Duboulay, Hist. Univ., t. VI, p
3. Le récit qui suit est tiré des pièces concernant cette aflaire, dont Duboulay (Hà^. Univ., t. VI, p. 339 .vy. a imprimé seulement une partie; le reste est aux archives de l'Université, reg. 19, f. 83 et suiv.
11 paraît que ces pièces n'étaient point de celles qui dussent être approuvées. Il y eut un éclat à la répétition ; défense fut faite de les représenter devant le public. Calmus et ses collaborateurs, vertement tancés, rongèrent leur frein , mais en jurant de prendre leur revanche par les plus mortels déplaisirs qu'ils sauraient susciter à maître Gouvéa. Un fin matois d'Espagnol, régent de seconde , appelé Manuel Cervere , se mita la tête de leur coalition. Ils soufflèrent à leurs élèves l'idée d'aller au Lendit en appareil de guerre , 'sans se soucier autrement du principal et de l'arrêt du parlement. Eux-mêmes recueillirent la souscription pour louer des tamlwurs ainsi que les spadassins, fournisseurs de mousquets et de flamberges. Le matin du jour fixé pour l'exécution du complot, ils ouvrirent une porte de derrière. Toute la bande fila sans bruit; puis, une fois -dans la rue, trouvant là les compagnons qui devaient former son avant-garde , elle commença le lapage en exécutant une marche triomphale autour du collège. Le voyage à Saint-Denis s'exécuta à la barbe de toutes les autorités.
D'autres violences signalèrent le retour. La grande porte du collège fut forcée, et des coups distribués aux domestiques qui la défendaient. Quoiqu'on fût revenu de bonne heure, l'effervescence se prolongea jusqu'à la nuit close dans les salles et dans la cour. L'huis de l'escalier qui conduisait aux chambres dès régents avait été fermé et verrouillé par ordre supérieur; il vola en éclats sous les efforts réitérés des pieds, des poings, des leviers dont il fut battu. L'intérieur de Sainte-Barbe ressembla à une ville prise d'assaut.
Cependant Gouvéa, trop expérimenté pour se com-
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mettre au milieu de ce déchaînement, était en conférence a\'ec son oncle, qu'il avait appelé auprès de lui pour aviser à une répression exemplaire. Le plus sage lui semblait de déposer le sceptre jusqu'à ce que jus-" tice eût été faite. L'ordre renaîtrait de lui-même à la vue du vieux Gouvéa reprenant le gouvernement de la maison. On ne punirait pas les élèves , mais seulement les maîtres qui les avaient poussés à la rébellion. Il fallait que ceux-ci fussent chassés tout d'abord; leurs remplaçants étaient déjà choisis. Mais là ne devait pas se borner le châtiment.
Le principal outragé passa la nuit à écrire une relation des faits, puis une supplique au parlement, par laquelle, déclarant Calmus et ses complices expulsés de Sainte-Barbe à cause de leur désobéissance à l'autorité suprême , il requérait la cour de leur interdire l'enseignement dans les autres collèges de l'Université.
Le lendemain , après le lever , l'oncle , debout devant le collège assemblé et silencieux, s'exprima en termes sévères sur les désordres de la veille. Les grands coupables étaient restés dans leurs chambres, n'osant pas affronter sa présence. Il signifia leur expulsion, la mise à leur charge de tout le dégât effectué, les poursuites ultérieures dont ils allaient être l'objel; puis il revint sur leur conduite pour la flétrir avec une vivacité telle, qu'usant à leur égard du terme le plus méprisant qui fût dans le vocabulaire des écoles , il les traita de marmitons.
Son indignation ne se commimiqua que trop bien à ceux de ses régents qui avaient tenu pour le parti de l'ordre. L'un d'eux, tantôt après, faillit en rendre Cal-
mus mauvais marchand ; car ayant rencontré Calmus dans un corridor , et voyant que celui-ci cherchait à entamer une discussion, non content de lui fermer la bouche d'un violent coup de poing, il dégaina contre lui et le poursuivit, l'épée nue, jusqu'au milieu de la cour.
Très- embarrassés de leur situation, puisqu'ils se voyaient traités comme des mécréants , forclos du réfectoire aussi bien que de leurs classes, et qui pis est, menacés de perdre leur moyen d'existence, nos comploteurs essayèrent de se relever par un conflit de juridiction. Manuel Cervere porta la cause à l'assemblée de l'Université. En habile avocat, il atténua leurs torts sans les nier ; il insista au contraire sur le tort autrement grave de Gouvéa le jeune, qui avait entrepris de soustraire de malheureux accusés à leurs juges naturels. Mais ce moyen ne réussit pas , attendu qu'il s'agissait de la violation d'un arrêt du parlement, et que le juge légitime en pareil cas était le parlement. L'Université décida qu'elle observerait la neutralité, en exprimant toutefois le vif désir qu'elle aurait de voir les deux parties s'accommoder ensemble,
Gouvéa, qui avait la ferme résolution de n'entendre à aucun accord, commit la faute de s'endormir sur ce premier succès. Tandis qu'il attendait l'effet de sa requête, des sollicitations qu'il ne soupçonnait pas déterminèrent la cour à se dessaisir de l'instance, pour la renvoyer au tribunal du recteur. Là il eut beau se défendre comme un lion sur le terrain de la légalité, le parti de l'indulgence l'emporta. Il dut accepter, tout en protestant, une sentence qui condamnait ses adversaires à évacuer Sainte-Barbe, après avoir acquitté les
mémoires portés à leur compte , et sans emrnener avec eux aucun de leurs élèves, mais aussi sans élie privés du droit d'enseigner dans d'autres collèges.
A peine en était-on au dénoùment de cette tragédie (tragédie engendrée par des comédies, ainsi qu'avait dit Cervere dans son plaidoyer), que le désordre reconnnença sous une autre forme.
Les barbistes, dans une promenade, se firent frotter par les gardes champêtres du faubourg Saint-Marceau, pour avoir ravagé les vignes qui garnissaient les coteaux de laBièvre. Les autres collèges prenant leur parti, il y eut une grande bataille des écoliers contre les ouvriers du faubourg , accourus pour la défense de leurs propriétés. Voici en quels termes le fait est rapporté dans l'un des discours d'Eutrapel * :
« De mon temps, dit Polygame, il en alla bien autrement lorsque ce très docte grammairien Turnebus lisoit au collège Saincte-Barbe le troisième de Quintilien; car une bande et compagnie de bonnetiers du faubourg Sainct-Marceau , joincts et adhérez à ces beaux messiers et gardeurs de vignes, nous ayant empoignez et pris sur le faict , prenans et pillans comme estourneaux des raisins oultre ce que l'Escriture saincte en permet (qui est honnestement et discrettement), nous y battirent, et frottèrent très bien nos espaules, quelques remonstrances que sceussions alléguer, que, par nos Chartres et tiltres estans aux Mathurins, tous les vignobles et pays adjacens de Vauvert fussent à nous et propres à l'Université. Jamais à la bataille de Cerisolles, où je fus soubs la charge du capitaine La