‹ Histoire de Saint Augustin (apôtre des Anglais, archevêque de Cantorbery,) et du premierChapitre 2 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous avions pt'épcire lin travail de quelque ëietidue dans lequel tious avions groupé les témoignages que Tauteurde V Histoire de saint Augustin rend h là vérité catholique en divers passages de sort livre. Armé de ces aveux, nous nous étions attaché a faire ressortir les inconséquences de M. Oakeley en ce qu'il persistait h rester datis l'Établissement anglican, alors même que l'Église romaine avait seule à ses yeux les cai*actères de la Véritable Église. Ce travail s'adressait surtout ^^ nohe auteur j que nous combattions avec ses

'Otli**?s armes- h rmnchiso de ses sentiments 1f^ituli(? esprit nous faisaient es-

^ i^y hu quelques réflexions

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ulilof;. Mais depuis que nous avons traduit ce Yol urne et écrit notre introduction, la position ih Tauteur a changé. Tandis que nous cherchions à l'attirer à nous par la logique de Vargiinirntation, la logique de la grâce devançait nos faibles efforts , et l'historien anglican de saî n t Augustin de Cantorbéry était admis parmi nos frères; l'Église le recevait au nombre (le ses fils. Ce fait est à lui seul plus éloquent que nos paroles ; aussi avons-nous pensé que s:i simple mention serait substituée avec avantage aux pages dont nous devions faire précéder ce volume. La conversion de M. Oakeley, qui a fait sa profession de foi catholique dans la chapelle de Saint-Clément, à Oxford, vers les derniers jours d'octobre , est un événenienl qui ne nous a point surpris, car son ouvrage est d'une orthodoxie irréprochable ; si nous nous sommes étonnés d'une chose, c'est qu'il n'ait pas pris cette résolution plus tôt. U était douloureux de voir des hommes catholiques dans leurs principes demeurer hors (a voie de la vérité. Les espérances que nous conçûmes en voyant les amis de M. Newman s'associer pour publier la vie des saints de VAuglcterre, sont aujourd'hui réalisées. Nous

écrivions , il y a un an , dans un article sur cette publication :

« Nous ne saurions exprimer la joie que « nous a causée la lecture des premiers vote lume» de cet ouvrage, en pensant que nous « les devions à des écrivains encore séparés « de nous. L'Église peut accepter cette œuvre c< comme monument de la piété des enfants « de l'anglicanisme; c'est un point de contact « qu'elle aura désormais avec eux. Les Saints « dont M. Newman et ses amis se sonts faits « les historiens prieront pour que leus savants « apologistes se rendent aux enseignements « de la tendre mère qui les a conduits au sa- « lut éternel*. »

Ces paroles ont été justifiées de tous points, et la joie que nous avions éprouvée a été partagée non-seulement par de nombreux fidèles, mais par plusieurs prélats de la sainte Église auxquels nous avons communiqué la pieuse Histoire de saint Augustin. Ils se sont réjouis de l'orthodoxie de l'auteur et ils y ont vu le gage d'un rapprochement non éloigné.

Ces vénérables évêques ont pensé avec nous,

* Univers du 7 novembre < 844.

que l'Église pentaccepter cette œuvre comme un monument de la piété des enfants de Tan-* glicanisme. Pour convaincre M. Oakeley du vif intérêt que sa position et celle des amis dont il s'est séparé inspire aux ovêques de France, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de mettre ici sous ses yeux les lettres que nous avons reçues de trois de nos prélats à l'occasion de son olivrage. Nous rept'oduisons avec d'autant plus de satisfaction ces témoignages de sympathie, qu'ils étaient donnés à M. Oakeley avant sa conversion et qu'ils s'adressent conséquemment aux frères qu'il a laissés dans l'Église, dont il fut un des ministres les plus exemplaires. Monseigneur l'évêque de Marseille nous a fait l'honneur de nous écrire les lignes suivantes, qui nous sont arrivées à Paris le jour même où nous recevions la nouvelle de l'abjuration de M. Oakeley :

f A MONSIEUR JULES GONDON.

K Marseille, 31 octobre 1845.

