PÉNITENCE DE THÉODOSE
réuni par Théodose sous l'inspiration d'Ambroise, afin de terminer le schisme d'Antioche et la sourde rivalité des Églises d'Orient et d'Occident. Le conflit existait alors entre les évêques Flavien et Évagre, successeur de Paulin. Le concile , évitant de se prononcer sur le fond de cette question compliquée, s'en remit de la décision à Théophile, patriarche d'Alexandrie. Ambroise partageait contre Flavien la prévention commune aux Occidentaux, et c'est sous cette influence qu'il écrivit une lettre fort pressante et trèssévère contre les refus de ce pontife, peu empressé de se soumettre au jugement de Théophile.
«Veut-il, demandait Ambroise, veut-il se mettre seul en dehors de l'Église et de la société de ses frères ? Nous pensons qu'il faut en référer à notre Frère le saint Pontife de l'Église romaine, car nous présumons bien que vousmême ne déciderez rien qui puisse lui déplaire. Ainsi pourrons-nous arriver à une sage conclusion; ainsi procurerons-nous la sécurité et la paix. Pour nous, dès que nous saurons que vous avez porté une sentence qu'aura sanctionnée l'Église romaine, nous en ressentirons une grande joie '. »
La mort d'Évagre, expiré sans avoir eu le temps de désigner un successeur, fut seule capable de préparer la fin de ce scandale. De cette querelle séculaire, la seule chose importante qui reste dans l'histoire pour notre instruction, c'est la reconnaissance delà suprématie universelle de Rome. C'est aussi le témoignage du zèle infatigable d'Ambroise pour rattacher au centre de l'Église cet Orient, qui déjà préludait, par l'esprit d'indépendance,
1 Interea solus exlex Flavianus, solus exsors sacerdotalis consorlii. Sane référendum arbitramur ad sanclum fratrem nostrum Romanae Ecclesiœ Sncordolem, quoniam prœsumimus ea te judicalurum quai eliam illi displicere nequeant... Cum id gestum esse cognoverimus quod Ecclesia Romana haud dubie comprobaverit, la;li frucUim liujusmodiexaminis adipiscemur. (Ambr. Epist. lvi, n, -'j, 7, p. 1007.)
i.iS PÉNITENCE DE THKODOSE
iiii schisme qui TabaLlra aux genoux des Césars do Byzancc , en attendant qu'il le jette sous les pieds de rislam.
Sans attendre la lin de ces dissensions, Théodose s'empressa de rentrer dans ses Etats. Au mois de juin de Tannée 3'Jl, il avait quitté Milan, emportant le sentiment hautement manifesté , qu'avant de connaître Ambroise il ne savait pas ce que c'était qu'un évêque.
L'évêque, en effet, venait de faire avancer d'un pas la souveraineté et la liberté de l'Église. Le despotisme impérial trouvait enfin un bras pour refréner ses déportements, et les peuples une puissance protectrice et vengeresse de leurs droits ou de leur vie. Ils n'en auront guère d'autre pendant le moyen âge ; mais alors et au delà l'exemple d'Ambroise trouvera de courageux imitateurs ; et quand le grand évêque arrêtait sur le seuil de la basilique Théodose tout couvert du sang de ses sujets, si ses yeux avaient pu percer le voile de l'avenir, il aurait vu s'avancer derrière lui Léon le Grand, saint Grégoire VII, Alexandre III, Innocent III, Grégoire IX, saint Thomas de Cantorbéry, saint Anselme, tous ceux enfin qui, ayant aimé la justice et haï l'iniquité, n'ont reculé devant rien ni personne pour défendre le droit de Dieu , de l'Eglise et du faible contre la force insolente, armée et couronnée.