Sequuntur aliquae substantivorum diversitates admodiim
Les Grqnds sj'^nonj-nws i^arurent le premier mai, jour de fête pour les collèges. On plantait dans chacun le beau mai, un jeune chêne déjà garni de ses feuilles, autour duquel les enfants dansaient et consommaient en friandises le produit d'une collecte qu'ils avaient faite entre eux . La coïncidence suggéra à Gui de Fontenay l'idée de représenter son Uvre comme un beau mai d'une autre sorte, que les Muses plantaient par ses mains dans le jardin académique^ Cette fiction, saisie au vol par DuTillet, Salignon et autres poètes formés à la même école \ donna lieu à une infinité de tirades oi^i l'on s'extasiait tant sur la beauté du produit que sur la vertu fécondante du Fons Najus, dont les eaux l'avaient arrosé.
Il faut ajouter que Fons Najûs était une façon de latiniser le nom de Fontenay à laquelle tenaient beaucoup les lettrés de la famille', parce qu'ils entendaient par là consacrer la tradition d'une fée des eaux ou naïade, protecirice de leurs ancêtres. Ce bon génie passait pour habiter une source qui s'échappait à travers
necessariïe, quibus aliqueni laudibus efferre poterimus. » A la fin de \ Epithalamiuin super connubio Margaritee
\. a Qualiter iste libellus a novem Musis pro viridiquercu fixus est in Universitate parisiensi, kalendis Mali. » A la fin du volume.
2. Indépendamment de ceux qui ont été nommés plus haut, et qui avaient alors achevé leurs classes , on voit figurer les noms de Guillaume Carré, Nicolas Purpiircus, Jean de Longueval , François Bounaud de Saint-Jean d'Angely et Roland DaUbert Bria/isis.
3. Cette forme se rencontre déjà dans l'épitaphe de Pierre de Fontenay, évèque de Nevers : <t Qui Fonte a Nayo nobile nomen habet. » Gallia christiana, t. XII, col. 6SS. Le vrai nom -latin de Fontenay eût été Futitanetum.
le pourpris du château de Fontenay'. Comme Gui n'était pas sans a\oir raconté cela plus d'une fois aux enfants qu'il insUuisait , ceux-ci étaient sûrs de ne pas lui déplaire en parlant de sa fécondité dans des termes qui semblaient lui attribuer une cause surnaturelle.
L'intarissable fontaine coula encore l'année suivante, sous la forme d'un nouveau manuel; c'est le Magnum collectoriwn historicum , compilation de faits et dits mémorables , à la manière de Valère Maxime ^ On ne cherchait pas encore dans l'étude' du passé le tableau des révolutions ni le secret de la destinée des peuples. On ne demandait à l'histoire que des anecdotes, pour avoir des citations à mettre dans ce qu'on écrivait. Gui de Fontenay semble avoir tiré sa matière des recueils du même genre qui circulaient depuis longtemps en Italie. Presque tout ce qu'il rapporte concerne l'antiquité. Les faits sont groupés sous quinze chefs différents, formant autant de livres, dont chacun est dédié à une personne de distinction. On peut s'instruire par là des alliances et accointances de l'auteur. Il s'adresse successivement à son neveu, Claude de Bussy-Rabutin, à son cousin germain, Merlin de Saint-Gelais , à ses frères, Pierre et Henri de Fontenay, celui-ci archidiacre de
1 . Mémoire généalogique sur les Fontenay de La Tour de Vesvre, à la Bibliothèque impériale.
2, Guidonis de Fontenay o Galli Biturici Turrn'evrœi Magnum colJectarium historicum ex niultipliaria diversorum authurum éditions conformatum et in modum fasciculi, prout siius qidsque titulus rcf/uirit, ubertim recongestum, novis etiani et utilibiis fragmentis illustratum ahnndantissime. In-4°. Paris, Jean Gorniont, sans date.