* J'ai lu, Môîisîettr, avec un vif intérêt Yltisloire de saint Augustin, Apôtre des Anglais, etc., par le révérend Frédéric OUkelerj, de V Université d'Oxford, dans la traduction que vous avea bien Vodltt m' envoyer. J'y ai trouvé , prèsque à toutes les pages ^ utie preuve de l'esprit de justice et d'impartialité qui auinie uti certain nombre de membres de dette célèbre Université cnverë l'Eglise romaine. On reconnaît que l'auteur n'est pas loin de la vérité^ vers laquelle le ramène l'étude des monuments de la tradition. En remontant les siècles , il ne peut manquer de venir enfin se rattacher au centre tle l'unité catholique. On voit qu'il fait de nobles efforts pour atteindre ce but si désirable; j'ai la confiance que Dieu récompensera son zèle par la grftce de son entière conversion à la véritable Eglise de JésUs-Christ.

« V Histoire de saint Augustin, jugée d'après

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votre traduction , peut être regardée comme le récit édifiant de rétablissement du christianisme en Angleterre. A l'exception d'un seul passage, où l'expression inexacte est corrigée par une noie de vous , ce qui ferait dissonance avec le langage précis et rigoureux d'un théologien catholique, n'offre nulle part rien de bien frappant, et il est évident que l'intention de l'auteur, dirigée par une bonne foi touchante, n'est pas vraiment hostile à nos dogmes.

ff Je ne doute pas que des ouvrages de celte sorte ne puissent faire une impression salutaire sur les bons esprits , parmi ceux que les préjugés de l'éducation éloignent de nous. Le Bév. Fréd. Oakeley, en les faisant assister à la naissance du christianisme en Angleterre, ne leur montre pas seulement que l'Eglise de ce pays est issue de l'Eglise de Rome , mais il leur fait encore sentir que l'Eglise de Rome, mère et maîtresse de toutes les autres, est issue elle-même de Jésus-Christ , de qui elle reçoit la vie véritable pour la trans^ mettre à tous les enfants de Dieu.

« Je viens donc, Monsieur, donner volontiers, sur votre demande , un témoignage de sympathie pour des travaux qui semblent être dans les desseins de Dieu une préparation à la vérité

catholiqoe. Daigne le Seigneur bënir ces travaux, et leur accorder les grands résultats qu'il est déjà permis d'espérer et même d'entrevoir ! Ces vœux sont d'autant plus ardents dans mon cœur, que j'aime à me rappeler que des liens de fraternité unissent depuis le commencement l'Église de Marseille avec l'Angleterre catholique. D'après Baronius et toute notre tradition de Provence, Joseph d'Arimalhie arriva sur nos côtes avec saint Lazare , premier évèque de Marseille , avant de porter la foi chez les Bretons. Saint Augustin passa par Marseille, et fut, comme ledit son histoire , recommandé par saint Grégoire à saint Sérène mon prédécesseur, en allant remplir sa mission. Aujourd'hui un nombre assez considérable de sujets de la Grande-Bretagne ont passé la Manche pour venir étudier la théologie dans le séminaire de notre ville, et j'ai pu envoyer en Angleterre plusieurs de mes prêtres y travailler à l'œuvre de Dieu , sous la juridiction de cet épiscopat anglais, si digne de réunir autour de sa houlette tant de brebis égarées. Ainsi , à trois grandes époques de l'Eglise d'Angleterre se forment ou se renouvellent les liens spirituels de ce pays avec Marseille. Puissent les communications de la foi et de la charité devenir

comme les relations commerciales qui sont si fréquentes et si importantes entre notre port et les États britanniques !

« Veuillez agréer, Monsieur^ l'expression de la considération distinguée , a\ec laquelle je suis ,

« Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

R f C.-J. EtJGÈNE , Ei\ de Marseille. 9

Monseigneur révêque de Châlons a bien voulu nous exprimer aussi les espérances que lui fait concevoir le mouvement religieux de r Angleterre 2

(( ChÂlons, 8 novembre 1845.

