‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 86 sur 134 · PÉNITEN'CE DE THÉODOSE 4S · texte numérisé non relu

PÉNITEN'CE DE THÉODOSE 4S

« d'infortune, les portes du ciel me sont pareillement fer- « mées; car je ne puis oublier la parole du Seigneur: « Tout ce que vous aurez lié sur (a (erre sera lié dans le « ciel * . »

« Alors Rufin : — « Eh bien, j'irai trouver l'évêque, si « vous le désirez, et j'obtiendrai de lui qu'il vous ab- « solve -.

« — Non, reprit l'empereur, vous ne l'obtiendrez pas. « Je connais trop bien Ambroise : il ne voit que son de- « voir. La considération de la puissance impériale ne lui « fera jamais violer la loi divine '. »

« Comme Rufm insistait, se flattant de réussir : « Eh « bien, essayez donc ! » lui dit Théodose. »

Rufîn partit; l'empereur se mit lui-même à le suivre d'assez près. L'espérance pénétrait peu à peu dans son cœur ; il était impatient de voir le succès de la démarche de son complaisant ministre. Mais à peine Ambroise eutil aperçu Rufîn : « Que venez-vous faire ici, et quel est le « cynisme de votre impudence? Après avoir conseillé ce « massacre épouvantable, n'avez-vous pas de confusion « de paraître en ce lieu, vous dont la fureur impie a « outragé la vivante image de Dieu * ? »

Rufîn, déconcerté, se mit à prier l'évêque. Il lui fît 'connaître que Théodose arrivait et que même il n'était pas loin. Mais Ambroise, enfîammé du feu du divin zèle : « Qu'il vienne, s'il le désire. Pour moi, je vous le dé- « clare, dès que je le verrai paraître à la porte de l'église , « je l'en expulserai ; s'il veut maintenant changer son

1 Tu quidem ludis, Rufine ; mea enim mala non sentis. Ego autem gemoalque deploro meî ipsius calamitatem, etc. (Theodor. lib. V.)

2 Curram, si libi placet, el episcopo id persuadebo, etc. [Ibid.]

3 Sed non illepersuadebilur; quam enim juslum Ambrosii judicium sit compertum habeo... (Ibid.)

4 Canum impudentiam, RuQne, imitari?;, et neque erubescis. (/6id.)

i:H PIÎNITENC.E DE THÉODOSE

« règne en tyrannie, je m'offrirai à ses coups, cl je « mourrai sans rcgrel '. »

En entendant cela, Uufm se retira et s'empressa défaire prévenir Théodose de ne pas aller plus loin. L'empereur était déjà au milieu delà place, quand on vint le prier de rentrer au palais. « Non. j'irai, répondit-il, et je subirai l'affront que je mérite*. »

« 11 vint jusqu'au portique extérieur de la basilique, mais sans pénétrer dans l'intérieur de l'église. Apercevant l'évêque qui se tenait dans l'avant-cour, il lui demanda de le délivrer de ses péchés. Mais Ambroise toujours sévère : « Quelle tyrannie est la vôtre! Et quelle fureur « impie vous pousse à braver Dieu et à violer ses lois ?

« — Je ne viens braver personne, dit humblement l'em- « pereur;je ne pénétrerai pas dans le temple en sacrilège; « je ne demande qu'une chose : être délié de mes péchés. « Souvenez-vous de la clémence de notre comînun Maître , « ne me fermez pas la porte que le Seigneur a ouverte à « tous les pénitents.

« — Et votre pénitence à vous, quelle est-elle après un « si grand crime? Qu'avez-vous fait pour la guérison de « votre mal ?

« — C'est à vous, dit Théodose, de me faire connaître (i le remède et de me le prescrire; c'est à moi de l'ac- « cepter ^ »

Comme nous l'avons vu, le plus communément, l'expiation publique n'était imposée qu'à ceux qui l'avaient demandée. Théodose s'y soumettait, le moment était donc venu d'en déterminer pour lui la nature et les conditions. Or c'était l'humanité et la justice qu'avait outragées l'em-

1 Ego, 0 Rufine, itriedicn me [iniliibilurum ne vel ipsuin lempli vcslibulum calcet : sin autem is regiam polestatem in lyrannidem vertat, mcnecem cxcepinrum cum voluplate. (Tlieodor. lib. V.)

