CHAPITRE XXIII
La mort d'Augustin suit de près relie de saint Grégoire. — Le Saint consacre lui-même son successeur au siège de Cantorbéry.— Saint Augustin fait appeler près de son lit de mort Etlielbert et la famille royale. — Il rend le dernier soupir en bénissant ceux qui l'entourent. — Les cendres de saint Augustin sont provisoirement déposées près de la cathédrale. — Translation de ses reliques quand l'édifice est achevé. — Il est enterré sous le portique en Gir>.
— Hommages rendus à saint Augustin par l'Eglise d'Angleterre.
— Epitaphe qu'on lisait sur son tombeau du temps de saint lîèdc.
— Les reliques du Saint sont plus lard déplacées et déposées en divers endroits.
Saint Augustin ne tarda pas à suivre son père spirituel. Il s'endormit dans le Seigneur un ou deux ans après saint Grégoire, si ce ne fut pas la même année.
Le dernier grand acte de sa vie fut de consacrer, comme son successeur sur le siège de Cantorbéry, Laurent , un de ses anciens compagnons et l'un des deux délégués qu'il avait envoyés à Rome pour chercher de nouveaux missionnaires.
Il suivit, en cela, l'exemple de saint Pierre, qui, avant son départ, prit les mêmes précautions dans l'intérêt de l'Eglise naissante de Rome, en choisissant saint Clément pour successeur. Saint Augustin appela à son lit de mort son grand bienfaiteur, le roi Ethelbert avec toute sa famille , le nouvel archevêque , plusieurs membres du clergé et autres personnes , et il mourut en bénissant et en exhortant les assistants, Prctiosa in conspectu Domini mors sanctorum rjas! Oh! de quelles douces espérances et de quelles bénédictions l'Eglise accompagne l'âme d'un saint dans son passage à la plénitude de la joie céleste! Quelle douceur et quelle force la mort du juste donne aux paroles de consolation que l'Eglise adresse même aux fidèles ordinaires! « Que les cœurs des anges viennent donc recevoir votre âme lorsqu'elle sortira du corps; que l'auguste sénat des apôtres accoure à sa rencontre avec l'armée triomphante des martyrs; qu'elle soit entourée par la troupe éclatante des saints confesseurs; qu'elle soit reçue par le bienheureux chœur des vierges, et que les patriarches l'embrassent étroitement pour la faire jouir dans leur sein de l'éternel repos. Que le très-doux Jésus se montre à vous, et vous place au nombre de ceux qui le serviront toute l'éternité... Que Dieu se lève et que ses ennemis se dissipent ; que ceux
qui le haïssent fuient sa présence. Qu'ils s'évanouissent comme la fumée ; que les pécheurs périssent comme la cire qui est au soleil ; mais pour les justes, qu'ils se réjouissent éternellement en la présence de Dieu... Que les légions infernales soient confondues et couvertes de honte, et que les ministres de Satan n'aient pas l'audace de vous arrêter dans votre route. Que Jésus, crucifié pour vous, vous délivre de la mort éternelle. Que le Christ, Fils du Dieu vivant, vous place dans son paradis, au milieu de plaisirs sans cesse renaissants, et que ce bon pasteur vous reconnaisse pour une de ses brebis; qu'il vous pardonne tous vos péchés, et vous mette à sa droite avec ses élus. Que vous voyiez face à face votre Rédempteur, et que, sans cesse en sa présence, vos yeux soient heureux de contempler la vérité. Enfin, qu'étant admis dans l'assemblée des saints, vous jouissiez des douceurs de la contemplation divine pendant tous les siècles 1 . »
Le corps du juste est enterré en paix, et son nom vit à jamais. Telle est la part des saints dans l'Eglise militante, tandis que leur âme immortelle est reçue dans les cours célestes, en attendant qu'elle reprenne son tabernacle glorifié, à la résurrection du genre humain.
* Ordo commendationis animœ, sccundùm Breviarium Romanum.