« Monsieur,

« Après avoir lu Y Histoire de saint Augustin (de Cantorbéry), par le Rév. Fréd. Oakeley> dont vous avez bien voulu "ta' envoyer un cxem*

plaire, je n'ai pu qu'admirer le^ vues de la divine providence sur l'Angleterre, et faire des vœux pour ce pays, jadis si heureux lorsqu'il était catholique et qu'on l'appelait Vile des Saints. J'ai la ferme confiance qu'il méritera de nouveau ce nom. Déjà, en effet , s'ouvrent devant lui les vpies qui mènent à la vérité; il n'a plus qu'à marché, qu'à suivre l'exemple de tant d'honorables persooQages qui lui ep montrent le ebemin*

$ Courage donc, courage, dirops-nous à nos frères les Anglais; ici point de rivalité entre nous, point d'intérêts différents; noup marchons sous le m6me drapeau, et notre couleur Qst la même! Courage, nation généreuse, qui faites la gloire de l'Eglise et qui avez peuplé le ciel de vos saints ! Tous les yeux de la grande famille catholique sont tournés vers vous , et elle bénit le Seigneur en admirant les nobles conquêtes que la foi fait chaque jour dans vos rangs. Que d'encouragements vous fournit votre histoire! quels noms que ceux de Lucius, de saint Alban^ d^Ethelbert, de Berthe, d'Augustin et du grand saint Grégoire! quels précieux témoignages d'amour vous a donnés ce dernier, lui qui a tant prié pour l'Angleterre et qui ne voulait pas que

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orthodoxes et pieux qu'il y exprime, et faisons des vœux ardents pour que cet excellent travail attire ih plus on plu» mv lui, sur ses sAyapis collègues d'Oxford , et sur iQute T^nglçt^rre dps grâces dç lumière et do foi,

I Donné h Langres, on Ja fête do saint I,uc, évangélisle, lo 18 octobre 1845. i

Ce wnt là des témoignages au^iquals rhistorien de saint Attgufilin devra être d'autant plus sensible, que les vœux formés par les vénérables prélats dont nous avons rapporté les paroles, se sont réalisés avant que l'expression en fût arrivée jusqu'à lui. Comme »ous le disions ^n novembre 1844, les saints dont MM. Newman, Dalgirns, Oakeley se sont faits les pieux historiens , ont prié pour leurs apologistes ; l'inlercegfsion de saint Augustin ^x de ses compagnons a été bénie de DieUi La pieuse entreprise d'écrire la vie dçs saints de l'Angleterre a attiré , selon réimpression de Monseigneur de Langres, des grâces de lumière et de foi isur les auteurs de ces écrits, sur leurs savants collègues de l'université, et sur touie l'Angle-

lerre. Les circonstances, en effet, justifient les espérances émises il y a deux ans sur le retour de TÉglise anglicane à l'unité*. Ce grand événement semble recevoir à cette heure un commencement d'exécution, car l'on peut dire avec vérité que l'Église anglicane a reconnu, dans la personne de ses plus savants théologiens, de ses intelligences les plus élevées, de ses enfants les plus pieux et les plus savants, la suprématie du Vicaire de Jésus^Ghrist. Il semble que nous touchions au moment où se réalisera cette prévision du grand Bossuet ; « Une nation si savante ne demeurera pas dans cet Établissement; le respect qu'elle conserve pour les Pères et ses curieuses et continuelles recherches sur l'antiquité la ramenèrent à la doctrine des pre* miers siècles. Je ne puis croire qu'elle persiste dans la haine qu'elle a conçue contre la chaire de saint Pierre d'où elle a reçu le christianisme...» Oui , ce changement s'opère, et il

* Dans notre ouvrage intUiilé : Du Momemeni religieux en Antjîeterre, ou les Progrès du catholicisme et le retour de Véglise anglicane à l'unitô. Ce volume offre rhisloirc complète de la téaitfon rcmarqnabic dont nous sommes témoins , et présente le labîcati fiJèle de la siluauop religieuse de rAngIctcrre j i vo'. ln-8'.

s'opère , selon l'expression d'un spirituel écrivain anglican, comme toutes les révolutions morales, c'est-à-dire graduellement.

