans sa bouche. Après cela, son visage prit l'éclat de la neige , et ce ne fut qu'après un peu de temps qu'il revint à son état ordinaire. Cette vue me remplit d'une telle stupeur, qu'il me fut impossible (i'écrire sous la dictée du serviteur de Dieu, jusqu'à ce que la vision se fût évanouie'. »

« A cette époque encore, ajoute le secrétaire , Ambroise commentait la divine Ecriture, et je notais ses discours; mais dès ce moment il cessa d'écrire et de dicter, de sorte qu'il n'acheva pas l'explication du Psaume. Quant à moi, je me hâtai d'aller dire au diacre Castus, qui était mon maître, ce que je venais de voir. Cet homme vénérable m'expliqua que c'était le Saint-Esprit que j'avais vu descendre sur Ambroise , comme on l'avait vu descendre autrefois sur les Apôtres 2. »

Le Commentaire du Psaume quarante-troisième par Ambroise nous a été conservé; il y manque l'explication des deux derniers versets. L'amour de Jésus-Christ, et le désir ardent de le voir face à face, animent ces pages, dictées comme aux premières clartés de la lumière do

1 Subito, in morlum scuti brcvis, ignis caput ejus cooperuit... posl quod facta est faciès ejus velut nix. (l'aulin. in Vila Ambros., n. 42.)

2 lijid.

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gloire. « La vie est un champ de bataille, disait le saint Pontife; le monde, dont saint Jean dit qu'il est tout dans le mal, est le th'éàlrc de nos combats; notre ennemi est celte chair qui humilie noire àme et lui sert de prison. Qu'il est pénible d'attendre si longtemps le jour qui doit absorber dans la vie noire mortalité, et nous dépouiller de nous-mêmes pour nous revôlir de Dieu ! Qu'il est dur de traîner sur terre ce corps enveloppé des ombres de la mort ! Heureusement le flambeau de la parole de Dieu ne quille pas nos yeux. Sachons, à sa lumière, diriger les démarches intérieures de l'âme, et dissiper les ténèbres de la vie corporelle '. »

Ambroise en était venu, dans son explication, à ces derniers versets :

« Levez -vous, ô Seigneur! pourquoi dormez -vous? Levez-vous, et ne me repoussez pas toujours.

« Pourquoi détournez -vous votre face? pourquoi oubliez-vous ma misère et ma peine?

« Voici que ma vie se traîne dans la poussière , et je demeure encore enchaîné à ce monde.

« Levez-vous, aidez-nous, je vous en prie par votre nom; délivrez-nous. Seigneur-! »

Arrivé à cet endroit de son Commentaire, Ambroise se sentit défaillir. Il venait d'appeler le Seigneur, le Seigneur se leva pour venir au-devant de lui.

On était à la fin de mars 397; Simplicien ne quittait plus son vénérable ami. Un jour qu'ils étaient dans la chambre de l'évèque , tous deux se mirent en prière , et Ambroise vit Jésus -Christ qui s'approchait de lui avec

1 Gravis est labor dum exspeclamus ut absorboatur morlale boc a vila... Quomodo autem dubites (juod affliclionis hic locus sit, quando corpus est mortis, etc. (la Psalm. xliu, u. 72; I. I, p. 917.)

2 Psalm. XI, 111, •23--2('>.

un divin sourire. Il venait l'inviter à le rejoindre dans le ciel , et dénouer les derniers liens qui le retenaient en ce monde'.

Ambroise se mit au lit pour ne plus se relever. Dès qu'on sut dans la ville que le grand évêque était mortellement atteint, la consternation fut générale. La cour surtout montra une vive inquiétude; elle sentait vaguement que l'empire allait perdre celui qui, depuis vingt ans , en était le rempart. Stilicon déclara que la perte de ce grand homme était le commencement de la ruine de l'Italie. Désirant conjurer ce malheur à tout prix, le comte imagina un expédient dans lequel la foi vive du chrétien se mêlait étrangement à la rudesse du barbare. Il fît venir chez lui Jes meilleurs amis d'Ambroise, et moitié par douceur, moitié par menaces, il leur en^ipignit d'aller trouver le malade, en leur disant : « Allez lui demander à lui-même de prier Dieu qu'il prolonge ses jours * ! »

Les amis d'Ambroise se rendirent donc chez lui; là, entourant son lit, ils le supplièrent en larmes de ne pas quitter ce monde. Le malade les remercia avec effusion , et pour réponse il leur dit ces nobles et confiantes paroles qu'Augustin ne pouvait se lasser d'admirer : « Je n'ai pas vécu de telle sorte que j'aie honte de vivre encore ; mais je ne crains, pas de mourir, car nous servons un bon Maître ^ '>

1 Cum orarel una cum Simpliciano sacerdote, viilerat Dominum Jesum advenisse ad se et arridentem sibi ; ncc multos post dies nobis ablatus est. (Paulin, in Vita Ambros., n. 'i7.)

