‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premierChapitre 14 sur 44 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Saint Augustin et ses compagnons arrivent dans Tile de Thanet. — Description de cette île. — Le Saint envoie un message à Ethelbert, qui accueille cette députation avec bienveillance. — Le roi donne audience à saint Augustin et à ses compagnons. — Les missionnaires se rendent à l'entrevue en procession, et précédés de l'emblème de la rédemption. — Description de l'audience. — Discours adressé par saint Augustin h Ethelbert. — Réponse favorable de ce monarque. — Les missionnaires sont autorisés à prêcher la foi chrétienne et à faire des convertis. — Il est pourvu à leurs besoins aux frais du roi. — Saint Augustin et ses compagnons se rendent à Cantorbéry. — Leur entrée dans cette ville.

Il est peu de parties de l'Angleterre auxquelles le temps ait fait subir plus de modifications qu'à la petite île de Thanet. Elle était autrefois beaucoup plus étendue qu'à présent. Gosselin, le biographe de saint Augustin, l'appelle très-large^ j en l'absence, sans doute, de renseignements précis, et le vénérable Bède la dit considérable*^ 'y

1 Prœgrandis.

s Nonmodica.

le dernier lui donne une étendue qui dépasse matériellement sa contenance actuelle^ Quoiqu'elle ait conservé son caractère insulaire, il est beaucoup moins apparent que dans l'antiquité, car la rivière qui sépare aujourd'hui l'île de la côte de Kent est si peu considérable qu'elle mérite à peine le nom de ruisseau. Du temps de saint Bède, cette rivière avait déjà perdu de sa première importance, et, par allusion à la réduction de son volume d'eau, on l'appelait alors Wantsnnty c'est-à-dire qui manque d'eau, comparativement à ce qu'elle était autrefois; elle avait cependant encore un quart de mille de largeur. En fait , c'était plutôt un bras de mer qu'une rivière, quoique deux courants, la Stour et leNethergong,lui fournissent son eau. Le détroit tirait toute son importance de la mer, qui, dans les hautes marées, se frayait un passage entre les extrémités nord et sud-ouest de l'Ile : le Genlade, près Reculver, d'un côté, et le port de Richborough (le Rutupium des Romains) de l'autre. L'ensemble de ce large détroit était connu dans l'antiquité sousle nom de Port-Rutu*

* Sexeentarum familiarumy ce qui donne 60,000 acres, tandis que Hasted , à la fin du dernier siècle, évalue son étendue à 26,500 acres , ainsi que le portent les calculs actuels. Il est possible que le mot sexcenti ait été employé pour exprimer un nombre indéfini, dans le sens où Plautc disait : n Sexcenta sunt quœ memorem. Taurais mille choses à vous dire. »

pin. La route que suivaient ordinairement les navires allant de France à Londres, était d'entrer dans le port de Richborough, et de faire le tour de l'île du Thanet pour sortir au Genlade, où ils se trouvaient dans le bras de la Tamise. Ceux qui étaient nolisës pour Kent laissaient leur cargaison à la petite ville de Ebbesfleet, qui étaîl située sur le côté nord-est du port de Richborough. On trouve Ebbesfleet, sur les cartes de l'île de Thanet, à quatre ou cinq milles sur la route actuelle de Ramsgate à Sandwich. Cette localité consiste aujourd'hui en deux ou trois petites maisons assez éloignées delà mer pour en être à peine aperçues. On sait qu'à deux milles de Ramsgate, àCliffs-end, l'aspect de la côte change subitement, et que les dunes blanchâtres se terminent par un sol parfaitement plan.

Ebbesfleet, où l'on croit que saint Augustin a débarqué, est un peu plus éloigné, et se trouve maintenant, comme nous l'avons dit, à plus de deux milles dans l'intérieur de l'île, la mer s*étant postérieurement retirée de ce côté de Thanet autant qu'elle a gagné dans le voisinage de Reculver, où des vieillards se rappellent avoir joué au cricket (jeu de balle) sur des terrains qui maintenant ont entièrement disparu. Hasted, l'historien de Kent, pense que la mer doit avoir envahi plusieurs centaines d'acres (sinon plusieurs

^ milliers) des côtés nord et est de l'tle, si elle a ^ gagné proportionnellement autant de terrain du-

rant sept cents ans , que dans les cent cinquante ^ dernières années.

s On voit dans les parties sud et ouest quelques

centaines d'acres d'un terrain maintenant desséché, qui était autrefois entièrement sous l'eau r et formait le lit d'un courant navigable par suite

du reflux * de la mer. Des terrains bas et marécageux occupent la place de l'ancien port de E Bichborough , et la Stour, qui était jadis per-

? due dans les plus hautes marées du grand détroit

s Rutupien, roule maintenant son cours tortueux à

[ travers les marais et les bancs de sable, jusqu'à

: ce qu'elle débouche dans la mer un peu à Test de

[ Sandwich.

