CHAPITRE II
Convereion du roi Lucius en l'an 182. Lucius envoie une ambassade au pape Eleuthère. — Circonstances et motifs de cette démarchc. — L'Angleterre reconnaissait- elle la suprématie de Rome? — Le souverain pontife envoie à Lucius saint Fugat et saint Daraian. — A leur arrivée, les deux missionnaires baptisent le roi , la reine et toute la cour; ils prCcfaent ensuite l'Évangile dans les diverses parties du pays. — Mort de Lucius. — Le christianisme est florissant jusqu'en 192.
La seconde grande époque de Thistoire de TËglise anglaise est la conversion du roi Lucius. Quoique la date de cet événement ait été le sujet de vives controverses , des autorités compétentes le font remonter à Tannée 182 de J.-G. La vérité de ce fait repose indubitablement sur une base plus ferme que celle de plusieurs des détails qui précèdent, et elle rencontre en sa faveur un concours remarquable d^autorités tant protestantes que catholiques.
grâces qui lai avaient ëtè accordées ; mais le motif le plus immédiat et le plus décisif de son heureuse résolution, parait avoir été la délivrance de Fem— pereur Marc-Aurèle et de son armée par les prières des soldats chrétiens. La nouvelle de cette miséricordieuse intervention était récemment arrivée en Angleterre, et avait produit une forte impression sur Tesprit du roi, qui, pleinement convaincu dans son cœur de la divine origine et des merveilleux effets de cette sainte croyance pour laquelle il avait ëtè depuis longtemps favorablement disposé , envoya chercher son fidèle conseiller Elvain , et lui communiqua le projet desoUiciter Thonneur d'être admis dans le troupeau du Christ. Désireux d'obtenir des instructions de quelque autorité pour améliorer le gouvernement de l'Eglise dans son royaume, il résolut de prendre conseil, et ses pensées se tournèrent instinctivement vers le siège de Rome. 11 choisit pour ses représentants dans cette importante mission, Elvain et un autre ecclésiastique nommé Medwin, de la province de Belg» ^. Ces ambassadeurs sacrés étaient chargés de présenter une requête tendant à obtenir du Saint- Père Eleuthère, alors revêtu du pontificat romain, qu' il envoyât en Angleterre des personnes capables, avec autorisation d'instruire le roi et ses sujets, de
< Cette province comprenait les comtés actuels de Hants, de Wilts et de Somerset.
célébrer et d'administrer les divins mystères. Il désirait aussi qu'on lui donnât des instructions pour le gouvernement de l'Ëglise anglaise, et quelques auteurs ajoutent qu'il fit demander aussi une copie des fameuses lois romaines pour en faire la base d'un Code national. Eleuthèrefut un pontife d'une grande piété et d'éminentes vertus, comme le montre suffisamment la place que son nom occupe dans la mémoire et les affections de l'Eglise ^ 11 succéda à saint Soter dans le pontificat suprême, en 176, et veilla aux intérêts de l'Eglise, alors qu'elle était profondément affligée par lesdoctrines blasphématoires des montanistes. On a supposé que^ dans l'origine, et quand l'hérésie offrait peu de danger, le bon pape Eleuthèrelui avait donné une sorte d'appui ; mais cette assertion est démentie par plusieurs historiens, qui attribuent cet acte de faveur, non à saint Eleuthère, mais à son succès* seùr Victor. Quoi qu'il en soit, que le jugement favorable ait été accordé par saint Eleuthère ou par un autre, il a été révoqué après de plus amples informations.
D'anciens chroniqueurs ecclésiastiques ont mis en avant diverses conjectures sur les motifs qui ont probablement décidé le roi Lucius à recourir
i II est menlionné dans le Calendrier, le % mai , jour de la rôle de saint Augustin de Cantorbéry.
à Rome pour recevoir les aacrenients de TEglise et èlre instruit dans la doctrine durètienne. Une circonstance qui rend ce fait encore plus remarquable, c'est que les messagers de Lucius, en se rendant à Rome, durent passer à Lyon on près de cette ville, dont le grand saint Irènée était ërèque à cette époque. U n'y a aucun doute qae saint Eleuthère, malgré sa sainteté, était loin d^ égaler en science le fameux évéque dont la répatatîon était bien connue en Angletore, et qui , d'après un ancien père , était le plus exact théologien de son temps. On n* aperçoit absolument aucune des raisons qui ont déterminé le roi Lucius à envoyer chorher des conseils à Rome, lorsqu'il aurait pu les trouver à Lyon, à moins que ce ne eoit parce que l'Eglise anglaise de son temps reconnaissait le siège de Rome comme investi de quelque prérogative particulière de rang et d'autorité, même à cette époque primitive, et alors que la grande monarchie spirituelle dont elle devint plus tard le centre, n'était pas encore pleinement développée ou parfaitement organisée. £t quuid les envoyés de Lucius se seraient arrêtés en roule pour consulter le grand évèquc de Lyon, certainement il ne leur eût pas donné d'autre avis que celui consigné dans ses écrits : « U est nécessaire que c chaque église, c'est-à-dire que les fidèles de c tous les pays aient recours à Rome» en raison
a de sa plus puissante principauté, depuis qu'dle M conserye en elle la tradition universelle reçue a des apôtres \ 9
I Le bon pape Eleuthëre éprouva des transports
jde joie en recevant le message du roi breton, et il
I fit chanter le Gloria in excelsis en commémora-*
ition de cet heureul événements II chargea ra-^
! suite deux saints évèques, nommés Fugat et Da-*
mian, d'accompagner saint Elvain et saint Medwin
à leur retour en Angleterre. Quelques écrivains
ajoutent qu'il éleva saint Elvain à la dignité épi»-
copale. On rapporte aussi qu'il envoya les instruc-»
tions nécessaires à l'organisation de l'Eglise
d'Angleterre, mais qu'il refusa de se rendre à
la demande du roi relativement à la copie des
lois romaines , parce qu'elles n'avaient pas rap'^
port aux institutions chrétiennes^
Dès que les saints légats furent arrivés en An^ gleterre, le roi, la reine et toute leur maison furent immédiatement baptisés. Le nom de la reine n'est pas venu jusqu'à nous; mais il parait qu'une sœur de Lucius, appelée Emérite, a obtenu l'hon* neur d'être mise au nombre des saints.
