AMBROISE A BOLOGNE
sait déjà capable de soulever de ses mains les rochers qui dominent les hauteurs de Côme » , disait de lui Ambroise. « Seulement, ajoute-t-il, parmi les fils de notre Noé il n'y en aura point de maudit; nous les bénirons tous, de la bénédiction accordée autrefois à l'enfant de Sara '. »
Des traits pareils abondent dans les lettres de l'évêque à cette noble famille ; et si un trop grand nombre de ces allusions nous échappe aujourd'hui , du moins le ton familier de sa correspondance nous fait assez comprendre quelle consolation cette société intime procura à l'évêque pendant son séjour à Bologne.
Ce n'étaient pas seulement les amis d'Ambroise qui se pressaient sur ses pas , les saints d'autrefois semblaient sortir de leurs sépulcres pour lui faire honneur. Ambroise était à Bologne quand il eut révélation du lieu de la sépulture de deux glorieux martyrs de cette ville , dont le tombeau, depuis quatre-vingt-dix ans, était demeuré inconnu. Agricola et Vital avaient souffert pour le Christ , sous Maximien Hercule, dans l'année 303. Le premier, noble patricien , portait un nom que Tacite a immortalisé; le second était son esclave. « Mais l'esclave et l'homme libre sont égaux en Jésus-Christ, disait magnanimement le patricien Ambroise ; ils sont pesés tous deux dafts la même balance. Entre l'esclave et son maître, la seule distinction que Dieu fait est celle des mérites de chacun; et tous deux peuvent atteindre une égale noblesse en servant Jésus-Christ -. » Supplicié le premier sous les yeux de son lîiaître, Vital lui montrait la couronne céleste pour l'encourager à mourir. Agricola périt glorieusement après lui. Leurs deux corps, jetés dans le cimetière des Juifs, y
1 Epist. Lv, n. 2-u.
2 Sive servus, sive liber, omnes in Ciiristo unum sumus... Nec servitus deroffat, nec libertas adjuval... Apud Ciiristum enim servitus el liberlas œqua lance pendunlur, et nulle major est dignilas quani servire Christo. {Exhortai, de Virginit. cap. i, n. 3; t. II, p. 1277.)
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reposaient sans honneur depuis près d'un siècle, quand Ambroise découvrit et révéla aux Bolonais le trésor de ces reliques. Voici comment lui-môme, empruntant les couleurs du Cantique des cantiques, raconte cette découverte , et dépeint l'enthousiasme religieux de tout le peuple :
« Nous nous rendîmes au cimetière des Juifs, afin d'y chercher les dépouilles des martyrs de Dieu , comme on cueille une rose au milieu des épines. Les Juifs nous entouraient, et le peuple chrétien en foule s'y pressait dans une allégresse triomphante. Voyant sortir du milieu de leur propre cimetière les tombeaux des saints, les Israélites disaient avec l'Écriture : ]^oici que des fleurs sont sorties. de notre terre. Les chrétiens répondaient : C'est le temps de les cueillir. Entendant retentir les chants joyeux de l'Eglise , les premiers disaient encore : La voix de la tourterelle a été entendue da)is notre terre. A ce concert des deux peuples, on se rappelait la parole du psaume : Le jour parle au jour, et la nuit à la 7iuif, puisque les fils des ténèbres venaient eux-mêmes saluer la manifestation éclatante de nos élus •. »
« Leurs corps, a raconté un témoin oculaire, furent transportés dans la grande éghse de Bologne, et placés sous l'autel, à la joie de tout le peuple saint, et à la confusion des démons , forcés de confesser la gloire des martyrs 2. ))
Le bruit de ces merveilles avait ému l'Italie. Ambroise, reprenant sa marche à travers ces contrées, venait de quitter Bologne, et il s'était rendu à Faventia, aujourd'hui Faenza, quand une députalion du clergé de Florence le supplia de se rendre dans cette ville pour y consacrer l'église que venait d'y faire élever une sainte veuve. Celte
1 Exhorta', de Virfjinil. cap. i, n. 7 et 8.
2 Paulin, in A infivmtii i'il<i , n. 29.