‹ Histoire de saint Ambroise (volume 3)Chapitre 84 sur 123 · AMBROISE A BOLOGNE · texte numérisé non relu

AMBROISE A BOLOGNE

reposaient sans honneur depuis près d'un siècle , quand Ambroise découvrit et révéla aux Bolonais le trésor de ces reliques. Voici comment lui-même, empruntant les couleurs du Cantique des cantiques, raconte cette découverte, et dépeint l'enthousiasme religieux de tout le peuple :

« Nous nous rendîmes au cimetière des Juifs , afin d'y chercher les dépouilles des martyrs de Dieu , comme on cueille une rose au milieu des épines. Les Juifs nous entouraient, et le peuple chrétien en foule s'y pressait dans une allégresse triomphante. Voyant sortir du milieu de leur propre cimetière les tombeaux des saints , les Israélites disaient avec l'Écriture : Voici que des fleurs sont sorties.de notre terre. Les chrétiens répondaient : C'est le temps de les cueillir. Entendant retentir les chants joyeux de l'Eglise , les premiers disaient encore : La voix de la tourterelle a été entendue dans notre terre. A ce concert des deux peuples, on se rappelait la parole du psaume : Le jour parle au jour , et la nuit à la nuit , puisque les fils des ténèbres venaient eux-mêmes saluer la manifestation éclatante de nos élus '. »

« Leurs corps, a raconté un témoin oculaire, furent transportés dans la grande éghse de Bologne, et placés sous l'autel, à la joie de tout le peuple saint, et à la confusion des démons , forcés de confesser la gloire des martyrs 2. »

Le bruit de ces merveilles avait ému l'Italie. Ambroise, reprenant sa marche à travers ces contrées, venait de quitter Bologne, et il s'était rendu à Faventia, aujourd'hui Faenza, quand une députation du clergé de Florence le supplia de se rendre dans cette ville pour y consacrer l'église que venait d'y faire élever une sainte veuve. Cette

1 Exhorta', de Virginil. cap. i , n. 7 et 8.

2 Paulin, in Amhrosn J'ila, n. 29.

AxMDROISE A FLORENCE S47

veuve se nommait Julienne. Elle-même le faisait prier avec instance d'enrichir cette basilique de quelques-unes des reliques découvertes à Bologne. L'évêque ayant appris quelle était cette femme , en fut dans l'admiration ; et voici ce que lui-même nous fait connaître de son histoire, de ses malheurs et de ses vertus.

Julienne, mariée à un homme aussi pieux que riche, lui avait déjà donné un fils et trois filles, quand son mari s'ouvrit à elle de son dessein d'entrer dans le sacerdoce. Elle approuva sa résolution; mais à peine cet homme de bien fut-il prêtre qu'il mourut. Julienne le pleura « moins comme son époux et le père de ses enfants , que comme un saint ministre enlevé aux autels; car, bien qu'elle restât sans appui sur la terre, elle mettait l'intérêt de l'Eglise bien au-dessus de son intérêt personnel '. » La veuve s'appliqua dès lors à donner à sa famille le conseil et l'exemple de la- perfection. Se voyant seule au milieu du monde , elle fit venir auprès d'elle ses fils et ses filles, et, leur rappelant le malheur qui venait de la frapper, elle leur parla ainsi :

« Mes enfants, vous venez donc de perdre votre père; votre mère vous reste encore. Mieux eût valu pour vous que votre père eût vécu, et que votre mère fût morte. Cependant, tout impuissante et malheureuse que je suis, je tâcherai de vous montrer, si vous voulez m'entendre, comment vous pouvez encore retrouver et faire revivre ce père qui n'est plus. S'il était bon pour vous quand il était de ce monde, combien plus excellent n'est- il pas aujourd'hui qu'il habite dans le ciel ! Mais quelle sorte de biens pouvez-vous attendre de lui? Moins riche des dons de la fortune que de ceux de la grâce, il vous a laissé l'héritage de sa foi; et ce bien méconnu des hommes n'en est pas moins le bien le plus précieux aux yeux de Dieu.

1 Exliorlal. de Virginil. cap. ii , n. 12.

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