La persuasion , les arguments , l'exemple de vies saintes agissent simultanément , et l'influence du temps vient adoucir les préjugés et accoutumer les oreilles à entendre certaines vérités. En effet , l'Angleterre protestante consent à écouter des vérités auxquelles elle eût fermé l'oreille , il y a peu d'années. Les idées se sont modifiées à mesure que quarante des membres les plus éminents des Universités anglaises ou du Clergé anglican sont successivement venus rendre hommage a l'autorité de r%lise et donner au monde un spectacle que le docteur Pusey a appelé le plus grand événement arrivé depuis la réformel Vous tous qui lirez ces pages, secondez,

^ Nous donnerons Ténaméralion des ministres anglicans et des membres des Universilés qui ont embrassé la foi catholique, dans un petit volume que nous allons publier sous ce titre : Conversion de MJH. J. II, Neunnann, G. Ward, F. Oakeley et de quarante membres des Universités d'Oxford et de Cambridge. 4 vol. in-48. On y trouvera aussi deux lettres très<remarquables du D' Pusey.

par vos prières , ce mouvement de retour à l'unité de la foi, en demandant au ciel de répandre ses bénédictions sur l'île de Saînt- Ëdouard. Répondez a l'appel qu'un des prélats de l'Angleterre adresse à la France catholique ^ Tandis que la politique humaine s'épuise en vains efforts pour établir entre deux nations voisines la bonne intelligence et l'harmonie que des intérêts divergents tendent à troubler , il appartient à la religion d'obtenir ce que la sagesse humaine est impuissante à produire. Si la France et l'Angleterre sont appelées à agir concurremment dans les éventualités que l'avenir prépare à l'Europe ; si la cause générale de la civilisation et de la paix demande que ces deux grands peuples fassent de part et d'autre le sacrifice de rivalités mesquines pour fonder une alliance basée sur des intérêts d'une ordre supérieur à de prétendues

i Mgr Wiseman , évéque in partihuê de Mélipotame, coadjiitenr du district ccnlral, a adressé, au mois d'octobre 4845, nne leltro à tous les Évoques de la France , sur ic mouTcment religieux de TAnglclerre. On trouvera ic texte de cette lettre dans le volume : Conversion de MM. Tfewmann , Ward^ Oakelei/ et de quarante membres, etc.

susceptibilités nationales , il appartient à la religion de cimenter celte alliance d'une manière solide et durable. Qu'une foi commune rapproche les deux peuples, que l'Église, comme Ta dit M. de Maistre, parle en Europe, anglais et français , et il n'est rien qu'on ne puisse imaginer, rien que nous ne puissions attendre. C'est là un beau champ à l'ambition de la France catholique, car c'est le monde entier qui serait éclairé du flambeau de la foi ! Nos ingénieux hommes d'État pourront bien s'apercevoir un jour que l'humble prière du simple fidèle, adressée au ciel en vue de cette grande pensée, leur a été d'un secours plus efficace que les protocoles et les ultimatums. Nous répéterons avec Monseigneur de Châlons : ici point de rivalité, point d'intérêt différent; nous marchons sous le même drapeau, et alors que la France politique vous faisait la guerre , la France religieuse vous envoyait des prêtres pour senxer chez vous les germes de la vérité. Les relations des Églises de France et d'Angleterre ont d'ailleurs toujours été celles de deux sœUrs amies, et ces rapports, ainsi que nous l'a rappelé Monseigneur de Marseille , datent des premiers

siècles de TÊgliso. Sans rdmonlei* à Tarrivée de Joseph d'Àrimathie dans les Gaules^ et en nous bornant à ouvrir les annales du qua^ trième siècle, nous voyons que ces relallons amicales se raffermirent au concile d'Arles»

en 314, où FEpiscopat breton délégua trois représentanls* Un siècle après , quand le Pélagianisme fut importé en Angleterre ^ les cvêques sollicitèrent le secours des prélats voisins pour combattre Thérésie» qui se levait menaçante et leur inspirait de justes cralnteid» La Gaule catholique répondit avec empresse* ment à cet appel» en envoyant au<delà du dé«» Iroit le grand saint Germain, évèque d'Âu^ xerre, qui choisit pour compagnon de voyage saint Loup, évéque de Troyes. La mission des deux saints fut bénie de Dieu ; leurs prédica-tiens, leurs miracles triomphèrent des hérétiques ; ils neutralisèrent par leur sainteté l'ef-* fet délétère du venin que Pelage ou Agricola avait déjà répandu dans l'Église bretonne.

