‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premier établissement du christianisme en AngleterreChapitre 14 sur 47 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Dévouement d'Ethelbert ii 'Église. — Son caractère et ses sentiments avant et après sa conversion. — Munificence du roi. — Il abandonne son palais a saint Augustin et aux missionnaires. — Sa résidence royale est transformée en monastère. — Église métropolitaine de Cantorbéry. — Lasuprématie épiscopole de l'Angleterre est transférée à ce siège. — Les successeurs de saint Grégoire confirment cette mutation. — L'église de Saint-Pancrace est mise à la disposition des missionnaires. — Consécration de ce monument. — Le démon ébranle l'édifice. — Les miracles qui s'opèrent à cette époque en Angleterre.

Il a souvent été observé , et personne d'ailleurs n'oserait contester , que l'Ecriture nous représente en général la puissance royale plutôt comme un antagoniste qu'une alliée de l'Eglise de Dieu. Les rois et les reines ont sans aucun doute une place spéciale et distinguée dans la maison de la foi; mais depuis qu'ils ne peuvent s'élever dignement que par l'humilité , et gouverner sagement que par la soumission, il n'est

pas surprenant qu'en fait , on les ait vus si rarement occuper cette place d'une manière convenable. En considérant combien l'amour de la domination est enraciné dans la nature humaine non régénérée, et combien sont puissantes les tentations qui , de toutes parts , poussent le grand et le riche à un vice dont les classes inférieures elles-mêmes ne sont pas exemptes, on ne saurait voir la preuve d'une impiété particulière chez ceux qui sont appelés aux plus hautes places de la société, parce qu'il s'est trouvé un si petit nombre d'entre eux qui aient porté la couronne de la sainteté au milieu des périls d'un trône. Voyons plutôt un témoignage de la puissance souveraine et irrésistible de la grâce divine dans ce fait qu'il s'en est trouvé plusieurs. La naissance de Notre - Seigneur a fourni à la royauté l'occasion de se manifester sous deux caractères extrêmes et opposés, qu'elle a toujours pu assumer depuis, ou auxquels elle a continuellement tendu dans sa conduite envers Notre-Seigeur , c'est-à-dire envers sa sainte Eglise catholique. L'un , la rivalité , la jalousie et la haine, comme chez Hèrode le Grand ; l'autre , la révérence et la soumission , comme dans l'exemple donné par les mages. Hèrode, cherchant à attenter à la vie du divin Enfant, et les rois de l'Orient pros-

ternès à ses pieds, lui offrant ce qu'ils avaient de plus précieux, nous présentent le type de deux classes de souverains, que les prophéties ont exactement indiquées, et que F histoire n'a pas moins distinctement mises en relief: d'une part, ceux qui ont pris conseil contre le Seigneur et son Christ; de l'autre, ceux qui sont venus s'agenouiller sur le marche-pied du Roi des rois, et contribuer à la gloire de sa demeure terrestre. Et, en vérité, si l'Eglise eût pu s'y prêter, n'y avait-il pas une troisième voie ouverte à la puissance royale dans ses rapports avec elle, un moyen terme entre une hostilité avouée et une soumission implicite : le système de patronage et de conciliation, suivi par les grands envers leurs puissants inférieurs, ou adoptée en politique envers d'utiles auxiliaires? L'Eglise, ferme dans ses principes, ne reconnaît pas de patrons dans ce monde. Elle peut être la dispensatrice du patronage, mais elle ne devient jamais l'objet de ses faveurs. Elle donne des patrons aux autres; mais ne se place jamais sous la protection des rois, qui, la flatterie sur les lèvres, cachent souvent la fourberie dans le cœur. L'Eglise préfère mettre les nations du monde sous la haute et bienfaisante tutelle de ses saints glorieux. Et de même qu'elle ne connaît pas de patrons parmi les grands, elle ne courtise aucune alliée parmi les puissances: les