Que cet aete de répudiation ait établi la différence qui existe entre communion et non-communion, c'est là une question que la position actuelle de notre Eglise nous empêche de discuter, si nous ne voulons pas nous exposer à être mal compris, ou courir le danger de manquer de loyauté envers notre propre communion ou l'Eglise catholique; mais, quoi qu'il en soit, les chrétiens bretons n'étaient pas dans la même situation morale avant et après le synode du chêne du Sainl- Augustin; car leur état de péché, s'ils s'en sont rendus coupables par l'issue de cette réunion, de\int évident et formel , tandis qu'auparavant il était latent et déguisé.
Nous n'avons à nous occuper à présent que de l'état de l'Eglise anglaise avant la première des deux conférences , et sûrement , cet état était bien moins le résultat d'une faute que d'un malheur. L'ancienne Eglise bretonne se trouvait, comme toutes les autres églises , à cette époque du christianisme, en communion formelle et extérieure avec le siège de Rome; mais elle avait été depuis longtemps privée de quelques-unes des bénédictions spéciales qui découlent de cette dépendance du centre de l'unité. Toute liaison eptre cette île et Rome avait cessé, et tandis que la flamme du zèle et de la charité, ranimé* par saint Germain, devenait de
plus en plus faible, l'Eglise bretonne, par apathie ou aversion de toute intervention étrangère, ne fit aucun effort pour alimenter sa lampe languissants en recourant à une source étrangère.
U est impossible que V unité et l'uniformité soient maintenues entre des Eglises qui refusent de s'entendre et de s'harmoniser l'une avec l'autre. Quant à l'orthodoxie de doctrine , il semble qu'il n'y ait pas de bonnes raisons de supposer que l'Eg] ise anglaisesesoit écartée des anciennes traditions rétablies par saint Germain 1 ; mais pour les points de pratique ecclésiastique , elle tranchait sans hésitation sur des choses essentielles; un grand nombre d'inconvenances s'étaient ainsi introduites, sans avoir été le sujet d'aucune remontrance , et elles furent maintenues sans aucun scrupule. Nous avons déjà parlé de certaines irrégularités (peutêtre inévitables dans ces circonstances) qui avaient
1 Le docteur Lingard partage cette opinion, car il nous dit : « Il est surprenant que tant d'historiens modernes aient représenté les Bretons comme ayant des doctrines différentes de celles professées par les missionnaires romains, quoique ces écrivains n'aient pas encore produit un seul exemple de cette différence. Augustin aurait-il demandé au clergé breton de prendre part à la conversion des Saxons, si ce clergé avait enseigné des doctrines qu'Augustin condamnait? Rède a rapporté, avec une grande minutie , les controverses des deux partis : elles roulent toutes sur des points de discipline. Nulle part on ne rencontre l'indice même le plus indirect de la moindre différence dans la doctrine. » (Note du Traducteur.)
ea lieu dans la consécration de saint Rentigern f , et qui n'avaient attiré aucune attention avant les rapports actifs qui furent renoues entre l'Angleterre et le siège de Rome du temps de saint Grégoire.
Une déviation encore plus grave de la tradition et des usages ecclésiastiques, s'était introduite ^ers la même période ( la première partie du vi e siècle); ce point demande ici quelques considérations spéciales.
Au 11 e siècle, une dissidence s'éleva entre l'Orient et l'Occident, sur l'observation de la fête de Pâques. Certains Asiatiques, prétendant suivre la tradition de saint Jean, voulaient célébrer la fête pascale le quatorzième jour du premier mois juif, de manière à la faire coïncider avec la célébration de la Pâque parmi les juifs, et c'est trois jours après, sans donner aucune attention au jour de la semaine, qu'ils célébraient la résurrection de Notre-Seigneur. Les Eglises d'Occident suivaient une méthode différente, et invoquaient en sa faveur l'autorité de saint Pierre. Elles faisaient la fête de Pâques le dimanche qui se trouvait entre le quatorzième et le vingt-unième jour de la lune de mars. Ainsi, sans détruire l'ancienne loi qu'ils suivaient, ils observaient la fête de Pâques
* Voir plus haut, page 55.