Nevers, celui-là aumônier du roi, sans oublier l'autre Pierre qui avait été principal de Sainte-Barbe. Mais pour ceux qui voudront se reconnaître dans son innombrable famille, il y a un répertoire plus complet, un mémoire généalogique qu'il dressa lui-même d'après les archives de la Tour de Vesvre, et dont le manuscrit autographe est conservé à la Bibliothèque impériale ^
Le Magnum collectoriuni en sa totalité est offert à la fois au chapitre de INevers, où l'auteur venait d'être reçu, et au recteur Nicolas Menuel, alors en fonction, et qui honorait le collège par son attitude ferme et digne au milieu des circonstances que l'on connaît..
Gui de Fontenay composa encore un grand nombre de poëmes, qu'il n'eut garde de conserver neuf ans en portefeuille, selon le précepte d'Horace. A peine sortis de sa plume, U les livrait à l'imprimeur. 11 nous reste en ce genre une satire contre les prélats ennemis des lettres'", un éloge des sept vertus cardinales^, un épiihalame pour le mariage de Marguerite de Valois avec le duc d'Âlençon ', une pièce sur les obsèques que
1. Cabinet des titres, dossier Fontenay. Ce travail est daté du 1" mai 4559.
2. Guida de Fontenayo Bituricensis , De multifario vivendi ritii liominum presentis seculi prelatis litteraram osuribus et ineptis se munificentiores exhihentihus , cum tei'niinoram expositiuncula. In-4°. Paris, Robert Gourinont, sans date.
3. Guido de Fontenayo, De septein virtutibus , tribus videlicet theologicis, (juatuor auteni inoralibus, quibus omnein bene bcatique Vivendi disciplinam , quo et denique more advirtutem juvenes exhortari ab viciisque deterrere debeamus quant brevissimls documentorum instructionibus edocet. La marque de R. 'Gourmont.
4. Guidonis de Fontenayo Bituric. Epithulaniium super connubio
Louis XII fit faire au duc Louis Sforce, mort prisonnier à Loches ^ Ce sont de mauvais vers, sans génie et sans grâce, prétentieux quand ils ne rampent pas. Us sont tous dans le goût de ce distique ad barbaristas , qui termine la complainte de Louis Sforce ;
Non jacet uberior praesenti luce palaestra
Quam modo Barbaricas quae tenet illa grèges.
La prose de notre auteur ne vaut pas mieux. Elle est obscure, hérissée d'archaïsmes, pleine de métaphores emphatiques ou triviales. On voit un homme qui fait des efforts désespérés pour se soustraire à la platitude, mais qui ne connaissait pas assez les auteurs pour atteindre l'élégance. Son industrie est de fourrer partout où il peut des locutions dérobées au répertoire de Laurent Valia, et les plus insolites sont celles auxquelles il s'attache de préférence. Rien n'est plus mérité que l'oubli dans lequel ses écrits sont tombés, et nous ne les en aurions pas tirés s'ils ne donnaient la mesure de ce que l'instruction littéraire était alors dans l'Université de Paris, et s'ils ne fournissaient des traits intéressants pour l'histoire que nous avons entreprise.
En terminant cette énumération de nos plus anciennes, célébrités, il faut répéter ce qui a été dit au dé-
magnatum ac illustrissimoriim Caroli et Margaritae principum , rjui qiddeni ex spectabili et clarissiina origine liligera Valesiorum natalia contraxerunt , cum Gallorum laudibas siinul et eoruni multiplicibus tritinipJiis. La marque de R. Gourniont.
i . Guida de Fontênayo Bituriccnsis, De nbita Maari Ludovici ipsiusque exequiis a serenissimo Francoruin rege sua gratia celebratis. La marque de R. Gourmont.
but. Les fastes de la Sainte-Barbe primitive n'existent plus. Pour quelques noms qu'il a été possible de retrouver, un plus grand nombre, et peut-être de plus de valeur, nous écliappent. En fait de sujets distingués, nul collège ne surpassa le nôtre depuis que Martin Lemaislre l'eut mis en renom. Au commencement du règne de François F% quelqu'un put dire et imprimer que le parlement était peuplé de ses élèves, que les Facultés de théologie et de médecine se recrutaient par lui, enfin que tant de héros étaient déjà sortis de son sein, qu'on le comparait dans l'Université au cheval de Troie'. Nous avons la preuve que cette glorieuse assimilation lui fut conservée jusqu'au temps où éclatèrent les guerres de religion ^