AMBROISE A FLORENCE
veuve se nommait Julienne. Elle-même le faisait prier avec instance d'enrichir cette basilique de quelques-unes des reliques découvertes à Bologne. L'évêque ayant appris quelle était cette femme, en fut dans l'admiration ; et voici ce que lui-môme nous fait connaître de son histoire, de ses malheurs et de ses vertus.
Julienne, mariée à un homme aussi pieux que riche, lui avait déjà donné un fils et trois filles, quand son mari s'ouvrit à elle de son dessein d'entrer dans le sacerdoce. Elle approuva sa résolution; mais à peine cet homme de bien fut-il prêtre qu'il mourut. Julienne le pleura « moins comme son époux et le père de ses enfants , que comme un saint ministre enlevé aux autels; car, bien qu'elle restât sans appui sur la terre, elle mettait l'intérêt de l'Église bien au-dessus de son intérêt personnel '. » La veuve s'appliqua dès lors à donner à sa famille le conseil et l'exemple de la perfection. Se voyant seule au milieu du monde , elle fit venir auprès d'elle ses fils et ses filles, et, leur rappelant le malheur qui venait de la frapper, elle leur parla ainsi :
« Mes enfants, vous venez donc de perdre votre père; votre mère vous reste encore. Mieux eût valu pour vous que votre père eût vécu, et que votre mère fût morte. Cependant, tout impuissante et malheureuse que je suis, je tâcherai de vous montrer, si vous voulez m'entendre, comment vous pouvez encore retrouver et faire revivre ce père qui n'est plus. S'il était bon pour vous quand il était de ce monde, combien plus excellent n'est-il pas aujourd'hui qu'il habite dans le ciel ! Mais quelle sorte de biens pouvez-vous attendre de lui? Moins riche des dons de la fortune que de ceux de la grâce, il vous a laissé l'héritage de sa foi; et ce bien méconnu des hommes n'en est pas moins le bien le plus précieux aux yeux de Dieu.
1 E.rhortal. de Virginil. caj). ii, n. 12.