C'était probablement au printemps de l'année 597 que saint Augustin et ses compagnons, suivis de quarante personnes qu'ils avaient prises l en France, en qualité d'înterjprètes, mirent le pied

sur le sol anglais. Ce lieu intéressant paraît avoir f été connu et vénéré de nos catholiques ancêtres.

! La première pierre qui fût foulée par ceux qui

venaient prêcher dans notre pays l'Evangile de r paix, a été, nous dit-on, religieusement conservée,

[ i History of Kent (Histoire de Kent), vol. iv, p. 291 , 292,

comme un précieux souvenir , dans la chapelle du monastère de Saint- Augustin , à Canlorbéry. Les missionnaires étaient à peine arrivés qu'un ou deux d'entre eux (en compagnie des interprètes qu'ils avaient amenés d'après les désirs de saint Grégoire) partirent pour Cantorbéry, où ils firent connaître au roi l'objet de leur voyage. Grande fut la joie avec laquelle la bonne Berthe salua le jour qu'elle avait si longtemps désiré, en voyant se réaliser la faveur qui lui avait inspiré plus d'une secrète prière dans la petite église de Saint-Martin. Celui qui s'était associé à elle dans la douce espérance de voir s'ouvrir une voie à la conversion de l'Angleterre, le bon évèque saint Luidhard, était allé, quelques mois auparavant ^ , prendre possession de la gloire qu'il avait méritée. Le Saint n'ignorait probablement pas, quand il fut appelé de ce monde, l'approche des missionnaires envoyés en Angleterre ; mais il était encore incertain de l'issue de leur périlleux et long voyage. Ne fut-il pas, dans ces circonstances, miséricordieusement enlevé de cette terre , afin de pouvoir offrir à Dieu , pour le tendre objet de ses vœux et les compagnons de son zèle, une prière plus confiante, plus élevée,

i Voir Gallia christiana, vol. x, p. 4382, où Ton dit qn^il est mort en 596, Tannée avant l'arrivée d'Augnstin.

plus pure et plus efficace, qu'il ne pouyait le faire alors qu'il était retenu par les liens de ce monde de ténèbres et de péché.? Ne fut-il pas appelé près de Dieu, afin de mettre à l'abri de son patronage, comme saint glorifié , ceux à qui il ne pouvait prêter auparavant que le faible secours des sympathies d'un homme comme eux sujet au péché?

Ces pensées , quelque étrangères qu'elles soient à l'esprit des temps modernes, furent, sans aucun doute, celles où l'esprit droit de la reine Berthe chercha ses consolations, quand son digne ami et conseiller lui fut enlevé. Cette perte dut peser lourdement sur son esprit, dans un moment où il ne se trouvait autour d'elle personne qui partageât ses vues et qui s'inquiétât de l'état des pauvres Ânglo-Saxons. iVussi saint Augustin dut-il apparaître à cette princesse comme un émissaire de saint Luidhard, chargé d'un message de consolation et d'encouragement.

Le roi Ethelbert écouta les envoyés de saint Augustin avec faveur, et il leur dit d'annoncer à leur maître qu'il se tînt prêt à le voir sur la côte dans quelques jours.* Il envoya aussitôt des ordres, afin que ces étrangers mystérieux fussent traités d'une manière hospitalière. Il était impossible qu'Ethelbert, durant plusieurs années de relations affectueuses avec Berthe, n'eût pas appris à regarder la religion chrétienne avec de plus nobles

seDlimentsqu' une pure iDdifféreoce, quoique jusqu'alors/ et plus tard encore, il ait continué à se rendre aux cérémonies païennes de son temple particulier (la petite église de Saint-Pancrace), tandis que la reine assistait à la messe dans T^église de Saint-Martin. Il est probable que les solennités publiques du culte catholique furent interrompues par la mort de saint Luidhard, et que la reine , depuis cet éyénement, avait été réduite à offrir en secret ses prières dans son appartement privé.