Saint Fugat et saint Damian prêchèrent la pa^ rôle de Dieu au roi et à sa famille^ et parcouru-
^ s. Iren., cont. Hœret.^ lib. m, c. 3, ^ Voir Ussher's, Primord, jBeeï., 40;
rent ensuite les différentes parties de F Angleterre. Après trois années, ils retournèrent à Rome, où ils annoncèrent T heureux succès de leur mission, et ils obtinrent du Saint-Père la conBrmation de leurs actes. Us revinrent plus tard dans Tlle bretonne, où ils reprirent leurs voyages apostoliques. Dans le cours de leurs excursions , ils visitèrent nie d'Avallonia, siège du fameux monastère de Glastonbury, qui était devenu un repaire de bètes féroces*. Ils y découvrirent, par indication divine, l'ancien oratoire dédié à Notre-Seigneur en Thonneur de sa sainte Mère, et y célébrèrent ses divines louanges. Ces deux saints missionnaires fondèrent, à Âvallonia, deux autres chapelles : une sous le vocable des apôtres saint Pierre et saint Paul, et l'autre sous celui de saint Michel archange. Ils y établirent une succession de douze personnes pieuses , en mémoire des douze compagnons de saint Joseph. Il est douteux qu'ils soient morts à Avallonia, mais une tradition très-aufhentique rapporte qu'ils y demeurèrent neuf ans. Harpsfield place le théâtre de leur mort dans les Galles du sud, près la ville de LIandaff, où une église fut bâtie ensuite sous leur patronage. Leurs noms se trouvent le 24 mai dans les martyrologes anglais, qui placent leur mort en l'an 191. Vers
* Capgrave, dans la Vie de S. Joseph.
— Sole même temps, le roi Lucius fut appelé à changer sa couronne terrestre pour celle des cieu^c, après avoir passe les dernières années de sa vie, suivant une très-antique croyance, à répandre la foi chrétienne parmi les nations de rAUemagne et de la Suisse.
On ne saurait douter que la conversion de ce bon roi saint Lucius n'ait été le commencement d'une ère nouvelle dans l'Eglise d'Angleterre, et qu'un très-grand nombre de ses sujets, touchés de son exemple, n'aient embrassé la foi après lui. 11 est également certain que le Seigneur suscila plusieurs serviteurs dévoués pour défricher ce nouveau champ de travaux apostoliques, quoique l'on ait à regretter que leur mémoire ait entièrement péri. La période qui s'est écoulée entre la mort du roi Lucius et le martyre de saint Alban, ne nous fournit aucune information historique digne de confiance; mais nous apprenons, par le témoignage d'écrivains étrangers aussi bien que par celui de nos saints historiens Gildas et Bëde, que l'Eglise d'Angleterre fut dans un état trèsflorissant durant cet intervalle, qui embrasse plus d'unsiècle Mlparaitque l'Eglise d'Angleterre était
i Nous atoDs la preuve incontestable que les croyants étaient nombreux en Bretagne, et qu^one hiérarchie régulière y avait été instituée avartia fin du troisième siècle. Les écrivains contem-
placée 90U8 le gouyernement de YÎDgt-huit èvêques et de trois mëlropoli tains , dont Londres était le premier siège. L'évèque Stillingfleet donne des raisons satisfaisantes poar prouver qu'il y a eu dans l'Eglise anglaise une succession non interrompue d'évèques, depuis le premier, tout en admettant que souS le roi Lucius on prit des mesures pour accroître et consolider Tëpiscopat. Il est très— remarquable, s'il y avait des évèques en Angleterre quand Lucius envoya son ambassade à Romoi qu'il ait eu recours à un siège étranger pour les secours et les conseils qu'il désirait. Et en supposant même qu'il n'y eût pas alors d' évèques dans le pays, il n'aurait pas eu besoin, ainsi que nous l'avons vu, d'aller jusqu'à Rome pour supplùi^r h cette absence. Contentons-uous de suivre YEglise de tous les âges, en reconnaissant un droit de préséance au siège des o pâtres, et alors la conduite du roi Lucius devient parfaitcmeut inti'U ligible, sans qu'il soit ni^c-^sstiire de supposer une lacune dans la succession de T antique (ipiscopat anglais, ou de chercher à déprécier les tilres des autres prélats européens.
porains metlenl toujours rEglisc d(! Brciagnc sur un pi^d (fé^* galilé avec les Eglises d^Espagoe cl Jt: la CtrnJc. — ynaarr» '■-.