Diil)Oulay, Hist. U/ilv., t. VI, p
à un moment ses origines populaires, s'est conformé au répertoire scolastique, et (:|u'il a commencé par là ses illustres destinées , on ponrra entrevoir limporlance qu'eut la comédie dans les collèges. Elle s'y éleva presque à l'état d'une institution, tant il se réunit de circonstances pour la protéger et la faire fleurir. Indépendamment du plaisir extrême qu'y prenait la jeunesse , elle était devenue un besoin pour le public , invité à toutes les grandes représentations. D'autre part , les meilleurs pédagogistes voyaient en elle un exercice sans pareil pour perfectionner la mémoire, la prononciation, le geste. Elle affecta de devenir une école pour les mœurs ^ lorsque la surveillance de la police eut rendu périlleux le genre satirique qui s'attaquait au caractère des grands personnages ou aux actes du gouvernement. Alors parurent ces essais à la façon de Térence sur lesquels Jean Calmus fonda sa réputation. Mais ces compositions furent généralement l'ouvrage de très-jeunes auteurs, auxquels manquaient l'observation et le fond de philosophie nécessaire pour atteindre le but qu'ils se proposaient. Us cherchèrent à faire^rire , sans savoir au juste ceux de leurs personnages qu'il convenait de ridiculiser pour le triomphe de la morale.
Le chef-d'œuvre de Calmus, qui nous a été conservé \ est la preuve évidente de cela. Le sujet de la pièce est la mésaventure d'un garçon que son père a
1 . Comœdia recenter édita authorc Joaiuie Calma, ctii nonnulla per ciindtm adjecta siint qux non pciruni ad cognnscendam et srribendani comœdiam confcrunt. Paris, chez les successeurs de Maurice de La Porle, 1558, avec une dédicace Adolescentihus priini ordinis Lcxovci.
pourvu d'un bénéfice ecclésiastique pour l'envoyer étudier aux écoles. Au lieu de poursuivre ses grades, il s'amourache d'une joueuse de harpe, qu'il veut épouser à toute force. Mais la famille de la demoiselle met pour prix à son consentement la résignation du bénéfice, qui sera cédé au futur beau-frère du prétendu. On s'adresse à l'un de ces entremetteurs qui faisaient le courtage des bénéfices au moyen de blancs seings achetés par eux en cour de Rome. Celui de la pièce est un escroc; lorsqu'il tient la résignation, il la fiégocie avec un chaland qui lui en donne beaucoup d'écus. Le mariage est sur le point de se rompre ; il faut que l'amoureux paye une somme plus forte pour faire rentrer le titre dans les mains de celui à qui il le destinait, et ainsi seconsomnlentles noces de l'étudiant avec la musicienne. C'est assez pour Calmus d'avoir flétri le vendeur de bulles et fait rire aux dépens de l'acheteur , un cuistre enrichi qui savoure pendant quelques moments la jouissance d'être appelé Monsieur le curé ; les honneurs de la guerre restent définitivement à celui qui, àlinsudeses parents, contracte un sot mariage au prix d'un acte de simonie. On conçoit la répulsion du sévère Gouvéa pour des divertissements au fond desquels se trouvait l'approbation de semblables exemples.
Quant aux promenades militaires, provoquées d'abord par l'armement de l'Université sous Louis XI, elles prirent du temps de François P"" une extension intolérable. Les écoliers ne voulaient plus aller aux champs sans avoir à leur tête non-seulement tambours et fifres , mais encore des soldats de louage , qui leur servaient de porte-respect, tandis qu'ils insultaient les
passants dans les rues. Ils se faisaient fournir aussi par ces gens-là des arquebuses et de la poudre pour tirer des coups de feu quand on était sorti de la ville. C'était au temps du Lendit que les processions de ce genre se faisaient avec le plus de vacarme.
Le Lendit était une foire qui se tenait à Saint-Denis pendant les mois de juin et de juillet. Primitivement l'Université s'y rendit en corps avec tous ses suppôts, afin de donner plus de solennité à l'inspection que le recteur allait faire là du parchemin mis en vente; car la juridiction du recteur s'étendait sur le com* merce du parchemin et du papier, et ces matières ne pouvaient pas être débitées qu'il n'eut constaté auparavant le bon aloi de leur fabrication. Des inspecteurs attitrés visitaient le papier en son nom ; lui-même était tenu de visiter le parchemin. Lors donc qu'il allait à Saint-Denis pour approuver ou rejeter celui qu'avaient apporté les marchands forains, de l'escorte que lui faisait toute la jeunesse des écoles résultait un interminable défilé : la circulation était suspendue dans la ville pendant des heures entières , et si quelque convoi trop pressé essayait de couper le cortège , l'émeute éclatait infailliblement. A cause de cela les collèges furent éliminés en 1 504 de la procession du recteur. Dès lors ils allèrent au Lendit séparément , en partie de plaisir. Les maîtres profitèrent de l'occasion pour donner, sous la tente ou dans une auberge du bourg , le dîner du grand lundi d'été \ Fendant les apprêts , les élèves visitaient le trésor de
i. Riuher, Historia Acadcmix paris. ^ vol. IV, I. I. Ms, suppl. lat. de la Bibl. imp.
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Saint-Denis , s'approvisionnaient aux étalages des petits objets nécessaires pour l'étude, ou se baignaient dans la rivière, chose qui était défendue à Pai'is, comme contraire à la décencp \
Tout cela aurait pu s'accomplir dans la plus grande innocence, si, par une tradition funeste, la promenade du Lendit n'avait été mise au nombre des fêles pendant lesquelles toute discipline était suspendue. Elle commençait par des vociférations , et se terminait par des actes d'intempérance qui donnaient lieu à fbute sorte d'excès. Comme le port d'armes à feu et la compagnie des soudards ne faisaient qu'aggraver les conséquences de cette débauche, notre principal, après sa sortie du rectorat , se donna tant de mouvement qu'il induisit ceux qui pensaient comme lui à faire défendre par le parlement les sorties a\ec accompagnement de tambours et de gens armés. Un arrêt fut rendu en ce sens, et publié à sonde trompe aux carrefours de r Université et de la ville '.
Cette mesure fut très-mal prise à Sainte-Barbe. Elle disposa les esprits à une révolte, que d'autres froissements ne tardèrent pas à faire éclater ^
Calmus avait composé , de concert avec plusieurs de ses collègues , des comédies latines et françaises, dont les rôles furent distribués à l'insu du principal.
1. De disciplina et institutione puerorurn Othonis Briinfelsii pureenesis.