alliances sont toujours établies sur le principe de concessions réciproques ; or, le monde a tout à gagner de la part de l'Eglise, et rien à lui donner en retour, qui ne lui soit plu tôt un embarras qu'un avantage. En un mot , l'Eglise ne connaît d'autres relations que celles qu'entretiennent avec elle ses loyaux sujets et ses pieux enfants. Quand les hommes ne veulent pas s'en rapporter à elle comme h une reine, et s'y attacher comme à une mère, il est mieux pour elle, il n'est pas pire pour eux qu'ils passent du côté de ses ennemis déclarés. Soyez froids plutôt que tièdes , car la résolution dans les projets et la franchise de conduite, même pour une mauvaise cause, sont choses plus dignes et qui laissent plus d'espérance que les voies intermédiaires et les contradictions.

Les actes d'abnégation, les hommages chevaleresques faits à l'Eglise catholique, ces traits admirables dont les pages de l'histoire anglo-saxonne fournissent de si nombreux exemples, étaient chez Ethelbert comme une sorte d'instinct chrétien. Depuis le moment de son baptême, il semble qu'il ne s'est jamais présenté à sa pensée de regarder l' auteur de sa naissance spirituelle autrement que comme une mère, dont aucun présent n'était capable de racheter les bienfaits, et envers qui tout son dévouement ne pouvait exprimer sa reconnaissance. Sa grande ambition semble avoir été, non pas tant de

gagner pour lui-même l'affection de ses sujets , que de les unir à lui dans un sentiment de fidélité commune envers l'Eglise.

Quand saint Augustin retourna de France, revêtu de l'autorité èpiscopale, son royal disciple se montra animé d'un seul désir : celui de mettre à la disposition du Saint non-seulement sa maison et sa capitale , mais son royaume tout entier. Ce royaume, qu'il avait recherché avec tant d'ardeur et gagné si péniblement, il avait hâte maintenant de le livrer à des hommes qui , aux yeux du monde , n'apparaissaient que comme des aventuriers et des fanatiques.

Tout ce que nous savons du roi Ethelhert prouve que, même avant sa conversion, il était, comme païen , franc et consciencieux ; son caractère et sa conduite lui ouvraient la route qui mène à la lumière et à la grâce. Sans aucun doute, son union avec Berthe fut pour lui une grande hénédiclion ; et cependant l'influence de la reine paraît plutôt avoir préparé son esprit que l'avoir entièrement formé. Dans sa jeunesse, il fut poussé par des motifs ambitieux ; mais quand on considère à quel point l'ambition prévautparmi les chrétiens, et même la faveur et la protection dont elle jouit, il serait injuste d'en faire le sujet d'un reproche trop sévère à un païen, quoique ce soit un crime pour les païens aussi bien que

pour les peuples chrétiens. Mais, autant que nous pouvons en juger, Ethelbert était pur d'autres vices. C'était un vrai Saxon, tel qu'étaient ces barbares naguère arrivés de leur pays natal, avant qu'ils eussent perdu, daus le luxe et la mollesse, leurs vertus indigènes. Il était courageux, quoique aucune cause où il pût dignement exercer sa valeur ne s'offrît à lui, et, d'après ce que nous savons, il était modéré comme un brave soldat , quoiqu'il eût pour mobile une couronne corruptible. En outre, l'histoire nous le montre constant dans ses pratiques de dévotion. Pouvaiton rencontrer des matériaux mieux disposés pour former un cœur de saint?

