‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 4 sur 134 · MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE BOURGES · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE BOURGES

PRINCE DE LA TOUR d'aUVERGNE

Bourges, le 20 août 1871, en la fête de saint Bernard.

Monsieur l'abbé.

Avant de vous répondre et de vous remercier, j'ai voulu lire moimême votre nouvel ouvrage, V Histoire de saint Ambroise.

Décidément, vous avez le privilège de faire de beaux et de bon livres : d"abord le Doute et ses victimes , puis l'Apôtre saint Jean, enfin aujourd'hui Saiyxt Ambroise; autant d'œuvres sérieuses que vou avez semées sur le chemin de votre vie; qui attestent, outre le talent, des recherches patientes, des labeurs prolongés, et, par-dessus tout

l'amour do la sainte Eglise, le zèle de sa gloire... Permellez-moi àv vous en féliciter.

Je conçois , du reste , parfaiteinciil vdtre attrait pour saint Ambroise. Cette grande et noble litrure qui se détache en traits énergiques et doux sur le iv" siècle, si riche pourtant en grands esprits et en nobles caractères, devait naturellement vous attirer.

D'une pari, les ressemblances do ce siècle avec le nôtre ne pouvaient vous échapper. Cette époque agitée et troublée, où la vieille société penche déjà vers son déclin, où le sol de l'Empire commence à lrt>mblor sous les pas des barbares, se rapproche par plus d'un côté de la nùtro. Car nous aussi , hélas! nous sommes sur notre déclin ; les signes de la décadence ne nous font pas défaut, et notre pauvre société tremble encore sous les pas menaçants du socialisme, la barbarie de nos jours. Eviterons-nous la ruine? Dieu seul le sait!

D'autre part, le grand évêque de Milan en lui-même , par son œuvre et par ses vertus, était bien digne de solliciter vos études et d'inspirer votre plume.

Vous l'avez étudié avec amour; vous Tavez peint avec bonheur. " Ce merveilleux composé, comme vous le dites vous-même, de douceur et d'énergie, de condescendance et d'inflexibilité, de modestie et de grandeur, » qui faisait de saint Ambroise » le plus humble et le plus fier chrétien qu'on pût voir » ; vous l'avez mis en relief avec ce burin de l'artiste qui perfectionne son œuvre, ou plutôt avec ce cœur de prêtre qui aime les gloires de l'Église. Vous avez redit ses <i magnanimes colères contre les puissants, contempteurs de Dieu ou oppresseurs de leurs frères » , et ses incomparables tendresses pour les petits et les faibles, les privilégiés du Dieu de l'Evangile.

De fait, Ambroise est vraiment « l'homme de l'autorité dans un siècle d'an'aissement, l'homme de la charité dans un siècle de désolation ». Ponlil'e au cœur intrépide et doux, il lutte sans cesse et ne faiblit jamais. Abattre le paganisme, établir le règne public de Jésus-Christ, telle fut en deux mots l'œuvre de toute sa vie. Docteur aux formes élégantes et pures, controversiste puissant, mais surtout père des âmes, il en convertit plus par sa bonté que par ses arguments. 11 triompha d'Augustin et le jeta aux pieds de l'Eglise, docile et transformé. De cette même voix qui savait commander aux empereurs, il commentait les saintes Écritures, il exposait les Devoirs des ministres sacrés, il chantait la virginité et la pénitence, il pleurait avec des accents impérissables ceux qu'il avait aimés dans le Seigneur.

Aucun de ces traits ne vous a échappé. Mais ce que je vous remercie surtout d'avoir retracé dans ce grand homme, c'est son amour profond pour l'Eglise de Rome, son inviolable attachement pour la

Chaire de saint Pierre, sa soumission entière aux décisions du Saint- Siège. Par une foule de textes soigneusement recueillis, vous avez démontré que la célèbre formule « Où est Pierre, là est l'Église ». n'est pas un passage isolé, mais le résumé d'un vaste ensemble de doctrine, qui se retrouve dans tous ses écrits et qui a servi de règle à toute sa vie.

Ceux qui vous liront, — et j'espère qu'ils seront nombreux, — trouveront dans cette vie bien des objets de réllexion et d'imitation. Je leur souhaite d'y trouver ce que vous y avez trouvé vous-même. <i Quand on a, comme je viens de le faire, dites-vous quelque part, passé plusieurs années en la compagnie de ce grand homme, on l'admire comme un héros, on l'aime comme un père, on le vénère comme un saint. » De cette admiration au désir de lui ressembler, il n'y a qu'un pas. Notre pauvre siècle aurait si grand besoin de quelque Ambroise! Ce sera du moins pour vous une récompense suprême d'avoir aidé à faire revivre son esprit.

Maintenant me permettez-vous un conseil, ou plutôt un vœu , un désir? Au siècle suivant, au v= siècle, se rencontre une autre figure d'une incomparable majesté, un Pontife, un Docteur, qui, lui aussi, serait bien digne d'occuper vos loisirs. Grand par le nom et par la science, dominant son époque de toute la hauteur de son rang et de toute la splendeur de sa doctrine, aussi éloquent dans le discours que ferme dans l'action, il eut l'honneur insigne d'être la gloire et l'oracle de son siècle. Tandis que d'une mam il arrêtait la barbarie en la personne d'Attila, de l'autre il traçait ces lettres immortelles que les Pères de Chalcédoine recevaient comme la parole de Dieu. J'ai nommé saint Léon le Grand. Historien de saint Ambroise, devenez l'historien de saint Léon.

Agréez, Monsieur l'abbé, avec mes remercîments et mes vœux, l'assurance de mes dévoués sentiments en Notre-Seigneur.

-j- C.-A., ARcnEvi^;QUE de Bourges.

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