2 Ego pergam, et insanise me pienas exsolvam. (Ibul.)

3 Tuum est omnihiis pra^cipcro medicamenla. (Ihid.)

PÉNITENCE DE THÉODOSE loo

pereur par un acte de barbarie; conséquemment Ambroise stipula une loi d'humanité et d'équité propre à prévenir le retour de pareilles surprises. Il dit à Théodose :

« Puisque c'est la colère qui, trahissant votre jugement et l'emportant chez vous sur la calme raison, a dicté la fatale sentence, portez une loi qui rende vaine et de nul efîet toute décision de vous prise sous une première impression. Que tout arrêt entraînant la confiscation des biens ou la mort ne puisse être promulgué que trente jours après avoir été rendu. A l'expiration de ce délai, que la sentence vous soit présentée de nouveau. Alors, dans l'apaisement d'une âme maîtresse d'elle-même , elle sera par vous révisée de sang-froid. Si on la trouve injuste, elle sera révoquée ; si elle est juste, elle sera confirmée. Mais en tout cas ce délai sera une siîre garantie de l'équité de vos arrêts *. »

Quand cette loi eut été consentie et signée, « Ambroise, continue l'historien Théodoret, fit tomber devant l'empereur la barrière qui le séparait de la communion catholique. Théodose fut enfin admis dans le temple de Dieu. Dès qu'il y fut entré, il se jeta à genoux; et là, prosterné sur le sol, on l'entendait implorer le pardon du Seigneur, répétant ces paroles de David pénitent : « 0 Dieu , mon « âme s'est attachée au pavé de votre demeure ; rendez-

1 Théodoret. lib. V. (ibid.) et Vila tjnrca. — Ambr. 0)>p. Append.,

p. XXIV.

Rufin dit aussi: " Legesanxit in posterum ut sententise principum super animadversatione prolatœ in diem Iricesimum ab exsecutoribus differatur. n

Cette loi se trouve, en effet, dans le code Théodosien, mais placée huit ans avant le massacre de Thessalonique , et sous le règne de Gralien. Valois, dans ses annotations sur Théodoret, en tire la conjecture que cette loi, déjà inspirée par Ambroise à Gratien, et restée sans effet, aura été seulement renouvelée par Théodose, et mise à exécution à partir de ce moment.

io6 PhiNITENCK DE TIIÉODOSE

« moi la vie selon votre parole ! » Disant ainsi, le prince s'arrachait les cheveux, frappant son front, arrosant le pavé de ses larmes, et demandant sa grâce ', »

L'Église se contenta de cette expiation ; mais le grand cœur de Théodose voulait faire davantage. On le voit, dès cette heure, entrer et avancer dans les voies d'un amour pour Jésus-Christ, si zélé qu'il déborde de tous les actes de son gouvernement. Ambroise le dirigeait dans cet élan de son zèle et de sa charité. Une des choses qui faisaient le plus horreur à l'évèque, c'était, nous l'avons vu, la vente que des pères poussés par l'indigence faisaient de leurs enfants. Une loi de Théodose, portée dans cette année 390, rend à la liberté les fils et les filles que la pauvreté de leur famille a condamnés à l'esclavage. Dans le même temps , et certainement d'après les mêmes conseils, il protège énergiquement les particuliers contre la violence des soldats et les exactions des fonctionnaires. Il proscrit, en des termes d'une vive indignation, l'infamie de certaines mœurs qui étaient le renversement de toutes les lois de la nature et de la religion ; il ferme les temples païens, prive les apostats de leurs droits civils, et interdit expressément toute assemblée hérétique. Chose singulière ! ce sont deux préfets idolâtres, Flavien et Albin, amis de Symmaque, qui sont chargés de l'exécution de ces lois portées contre leur culte. Il n'est pas inutile de remarquer que Théodose les rendait simultanément en son nom et au nom de Valenlinien le Jeune. Il voulait engager publiquement l'empereur d'Occident dans la politique chrétienne, dont ces actes étaient le manifesl43, la garantie et le gage.

On place dans ce même temps le concile de Capoue,

1 Imperator, sumpta iti templum iulraiidi fiducia, nonslans, nequc ia genua proeiimbens, Dominum precabatur; sed in solum nudum dejectus et proslralus ; crincs manibus vellens, et faciem contundiMis, et profiisis lacrymis irrigaiis pavimenlum, voniam consequi propcrabal. (ïheod. lib. V.)

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