Sa conduite envers les pieux missionnaires, depuis le moment de leur arrivée, ne laisse rien à désirer : eût-il été possible de leur témoigner une bonté , une générosité plus grande ? Si Ethelbert eût été un prince égoïste et d'un cœur étroit, si même il n'avait été doué d'un esprit noble et aimant la vérité, il eût très-bien pu leur défendre, avec quelque raison, de rester dans ses Etals, sous prétexte qu'ils étaient étrangers et qu'ils venaient dans un but inadmissible. Loin de là, il les reçoit au contraire avec bonté, les traite d'une manière hospitalière, écoule avec patience et candeur les messagers qui lui sont envoyés. Et, disons-le, ce n'étaitpas de

sa part indifférence d'homme politique, qui croit toutes les religions également vraies ou également fausses; car, quoique intéressé dans les nouvelles que lui donnait saint Augustin, Ethelbert, nous l'avons vu, fit des réserves discrètes et consciencieuses en faveur de la religion de son pays, qu'il déclara n'être pas prêt à abandonner subitement. Il ne s'attachait cependant pas obstinément à un système qui, essentiellement faux , n'aurait pu satisfaire aux besoins de la conscience d'un hon- . nète homme.

On a beaucoup abusé du mot bigoterie ; mais nous ne devons pas, entraînés par l'abus populaire de l'expression, oublier qu'il existe des caractères que ce mot peint parfaitement, et ce sont de trèsmauvais caractères. Nous n'hésitons pas à dire, en termes qui sonnent assez mal, mais dont l'usage est fort légitime, que le roi Ethelbert n'était pas un bigot; entendant par celte phrase, non point qu'il eût refusé de protéger la vraie foi en anathématisant l'hérésie (ce qui serait de la piété et non de la bigoterie) ; mais seulement que son attachement à une religion fausse ne l'empêcha pas de recevoir la vraie foi , quoiqu'il fût dévoué à sa religion, comme la meilleure dont il eût connaissance , et qui était d'ailleurs un culte certainement bien préférable à l'incrédulité.

Ethelbert reçut saint Augustin , à son retour

d'Arles, comme un roi doit accueillir un archevêque, et un disciple son père spirituel. La réception qu'il lui fit fut à la fois des plus magnifiques et des plus cordiales. Après les premières félicitations, le roi exprima l'intention de mettre son palais de Cantorbéry à la disposition des moines, et de se retirer à Reculver.

Le palais d'Ethelbert, ainsi que nous l'avons dit, n'était pas éloigné de la maison qui avait été appropriée à l'usage des missionnaires, lorsde leur première arrivée ; elle était probablement située entre le terrain où s'élevèrent plus tard le palais archiépiscopal et la cathédrale. Les ruines, ou au moins les traces de l'ancienne résidence archiépiscopale, sont encore visibles et renferment les restes d'un cabinet d'étude, d'où sortit saint Thomas, en se rendant à la cathédrale, la mémorable journée du 29 décembre, où il reçut la couronne du martyre. Mais il ne faut pas confondre cet édifice (qui date seulement du siècle de Lanfranc) avec le palais du roi Ethelbert. Ce dernier, en passant dans les mains d'Augustin, changea de destination et devint un monastère. H conserva ce caractère jusqu'à l'époque de l'archevêque Lanfranc, qui le transforma en maison d'habitation pour son usage personnel.

Imaginez un roi qui aujourd'hui abandonnerait son principal palais à des moines, et qui

les laisserait , ainsi que le fit Ethelbert, pour le représenter au siège de sa cour et de son gouvernement ! Nous ne critiquons pas cette conduite, nous voulons simplement attirer l'attention sur ce phénomène remarquable. Les hommes qu'on appelle prudents qualifieront probablement cet abandon d'acte de folie , mais l'accusation ne prouve pas que cette appréciation soit juste, car Festus regardait saint Paul comme fou , et n'a-t-on pas dit de Notre -Seigneur, qu'il avait perdu le sens? A un certain point de vue, la situation religieuse de l'Angleterre, au moment dont nous parlons , est fort singulière, en ce qu'elle confirme les paroles de Notre-Seigneur, choisies pour épigraphe de ces vies de saints : Mansueli hœredilabant terram. II y a un an que cette mission, main tenant prospère et triomphante, était à la veille d'être abandonnée, dans la crainte d'y voir échouer toutes les ressources humaines, et voilà que ces voyageurs découragés et épuisés par les fatigues du voyage, sont logés dans le palais du roi d'Angleterre! Le monarque s'éloigne volontairement de sa maison et de sa cour, afin que le Christ seul soit glorifié à sa place. Que les personnes disposées à douter que la mission de saint Augustin ait été secondée par des miracles, se demandent bien, si de tous les miracles qu'on leur propose de croire, il en est un seul aussi surpre-

nant que le fait d'avoir obtenu sans miracles le résultat que nous constatons ?

