‹ Histoire de saint Ambroise (volume 2)Chapitre 88 sur 134 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

INSTRUCTIONS MORALES d'aMBROISE LES PSAUMES l' II EX AÉ M ÉRON

La seconde moitié de l'épiscopat d'Ambroise. — Ambroise moraliste. — L'élat des mœurs au iv^ siècle. — Le luxe et les plaisirs à Milan. — Le faste des grands et le luxe des femmes flétris par l'évêque. — Les dégradations du peuple; Ambroise relève les âmes vers le ciel. — Le voyage de la vie.

Ses instructions dans le carême de 389. — Le livre sur ÉUe et le jeûne. — Ambroise dépeint et poursuit l'ivrognerie des pauvres, des riches, des soldats et des femmes. — L'orgie romaine. — La passion du cirque. — Ambroise prêche les combats de la vertu.

V Hexacméron d'Ambroise. — Caractère de celle prédication. — La question des origines du monde. — Ambroise réfute les erreurs des philosophes. — Dieu, seul auteur des choses. — L'œuvre des six jours. — Repos de Dieu. — Physique erronée- d'Ambroise. — Ses pressentiments des progrès modernes. — Les allégories morales. — L'Eglise et ses emblèmes dans la création. — Les îles, asiles de la prière.

La période de temps que remplit le séjour do Théodosc à Milan, comprise entre le mois de septembre 388 et les derniers jours de juin 391, est une époque fertile en œuvres pastorales dans la vie d'Ambroise. C'est alors qu'il prononce ses plus remarquables instructions morales, qu'il explique l'œuvre des jours de la Création,

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qu'il écrit pour ses prêtres un code de discipline ecclésiastique, qu'il multiplie avec eux sa correspondance, qu'il forme et épure l'institut monastique, et qu'il donne au culte divin son épanouissement.

Dans la première moitié de son épiscopat, le docteur avait défendu le dogme contre les ariens et les manichéens. Dans la seconde partie, il paraît par-dessus tout préoccupé du soin de moraliser son peuple. Le repos conquis à l'empire parla victoire de Théodosc, la paix de l'Église assurée par la mort de Justine, lui permettaient de se livrer à ce patient travail de moralisation auquel le préparait la nature de son génie, autant que son ardent amour pour la vertu.

Tel est, en effet, son caractère dislinctif entre les Pères de l'Église latine au iv'' siècle : Jérôme est un polémiste plus vigoureux, un plus savant interprète du dogme et de l'Écriture ; Augustin est un plus profond métaphysicien , un théologien plus sublime ; Ambroise est moraliste. Personne n'a mieux connu la conscience humaine , n'en a plus intimement pénétré les mystères et analysé les besoins, n'a plus énergiquement décrit les maux de l'âme, et indiqué les remèdes. Cette œuvre de toute sa vie va devenir surtout celle de ses dernières années ; le courage qu'il n'a plus à opposer aux longues résistances du dehors, il va le porter contre les vices de son temps. On dirait un grand fleuve qui, victorieux des barrières contre lesquelles il a dû longtemps briser ses flots, s'épanche dans son lit dont il emporte les fanges, et répand dans la plaine la fertilité et la vie.

Cette rénovation morale de la société au iv'" siècle était un pénible ouvrage ; et quand on lit les écrits des auteurs de ce siècle, on se convainc que la foi n'avait fait dans les âmes que la moitié de son œuvre. En pénétrant les esprits, elle était loin d'avoir régénéré les âmes, et sa seconde mission, la plus difficile peut-être, était de s'assimiler cette génération qu'elle avait conquise. De longs

siècles de paganisme, et des institutions coniraires à la justice et à la vérité, avaient porté la gangrène dans le cœur du monde romain. L'Évangile faisait sans doute des merveilles dans les saints ; il créait des familles pieuses, charitables, héroïques; même insensiblement il corrigeait les lois, il posait dans le monde le dogme et le devoir de la morale universelle, mais il ne descendait que lentement dans les mœurs publiques, uù le paganisme trouvait un asile suprême. «Tout ce que put faire d'abord le christianisme, dit un grand écrivain, ce fut de contraindre les vices à se cacher '. »

Les vices ne prenaient pas toujours cette peine à Milan. Nulle ville d'alors n'était plus ardente aux plaisirs, dont la passion était entretenue par le luxe effréné de la cour, la licence de l'armée, et les débordements de la jeunesse des écoles. Ammien-Marcellin a peint ces descendants dégénérés des Cincinnatus et des Publicola au iv° siècle. Il nous les a fait voir « montés sur leurs chars splendides, étalant les broderies de leurs précieuses tuniques, suant sous le poids d'un manteau de soie abandonné au vent, encombrant les belles rues de leur escorte d'esclaves, de bouffons et de parasites, se rafraîchissant avec un éventail doré, se plaignant d'un rayon qui perce leur parasol, et s'écriant que mieux vaudrait être nés chez les Cimmériens-! » — « Cincinnatus, ajoute l'historien, eût perdu son renom de pauvreté, si, après sa dictature, il eût cultivé des champs aussi vastes que l'espace occupé par un seul des palais de ses descendants '. »

Ambroise ne nous représente pas sous des traits diffé-

1 Chateaubriand, £'/i(':/. /lîs/., l. III, p. ^2.

2 Ammian Marcell. lib. XXVIII, cap. iv, p. 4H. Lugduni Batavorum, 1G03.

3 Quorum mensuram si in agris consul Quinlius possedisset, amiserat eliam post diclaluram gloriam paupertalis. (Amm. lib. XXII, cap. IV.)

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