entre le quatorzième jour et le vingt-unième, et célébraient invariablement la commémoration de la résurrection du Sauveur le premier jour de la semaine. De là une très-vive controverse entre r Orient et l'Occident. Les Eglises d'Occident accusaient celles d'Orient de judaïsme , tandis qu'elles étaient elles-mêmes accusées de se soustraire aux prescriptions de la loi, en s'appuyant sur des traditions sans autorité. Vers le milieu du ii° siècle, saint Polycarpe vint à Rome pour conférer, à ce sujet, avec le pape Anicetj mais ils se séparèrent sans être arrivés à un résultat satisfaisant. Environ cinquante années plus tard, le pape Victor, après avoir consulté d'autres évêques, publia un décret que les quartodécimans refusèrent de reconnaître; le pape Victor procéda alors à l'excommunication des évêques réfractaires. La paix fut ensuite rétablie par l'intervention de saint Irénèe , le grand èvêque de Lyon, et chacune des Eglises conserva ses usages jusqu'aux conciles d'Arles et de Nicèe, qui se tinrent dans la première partie du quatrième siècle. Le concile de Nicée adopta la règle d'Occident comme loi de la chrétienté.
L'Eglise anglaise était certainement représentée au concile d'Arles, et peut-être à celui de Nicèe; car elle fut plus tard complimentée par l'empereur Constantin d'avoir accepté les décrets de
ce dernier concile/. Ces faits suffisent à démontrer que les irrégularités qui ont prévalu ensuite dans l'Eglise anglaise, relativement à l'observation de Pâques, devaient avoir pris naissance plus tard et être d'origine indigène. Mais il ne paraît pas que l'Eglise d'Angleterre ait jamais suivi l'usage des quartodècimans. Elle adopta un terme moyen entre la coutume catholique et celle des schismatiques, en observant toujours la fête de Pâques un dimanche, mais sans tenir aucun compte du quatorzième jour de la lune. Cet usage se trouvait être semi-catholique et semi-judaïque.
On peut dire avec vérité, sans doute, en se plaçant à un certain point de vue, que plus petite est la différence sur ces matières délicates, et plus grand est le schisme. Jusque-là il était certainement inexcusable de la part des chrétiens bretons de rompre l'unité pour une pareille bagatelle , si l'on peut s'exprimer ainsi en parlant d'une opposition à la pratique catholique. Mais enfin les choses étaient ainsi ; et quand saint Augustin proposa aux Bretons de se conformer sur ce point à l'usage catholique, comme une des conditions de leur union avec le siège de Cantorbèry, et par lui avec la chaire de Saint-Pierre, ils ajournèrent leur réponse. C'était là la pre-
1 Voir plus haut, page 56.
mièrc des trois questions que saint Augustin soumit aux délégués bretons.
Le second point de différence entre les Bretons et les catholiques, sur lequel insista saint Augustin, était relatif au sacrement de baptême. Nous ne savons pas au juste en quoi l'administration du baptême était irrégulière chez les Bretons ; mais comme l'archevêque avait de sérieuses objections à faire à la manière dont ils le donnaient, on peut supposer que l'irrégularité était de nature à affecter l'essence du sacrement. Car il ne paraît pas que saint Augustin fût du tout disposé à se montrer capricieux et exigeant. Saint Bède dit très-distinctement que, « sous plusieurs rapports, l'Eglise bretonne n'était pas d'accord avec l'unité ecclésiastique 1 . » De sorte que saint Augustin semble n'avoir insisté que sur les points les plus importants. Maintenant, si l'on songe, d'une part, quelle surveillance jalouse l'Eglise catholique a toujours exercée sur la manière de conférer les sacrements, et de l'autre combien les incrédules et les hérétiques sont peu à même d'apprécier cette prudonce, depuis qu'ils profanent les sacrements, et ne leur reconnaissent aucune importance, on ne sera sûrement pas surpris que saint Augustin ait basé là-dessus ses stipulations,
4 Uist. ceci., liv. ii, c. 2.
et qu'un grand nombre de critiques l'aient regardé comme un formaliste et un homme pointilleux, pour avoir porté son attention sur ce point.