Tout au moins Ton dira que le roi Ethelbert, en quittant Cantorbéry, commit la faute d'abandonner le poste de son devoir, et qu'il dut sûrement se dégrader aux yeux de ses sujets. Nous verrons cependant plus loin que les dernières années de son règne ne furent pas moins prospères que les premières, même en ce qui regarde les intérêts temporels de son royaume, quoique ces avantages l'aient peu préoccupé, quand il crut devoir prendre la résolution dont nous nous occupons.

L'Angleterre ne parait avoir souffert en aucune façon des conseils auxquels Ethelbert a cédé dans les dernières années de sa vie. Car les rois, comme le commun des hommes, et les nations, comme les individus qui les composent, ont leur part dans celte promesse : « Cherchez d'abord * le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste « vous sera donné par surcroît. »

On dit qu'il existait près du palais d'Elhelbert une église bâtie par les chrétiens, sous la domination romaine. Celle de Saint-Martin étant le seul temple religieux que la reine chrétienne ait réussi à enlever au culte païen avant l'arrivée de saint Augustin, nous pouvons en conclure que cette église devait avoir été mise avec toutes les autres au service des idolâtres. Mais quand Ethelbert aban-

donna son palais à saint Augustin , l'église fut comprise dans cette donation , et le roi seconda activement les mesures que l'archevêque crut devoir prendre pour la purification, les réparations et l'agrandissement de TédiGce.

Tels furent les commencements de l'Eglise métropolitaine du Christ à Cantorbéry. Il ne reste plus ni traces ni souvenirs de l'ancien édifice (renversé par la fureur des Danois), si ce n'est la tradition qu'il fut préservé, par une intervention spéciale de la Providence et à la prière de l'archevêque Odo, de la fureur d'un ouragan qui éclata pendant qu'on le couvrait.

La cathédrale fut rebâtie dans la première partie du onzième siècle, par l'archevêque Agelnoth ; mais elle fut de nouveau détruite par le feu et les dilapidations, au point que l'archevêque Lanfranc eut à la rebâtir presque en entier, ouvrage qu'il acheva dans l'espace d'environ sept ans, et il en fit de nouveau la dédicace, en l'honneur , disent quelques auteurs, de la très-sainte Trinité.

La cathédrale de Cantorbéry était un des bâtiments qui formaient le monastère de l'église du Christ. # L'Angleterre, dit Reyner, a eu, depuis la première fois qu'elle a reçu V Evangile, deux genres de monastères : les uns qu'on appelait proprement cloîtres, et les autres qui dépendaient des cathé-

drales. On nommait monastères cloîtrés ceux qui étaient gouvernés par un abbé, ou, s'il n'y avait pas d'abbé, par un prieur. Ceux qui étaient unis aux cathédrales avaient pour abbé l'èvêque diocésain; le monastère formait alors le chapitre de l'église cathédrale, dont les moines étaient chanoines ; ils y faisaient tous les offices que les chanoines séculiers ont l'habitude d'y célébrer 1 . »

L'église du Christ était un monastère de cathédrale qui conserva son caractère monastique jusqu'au seizième siècle 2 .

Saint Augustin devint archevêque de Cantorbéry et abbé de l'église du Christ, tandis que ses compagnons furent chanoines de la cathédrale et frères du monastère.