Quelques jours après Tentrevue d'Ëthelbert avec les messagers de saint Augustin, le monarque partit pour Tile de Thanet, et, suivant la tradition, il rencontra le Saint à Richborough. Il établit là son siège en plein air, et fit appeler Augustin en sa présence, n'osant pas, dit l'historien, s'abriter sous le même toit que des étrangers qu'il soupçonnait d'art magique*

La plus grossière superstition a ses compensations, ses pieux pressentiments et ses saints augures; mais souvent, comme dans cette circonstance, tout cela fort mal à propos, car, dît saint Bèdè, avec sa douceur ordinaire et sa touchante simplicité : « Les missionnaires étaient venus en Angleterre sans s'initier aux arts diaboliques, mais enrichis des dons d'en haut^ »

i Liv. I, ch. 25.

Dès que Tarrivée et les ordres du roi furent connus, les missionnaires réunirent les emblèmes catholiques qu'ils portaient avec eux , et qui se bornaient aux objets indispensables à leur po-sition et aux besoins d'une église en voyage. Ces emblèmes étaient une grande croix d'argent ^ , signe qui, depuis les temps les plus reculés, était un ornement indispensable dans toute procession religieuse solennelle. Ils avaient aussi un large tableau sur lequel était peinte, dans le style grossier du temps, la figure de notre Rédempteur. Munis de ces bagages sacrés, signes d'agression et de triomphe sur le monde, ils se rangèrent en une procession qui , vu leur nombre, devait être d'une apparence imposante , et ils s'avancèrent vers le lieu de l'entrevue.

Les personnes qui connaissent Richborough et ses environs savent combien la physionomie des lieux dut favoriser ce qu'on peut appeler l'effet de cettescène. Privée d'arbres et d'une nature stérile,

t L^usage du crucifix ne fut probablement introduit qu^an siècle plus tard. Dans les premiers siècles, on s'abstenait do représenter Notre-Seigneur sur la croix , par égard aux préjogés des païens , pour qui le Christ crucifié était une pierre d'achoppement. Les bienfaits de la rédemption étaient alors symbolisés sous l'image d'un agneau portant une croix. Les tableaux du crucifiement devinrent ensuite en usage, et enfin les flgarei sculptées sur bois, etc.

la localité a toujours dû être rebelle à la grande végétation. Les siècles, malgré leur influence transformatrice, sont impuissants à modiQer Faction de r Océan et les lois générales de la nature; Fair, la mer et les vents de Test doivent toujours exercer leur effet destructeur sur la verdure et les feuillages, quoique, sur plusieurs points intérieurs de nie, Ton trouve aujourd'hui des déserts où s'élevaient jadis d'épaisses forets, et que de riants pâturages couvrent des plaines n'offrant autrefois qued'humides marécages. Sûrement,Richborougli n'a jamais été qu' un lieu froid et improductif. Plaçons-nous à côté des murs crevassés de son vieux château, cette ruine aussi peu pittoresque que stérile en légendes, et foulons aux pieds son vaste pavé cruciforme, où l'imagination catholique retrouverait volontiers un souvenir du débarquement de saint Augustin ou de son entrevue avec Ethelbert, si elle n'était bientôt arrêtée, dans ses spéculations, par quelque antiquaire sévère et véridique, lui assurant que ce qui ressemble à la superficie spacieuse d'une église, n'est en réalité que la partie supérieure de la voûte d'un grenier romain. Ainsi placé , l'œil peut venir en aide à l'esprit , en lui permettant de se former une peinture assez exacte de la scène mémorable à laquelle nous assistons. Considérons le prince, de qui dépendent (humainement parlant) les destinées religieuses de

TÂDgleterre, assis, entouré de sa cour, sur le trône rustique que la nature lui offre, et se disposant à recevoir les ambassadeurs de la foi. Le pays est si nu d'arbres et d'habitations, que l'œil pouvait découvrir la procession régulière et bien ordonnée se déroulant de son point de départ , et qui, devenant plus distincte à mesure qu'elle approchait, se partageait enfin en deux lignes régu- Hères de religieux vêtus du sombre uniforme de l'ordre des bénédictins. A leur tète marchait, précédé du porte-croix, un homme d'une démarche plus imposante et d'une figure plus majestueuse que celle de ses compagnons ; il s'élevait au-dessus d'eux de toute la hauteur des épaules * ; mais son maintien était plein de douceur et de révérence. Les notes d' un plain -chant grave ^ et harmonieux , s' élevant par degrés, frappaient agréablement l'oreille, et se perdaient, à de courts intervalles, dans le murmure bruyant de la marée, ou plutôt s' al ternaientavecson souffle respectueux, qui semblait à dessein faire silence. La nature pouvait-elle avoir des regards ou des paroles sévères dans un jour si gracieux? A mesure que la procession appro-

t Voir la manière dont la personne d^ Augustin est dépeinte à la fin de la vie de Gosselin. (BoUandistes, 26 mai.)

