Robert Goulet, Heptadogma , cap. iv
lerie, et après Texamen on allait pendant un autre mois disputer publiquement dans la rue du Fouarre. Les élèves qui aspiraient à la licence ne faisaient pas autre chose'. Indépendamment de leurs disputes quotidiennes dans chaque classe, ils en avaient une en commun dans la grande salle du collège tous les samedis soir et veilles de fêtes carillonnées : c'étaient les jours aristotéliques.
Tant de disputes avaient pour effet d'aiguiser singulièrement les esprits, de les rendre imperturbables à l'attaque et prompts à la riposte; mais aussi elles faisaient des ergoteurs plutôt que des penseurs, des outrecuidants plutôt que des savants. Les humanistes du seizième siècle s'élevèrent contre elles avec d'autant plus de raison que l'éléaient nouveau qu'ils firent prévaloir dans les études ne comportait pas des exercices de ce genre. Vives, l'instituteur de la princesse Marie d'Angleterre, que notre Université compta d'abord au nombre de ses suppôts, a reproduit avec un comique achevé une interrogation du genre de celles qui devenaient matière de dispute^ La scène sc'passe dans un collège voisin de IMontaigu, qui, selon toute apparence, est notre Sainte-Barbe. Lui, Vives, et son collègue Gaspard Lax étant entrés dans la classe, le professeur en chaire veut leur en faire les honneurs, et le dialogue suivant s'établit entre lui et son meilleur élève :
D. Enfant, dis-moi en quel mois mourut Virgile?
R. Au mois de septembre, mon maître.
i. Thurot, De l'organisation de l'enseignement, etc., p. 88, 2. Dialogus qui Sapiens inscribitur.
D. En quel endroit?
R. A Brin des.
D. Quel jour de septembre?
R. Le 9 des calendes.
D. Drôle, veux-tu me déshonorer devant ces messieurs ? Â-vance-moi ma férule, retrousse ta manche et tends la main pour avoir dit le 9, au lieu du 10. Fais attention à mieux répondre. — Vous allez voir, messieurs, que c'est un enfant qui en sait long. — Salluste, au commencement de son Catilina, a-t-il écrit omneis hoinines ou oninis homines?
R. L'opinion générale est qu'il a mis omms^ mais moi, je suis d'avis qu'il a pu écrire omneis et qu'il faut orthographier, contre l'habitude des imprimeurs, omneis par c/, et non par un i simple.
D. Comment s'appelait le frère de Rémus et comment avait-il la barbe?
R. Les uns, mon maître, disent qu'il s'appelait Romulus, d'autres Romus, d'où le nom de Roma, mais que par terme d'affection on le nomma du diminutif Romulus. Lorsqu'il allait à la guerre, il n'avait pas de barbe; mais il en portait une longue en temps de paix. C'est ainsi qu'il est représenté en couleur sur les Tite-Live imprimés à V^enise.
D. Comment Alexandre se releva-t-il , lorsqu'il tomba par terre en touchant pour la première fois le sol de l'Asie?
R. En s'appuvant sur ses mains et en levant la tête.
Voilà où aboutissait l'embarras de jeunes gens inexpérimentés ayant à disséquer les œuvres littéraires d'après des procédés qui ne convenaient qu'aux matières philosophiques. Le vœu de Vives et des autres
de la même école ëlait de voir remplacer ces exercices puérils par des compositions sur des sujets dictés. On était bien sur la voie de cette réforme, car depuis que l'étude de la rhétorique avait été restaurée, on proposait généralement de courtes matières à traiter soit en vers, soit en prose ; mais l'insuffisance de ces devoirs était évidente : on ne les donnait jamais plus d'une fois par semaine, et il fallait les faire pendant la classe, en manière d'improvisation.
Du moment que les exercices de composition étaient réduits à si peu de chose, le mérite des élèves ne se jugeait pas, comme aujourd'hui, d'après des épreuves écrites. Leurs réponses aux interrogations, leur assurance dans les disputes, étaient la seule base pour les classer. On n'avait pas non plus l'idée des distributions de prix-, l'honneur d'être au premier rang dans sa classe et dans les examens à la suite desquels on recevait les grades suffisait à l'ambition de l'écolier. Toutefois les exercices scolaires étaient clos à la fin d'août par une cérémonie publique où les enfants mettaient beaucoup de gloire à obtenir le suffrage des grandes personnes, et où il y avait même, pour quelques-uns, des récompenses décernées à la suite d'un concours spécial. Quoique la mention de cette solennité ne se trouve pas avant le règne de François I", il y a tout lieu de penser qu'elle existait dès le commencement du seizième siècle. Nous en parlerons ici avec d'autant plus d'à-propos qu'elle est inscrite dans le règlement d'un collège établi par un barbiste et sur le patron de Sainte-Barbe'.