Il paraît, d'après une lettre écrite à saint Au-

1 De apostol. Bened. in Àngliâ, traité r, sect. i, § 17.— Ace sujet, M. Somner observe, dans son Histoire de Cantorbêry, p. 83, éd. de 1703 : «Je ne me rappelle pas que, dans les monastères attachés aux cathédrales, révoque ait jamais été regardé comme abbé ; mais bien le prieur qui tenait la place de l'abbé et avait autorité sur les moines. Les actes capitulaires ont la même forme dans les deux sortes de monastères : Abbas et capitulum, Prior et capitulum.

2 Les autres monastères attachés aux cathédrales qui furent dépouillés à la même période, sont ceux de Durham, de Winchester, d'Ely, de Nonuch , de Worcesler, de Bath , de Coventry et de Rochcslcr; les corps capitulaires de Londres, York et Salisbury avaient été antérieurement sécularisés. ( Dvd. Monastic.)

gustin plusieurs années après, que saint Grégoire avait le projet de fixer la suprématie épiseopalc de l'Angleterre à Londres, qui avait été son siège au temps des Bretons^ Mais plusieurs circonstances concoururent à faire choisir de préférence Cantorbéry, comme la position la plus naturelle et la plus convenable. C'est là en effet que l'Evangile avait , pour la première fois, été prêché en Angleterre; c'est là qu'était établi le centre du gouvernement d'Ethelbert , tandis que Londres appartenait à Sebert, neveu de ce monarque.

Le rang qu'occupait, parmi les autres provinces de l'Heptarchie, le royaume de Kent, sous le règne d'Ethelbert, était encore une raison pour choisir Cantorbéry comme métropole ecclésiastique de l'Angleterre.

Le transfert de la primatie de Londres à Cantorbéry fut confirmé, après saint Grégoire, par les pontifes Boniface et Honorius. — Le premier, écrivant à saint Juste, successeur de saint Augustin sur le siège de Cantorbéry, lui disait : « Nous confirmons et commandons que le siège métropolitain de la Bretagne soit pour l'avenir dans la ville de Cantorbéry, et nous décrétons d'une manière perpétuelle et immuable que toutes les provinces du royaume d'Angleterre seront à jamais soumises à l'église métropolitaine de ce lieu. » Et Honorius écrivait: « Nous commandons que toutes

les églises et provinces d'Angleterre soient soumises à votre juridiction ; que le siège métropolitain , la dignité archiépiscopale , la primatie de toutes les églises d'Angleterre soient fixées et restent à Cantorbéry, et ne soient jamais transférées par qui que ce soit à aucune autre ville. »

Cette décision fut plus tard adoptée en l'honneur de saint Augustin par un concile national d'angleterre. Suivant Malmesbury, Kenulphe, roi de Mercie , écrivit au pape Léon III : « Attendu qu'Augustin, de sainte mémoire, qui, au temps du pape Grégoire, prêcha la parole de Dieu à la nation anglaise et présida les églises d'Angleterre, est mort dans la même ville; comme son corps a été enterré dans l'église que son successeur Laurent a dédiée à saint Pierre, le prince des apôtres, il a paru convenable à tous les hommes sages de notre nation que la dignité métropolitaine fût fixée dans la ville où repose le corps de celui qui a planté la vérité de la foi chrétienne dans ces contrées 1 . *

On trouve dans la ville de Cantorbéry, entre la cathédrale et l'église de Saint-Martin, la petite église de Saint-Pancrace. C'est un des monuments qui datent du temps de saint Augustin , et qui

1 Voir VHit toire de Cantorbéry de Somner , avec les augmentations de Battely.

— il A —

sont dus à la piété de saint Ethelbcrt (comme nous commencerons maintenant à l'appeler). Saint- Pancrace était le temple où le roi avait l'habitude d'assister aux cérémonies du culte idolâtre avant sa conversion; il voulut qu'il fût un des premier à être purifié des pollutions païennes et converti en église du Dieu vivant. Il le donna en conséquence à saint Augustin, avec tous les terrains qui en dépendaient; le Saint le purifia et le consacra en l'honneur de saint Pancrace, qui souffrit le martyre à l'âge de quatorze ans, et qui a toujours été regardé depuis comme le patron spécial des enfants et des jeunes personnes.