2 La réforme du chant ecclésiastique, qui est due à saint Grégoire le Grand, eut lieu peu de temps avant la mission de saint Augustin.

chait du lieu de réception^ les voix baissaient, et les chants se terminèrent par une prière demandant miséricorde pour l'Angleterre. N'y avait-il pas un chœur invisible prenant part à ces solennelles supplications? Est-ce que les anges n'assistaient pas à cette pieuse offrande, pour la présenter comme de l'encens devant le trône miséricordieux du Très-Haut ? Pensez-vous que saint Alban, le proto-martyr de l'Angleterre, fût absent de celte fête et muet dans ce chœur de voix suppliantes? Est-ce que Germain et ceux qui les premiers coururent des périls de terre et de mer, a6n de planter la croix sur le sol de l'Angleterre, ne prirent aucune part à cette solennité?

Enfin, la procession s'arrêta et les chants ces* sèrent. Le roi permit aux missionnaires de s'asseoir, et Ton rapporte qu'Augustin s'adressa à lui en ces termes :

c L'objet que nous avons à cœur en venant ici, ô roi, c'est detravailler à vous procurer la paix éternelle à vous et aux habitants de votre royaume. Nous vous apportons, comme nous vous l'avons déjà fait connaître, les gages d'une joie sans bornes. Si vous les recevez, vous serez béni à jamais ici et dans le royaume sans fin. Le Créateur et Rédempteur du monde a ouvert au genrehumain leroy aume des cieux , et il fait des habitants de la terre les citoyens d'une cité céleste. Car Dieu aime telle-

ment le monde, qu'il a donné pour lui son Fils unique, ainsi que lui-même en a porté témoignage, afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas, mais qu'ils obtiennent la yie éternelle. Le même Fils de Dieu Ta aimé d'un amour si grand qu'il a consenti à souffrir la mort pour les hommes et même la mort de la croix. Il a plu à sa clémence indicible de vaincre le démon, non dans la majesté de sa propre nature divine , mais sous la faiblesse i de notre chair, et de nous arracher ainsi, nous, f digne proie de l'esprit du mal, des filets de ce

prince de malice.

^j ff La divinité incarnée du Fils de Dieu s'est

ii manifestée par les preuves innombrables de sa (e puissance, par la guérison de tous les maux et la pratique de toutes les vertus.

« Il s'est montré Dieu et Seigneur des cieux, des étoiles, de la terre, de la mer et de l'enfer. Il calmait, par son autorité, les vents et l'Océan. Il marchait sur les vagues de la mer comme sur la ^. terre ferme; il daigna enfin mourir pour les hommes comme homme, et le troisième jour il ressuscita comme Dieu. Il ressuscita, afin de pouvoir nous ressusciter; il monta au ciel, afin de nous réunir autour de lui dans son triomphe. Et de là jj, il reviendra, comme juge du monde entier, pour placer les croyants dans son royaume et condam- ■^ ner à jamais les incrédules. Daignez donc, roi

illustre, ne pas nous regarder comme des gens superstitieux, parce que nous ayons pris la peine de venir de Rome jusqu'à votre royaume, en vue de votre salut et de celui de vos sujets, et afin de répandre, comme par contrainte et contre sa volonté, des bienfaits sur un peuple qui nous était étranger.