Nous pourrions suivre ainsi dans ses intéreS* sants détails la touchante histoire des rap< des deux Églises , raconter le second voyage de saint Germain en Angleterre et les succès de la niissioti qu'il y remplit avec l'arche *

vêque de Trêves. Plus tard , lorsqu'un siècle de ténèbres eut passé sur la Bretagne, et que cette île, jadis arrosée du sang des martyres, dût être reconquise h la foi de Jésus-Christ , nous trouvons encore les évêques et les prêtres des Gaules empressés de donner assistance et appui aux apôtres que saint Grégoirele-Grand envoyait en Angleterre , où saint Augustin avait été précédé par saint Luidhard, évêque de Senlis, qui semblait providentiellement destiné à lui préparer les voies. Rien n'est plus touchant que de parcourir, dans les chroniques du septième siècle, Jles détails de la cordiale hospitalité que saint Augustin et ses compagnons reçurent des évoques qui occupaient alors les sièges épiscopaux des diocèses par lesquels les pieux missionnaires durent passer. L'intérêt de la mission confiée à Augustin par saint Grégoire s'accrut ensuite en raison des prodiges que Dieu opéra par son serviteur, et des succès qu'eurent, au milieu des Saxons idolâtres, les travaux apostoliques des envoyés du successeur de saint Pierre. Quelques années après, c'est l'archevêque d'Arles qui consacre au premier siège épîscopal de l'Angle-

terre saint Augustin , qui devait devenir auprès de Dieu Pun des plus puissants protecteurs de ce pays.

Si ces douces relations des deux Églises ont été interrompues par la brutale révolution qui a séparé l'Angleterre de la communion catholique, la France n'a jamais cessé d'assister, par ses prières et par le zèle de ses missionnaires, les chrétiens restés fidèles au culte de leurs ancêtres, et qui ont bravé les menaces et les persécutions pour conserver leur foi. Entre mille exemples du vif intérêt que l'Angleterre a toujours inspiré à la France catholique, nous reproduirons celui de l'aigle de Meaux dont nous avons déjà cité quelques paroles ; il écrivait à lord Perth, en 1685.

a J'espère que Dieu qui a opéré de si grandes choses dans un homme de votre élévation et de votre mérite, les fera servir au salut de plusieurs, et, en cette heureuse occasion, je renouvelle les vœux que j'ai faits depuis si longtemps pour la conversion de la Grande- Bretagne. Je vous avoue que quand je considère la piété admirable qui a si longtemps fleuri dans cette île, autrefois l'exemple du monde , je sens , s'il m'est permis de le dire ,

mon esprit émti en moi-même, à l'exemple de saint Paul, en la voyant attachée à Thérësie ; et je frémis de voir que, quittant la foi de tant de saints qu'elle a portés, elle soit obligée de condamner leur conduite et de perdre en même temps de si beaux exemples qui lui étaient donnés pour l'éclairer. Mais j'espère plus que jamais que Dieu la regardera en pitié..éétf »

Quatre années plus tard, Bossuet écrivait au même personnage :

or Vous avez pu connaître, par toutes mes lettres , lé tendre amour que je ressens pour l'Angleterre et pour l'Ecosse, à cause de tant de saints qui ont fleuri dans ces royaumes, et de la foi qui y a produit de si beaux fruits. Cent et cent fois, j'ai désiré avoir l'occasion de. travailler à la réunion de cette grande lie pour laquelle mes vœux ne cesseront jamais de monter au ciel. Mon désir ne se ralentit pas, et mes espérances ne sont pas anéanties. J'ose même me confier en Notre Seigneur que l'excès de l'égarement deviendra un moyen pour en sortir. »