Saint Pancrace parait avoir été choisi comme patron de cette église , en mémoire de l'entrevue de saint Grégoire avec les esclaves anglais à Rome. Suivant la tradition, l'esprit du mal n'abandonna pas son pouvoir sur cette église sans une violente et terrible lutte. On rapporte que lorsque saint Augustin célébra la première messe dans ses murs, l'édifice fut violemment ébranlé comme par un tremblement de terre. Le chroniqueur Thorn parle de traces laissées par cette secousse, qui étaient visibles de son temps sur le mur extérieur du midi de l'église, et qui étaient désignées sous le nom de marques de la bête.

M. Somner, l'historien de Cantorbéry, constate que l'on apercevait encore ces traces sur les

ruines de l'église en 1640. D'autre part, saint Bède le Vénérable , qui vivait environ un siè-' cle après la période à laquelle on rapporte que cet événement eut lieu, et qui obtint ses renseignements relatifs à l'histoire de Cantorbéry , d'Albin, abbé du monastère de Saint- Augustin, ainsi qu'il nous l'apprend 4 lui-même, garde à ce sujet un profond silence. On doit, sans aucun doute, tenir compte du silence de saint Bède, et d'ailleurs les traces du mur peuvent être expliquées autrement que par des voies surnaturelles. Cependant, si le témoignage de saint Bède est invoqué d'un côté, il est juste de ne pas le récuser de l'aulre. Or, le Saint parle du fait des miracles, à l'époque de la visite d'Augustin en Angleterre, comme d'une chose fréquente, de manière à donner une grande probabilité à des événements auxquels on attribue un caractère surnaturel. Dans ces circonstances, on peut avec raison contester que son silence sur le phénomène extraordinaire que l'on dit s'être accompli à la première messe de saint Pancrace soit trèsconcluant contre cette tradition , attendu que le Saint affirme, d'une manière générale, que ces manifestations surnaturelles étaient alors fréquentes. Dans tous les cas, les lecteurs qui se

* Prolog, de VH\$t. Eccl.

souviennent avec quelle violence l'esprit du mal a agite un corps dont il allait être chassé par la puissance divine 1 , et qui ont peut-être attribué les souffrances mystérieuses de saintes personnes, sur leur lit de mort, à des conflits semblables entre le Saint-Esprit s' efforçant d'imprimer son sceau sur l'âme d'un élu, et le tentateur cherchant à en reprendre possession par un dernier effort désespéré , ces lecteurs , disons-nous , ne verront rien de bien extraordinaire dans le fait du diable luttant visiblement pour conserver une retraite que le Christ va glorifier par sa présence, et y laissant les traces de sa malice, quand on l'empêche d'y étaler les trophées de sa victoire.

Dans la donation royale de l'édifice, qui devint plus tard l'église de Saint-Pancrace, était inclus, comme nous Y avons dit, un morceau de terrain y attenant. C'est sur ce terrain que s'éleva le célèbre monastère de Saint-Pierre et Saint-Paul, connu plus tard sous le nom de monastère de Saint-Augustin. Un si bel édifice bâti en mémoire de notre Saint, et qui renferma longtemps ses cendres sacrées; un monastère qui resta, comme un monument de sa piété et de ses travaux apostoliques, jusqu'à ce qu'il tomba, avec les autres maisons religieuses de Y Angleterre, sous

J Marc, ix, 25, 26.

la main sacrilège du tyran, mérite de notre part plus qu'une mention passagère. Nous croyons devoir lui consacrer un chapitre spécial.

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