« Soyez assuré, très-excellent roi, que nous avons pris cette résolution sous FinQuence d'une ardente charité. Nous désirons, au delà de tous les désirs et de toutes les gloires du monde, avoir avec nous, dans le royaume de notre Dieu, autant de compagnons que possible, et nous luttons de tous nos efforts pour empêcher de périr ceux qui pourraient entrer dans la compagnie des saints anges. Le tendre amour de notre Christ a fait pénétrer, par l'inestimable douceur de son Esprit, cette bonne volonté dans tous les apôtres de sa vérité, afin que, laissant de côté la pensée de leur propres besoins, ils brûlent de zèle pour le salut de toutes les nations, et regardent les hommes comme leurs parents et leurs enfants , leurs frères et alliés, et que, les embrassant tous dans le seul amour de Dieu, ils travaillent à les amener à l'éternité de joie et de bonheur. Ces hommes, porte-drapeaux de notre Roi, ont rendu témoignage de Dieu par des miracles innombrables, à travers le fer et le feu, au milieu des bêtes

féroces, de tous les genres de tourments et de mort, et ils ont, par leur courage invincible, soumis le monde à leur Sauveur.

« Depuis longtemps Rome , la Grèce , les rois et les princes de la terre et des îles des gentils, pressés par les invitations de ces prédicateurs, se réjouissent, avec le monde entier, d'adorer le Seigneur des rois et de servir à jamais celui par qui et avec qui ils peuvent régner éternellement. Poussé par le même amour, Grégoire, actuellement père de toute la chrétienté, désirant ardemment votre salut, serait venu v^s TOUS, sans crainte des châtiments ou de la mort, s'il avait pu abandonner le soin des âmes confiées à sa charge. Dans ces circonstances, il nous a envoyés à sa place pour vous ouvrir la voie de la lumière étemelle et les portes du royaume des cieux, où vous pouvez régner à jamais, si, méprisant les idoles du démon, vous consentez à y entrer par les mérites du Christ \ »

Tel fut le discours que saint Augustin adressa au roi. Il le prononça, dit saint Bède, assis conformément aux ordres d'Ethelbert, qui répondit de la manière suivante :

1 Ce discours a été transmis, par tradition sans doate, on sur de pieuses conjectures, plutôt que sur Tantorité d^un document. — Vie de Gosselin. (Bollandistes, 26 mai.)

u Assurément les paroles et les promesses que vous m^ apportez sont superbes; mais elles sont nouvelles pour moi et d'une autorité douteuse. Je ne puis pas les accepter, au mépris des prati- * ques religieuses auxquelles j'ai été depuis si longtemps attaché en commun avec tout le peuple anglais. Cependant, comme vous êtes des étrangers, ayant fait un long voyage pour arriver jusqu'à ce pays, et que vous venez, autant que je puis comprendre l'objet de votre visite, dans le désir de nous faire connaître ce que vous-mêmes croyez être vrai et bon , nous sommes loin de vouloir vous molester; bien au contraire, nous vous recevrons avec bonté et d'une manière hospitalière. Nous prendrons en conséquence des mesures pour vous fournir tout ce qui est nécessaire à votre alimentation. Nous ne vous empêcherons ni de prêcher, ni de faire autant de convertis que vous pourrez à la foi de votre religion ^ »

Le roi Ethelbert fut aussi bon que ses paroles. De retour à Cantorbéry, il donna ordre de préparer une maison convenable pour la réception des missionnaires; il voulut que leur table fût servie à ses frais, et qu'on n'opposât aucun obstacle à leur prédication.

Saint Augustin et ses compagnons ne tardèrent

* Saint Bède, liv. i, cb. 25.

pas à quitter Thanet pour Gantorbëry, où ils firent leur entrée dans Tordre solennel qu'ils avaient observé en se rendant à la réception du roi. La grande croix d'argent était portée devant eux, et la bannière sacrée fut de nouveau déployée. En passant devant la petite église de Saint-Martin, ils chantèrent, comme au nom des habitants : « Seigneur , nous faisons appel à « votre- miséricorde ; détournez votre colère de ft cette ville et de votre sainte maison, car nous « avons péché. Alléluia. »

Les pauvres idolâtres de Cantorbéry, émerveillés de ce spectacle , observaient avec curiosité le teint brun, la figure mortifiée, le costume étrange des missionnaires , et ils contemplaient avec non moins d'étonnement la brillante croix d'argent et la bannière. Ils ne pensaient pas que cette compagnie d'hommes doux et paisibles était en réalité une armée de gmerriers venant prendre possession de leur ville et les faire prisonniers. Ils ne pouvaient guère découvrir sur cette bannière l'image de leur conquérant, et dans cette croix l'instrument de sa puissance. Il y avait cependant à Cantorbéry une personne qui voyait dans cette humble procession une troupe d'indomptables guerriers chez qui le présage de la victoire faisait battre le cœur : — cette personne était la reine Berthe.

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