La troisième stipulation de l'archevêque était que les èvêques bretons l'aideraient à convertir les Saxons. On ne sait trop si, par cette proposition, saint Augustin entendait exiger de la part des évêques anglais un acte de soumission à son autorité comme archevêque de- Cantorbéry et représentant du siège romain en Angleterre; c'est-à-dire s'il proposait que, dans l'œuvre de la conversion des Saxons, les évêques bretons agissent sous lui ou simplement avec lui. Les écrivains protestants soutiennent d'habitude la première opinion, tandis que les catholiques optent pour la seconde. Les uns font à saint Augustin le reproche d'avoir été arrogant et impérieux ; les autres le défendent de cette accusation, et prétendent qu'il ne fit que défendre un droit dont saint Grégoire l'avait formellement investi , et cela dans l'intérêt del' unité et delà charité.
Si cette dernière appréciation était juste, le refus des évêques anglais sur ce point particulier, apparaîtrait sous un jour qui leur serait peu favorable, car c'eût été, selon toutes apparences, un attentat gratuit et inexcusable contre l'unité chrétienne. Si, d'un autre côté, saint Augustin, ainsi que les protestants le disent, réclamait une
puissance sur les èvêques bretons, au nom et en faveur de saint Pierre, cette assertion encore, quoiqu'elle ait pour but de disculper les èvêques réfractaires de Bretagne , est de nature cependant , sous plusieurs autres raisons, à faire naître de sérieuses considérations. Les professeurs de protestantisme peuvent ne pas hésiter à avancer pareille chose ; mais celui qui étudie avec zèle les antiquités ecclésiastiques, ne doit pas oublier que la transaction dont il s'agit appartient à une période qui fait partie de ces siècles du christianisme, dont les précédents sont habituellement traités avec respect et déférence par nos plus grands théologiens.
La mission de l'historien ou du biographe est d'exposer les faits et non de décider entre les partis; l'auteur espère, dans ce travail, n'avoir jamais dévié sciemment de ce principe.
Quelle qu'en soit la cause, que ce fût de leur part une revendication consciencieuse d'indépendance, ou, comme le diraient leurs ennemis, une preuve de leur esprit exclusif; qu'ils eussent horreur d'une intervention étrangère; que ce fût par amour puéril de faire les choses à leur manière, ou par tout autre motif moins honorable encore, il est certain que les Bretons n'étaient pas disposés à abandonner un pouce du terrain sur lequel ils se tenaient. Ils ne voulurent pas céder
un seul des trois points très-modérés et très-raisonnables que saint Augustin leur demanda. Ils refusèrent de se conformer à l'usage catholique de célébrer la fête de Pâques ; ils ne voulurent pas consentir à administrer le baptême selon la pratique de l'Eglise universelle, et ce qui rend leur détermination plus apparente, pour ne pas dire leur obstination plus manifeste, c'est qu'ils refusèrent absolument d'entrer en coopération avec un collègue pour travailler à la conversion dé leurs voisins idolâtres.
Le Saint, voyant que tous ces arguments étaient sans effet, eut recours à un autre expédient pour vaincre l'obstination des Bretons. Il résolut de confier l'affaire à Dieu. Il est rare que de simples arguments conduisent les controverses à un résultat; c'est la prière qui rapproche les hommes et les décide à prendre leur parti. Si elle manque d'opérer le rapprochement désiré, elle le prépare et fait toujours mieux que de vaines disputes ou des engagements peu sérieux j elle amène même des séparations qui nous laissent au moins libres des tentations d'un compromis et de la laborieuse indolence de débats inutiles et interminables. Saint Augustin avait maintenant atteint le point, laboriosi el longi cerlaminis finem*, où l'on doit
1 Saint Bède, Mi$t. eccl., liv; n, c. 2.
choisir devant F alternative de décider si l'on s'entendra ou si Ton conviendra de différer.