La sollicitude qu'éprouvait Bossuet à la fin du dix-septième siècle, nos évêques la parta-

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geaient un siècle et demi plus tai^d^ quand notre révolution, dans un de ses accès dé rage, força les membres de notre Episcopat et de notre Clei^é à chercher un refuge sur la terre étrangère ; on sait avec quelle noblesse ils payèrent rhospitalité qui leur fut offerte^ Tout en ranimant le courage des catholiques, ils déposèrent au sein de la société protestante les premiers germes des événements auxquels nous assistons. Il semble que Dieu veuille » en réveillant File des saints à Ik foi de ses pères, la récompenser d'une bonne action, et il est digne de remarque que ce sont les hommes qui ont entrepris la réhabilitation des saints, jadis la gloire dé TAngleterre, qui sont les premiei^ appelés à la lumière de la vérité.

En présence de ces éclatantes preuves de la grâce, et alors qu'il s'agît de reconquérir une troisième fois l'Angleterre à la foi, les évéques anglais^ à l'exemple des anciens prë»> lats^ viennent demander à la France les se^ cours spirituels dont lettr Église a besoin. Les évéques français^ fidèles aux traditions , ont répondu à cet appel comme des frères ré^^ pondent toujours à l'appel d'Un frère. L'An>-

glcterre retrouverait au besoin un saint Germain dans chaque membre de notre Episcopat, si les circonstances exigeaient qu'ils payassent de leur personne. Mais la mission d'Angleterre^ plus heureuse aujourd'hui qu'au cinquième siècle, ne demande que des prières à sa sœur de France; elle est favorisée , dans la personne de ses Vicaires Apostoliques, de plusieurs Augustins dont les lumières suffiront à dissiper les ténèbres de l'erreur , si le reste de la chrétienté leur accorde avec ferveur le secours de ses prières. Pendant que nous écrivons ces lignes, nos seigneurs les archevêques et évêques donnent de touchantes preuves de la sollicitude que leur inspire la situation religieuse de l'Angleterre dans les mandements et lettres pastorales qu'ils adressent au clergé et aux fidèles de leurs diocèses.

« Ce que la prière a commencé, nous dit l'archevêque de Cambrai, il faut que la prière le continue et l'achève, c'est le cri de tout ce qu'il y a de catholique dans la Grande- Bretagne, c'est l'appel qui nous est fait par ses évêques, nos frères, c'est le vœu secret de tant d'esprits ébranlés, mais encore hésitants

et incertains, qui n'attendent que ce secours pour rompre les derniers obstacles qui les empêchent de venir à nous ! Voyez toutes ces mains tendues vers vous , entendez toutes ces voix qui vous supplient ! Et que vous demandent-elles? Des aumônes? Non. De longues et doctes controverses ? Non. Quoi donc? Des prières, des prières ferventes, des prières répétées, des prières universelles!

a Prions donc et faisons prier pour une fin si profitable à l'avancement du royaume de Dieu. Nous avons prié naguère pour l'Église d'Espagne et l'Espagne s'est arrêtée devant le schisme. Prions pour l'Église d'Angleterre, et nous la verrons sortir des ténèbres de l'hérésie, brillante et pure comme aux plus beaux jours de son ancienne gloire*. » Les supplications des fidèles de tous les diocèses de la France adressées au ciel dans ce saint temps de l'année promettent à l'Angleterre des fruits abondants de salut.

Puissent ces prières, par l'intercession

i Lettre pastorale de Mgr VÀrcMvéque de Cambfdtf l'occasion du mouvement cathoWjue qui â^onÀrfl i>n Atig terre, ;;^

d'Âugusiin^ renouveler le prodige qui s'opéra la première année de Tapostolat de ce grand saint en Angleterre, où il baptisa^ le jour de la fête de Noël, dix mille personnes qui ren* dirent ensenible hommage à la vérité que venait leur prêcher le fils spirituel de saint Grégoire.

hiu GONPON.

Paris, 4 5 décembre 1845.

DE

(de cantorbéry).

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