‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 34 sur 147 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Suite du chapitre précédent. — Emploi de la journée. — Mode d'enseignement et exercices. — -Concours.

A quatre heures du malin la cloche sonnait, et aussitôt un élève de la preniière classe de philosophie, investi des fonctions d'éveilleur public , parcourait toutes les chambres pour presser ceux qui faisaient les sourds et allumer les chandelles dans les saisons où cela était nécessaire. A cinq heures il fallait que les écoliers de chaque classe eussent pris séance sur le carreau des salles. Les régents commençaient alors une première leçon, qui n'était que d'une heure. On en sortait pour aller à la messe , et après la messe on déjeunait d'un petit pain qui venait d'être tiré du four Un temps de repos, mais sans récréation, accompagnait le repas'.

De huit à dix avait lieu la grande classe du matin. Elle était suivie d'exercices auxquels on se livrait,

i. Ces détails et la plupart de ceux (jui suivent sont tirés des chapitres ïll et IV de VHeptadogma, de Robert Goulet, et de deux règlements de Montaigu, l'un de 1502 , imprimé parmi les preuves à l'Histoire de Paris, de Félibien, t. III, p. 727, l'autre de 1509 , conservé en manuscrit à la Bibliothèque de l'Arsenal , Histoire latine, n°' 127,128. M.Thurot a analysé ce dernier dans un supplément à sa thèse sur l'Organisation de l'enseignement.

sans quitter les salles, jusqu'à onze heures, l'heure du dîner.

Maîtres et élèves se rendaient ensemble au même réfectoire. Il y avait une seule table pour les régents et pour le principal. Les élèves occupaient d'autres tables autour de celle-là, chacune présidée par un archilricliii ou servant de semaine, qui, en signe d'autorité, avait sa serviette nouée sous le menton \ Le repas n'était point précipité : il durait une heure, quoiqu'il se composât seulement d'un plat de viande et d'un plat de légumes. Au commencement et à la fin on lisait un chapitre soit de la Bible, soit d'une vie de saint. Un acte de dévotion, accompli d'une manière trèssolennelle, succédait à la dernière lecture. C'étaient les grâces, dites parle chapelain, qui rappelait ensuite la mémoire des fondateurs et bienfaiteurs de la maison. Le principal choisissait d'ordinaire ce moment pour faire ses admonestations publiques, et annoncer les corrections exemplaires, si quelqu'un en avait mérité.

Après le dîner, interrogation sur les leçons entendues, puis un repos d'une heure, qui était rempli par la lecture publique de quelque poète ou orateur, « pour ôter au diable, dit Robert Goulet, l'avantage de trouver les esprits inoccupés \ » On retournait en classe de trois à cinq; ensuite on s'exerçait pendant une heure sur ce qu'on venait d'entendre. Le souper était servi à six heures. A sept, nouvelle séance d'interro-

\. J, \ï\H, Exercitatio lingux latinœ , chapitre intitulé : Refectio schoUistica.

2. « Ne diabolus hominem inveniat oliosum. » Hept({dogma , cap. IV.

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gation ; enfin le salut dans la chapelle et le coucher. Le couvre-feu sonnait à neuf heures; pour les maîtres et pour les élèves autorisés la chandelle pouvait brûler jusqu'à onze.

La journée, comme on le voit, était très-occupée, les esprits tenus constamment en haleine. Les récréations, dans le sens où nous l'entendons, n'avaient lieu que le mardi et le jeudi. Ces jours-là, après la classe du soir, on laissait jouer les écoliers , ou bien on les menait promener au Pré-aux-Clercs , à travers les herbages qui bordaient la rive gauche de la Seine audessous de Paris. Les fêtes, quoique infiniment nombreuses, n'avaient pas sur les éludes l'effet désastreux qu'elles produisent aujourd'hui. La plupart se passaient en exercices de dévotion et en leçons d'agrément sur des sujets étrangers au programme universitaire, et les autres, qui amenaient pour un moment l'émancipation complète de l'écolier, pouvaient engendrer la licence, mais non pas le dégoût du collège. Les enfants n'allaient pas chez leurs parents faire l'apprentissage prématuré d'une vie qui n'était pas celle de leur âge. Il n'y avait de sortie qu'au temps des vacances, lesquelles duraient seulement pendant le mois de septembre et s'appelaient les i>endanges^. Le terme de vacances était réservé pour exprimer la cessation des examens et des cours des Facultés supérieures pendant les trois mois d'été.

Voyons maintenant quel était le mode d'enseignement.

Au moyen âge on ne concevait pas la science indé-

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