‹ Histoire de Saint-Barbe (volume 2)Chapitre 39 sur 147 · CHAPITRE Xi · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xi

Professeurs et élèves célèbres des premiers temps de Sainte-Barbe.

Il est difficile de connaître les sujets remarquables des anciens collèges, parce que l'Université ne distinguait ses suppôts que par la nation. Maîtres et élèves, on les voit figurer dans les actes à titre de Français, de Picards, de Normands ou d'Allemands. La considération du collège ne s'introduisit qu'au seizième siècle, et jamais d'une manière constante. C'est donc à une sorte de hasard que l'on doit d'avoir retrouvé quelquesunes des illustrations de la Sainte-Barbe primitive. L'immense répertoire»des archives en a fourni la moindre partie; le reste s'est fait connaître par les histoires particulières ou par les livres classiques du temps, ceux-ci n'étant pour l'ordinaire que des cours imprimés, où le professeur indiquait le lieu de son enseignement et donnait place à des strophes plus ou moins emphatiques composées en son honneur par les meilleurs élèves de sa classe.

Le plus ancien nom qui se présente est celui de Jean Bourgeois, jeune homme d'un caractère qui ne

paraît point avoir été commode à manier. Il fut instruit sous les Lenormant, et resta au collège jusqu'à ce qu'il eût terminé ses études en médecine. Coiffé du bonnet doctoral en 1473, il s'avisa, le jour même de sa réception , de prolester contre l'un des usages immémoriaux de la « très-salutaire Faculté', w 11 fallait que le récipiendaire offrît un banquet aux maîtres qui lui avaient donné leurs suffrages. La composition du dessert était invariable : avec les fruits de la saison, une statuette de sucre pour le doyen, et des dragées que se partageaient les autres invités. Au dîner de maître Jean Bourgeois, la moitié des choses manquait, et tout le temps du repas il s'étudia à paraître de si mauvaise humeur que les convives, en sortant de table, décidèrent à l'unanimité que la chaire lui serait interdite. Ils se radoucirent cependant en considération des gracieusetés sans nombre que Jean Lenormant leur avait faites pour préparer le succès de son élève ^ Jean Bourgeois enseigna et ne tarda pas à devenir médecin de Charles VIII, fonction qu'il continua d'exercer auprès de Louis XII.

Les Saint-Gelais, ainsi qu'on l'a vu à l'article de Martin Lemaistre, furent formés aux lettres sous ce grand principal. Ils étaient sept frères, dont deux jumeaux, tous les sept élevés d'abord auprès des princes de la maison d'Orléans, dans cette vie des cours qui n'est pas une bonne préparation à la discipline des écoles. Le plus célèbre d'entre eux fut Octavien, à

i . Saluberrima Facilitas; c'était la manière de désigner la Faculté de médecine dans les actes officiels de l'Université. 2. Registre de la Faculté de médecine, n" 3, p. \\.

qui Charles YIll donna l'évêché d'Angoiiléme pour lui fournir de quoi entretenir sa muse. Ce que nous savons de lui ne nous montre pas qu'il ait mis à profit les leçons de son maître sur la tempérance, car il ne pratiqua cette vertu ni dans sa conduite, ni dans ses écrits. Avec autant d'abandon qu'il se livra aux écarts de la jeunesse, il rima tout ce qui lui tomba sous la main, Homère, Virgile, Ovide, ses aventures et celles de ses amis. Pâle imitateur d'Alain Chartier, il eut la renommée d'un grand poète en un temps oii c'était pindariser que de beaucoup produire. Son meilleur ouvrage est sans contredit un fils qu'il eut pendant qu'il menait la vie orageuse d'un étudiant de bonne maison, Merlin de Saint-Gelais le jeune, dont les vers ont fait oublier les siens.

Nous voudrions, pour l'honneur de notre collège, pouvoir inscrire ici le nom de Jean de Saint-Gelais, qui, après s'être comporté en vaillant capitaine dans les premières expéditions d'Italie, reiraça d'un esprit sensé et d'un style simple l'histoire du règne de Louis XII. Tous les auteurs qui ont parlé de lui le regardent en effet comme le frère du poète; mais des mémoires de famille nous ont prouvé qu'il était son oncle*. Quant aux autres Saint-Gelais élèves de Sainte- Barbe, il ne nous reste rien pour apprécier le parti qu'ils tirèrent de leur instruction. Il faut en croire sur parole un de leurs parents qui les appelle des gens altérés de littérature". Leurs noms étaient Achille,

1 . Bibliothèque impériale, Cabinet généalogique , dossier Fontenay de La Tour de Vesvre.

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