Paulin ajoule qu'il tient ce fait de Bassicn de Lodi, à qui Simplicien l'avait raconté.

2 Cornes Stilico dixisse fertur quod, tanlo viro recedenle de corpore, interitus immineret Italiœ, etc. (Paulin., itt'rf., n. 45.)

3 Non ita inter vos vixi ut pudeat me vivere; nec timeo mori , quia Dominum bonum habemus. [Ibid.)

Possidius, rapportant celte réponse, ajoute: ■« Sapientissimum et piissimum responsum multum laudabat et praidicabat Augustinus. » (Possid. Vita S. August., apud BoUand. 28 aug., p. ^i'M, cap. v, n. ."i8.)

59i DERNIÈRE MALADIE ET MORT D'AMBROISE

Auprès (lu lit d'Ambroise se tenaient les prêtres et les diacres de son Eglise, liassien , éveque de Lodi , était aussi présent , avec Honorât de Verceil consacré par le pontife peu de jours auparavant. Simplicien ne le quittait pas , et Marcelline essayait, par ses prières et ses soins, de retenir l'àme de son frère : l'àme lui échappait.

« Nous étions auprès de lui, raconte son secrétaire; à l'extrémité de la chambre du malade, Castus, Polemius, Venerius et Félix étaient groupés ensemble. Ces diacres parlaient si bas, qu'ils avaient même de la peine à s'entendre l'un l'autre. Ils étaient à se demander quel serait, après Ambroise, l'évêque qui serait digne de lui succéder; l'un d'eux ayant prononcé le nom de Simplicien, un autre allégua que le saint prêtre était trop vieux. « Il est vieux, mais il est bon , » s'écria tout à coup Ambroise par trois fois. Les diacres, effrayés d'avoir été entendus, (disparurent à l'instant '.

« Le 3 avril, qui était le jour du vendredi saint, vers la dixième heure (correspondant à notre cinquième heure du soir), le pontife étendit les bras en forme de croix pour prier. Il ne quitta plus cette attitude sacrée jusqu'à son dernier soupir. Nous suivions sa prière au mouvement de ses lèvres; mais nous ne pouvions entendre les paroles qu'il proférait. Honorât de Yerceil s'était retiré le soir à l'étage supérieur, quand, vers minuit, il s'entendit appeler par trois fois. Une voix lui disait: «llàtez-vous de vous lever, car il va partir.» Honorât se leva et descendit, apportant le corps du Seigneur Jésus. Dès qu' Ambroise l'eut reçu dans son cœur, il rendit l'àme*. »

1 Cum de nomino sancli loqucrentur Simpliciani, Ambrosius, licel longe positus ab ipsis, approbans exclamavit tertio : « Senex, sed bonus. " (Paulin, in Vita Ambros., n. 46.)

2 Honoratus tertio vocem vocantis se audivit, dicentisque sibi : " Surge, festina, quia modo est recessurus. » Qui descendeiis obtulil sancto Domini corpus; quo accepto, emisit spiritum, bonum viaticum secum forens, etc. {Ibid., n. M.)

DERNIÈRE MALADIE ET MORT D'AMBROISE S9o

« Il partit, emportant le viatique du Seigneur, ajoute son secrétaire. Fortifié par le Pain des anges, il est allé s'unira la société des anges , dont il avait reproduit la vie céleste en ce monde; il est allé voir Élie, après avoir, comme lui , porté intrépidement devant les puissants et les rois le témoignage de Dieu ^ »

Ambroise mourut dans cette nuit du 3 au 4 avril 397 , dans la vingt -troisième année de son épiscopat, sous le consulat de Flavius Caesarius et de Nonius Atticus , Honorius étant empereur d'Occident, et saint Sirice gouvernant l'Église de Dieu.

Dès le matin, samedi, le corps fut transporté dans la grande basilique, où une multitude sans nombre se pressait pour le vénérer. « C'était le samedi saint, raconte toujours Paulin, et il y reposa pendant toute la nuit de la vigile de Pâques, que nous passâmes en prières. En ce jour on avait coutume de conférer le baptême, et le saint pontife apparut à plusieurs petits enfants au sortir des fonts, où la grâce venait de les illuminer; les uns le voyaient assis sur son siège épiscopal , les autres le voyaient se promener dans l'église. Ils le montraient du doigt à leurs parents, qui regardaient, mais sans voir, parce que leurs yeux n'étaient pas assez purs. Il y en avait aussi qui disaient avoir vu une étoile brillante reposer au-dessus de son corps -. »

Le jour de Pâques on fît les obsèques solennelles du glorieux pontife, et la fête de la Résurrection de Jésus- Christ se confondit avec celle de l'entrée de son serviteur dans l'immortalité. « Après la célébration des augustes Mystères , on transporta le corps , de la grande basilique dans la basilique Ambrosienne , où le saint évêque avait souhaité de reposer. Une foule de possédés criait sur son passage, parce que sa présence tourmentait les démons...

1 Paulin, in Vila Ambros., n. 47,

2 Ibid., n. '.8.

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