L'archevêque mit en conséquence fin à la dis^? pussion, et invita ses adversaires à une prière dont les termes sont arrivés jusqu'à nous; la voici : « Supplions Dieu, qui fait que les hommes ont un même esprit dans une maison ? de nous accorder, par ses conseils célestes, la grâce de distinguer laquelle des depx traditions doit être suivie de préférence, et quelle est la meilleure voie pour ceux qui cherchent à arriver à son royaume. » Il ajouta : « Qu'un malade nous soit apporté, et suivant qu'il sera guéri par les priè-r res des uns ou des autres, que la foi et les œuvres de celui qui opérera ce prodige soient regardées comme agréables à Dieu et devant servir de règle de conduite à ses adversaires. »
Un des caractères de la piété de cet âge, ou plutôt de la piété catholique en général , c'est de croire en une providence spéciale. Cette doctrine a été indignement calomniée par les fanatiques, et elle est exposée, comme toute autre chose, à être comprise d'une manière superstitieuse. Cette impression particulière suivant laquelle le succès d'une cause est regardé, dans certaines circonstances, comme la preuve de sa vérité, a partagé le sort de toutes les saintes impressions des âges religieux ou des systèmes mi-
raculeux; elle a survécu à sa génération, et voyagé au delà des limites de son sol natal et de sa propre atmosphère, et arrivant ainsi au milieu d'étrangers, elle a été maltraitée parce qu'elle a été mal comprise, et elle a peut-être eu à subir les effets d'une décrépitude locale ou d'une bizarrerie isolée. La méthode particulière de décision connue sous le nom de combat judiciaire, qui a été abolie chez nous à une époque dont un certain nombre de vieillards peuvent se souvenir encore, était un reste isolé, échappé d'un autre âge, qui, comme un vieux meuble, superbe dans un temps et à sa place, se trouve hors de mode et hors de saison, et qui, loin de suggérer une idée avantageuse ou de constater un haut principe, est arrivé à être regardé comme une merveille, une pure curiosité antique.
Un exemple semblable à celui du miracle que nous rapportons nous est fourni par la partie de la vie de saint Germain qui a trouvé place dans cette esquisse biographique* . On se rappelle que saint Germain établit la foi catholique contre les hérétiques à l'aide du critérium auquel saint Augustin de Cantorbéry avait recours pour défendre le grand principe de l'unité catholique.
Saint Augustin, comme saint Germain, proposa
i Voir plus haut, page 44.
% à ses adversaires de résoudre la question par un miracle; quoiqu'à regret 4 , ils acceptèrent cependant. Cette hésitation de leur part indique certainement le peu de confiance qu'ils avaient en leur propre cause, et jette un jour défavorable sur leur conduite dans cette discussion. Ils ne purent faire autrement que d'accepter, et on ne tarda pas à trouver, au milieu de la foule que la réputation du grand archevêque ou la nouvelle de ce débat avait attirée, un homme désireux de se soumettre à l'épreuve de la miséricorde divine; c'était un Saxon aveugle. Il fut conduit d'abord au clergé breton, et lorsque celui-ci eut échoué dans sa tentative de le guérir, il fut présenté à saint Augustin. Le Saint, tombant à genoux, supplia la bonté divine de donner des yeux aux aveugles, et, par sa lumière corporelle, d'accorder à un grand nombre la faveur de la vue spirituelle. Le Saxon ouvrit immédiatement les yeux, et la foule proclama saint Augustin l'homme de Dieu et le prédicateur de la vérité. Les Bretons eux-mêmes furent obligés de se rendre, tout en ajoutant qu'il était dur d'avoir à abandonner les traditions de ses ancêtres.
Les sympathies du cœur ne peuvent pas se rendre tout de suite aux convictions de l'intelli-
i Adversarii, inviti licet, concesserunt.
gence. Qui pput et qui voudrait nier pela ? Ils demandèrent le temps de délibérer et de consulter les hommes qui avaient autorité parmi eux ; cette demande leur fut promptement accordée, et ainsi se termina la première conférence du chêne de saint Augustin,